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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>D&#233;clarations des Droits de l'Homme : petite analyse critique </title>
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		<dc:date>2017-12-27T16:33:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Droits de l'Homme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;S'il y a dans nos soci&#233;t&#233;s une r&#233;f&#233;rence qui s'affiche comme normative, fondatrice et consensuelle, c'est les Droits de l'Homme. M&#234;me si leur vogue actuelle cache mal le fait que leur fondement n'est pas tr&#232;s clair dans le contexte post-moderne relativiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux d&#233;clarations ont jou&#233; un r&#244;le majeur. L'une est celle de 1789 ; seule &#224; avoir un r&#244;le l&#233;gal en France (compl&#233;t&#233;e &#224; cet effet par les droits sociaux de 1946). L'autre est la D&#233;claration universelle de 1948, seule mondiale, et la seule cit&#233;e par l'Eglise. On va voir que leur inspiration est assez diff&#233;rente, et que la plus relativiste, la moins humaniste, est la plus ancienne, et c'est la n&#244;tre h&#233;las&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Idees-politiques-.html" rel="directory"&gt;Id&#233;es politiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Droits-de-l-Homme-+.html" rel="tag"&gt;Droits de l'Homme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;clarations des Droits de l'Homme : petite analyse critique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;S'il y a dans nos soci&#233;t&#233;s une r&#233;f&#233;rence qui s'affiche comme normative, fondatrice et consensuelle, c'est les Droits de l'Homme. Leur vogue actuelle cache mal le fait que, faute de reconna&#238;tre un droit naturel et une nature humaine, leur fondement n'est pas tr&#232;s clair dans le contexte post-moderne relativiste : pourquoi respecter les droits des autres ? Au nom de quelle morale, s'il n'y en a pas de discernable ? Sur quoi baser leur contenu ? Et en pratique dans les soci&#233;t&#233;s modernes c'est un processus politique qui dit ce que sont ces droits. Quitte &#224; les modifier au fil de l'eau. Pas terrible pour des chartes fondamentales !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux d&#233;clarations ont jou&#233; un r&#244;le majeur. L'une est celle de 1789 ; seule &#224; avoir un r&#244;le l&#233;gal en France (compl&#233;t&#233;e &#224; cet effet par les droits sociaux de 1946). L'autre est la D&#233;claration universelle de 1948, seule mondiale, et la seule cit&#233;e par l'Eglise. On va voir que leur inspiration est assez diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La D&#233;claration de 1948 est un document composite, combinant des principes apparent&#233;s &#224; ceux du droit naturel avec des consid&#233;rations relevant du paradigme relativiste moderne. Je la prendrai pour r&#233;f&#233;rence, en la comparant au fur et &#224; mesure avec celle de 1789, qui est, elle, beaucoup plus abrupte, individualiste et franchement relativiste. Le fait que ce soit la plus ancienne qui est la plus relativiste confirme l'anciennet&#233; du paradigme relativiste qui domine notre pens&#233;e collective. Celle de 1948 a &#233;t&#233; en revanche le fruit d'un d&#233;bat plus apais&#233;, associant des repr&#233;sentants de cultures diverses ; elle venait apr&#232;s les &#233;preuves terribles des guerres mondiales, et donc elle temp&#233;rait ce relativisme de fa&#231;on appr&#233;ciable, comme nous le verrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet examen, je n'&#233;voquerai pas une s&#233;rie d'articles qu'on trouve dans les deux cas et qui fondent ce qu'on peut appeler l'&#233;tat de droit (protection de la loi, s&#251;ret&#233; personnelle, absence d'arbitraire, juste proc&#232;s etc.), car tels que formul&#233;s ils me paraissent &#234;tre un patrimoine commune indiscutable, proc&#233;dural mais essentiel. Mais bien entendu dans ces d&#233;clarations ils restent essentiellement formels et g&#233;n&#233;raux. On peut r&#233;partir les autres droits en quatre groupes que nous allons &#233;voquer successivement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les fins ultimes : des objectifs de compromis sans fondement clair&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord la question essentielle mais non r&#233;solue du fondement de ces droits. Le pr&#233;ambule de 1948 les fonde sur la &lt;i&gt;dignit&#233; humaine&lt;/i&gt; : &#171; la reconnaissance de la dignit&#233; inh&#233;rente &#224; tous les membres de la famille humaine et de leurs droits &#233;gaux et inali&#233;nables constitue le fondement de la libert&#233;, de la justice et de la paix dans le monde &#187;. Ce qui, notons-le incidemment, inclut femmes et enfants (ou le devrait) et &#233;videmment l'embryon qui est logiquement &#171; membre de la famille humaine &#187;. Bien comprise, cette id&#233;e rel&#232;ve de la loi naturelle, sauf que celle-ci explique pourquoi cette dignit&#233; doit &#234;tre reconnue et la personne valoris&#233;e ; en revanche le texte de 1948 lui ne donne aucun soubassement. Ceci dit le principe ainsi pos&#233; est juste, et peut permettre de r&#233;cuser une loi d&#233;gradante. Mais on trouve imm&#233;diatement apr&#232;s cette id&#233;e &#233;tonnante que &#171; l'av&#232;nement d'un monde o&#249; les &#234;tres humains seront libres de parler et de croire, lib&#233;r&#233;s de la terreur et de la mis&#232;re, a &#233;t&#233; proclam&#233; comme la plus haute aspiration de l'homme &#187;. Il va de soi qu'il est bon d'&#234;tre lib&#233;r&#233; de la terreur et de la mis&#232;re ; dans une large mesure de jouir de la libert&#233; de parler et de croire - encore faudrait-il la qualifier pour que cela soit indubitablement un bien. Mais que cela seul soit la plus haute aspiration de l'homme est contestable. L'effort culturel, philosophique, religieux et artistique de l'homme au cours de l'histoire va bien au-del&#224; de la libert&#233; de dire n'importe quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1789, pour fonder l'appareil des droits, on disait que &#171; le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme &#187; (A2). Ce qui est &#233;videmment excessif : il est &#233;vident que les buts de toute soci&#233;t&#233; humaine sont bien plus larges, surtout si on comprend ces droits de fa&#231;on aussi limit&#233;e que le fait cette d&#233;claration - comme on le verra plus en d&#233;tails. D'o&#249; l'id&#233;e bizarre qui suit, que &#171; l'ignorance, l'oubli ou le m&#233;pris des droits de l'homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des Gouvernements &#187;. La vie politique est un peu plus compliqu&#233;e que cela&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1948 tout ceci &#233;tait pr&#233;cis&#233; et corrig&#233; par l'article 1, qui &#233;nonce que &#171; tous les &#234;tres humains naissent libres et &#233;gaux en dignit&#233; et en droits. Ils sont dou&#233;s de raison et de conscience et &lt;i&gt;doivent&lt;/i&gt; agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternit&#233; &#187;. Appara&#238;t ici un &lt;i&gt;devoir&lt;/i&gt; adress&#233; aux personnes, ce qui est bien, et en outre altruiste (mais c'est rarissime dans les d&#233;clarations de droits, o&#249; on revendique toujours sans ne jamais rien donner). Mais pour mettre en &#339;uvre une telle fraternit&#233;, il faudrait la pr&#233;ciser, ce qu'on ne fait pas, et surtout avoir des ambitions plus &#233;lev&#233;es et plus &#233;toff&#233;es que celles de nos d&#233;clarations. Quant &#224; l'&#233;vocation de la raison et de la conscience, on peut comprendre (mais ce n'est pas dit) qu'elle induit une certaine responsabilit&#233;, mais laquelle ? Ce n'est pas pr&#233;cis&#233;. Ceci dit, un autre article positif, l'article 29, pr&#233;cise &#224; juste titre que &#171; l'individu a des devoirs &lt;i&gt;envers la communaut&#233; dans laquelle seule le libre et plein d&#233;veloppement de sa personnalit&#233; est possible&lt;/i&gt;. &#187; Deuxi&#232;me cas o&#249; on reconna&#238;t des devoirs, cette fois envers la communaut&#233; ; on reconna&#238;t le plein d&#233;veloppement de la personnalit&#233; comme but implicite (m&#234;me s'il n'est pas d&#233;fini), et surtout qu'il suppose la communaut&#233;, ce qui est bien dans la ligne du droit naturel et l&#224; aussi rare dans les d&#233;clarations de droits. Mais l&#224; encore on est un peu vague ; on ne dit rien de ces devoirs dans le reste du texte - alors que ce devrait &#234;tre un point central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre paragraphe int&#233;ressant est le 2 du m&#234;me article : &#171; dans l'exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libert&#233;s, chacun n'est soumis qu'aux limitations &#233;tablies par la loi exclusivement en vue d'assurer la reconnaissance et le respect des droits et libert&#233;s d'autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l'ordre public et du bien-&#234;tre g&#233;n&#233;ral dans une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique. &#187; A c&#244;t&#233; d'un logique relativiste (celle qui voit la limite dans les droits du voisin) on notera l'effort d'allusion &#224; autre chose (morale, bien-&#234;tre, ordre public), ce qui s'apparente au bien commun et au droit naturel. Mais il faudra se satisfaire de ces termes eux aussi vagues et non pr&#233;cis&#233;s ensuite. Dans le m&#234;me ordre d'id&#233;e, l'article 26.2 ajoute que : &#171; l'&#233;ducation doit viser au plein &#233;panouissement de la personnalit&#233; humaine et au renforcement du respect des droits de l'homme et des libert&#233;s fondamentales. Elle doit favoriser la compr&#233;hension, la tol&#233;rance et l'amiti&#233; entre toutes les nations et tous les groupes raciaux ou religieux, ainsi que le d&#233;veloppement des activit&#233;s des Nations Unies pour le maintien de la paix &#187;. La premi&#232;re partie de cet &#233;nonc&#233; montre l&#224; encore un certain effort qualitatif, encore que le terme &#8216;&#233;panouissement' ne soit pas pr&#233;cis&#233; (rien sur le vrai, le beau et le bien). La deuxi&#232;me, elle, reste sur un registre de tol&#233;rance et de neutralit&#233;, s&#251;rement bienvenu, mais un peu court malgr&#233; la sympathique allusion &#224; l'amiti&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, dans cet ensemble composite et fruit de compromis, et &#224; c&#244;t&#233; d'affirmations fond&#233;es sur la neutralit&#233;, on rel&#232;ve qu'il y a bien des exigences positives, bienvenues, mais peu de pr&#233;cision &#224; leur &#233;gard : on citera la fraternit&#233;, la morale, l'ordre public, le d&#233;veloppement et l'&#233;panouissement de la personnalit&#233;, li&#233;s &#224; l'insertion dans une communaut&#233;. Il y a l&#224; ind&#233;niablement une bonne intention et l'intuition d'une forme de bien commun, mais flou et g&#233;n&#233;ral, alors que le texte sait &#234;tre pr&#233;cis quand il le faut. Si ce n'est pas pr&#233;cis, c'est que cela manque de base claire. Et cela ne suffit &#233;videmment pas pour fonder une soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit le contraste est net avec 1789, o&#249; l'&#233;num&#233;ration r&#233;sum&#233;e de la liste des droits &#233;tait tr&#232;s courte et tr&#232;s symptomatique : &#171; Ces droits sont la libert&#233;, la propri&#233;t&#233;, la s&#251;ret&#233; et la r&#233;sistance &#224; l'oppression &#187; (A2). Aucune mention d'&#233;panouissement, de morale ou de communaut&#233;. &lt;i&gt;On pourrait en fait r&#233;sumer le texte de 1789 en parlant d'une libert&#233; parfaitement relativiste, fond&#233;e sur la propri&#233;t&#233; et le droit. On est donc tr&#232;s loin du compte&lt;/i&gt;... Mais cela annonce directement l'&#233;volution actuelle, qui est all&#233;e comme on sait r&#233;solument dans ce sens. Ce texte improvis&#233; de 1789 est formidablement anticipateur des d&#233;rives ult&#233;rieures. D'ailleurs le terme de &#8216;dignit&#233; de la personne' en &#233;tait compl&#232;tement absent. On disait certes que les droits de l'homme sont &#171; naturels, inali&#233;nables et &lt;i&gt;sacr&#233;s&lt;/i&gt; &#187; (pr&#233;ambule), et que la d&#233;claration &#233;tait faite &#171; en pr&#233;sence et sous les auspices de l'&#202;tre Supr&#234;me &#187; (pr&#233;ambule), ce qui n'appara&#238;t pas en 1948. Mais le lien entre cet Etre et les droits n'&#233;tait pas fait. La pr&#233;sence d'un vocabulaire religieux sans r&#233;f&#233;rence religieuse claire, alors que le reste du texte a une logique relativiste, n'y est en fait qu'une bizarrerie historique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les droits personnels : des &#233;nonces plus pr&#233;cis mais non ordonn&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Contrastant avec ces formules qui restent tr&#232;s g&#233;n&#233;rales, on notera le souci pouss&#233; de l'une et l'autre d&#233;clarations en mati&#232;re de droits personnels. Cela commence par la protection de la vie priv&#233;e. L'article 12 de 1948 &#233;nonce ainsi que &#171; nul ne sera l'objet d'immixtions arbitraires dans sa vie priv&#233;e, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes &#224; son honneur et &#224; sa r&#233;putation. Toute personne a droit &#224; la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes &#187;. Cette formulation convenable est ensuite &#233;tendue judicieusement &#224; la famille : l'article 16 dit que &#171; 1. A partir de l'&#226;ge nubile, l'homme et la femme, sans aucune restriction quant &#224; la race, la nationalit&#233; ou la religion, ont le droit de se marier et de fonder une famille. Ils ont des droits &#233;gaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution. 2. Le mariage ne peut &#234;tre conclu qu'avec le libre et plein consentement des futurs &#233;poux. &#187; Remarquons qu'&#224; nouveau on s'&#233;loigne nettement du relativisme actuel. Et plus encore dans ce qui suit (je souligne) : &#171; 3. &lt;i&gt;La famille est l'&#233;l&#233;ment naturel et fondamental de la soci&#233;t&#233; et a droit &#224; la protection de la soci&#233;t&#233; et de l'Etat&lt;/i&gt;. &#187;. L'article 26 ajoute m&#234;me ce point essentiel que &#171; 3. Les parents ont, par priorit&#233;, le droit de choisir le genre d'&#233;ducation &#224; donner &#224; leurs enfants. &#187; Ce point est remarquable : &lt;i&gt;c'est peut-&#234;tre le seul cas dans toutes les d&#233;clarations de droits o&#249; une communaut&#233; naturelle comme la famille est reconnue&lt;/i&gt;. Car dans le syst&#232;me de droit moderne, seule de toute l'histoire, la famille n'a pas de r&#244;le fondateur : c'est l'individu seul qui est reconnu. Plus g&#233;n&#233;ralement, la communaut&#233; comme telle n'existe pas (hors ce membre de phrase de 1948) : l'autre n'est pas pour nous condition de notre r&#233;alisation comme homme, mais obstacle possible &#224; notre libert&#233;. Marx qualifiait ces droits de l'homme de &#171; droits de l'homme &#233;go&#239;ste, de l'homme s&#233;par&#233; de l'homme et de la communaut&#233; &#187;. A raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc malgr&#233; ses limites, le texte de 1948 est &#224; nouveau &lt;i&gt;un progr&#232;s marqu&#233; et bienvenu par rapport &#224; la d&#233;finition ravageuse de 1789&lt;/i&gt;. Celle-ci &#233;tait, elle, ouvertement relativiste : &#171; la libert&#233; consiste &#224; pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas &#224; autrui : ainsi l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Soci&#233;t&#233;, la jouissance de ces m&#234;mes droits. Ces bornes ne peuvent &#234;tre d&#233;termin&#233;es que par la Loi &#187; (A4). Certes, on pr&#233;cisait ensuite que &#171; la Loi n'a le droit de d&#233;fendre [=interdire] que les actions nuisibles &#224; la Soci&#233;t&#233; &#187; (A5) ; on pourrait alors pr&#233;tendre que cette allusion &#224; la soci&#233;t&#233; pourrait permettre d'aller au-del&#224; du respect des &#8216;droits &#233;quivalents du voisin'. Mais en fait, compte tenu du contexte, cette &#171; soci&#233;t&#233; &#187; n'est que l'addition des droits des autres citoyens. Il est vrai aussi qu'on trouve dans ce texte une allusion aux devoirs : on souhaite (pr&#233;ambule) que &#171; cette D&#233;claration, constamment pr&#233;sente &#224; tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs &#187;. Mais en l'absence totale de pr&#233;cision, cela laisse l&#224; entendre que les seuls devoirs attendus sont le respect de ces droits individualistes. Tr&#232;s post-moderne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on peut s'y attendre, l'&#233;nonc&#233; des droits li&#233;s &#224; la libert&#233; d'expression est clair dans les deux d&#233;clarations, notamment en 1948 avec l'article 18 : &#171; toute personne a droit &#224; la libert&#233; de pens&#233;e, de conscience et de religion ; ce droit implique la libert&#233; de changer de religion ou de conviction ainsi que la libert&#233; de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en priv&#233;, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites. &#187; On notera l'insistance sur la libert&#233; de manifester sa religion, y compris dans l'&#233;ducation ; on est loin du la&#239;cisme agressif &#224; la fran&#231;aise. L'article 19 ajoute que &#171; tout individu a droit &#224; la libert&#233; d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas &#234;tre inqui&#233;t&#233; pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de r&#233;pandre, sans consid&#233;rations de fronti&#232;res, les informations et les id&#233;es par quelque moyen d'expression que ce soit &#187; (l'article 20 le compl&#232;te sur les associations). En 1789 on disait que &#171; nul ne doit &#234;tre inqui&#233;t&#233; pour ses opinions, m&#234;me religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public &#233;tabli par la Loi &#187; (A10). On notera au passage cet extraordinaire adverbe &#8216;m&#234;me', qui laisse entendre que c'est &#224; regret qu'on accepte l'expression libre d'opinions religieuses ! On y explique aussi que &#171; la libre communication des pens&#233;es et des opinions est un des droits les plus pr&#233;cieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, &#233;crire, imprimer librement, sauf &#224; r&#233;pondre de l'abus de cette libert&#233;, dans les cas d&#233;termin&#233;s par la Loi &#187; (A11). Mais h&#233;las rien ne d&#233;finit cet &#8216;abus'&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux d&#233;clarations, on ne voit donc pas clairement sur quelle base encadrer cette libert&#233;. D'une part, il n'y a pas d'allusion &#224; la recherche de la v&#233;rit&#233; : or le libre d&#233;bat se justifie d'abord par elle. D'autre part on ne parle pas d'abus manifestes et d&#233;gradants comme la pornographie, massivement d&#233;velopp&#233;s depuis. La libert&#233; d'expression telle qu'elle est comprise couramment aujourd'hui est incoh&#233;rente : on appelle expression n'importe quelle manifestation publique d'un individu. Mais comment justifier d'en faire un droit sacr&#233; ? &lt;i&gt;La libert&#233; d'expression n'a de sens que par rapport &#224; son objet : d'un c&#244;t&#233; s'exprimer, comme acte d'une personne humaine communiquant avec ses semblables ; de l'autre, participer &#224; un d&#233;bat pour l'enrichir, ce qui veut dire quelque chose qu'on pr&#233;sente ou ressent comme vrai.&lt;/i&gt; Il est &#233;vident que dans cette perspective les insultes de tout ordre n'ont pas leur place. Pas plus que l'expression de points de vue outrageants ou imb&#233;ciles. M&#234;me si on peut avoir &#224; les tol&#233;rer en pratique dans la plupart des cas, ils ne sont pas un droit sacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les droits &#233;conomiques : un mod&#232;le bien intentionn&#233;, mais &#233;troit et utopique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Restent les droits &#233;conomiques et sociaux. La d&#233;claration de 1789 &#233;tait caricaturalement individualiste et lib&#233;rale ; elle les ignorait donc. On soignait en revanche la propri&#233;t&#233;, qui &#233;tait &#8216;sacr&#233;e' : &#171; La propri&#233;t&#233; &#233;tant un droit inviolable et sacr&#233;, nul ne peut en &#234;tre priv&#233;, si ce n'est lorsque la n&#233;cessit&#233; publique, l&#233;galement constat&#233;e, l'exige &#233;videmment, et sous la condition d'une juste et pr&#233;alable indemnit&#233; &#187; (A13). Ce qui a couvert les horreurs de la condition ouvri&#232;re du XIXe si&#232;cle. D'o&#249; en France le correctif qui a d&#251; &#234;tre apport&#233;, dans le pr&#233;ambule de la Constitution de 1946 (mais pas avant), &#233;non&#231;ant les droits &#224; l'emploi, &#224; l'organisation syndicale, &#224; la gr&#232;ve, &#224; l'assistance en cas de besoins &#233;num&#233;r&#233;s, &#224; l'&#233;ducation - la&#239;que bien s&#251;r ! etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la propri&#233;t&#233;, l'article 17 de 1948 dit plus simplement que &#171; 1. Toute personne, aussi bien seule qu'en collectivit&#233;, a droit &#224; la propri&#233;t&#233;. 2. Nul ne peut &#234;tre arbitrairement priv&#233; de sa propri&#233;t&#233;. &#187; Les droits sociaux y ont &#233;t&#233; en revanche bien plus d&#233;velopp&#233;s qu'en 1789. Ces droits sont tous des droits-revendications, &#224; traduire financi&#232;rement, des cr&#233;ances dont on ne dit pas sur qui elles portent, mais dont on comprend que c'est sur l'Etat. Droit &#224; la s&#233;curit&#233; sociale, au travail, &#224; une r&#233;mun&#233;ration &#233;quitable, au repos et loisir, &#224; un niveau de vie suffisant, &#224; l'&#233;ducation etc. (articles 22 sqq.). On y trouve un m&#233;lange &#233;trange d'intentions justes et bonnes : la volont&#233; d'assurer &#224; chacun les moyens mat&#233;riels de mener une vie d&#233;cente et un d&#233;veloppement personnel et collectif. Et aussi une utopie g&#233;n&#233;ralis&#233;e : on proclame comme droit ce qui suppose en fait plus une organisation et des moyens, qu'un syst&#232;me juridique. Notons aussi l'extension universelle implicite du mod&#232;le du salariat avec s&#233;curit&#233; sociale, dont l'universalit&#233; n'est rien moins qu'assur&#233;e, non seulement dans l'histoire mais dans nos soci&#233;t&#233;s m&#234;mes : que veut dire le droit au salaire et aux vacances pour un commer&#231;ant ou un agriculteur &#224; son compte ? Remarquons enfin l'absence &#233;tonnante de la libert&#233; d'entreprendre : les d&#233;clarations de droits ne savent pas ce qu'est une entreprise. On pose des droits sur une organisation &#233;conomique dont on ne dit rien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons enfin que, en dehors des consid&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes, et &lt;i&gt;contrairement &#224; une id&#233;e re&#231;ue, l'&#233;galit&#233; est le parent pauvre de ces d&#233;clarations&lt;/i&gt; : elle est vue essentiellement en termes d'&#233;galit&#233; de droits et de participation au d&#233;bat d&#233;mocratique. La d&#233;claration de 1789 est cependant un peu plus clair sur ce point. Elle disait que &#171; les hommes naissent et demeurent libres et &#233;gaux en droits &#187; et que &#171; les distinctions sociales ne peuvent &#234;tre fond&#233;es que sur l'utilit&#233; commune &#187; (A 1) ; elle pr&#233;cisait que &#171; pour l'entretien de la force publique, et pour les d&#233;penses d'administration, une contribution commune est indispensable. Elle doit &#234;tre &#233;galement r&#233;partie entre tous les citoyens, en raison de leurs facult&#233;s &#187; (A13). Et que &#171; la Loi [&#8230;] doit &#234;tre la m&#234;me pour tous, soit qu'elle prot&#232;ge, soit qu'elle punisse. Tous les Citoyens &#233;tant &#233;gaux &#224; ses yeux, sont &#233;galement admissibles &#224; toutes dignit&#233;s, places et emplois publics, selon leur capacit&#233;, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents &#187; (A6). Mais cela reste limit&#233;, et tr&#232;s bourgeoisement juridique. Quant &#224; 1948, il n'y a&lt;i&gt; presque rien sur l'&#233;galit&#233;&lt;/i&gt;, en dehors &#224; nouveau de l'&#233;galit&#233; juridique devant la loi et de la participation au processus politique dont on va parler. Cette place mineure, contrastant avec l'importance de l'&#233;galit&#233; dans le pathos d&#233;mocratique, laisse songeur. Comme si les d&#233;clarations de droits, incapables d'assurer cette &#233;galit&#233; m&#234;me de fa&#231;on mythique, avaient pr&#233;f&#233;r&#233; pour l'essentiel la laisser dans l'ombre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La traduction politique : l'imp&#233;rialisme id&#233;ologique de la neutralit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re politique et comme on peut s'y attendre, on proclame de fa&#231;on absolue et universelle le syst&#232;me politique d&#233;mocratique, sans aucune r&#233;serve dans les deux cas. L'article 21 de 1948 &#233;nonce en effet que &#171; 1. Toute personne a le &lt;i&gt;droit&lt;/i&gt; de prendre part &#224; la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l'interm&#233;diaire de repr&#233;sentants librement choisis. 2. Toute personne a &lt;i&gt;droit&lt;/i&gt; &#224; acc&#233;der, dans des conditions d'&#233;galit&#233;, aux fonctions publiques de son pays. 3. La volont&#233; du peuple est le fondement de l'autorit&#233; des pouvoirs publics ; cette volont&#233; &lt;i&gt;doit&lt;/i&gt; s'exprimer par des &lt;i&gt;&#233;lections&lt;/i&gt; honn&#234;tes qui doivent avoir lieu p&#233;riodiquement, au suffrage universel &#233;gal et au vote secret ou suivant une proc&#233;dure &#233;quivalente assurant la libert&#233; du vote. &#187; On consid&#232;re enfin que cette id&#233;ologie doit s'imposer partout. L'article 28 dit que &#171; toute personne a droit &#224; ce que r&#232;gne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libert&#233;s &#233;nonc&#233;s dans la pr&#233;sente D&#233;claration puissent y trouver plein effet. &#187; Et l'article 29-3 pr&#233;cise que &#171; ces droits et libert&#233;s ne pourront, en aucun cas, s'exercer contrairement aux buts et aux principes des Nations-Unies &#187;. Impossible donc d'imaginer m&#234;me un autre mod&#232;le politique que la d&#233;mocratie lib&#233;rale repr&#233;sentative de type moderne. Pourtant, c'est un ph&#233;nom&#232;ne politique bien sp&#233;cifique, tr&#232;s r&#233;cent dans l'histoire, et dont rien n'indique qu'il soit appel&#233; &#224; subsister jusqu'&#224; la fin des temps. Si on parle de droits de l'homme universels, il e&#251;t &#233;t&#233; plus logique, et plus conforme avec ce que nous savons de l'histoire, de poser des principes de participation de tous &#224; la chose politique, tout en admettant la diversit&#233; possible des r&#233;alisations selon les lieux ou les &#233;poques. Mais on a pr&#233;f&#233;r&#233; g&#233;n&#233;raliser le mod&#232;le dominant du moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1789 aussi, on proclamait aussi le seul principe d&#233;mocratique, mais de fa&#231;on strictement nationale : &#171; Le principe de toute Souverainet&#233; r&#233;side essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorit&#233; qui n'en &#233;mane express&#233;ment (A3). &#187; &#171; La Loi est l'expression de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Repr&#233;sentants, &#224; sa formation. Elle doit &#234;tre la m&#234;me pour tous, soit qu'elle prot&#232;ge, soit qu'elle punisse. Tous les Citoyens &#233;tant &#233;gaux &#224; ses yeux, sont &#233;galement admissibles &#224; toutes dignit&#233;s, places et emplois publics, selon leur capacit&#233;, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents &#187; (A6). &#171; Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-m&#234;mes ou par leurs Repr&#233;sentants, la n&#233;cessit&#233; de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi et d'en d&#233;terminer la quotit&#233;, l'assiette, le recouvrement et la dur&#233;e &#187; (A14).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion sur les D&#233;clarations de droits&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au total donc, ce qu'on constate est que ces d&#233;clarations, suppos&#233;es avoir un r&#244;le fondateur permanent, sont des &lt;i&gt;documents de compromis transitoires&lt;/i&gt;, plus ou moins imbib&#233;es du paradigme relativiste. C'est du moins largement le cas de celle de 1789 - ce qui confirme sa grande modernit&#233;. Celle de 1948 est sensiblement plus &#233;quilibr&#233;e &#224; ce sujet, mais de fait elle &#233;tait tiraill&#233;e entre des tendances diff&#233;rentes. En tout cas elles ne peuvent &#234;tre tenues comme l'expression d'une loi naturelle, m&#234;me si la d&#233;claration de 1948 est sur ce plan un moindre mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir aussi &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Les-Droits-de-l-Homme-valeur-supreme-ou-tabou-ambigu.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Les-D...&lt;/a&gt; du 2 f&#233;vrier 2013.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les Droits de l'Homme : valeur supr&#234;me ou tabou ambigu ? </title>
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		<dc:date>2013-02-02T17:42:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Droits de l'Homme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On parle beaucoup de Droits de l'homme &#224; notre &#233;poque, dans les grands d&#233;bats de soci&#233;t&#233;. Comme si revendiquer des droits &#233;tait la d&#233;marche la plus noble de l'homme. Des droits qu'on comprend pourtant bien souvent comme celui de n'en faire qu'&#224; sa t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion recouvre bien s&#251;r une r&#233;alit&#233; tr&#232;s importante : celle du respect d&#251; &#224; la personne, &#224; son &#233;panouissement et &#224; la libert&#233; qui en est la condition n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un peu de recul historique et de r&#233;flexion montre qu'elle est bien plus complexe, partielle et changeante qu'on ne le pense. La relecture des D&#233;clarations de droits (1789 ou 1948) le confirme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait ce qui manque aux Droits de l'homme tels qu'on les comprend dans le discours dominant, c'est un fondement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Idees-politiques-.html" rel="directory"&gt;Id&#233;es politiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Droits-de-l-Homme-+.html" rel="tag"&gt;Droits de l'Homme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un monument fragile, il faut revoir les fondations &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Vous avez dit Droits de l'homme. Vous croyez que vous avez donn&#233; une r&#233;f&#233;rence irr&#233;futable. A notre &#233;poque c'est vrai, ce sont les tables de la Loi, la v&#233;rit&#233; ultime que nul ne peut remettre en cause. Et donc tout le monde les invoque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'intention affich&#233;e est louable : prot&#233;ger l'homme du pouvoir, reconna&#238;tre la n&#233;cessit&#233; pour la soci&#233;t&#233; de lui reconna&#238;tre sa place et la possibilit&#233; de son &#233;panouissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement l'&#233;nonc&#233; de ces droits n'a rien d'&#233;vident. Tels qu'ils sont formul&#233;s les &#233;nonc&#233;s des D&#233;clarations solennelles sont bien souvent ambigus, ni fond&#233;s, ni conclusifs. Un bref examen le confirme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les d&#233;clarations de droits et leurs lacunes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D'abord il y a plusieurs d&#233;clarations des droits, et elles ne disent pas la m&#234;me chose sur des points essentiels : la d&#233;claration de 1789, seule l&#233;gale en France malgr&#233; ses graves limites ; celle de 1948 seule reconnue internationalement mais pas en France ; mais aussi les innombrables proclamations g&#233;n&#233;rales ou partielles qui ont &#233;t&#233; produites depuis, ne serait-ce que la charte europ&#233;enne. Si on les r&#233;&#233;crit r&#233;guli&#232;rement, c'est que la question n'est pas si claire qu'on le pense na&#239;vement. En fait ces droits suppos&#233;s permanents varient sans cesse, au gr&#233; de l'&#233;volution des m&#339;urs ou de l'id&#233;ologie officielle. Celle de 1789 est brut de d&#233;coffrage : abrupte, ultralib&#233;rale, individualiste et relativiste. Elle annonce par l&#224; la modernit&#233; et m&#234;me la postmodernit&#233; y compris dans ses points les plus douteux. Celle de 1948 est sans doute la plus &#233;quilibr&#233;e ; elle a d'ailleurs &#233;t&#233; le fruit d'un vrai d&#233;bat international, au sortir de la guerre, associant des repr&#233;sentants de cultures diverses. Ce qui ne veut pas dire qu'elle r&#233;pond &#224; tous, loin de l&#224; h&#233;las. Mais il est clair qu'en droit fran&#231;ais c'est elle qui devrait prendre place dans la constitution, et pas celle, &#233;crite &#224; la h&#226;te, qui a &#233;t&#233; proclam&#233;e peu avant les drames de la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier fait majeur est &#224; noter : aucune ne dit au nom de quoi elle parle. Au mieux on &#233;voque la dignit&#233; humaine, ce qui est s&#251;rement bien ; mais tr&#232;s symptomatiquement on en parle sans dire ce que c'est, ni pourquoi l'homme a une dignit&#233;. On affirme en outre que reconna&#238;tre cette dignit&#233; apporte la paix ou la justice, mais on ne dit pas pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche la question des devoirs est pass&#233;e sous silence, ou &#224; peine &#233;voqu&#233;e (un peu plus en 1948). Alors qu'il est &#233;vident que si on &#233;nonce les droits de Pierre, c'est qu'on dit &#224; Jules qu'il doit les respecter. Et si Jules ne ressent pas un tel devoir, les droits de Pierre sont des mots en l'air. Dit autrement, sans une culture morale qui dit &#224; chacun ce qu'on attend de lui, et notamment qu'il recherche le bien, le sien et celui des autres, les d&#233;clarations ont toute chance de rester lettre morte. Sauf &#224; voir ces droits comme de pures revendications &#8211; adress&#233;es &#224; un Etat suppos&#233; capable de r&#233;pondre &#224; toutes les attentes. Mais l'Etat n'est pas moral en lui-m&#234;me. Il respectera ses devoirs s'il est politiquement orient&#233; dans le bon sens ; donc si les citoyens le sont. Et donc, sans culture morale dans la soci&#233;t&#233;, des droits proclam&#233;s ne sont qu'une pi&#232;tre protection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;clarations n'&#233;voquent en outre que tr&#232;s rarement le plein d&#233;veloppement de l'homme ou le bien commun de la soci&#233;t&#233; (et encore une fois, ce n'est qu'en 1948 qu'on le fait) ; et corr&#233;lativement tr&#232;s peu les communaut&#233;s qui font le tissu de cette soci&#233;t&#233; et sont le vrai lieu d'&#233;panouissement de l'homme r&#233;el. Le plus sympathique &#224; ce sujet est cet excellent passage de 1948 qui reconna&#238;t la famille comme &#171; l'&#233;l&#233;ment naturel et fondamental de la soci&#233;t&#233; &#187;, qui &#171; a droit &#224; la protection de la soci&#233;t&#233; et de l'Etat &#187;. On est ici aux antipodes de la d&#233;claration de 1789, qui ne conna&#238;t que l'individu et ses caprices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#234;mes limites apparaissent quand on entre dans le d&#233;tail des droits. Le seul &#233;l&#233;ment indiscutablement positif, et de loin, est ce qui vise l'&#233;tat de droit, le respect de r&#232;gles de droit. Mais cela reste de la technique juridique, aussi pr&#233;cieuse soit-elle. On s'excite en revanche et on devient prolixe d&#232;s qu'il s'agit des libert&#233;s individualistes, et notamment de la libert&#233; de parler. Mais sans la relier &#224; ce que dit celui qui parle. On a donc l'impression qu'il est plus important de parler pour ne rien dire que de viser des choses vraies, bonnes ou vraies, car ces trois mots sont absents de nos d&#233;clarations. On explique m&#234;me que la soci&#233;t&#233; est faite pour respecter de tels droits. Mais sur quoi se fonde le droit suppos&#233; sacr&#233; &#224; dire n'importe quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive donc, m&#234;me en 1948 ce qui l'emporte ce sont les droits individuels face &#224; la soci&#233;t&#233;, avec seulement quelques allusions au fait pourtant &#233;vident que cette vie commune optimale que nous souhaitons tous ne s'&#233;tablira que si chacun a compris deux choses : d'abord qu'il a surtout des devoirs envers les autres, notamment avant de revendiquer ses droits ; ensuite qu'on n'atteint son plein d&#233;veloppement qu'en reconnaissant qu'il y a des choses bonnes ou belles, en soi, et qu'on ne les atteint que par la soci&#233;t&#233; - si du moins elle est bien orient&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fluctuations et oublis&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu avec des bases aussi fragiles, pas &#233;tonnant que la liste des droits ait constamment vari&#233;. Aujourd'hui, avec l'avortement et l'euthanasie, elle n'aurait plus rien &#224; voir avec les id&#233;es des d&#233;clarants de l'&#233;poque. Mais ceux-ci &#233;taient eux-m&#234;mes &#233;trangement aveugles : en 1789 ils ne connaissaient aucun des droits sociaux qui nous apparaissent aujourd'hui &#233;vidents et qu'on consid&#232;re maintenant au c&#339;ur du &#171; pacte r&#233;publicain &#187; : sant&#233;, &#233;ducation, droits au travail etc. Et on voit maintenant proclam&#233; le droit des peuples &#224; disposer d'eux-m&#234;mes, au d&#233;veloppement, &#224; la paix, &#224; un environnement sain, au patrimoine de l'humanit&#233;, &#224; l'assistance humanitaire etc. Le processus n'a pas de raison de s'arr&#234;ter, on en trouve sans cesse de nouveaux, par affirmations successives &#233;ventuellement incoh&#233;rentes. Inutile d'insister sur le flou juridique qui en r&#233;sulte. Par exemple, le tabou de l'avortement emp&#234;che de reconna&#238;tre l'embryon comme un &#234;tre humain ; mais on d&#233;clare qu'il le faut pas les vendre, au nom de la dignit&#233; humaine ; d'o&#249; cette aberration qu'on peut tuer des embryons mais pas les vendre. Mais quelle est la force d'une d&#233;claration qu'on peut bouleverser sur la base d'un courant d'opinion, 50 ans seulement apr&#232;s sa proclamation ? Quelle protection offre-t-elle contre les fluctuations de l'opinion du moment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons inversement que contrairement &#224; une id&#233;e re&#231;ue, l'&#233;galit&#233; est de loin le parent pauvre toutes de ces d&#233;clarations. Elle y est vue essentiellement en termes d'&#233;galit&#233; de droits civiques et de participation au d&#233;bat d&#233;mocratique. Ce qui est &#233;tonnant quand on pense &#224; son r&#244;le de r&#233;f&#233;rence dans nos soci&#233;t&#233;s d&#233;mocratiques. Ne rel&#232;ve-t-elle pas en fait de l'incantation ? Ou ne sert-elle pas de pr&#233;texte pour cacher une autre marchandise ? Par exemple pour pulv&#233;riser une conception naturelle de l'homme, comme on le voit aujourd'hui avec le mariage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#234;mes d&#233;clarations sont en revanche d&#233;pourvues du moindre doute sur l'affirmation de la valeur universelle et d&#233;finitive de la d&#233;mocratie lib&#233;rale. C'est pour elles le seul syst&#232;me humain et apparemment cela restera vrai &#224; jamais. Cette certitude impavide laisse quelque peu r&#234;veur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total en tout cas, ce qu'on constate est que ces d&#233;clarations, suppos&#233;es avoir un r&#244;le fondateur et permanent, sont des documents de compromis transitoires, trop souvent imbib&#233;es du paradigme relativiste qui nous domine. Surtout celle de 1789 - ce qui en fait tout sauf un document neutre et impartial, propice &#224; entrer dans une constitution comme la n&#244;tre. Celle de 1948 est plus satisfaisante &#224; ce sujet, bien que tiraill&#233;e entre des tendances diff&#233;rentes. Tout indique donc qu'elles devront &#234;tre revues &#224; nouveau &#224; l'avenir &#8211; et qu'en m&#234;me temps l'exercice s'annonce difficile.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment fonder des droits ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'en fait il n'y a qu'une solution pour un tel fondement : reconna&#238;tre qu'il y a une nature humaine et une morale objective. Comme le dit John Finnis, &#171; on ne peut raisonnablement affirmer l'&#233;galit&#233; des &#234;tres humains, ou l'universalit&#233; des droits de l'homme et leur caract&#232;re obligatoire, si on ne reconna&#238;t pas qu'il y a quelque chose dans les personnes qui les distingue radicalement des cr&#233;atures non rationnelles, et qui, avant toute reconnaissance de statut, est intrins&#232;que &#224; la r&#233;alit&#233; factuelle de tout &#234;tre humain, adulte ou immature, en bonne sant&#233; ou handicap&#233; &#187;. Ou, comme dit Joseph Pieper, pourquoi un &#234;tre humain aurait-il droit &#224; quelque chose uniquement parce qu'il est un &#234;tre humain ? Par exemple qu'il est objectivement vrai qu'on a le devoir de respecter l'&#234;tre humain et que cela implique qu'on reconnaisse sa nature d'&#234;tre &#224; la fois sensible et raisonnable, capable d'atteindre une forme d'&#233;panouissement qu'il est bon et juste de rechercher, et que cela suppose son insertion dans une communaut&#233; o&#249; il peut &#234;tre reconnu et respect&#233;, et que lui-m&#234;me reconna&#238;t et respecte (d'o&#249; ses devoirs). Une telle dignit&#233; ne peut se fonder sur le seul tabou de son autonomie, sans aucune consid&#233;ration de ce qu'il fait ou est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est donc n&#233;cessairement conduit &#224; ins&#233;rer les droits de l'homme dans la logique de ce qu'on appelle la loi naturelle, ce qui implique un important renouvellement de l'id&#233;e qu'on a de ces droits. En comprenant bien entendu que cette nature humaine est dynamique et t&#233;l&#233;ologique, c'est-&#224;-dire que l'homme est tendu vers des objectifs dont certains accomplissent cette nature mieux que d'autres. Car si tout se vaut, on ne voit pas sur quoi fonder des droits, qui sont normalement des droits &#224; agir. S'il y a des droits, c'est que la nature humaine est une r&#233;alit&#233;, et que cette r&#233;alit&#233; est une t&#226;che. En d'autres termes, on peut difficilement se passer d'un minimum de conception philosophique commune sur ce qu'est l'homme, au moins implicitement, et de le voir notamment comme &#234;tre tendu vers un but sup&#233;rieur et qui tire de l&#224; sa dignit&#233;. Dans un tel contexte, la pl&#233;nitude de la libert&#233; pleine signifie le plein accomplissement de ce que nous sommes ; et ce n'est que comprise ainsi que la libert&#233; est un bien majeur, parce que c'est alors un aspect du Bien ; et elle se situe au terme de nos efforts, plus qu'au d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne veut pas dire pour autant qu'il faille cesser de parler de droits, et de ne mentionner que les devoirs. Le terme de droits a le gros d&#233;faut de n'insister que sur la revendication, sans rappeler &#224; la personne que ce sont tous d'abord des devoirs. Mais parler de droits est tr&#232;s utile, voire indispensable juridiquement. Et cela rappelle qu'on doit quelque chose &#224; la personne humaine comme telle. Mais il faut fonder et comprendre ces droits de fa&#231;on tr&#232;s diff&#233;rente de ce qu'on fait couramment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette voie on se retrouve alors aux antipodes de la conception de 1789, o&#249; il s'agit pour l'individu de rechercher comme il l'entend son bon plaisir, en g&#233;n&#233;ral son simple avantage. Conception qui anticipe &#233;tonnamment le relativisme actuel. L'individualit&#233; subjective y est maintenant sacr&#233;e, c'est une sorte de nouvelle religion. Mais les droits de cet individu, tels qu'il les appr&#233;cie subjectivement sont potentiellement ind&#233;finis et sans limite : on substitue donc le culte des d&#233;sirs &#224; celui de la r&#233;flexion ; et on est alors conduit &#224; proclamer sans cesse de nouveaux droits, &#233;ventuellement contradictoires. Elle se combine avec une revendication lancinante et moutonni&#232;re pour le respect des droits, alors que c'est justement la proclamation permanente de ces droits mal compris qui entra&#238;ne une libert&#233; anarchique fond&#233;e sur l'idol&#226;trie du moi, nuisible aux autres et &#224; soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'honneur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On peut rappeler en compl&#233;ment qu'une notion peut permettre de compl&#233;ter ou corriger efficacement celle de droit ou celle de dignit&#233; : c'est l'honneur. L'honneur est quelque chose qu'on peut perdre, mais aussi qu'on peut accro&#238;tre. C'est &#224; la fois un patrimoine &#224; conserver (car il est p&#233;rissable) mais surtout un programme positif : il s'agit d'aller au bout de ce que l'on peut &#234;tre de mieux. Il repose sur une id&#233;e de nature, mais elle est vue dans la perspective de ce que peut devenir cette nature, quitte &#224; se surpasser. Il suppose le regard des autres. Cela ne nie en rien la dignit&#233; (et donc les Droits de l'homme bien compris), au contraire. Mais cela fournit un antidote possible &#224; l'&#233;gard de ses d&#233;rives, et c'en est en m&#234;me temps la forme sublim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que nous apporte au mieux la notion de dignit&#233;, le sens juste des Droits de l'Homme sinon cette id&#233;e : respectons chacun, si idiot ou ignoble puisse-t-il nous para&#238;tre ? Ce respect est un bien, indiscutable en soi. Mais doit-on s'arr&#234;ter l&#224; ? Qui donnera un sens &#224; la vie en se limitant &#224; cela ? Dit autrement, quelle sagesse, quel h&#233;ro&#239;sme, quel id&#233;al humain, quelle civilisation sont possibles sur la seule base d'une D&#233;claration des Droits ? Sans les amoindrir, il faut donc aller au-del&#224;. Au niveau humain, l'honneur peut &#234;tre une &#233;tape majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Additif au 18 mai 2013&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil constitutionnel vient de confirmer la loi Taubira &#8211; sans surprise. Car dans notre syst&#232;me juridique, comme il l'explique, la seule possibilit&#233; aurait &#233;t&#233; une atteinte aux droits et libert&#233;s fondamentales. Ceux-ci sont compris &#224; la lumi&#232;re de la d&#233;claration des Droits de l'Homme de 1789, incorpor&#233;e &#224; la constitution. Mais rien dans cette d&#233;claration ne dit quoi que ce soit de la famille, ni encore moins de ce qu'est un p&#232;re ou une m&#232;re, ni du droit de l'enfant &#224; ses (vrais) parents. Il se confirme donc que c'est une d&#233;claration utile dans certains domaines, mais mutil&#233;e parce que trop individualiste et intrins&#232;quement relativiste. Cela veut donc dire que le changement &#224; op&#233;rer est tr&#232;s profond. Puisque, logiquement, cela conduit &#224; modifier et enrichir la d&#233;claration des droits de l'homme&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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