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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Contre un r&#233;gime immoral : la r&#233;volte ? La d&#233;sob&#233;issance ? </title>
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		<dc:date>2014-01-26T17:22:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous comprenons chaque jour plus que nous vivons sous un r&#233;gime politique capable de prendre des d&#233;cisions destructrices : des d&#233;cisions qui peuvent rendre la soci&#233;t&#233; de plus en plus contraire &#224; la morale, la morale la plus &#233;l&#233;mentaire des soci&#233;t&#233;s humaines telles que nous les connaissons depuis des si&#232;cles, notamment dans les soci&#233;t&#233;s &#233;clair&#233;es par le christianisme. Que faire alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez certains le raisonnement est radical : le r&#233;gime n'est plus moralement l&#233;gitime, passons &#224; l'action directe, pour le moins &#224; la dissidence. Mais ce n'est pas la bonne approche. Outre ses faibles chances de succ&#232;s, ce n'est pas la voie que recommande la pens&#233;e politique classique. Car il y a un bien essentiel dans le fait de la vie commune et dans la paix, et seules de tr&#232;s fortes raisons peuvent conduire &#224; prendre le risque de les briser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Revolution-+.html" rel="tag"&gt;R&#233;volution&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous comprenons chaque jour plus que nous vivons sous un r&#233;gime politique capable de prendre des d&#233;cisions destructrices : des d&#233;cisions qui peuvent rendre la soci&#233;t&#233; de plus en plus contraire &#224; la morale, la morale la plus &#233;l&#233;mentaire des soci&#233;t&#233;s humaines telles que nous les connaissons depuis des si&#232;cles, notamment dans les soci&#233;t&#233;s &#233;clair&#233;es par le christianisme. Que faire alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez certains le raisonnement est radical : le r&#233;gime n'est plus moralement l&#233;gitime, passons &#224; l'action directe, pour le moins &#224; la dissidence. Mais ce n'est pas la bonne approche. Outre ses faibles chances de succ&#232;s, ce n'est pas la voie que recommande la pens&#233;e politique classique. Car il y a un bien essentiel dans le fait de la vie commune et dans la paix, et seules de tr&#232;s fortes raisons peuvent conduire &#224; prendre le risque de les briser.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelle l&#233;gitimit&#233; peut-on accorder aujourd'hui &#224; l'Etat ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si on se r&#233;volte c'est parce qu'on remet en question la l&#233;gitimit&#233; de l'ordre politique. De quoi s'agit-il ? L'id&#233;e de l&#233;gitimit&#233; comporte bien s&#251;r une notion de justification, d'habilitation &#224; exercer une autorit&#233; et un pouvoir. Mais quand on parle de la l&#233;gitimit&#233; de l'Etat, on peut avoir plusieurs vis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pourrait &#234;tre l'Etat comme tel, dans son principe. Mais il est rare qu'il soit mis en cause. Il est vrai que certains contestent l'Etat moderne tel que nous le connaissons dans nos pays, notamment l'Etat contemporain, post-moderne. C'est ce que font les libertariens extr&#234;mes (comme Murray Rothbard) qui veulent tout fonder sur la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et le march&#233; ; ou dans un autre genre des chr&#233;tiens comme Hauerwas et Cavanaugh, qui attaquent frontalement l'Etat moderne parce que pour eux que la l&#233;gitimit&#233; est r&#233;serv&#233;e &#224; cette autre communaut&#233; qu'est l'Eglise. C'est aussi et surtout la tentation des spontan&#233;istes de toute tendance, fr&#233;quents dans nos soci&#233;t&#233;s, qui valorisent l'action de l'individu, suppos&#233;e lib&#233;ratrice par elle-m&#234;me. Mais rien de tout cela ne fonde de l&#233;gitimit&#233; politique alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre cas est celui de la r&#233;volte contre des lois particuli&#232;res, conduisant &#224; une forme politique de d&#233;sob&#233;issance appel&#233;e souvent d&#233;sob&#233;issance civile. On y voit une forme de protestation. Le probl&#232;me alors est que si chacun s'arroge le droit de ne respecter les lois qui s'il est d'accord avec elles, ou si cela l'arrange, le d&#233;sordre collectif devient vite intol&#233;rable. Car en r&#233;alit&#233; il y a un bien en soi dans la communaut&#233;, et dans le fait qu'un pouvoir politique prenne en charge sa r&#233;gulation, et donc il y a en soi une l&#233;gitimit&#233; au pouvoir politique, par le fait m&#234;me qu'il existe et assure au moins ce service minimal d'une vie commune un tant soit peu paisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en outre des cas o&#249; par des actions plus ou moins l&#233;gales on fait pression sur tel ou tel dirigeant, pour le contraindre &#224; des &#233;lections ou une d&#233;mission, mais sans vouloir changer le r&#233;gime. A un niveau plus dramatique, il en est de m&#234;me avec le d&#233;bat classique sur la tyrannie (le droit de tuer celui qu'on consid&#232;re un tyran, Hitler ou Mao par exemple). Mais dans tous ces cas on n'est pas dans la vraie r&#233;volte, la crise de r&#233;gime. Et on risque comme dans le cas pr&#233;c&#233;dent de remettre en cause la paix civile pour poursuivre un but politique finalement limit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, quand on remet en cause une l&#233;gitimit&#233; par une contestation directe et active des lois, ce qui est vis&#233; est le r&#233;gime politique plus qu'un gouvernement donn&#233;, lequel est subordonn&#233; &#224; l'ordonnancement politique qui le fonde. Le remettre en cause, c'est logiquement vouloir instaurer un autre r&#233;gime politique - ce qui veut dire dans nos syst&#232;mes une autre constitution. Si donc une r&#233;volte peut avoir un sens, c'est uniquement dans ce cas : contre un mode de gouvernement, un r&#233;gime politique. Mais quand cela peut-il se justifier ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;volte ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le point central est que malgr&#233; le bien intrins&#232;que que procure &#224; la soci&#233;t&#233; le fait qu'il y ait un gouvernement qui assure une certaine paix civile, il est vrai aussi qu'il y a un seuil &#224; partir duquel cette l&#233;gitimit&#233; dispara&#238;t et qu'on n'a alors plus un Etat mais un gigantesque brigandage - comme disait saint Augustin. D'o&#249; alors la question du changement de cet ordre politique, de son remplacement. Quand peut-on le remettre en cause, et comment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondamentalement la remise en cause d'un r&#233;gime politique pose la question des chances de succ&#232;s du renversement, et corr&#233;lativement de la possibilit&#233; d'obtenir une situation meilleure que la pr&#233;c&#233;dente. M&#234;me dans le cas limite d'un Etat poussant tr&#232;s loin les conduites aberrantes, par exemple les d&#233;viations &#224; la loi naturelle, il n'est pas automatiquement ill&#233;gitime, au point qu'il soit justifi&#233; pour l'homme de bonne volont&#233; de lancer une r&#233;volte. A partir du moment o&#249; la communaut&#233; et le pouvoir politique qui la prend en charge sont reconnus &#234;tre un bien en soi, la r&#233;volte fait disparaitre ce bien et donc dans la plupart des cas elle est nocive. Ou plus exactement, cela reste vrai tant qu'on ne peut pas remplacer une organisation politique donn&#233;e de la soci&#233;t&#233; par une autre meilleure : tant qu'elle ne peut pas &#234;tre remplac&#233;e, la premi&#232;re garde donc sa l&#233;gitimit&#233;, m&#234;me si un nombre important de ses d&#233;cisions ne le sont pas. En d'autres termes, la r&#233;volte (compris comme tentative de renversement) ou m&#234;me la d&#233;sob&#233;issance aux lois comprise comme acte politique n'ont de sens que si on a toutes raisons de penser qu'on est &#224; m&#234;me de construire un ordre politique alternatif manifestement meilleur, et cr&#233;dible ; et qu'on a les moyens pour cela. C'est rare mais possible. Ce point est essentiel ; c'est l'&#233;quivalent de la motion de d&#233;fiance constructive dans la constitution allemande : dans ce pays le parlement ne peut renverser un gouvernement que s'il est &#224; m&#234;me d'en mettre en place un autre, avec une vraie majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier dans nos r&#233;gimes, qui sont consid&#233;r&#233;s des d&#233;mocraties, un fait de base est que cette forme d'Etat para&#238;t seule jug&#233;e l&#233;gitime par la population. Ce fait para&#238;t difficilement contournable et rend tr&#232;s peu probable qu'une r&#233;volte alternative contre un r&#233;gime d&#233;mocratiquement &#233;lu puisse &#234;tre l&#233;gitime au sens pr&#233;c&#233;dent. En revanche rien n'emp&#234;che de manifester au sens large ou d'agir, dans le respect des lois, comprises sans na&#239;vet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La d&#233;sob&#233;issance aux lois ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais bien entendu la l&#233;gitimit&#233; d'un syst&#232;me politique n'implique pas l&#233;gitimit&#233; de toutes les actions concr&#232;tes particuli&#232;res de cet Etat. On en a des exemples &#233;vidents aujourd'hui en mati&#232;re de m&#339;urs (avortement, pseudo-mariage homosexuel, euthanasie ou eug&#233;nisme etc.). Pour une personne donn&#233;e ces suppos&#233;es lois allant contre la loi morale ne sont pas des lois et on n'a pas &#224; les mettre en &#339;uvre. Mais on est alors au niveau individuel et pas au niveau politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de cela, se pose la question de la remise en question politique, collective, de telle ou telle de ces lois ou d&#233;cisions publiques par une forme de d&#233;sob&#233;issance : on le voit dans les r&#233;voltes populaires actuelles qui bloquent des d&#233;cisions, m&#234;me vot&#233;es largement comme l'&#233;cotaxe. Il semble m&#234;me plus largement qu'il y ait aujourd'hui une incapacit&#233; de la volont&#233; collective, suppos&#233;e d&#233;mocratique, &#224; se traduire dans les faits, du fait de ces innombrables r&#233;voltes ponctuelles. J'ai examin&#233; cette question &#224; la fin de mon livre L'Avenir de la d&#233;mocratie. Le fait est qu'on peut douter &#224; long terme de la capacit&#233; du r&#233;gime politique actuel &#224; se maintenir, pris qu'il est entre les exigences de tout r&#233;gime politique d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre les contraintes du paradigme relativiste de plus en plus dominant, ce qui fait que chacun veut appliquer sa propre loi selon ses propres vues, d'o&#249; les r&#233;voltes que cette dialectique induit. Cela s'&#233;tend m&#234;me aux milieux les plus traditionnels. Mais il n'en reste pas moins que m&#234;me dans une hypoth&#232;se de d&#233;liquescence progressive, la l&#233;gitimit&#233; du r&#233;gime survivra tout un temps &#224; son autorit&#233; effective ; et surtout, plus profond&#233;ment, que le bien commun commence par la paix civile, qui suppose un respect suffisant des lois. En d'autres termes, &#224; nouveau, la tentation de la d&#233;sob&#233;issance civile comme moyen d'action coercitive, politique, doit &#234;tre &#233;cart&#233;e : le mal qu'est le d&#233;sordre de la disparition des lois, de l'anarchie g&#233;n&#233;ralis&#233;e, est beaucoup plus grave que l'inad&#233;quation de celles-ci &#8211; sauf &#224; nouveau, au cas personnel, &#224; ne pas le appliquer si elles sont immorales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc en r&#233;sum&#233; il n'y a lieu ni de remettre en cause ni l'Etat comme tel, ni dans l'&#233;tat pr&#233;sent des choses le r&#233;gime politique actuel, dit d&#233;mocratique &#8211; sachant qu'on peut remettre en cause certains de ses actes au niveau personnel, si ce qui et demand&#233; est immoral. Mais cela n'emp&#234;che &#233;videmment pas de jouer intelligemment de ces lois et de profiter de tous les interstices de libert&#233; pour clamer et d&#233;montrer l'immoralit&#233; de tel ou tel comportement, autoris&#233; par les lois voire recommand&#233; par elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, le devoir premier de chacun, ce qu'on appelle son devoir d'&#233;tat, est de cr&#233;er le maximum d'ordre (au bon sens du terme) autour de lui : ces &#233;l&#233;ments de vie commune harmonieuse que l'on peut &#234;tre &#224; m&#234;me d'assurer ou de cr&#233;er quand on le peut, autour de soi, dans les communaut&#233;s o&#249; on vit. C'est l&#224; qu'est notre r&#244;le essentiel dans la soci&#233;t&#233;. Mais c'est exclusif de l'organisation de la dissidence ou de la d&#233;sob&#233;issance pos&#233;es comme principe ; c'est m&#234;me en un sens le contraire, car il s'agit de cr&#233;er un bon ordre, non de le d&#233;truire. Mais ce n'implique en aucune cas l'acceptation de l'immoralit&#233; ambiante : c'est tout le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Compl&#233;ment : le niveau international&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs enfin, l'Etat n'est pas le fin mot de l'histoire. Car une autre consid&#233;ration compl&#233;mentaire s'impose : m&#234;me l&#233;gitime dans son principe, un Etat peut ne pas l'&#234;tre dans son champ, dans ce qu'on peut appeler son domaine l&#233;gitime d'action. Ce n'est pas seulement une question de d&#233;cisions concr&#232;tes comme ce qu'on vient de l'&#233;voquer ; c'est aussi une question de champ d'action l&#233;gitime et possible. Il y a d'abord la question du non-respect de la subsidiarit&#233; vers le bas (le non-respect de l'autonomie des personnes et communaut&#233;s). Mais surtout il peut y avoir la question de la l&#233;gitimit&#233; vers le haut, du fait de la dimension internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple la question se pose : faut-il une autorit&#233; internationale en mati&#232;re &#233;conomique ou financi&#232;re ? Et de m&#234;me une autre en mati&#232;re politique : peut-on justifier un droit d'ing&#233;rence dans un Etat o&#249; se perp&#232;trent des horreurs ? Dans ces deux cas, l'Etat qui refuse de changer son action ou qui refuse l'ing&#233;rence d'une autorit&#233; internationale peut ne pas perdre sa l&#233;gitimit&#233; en soi, mais se voir contester son champ d'action. Ses actes deviennent-ils pour autant ill&#233;gaux ? Pas s&#251;r. On en a des exemples dans la r&#233;glementation financi&#232;re. Actuellement on est dans le contexte d'un ordre mondial qui reste westphalien : un Etat qui n'applique pas une r&#233;glementation internationale sur le blanchiment ou la fraude fiscale peut &#234;tre mis au ban de la communaut&#233; internationale, mais personne ne conteste la validit&#233; juridique de ses r&#232;gles dans son territoire. En d'autres termes on conteste son comportement et ses choix l&#233;gislatifs, mais pas l'effectivit&#233; de son pouvoir &#224; l&#233;gif&#233;rer, et donc pas sa l&#233;gitimit&#233;. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, y a-t-il un sens &#224; donner une telle l&#233;gitimit&#233; &#224; des micro-Etats type &#8216;paradis fiscaux' ? Et se pose alors la question : qui a autorit&#233; pour y mettre bon ordre ? La question est alors ouverte des voies et moyens pour cr&#233;er, lorsque c'est n&#233;cessaire, une v&#233;ritable autorit&#233; internationale. Dans certains champs comme la finance, ce serait indispensable. Mais tant qu'elle n'existe pas, on est en g&#233;n&#233;ral dans le cas examin&#233; ci-dessus du citoyen face &#224; une situation l&#233;gale inique : il est alors rare que l'usage de la violence soit f&#233;cond, sauf en d&#233;fense. Et seule la d&#233;monstration de la possibilit&#233; r&#233;elle de construire une autorit&#233; internationale effective pourra assurer &#224; celle-ci une l&#233;gitimit&#233;. La l&#233;gitimit&#233; en r&#233;sum&#233;, c'est la morale plus la capacit&#233; r&#233;elle &#224; faire reconna&#238;tre son autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Paru aussi sur le site Libert&#233; politique).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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