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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Trait&#233; transatlantique : arr&#234;ter les frais</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Traite-transatlantique-arreter-les-frais.html</link>
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		<dc:date>2016-05-02T16:02:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Trait&#233; libre &#233;change</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le TTIP ou Tafta, trait&#233; de libre-&#233;change entre l'Europe et les Etats-Unis, est bien discret. Un treizi&#232;me round a commenc&#233; le 25 avril. Mais la n&#233;gociation est secr&#232;te et cette opacit&#233; inqui&#232;te. Consommateurs, salari&#233;s, agriculteurs, l'inqui&#233;tude est grande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A vrai dire on se demande l'int&#233;r&#234;t d'une m&#233;canique aussi lourde, pour des r&#233;sultats a priori modestes. Mais le plus important n'est pas l&#224;. Il est dans le principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le libre-&#233;change est plut&#244;t une bonne chose en g&#233;n&#233;ral. Mais la capacit&#233; d'une communaut&#233; comme la nation de faire ses choix et de d&#233;fendre le genre de vie et les orientations qu'elle souhaite est plus fondamentale encore. Loin donc de r&#233;p&#233;ter au niveau transatlantique les errements bruxellois, c'est l'Europe elle-m&#234;me qui devrait desserrer son emprise sur les communaut&#233;s qui la constituent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Economie-generale-a-.html" rel="directory"&gt;Economie g&#233;n&#233;rale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Traite-libre-echange-+.html" rel="tag"&gt;Trait&#233; libre &#233;change&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trait&#233; transatlantique : arr&#234;ter les frais&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le TTIP ou Tafta, trait&#233; de libre-&#233;change entre l'Europe et les Etats-Unis, s'inscrit dans une contexte mondial : il s'agit de cr&#233;er par n&#233;gociation directe des grandes zones de libre-&#233;change, du fait que l'approche globale, celle de l'Organisation mondiale du commerce, s'est enlis&#233;e. Un treizi&#232;me round a commenc&#233; le 25 avril. Mais depuis son lancement en juillet 2013 il est rest&#233; bien discret. La n&#233;gociation se d&#233;roule en principe dans le secret, men&#233;e c&#244;t&#233; europ&#233;en par la Commission de Bruxelles. Certes des documents fuitent ; des questions sont pos&#233;es et la Commission donne &#224; l'occasion des indications. Mais fondamentalement la n&#233;gociation &#233;chappe au regard du public. Cette opacit&#233; inqui&#232;te particuli&#232;rement, m&#234;me si sous la pression la Commission a publi&#233; un certain nombre de textes discut&#233;s, et des comptes-rendus de discussions. Mais les vrais textes discut&#233;s restent confidentiels. Voyons les faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux et inqui&#233;tudes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est l'enjeu affich&#233; ? Il vise les droits de douane d'un c&#244;t&#233; (mais ils sont d&#233;j&#224; bien r&#233;duits), et surtout ce qu'on appelle les obstacles non tarifaires, notamment les march&#233;s publics et les normes. Ce dernier point inqui&#232;te particuli&#232;rement l'opinion car cela inclut la protection des consommateurs, et l'image des normes am&#233;ricaines, alimentaires notamment, est mauvaise (b&#339;uf aux hormones, OGM ou poulet chlor&#233;). La Commission explique qu'en aucun cas les crit&#232;res europ&#233;ens seront affaiblis. Ceci dit les r&#233;sultats d'une telle n&#233;gociation sont impr&#233;visibles. Notamment on voit mal les Am&#233;ricains, assez souples sur les OGM, se mettre &#224; les interdire. Selon la Commission un enjeu majeur sera la possibilit&#233; de d&#233;finir &#224; l'avenir des normes communes avec les Am&#233;ricains, qui s'imposeraient alors au reste du monde. Mais cette d&#233;finition des futures normes, se ferait par n&#233;gociation directe entre les deux parties, moyen id&#233;al pour prendre des d&#233;cisions technocratiques &#233;chappant au regard du public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une crainte similaire porte sur les droits des travailleurs et sur l'emploi. L'argument donn&#233; par la Commission est que le bilan net de tels accords est habituellement positif en termes d'emploi. Mais en supposant m&#234;me que cela soit vrai et se v&#233;rifie &#224; nouveau, ce qui est &#224; d&#233;montrer, c'est une pi&#232;tre consolation pour les perdants, et cela peut signifier des bouleversements importants. Cela concerne notamment l'agriculture europ&#233;enne, en g&#233;n&#233;ral bien moins industrialis&#233;e que l'am&#233;ricaine. Or nous y tenons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une troisi&#232;me pr&#233;occupation na&#238;t de la mise en place pr&#233;vue de m&#233;canismes d'arbitrage, afin de r&#233;gler les conflits entre un investisseur et un pays, ce qui en clair donne la possibilit&#233; pour une entreprise, et a priori plut&#244;t une grande, de remettre en question la d&#233;cision d'une autorit&#233;. Le m&#233;canisme reste &#224; d&#233;finir. Mais il aboutit ind&#233;niablement &#224; une limitation de souverainet&#233;. Par ailleurs, si les services publics sont en principe exclus, reste l&#224; aussi &#224; d&#233;finir ce qu'on appelle ainsi : c'est aussi en n&#233;gociation. L&#224; aussi, c'est un pan de capacit&#233; &#224; d&#233;cider qui est remis en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que, en supposant un accord obtenu entre les parties &#224; la n&#233;gociation, la proc&#233;dure de ratification est longue et al&#233;atoire, comprenant les gouvernements europ&#233;ens, le Parlement europ&#233;en, &#233;ventuellement les parlements nationaux, et c&#244;t&#233; am&#233;ricain le Congr&#232;s. On peut donc craindre tout &#224; la fois un enlisement (beaucoup d'efforts pour rien, le Congr&#232;s finissant par bloquer le processus), et une carte forc&#233;e (on met en &#339;uvre, puis on demande de ratifier).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'impact &#233;conomique, le d&#233;bat fait rage. Les &#233;tudes fusent dans tous les sens, avec des conclusions oppos&#233;es. Ceci dit les chiffrages des b&#233;n&#233;fices attendus ne sont pas &#233;normes, m&#234;me dans les versions les plus favorables : des augmentations de PIB ou de l'investissement inf&#233;rieures &#224; 0,5 % - c&#244;t&#233; europ&#233;en. Sachant que d'autres analyses font &#233;tat d'un bilan net franchement n&#233;gatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, il n'est pas surprenant de constater que l'opposition se renforce en permanence. De fait, selon les Echos seuls 17% des Allemands jugent que le trait&#233; serait une bonne chose alors qu'ils &#233;taient 55% il y a deux ans. Et il en est de m&#234;me du c&#244;t&#233; am&#233;ricain, o&#249; 15% sont pour, contre 53 % en 2014. D'o&#249; les d&#233;marches de B. Obama et d'Angela Merkel pour essayer de vendre le projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de ces diff&#233;rents &#233;l&#233;ments que m&#234;me si on en reste au niveau purement &#233;conomique, l'aventure ne para&#238;t pas tr&#232;s convaincante. On veut mettre en place un m&#233;canisme rigide, remettant en cause des activit&#233;s essentielles en termes non seulement d'emploi mais aussi de culture, pour des r&#233;sultats qui ne sont pas impressionnants. Et on accro&#238;t puissamment, dans les peuples, le sentiment que leur destin leur &#233;chappe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mondialisation du commerce et communaut&#233; nationale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut porter la critique plus loin. Dans notre monde, l'ouverture des fronti&#232;res est devenue un imp&#233;ratif apparemment consensuel. Il est vrai que toutes choses &#233;gales par ailleurs il y a un bienfait dans le commerce international ; la th&#233;orie classique des avantages comparatifs le montre de fa&#231;on incontestable. Et il est utile de chercher &#224; harmoniser les normes. Mais ce raisonnement se heurte &#224; deux limites majeures. D'un c&#244;t&#233;, pour appr&#233;cier les effets de la mondialisation ou du libre-&#233;change sur une population il faut tenir compte de la distribution des gains et des revenus : or une partie des gens est nettement perdante en cas d'ouverture, m&#234;me quand le bilan global est positif ; et en g&#233;n&#233;ral la redistribution &#233;tatique ne compense pas leurs pertes. On risque en outre ce faisant de renforcer la croissance des in&#233;galit&#233;s. D'une autre c&#244;t&#233; l'ouverture des fronti&#232;res conduit souvent &#224; l'&#233;limination d'activit&#233;s qui auraient pu se d&#233;velopper sans elle, mais qui disparaissent devant une concurrence qui s'est trouv&#233;e plus efficace &#224; ce moment-l&#224;. Mais il n'y a en g&#233;n&#233;ral pas de seconde chance. Enfin on l'a vu, des activit&#233;s disparaissent auxquelles on peut tenir, pour des motifs, d'ind&#233;pendance, de culture ou autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit le probl&#232;me le plus important est d'ordre politique. Il est en effet clair que la d&#233;mocratie, qui est nationale, n'est pas compatible avec une lib&#233;ralisation absolue. Pouss&#233;e au bout de la logique, celle-ci exige en effet des adaptations constantes &#224; des r&#232;gles ext&#233;rieures, qui peuvent &#234;tre consid&#233;rables et ne sont d&#232;s lors pas politiquement tol&#233;rables. Les diff&#233;rends sont particuli&#232;rement aigus sur le droit du travail, qu'une ouverture totale des fronti&#232;res permet de tourner puisqu'on peut mettre en concurrence directe avec un national un salari&#233; dont le statut est diff&#233;rent parce que localis&#233; &#224; l'&#233;tranger. De m&#234;me pour la comp&#233;tition fiscale et d'autres domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que l'ouverture internationale se fasse dans de bonnes conditions et dans les limites voulues, il faut donc garder une marge d'action nationale appr&#233;ciable. Il ne s'agit pas de remettre en question toute forme de mondialisation, mais de revenir &#224; une mondialisation compatible avec la d&#233;cision collective, nationale, car il n'y a pas un seul chemin vers la prosp&#233;rit&#233;. Autant il est justifi&#233; de tenter des r&#232;gles communes en mati&#232;re &#233;cologique, car les &#233;missions de gaz de serre touchent tout le monde, autant l'effet de r&#233;glementations commerciales nationales portent essentiellement sur celui qui les d&#233;cide, ce qui milite pour lui laisser ses responsabilit&#233;s. D&#233;j&#224; le r&#233;gime instaur&#233; par l'OMC est rigide et politiquement ne laisse pas les marges d'action n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est l'enjeu ultime ? C'est qu'une nation est une communaut&#233; de destin. La solidarit&#233; qu'elle implique est un &#233;l&#233;ment essentiel pour ses membres, dont elle est un horizon essentiel d'appartenance, de sens et aussi de s&#233;curit&#233;. Quand je parle de solidarit&#233; je ne vise pas seulement la redistribution fiscale et sociale pourtant massive qui caract&#233;rise nos soci&#233;t&#233;s : plus de 55% du PNB consacr&#233; &#224; la d&#233;pense publique dans un pays comme la France. C'est &#224; vrai dire &#233;norme, d&#233;courageant et assez peu efficace m&#234;me sur le plan purement social. Je pense plut&#244;t &#224; l'agriculture de pays comme la Suisse ou le Japon, largement montagnards, mais que leur statut national pr&#233;f&#233;rentiel a permis de maintenir dans une certaine mesure, reconnaissant qu'elle est un &#233;l&#233;ment essentiel de la communaut&#233; nationale. Ce sens de la communaut&#233; de destin s'&#233;rode rapidement en Europe, et de fa&#231;on particuli&#232;rement pr&#233;occupante en France, du moins au niveau des dirigeants et des media, ce qui est &#233;tonnant au vu de la profondeur du sentiment national subsistant dans la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on ne fonde pas la solidit&#233; d'une soci&#233;t&#233; sur la seule &#233;conomie, de toute fa&#231;on trop fluctuante, trop vuln&#233;rable &#224; la conjoncture &#8211; m&#234;me si elle est indispensable. Il faut des r&#233;f&#233;rences communes fondatrices, notamment le sentiment v&#233;cu d'une communaut&#233; de destin active. Notre pays, tout pays, a donc un besoin vital de restaurer son sentiment d'&#234;tre une communaut&#233; de destin, comprise comme communaut&#233; de communaut&#233;s. Sans communaut&#233; l'homme est seul et inquiet. Pas besoin de chercher plus loin une explication au malaise diffus qui caract&#233;rise l'opinion fran&#231;aise, et dont de multiples sondages t&#233;moignent. On dira : il faut passer au niveau europ&#233;en, qui est bien plus &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te. Mais l'Europe n'est pas une communaut&#233; et ne le sera pas &#224; vue humaine : il n'y a ni nation ni peuple europ&#233;en, seulement des &#233;l&#233;ments de civilisation ; assez pour cr&#233;er des liens et des int&#233;r&#234;ts communs, pas pour faire une communaut&#233;. Le sentiment de manque est donc l&#224;, diffus, malsain et incontr&#244;lable. On le voit de plus en plus aux &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement donc il faut rester prudent et s&#233;lectif sur le libre-&#233;change mondial, mais il faudrait &#339;uvrer pour r&#233;duire le parti pris trop exclusivement libre-&#233;changiste et concurrentiel de l'Europe elle-m&#234;me, dans son fonctionnement interne. Et certainement pas, en sens inverse, l'&#233;tendre &#224; un ensemble atlantique !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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