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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>La morale la&#239;que &#224; l'&#233;cole, ou la nostalgie comme marketing politique </title>
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		<dc:date>2012-09-08T16:53:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>La&#239;cit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Morale la&#239;que</dc:subject>
		<dc:subject>Ecole</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Reconna&#238;tre le besoin de morale, c'est bien, et c'est que demandent les Fran&#231;ais. Vincent Peillon a su ici toucher une corde sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais recycler le cocktail d'endoctrinement et de suppos&#233;e &#233;mancipation que popularisait la IIIe r&#233;publique ne fera plus l'affaire. Car &#224; l'&#233;poque les fondements de la morale &#233;taient encore largement consensuels. Ce qui n'est plus le cas dans notre contexte postmoderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a besoin de valeurs morales communes. Mais il n'y a pas de morale qui soit le fruit du jeu incontr&#244;l&#233;e des pr&#233;f&#233;rences de chacun : la morale, c'est la question du bien et du mal ; et le bien et le mal sont objectifs ou ils ne sont pas. Pas toujours faciles &#224; discerner, certes. Mais hors de port&#233;e si on ne reconna&#238;t pas qu'ils ne sont ce qu'ils sont que s'ils s'imposent &#224; nous comme v&#233;rit&#233;s objectives. En bref, comme loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Ecole-+.html" rel="tag"&gt;Ecole&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vincent Peillon, Ministre fran&#231;ais de l'Education nationale, s'est prononc&#233; en faveur d'un retour de l'enseignement de la morale &#224; l'&#233;cole. L'id&#233;e a l'air de plaire car les gens sentent qu'il y a un probl&#232;me du c&#244;t&#233; de la morale. Mais naturellement ce n'est pas si simple, et comme &#224; l'accoutum&#233;e le marketing politique cache de dr&#244;les de marchandises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour simplifier le bon M. Peillon affirme en fait trois choses : d'abord qu'il existe une morale en soi, connaissable ; ensuite qu'elle est &#233;mancipatrice et s'oppose aux d&#233;terminismes et aux particularismes. Et enfin que c'est l'Etat r&#233;publicain qui la conna&#238;t, bien mieux que les citoyens, pauvres choses englu&#233;es dans leurs d&#233;terminismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui si on y r&#233;fl&#233;chit est tout &#224; fait bizarre. Car s'il existe une morale en soi, elle est objective. Une morale objective, c'est ce qui est clairement affirm&#233; par l'id&#233;e de loi naturelle, pour qui il y a des choses qui sont bien ou mal en soi. Par exemple respecter la vie est bien ; voler ou mentir est mal. Mais le support naturel de la connaissance d'une telle loi n'est pas l'Etat : c'est en derni&#232;re analyse la conscience de chacun. M&#234;me si naturellement cela prend forme &#224; travers des conceptions philosophiques ou religieuses et un apprentissage social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V. Peillon lui fait l'inverse. Il suppose &#224; l'Etat r&#233;publicain une capacit&#233; intrins&#232;que &#224; discerner le bien, une sorte de connaissance inn&#233;e que les personnes n'ont pas. Un bien identifi&#233; aux &#8216;Lumi&#232;res' dont r&#234;vait le XVIIIe si&#232;cle avant les grands massacres qu'elles ont inaugur&#233;s : une &#171; morale &#187; d'&#233;mancipation de l'individu par rapport &#224; toute imp&#233;ratif s'imposant &#224; lui. Donc le contraire d'une morale objective&#8230; Mais quand les Fran&#231;ais pl&#233;biscitent l'enseignement d'une morale, ce n'est pas ce qu'ils visent. Ils veulent qu'on apprenne aux enfants &#224; bien se comporter, car on ne voit que trop que la sottise soixante-huitarde ne conduit qu'&#224; la barbarie. Ils veulent donc une vraie morale. Ce qui suppose une id&#233;e du bien, en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement dans la pratique on sait que si les principes de base de la morale sont communs et assez clairs, il existe une multitude de fa&#231;ons de concevoir les cons&#233;quences. Ainsi quand on dit : &#8216;tu ne tueras pas'. Chantal Delsol nous le rappelle &#224; raison. Mais elle en en d&#233;duit (dans le Figaro du 7 septembre) que cette multiplicit&#233; est irr&#233;ductible, comme le montrent dit-elle les exemples de la peine de mort et de l'avortement ou de l'euthanasie. Or la logique de la loi naturelle est diff&#233;rente ; elle ne peut se r&#233;signer &#224; des morales irr&#233;ductibles. Car elle part de l'id&#233;e simple et naturelle que le bien est objectif et universel. Et de fait on ne voit pas le sens d'une morale (une vraie) qui ne cherche pas des r&#233;ponses &#224; valeur universelle. D&#232;s lors, d&#232;s que l'on cherche &#224; objectiver le devoir moral, et pour reprendre cet exemple qu'on prend au s&#233;rieux l'interdiction de tuer une personne humaine, on est conduit &#224; se demander ce qu'est objectivement un &#234;tre humain. Mais alors on conclut normalement que l'embryon comme le vieillard en sont. Et donc on refuse l'avortement comme l'euthanasie. Inversement si l'&#233;mancipation consiste &#224; ce que chacun se bricole sa morale sans souci du bien objectif, et qu'on en fait un absolu, on privil&#233;gie le droit sacr&#233; de chacun &#224; divaguer et on finit par faire l'impasse sur le fait que la grand'm&#232;re grabataire ou l'embryon sont des &#234;tres humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, dans la pratique, pour que la morale naturelle soit reconnue ou explicit&#233;e socialement, il faut que la soci&#233;t&#233; concern&#233;e pose la question sous cette forme, comme fruit de la recherche d'un bien objectif. Ceci dit, m&#234;me dans ce cas, rechercher cette universalit&#233; n'implique pas qu'on l'atteigne ; en g&#233;n&#233;ral l'op&#233;ration n'est que partielle. Dans toute soci&#233;t&#233; on devra donc faire la part des r&#233;alit&#233;s historiques et culturelles. Ce qui est en revanche clair, c'est que l'Etat (r&#233;publicain ou pas) n'est pas a priori en soi le mieux &#224; m&#234;me de d&#233;cider quelle est la bonne interpr&#233;tation. Contrairement &#224; ce que pense M. Peillon, il ne d&#233;tient pas la formule de la vie juste. D'autant moins en l'esp&#232;ce qu'il ne pose pas au d&#233;part une quelconque loi naturelle, mais une philosophie de l'&#233;mancipation qui ouvre la voie &#224; une multiplicit&#233; irr&#233;ductible d'interpr&#233;tations. La bonne formule est donc &#224; la fois de poser le principe de la loi morale objective, naturelle, et d'admettre que la seule bonne morale est celle qui est reconnue par les int&#233;ress&#233;s et apprise en soci&#233;t&#233;, ce qui commence par la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233; Chantal Delsol ayant conclu &#224; l'irr&#233;ductibilit&#233; des morales en d&#233;duit que les projets &#233;ducatifs sont n&#233;cessairement divers, chaque &#233;cole enseignant une morale coh&#233;rente avec son projet, les familles adh&#233;rant librement &#224; l'une ou &#224; l'autre. Mais on voit bien que ce n'est pas non plus la solution id&#233;ale, en tout cas pas sans correctif : on peut en arriver en effet &#224; ce que le bricolage anarchique des valeurs se transpose au niveau de l'&#233;cole. Or si la soci&#233;t&#233; se fragmente en groupes multiples aux projets contradictoires, on a peu de chance de d&#233;boucher sur la paix civile ni sur un niveau plus &#233;lev&#233; de moralit&#233;. En d'autres termes, si de fait il est plus r&#233;aliste et plus respectueux des personnes de partir de la diversit&#233; de fait des r&#233;ponses morales, il est indispensable de poser l'imp&#233;ratif commun de recherche du bien moral, pos&#233; comme r&#233;alit&#233; objective &#224; reconna&#238;tre collectivement. Mais naturellement pas par parachutage d'en-haut, et surtout pas selon l'utopie archa&#239;que de l'Etat &#233;mancipateur qui sait tout mieux que tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait la d&#233;marche du ministre r&#233;pond &#224; deux motivations : d'un c&#244;t&#233; la reconnaissance du besoin d'une morale objective, besoin de plus en plus criant ; et de l'autre la nostalgie d'une &#233;poque o&#249; le contenu de cette morale &#233;tait relativement consensuel (la morale des instituteurs &#233;tant en pratique proche de celle des cur&#233;s). On pouvait alors se permettre de la combiner avec un programme suppos&#233; &#233;mancipateur, sans voir de contradiction entre les deux. Mais ce n'est plus possible dans la phase postmoderne qui est la n&#244;tre. D'une part les conceptions dominantes se sont notablement &#233;loign&#233;es de celles autrefois reconnues par tous : l'avortement et l'euthanasie en t&#233;moignent &#224; nouveau. D'autre part l'id&#233;ologie de l'&#233;mancipation (d&#233;j&#224; pr&#233;sente &#224; l'&#233;poque mais encore contenue) est all&#233;e beaucoup plus loin ; elle conduit d&#233;sormais &#224; ne retenir comme morale que des r&#232;gles du jeu visant &#224; faire respecter ce qu'on croit &#234;tre le droit absolu de tout individu &#224; choisir ses options comme il l'entend, en se bornant &#224; r&#233;guler la compatibilit&#233; de ces droits respectifs. De telles r&#232;gles du jeu sont probablement ce que le ministre veut imposer. Mais pour une partie appr&#233;ciable de la population, et notamment ceux qui admettent une morale naturelle, ce n'est pas ce qu'on appelle une morale. Et surtout cela ne d&#233;bouche pas sur une conception commune capable de fonder une vie commune, &#224; commencer par les salles de classe du 9-3. Car cela ne donne pas de r&#233;ponse aux vrais dilemmes moraux tels qu'ils se posent dans la r&#233;alit&#233; (comme en t&#233;moignent &#224; nouveau avortement et euthanasie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait dans un contexte comme le n&#244;tre la morale commune qu'on peut enseigner est forc&#233;ment assez limit&#233;e &#8211; et s&#251;rement pas confondue avec le cat&#233;chisme de la suppos&#233;e &#233;mancipation dont on a assez vu les effets pervers. Ce qui, pour l'apprentissage de la morale, laisse n&#233;cessairement la place centrale aux familles, et aux &#233;coles qui en prolongent la t&#226;che &#233;ducative, ou devraient le faire. Ce qui plaide en faveur d'une relative diversit&#233;, en attendant le retournement, la conversion collective qui reconna&#238;tra la primaut&#233; de la recherche du bien et du vrai sur le bricolage anarchique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Publi&#233; &#233;galement sur le site de Libert&#233; Politique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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