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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Pourquoi des manifs pour la vie ou le mariage, et pas sur du social ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Pourquoi-des-manifs-pour-la-vie-ou-le-mariage-et-pas-sur-du-social.html</link>
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		<dc:date>2014-02-15T17:19:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Manifestation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pourquoi des manifs pour la vie ou le mariage, et pas sur autre chose, du social par exemple ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le reproche surgit r&#233;guli&#232;rement : vous faites des manifs sur les sujets de soci&#233;t&#233; comme le mariage ou la protection de la vie, l'avortement, l'euthanasie&#8230; mais pas du tout sur les sujets sociaux ou &#233;conomiques, pourtant tout aussi importants &#8211; et sur lesquels insiste la Doctrine sociale de l'Eglise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objection est s&#233;rieuse et m&#233;rite examen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Idees-politiques-.html" rel="directory"&gt;Id&#233;es politiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Manifestation-+.html" rel="tag"&gt;Manifestation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pourquoi des manifs pour la vie ou le mariage, et pas sur autre chose ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le reproche surgit r&#233;guli&#232;rement : vous faites des manifs sur les sujets de soci&#233;t&#233; comme le mariage ou la protection de la vie, l'avortement, l'euthanasie&#8230; mais pas du tout sur les sujets sociaux ou &#233;conomiques, pourtant tout aussi importants &#8211; et sur lesquels insiste la Doctrine sociale de l'Eglise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objection est s&#233;rieuse et m&#233;rite examen.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des diff&#233;rences r&#233;elles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d&#233;j&#224; qu'il y a des diff&#233;rences consid&#233;rables entre ces domaines. La base l&#233;gale d'abord : dans un cas on manifeste contre des lois bien pr&#233;cises, qui comportent une disposition inadmissible ; dans l'autre on conteste le dosage ou la pertinence de mesures qui ne sont pas manifestement immorales en soi. Les enjeux ensuite : dans un cas il s'agit d'affaires de vie ou de mort directe, au moins d'un principe de base de la soci&#233;t&#233; ; dans l'autre, c'est une affaire de degr&#233; mais il n'y a pas de d&#233;saccord franc sur les principes. Le processus politique enfin : dans le cas des questions de soci&#233;t&#233;, les partisans des lois projet&#233;es manifestent peu car le processus politique est en leur faveur. En revanche les opposants sont en position minoritaire, face &#224; une id&#233;ologie dominante. Ce n'est pas le cas en mati&#232;re sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quels cas d'ailleurs pourrait-on manifester pour ou contre des lois sociales ou &#233;conomiques, sauf pour d&#233;fendre des int&#233;r&#234;ts pr&#233;cis ? Dans la plupart des cas vis&#233;s la d&#233;cision ne se pose pas clairement en termes de principes, avec une r&#233;ponse en oui ou non. Le smic, le d&#233;ficit budg&#233;taire, les retraites, la s&#233;paration des banques etc. o&#249; est la limite exacte ? Il y a certes des cas dramatiques comme celui des Sdf, et le besoin d'agir est alors indiscutable ; mais quelle est la loi qui donne une r&#233;ponse ? On manifesterait &#233;videmment contre une loi pr&#233;voyant leur euthanasie, ou m&#234;me les classant comme citoyens de seconde zone. Mais ce n'est pas le cas. Il s'agit de leur &#233;viter la mis&#232;re et de les aider par un h&#233;bergement ou une prise en charge etc. Cela ne se traite normalement pas par des manifestations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne fait pas de manifestation non plus sur des sujets comme l'ins&#233;curit&#233;. Car l&#224; aussi la d&#233;finition des moyens est une question complexe, et bien souvent la limite exacte entre les mesures utiles et les autres n'est pas claire. Mais tout le monde est d'accord sur l'id&#233;e. De m&#234;me en un sens pour la plupart des sujets &#233;cologiques. Prenons le cas de l'&#233;cotaxe : sur le plan des principes elle se d&#233;fend, on peut en revanche douter de sa pertinence, on peut aussi remettre en cause ses modalit&#233;s. Mais comment traiter cela par une manifestation ? Dans tous ces cas, tout au plus peut-on avoir une manifestation coup de col&#232;re, par exemple face &#224; un meurtre ou un viol sordides. Ce peut avoir un sens &#233;motionnellement et politiquement : mais il ne s'agit alors pas de d&#233;battre de principes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut objecter que d'autres ont moins de d&#233;licatesse. Ainsi les bonnets rouges sur l'&#233;cotaxe justement, les manifestations &#233;tudiantes contre le CPE du temps de Villepin, celles des taxis contre les voitures avec chauffeur, la contestation de la construction d'un a&#233;roport &#224; ND des Landes etc. Mais dans tous ces cas la manifestation ne proc&#232;de pas d'une analyse de principe, du genre &#233;voqu&#233; par la Doctrine sociale, et par la loi naturelle. Des personnes plus ou moins directement vis&#233;es par une mesure la consid&#232;rent mauvaise, ou mal dos&#233;e, et ils manifestent pour le dire. Ce peut &#234;tre l&#233;gitime, mais pas par principe. Ni la Doctrine sociale de l'Eglise, ni la loi naturelle ne nous disent quelle est la bonne r&#233;ponse en la mati&#232;re. Quant &#224; l'id&#233;e de manifester sur une id&#233;e g&#233;n&#233;rale, la lutte contre le r&#233;chauffement climatique ou la transition &#233;nerg&#233;tique, cela n'aurait pas beaucoup de sens car ces objectifs en soi l&#233;gitimes sont trop vagues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble en r&#233;sum&#233; qu'une manifestation doive avoir un but pr&#233;cis, li&#233; &#224; une d&#233;cision concr&#232;te. Ce qui ouvre deux champs possibles : dans un cas la d&#233;cision met en jeu un principe - et alors une manifestation peut &#234;tre en ligne avec une d&#233;marche de principe, type Doctrine sociale. Ou alors on conteste un dosage ou un mixte de mesures. Mais ce deuxi&#232;me cas rel&#232;ve d'un choix prudentiel, qui ne s'arbitre pas par un quelconque jeu de principes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi manifester ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Plus profond&#233;ment, pourquoi recourir &#224; des manifestations ? Pourquoi ne pas s'en remettre au d&#233;bat public, dans les m&#233;dias ou sur Internet, ou &#224; la proc&#233;dure politique, &#233;lectorale et parlementaire ? La premi&#232;re voie permet un vrai d&#233;bat de fond, au moins en principe, ce qui n'est &#233;videmment pas le cas d'une manifestation, dont les mots d'ordre ne peuvent &#234;tre que tr&#232;s simples. Et la deuxi&#232;me a pour soi la l&#233;gitimit&#233; politique, d&#233;bouchant sur des d&#233;cisions effectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc il y a manifestation, c'est qu'on pense que ces proc&#233;dures ne marchent pas. Ce qui vise comme on l'a vu deux cas : un principe a &#233;t&#233; m&#233;connu, ou une d&#233;cision n'a pas fait droit &#224; des int&#233;r&#234;ts ou positions particuliers. Seul le premier cas nous int&#233;resse ici ; on voit alors que ce qui justifie une manifestation, c'est que ce &#224; quoi quelqu'un croit n'est pas pris en compte par le syst&#232;me. C'est &#233;videmment vrai actuellement pour le chr&#233;tien en mati&#232;re de m&#339;urs, car ses id&#233;es sont chass&#233;es du d&#233;bat public par le d&#233;lire du politiquement correct dominant. Mais pas en mati&#232;re sociale, ou &#233;cologique, car ses pr&#233;occupations sont admises dans le d&#233;bat, public ou politique &#8211; m&#234;me si l'effet n'en est souvent pas convaincant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, m&#234;me dans ce cas o&#249; le moyen se justifie, il ne faut pas &#234;tre na&#239;f sur le r&#244;le des manifestations, et leurs risques. Elles sont une partie du jeu politique d&#233;mocratique. Or on sait que sa r&#233;alit&#233; est tr&#232;s &#233;loign&#233;e de la th&#233;orie, qui le pr&#233;sente comme un d&#233;bat libre, suivi d'un vote. Outre les dimensions affectives et sociologiques, la dialectique des camps en pr&#233;sence est essentielle : il s'agit d'une rivalit&#233; entre des groupes organis&#233;s pour obtenir le pouvoir ou influer sur une d&#233;cision. Les manifestations font partie de ce jeu collectif : il s'agit d'un geste th&#233;&#226;tral par lequel on appuie une th&#232;se ou une demande, sous la forme d'une occupation physique en groupe d'un espace commun visible au c&#339;ur de la cit&#233;. D'une certaine fa&#231;on c'est la forme sublim&#233;e d'un combat, dont l'objectif est le contr&#244;le du terrain. De ce point de vue, ce qu'on appelle d&#233;mocratie participative n'offre pas plus de garantie de qualit&#233; que la d&#233;mocratie proc&#233;durale. Il n'y a pas de garantie de rationalit&#233; dans une manifestation : c'est un moyen de s'affirmer et de peser dans un d&#233;bat. Ce qui donne d'ailleurs une importance consid&#233;rable &#224; la lecture qui en est faite, notamment m&#233;diatique ; d'o&#249; actuellement les efforts du r&#233;gime en place pour donner d&#232;s que possible son interpr&#233;tation, n&#233;gative, des manifestations sur le mariage ou la vie. Mais cela n'invalide &#233;videmment pas non plus la d&#233;marche. L'affirmation doit &#234;tre faite &#233;nergiquement. M&#234;me si (comme je le d&#233;veloppe dans un autre article) cela ne saurait d&#233;boucher &#224; ce stade sur la contestation du r&#233;gime, et doit rester limit&#233; &#224; l'affirmation claire et pacifique des principes d&#233;fendus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En conclusion il y a donc bien &#224; distinguer deux types de manifestations. Manifester dans le cadre des id&#233;es re&#231;ues du syst&#232;me, c'est utiliser ce moyen, qui est en fait une d&#233;monstration de force, pour soutenir des positions d&#233;fendues par ailleurs par d'autres moyens : c'est la logique des innombrables manifestations sectorielles qu'on a &#233;voqu&#233;es. Souvent pas tr&#232;s justifi&#233;es, en tout cas limit&#233;es, elles ne nous int&#233;ressent pas ici. En revanche, manifester sur une position de principe est l'arme de qui n'a pas d'expression naturelle pour rappeler ces positions, ce qui conduit &#224; revenir aux bases m&#234;me du jeu politique, &#224; l'expression d'une pr&#233;sence r&#233;solue qui ne se reconna&#238;t pas dans les proc&#233;dures install&#233;es, et proclame son attachement &#224; des principes. Il n'est alors pas surprenant que cette expression s'impose l&#224; o&#249; la divergence avec le syst&#232;me politiquement dominant porte sur des questions essentielles, ce qui est &#224; l'&#233;vidence aujourd'hui le cas en mati&#232;re de m&#339;urs, de famille et de respect de la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc pleinement justifi&#233; de poursuivre ce combat sans &#233;tat d'&#226;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>La protestation populaire face &#224; la l&#233;gitimit&#233; formelle</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-protestation-populaire-face-a-la-legitimite-formelle.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/La-protestation-populaire-face-a-la-legitimite-formelle.html</guid>
		<dc:date>2013-07-05T16:34:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Manifestation</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;gitimit&#233; formelle</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La simultan&#233;it&#233; des crises politiques &#233;gyptienne, turque et br&#233;silienne a frapp&#233; les observateurs. Dans les trois cas des gouvernements d&#233;mocratiquement &#233;lus sont contest&#233;s activement, parfois violemment, par des foules nombreuses, d&#233;bouchant sur une mise en cause de leur l&#233;gitimit&#233; - au moins de leur action politique. Pourtant il n'est pas &#233;vident que ces gouvernements &#233;lus n'aient pas l'appui de la majorit&#233; de la population, notamment en Turquie. Mais les m&#233;dias occidentaux ont imm&#233;diatement pris parti pour les opposants. Sans r&#233;flexion sur cette entorse &#224; la logique d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche personne n'a fait le rapprochement avec la Manif pour tous fran&#231;aise. Or l&#224; aussi on a eu des foules nombreuses, repr&#233;sentant une part importante de l'opinion, sans doute majoritaire &#224; l'&#233;poque &#8211; au moins sur l'adoption. Mais ici le petit monde m&#233;diatique trouve tout &#224; fait normal que la majorit&#233; parlementaire passe en force. Que se passe-t-il donc ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La simultan&#233;it&#233; des crises politiques &#233;gyptienne, turque et br&#233;silienne a frapp&#233; les observateurs. Dans les trois cas des gouvernements d&#233;mocratiquement &#233;lus sont contest&#233;s activement, parfois violemment, par des foules nombreuses, d&#233;bouchant sur une mise en cause de leur l&#233;gitimit&#233; - au moins de leur action politique. Pourtant il n'est pas &#233;vident que ces gouvernements &#233;lus n'aient pas l'appui de la majorit&#233; de la population, notamment en Turquie. Mais les m&#233;dias occidentaux ont imm&#233;diatement pris parti pour les opposants. Sans r&#233;flexion sur cette entorse &#224; la logique d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche personne n'a fait le rapprochement avec la Manif pour tous fran&#231;aise. Or l&#224; aussi on a eu des foules nombreuses, repr&#233;sentant une part importante de l'opinion, sans doute majoritaire &#224; l'&#233;poque &#8211; au moins sur l'adoption. Mais ici le petit monde m&#233;diatique trouve tout &#224; fait normal que la majorit&#233; parlementaire passe en force. Ques se apsset-til donc ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;mocratie : les conditions du fonctionnement du syst&#232;me&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on constate donc est au minimum un grave manque de r&#233;flexion sur ce qu'est une d&#233;mocratie. C'est vrai en premier lieu de la mise en place du r&#233;gime : il faudra qu'on finisse par comprendre que la d&#233;mocratie n'est pas un r&#233;gime qu'on installe comme on veut, o&#249; on veut. Il suppose non seulement une base culturelle dans la population, mais une organisation, un &#233;quilibre des forces politiques et une articulation entre elles qui en g&#233;n&#233;ral ne s'improvisent pas et supposent un long processus historique. En outre une r&#233;volution n'est contrairement &#224; l'id&#233;e re&#231;ue certainement pas le bon moyen pour arriver &#224; ce r&#233;sultat : non seulement parce que sa violence cr&#233;e des tensions difficiles &#224; canaliser et apaiser ensuite, mais parce qu'elle ne cr&#233;e par elle-m&#234;me aucune des institutions au sens large, partis compris, qui concourent au fonctionnement du syst&#232;me en r&#233;gime de croisi&#232;re. Applaudir &#224; n'importe quoi parce que cela se proclame r&#233;volution, comme on l'a vu avec les printemps arabes, est na&#239;f et irresponsable. Non que les r&#233;gimes pr&#233;c&#233;dents &#233;taient satisfaisants, &#233;videmment. Mais leur renversement ne dit rien sur ce qui suivra : ce peut &#234;tre mieux, pire ou carr&#233;ment invivable. On l'a vu et le voit en Libye et en Egypte. On le voit plus encore avec la Syrie : on y a nourri des espoirs qui ne peuvent en aucun cas &#234;tre satisfaits ; la victoire de l'opposition donnerait un r&#233;gime peut-&#234;tre majoritaire mais pas d&#233;mocratique, et d&#233;sastreux pour toutes les minorit&#233;s du pays. Et on y alimente une guerre civile d&#233;vastatrice, peut-&#234;tre longue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu et corr&#233;lativement il ne va pas de soi que le r&#232;gne de la majorit&#233; soit la panac&#233;e pour avoir une bonne d&#233;mocratie, l&#233;gitime. Les politologues r&#233;fl&#233;chissent depuis longtemps sur ce difficile probl&#232;me ; et les anciens lib&#233;raux &#233;taient tr&#232;s soucieux du risque d'&#233;crasement de la minorit&#233; par la majorit&#233;. Il est en r&#233;alit&#233; vital que les institutions et les m&#339;urs organisent le respect de la minorit&#233; par la majorit&#233;, ce qui ne saurait se limiter au droit &#224; concourir dans la course aux prochaines &#233;lections. Au fond ce qu'on reproche &#224; M. Erdogan, qui jouit tr&#232;s certainement d'une majorit&#233; tant au parlement que dans l'opinion turcs, c'est de ne pas tenir compte de ces autres sensibilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'antidote de la protestation non-violente&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais ce que fait M. Erdogan, c'est exactement ce que fait le gouvernement fran&#231;ais actuel avec la loi sur le &#171; mariage pour tous &#187;. Il est pass&#233; en force sans vrai d&#233;bat, sans &#233;couter la minorit&#233; (qui est une majorit&#233; sur certains points) et sans lui donner une porte de sortie : ne serait-ce que l'objection de conscience pour les maires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; le recours des opposants &#224; la protestation, en l'occurrence non-violente. D'abord par des manifestations au sens classique, sans pr&#233;c&#233;dent par leur r&#233;p&#233;tition et leur taille combin&#233;e, mais dont le r&#233;gime n'a tenu aucun compte. Car dans la &#8216;d&#233;mocratie' &#224; la fran&#231;aise, les manifs, on conna&#238;t ; et on est vaccin&#233; contre. Ensuite on est donc pass&#233; &#224; d'autres formes de pr&#233;sence, en l'esp&#232;ce obsessionnelle &#224; l'occasion des visites des ministres. Enfin on a eu ce remarquable mouvement des veilleurs, qui se limitent &#224; une pr&#233;sence silencieuse, irr&#233;prochable. Tout ceci est admirable de d&#233;vouement. Et ce qu'il est tr&#232;s int&#233;ressant d'observer, c'est que ces deux formes de protestation crispent les politiques, &#224; commencer par les ministres. D'o&#249; une r&#233;action polici&#232;re disproportionn&#233;e, sans rapport avec les faits, et qui fait bon march&#233; des libert&#233;s &#233;l&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;action qui a de quoi intriguer. Pourquoi les princes qui nous gouvernent sont-ils donc tellement &#233;mus par de tels signes visibles mais inoffensifs de protestation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y vois pour ma part pour deux raisons. Cela veut dire d'abord que payer de sa personne, manifester son opinion par sa pr&#233;sence physique visible, a une force particuli&#232;re, bien plus grande et frappante que la seule expression d'un point de vue &#233;crit ou oral. Ensuite parce que l'id&#233;ologie, ou si on veut la r&#232;gle du jeu, actuellement dominantes veulent qu'apr&#232;s le d&#233;bat tout s'arr&#234;te. Mais cela suppose que ce qui l&#233;gitime la d&#233;cision, c'est la proc&#233;dure, le vote, et rien d'autre. Or dans la r&#233;alit&#233; ce qui importe pour les gens c'est la substance de la d&#233;cision, et ils ont raison. C'est elle qui fonde la vraie l&#233;gitimit&#233;. Il y a donc conflit entre les deux r&#233;f&#233;rences. Et lorsque des gens disent : &#171; vous avez vot&#233;, la d&#233;cision est l&#233;gale, mais elle n'est pas moralement l&#233;gitime ; et je manifeste ma protestation en payant de ma personne &#187;, on consid&#232;re du dedans qu'ils blasph&#232;ment contre le syst&#232;me et son credo relativiste et proc&#233;dural. Ce qui est jug&#233; intol&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sous-jacent d'ailleurs il y a bien s&#251;r un autre facteur majeur : le biais progressiste de nos d&#233;mocraties, qui ne sont pas neutres, mais tendanciellement orient&#233;es vers toujours plus de relativisme. On y voit avec joie des islamistes &#233;lus attaqu&#233;s par la foule ou renvers&#233;s par l'arm&#233;e, parce que l'islamisme n'est pas conforme &#224; cette id&#233;ologie et d&#233;pla&#238;t. Mais si les gouvernements en question avaient &#233;t&#233; la&#239;cs, on aurait hurl&#233; &#224; la menace fasciste. Bien s&#251;r l'islamisme est une mauvaise r&#233;ponse. Mais si on est coh&#233;rent on doit distinguer la critique de l'islamisme et l'appel &#224; l'&#233;meute. Et inversement on doit au minimum reconna&#238;tre le droit des opposants au &#171; mariage pour tous &#187; &#224; &#234;tre respect&#233;s dans ses convictions : non seulement le droit &#224; s'exprimer, mais aussi celui de ne pas &#234;tre enr&#244;l&#233; de force dans une l&#233;gislation qui heurte des convictions fondamentales. A commencer par les maires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; on n'obtient pas la paix civile par les seules proc&#233;dures, fussent-elles d&#233;mocratiques. Id&#233;alement, dans un vrai syst&#232;me politique, sain, on l'obtient par des d&#233;cisions bonnes en elles-m&#234;mes et reconnues comme telles. Et donc morales ou au moins respectables. Mais &#224; d&#233;faut, ou au minimum, on en obtient une forme plus grossi&#232;re en composant avec les minorit&#233;s, et en les respectant. Sinon on perd sa l&#233;gitimit&#233;. C'est ce qui pourrait bien se passer chez nous aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Version un peu &#233;largie d'une intervention sur le site de Libert&#233; Politique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Faut-il &#234;tre politiquement correct pour avoir le droit de manifester ?</title>
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		<dc:date>2013-01-20T17:44:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Manifestation</dc:subject>
		<dc:subject>Politiquement correct</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;vec son million de participants la manifestation du 13 janvier a &#233;t&#233; un consid&#233;rable succ&#232;s, c'est une &#233;vidence. A c&#244;t&#233; du d&#233;bat de fond, on peut en tirer des le&#231;ons tr&#232;s instructives sur les conditions actuelles de l'action politique et du d&#233;bat public. Notamment la n&#233;cessit&#233; d'un contr&#244;le extr&#234;mement strict des incidents possibles et donc des prises de parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela en dit long sur la chape de plomb effarante que le politiquement correct fait d&#233;sormais peser sur toute forme d'expression publique. Plus exactement, sur la pr&#233;carit&#233; de parole de ceux qui ne sont pas conformes aux canons de ce politiquement correct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La manifestation du 13 janvier a &#233;t&#233; un consid&#233;rable succ&#232;s, c'est une &#233;vidence. Sans doute plus d'un million de participants. Il faut les en f&#233;liciter ainsi que les organisateurs. Je ne commenterai pas le fond du d&#233;bat : beaucoup l'ont fait avec talent. Mais au-del&#224; il me para&#238;t int&#233;ressant d'en tirer quelques le&#231;ons sur les conditions de l'action politique et du d&#233;bat moderne. Apr&#232;s le nombre de participants, le principal objectif de cette manifestation a &#233;t&#233; le contr&#244;le extr&#234;mement strict des prises de parole et des incidents possibles. Sur ce plan le succ&#232;s a &#233;t&#233; &#233;galement total, et m&#234;me stup&#233;fiant compte tenu du nombre ; mais il faut mesurer aussi le soin m&#233;ticuleux mis pour y parvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps cela en dit long sur la chape de plomb effarante que le politiquement correct fait d&#233;sormais peser sur toute forme d'expression publique. Et sur la pr&#233;carit&#233; de parole de ceux qui ne sont pas conformes aux canons de ce politiquement correct. Une comparaison avec la situation encore vingt ans en arri&#232;re est sur ce point &#233;difiante, sans parler des d&#233;bats excessifs mais drus qui pr&#233;valaient dans les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas sans de s&#233;rieux inconv&#233;nients, car les messages doivent d&#233;sormais se simplifier et s'&#233;dulcorer dans des proportions consid&#233;rables. D'o&#249; ce c&#244;t&#233; aseptis&#233; qu'avait parfois la manifestation, vue du dedans &#8211; m&#234;me si elle restait sympathique et naturelle. Et bien entendu cela implique, par construction, un forme de validation de fait de la censure. C'est-&#224;-dire des r&#232;gles que nous impose la dialectique, cette technique implacable consistant &#224; invalider l'adversaire non en r&#233;futant ses arguments mais en l'affligeant d'une &#233;tiquette qui le classe d&#233;finitivement et par nature dans le camp des m&#233;chants, r&#233;prouv&#233;s par la soci&#233;t&#233;, avec les racistes, fascistes et autres. On le voit sur le vif en prenant la couverture m&#233;dia des incidents dans les diverses manifestations : les manifestants de Civitas, qui ont r&#233;agi &#224; une provocation agressive mais qui sont du mauvais c&#244;t&#233; de la dialectique, ont &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233;s par les m&#233;dia comme &#8216;int&#233;gristes'. En revanche quand des incidents ont &#233;clat&#233; lors de manifestions favorables au mariage homosexuel, les m&#233;dia ont d&#233;nonc&#233; les &#8216;provocateurs homophobes'&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; l'autocensure. Les organisateurs du 13 janvier ont par exemple totalement repris &#224; leur compte la notion de lutte contre l'homophobie. Bien s&#251;r s'il ne s'agissait que de respecter les personnes homosexuelles cela irait de soi. Mais on sait que le mot est terriblement connot&#233; et sert efficacement dans la dialectique : on affuble d'homophobie tout commentaire public et visible divergeant de l'id&#233;e officielle sur la question homosexuelle et ce qu'on y appelle &#233;galit&#233; de droits. De la m&#234;me fa&#231;on la disparition de toute forme trop explicite de quoi que ce soit de religieux a &#233;t&#233; recherch&#233;e avec soin dans l'op&#233;ration ; mais cela accr&#233;dite de fait indirectement un des th&#232;mes dominants de la pens&#233;e unique, l'ill&#233;gitimit&#233; de la religion dans le domaine public. Sans doute fallait-il en passer par l&#224; en l'esp&#232;ce. Et pour une fois que des leaders attach&#233;s &#224; la famille et &#224; la loi naturelle montrent un sens consomm&#233; de la sc&#232;ne m&#233;diatique, c'est tr&#232;s heureux. Mais l'exercice rec&#232;le ses dangers, et ils sont r&#233;els.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan pratique, la suite de cette manifestation va s'inscrire dans le m&#234;me contexte de th&#233;&#226;tre m&#233;diatique, sous la f&#233;rule des r&#232;gles de la dialectique : le seul moyen d'exister de maintenir la pression, ce qui implique la perspective de nouvelles manifestations ou de formes d'action analogues. Le succ&#232;s n'est pas acquis car tout le poids de l'id&#233;ologie dominante va en sens contraire. Ceci dit une issue n&#233;gative n'est pas certaine ; si la pression est suffisamment forte, le pouvoir peut c&#233;der en tout ou en partie comme Villepin a d&#251; le faire avec le CPE pourtant d&#233;j&#224; vot&#233;. Dans notre syst&#232;me, c'est en entretenant la flamme, c'est-&#224;-dire l'&#233;v&#232;nementiel public, &#171; l'actu &#187;, qu'on peut tenir et esp&#233;rer vaincre ; notamment par un bon accompagnement de ce qu'on appelle encore le &#171; d&#233;bat &#187; parlementaire. Le gouvernement lui jouera la montre et l'&#233;puisement, ainsi que la diversion (merci le Mali).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore la communication moderne impose donc ses lois : celles du renouvellement constant de l'actualit&#233;, de l'invention d'&#233;v&#232;nements vivants, visibles et bien calibr&#233;s. Pas tr&#232;s rationnel voire bizarre sans doute, mais c'est le monde o&#249; nous vivons et cela demande un vrai talent. Chance ou Providence, les organisateurs du 13 janvier ont eu ce talent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, en cas d'insucc&#232;s total ou partiel, il faudra passer au harc&#232;lement juridique. Voix hasardeuse mais qui peut &#234;tre payante ; en tout cas l&#233;gitime, car ce qu'on appellera alors loi ne sera que l'exercice du pouvoir arbitraire d'une majorit&#233; imposant ses vues id&#233;ologiques au reste du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Adapt&#233; d'une intervention sur le site de Libert&#233; Politique)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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