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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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<item xml:lang="fr">
		<title>La victoire militaire peut-elle &#234;tre une solution morale &#224; un conflit ? Le cas syrien</title>
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		<dc:date>2016-10-03T15:59:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Logique de la guerre</dc:subject>
		<dc:subject>But de guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre Syrie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La reprise des combats &#224; Alep laisse entendre que le gouvernement syrien et ses alli&#233;s russes et iraniens ont fait le choix de la victoire militaire, au moins pour s'assurer le contr&#244;le de ce qu'on appelle la Syrie utile, de Damas &#224; Alep et jusqu'&#224; la M&#233;diterran&#233;e. On s'interroge naturellement sur le succ&#232;s possible ou non de cette strat&#233;gie, qui peut &#234;tre gagnante m&#234;me si la situation est extr&#234;mement complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question que je pose ici est diff&#233;rente ; elle est &#233;thique et g&#233;n&#233;rale, et va bien au-del&#224; de la Syrie : y a-t-il des cas o&#249; une situation &#233;tant ce qu'elle est, la poursuite de la victoire militaire est moralement la moins mauvaise solution ? Si oui, est-ce que cela reste vrai m&#234;me en cas de guerre civile ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Israel-Palestine-Gaza-.html" rel="directory"&gt;Moyen Orient&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Guerre-juste-+.html" rel="tag"&gt;Guerre juste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Logique-de-la-guerre-+.html" rel="tag"&gt;Logique de la guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-But-de-guerre-+.html" rel="tag"&gt;But de guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Guerre-Syrie-+.html" rel="tag"&gt;Guerre Syrie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La reprise des combats &#224; Alep laisse entendre que le gouvernement syrien et ses alli&#233;s russes et iraniens ont fait le choix de la victoire militaire, au moins pour s'assurer le contr&#244;le de ce qu'on appelle la Syrie utile, de Damas &#224; Alep et jusqu'&#224; la M&#233;diterran&#233;e. On s'interroge naturellement sur le succ&#232;s possible ou non de cette strat&#233;gie, qui peut &#234;tre gagnante m&#234;me si la situation est extr&#234;mement complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question que je pose ici est diff&#233;rente ; elle est &#233;thique et g&#233;n&#233;rale, et va bien au-del&#224; de la Syrie : y a-t-il des cas o&#249; une situation &#233;tant ce qu'elle est, la poursuite de la victoire militaire est moralement la moins mauvaise solution ? Si oui, est-ce que cela reste vrai m&#234;me en cas de guerre civile ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Des guerres justes ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici de savoir s'il y a des cas o&#249; la guerre serait moralement meilleure que la paix : il n'y en a &#233;videmment pas. Il est toujours moralement n&#233;cessaire de chercher les moyens de parvenir rapidement &#224; la paix, d'att&#233;nuer les cons&#233;quences de la guerre pendant son d&#233;roulement, et de pr&#233;parer la paix en r&#233;duisant les s&#233;quelles in&#233;vitables de l'affrontement. Au minimum, il faut &#234;tre ouvert &#224; des discussions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est bien plut&#244;t : y a-t-il des cas o&#249; on peut avoir moralement le droit &#224; poursuivre r&#233;solument la guerre, en recherchant la paix par la victoire militaire ? Pos&#233;e en termes aussi g&#233;n&#233;raux, la r&#233;ponse me para&#238;t &#234;tre positive. La seconde guerre mondiale vient imm&#233;diatement &#224; l'esprit. Mais voyons plus en d&#233;tails ce qu'il en est, notamment d'un point de vue chr&#233;tien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela suppose &#233;videment d'abord que la guerre en question soit juste. Or si, comme le pape Fran&#231;ois l'a rappel&#233;, il n'y a pas de guerre sainte, l'Eglise catholique a toujours reconnue l'existence de &#8216;guerres justes'. Sa doctrine traditionnelle sur ce point est d'ailleurs un mod&#232;le de pond&#233;ration. Plus pr&#233;cis&#233;ment, dans son Cat&#233;chisme au N&#176; 2309, apr&#232;s avoir rappel&#233; qu'il faut toujours essayer d'&#233;viter la guerre, elle reconnait un droit de l&#233;gitime d&#233;fense, et cons&#233;quemment la possibilit&#233; de la guerre, mais sous plusieurs conditions pr&#233;cises. Si le dommage inflig&#233; par l'agresseur est durable, grave et certain ; si tous les moyens pour le faire cesser autrement s'av&#232;rent inefficaces ou impossibles ; si les conditions sont telles qu'il y a des chances s&#233;rieuses de r&#233;ussir ; et si on ne cr&#233;e pas un mal pire par son action, notamment par l'usage qu'on fait d'armes particuli&#232;rement destructrices. Notons que ce dernier point inclut la condamnation explicite des bombardements de villes ou de r&#233;gions enti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appliqu&#233;e &#224; la seconde guerre mondiale (c&#244;t&#233; Alli&#233;, mais aussi russe) cette doctrine me para&#238;t justifier leur combat dans son principe. Mais pas les bombardements indiscrimin&#233;s des villes allemandes et japonaises. Cet exemple montre d&#232;s lors que m&#234;me une partie qui commet des actes de barbaries, des crimes de guerre, peut rester n&#233;anmoins l&#233;gitime dans le principe &#8211; outre que, en l'esp&#232;ce, leurs adversaires avaient des m&#233;thodes semblables ou pires. Cette approbation de principe de la poursuite de la guerre c&#244;t&#233; alli&#233;s laisse cependant ouverte la question de la justification des buts de guerre de ces m&#234;mes alli&#233;s, qui &#233;taient la capitulation pure et simple de l'adversaire : par sa radicalit&#233;, cela rendait ind&#233;niablement la paix plus difficile, sauf &#233;crasement militaire total de l'adversaire. Ce qui en un sens a conduit &#224; Hiroshima. Encore une fois, sans remettre en cause la l&#233;gitimit&#233; de la guerre comme telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;cemment la guerre du Golfe de 1990, faisant suite &#224; l'invasion du Kowe&#239;t par l'Iraq rel&#232;ve tr&#232;s probablement de la m&#234;me analyse et peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e justifiable : elle r&#233;pondait &#224; une agression pure, sans fondement, et on pouvait y r&#233;pondre efficacement sans effet disproportionn&#233;. En sens contraire l'invasion de l'Iraq en 2003 &#233;tait manifestement injustifiable selon tous les crit&#232;res disponibles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;M&#234;me en cas de guerre civile ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Peut-on appliquer les m&#234;mes crit&#232;res au cas d'une guerre civile ? La question est embrouill&#233;e par le fait qu'une telle guerre laisse rarement indiff&#233;rents les voisins. Mais si on parle de guerre civile c'est que, au moins &#224; l'origine du conflit, on trouve les membres d'une m&#234;me communaut&#233; politique, suppos&#233;e auparavant en paix. La difficult&#233; principale dans une guerre civile est la d&#233;finition de ce qu'on peut appeler agresseur. Certains verront comme tel un gouvernement tyrannique, et trouveront justifi&#233; de se r&#233;volter contre lui. Mais le gouvernement peut lui aussi analyser comme agression une r&#233;bellion arm&#233;e. Par ailleurs se pose la question des voies alternatives &#224; la guerre : existaient-elles ou non au d&#233;part, sont-elles cr&#233;dibles ou non une fois le conflit commenc&#233; ? Cela suppose une analyse politique, par nature complexe, sur ce qui est ou aurait &#233;t&#233; possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse commun&#233;ment apport&#233;e ici par le discours dominant est de s'en remettre &#224; des &#233;lections. Cela revient &#224; dire : si toutes les parties admettent des &#233;lections libres, le probl&#232;me sera r&#233;gl&#233;. Il va de soi que si la perspective d'&#233;lections libres est cr&#233;dible, capables de mettre en place un gouvernement reconnu comme l&#233;gitime par la plupart des parties, cela constitue une voie permettant d'&#233;viter ou d'arr&#234;ter la guerre. Malheureusement dans la pratique cela revient &#224; supposer le probl&#232;me r&#233;solu. S'il y a guerre civile, c'est que l'une ou l'autre des parties, sinon toutes, r&#233;cusent soit la possibilit&#233; de ces &#233;lections, soit leur r&#233;sultat effectif ou probable, soit m&#234;me la politique men&#233;e par un gouvernement &#233;lu qui peut d'ailleurs effectivement &#234;tre tyrannique m&#234;me s'il a &#233;t&#233; &#233;lu l&#233;gitimement. En g&#233;n&#233;ral les &#233;lections supposent l'apaisement, la paix, et ne la pr&#233;c&#233;dent pas. En outre leur cr&#233;dibilit&#233; est nulle tant que des forces arm&#233;es sont d&#233;ploy&#233;es contr&#244;lant chacune un bout du terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'&#233;chappe donc pas &#224; la probl&#233;matique g&#233;n&#233;rale de la question de la guerre juste. Elle est aggrav&#233;e dans le cas de la guerre civile ; en effet ces guerres sont en g&#233;n&#233;ral plus f&#233;roces que les guerres entre pays ; et surtout elles ont un effet d&#233;vastateur puisqu'elles d&#233;chirent radicalement le tissu de la communaut&#233; en dressant les parties l'une contre l'autre. Il s'en d&#233;duit qu'il sera encore plus rare qu'une guerre civile soit justifi&#233;e, qu'une guerre entre pays. D'o&#249; une cons&#233;quence majeure, qu'on tire rarement : il est tr&#232;s rare qu'une insurrection soit moralement justifi&#233;e, si comme c'est le cas en g&#233;n&#233;ral elle a des chances s&#233;rieuses de d&#233;boucher sur une guerre civile. Car m&#234;me si le r&#233;gime en place est tr&#232;s discutable, voire ill&#233;gitime, presque toujours le dommage caus&#233; par lui sera inf&#233;rieur &#224; celui r&#233;sultant de la guerre civile ; en outre, les chances de succ&#232;s d'une telle r&#233;volte sont en g&#233;n&#233;ral al&#233;atoires. Cons&#233;quence encore : l'admiration b&#233;ate des Occidentaux pour les r&#233;volutions en g&#233;n&#233;ral est stupide et irresponsable. Au mieux, une r&#233;volution n'est justifi&#233;e que dans le cas d'un r&#233;gime faible, qui ne r&#233;siste pas, et qui est remplac&#233; tr&#232;s vite et efficacement par un r&#233;gime raisonnablement l&#233;gitime et stable. Mais ce cas est &#233;videmment tr&#232;s rare : la Tunisie de Ben Ali en fait sans doute partie, mais aucune autre r&#233;volution arabe parmi toutes celles qui l'ont suivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire du point de vue du gouvernement qui fait face &#224; une telle r&#233;volte ? Est-il moralement fond&#233; &#224; r&#233;sister par la force ? La question est un peu th&#233;orique reconnaissons-le : s'il est en place, c'est qu'il pr&#233;tend &#234;tre justifi&#233; &#224; le faire. Mais elle garde quand m&#234;me une certaine pertinence, notamment pour les tiers, la population ou les Etats &#233;trangers. Mais &#224; nouveau, l'id&#233;e occidentale implicite selon laquelle face &#224; des manifestations de masse un gouvernement doit aussit&#244;t c&#233;der le pouvoir ne tient pas debout : cela n'a de sens que si une voie pacifique de r&#233;solution du conflit existe vraiment, et si on est certain qu'elle ne d&#233;bouchera pas sur un r&#233;gime pire. Ce qui est rare. Cons&#233;quence : un gouvernement peut juger qu'il a le droit &#224; utiliser la force pour se d&#233;fendre. D'ailleurs, si en 2013 une manifestation de la taille de la Manif pour tous avait exig&#233; en France la d&#233;mission du gouvernement et march&#233; sur l'Elys&#233;e, le r&#233;gime r&#233;publicain se serait d&#233;fendu, y compris par la force. Naturellement pour que cette r&#233;action soit moralement correcte il faut qu'elle emploie des moyens raisonnables et proportionn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ensuite une guerre civile a &#233;clat&#233;, il peut se trouver qu'une paix soit possible par la n&#233;gociation. Mais c'est rare, sauf apr&#232;s des ann&#233;es et &#233;puisement des parties dont aucune ne parviendrait &#224; l'emporter sur le terrain. On peut aussi imaginer une intervention &#233;trang&#232;re ; mais pour &#234;tre justifiable il faut non seulement qu'elle soit rapidement victorieuse, mais qu'on puisse ensuite acheminer un pays aussi divis&#233; vers un &#233;tat de coexistence paisible, ce qui suppose que cette puissance &#233;trang&#232;re accepte de le prendre en main le pays sur la longue dur&#233;e. On mesure la raret&#233; du cas. Reste alors comme d&#233;bouch&#233; probable le d&#233;roulement de la guerre &#224; son terme, et donc la victoire d'une des parties ou une partition de droit ou de fait. On comprend de la logique qui vient d'&#234;tre d&#233;roul&#233;e que cette hypoth&#232;se puisse &#234;tre accept&#233;e, ou plus exactement qu'il est possible qu'il ne se d&#233;gage pas de meilleure solution. Ce qui &#224; nouveau, comme dans toute guerre, ne rend pas pour autant l&#233;gitime l'usage de n'importe quel moyen.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le cas syrien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Loin de moi l'id&#233;e d'apporter une r&#233;ponse nette au terrible drame syrien. Au vu cependant des faits, il me para&#238;t qu'on peut &#233;noncer les points suivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Syrie des Assad n'&#233;tait pas un r&#233;gime satisfaisant, c'est le moins qu'on puisse dire ; c'&#233;tait et cela reste une dictature brutale. En m&#234;me temps le r&#233;gime, relativement la&#239;c, permettait la coexistence des nombreuses minorit&#233;s qui composent la Syrie, de fa&#231;on globalement paisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La probabilit&#233; qu'une r&#233;volte contre ce r&#233;gime ne d&#233;bouche pas sur une guerre civile &#233;tait nulle. La probabilit&#233; d'&#233;lections vraiment libres sans doute de m&#234;me. La probabilit&#233; que d'&#233;ventuelles &#233;lections ouvertes d&#233;bouchent sur un r&#233;gime islamiste, aussi brutal et autoritaire que l'existant mais beaucoup moins tol&#233;rant, &#233;tait tr&#232;s forte. La base politique des d&#233;mocrates la&#239;cs &#224; l'occidentale y &#233;tait et reste tr&#232;s faible. Il r&#233;sulte de cela une cons&#233;quence claire : autant une action politique pacifique (interne ou externe) &#233;tait justifi&#233;e, autant tout encouragement &#224; la r&#233;bellion &#233;tait irresponsable. A fortiori l'appui massif, en finances et en armement, que celle-ci a re&#231;u, tant des Occidentaux que des Saoudiens et de leurs amis. On peut en d&#233;duire aussi que le r&#233;gime pouvait se juger fond&#233; &#224; r&#233;sister &#224; la r&#233;volte. Il est caract&#233;ristique que les chr&#233;tiens syriens l'aient presque tous soutenu. Sans l'intervention &#233;trang&#232;re la guerre serait finie depuis longtemps, et au profit du r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dira : les moyens de r&#233;pression utilis&#233;s par ce r&#233;gime &#233;taient et sont f&#233;roces et disproportionn&#233;. C'est sans doute vrai, m&#234;me si l'information que nous recevons est biais&#233;e et unilat&#233;rale, essentiellement aux mains des ennemis de ce r&#233;gime, et s'apparente plut&#244;t &#224; de la propagande. Mais on l'a vu avec la seconde guerre mondiale, la mise en &#339;uvre de moyens condamnables m&#234;me av&#233;r&#233;s ne suffit pas ipso facto &#224; rendre injuste un combat. D'autant que la sup&#233;riorit&#233; morale de ses adversaires reste &#224; prouver sur ce plan &#233;galement. Le d&#233;bat n'est pas aussi facilement tranch&#233; qu'on le pr&#233;tend ; en outre une condamnation ne donne pas en soi de solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant la guerre est lanc&#233;e, et elle a atteint un niveau de complexit&#233; sans pr&#233;c&#233;dent pour un pays de cette taille, puisqu'on peut compter au minimum 4 camps, en guerre active ou potentielle chacun avec les autres (le r&#233;gime, les Kurdes, Daech, et la r&#233;bellion - qui est pour l'essentiel islamiste et elle-m&#234;me divis&#233;e), ce &#224; quoi s'ajoutent de nombreuses puissances &#233;trang&#232;res parties prenantes tr&#232;s actives. L'issue en est donc impr&#233;visible, m&#234;me si un certain avantage appara&#238;t se d&#233;gager actuellement en faveur du r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment la paix peut &#234;tre possible ? La paix impos&#233;e de l'&#233;tranger est au fond le but des n&#233;gociations russo-am&#233;ricaines. Ses chances de succ&#232;s ne sont pas nulles mais faibles (en supposant les parties bien intentionn&#233;es) ; et ce serait sans doute une partition. Cela supposerait en outre une pr&#233;sence militaire &#233;trang&#232;re durable. La voie est donc tr&#232;s &#233;troite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cela ne marche pas, il ne reste que la solution militaire. A nouveau cela ne justifie pas n'importe quels moyens. Mais on comprend qu'elle se r&#233;active d&#232;s que la voie des n&#233;gociations s'enlise, ou que le terrain s'embrase pour une raison ou une autre. Actuellement c'est le r&#233;gime qui est reparti &#224; l'assaut &#224; Alep ; et les m&#233;dias occidentaux de s'indigner. Mais si c'&#233;tait les rebelles qui avaient lanc&#233; l'assaut sur Alep on aurait &#233;t&#233; beaucoup moins regardant. Il est normal de s'indigner car ces populations souffrent ; et cela peut aider &#224; limiter la casse en mod&#233;rant les agressions. Mais il faut &#234;tre lucide sur ce qui se passe : quand on n'arrive pas &#224; construire une paix tol&#233;rable, la guerre poursuit sa logique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Le tourisme strat&#233;gique des Occidentaux au Moyen-Orient</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Le-tourisme-strategique-des-Occidentaux-au-Moyen-Orient.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Le-tourisme-strategique-des-Occidentaux-au-Moyen-Orient.html</guid>
		<dc:date>2013-08-30T16:31:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre Syrie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'explosion du d&#233;bat sur la Syrie apr&#232;s l'attaque chimique de Damas confirme l'impression consternante que donne le monde occidental depuis le d&#233;but du Printemps arabe : des apprentis sorciers, ignorants de la logique et des r&#232;gles du jeu local, improvisent des prises de positions et des interventions arm&#233;es par projection de leurs fantasmes et st&#233;r&#233;otypes occidentaux, sans comprendre l'extraordinaire complexit&#233; et illisibilit&#233; d'une zone o&#249; depuis 4000 ans tout le monde peut &#234;tre tour &#224; tour alli&#233; et ennemi de tout le monde, o&#249; tout le monde ment, parce que tout le monde m&#232;ne un jeu de pouvoir pr&#233;caire et sans merci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des amateurs dans un th&#233;&#226;tre d'ombre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'explosion du d&#233;bat sur la Syrie apr&#232;s l'attaque chimique de Damas confirme l'impression consternante que donne le monde occidental depuis le d&#233;but du Printemps arabe : des apprentis sorciers, ignorants de la logique et des r&#232;gles du jeu local, improvisent des prises de positions et des interventions arm&#233;es par projection de leurs fantasmes et st&#233;r&#233;otypes occidentaux, sans comprendre l'extraordinaire complexit&#233; et illisibilit&#233; d'une zone o&#249; depuis 4000 ans tout le monde peut &#234;tre tour &#224; tour alli&#233; et ennemi de tout le monde, o&#249; tout le monde ment, parce que tout le monde m&#232;ne un jeu de pouvoir pr&#233;caire et sans merci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyons clair : tout ce qui peut faire &#233;voluer cette zone &#224; la vie politique si heurt&#233;e et ingrate dans un sens plus civilis&#233; est bien &#233;videmment bon. Le probl&#232;me est que la bont&#233; d'une action n'a rien &#224; voir avec les intentions qu'on affiche, et surtout pas si on agit du dehors, sans savoir, en fonction des effets m&#233;diatiques qu'on en attend &#224; domicile, et avec la ferme intention de s'engager le moins possible sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en effet trois r&#232;gles minimales &#224; respecter pour qu'une intervention ext&#233;rieure soit fructueuse : qu'elle soit r&#233;fl&#233;chie et tienne soigneusement compte de la situation locale r&#233;elle et donc de ce qui est r&#233;ellement possible (et en aucune mani&#232;re de ce qu'il serait politiquement correct de viser) ; qu'on agisse sur la longue dur&#233;e en &#233;tant constamment pr&#233;sent au mois diplomatiquement ; et qu'on n'intervienne sur place, notamment par des moyens militaires, que lorsqu'il est tout &#224; fait clair qu'on obtiendra une am&#233;lioration nettement sup&#233;rieure aux effets secondaires in&#233;vitables. En un sens on retrouve les crit&#232;res classiques (notamment catholiques) de la guerre juste &#8211; &#233;tant entendu que l'exigence de prudence est ici encore plus forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'a par exemple pas de sens de s'engager contre une dictature que s'il est clair que ce qui suivra non seulement ne sera pas une autre dictature, mais assurera au pays concern&#233; une paix civile de qualit&#233; sup&#233;rieure &#224; ce qu'assurait la dictature, et que le co&#251;t du passage de l'un &#224; l'autre n'est pas ravageur. Il va de soi qu'&#224; cette aune l'intervention en Iraq de 2003 &#233;tait une &#233;norme erreur : tout le monde en convient maintenant. Ce qui a &#233;t&#233; fait en Lybie n'est pas mieux : le pays n'a m&#234;me plus d'unit&#233;. Croit-on on qu'on r&#233;ussira dans cette Syrie, n&#339;ud gordien de la r&#233;gion, o&#249; le jeu est mille fois plus complexe ? Alors que le risque d'une r&#233;publique islamique au c&#339;ur du Proche orient, &#233;crasant sauvagement ses minorit&#233;s (voire sa majorit&#233;), et les chr&#233;tiens en priorit&#233;, est l'issue la plus probable de la victoire du clan qu'on encourage ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Particuli&#232;rement d&#233;sastreuse est ici cette maladie cong&#233;nitale, notamment fran&#231;aise, mais aussi quelque peu am&#233;ricaine, qui donne a priori un pr&#233;jug&#233; favorable &#224; tout ce qui s'appelle r&#233;volution. Une r&#233;volution est un effort violent pour renverser un r&#233;gime politique. Etant violent il est par nature g&#233;n&#233;rateur de guerre civile ; par soi-m&#234;me il ne conduit donc pas &#224; la construction d'une situation politique civilis&#233;e et respectueuse : le contraire est vrai et l'histoire le confirme. De plus il d&#233;truit une forme de cohabitation civile &#233;ventuellement mauvaise mais au moins relative, sans proposer &#224; sa place une structure paisible puisqu'il est lui-m&#234;me violence. Enfin il mange ses propres enfants ce qui rend impossible de pr&#233;voir l'issue du processus. Certes ce peut parfois &#234;tre in&#233;vitable. Mais c'est au mieux de la roulette russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et qu'on ne dise pas qu'une r&#233;volution paisible, par manifestations, ne pr&#233;sente pas cet inconv&#233;nient. Cela n'est vrai que si le probl&#232;me est tr&#232;s simple et en un sens r&#233;solu &#224; l'avance : un r&#233;gime faible, pr&#234;t &#224; ne pas se d&#233;fendre, qui ne perd pas trop &#224; abandonner le pouvoir, face &#224; une population m&#251;re, homog&#232;ne dans son mod&#232;le politique, o&#249; personne ne se sent menac&#233;. En dehors de ce cas r&#234;v&#233; (dont il n'est m&#234;me pas s&#251;r &#224; terme qu'il se v&#233;rifie en Tunisie), les manifestations sont des demandes de prise de pouvoir par des moyens non pr&#233;vus l&#233;galement. Donc au moins du point de vue du r&#233;gime, de ses d&#233;fenseurs, et des tiers, une d&#233;monstration de force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons du recul. M&#234;me la si pacifique Manif pour tous, dans nos bons pays occidentaux, s'est vu rappeler sans m&#233;nagement (en fait avec une certaine violence, disproportionn&#233;e en tout cas) par le r&#233;gime les limites de l'exercice. Une manifestation doit &#234;tre rituelle et inoffensive, sinon c'est une agression ill&#233;gale contre l'ordre r&#233;publicain, qui saura alors se d&#233;fendre. Point &#224; la ligne. Imaginons alors ce que cela peut &#234;tre avec une dictature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on s'escrime &#224; aggraver la question avec cette manie puritaine de passer en jugement tous les dictateurs ou jug&#233;s tels. Bien s&#251;r ils m&#233;ritent la sentence ! Mais un dictateur ainsi menac&#233; est accul&#233; et n'a plus rien &#224; perdre. Donc il va jusqu'au bout. Ainsi en Syrie : pour Assad et son clan, soit le gros de l'arm&#233;e et de la population alaouite plus pas mal d'autres. Pour eux il n'y a plus aucune porte de sortie. Le message de l'Occident c'est : nous voulons votre peau, sans n&#233;gociation possible. Accul&#233;e une b&#234;te devient f&#233;roce. Mais en l'esp&#232;ce ce n'est pas un homme ou un clan, c'est une partie notable de la population syrienne qui est ainsi accul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a qu'un moyen de faire la paix dans un pays d&#233;chir&#233;, c'est que les principales parties repr&#233;sentatives acceptent une solution. Et quand ces parties sont en &#233;tat de se battre cela suppose une n&#233;gociation sans condition. Y compris donc avec Assad. Et pas pour faire des &#233;lections, ou plut&#244;t ce n'est pas un but en soi mais un moyen. Le but c'est que tout le monde s'y retrouve et qu'on d&#233;pose les armes. A la libanaise si on ne peut pas faire mieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandes &#226;mes brandissent alors l'horreur de l'attaque chimique. L'horreur que cela suscite est justifi&#233;e. Ceci ci dit l'effet destructeur des armes chimiques n'est pas sup&#233;rieur &#224; celui des armes classiques. Un &#234;tre humain d&#233;chiquet&#233; par un obus a-t-il moins souffert ? Bien s&#251;r avec le chimique on vise d'abord les civils (les militaires ont des masques) ; mais c'est notre triste r&#233;alit&#233; en g&#233;n&#233;ral : les guerres modernes sont de plus en plus des guerres contre civils (c'est sans doute une des grandes cons&#233;quences malheureuses de la d&#233;mocratie). A nouveau cela n'excuse pas la barbarie de cette attaque, ce qu'elle r&#233;v&#232;le d'abjection de la part de ceux qui y recourent. Mais politiquement il est faux de pr&#233;tendre que cela instaure un seuil o&#249; tout devient intol&#233;rable. Pas apr&#232;s 100 000 morts. Pas pour autoriser de frapper au hasard sans avoir la m&#234;me id&#233;e non seulement de ce qui suivra mais m&#234;me de ce que l'on veut. Et pas apr&#232;s avoir assum&#233; tranquillement de notre c&#244;t&#233; Dresde ou Hiroshima (pour ne citer que ceux-l&#224;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres, de l'esp&#232;ce strat&#232;ge, d&#233;noncent l'horrible axe du mal chiite, du Hezbollah &#224; T&#233;h&#233;ran en passant par Assad. Que ces gens-l&#224; soient dangereux et hostiles, c'est l&#224; encore certain. Mais soyons lucides : l'essentiel du terrorisme islamique n'est pas chiite mais sunnite, et derri&#232;re on trouve presque toujours la trace au moins indirecte de l'Arabie saoudite, son argent ou celui de ses satellites, dont l'alliance &#224; la vie &#224; la mort avec les Etats-Unis est le principal facteur de d&#233;rapage du Moyen-Orient - et du monde musulman en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De deux choses l'une donc : o&#249; nous nous sentons la capacit&#233; intellectuelle, diplomatique et militaire de jouer le jeu complexe du Moyen-Orient comme autrefois les Britanniques. Malgr&#233; nos arm&#233;es que nous liquidons sans honte chaque fois plus comme une peau de chagrin de moins en moins d&#233;cente ; malgr&#233; notre syst&#232;me de d&#233;bat m&#233;diatique grotesquement inad&#233;quat pour comprendre ce qui se passe l&#224;-bas. Jouons alors ce jeu intelligent et subtil sur la dur&#233;e, sans surtout s'engager durablement avec une des innombrables factions. Ou nous pensons ne pas pouvoir jouer ce jeu : ne faisons pas semblant alors, et ne cassons pas la porcelaine en passant, avec nos m&#339;urs de touristes incultes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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