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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>R&#233;ins&#233;rer l'argent dans la r&#233;alit&#233; humaine </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Reinserer-l-argent-dans-la-realite-humaine.html</link>
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		<dc:date>2026-07-06T16:07:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Condamnation de l'usure</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Les myst&#232;res de l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et bien commun</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les consid&#233;rations qui suivent trouvent leur origine dans des r&#233;flexions sur l'argent issues de la tradition chr&#233;tienne. Elles portent d'abord sur l'insertion de l'usage de l'argent dans le tissu des relations sociales, en questionnant le mod&#232;le implicite qui fait abstraction des liens r&#233;unissant les personnes concern&#233;es et de leurs objectifs. Ce qui conduit &#224; questionner la notion de fongibilit&#233; de l'argent, non &#233;videmment dans sa possibilit&#233; effective, mais dans sa signification. Car en r&#233;alit&#233; l'argent n'est pas fongible du point de vue des utilisateurs ; c'est un instrument de confrontation de d&#233;sirs ou de projets, qui ne prennent leur sens qu'en contexte humain et social, entre autres sur le march&#233;. Ce dernier de son c&#244;t&#233; n'est pas un m&#233;canisme abstrait, mais un fait social, dont la bonne marche importe au bien commun, et l'argent un outil &#224; cette fin. On ne peut donc pas consid&#233;rer cette interaction sans prise en compte tant de ses modalit&#233;s que de sa signification pour les int&#233;ress&#233;s et pour la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, dans l'activit&#233; financi&#232;re, l'argent n'est f&#233;cond qu'associ&#233; au travail, et donc dans une forme de relation humaine &#8211; ce qui donne un sens &#224; l'ancienne pr&#233;vention &#224; l'&#233;gard du paiement d'int&#233;r&#234;ts - malgr&#233; ses limites. Par ailleurs, cet usage dans l'activit&#233; financi&#232;re conduit &#224; interroger le rapport entre l'argent (les march&#233;s de l'argent), et l'avenir, donc la temporalit&#233;. L'avenir &#233;tant en soi impr&#233;visible, donner un r&#244;le d&#233;miurgique aux march&#233;s comme voulait le faire la th&#233;orie des march&#233;s efficients est sans doute illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, le bon fonctionnement des march&#233;s doit donc &#234;tre appr&#233;ci&#233; comme un fait social : un mode de confrontation entre des projets humains autonomes, confrontation dont il faut rechercher le meilleur r&#233;sultat possible dans la perspective du bien commun. Utiliser cet outil au mieux signifiera alors faciliter l'interaction des d&#233;cisions, mais en les r&#233;ins&#233;rant dans le contexte humain auquel elles servent : en prenant par exemple en compte, pour le march&#233; des actions, de l'impact des transactions sur l'horizon temporel des entreprises. Et ne pas f&#233;tichiser le r&#233;sultat de ces transactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-L-argent-+.html" rel="tag"&gt;L'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Les-mysteres-de-l-argent-199-+.html" rel="tag"&gt;Les myst&#232;res de l'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Economie-et-bien-commun-+.html" rel="tag"&gt;Economie et bien commun&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/woman-3373913_640.jpg?1787417305' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;REINSERER L'ARGENT DANS LA REALITE HUMAINE
&lt;p&gt;Pr&#233;sentation&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'id&#233;e d'ensemble&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les consid&#233;rations qui suivent trouvent leur origine dans des r&#233;flexions sur l'argent issues de la tradition chr&#233;tienne, ou analogues. Elles sont consid&#233;r&#233;es ici selon leur apport possible au d&#233;bat collectif sur l'&#233;conomie, dans la perspective du bien commun, sans r&#233;f&#233;rence directe &#224; la dimension religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles portent d'abord sur l'insertion de l'usage de l'argent dans le tissu des relations sociales, en questionnant le mod&#232;le implicite qui fait abstraction des liens r&#233;unissant les personnes concern&#233;es, et de leurs objectifs. Ce qui conduit &#224; questionner la notion de fongibilit&#233; de l'argent, non &#233;videmment dans sa possibilit&#233; effective, mais dans sa signification. Car en r&#233;alit&#233; l'argent n'est pas fongible du point de vue des utilisateurs ; c'est un instrument de confrontation de d&#233;sirs ou de projets, qui ne prennent leur sens qu'en contexte humain et social, entre autres sur le march&#233;. Ce dernier de son c&#244;t&#233; n'est pas un m&#233;canisme abstrait, mais un fait social, dont la bonne marche importe au bien commun, et l'argent un outil &#224; cette fin. On ne peut donc pas consid&#233;rer cette interaction sans prise en compte tant de ses modalit&#233;s que de sa signification pour les int&#233;ress&#233;s et pour la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, dans l'activit&#233; financi&#232;re, l'argent n'est f&#233;cond qu'associ&#233; au travail, et donc dans une forme de relation humaine &#8211; ce qui donne un sens &#224; l'ancienne pr&#233;vention &#224; l'&#233;gard du paiement d'int&#233;r&#234;ts (malgr&#233; ses limites). Par ailleurs, cet usage dans l'activit&#233; financi&#232;re conduit &#224; interroger le rapport entre l'argent (les march&#233;s de l'argent), et l'avenir, donc la temporalit&#233;. L'avenir &#233;tant en soi impr&#233;visible, donner un r&#244;le d&#233;miurgique aux march&#233;s comme voulait le faire la th&#233;orie des march&#233;s efficients est sans doute illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, le bon fonctionnement des march&#233;s doit donc &#234;tre appr&#233;ci&#233; comme un fait social : un mode de confrontation entre des projets humains autonomes, confrontation dont il faut rechercher le meilleur r&#233;sultat possible dans la perspective du bien commun. Utiliser cet outil au mieux signifiera alors faciliter l'interaction des d&#233;cisions, mais en les r&#233;ins&#233;rant dans le contexte humain auquel elles servent : en prenant par exemple en compte, pour le march&#233; des actions, de l'impact des transactions sur l'horizon temporel des entreprises. Et ne pas f&#233;tichiser le r&#233;sultat de ces transactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'insertion sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georg Simmel, dans un ouvrage classique , voyait dans l'argent une capacit&#233; &#224; &#234;tre une repr&#233;sentation universelle, formellement neutre, de toute valeur &#233;conomique. Il est normalement stable dans le temps et ais&#233;ment disponible pour n'importe quelle transaction ou pour stocker de la valeur. Dans un monde h&#233;t&#233;rog&#232;ne et tendanciellement relativiste, il repr&#233;sente donc une forme de stabilit&#233; &#224; travers la possibilit&#233; permanente qu'il offre de mesure commune et par l&#224; d'interaction concr&#232;te. Cela implique qu'il soit d&#233;tach&#233; de toute relation aux objets qu'il mesure, et de toute valeur &#8216;intrins&#232;que' : c'est un pur moyen. Et il ne pr&#233;d&#233;termine en rien son utilisation, au contraire de tout autre actif. D'une certaine fa&#231;on donc, il donne la possible d'une forme d'objectivation et peut devenir par-l&#224; cas par cas moyen de lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais justement, comme la monnaie est &#233;changeable contre tout, du moins tout ce qui peut &#234;tre c&#233;d&#233; ou acquis, elle a ses limites : elle ne dit rien sur les objets qu'elle permet de vendre ou d'acheter, en dehors de leur prix. Et a fortiori, elle ne dit rien non plus sur la relation qui existe ou pourrait exister entre les personnes qui &#233;changent. Cela souligne bien son caract&#232;re essentiellement instrumental. De ce fait, se concentrer sur la seule dimension mon&#233;taire pr&#233;sente un risque majeur : celui d'oublier des consid&#233;rations humaines essentielles, et notamment les relations entre personnes et dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurence Fontaine, analysant le passage de l'&#233;conomie ancienne &#224; l'&#233;conomie moderne, y voit pr&#233;cis&#233;ment un potentiel de lib&#233;ration. D&#233;crivant les anciennes relations de dette comme largement interpersonnelles et inscrites dans le tissu social, elle discerne avec le XVIIIe si&#232;cle une &#233;volution vers l'objectivation des relations et de l'information. Elle note que &#171; dans ce contexte, les analyses de Simmel sur l'argent qui lib&#232;re des liens personnels sont particuli&#232;rement pertinentes, car l'&#233;change mon&#233;taire met effectivement en &#233;quivalence les choses &#233;chang&#233;es ind&#233;pendamment des liens personnels&#8230; Si &#8216;le march&#233; anonyme des mod&#232;les n&#233;o-classiques n'existe pas dans la vie &#233;conomique', il existe cependant comme une fiction sociale qui structure une nouvelle &#233;conomie politique : la fiction des relations marchandes impersonnelles et &#233;galitaires rend possible l'existence d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique. &#187; Ce qui s'oppose au mod&#232;le relationnel ant&#233;rieur, qui impr&#233;gnait la soci&#233;t&#233; du Moyen Age et de la Renaissance, et dans laquelle le christianisme jouait un r&#244;le important. Mod&#232;le qui s'oppose au mode impersonnel caract&#233;ristique de la soci&#233;t&#233; moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce nouveau rapport peut &#234;tre alors facteur de d&#233;shumanisation et d'asservissement, puisque pr&#233;cis&#233;ment il ne prend pas en compte l'ensemble des relations pr&#233;sentes ou possibles, ainsi que toute sp&#233;cificit&#233; autre que refl&#233;t&#233;e dans la valeur &#233;conomique marchande. De m&#234;me, il r&#233;duit &#224; une mesure commune mat&#233;rielle toutes les diff&#233;rences qualitatives. Cette mesure commune, objective, est utile pour appr&#233;cier la dimension proprement mat&#233;rielle, &#233;conomique en un sens, de tout choix, mais seulement cette dimension, qui n'est pas la seule ni souvent m&#234;me la principale. Le risque de l'absolutiser est d'autant plus grand qu'il propose une forme d'universalit&#233;, un moyen de tout faire passer &#224; travers son prisme. Dans une soci&#233;t&#233; divis&#233;e et relativiste, il reste parfois le seul moyen de r&#233;soudre une question par une transaction, m&#234;me si par ailleurs on n'est d'accord sur rien. Simmel note m&#234;me que &#171; l'argent, moyen absolu et donc lieu de rencontre d'innombrables s&#233;ries t&#233;l&#233;ologiques, a des rapports significatifs, psychologiquement, avec l'id&#233;e de Dieu &#187; ; comme lui, dit-il, il est la co&#239;ncidence ou le centre commun de tous les oppos&#233;s .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne donne aucun forme d'unit&#233; ou de convergence &#224; la soci&#233;t&#233; ; l'argent peut alors aussi &#234;tre un facteur d'&#233;clatement de celle-ci : r&#233;ducteur de tout lien, source d'in&#233;galit&#233;s mal ressenties, d'autant qu'il n'a pas de fondement dans des liens humains ou dans des valeurs objectives. En perspective chr&#233;tienne, cela rappelle le propos &#233;vang&#233;lique sur le fait qu'on ne peut servir deux ma&#238;tres, Dieu et Mammon (l'argent personnifi&#233; contre le Bien par excellence, qui est amour). Pourtant le m&#234;me texte ne recommande pas de l'&#233;liminer, mais de l'utiliser intelligemment dans le sens du bien, et notamment en faveur de son prochain.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'usage de l'argent : le&#231;ons de la tradition chr&#233;tienne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour aller plus loin, reprenons plusieurs r&#233;flexions issues de la tradition chr&#233;tienne. On peut par exemple trouver chez saint Thomas d'Aquin, autorit&#233; majeure en contexte catholique, les &#233;l&#233;ments d'une conception plus ou moins implicite de l'&#233;conomie et de la monnaie , qui inspirera toute la tradition catholique jusqu'&#224; r&#233;cemment. On &#233;voquera notamment son analyse du juste prix et du taux d'int&#233;r&#234;t ou usure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;changes commerciaux et le juste prix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son analyse du juste prix a &#233;t&#233; souvent mal comprise. Le motif est moral : ne pas vendre quelque chose plus que cela ne vaut. Ce qui suppose d'avoir une notion de prix de r&#233;f&#233;rence, socialement &#233;tabli. Pour faire bref, ce prix est un prix d&#233;rivant des conditions locales ; il est fluctuant et se d&#233;gage par un processus commun de confrontation des besoins &lt;i&gt;(indigentia&lt;/i&gt;). Thomas ne pr&#233;voit donc pas que ce prix soit fix&#233; par la loi. Il ne se r&#233;f&#232;re pas non plus &#224; la nature des choses, mais &#224; la mani&#232;re dont ces choses sont utilis&#233;es par les hommes, &#224; leurs besoins. On retrouve assez clairement ce qu'on appellera plus tard un effet de l'offre et de la demande. Mais cela ne veut pas dire que ce juste prix co&#239;ncide toujours avec le prix de march&#233; au sens habituel aujourd'hui. En particulier, il ne se r&#233;sume pas &#224; un pur accord entre acheteur et vendeur, puisqu'il a un caract&#232;re objectif : il est &#233;tabli implicitement sur un &#8216;march&#233;' large, ouvert, o&#249; tous participent, et o&#249;, en outre, tous sont l&#224; pour rechercher la justice. Il r&#233;sulte en d&#233;finitive de la confrontation large et honn&#234;te des besoins humains et des ressources disponibles &#224; un moment donn&#233; dans un endroit donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parvient &#224; cette mesure gr&#226;ce &#224; cet instrument qu'est la monnaie, &#233;tabli &#224; cet effet selon une convention entre les hommes. Tant la monnaie elle-m&#234;me, que le march&#233; au sens large, sont donc pour lui des institutions humaines, conventionnelles ; mais elles donnent un fondement ad&#233;quat pour l'exercice de la vertu de justice dans notre monde. Il est &#224; noter que cette conception de la monnaie comme pure convention sociale ne fait aucun allusion &#224; l'or ou &#224; l'argent m&#233;taux (contrairement &#224; son &#233;poque). Cela rappelle de fa&#231;on &#233;tonnante la monnaie actuelle, cr&#233;&#233;e dans une large mesure par le syst&#232;me bancaire, mais plac&#233;e sous le contr&#244;le de la banque centrale et sans lien avec une base ext&#233;rieure comme l'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le taux d'int&#233;r&#234;t ou usure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'usure (c'est-&#224;-dire, dans ce contexte, du taux d'int&#233;r&#234;t) est plus complexe : sa prohibition, qui est la position de Thomas, choque notre logique ; mais il est possible de titrer de cette controverse des conclusions int&#233;ressantes. En simplifiant, sa th&#232;se est qu'en demandant un int&#233;r&#234;t &#224; l'occasion d'un pr&#234;t, on vend deux fois la m&#234;me chose : on facture s&#233;par&#233;ment la d&#233;tention de l'argent et son usage (&#224; la diff&#233;rence d'une maison, qu'on peut louer). En sens inverse, il distingue clairement le pr&#234;t de l'investissement en capital, qui, lui, peut &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233;, car il n'est pas consomm&#233; dans la transaction : la propri&#233;t&#233; subsiste. Comme on le voit, l'argumentation se base sur une analyse du r&#244;le de l'argent, diff&#233;rente de la perception actuelle et en partie contestable. Mais ce peut &#234;tre un point de d&#233;part pour des r&#233;flexions f&#233;condes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'abord dit que l'argent est consomm&#233;. Mais si on pr&#234;te un pain pour &#234;tre mang&#233;, il dispara&#238;t ; tandis que si on pr&#234;te de l'argent, il subsiste et continue &#224; jouer son r&#244;le d'outil pour l'&#233;change ; en outre, le pr&#234;teur obtient en retour une cr&#233;ance sur le d&#233;biteur. Cela dit, m&#234;me si l'argent n'est pas &#224; proprement parler consomm&#233;, il n'est pas non plus directement utilisable - hors transaction, contrairement aux autres biens. On l'a dit, c'est un outil, un pur signe dans la soci&#233;t&#233;, purement instrumental. Il y a donc un aspect justifi&#233; dans le fait de le consid&#233;rer &#224; part des autres biens : il ne sert et n'a de sens que relativement &#224; ce qu'il permet d'acqu&#233;rir. Ce qui veut dire concr&#232;tement qu'on doit toujours l'utiliser en ayant d'abord en vue la r&#233;alit&#233; sous-jacente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me affirmation est que l'argent n'a aucune dimension productive, qui justifierait une r&#233;mun&#233;ration. Or il est exact que l'argent &#224; soi seul n'est pas productif ; seul le travail humain au sens large (entreprenariat et direction g&#233;n&#233;rale compris) permet de le faire fructifier. Mais il serait erron&#233; de nier la contribution du capital dans cette production. Un ouvrier sans machine ni outil produit massivement moins qu'un ouvrier avec machine. En d'autres termes, l'argent est aussi moyen d'acqu&#233;rir des outils qui contribuent &#224; la production et dont l'usage est d&#232;s lors l&#233;gitimement r&#233;mun&#233;r&#233;. Mais si une r&#233;mun&#233;ration peut &#234;tre moralement licite, on ne doit pas oublier en m&#234;me temps que cet argent n'est productif qu'ins&#233;r&#233; dans le tissu des relations humaines, en association avec le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que l'une des caract&#233;ristiques d'un pr&#234;t est d'&#234;tre exigible en justice, contrairement au capital investi en fonds propres. En ce sens, un pr&#234;teur est bien moins solidaire de l'emprunteur qu'un associ&#233; de l'entreprise. En outre, du fait qu'il est exigible selon des modalit&#233;s stipul&#233;es &#224; l'avance, en g&#233;n&#233;ral ind&#233;pendantes des circonstances, le cr&#233;dit pr&#233;sente une rigidit&#233; dont l'histoire des crises financi&#232;res montre qu'il est la source de risques majeurs. Quand donc Thomas accepte comme licite l'investissement en fonds propres, mais exprime sa r&#233;serve pour le cr&#233;dit comme op&#233;ration &#233;conomique, il per&#231;oit plus ou moins confus&#233;ment une r&#233;alit&#233; importante, que notre &#233;poque, ivre de cr&#233;dit et de dette, devrait m&#233;diter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Synth&#232;se&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que l'analyse de saint Thomas doit &#234;tre inscrite dans le contexte de son temps : l'usure au sens actuel &#233;tait alors un vrai fl&#233;au social. En outre, il convient de rappeler le risque plus g&#233;n&#233;ral repr&#233;sent&#233; par l'argent, relev&#233; par les &#201;vangiles : le fait d'&#234;tre repr&#233;sentatif de tout ce qui peut &#234;tre achet&#233;, ce qui peut en faire le support par excellence d'une d&#233;rive : l'avidit&#233; &#224; l'&#233;gard de ce qui ne devrait &#234;tre qu'instrumental. Remarque qui rencontre celle d'Aristote sur la chr&#233;matistique, o&#249; la volont&#233; d'accumuler ne rencontre aucune limite naturelle. On l'a dit, sa neutralit&#233; m&#234;me accentue ce risque, et donc, au lieu de servir d'outil dans la relation entre des personnes, il devient un objectif en lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il convient donc de corriger l'analyse de Thomas sur l'int&#233;r&#234;t, cela ne fait pas dispara&#238;tre ce qu'il a reconnu de la nature de l'argent : convention sociale permettant l'&#233;change, il n'est pas par lui-m&#234;me productif ; il ne l'est que dans son association avec du travail humain au sens large. Cette r&#233;alit&#233; est moins imm&#233;diatement perceptible dans le cr&#233;dit r&#233;mun&#233;r&#233;, o&#249; on peut avoir tout particuli&#232;rement l'impression fausse que l'argent est productif par lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le&#231;ons &#224; en tirer &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de tout ceci deux &#233;l&#233;ments. D'abord, la neutralit&#233; de la monnaie, qui est un pur instrument. Mais cela ne veut pas dire que tout ce qui est possible et l&#233;gal, et qui se r&#233;sout par une op&#233;ration mon&#233;taire est moralement juste. La r&#233;f&#233;rence commune dans ce qui pr&#233;c&#232;de est l'id&#233;e de justice, vertu morale r&#233;gissant les rapports sociaux. La monnaie est un outil &#224; utiliser dans cette perspective, mais qui ne donne pas en elle-m&#234;me la r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela implique de regarder autrement les pratiques sociales. C'est d'abord la transaction commerciale et plus particuli&#232;rement le march&#233; : son bon fonctionnement est un enjeu collectif majeur. C'est ce que d&#233;veloppe le pape Beno&#238;t XVI dans son encyclique Caritas in veritate, au N&#176; 35 : &#171; lorsqu'il est fond&#233; sur une confiance r&#233;ciproque et g&#233;n&#233;rale, le march&#233; est l'institution &#233;conomique qui permet aux personnes de se rencontrer, en tant qu'agents &#233;conomiques, utilisant le contrat pour r&#233;gler leurs relations et &#233;changeant des biens et des services fongibles entre eux pour satisfaire leurs besoins et leurs d&#233;sirs. &#187; Mais &#171; abandonn&#233; au seul principe de l'&#233;quivalence de valeur des biens &#233;chang&#233;s, le march&#233; n'arrive pas &#224; produire la coh&#233;sion sociale dont il a pourtant besoin pour bien fonctionner. Sans formes internes de solidarit&#233; et de confiance r&#233;ciproque, le march&#233; ne peut pleinement remplir sa fonction &#233;conomique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, au N&#176; 36 &#171; Le march&#233; n'est pas de soi, et ne doit donc pas devenir, le lieu de la domination du fort sur le faible. La soci&#233;t&#233; ne doit pas se prot&#233;ger du march&#233;, comme si le d&#233;veloppement de ce dernier comportait ipso facto l'extinction des relations authentiquement humaines. Il est certainement vrai que le march&#233; peut &#234;tre orient&#233; de fa&#231;on n&#233;gative, non parce que c'est l&#224; sa nature, mais parce qu'une certaine id&#233;ologie peut l'orienter en ce sens. Il ne faut pas oublier que le march&#233; n'existe pas &#224; l'&#233;tat pur. Il tire sa forme des configurations culturelles qui le caract&#233;risent et l'orientent. En effet, l'&#233;conomie et la finance, en tant qu'instruments, peuvent &#234;tre mal utilis&#233;es quand celui qui les g&#232;re n'a comme point de r&#233;f&#233;rence que des int&#233;r&#234;ts &#233;go&#239;stes. Ainsi peut-on arriver &#224; transformer des instruments bons en eux-m&#234;mes en instruments nuisibles. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne doit donc jamais perdre de vue la double insertion du march&#233; dans le contexte des relations sociales et humaines : d'un c&#244;t&#233; sa d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des priorit&#233;s des personnes, l'enjeu de son mode d'organisation, et de l'autre sa n&#233;cessaire r&#233;insertion dans le champ de la soci&#233;t&#233;, et notamment des pr&#233;occupations de justice distributive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une telle perspective, on peut voir diff&#233;remment la fongibilit&#233; de l'argent. C'en est une propri&#233;t&#233; bien r&#233;elle, mais ce n'est pas une r&#232;gle d'emploi, une n&#233;cessit&#233; logique, ce qui conduirait &#224; reconna&#238;tre a priori une libert&#233; totale dans son utilisation, sous r&#233;serve du respect de lois elles-m&#234;mes con&#231;ues d'abord pour faciliter cette libert&#233;. Il rel&#232;ve certes de l'autonomie des personnes de prendre leurs responsabilit&#233;s (cons&#233;quence de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e), mais, sous l'angle de l'&#233;thique, elles sont cens&#233;es le faire dans la perspective du bien, et notamment du bien commun, celui de la communaut&#233; (laquelle a d'ailleurs institu&#233; ce m&#234;me argent). Dans cette logique, deux personnes qui font une transaction ne sont pas deux monades qui se rencontrent et qui par hasard auraient cet instrument commun qu'est l'argent, mais deux membres de la communaut&#233; dont chaque acte s'ins&#232;re dans cette communaut&#233; et contribue &#224; la b&#226;tir en utilisant les outils communs, dont la monnaie. M&#234;me si chacun a son r&#244;le et sa vocation propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, dans cette perspective, on peut avoir &#224; reconsid&#233;rer l'organisation m&#234;me de l'activit&#233; financi&#232;re et du march&#233;. Ce qui facilite la recherche commune du juste prix et l'orientation de l'&#233;pargne dans le sens du bien commun va dans le bon sens ; la pure sp&#233;culation au mauvais sens du terme, c'est-&#224;-dire le parasitage de la fonction normale du march&#233;, est contestable. On en est alors conduit par exemple &#224; contester des pratiques comme le trading haute fr&#233;quence, l'achat de CDS hors couverture, voire la cotation en continu ou m&#234;me le r&#244;le devenu pr&#233;pond&#233;rant de la gestion passive : non seulement ils ne contribuent pas au r&#244;le positif du march&#233; ainsi compris, mais ils le perturbent ou le parasitent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Insertion dans l'horizon de temps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Encore au-del&#224; de ces consid&#233;rations, se pose la question centrale de la perspective temporelle. Ins&#233;r&#233; dans le flux du temps, l'homme se trouve en permanence confront&#233; &#224; l'incertitude sur l'avenir, et &#224; la n&#233;cessit&#233; cependant de prendre des d&#233;cisions. Sans entrer dans le d&#233;tail, la r&#233;flexion philosophique met en &#233;vidence deux conceptions irr&#233;ductibles du temps : le temps v&#233;cu du moment, le seul r&#233;el pour nous, mais isol&#233; entre un pass&#233; r&#233;volu et un avenir non pr&#233;sent (temps A des philosophes) ; et le temps lin&#233;aire de la datation, objectif mais impersonnel, o&#249; pass&#233;, pr&#233;sent et futur sont en quelque sorte sur une m&#234;me ligne : elle est la seule scientifique, mais ses donn&#233;es de base, pass&#233; et futur, n'existent pas aujourd'hui (temps B des philosophes). Ces deux conceptions sont incompatibles et irr&#233;conciliables si on les prend telles quelles . Or la finance a justement &#224; traiter cette question du temps : prendre dans le pr&#233;sent une d&#233;cision fond&#233;e sur une avenir inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;cision financi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas des biens de production, et en particulier du capital, le calcul porte en principe sur le flux de biens futurs qu'on esp&#232;re tirer du fait qu'on a mis &#224; la disposition d'un autre une somme d'argent. Ce qu'on appelle finance affecte alors cet argent &#233;pargn&#233; &#224; des usages possibles, et notamment des investissements. Elle st cens&#233;e choisir ceux qui pr&#233;sentent le meilleur r&#233;sultat (au sens large) pour un certain risque qu'on accepte d'assumer. La finance a donc essentiellement &#224; voir avec l'avenir, et avec un avenir &#224; risque. Mais la d&#233;cision se prend au pr&#233;sent, notamment &#224; travers le march&#233; financier. Nous retrouvons donc ici de fa&#231;on tr&#232;s sch&#233;matis&#233;e, et r&#233;duite &#224; une seule dimension mon&#233;taire, les deux notions du temps. D'un c&#244;t&#233;, l'&#233;valuation prend comme r&#233;f&#233;rence le temps lin&#233;aire : elle tente d'&#233;valuer un flux de ressources &#233;tal&#233; sur cette &#233;chelle de temps, et qui n'existe pas encore. D'un autre c&#244;t&#233;, elle le ram&#232;ne au pr&#233;sent en synth&#233;tisant cet ensemble de fa&#231;on actualis&#233;e dans un chiffre op&#233;rationnel : le prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La tentation du d&#233;miurge : Mammon dieu de l'argent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on alors attendre du march&#233; financier ? On peut pragmatiquement y voir la simple confrontation &#224; un moment donn&#233; d'un ensemble d'ordres d'achats et de ventes, offrant le plus large choix aux uns et aux autres. C'est &#224; mon sens l'attitude la plus raisonnable. Mais, on l'a rappel&#233;, la th&#233;orie financi&#232;re a &#233;t&#233; plus ambitieuse, &#224; travers la th&#233;orie des march&#233;s efficients. Selon cette conception, longtemps dominante, le march&#233; confronte de la fa&#231;on la plus efficace l'ensemble des informations disponibles &#224; un moment donn&#233; et donne donc de fa&#231;on synth&#233;tique la meilleure image possible de l'avenir. D&#232;s lors, ce r&#233;sultat peut et doit avoir valeur de guidage pour toute d&#233;cision &#233;conomique, qui doit en bonne logique prendre comme &#233;talon ces valorisations. Toute la comptabilit&#233; en r&#233;sulte alors, et tout le calcul financier. Et en particulier, on peut de ce fait en d&#233;duire pratiquement qu'il n'est plus besoin de r&#233;fl&#233;chir en termes de responsabilit&#233;, encore moins de long terme : tout est synth&#233;tis&#233; dans le prix. Lequel fait en revanche l'impasse sur les valeurs et priorit&#233;s non mon&#233;taires, suppos&#233;es relever du seul choix priv&#233;. Le march&#233; ainsi compris, bien au-del&#224; de son r&#244;le pratique, prend alors une fonction d&#233;miurgique : un crit&#232;re chiffr&#233;, op&#233;rationnel, int&#232;gre l'avenir dans le pr&#233;sent &#224; travers l'argent. On comprend alors la v&#233;h&#233;mence de ceux qui d&#233;noncent la financiarisation de la soci&#233;t&#233; : cela revient &#224; d&#233;noncer une r&#233;duction dramatique de l'humain, au nom d'un parti d&#233;miurgique prom&#233;th&#233;en, illusoire, qui ne vise rien de moins qu'&#224; la ma&#238;trise du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perspective&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est en m&#234;me temps manifeste de ce qui pr&#233;c&#232;de que ce n'est pas la finance comme telle qui pose probl&#232;me : on ne reproche pas &#224; un outil ce qu'en fait un artisan mal intentionn&#233;. Le march&#233; financier, ramen&#233; &#224; de justes proportions, a un r&#244;le pratique : il permet &#224; l'argent &#233;pargn&#233; de s'investir ou de se red&#233;ployer, et d'op&#233;rer une confrontation indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que doit alors &#234;tre le positionnement &#224; prendre, si, contrairement &#224; la vision d&#233;miurgique et r&#233;ductrice ainsi &#233;voqu&#233;e, on cherche &#224; situer le processus de d&#233;cision &#233;conomique et financier dans la r&#233;alit&#233; dans toutes ces dimensions ? On rappellera d'abord le fait que le seul temps r&#233;el pour nous est le pr&#233;sent, mais qu'il va dispara&#238;tre l'instant d'apr&#232;s. Ensuite que nous projetons notre d&#233;cision sur un futur qui n'existe pas &#224; ce stade, mais qui existera, envers lequel notre responsabilit&#233; est engag&#233;e, mais que nous ne pouvons conna&#238;tre d'un vrai savoir, car nous faisons seulement des hypoth&#232;ses. Enfin, que ces d&#233;cisions que nous prenons, au fond sans tout &#224; fait savoir malgr&#233; le soin que nous y mettons, sont tout sauf anecdotiques ou fugitives, parce que leur cumul conditionne fortement notre avenir collectif : &#224; soi seul cela justifierait que nous y mettions le plus grand soin. Y compris si nous ne sommes pas croyants, en perspective &#233;thique : l'esprit humain est capable de sortir de lui-m&#234;me et de voir ce que signifient ses actes dans une perspective large, notamment en assumant ses responsabilit&#233;s &#224; l'&#233;gard de l'avenir et de la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, cela plaide puissamment en faveur de l'investissement &#233;thique, notamment mais pas uniquement en perspective &#233;cologique. De fa&#231;on analogue et li&#233;e, cela conduit &#224; donner une importance centrale &#224; la perspective temporelle, y compris celle des entreprises dans lesquelles on investit : la vie de l'entreprise s'appr&#233;cie sur la dur&#233;e, souvent longue. Cela vaut pour l'investisseur, mais cela devrait aussi inspirer le droit et les statuts de l'entreprise. Par exemple en supprimant les droits de vote en cas de d&#233;tention sur courte dur&#233;e, ou de gestion passive. Ou encore en modifiant de fa&#231;on radicale la r&#233;mun&#233;ration des dirigeants, notamment en excluant les r&#233;f&#233;rences au court terme, et celles fluctuantes ou manipulables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le constate, un certain d&#233;centrement du regard, puisant dans des sagesses au d&#233;part non &#233;conomiques, ne manque pas d'int&#233;r&#234;t pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans la&lt;/i&gt; Revue d'Economie financi&#232;re &lt;i&gt;N&#176; 162, 2e trimestre 2026&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.aefr.eu/fr/numero/162/ethique-et-finance&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.aefr.eu/fr/numero/162/e...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mensuram bonam et l'investissement dans une perspective de foi</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Mensuram-bonam-et-l-investissement-dans-une-perspective-de-foi.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Mensuram-bonam-et-l-investissement-dans-une-perspective-de-foi.html</guid>
		<dc:date>2022-12-29T15:57:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement &#233;thique</dc:subject>
		<dc:subject>Investissement &#233;thique chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Investissement responsable et Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Voil&#224; un document important du Vatican, le premier sur le sujet, salu&#233; comme tel par les grands m&#233;dia, Wall Street Journal et Figaro en t&#234;te. On conna&#238;t le long travail de d&#233;veloppement que le Magist&#232;re universel accomplit dans l'&#233;dification de la Doctrine sociale de l'Eglise ou DSE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est un domaine o&#249; la DSE restait peu diserte, malgr&#233; plusieurs pages bien senties, c'est la finance. Or c'est par un paradoxe apparent sous le pape Fran&#231;ois qu'un effort particulier a &#233;t&#233; fait en ce domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici Mensuram Bonam, qui traite de l'investissement financier dans la perspective de la foi catholique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon commentaire pour La Nef. Et une tribune parue dans Les Echos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Questions-financieres-.html" rel="directory"&gt;Religion , finance, argent&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-ethique-+.html" rel="tag"&gt;Investissement &#233;thique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-ethique-chretien-+.html" rel="tag"&gt;Investissement &#233;thique chr&#233;tien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-responsable-et-Eglise-+.html" rel="tag"&gt;Investissement responsable et Eglise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-l-argent-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et l'argent&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voil&#224; un document important du Vatican, le premier sur le sujet, salu&#233; comme tel par les grands m&#233;dia, Wall Street Journal et Figaro en t&#234;te. On conna&#238;t le long travail de d&#233;veloppement que le Magist&#232;re universel accomplit dans l'&#233;dification de la Doctrine sociale de l'Eglise ou DSE. Le pape Fran&#231;ois y a contribu&#233; notamment avec &lt;i&gt;Laudato Si&lt;/i&gt; dont on conna&#238;t le retentissement &#8211; m&#234;me si &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; appelle une appr&#233;ciation plus nuanc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est un domaine o&#249; la DSE restait peu diserte, malgr&#233; plusieurs pages bien senties, c'est la finance. Or c'est par un paradoxe apparent avec le pape Fran&#231;ois que, sous l'&#233;gide du cardinal Turkson (1), un effort particulier a &#233;t&#233; fait en ce domaine, notamment avec &lt;i&gt;Oeconomicae et pecuniariae quaestiones&lt;/i&gt; (2018) ou OPQ, traitant de la finance en g&#233;n&#233;ral en collaboration avec la Congr&#233;gation pour la Doctrine de la Foi. Et voici &lt;i&gt;Mensuram Bonam&lt;/i&gt;, qui traite de l'investissement financier dans la perspective de la foi catholique. Visant plus particuli&#232;rement les institutions d'Eglise qui ont des fonds &#224; g&#233;rer, afin de les aider dans la recherche de la strat&#233;gie la plus coh&#233;rente avec leur foi, il s'adresse aussi &#224; tous les catholiques - et plus incidemment &#224; toute personne. Mais on notera que ce nouveau texte, qui &#233;tait pr&#233;vu pour para&#238;tre sous l'&#233;gide du dicast&#232;re, sort finalement comme document de l'Acad&#233;mie Pontificale des sciences sociales, dont le cardinal est devenu chancelier. Ce n'est donc plus un texte magist&#233;riel mais le lancement d'une r&#233;flexion et action collectives. Mais si plusieurs conf&#233;rences &#233;piscopales avaient abord&#233; la question, c'est le premier document venant du Vatican &#224; en traiter. Sans doute perfectible, c'est donc une &#233;tape importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait le d&#233;veloppement consid&#233;rable que prend l'investissement &#233;thique ou socialement responsable dans la gestion de fonds. Au-del&#224; m&#234;me de ce domaine d&#233;j&#224; majeur, que l'Eglise se devait d'aborder, le texte la conduit &#224; prendre position de mani&#232;re plus pr&#233;cise sur deux sujets. L'un est la vie &#233;conomique, et particuli&#232;rement celle des entreprises, puisque la plupart de ces investissements sont faits dans des entreprises, dont on appr&#233;cie l'action sous l'angle de la pr&#233;occupation morale ou &#233;thique, qui sont d&#232;s lors clairement reconnus dans son principe. L'autre est l'usage m&#234;me de l'argent, puisque l&#224; encore il s'agit de faire un bon usage de notre argent, ce qui confirme que ce bon usage existe. C'est l&#224; un point majeur, qu'il convenait de pr&#233;ciser. On parle encore bien trop peu d'argent dans le milieu catholique, du moins dans la p&#233;riode moderne, ce qui contraste d'ailleurs avec la franchise des &#233;poques anciennes. Et trop souvent c'est pas des anath&#232;mes peu constructifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aper&#231;u du texte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte comprend plusieurs parties, avec un pr&#233;ambule th&#233;ologique et un rappel de la Doctrine sociale de l'Eglise, et ensuite un d&#233;veloppement sur les m&#233;thodes utilisables pour orienter l'investissement dans la perspective catholique, compl&#233;t&#233; par un r&#233;pertoire fourni de crit&#232;res d'exclusion ou de r&#233;flexion possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, le texte fait r&#233;f&#233;rence aux principes pos&#233;s dans la Doctrine sociale de l'Eglise (DSE), selon le &lt;i&gt;Compendium&lt;/i&gt; de la DSE : la personne et sa dignit&#233; (droits de l'homme compris), le bien commun, la subsidiarit&#233; et la participation, la destination universelle des biens de la terre, en y ajoutant la durabilit&#233; et le souci de la cr&#233;ation, &#224; la suite de Beno&#238;t XVI et du pape Fran&#231;ois. Le texte d&#233;crit ensuite la vari&#233;t&#233; des voies qui peuvent &#234;tre suivies : gestion directe des actifs, gestion collective (SICAV), investissement d'impact ou plus cibl&#233;s etc. Il insiste en d&#233;tails sur la n&#233;cessit&#233; d'un engagement actif dans le dialogue avec les entreprises comme avec les professionnels de la finance ; ainsi que sur la coop&#233;ration entre catholiques sur ces diff&#233;rents sujets. Quant au choix des m&#233;thodes de s&#233;lection, il admet plusieurs voies : l'investissement &#224; impact (&lt;i&gt;impact investing&lt;/i&gt;), ou le choix des meilleurs dans leur cat&#233;gorie (&lt;i&gt;best in class&lt;/i&gt;), &#233;valu&#233;s selon une s&#233;rie de crit&#232;res et notamment les rapports de l'entreprise consid&#233;r&#233;e avec ses parties prenantes. Le terme dominant dans la litt&#233;rature profane sur le sujet, ESG (environnement, social, gouvernance), est &#233;voqu&#233; plut&#244;t positivement, mais sans &#234;tre mis au rang de r&#233;f&#233;rence, la perspective de l'Eglise &#233;tant plus large et parfois diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des d&#233;veloppements appr&#233;ciables sont allou&#233;s &#224; l'approche par exclusion, favorite dans le monde anglosaxon - tout en admettant la complexit&#233; de la question dans le cas des entreprises &#224; activit&#233;s multiples. Si dans certains cas l'exclusion demand&#233;e est totale comme pour l'avortement, dans d'autres la r&#233;daction est moins nette et laisse un place appr&#233;ciable &#224; l'interpr&#233;tation. Mais l'annexe qui les pr&#233;cise est quelque peu condens&#233;e et parfois exp&#233;ditive. On peut comprendre par exemple que l'alcool (y compris le vin de la messe), l'armement et le nucl&#233;aire sont &#224; &#233;viter &#8211; ce qui est pour le moins contestable sous cette forme abrupte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques r&#233;flexions imm&#233;diates&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut souligner plusieurs dimensions de ce texte qui manifestent un choix qui n'allait pas de soi dans le contexte de la Doctrine sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est l'intitul&#233; m&#234;me : il parle de mesures bas&#233;es sur la foi (&#171; &lt;i&gt;faith-based measures&lt;/i&gt; &#187;), ce qui n'est pas en g&#233;n&#233;ral le cas des textes relevant de la DSE, qui se r&#233;f&#232;rent bien entendu &#224; la foi, mais &#233;galement &#224; la loi naturelle ou de la raison, plus parlants pour les non-catholiques. M&#234;me s'il souligne qu'il peut et doit aussi aider les non croyants. C'est une diff&#233;rence d'approche avec OPQ, qui se r&#233;f&#232;re plus explicitement &#224; la loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second est la diversit&#233; m&#234;me des approches consid&#233;r&#233;es possibles : il s'agit dans une mesure importante plus d'aider les choix qu'effectuent sous leur responsabilit&#233; les institutions g&#233;rant des fonds, que de les canaliser vers une m&#233;thode ou un choix particuliers. Ce qui peut surprendre l&#224; aussi, au vu des enjeux ; mais peut s'expliquer par la diversit&#233; l&#233;gitime des points de vue, qui rel&#232;ve de la responsabilit&#233; prudentielle des investisseurs. Mais cela a un inconv&#233;nient : il ne sera d&#232;s lors pas imm&#233;diat pour les personnes concern&#233;es d'en tirer des conclusions pratiques. Un autre risque est que certains prendront l'annexe sur l'exclusion comme r&#233;f&#233;rence principale, alors que ce n'est qu'une liste de points de r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, l'appel est tr&#232;s ferme sur le besoin m&#234;me d'une telle r&#233;flexion. La raison en est rappel&#233;e d&#232;s la pr&#233;face : le devoir que la Bible souligne d'un responsabilit&#233; morale dans le gestion de nos biens, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#233;tant subordonn&#233;e &#224; la destination universelle des biens et donc du bien commun. L'activit&#233; d'investissement entre alors dans le cadre des &#339;uvres qui ont un lien indissoluble avec la foi. Sachant que comme il est rappel&#233;, le souci moral, et notamment l'imp&#233;ratif du bien commun, ne s'opposent pas aux exigences d'une bonne gestion, et notamment de veiller &#224; une rentabilit&#233; raisonnable des actifs investis. En ce sens le texte reconna&#238;t la l&#233;gitimit&#233; en soi d'un investissement financier, s'il est r&#233;alis&#233; dans l'esprit et avec les orientations voulues. Ce qui est int&#233;ressant sous le r&#232;gne du pape Fran&#231;ois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, avec ses limites ind&#233;niables, ce document est &#224; la fois un texte prudent, et une &#233;tape importante par le sujet m&#234;me qui est abord&#233;, la reconnaissance de la possibilit&#233; d'une &#233;conomie et finance &#233;thique en contexte de march&#233;, et le rappel de l'imp&#233;ratif moral que cela comporte notamment pour le catholique. Saluons-le donc, mettons-le en &#339;uvre, et enrichissons la r&#233;flexion : nous ne sommes qu'au d&#233;but du processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Pr&#233;fet du Dicast&#232;re pour le service du d&#233;veloppement humain int&#233;gral jusqu'&#224; fin 2021, devenu ensuite chancelier de l'Acad&#233;mie Pontificale des sciences sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; la Nef &lt;i&gt;janvier 2023&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte fran&#231;ais&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pass.va/content/dam/casinapioiv/pass/pdf-volumi/other-publications/mb_fra_nov_2022.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pass.va/content/dam/cas...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte anglais&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pass.va/en/events/2022/mensuram_bonam.html)&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pass.va/en/events/2022/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tribune des Echos&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-le-vatican-livre-sa-vision-de-linvestissement-ethique-1894690&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.lesechos.fr/idees-debat...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'&#201;vangile parle-t-il d'&#233;conomie et de finance ?</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement &#233;thique chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Condamnation de l'usure</dc:subject>
		<dc:subject>Evangile et argent</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Publi&#233; dans Al&#233;teia&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finance, qui a un r&#244;le essentiel dans l'&#233;conomie, requiert une r&#233;gulation collective et une orientation morale de ceux qui en sont responsables. Sur la base des &#201;vangiles et de la doctrine sociale de l'&#201;glise, les chr&#233;tiens devraient jouer un r&#244;le central dans cette r&#233;flexion et cette pratique.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-politique-et-economie-.html" rel="directory"&gt;Religion et &#233;conomie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-ethique-chretien-+.html" rel="tag"&gt;Investissement &#233;thique chr&#233;tien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-l-argent-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et l'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Christianisme-et-economie-+.html" rel="tag"&gt;Christianisme et &#233;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Condamnation-de-l-usure-+.html" rel="tag"&gt;Condamnation de l'usure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Evangile-et-argent-+.html" rel="tag"&gt;Evangile et argent&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La finance, qui a un r&#244;le essentiel dans l'&#233;conomie, requiert une r&#233;gulation collective et une orientation morale de ceux qui en sont responsables. Sur la base des &#201;vangiles et de la doctrine sociale de l'&#201;glise, les chr&#233;tiens devraient jouer un r&#244;le central dans cette r&#233;flexion et cette pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.aleteia.org/2021/11/28/levangile-parle-t-elle-deconomie-et-de-finance/?fbclid=IwAR16G1QjPcN46Q0sIpavPpva1po97COeKYIv99CiTMb5AJMKhhaOB2srFes&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.aleteia.org/2021/11/28/l...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que l'on pense souvent, l'&#201;vangile parle d'&#233;conomie et de de finances, et utilise abondamment la r&#233;alit&#233; &#233;conomique et financi&#232;re. En fait, J&#233;sus est le seul &#171; fondateur de religion &#187; qui utilise abondamment le langage &#233;conomique pour expliquer et figurer des r&#233;alit&#233;s spirituelles. C'est tr&#232;s parlant dans toute soci&#233;t&#233;, o&#249; l'on exerce des activit&#233;s &#233;conomiques, car cela se r&#233;f&#232;re &#224; des r&#233;alit&#233;s de tous les jours (&#233;changes de biens et des services, pr&#233;vision budg&#233;taire, calculs de prix, probl&#232;mes de dettes, rapport &#224; l'argent, etc.). Ceci se retrouve par exemple dans la parabole des talents, qui parle de faire fructifier l'argent, et o&#249; le ma&#238;tre reproche &#224; celui qui avait re&#231;u un seul talent de ne pas l'avoir fait fructifier, pour le donner &#224; celui qui avait re&#231;u dix talents et qui les avait fait fructifier. Bien entendu, cela ne veut pas dire que le message &#233;vang&#233;lique soit purement &#233;conomique et financier, tout au contraire. Mais le Christ, seul de toutes les religions, utilise fr&#233;quemment le langage de l'&#233;conomie et de la finance pour transmettre des v&#233;rit&#233;s ; m&#234;me si celles-ci sont essentiellement d'ordre spirituel, cela nous dit quelque chose sur ces r&#233;alit&#233;s. Ce qui n'est pas &#233;tonnant dans une religion de l'Incarnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;vangile s'appuie sur des raisonnements &#233;conomiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on doit analyser les finances ou l'&#233;conomie en suivant la Parole de Dieu, il faut distinguer deux niveaux. Le premier est celui de la vie naturelle et le second celui de la vie spirituelle. Les paraboles utilisent le premier niveau et lui donnent par l&#224; une certaine validit&#233;, souvent de simple bon sens. Ainsi, quand elles expliquent qu'il faut calculer pour b&#226;tir une tour, ou mettent en sc&#232;ne celui qui ach&#232;te, pas cher, un champ, car il a l'information privil&#233;gi&#233;e qu'il contient un tr&#233;sor. Mais elles d&#233;passent vite ce niveau pour introduire un autre facteur, infini, celui de la vie &#233;ternelle. Ce qui change la conclusion du m&#234;me raisonnement &#233;conomique : le vrai tr&#233;sor est alors ce facteur infini, par-l&#224; infiniment pr&#233;f&#233;rable &#224; tout tr&#233;sor mat&#233;riel. Si donc nous introduisons ce facteur spirituel dans notre vie &#233;conomique, nous changeons notre attitude. Plus pr&#233;cis&#233;ment, les tr&#233;sors naturels sont p&#233;rissables et temporaires, tandis que les tr&#233;sors spirituels sont imp&#233;rissables et infinis (la vie &#233;ternelle qui se construit chaque jour en nous). Sur la base d'un raisonnement &#233;conomique, on nous recommande donc d'investir dans le tr&#233;sor spirituel, qui nous offre un horizon infiniment plus grand. De fa&#231;on analogue, il nous est dit : si vous donnez &#224; un riche, le riche vous le rendra, c'est-&#224;-dire que l'op&#233;ration est blanche ; mais lorsque que vous pr&#234;tez &#224; un pauvre, il ne pourra pas vous le rendre, et c'est Dieu qui vous le rendra et Il vous rendra au centuple. Et donc, en un sens, vous faites une bonne op&#233;ration en pr&#234;tant &#224; un pauvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une conception &#233;labor&#233;e de l'&#233;conomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette base, s'est &#233;labor&#233;e une conception pouss&#233;e de l'&#233;conomie, toujours ins&#233;r&#233;e dans un souci moral et spirituel. Quand on consid&#232;re les affaires d'argent et d'&#233;conomie, il faut le faire &#224; deux niveaux : le niveau naturel (y compris le calcul financier), mais en l'ins&#233;rant sous le niveau spirituel, dont l'horizon est infiniment plus large. Ce double niveau est sous-jacent &#224; la perception de la vie &#233;conomique en g&#233;n&#233;ral et de la vie financi&#232;re en particulier, dans toute l'histoire de l'&#201;glise. Il y a eu en effet dans toute ses grandes p&#233;riodes de d&#233;veloppement doctrinal une attention particuli&#232;re aux r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques et financi&#232;res, comprenant &#224; la fois un effort de compr&#233;hension fine de ces r&#233;alit&#233;s, et une critique s&#233;v&#232;re de ce qui en elles s'oppose &#224; la perspective spirituelle, et notamment &#224; la charit&#233; ou &#224; la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a &#233;t&#233; particuli&#232;rement &#233;labor&#233; par l'&#201;glise m&#233;di&#233;vale. Les th&#233;ologiens et les moralistes de l'&#233;poque ont r&#233;fl&#233;chi &#224; la moralit&#233; de la vie &#233;conomique alors en pleine renaissance, et ont &#233;labor&#233; une perception tr&#232;s avanc&#233;e de l'&#233;conomie. C'est sur cette base qu'a pu na&#238;tre l'&#233;conomie politique &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle. Ces principes trouvent leurs racines dans les &#201;vangiles ; ils ne sont pas d&#233;velopp&#233;s de cette mani&#232;re dans d'autres religions, et notamment de fa&#231;on comparable &#224; ce qu'ont fait les m&#233;di&#233;vaux (on mettra &#224; part l'islam, qui a une approche diff&#233;rente, juridique, de la question). Ces m&#233;di&#233;vaux voyaient sous leurs yeux le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie et de la finance, naissantes &#224; leur &#233;poque. Il ne faut pas oublier que le vocabulaire de d&#233;part de la banque et de finance est fait de mots italiens, du fait que ces activit&#233;s ont trouv&#233; leur origine chez des Italiens, catholiques. Cette perspective comporte une analyse purement technique de l'&#233;conomie et de la finance, mais au service d'une orientation morale. D'un c&#244;t&#233;, ils avaient reconnu que le jugement moral suppose une analyse en profondeur de la r&#233;alit&#233; &#224; laquelle il s'applique. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, ils visaient &#224; ne pas d&#233;velopper l'&#233;conomie et la finance uniquement sous un angle technique, mais en la comprenant comme conduite par la morale. Ce sera un point d'opposition permanent entre la doctrine socio-&#233;conomique de l'&#201;glise et la doctrine &#233;conomique courante. Pour l'&#201;glise, l'homme est fondamentalement un &#234;tre moral et spirituel, et donc ce qu'on fait dans le domaine &#233;conomique doit prendre en compte toutes les dimensions de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La condamnation de l'usure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a conduit nos m&#233;di&#233;vaux &#224; une remarquable analyse des r&#233;alit&#233;s de base de la vie &#233;conomique, par exemple le march&#233; et la formation des prix. Le seul point technique o&#249; leur analyse s'&#233;carte des modernes, c'est la condamnation du taux d'int&#233;r&#234;t. Ce que dans le langage m&#233;di&#233;val on appelle usure, c'est le taux d'int&#233;r&#234;t, per&#231;u &#224; l'occasion d'un pr&#234;t. Investir en achetant des parts dans une soci&#233;t&#233; n'a jamais pos&#233; de probl&#232;me moral en soi. En revanche, l'id&#233;e que l'argent produit quelque chose de lui-m&#234;me, l'int&#233;r&#234;t, a pos&#233; un probl&#232;me. L'id&#233;e de l'&#233;poque &#233;tait que l'argent en tant que tel ne peut rien produire et qu'il &#233;tait consomm&#233; dans l'op&#233;ration, comme lorsqu'on pr&#234;te un pain ; on en d&#233;duisait que, quand on pr&#234;te, on ne devrait pas recevoir de r&#233;mun&#233;ration. Et donc l'int&#233;r&#234;t &#233;tait en principe interdit. Cette conception &#233;tait fortement relativis&#233;e dans la pratique. Notamment, on admettait une r&#233;mun&#233;ration lorsque le pr&#234;teur perdait de ce fait un gain identifi&#233; (ce qu'on appelait lucrum cessans), ou encourait un dommage (damnum emergens), ou prenait un risque (periculum sortis), etc. Mais on n'a pas eu de changement th&#233;orique du principe, sauf &#224; partir d'une p&#233;riode relativement r&#233;cente, au XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon sens, ce raisonnement comporte une erreur technique et une v&#233;rit&#233; morale. On a fait une erreur, parce que celui qui pr&#234;te de l'argent, qu'il aurait pu utiliser ailleurs, perd de ce fait une opportunit&#233;, presque syst&#233;matiquement (et non pas dans le seul cas du n&#233;gociant qui renonce &#224; une op&#233;ration pr&#233;cise), et il est normal de compenser cette perte : il aurait pu par exemple investir dans des actions et percevoir des dividendes (ce qui a toujours &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; licite) ou acheter un bien immobilier et percevoir un loyer (de m&#234;me licite), etc. En outre, il rend ind&#233;niablement un service &#224; celui qui prend cet argent, lequel n'est pas consomm&#233; dans l'op&#233;ration mais utilis&#233; comme repr&#233;sentation d'un actif. Ce n'est que lorsque l'on pr&#234;te &#224; un pauvre dans le besoin que le taux d'int&#233;r&#234;t est contestable, pour d'autres raisons li&#233;es &#224; la destination universelle des biens (c'&#233;tait le cas vis&#233; par l'interdiction de l'int&#233;r&#234;t dans la loi de Mo&#239;se).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#202;tre responsable de son argent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, l'investissement en actions n'a jamais &#233;t&#233; condamn&#233; par l'&#201;glise, car dans ce genre d'investissement on s'associe au risque de la soci&#233;t&#233; financ&#233;e. C'est le loyer de l'argent qui posait probl&#232;me. Mais par exemple quelqu'un qui n'a pas d'argent mais qui a un projet est content de s'associer avec celui qui a l'argent, ou de lui emprunter. Dans les deux cas, c'est un service rendu. Si un jeune couple ach&#232;te un r&#233;frig&#233;rateur &#224; cr&#233;dit, l'argent aurait pu &#234;tre utilis&#233; pour autre chose mais va &#234;tre orient&#233; vers ce r&#233;frig&#233;rateur. Il est normal que l'emprunteur paye un int&#233;r&#234;t pour cela. Remettre en question le taux d'int&#233;r&#234;t aujourd'hui est donc une erreur. Mais cela ne justifie pas n'importe quel niveau de dette, ou d'int&#233;r&#234;t. Comme on le verra, le niveau d'endettement est aujourd'hui excessif, que ce soit dans le public ou dans le priv&#233;. Et le taux d'int&#233;r&#234;t peut-&#234;tre trop bas ou trop haut. Mais, &#224; nouveau, il faut bien garder &#224; l'esprit les motivations des m&#233;di&#233;vaux : on est responsable de son argent ; cet argent ne cr&#233;e pas de b&#233;n&#233;fice par lui-m&#234;me ; les b&#233;n&#233;fices de l'argent sont l&#224; parce qu'on en fait un usage collectif ; notre responsabilit&#233; varie en fonction de la position qu'on occupe dans la soci&#233;t&#233; et aussi de sa vocation. Ces principes restent valables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on a pu faire une erreur th&#233;orique, l'intuition &#233;tait bonne, c'est-&#224;-dire l'id&#233;e que l'argent par lui-m&#234;me ne produit rien. L'argent produit quand il s'associ&#233; &#224; un travail, une initiative humaine. La consid&#233;ration de l'usage de l'argent doit toujours &#234;tre ins&#233;r&#233;e dans son contexte social, et il y a toujours une responsabilit&#233; morale dans cet usage. Celui qui investit son argent ou qui le pr&#234;te le fait au sein d'une communaut&#233; ; ce sont les personnes qui la composent qui cr&#233;ent la richesse ; l'argent sans travail d'autres hommes ne produit pas de richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fonction premi&#232;re de la finance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est des finances au sens actuel, la position de l'&#201;glise (dans ce qu'on appelle la doctrine sociale de l'&#201;glise) reste relativement peu d&#233;velopp&#233;e ; il n'y a pas beaucoup de textes qui en parlent sp&#233;cifiquement, les plus &#233;labor&#233;s &#233;tant ceux de Beno&#238;t XVI et notamment l'encyclique Caritas in veritate (2009). La question de la finance devra donc faire l'objet d'&#233;tudes et d'&#233;laborations ult&#233;rieures. Cependant, on peut, sur la base de l'enseignement plus g&#233;n&#233;ral que donne l'&#201;glise, se former une appr&#233;ciation de la mani&#232;re dont la finance devrait fonctionner. Pour cela il faut revenir &#224; la fonction premi&#232;re de la finance, son utilit&#233;, qui est de collecter l'argent &#233;pargn&#233; par les uns pour financer les activit&#233;s cr&#233;atrices des autres, leurs projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re mani&#232;re pour ce faire est l'investissement direct : on apporte des fonds propres (des actions, qui sont une part de propri&#233;t&#233; dans une entreprise), on pr&#234;te de l'agent par des obligations (&#224; l'&#201;tat ou &#224; des entreprises), on ach&#232;te de l'immobilier, etc. Dans une partie importante des cas, des march&#233;s existent, permettant d'acheter des titres repr&#233;sentatifs de cet investissement (march&#233; financier, march&#233; immobilier) et &#233;ventuellement de les revendre, en cas de besoin pour l'investir ailleurs. L'int&#233;r&#234;t du march&#233; est de permettre une confrontation large des offres et des demandes, et d'assurer une liquidit&#233; (possibilit&#233; de vendre ou d'acheter). La deuxi&#232;me mani&#232;re consiste &#224; pr&#234;ter l'argent &#224; une banque, qui pr&#234;te &#224; son tour l'argent qu'elle emprunte &#224; d'autres, ces pr&#234;ts comportant un certain degr&#233; de risque. Les deux m&#233;thodes ne sont pas bonnes ou mauvaises par elles-m&#234;mes ; elles peuvent avoir des avantages et des inconv&#233;nients. La doctrine sociale de l'&#201;glise les admet toutes. &#192; partir de ces r&#233;alit&#233;s, on peut porter un jugement moral en situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Les crit&#232;res d'un bon investissement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'investisseur chr&#233;tien ne peut se borner au seul calcul financier et il doit prendre en compte le comportement de l'entreprise o&#249; il investit. Un premier probl&#232;me que peut poser la finance est le cas o&#249; elle se r&#233;duit &#224; la seule dimension du calcul financier. Ce dernier est bien s&#251;r n&#233;cessaire pour analyser la rentabilit&#233; et la long&#233;vit&#233; d'un projet. Mais le risque est qu'on ne regarde qu'une seule dimension de l'op&#233;ration &#233;conomique, alors qu'elle est par nature plus complexe et plus riche. Dans la pens&#233;e de l'&#201;glise, la personne qui investit a une responsabilit&#233; dans l'usage de son argent envers les communaut&#233;s int&#233;ress&#233;es et les personnes qui les composent : l'entreprise concern&#233;e, et la soci&#233;t&#233; dans son ensemble. Dans l'expression de ses pr&#233;f&#233;rences, elle doit inclure toutes ces dimensions humaines et morales, sans croire comme l'usurier m&#233;di&#233;val qu'elle se fait de l'argent avec son argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le march&#233; financier est une confrontation d'ordres d'achat et de vente, r&#233;sultant des analyses et des priorit&#233;s de ses acteurs. D&#232;s lors, il va donner des r&#233;sultats diff&#233;rents selon les orientations et les priorit&#233;s de ces acteurs. Un march&#233; ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233; comme purement neutre, car ici intervient la consid&#233;ration morale : d'une part dans le fonctionnement m&#234;me du march&#233; (son organisation) ; et d'autre part dans les priorit&#233;s des investisseurs, qui doivent &#234;tre socialement responsable, en prenant en compte le respect par l'entreprise de ses collaborateurs, clients et fournisseurs, de son r&#244;le dans les soci&#233;t&#233;s o&#249; elle intervient, du d&#233;veloppement durable, etc. Les investisseurs chr&#233;tiens doivent donc avoir une vue beaucoup plus large que des investisseurs qui r&#233;duisent tout &#224; un pur calcul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sp&#233;culation et juste prix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;rateur chr&#233;tien face au march&#233; doit &#339;uvrer pour qu'il fonctionne au mieux et donne un prix aussi juste que possible. Un autre aspect &#224; consid&#233;rer est le bon fonctionnement des professionnels et des op&#233;rateurs, qui ach&#232;tent et vendent sur les march&#233;s et, dit-on, &#171; sp&#233;culent &#187;. Pour certains, la sp&#233;culation est condamnable en soi. Mais le terme de sp&#233;culation peut avoir plusieurs sens : bon et mauvais. Le bon sens est celui o&#249; l'op&#233;rateur investit quand le prix est &#224; son avis objectivement bas, et d&#233;sinvestit quand le prix est objectivement trop haut : il envoie donc au march&#233; un signal pour indiquer dans quelle direction le prix devrait selon lui aller s'il doit refl&#233;ter la valeur r&#233;elle du titre. Ce qui correspond au r&#244;le du march&#233; et est collectivement utile. Le mauvais sens de la sp&#233;culation vise le cas o&#249; on joue la hausse (ou baisse) du march&#233; alors qu'il n'y a pas de raison valable pour que les prix montent (ou baissent), mais parce qu'on parie sur un mouvement collectif irrationnel comme il y en a fr&#233;quemment (bulles financi&#232;res), ou pire encore qu'on op&#232;re sur des march&#233;s mal organis&#233;s, qu'on manipule, par exemple en rar&#233;fiant un produit tr&#232;s demand&#233; (ce qu'on appelait autrefois un accapareur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, il ne faut pas idol&#226;trer le march&#233;. La pens&#233;e dominante dit que les march&#233;s sont automatiquement efficients, mais ce n'est pas vrai : le bon sens et l'&#201;glise rappellent leurs limites, leur besoin d'organisation et de r&#233;gulation, et surtout qu'ils donneront un bien meilleur r&#233;sultat si les participants cherchent l'int&#233;r&#234;t de la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dimension du don&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#234;mes consid&#233;rations valent pour l'investisseur personnel, celui qui se demande que faire de bien avec son argent. Je suis responsable de l'usage de mon argent. Soit pour l'investir, comme on l'a vu. Soit pour le donner, recommandation essentielle dans la Bible. Celui qui dispose de moyens doit prendre un pourcentage de son argent pour aider la communaut&#233;. La dimension du don est importante dans le domaine moral, mais aussi dans la vie courante, parce que dans la vie tout ne peut &#234;tre calcul&#233;. Il faut &#224; un moment donn&#233; arr&#234;ter les calculs et donner. M&#234;me dans la vie d'une entreprise, sous forme de coup de main &#224; son voisin. C'est notamment le don qui cr&#233;e le tissu social. Cela dit, le fait de donner ne signifie pas qu'on doit gaspiller l'argent ; donner, c'est aussi faire un bon usage, positif, intelligent de l'argent, mais cette fois sans attendre de l'argent en retour. Ce peut &#234;tre mal utilis&#233; si l'intention qui motive cette action n'est pas bonne. Donner de l'argent pour financer quelque chose qui ne va pas dans le bon sens n'est pas bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contr&#244;ler les exc&#232;s de la finance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point important pour l'appr&#233;ciation port&#233;e sur la finance est la question des r&#233;mun&#233;rations. En soi, lorsqu'un op&#233;rateur fait une op&#233;ration l&#233;gale, il n'est pas injuste qu'il re&#231;oive une r&#233;mun&#233;ration non n&#233;gligeable si elle est r&#233;ussie et que son entreprise ou l'investisseur gagne beaucoup d'argent. Cependant, les r&#233;mun&#233;rations de ceux qui travaillent dans le domaine financier d&#233;pendent de plusieurs &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs qui peuvent &#234;tre anormalement favorables. Le probl&#232;me le plus important se pose quand le secteur financier fait de fa&#231;on permanente des profits &#233;lev&#233;s, excessifs par rapport au service rendu. C'est le signe d'un rapport malsain entre la finance et le reste de l'&#233;conomie, qui pose des questions de concurrence et de r&#233;glementation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les op&#233;rations financi&#232;res se font avec des risques, puisqu'elles portent sur l'avenir. Mais la difficult&#233; est que les cons&#233;quences de ces risques peuvent n'&#234;tre visibles que bien apr&#232;s que les profits soient enregistr&#233;s comptablement, et que les r&#233;mun&#233;rations des op&#233;rateurs aient &#233;t&#233; distribu&#233;s. On l'a vu par exemple &#224; grande &#233;chelle lors de la crise financi&#232;re de 2007-2008. Par cons&#233;quent, certaines personnes peuvent gagner de l'argent qu'ils n'auraient jamais d&#251; gagner, en mettant ensuite la soci&#233;t&#233; en crise du fait de risques qu'ils n'auraient pas d&#251; prendre. Ce qui est immoral et dangereux. Il est donc essentiel de responsabiliser les acteurs beaucoup plus efficacement qu'on ne l'a fait, y compris par rattrapage sur leurs gains pass&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le danger de l'endettement irresponsable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'endettement joue un r&#244;le majeur dans nos soci&#233;t&#233;s. L'analyse que l'&#201;glise faisait au Moyen &#194;ge &#233;tait, on l'a vu, trop n&#233;gative &#224; l'&#233;gard du taux d'int&#233;r&#234;t ; mais l'intuition garde n&#233;anmoins sa valeur. Une dette est une cr&#233;ance et un droit juridique ; vous avez le droit de demander votre argent devant un tribunal. Quand j'ach&#232;te des actions, j'ai droit &#224; quelque chose si l'entreprise fait des profits ; s'il n'y a pas de b&#233;n&#233;fices, je n'ai droit &#224; rien ; si elle est en difficult&#233;, je perds tout. Il y a donc une forme de solidarit&#233; avec l'entreprise. Mais si la soci&#233;t&#233; en question emprunte de l'argent et que l'affaire ne marche pas, elle doit rembourser. La solidarit&#233; est alors bien plus faible. En outre, quand le pr&#234;teur a lui-m&#234;me emprunt&#233; l'argent qu'il pr&#234;te, comme c'est le cas des banques, la faillite d'un d&#233;biteur peut le g&#234;ner lui-m&#234;me dans son remboursement, et ainsi de suite. Si c'est avec une ampleur suffisante, cela cr&#233;e un effet domino dans l'&#233;conomie, ce qui est la cause imm&#233;diate des grandes crises financi&#232;res comme encore en 2007-2008. L'endettement devrait donc &#234;tre limit&#233; et contr&#244;l&#233; ; c'est la responsabilit&#233; des acteurs, mais aussi des pouvoirs publics. Mais nos soci&#233;t&#233;s font exactement le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas plus difficile de l'endettement public&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d&#233;velopp&#233;e par la th&#233;orie financi&#232;re est que l'endettement public est un endettement sans risque. Ce qui est souvent faux : il y a des crises et des d&#233;faillances d'&#201;tats souverains. Mais, plus profond&#233;ment, la dette publique n'a de sens que si elle finance quelque chose qui soit en mesure de la rembourser. Si, comme la France, vous financez &#224; cr&#233;dit des d&#233;penses courantes, vous n'avez rien cr&#233;&#233; qui permette de rembourser la dette. Vous reportez le poids sur les g&#233;n&#233;rations futures &#8212; &#224; moins que vous ne cherchiez &#224; spolier les &#233;pargnants &#224; terme. Mis &#224; part des situations exceptionnelles, a &#8212; comme les guerres &#8212; ou particuli&#232;res &#8212; comme des investissements rentables &#8211;, la dette publique n'a donc pas de sens. On ne devrait jamais financer des d&#233;penses publiques courantes avec l'endettement. C'est pourtant la situation de la plupart des pays occidentaux depuis trente ans. La solution est soit de baisser les d&#233;penses, soit d'augmenter les imp&#244;ts. Pas de continuer en poussant la boule de neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#244;le de la parole chr&#233;tienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un chr&#233;tien, la finance est assur&#233;ment une activit&#233; utile, mais elle doit &#234;tre exerc&#233;e avec un grand souci de moralit&#233;, et avec la conscience de la responsabilit&#233; de celui qui op&#232;re. Elle doit &#234;tre organis&#233;e collectivement, ce qui veut dire qu'elle ne se fait pas par elle-m&#234;me, elle n'atteint pas par elle-m&#234;me son point d'&#233;quilibre. Les professions et les pouvoirs publics sont responsables de la fa&#231;on d'organiser les modalit&#233;s de cette interaction. La finance doit &#234;tre &#224; la fois bien orient&#233;e et bien r&#233;gul&#233;e. Compte tenu de ce qui pr&#233;c&#232;de et des principes d&#233;velopp&#233;s dans la doctrine sociale de l'&#201;glise, le chr&#233;tien a un r&#244;le majeur &#224; fournir dans cet effort.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Les myst&#232;res de l'argent</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Les-mysteres-de-l-argent.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent st&#233;rile</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'argent est &#233;videmment utile et m&#234;me indispensable. Toute &#233;conomie suppose un instrument commun de mesure. il n'en reste pas moins &#224; sa fa&#231;on un myst&#232;re : pure convention sociale, il ne repose sur rien de tangible et cependant gouverne l'&#233;conomie, et fascine les humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;La Nef&lt;/i&gt; septembre 2020 n&#176;328.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'argent est &#233;videmment utile et m&#234;me indispensable. Toute &#233;conomie mais surtout une &#233;conomie d'initiative et d'&#233;changes suppose un instrument commun de mesure : l'argent. Sa caract&#233;ristique est qu'il peut &#234;tre &#233;chang&#233; contre tout ce qui peut &#234;tre propos&#233; sur un march&#233;, ce qui suppose une forme de neutralit&#233;, et qu'il se pr&#233;sente comme un pur moyen. Mais du fait m&#234;me de cette abstraction, c'est une convention sociale absolue : il faut qu'il soit reconnu par tous, mais en m&#234;me temps il n'y a par lui-m&#234;me aucun titre. La foi dans la valeur de l'argent repose en grande partie sur l'autorit&#233; de l'Etat. Mais il reste qu'en soi il n'a aucune valeur, aucun usage direct, surtout aujourd'hui o&#249; il n'a plus rien &#224; voir avec un m&#233;tal pr&#233;cieux ; et il peut se r&#233;duire &#224; rien si la confiance s'effondre. Et pourtant, premier paradoxe, il joue un r&#244;le central dans la soci&#233;t&#233;, du fait que tous croient en sa capacit&#233; d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georg Simmel en d&#233;duit que l'argent est un instrument de lib&#233;ration, car son l'absence de d&#233;termination implique une absence de contrainte. Quand vous avez de l'argent, rien en lui ne vous prescrit un mode d'emploi. Mais on objectera qu'il est par l&#224; m&#234;me aussi facteur de d&#233;shumanisation, car il &#233;limine toute sp&#233;cification autre que la valeur &#233;conomique. Il ne dit rien sur les relations entre les hommes, sauf le fait qu'il a est reconnu et &#233;chang&#233; contre tout ; mais inversement cela peut r&#233;duire ces relations &#224; la seule dimension mat&#233;rielle ; la prostitution en est un exemple &#233;vident. De m&#234;me, les diff&#233;rences qualitatives entre les objets sont ramen&#233;es par lui &#224; une seule caract&#233;ristique, le prix. Ce qui est utile dans la pratique &#233;conomique, mais n'a de sens que l&#224;, et ne devrait pas conditionner le reste de notre vie et notre relation aux &#234;tres et aux choses. La neutralit&#233; de l'argent devrait m&#234;me entra&#238;ner une indiff&#233;rence &#233;motionnelle totale. Mais comme on sait, en r&#233;alit&#233;, on aboutit tr&#232;s souvent &#224; l'inverse. Voie d'acc&#232;s &#224; tout ce qui est d&#233;sirable, l'argent peut devenir fascinant. Il devient alors une tentation supr&#234;me, &#224; la fois tentation de tout et tentation du n&#233;ant ; car ce qu'il promet est r&#233;duit par lui &#224; sa dimension la plus mat&#233;rielle et la plus limit&#233;e : un chiffre. Deuxi&#232;me s&#233;rie de paradoxes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas surprenant de voir les Evangiles dresser face &#224; face Dieu et l'Argent. C'est la puissance tentatrice de Mammon, l'argent personnifi&#233;. Mais ces m&#234;mes &#233;vangiles insistent aussi sur le besoin imp&#233;ratif de l'utiliser. D'un c&#244;t&#233;, &#171; il est plus facile &#224; un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'&#224; un riche de rentrer au royaume des cieux &#187;. D'un autre c&#244;t&#233;, &#171; Ma&#238;tre, tu m'avais confi&#233; cinq talents ; voici cinq autres que j'ai gagn&#233;s &#187;. Certes, &#171; nul ne peut servir deux ma&#238;tres, Dieu et l'Argent &#187;, mais malgr&#233; la fascination exerc&#233;e par l'argent, il faut l'utiliser, &#224; bon escient. D'o&#249; le conseil final de la parabole de l'intendant infid&#232;le : &#171; faites-vous des amis avec le &#8216;Mammon d'iniquit&#233;', afin qu'au jour o&#249; il viendra &#224; manquer, ceux-ci vous accueillent dans les tentes &#233;ternelles &#187;. Mais apr&#232;s tout cet argent est en lui-m&#234;me inerte, ce n'est pas une personne : c'est l'homme qui par ses choix pervers lui donne ce r&#244;le et ce pouvoir corrupteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question prend un relief particulier dans une soci&#233;t&#233; mat&#233;rialiste et relativiste comme la n&#244;tre, et de ce fait fond&#233;e sur de pures r&#232;gles du jeu. En effet, gr&#226;ce &#224; sa neutralit&#233; et sa commodit&#233;, l'argent fournit le moyen de traduire concr&#232;tement les relations sociales dans un tel contexte. Car s'il n'y a pas de valeur commune positive, si le seul absolu est la relativit&#233; des choses et une libert&#233; n&#233;gative, l'argent est le moyen pratique de fonctionner. C'est lui qui permet d'arbitrer entre les d&#233;sirs des uns et des autres, par le march&#233; ou par l'imp&#244;t. Il ne n&#233;cessite pas d'accord sur un discours, mais sur un chiffre, et il accomplit ce qu'il promet. Mais ce faisant il se substitue au lien social, et est alors aussi facteur d'&#233;clatement de la soci&#233;t&#233;. Certes, de nombreux champs restent encore en dehors de cette emprise en temps normal, &#224; commencer par la famille ; mais cela m&#234;me se r&#233;duit : maintenant par la PMA et la GPA, ce sont les enfants qu'on ach&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, &#224; nouveau et en m&#234;me temps, cet argent a une utilit&#233; centrale dans la vie &#233;conomique. Il joue un r&#244;le clef dans les &#233;changes, donc dans tout le fonctionnement collectif, &#224; travers ses trois fonctions d'&#233;valuation (par le jeu des prix) ; de paiement (si j'accepte de l'argent en &#233;change d'un bien, c'est que je sais que je pourrai &#224; mon tour l'utiliser) ; et de conservation de la valeur &#233;conomique dans le temps (donc d'&#233;pargne). On peut donc m&#233;priser l'argent, mais on n'a pas le droit de le laisser perdre sa valeur, au risque de nuire gravement &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on est donc claire : les choses de ce monde ont une emprise consid&#233;rable sur nous. Nous croyons en faire les instruments de notre bon plaisir, mais ce sont elles qui nous asservissent. Et tout particuli&#232;rement l'argent, apparemment pure abstraction, mais qui les r&#233;sume. Il faut donc une conversion profonde pour y &#233;chapper, et se recentrer sur les seules r&#233;alit&#233;s essentielles. Et en particulier ne voir l'argent que comme un moyen. Mais un moyen indispensable pour la plupart de nos actions pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; du march&#233; et de l'Etat, il existe justement une autre utilisation significative et tr&#232;s diff&#233;rente de l'argent : le don. L'argent n'y sert directement &#224; aucune mesure, aucun &#233;change, aucune th&#233;saurisation. Le don n'est pas comme tel li&#233; &#224; l'argent, et dans sa nature profonde il lui &#233;chappe. Mais une grande partie des dons sont faits au moyen de l'argent. Le don est donc l'exemple par excellence d'un r&#244;le non r&#233;ducteur de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors du don, tout cela ne condamne pas l'argent et son r&#244;le, mais cela suppose de le mettre dans une position de serviteur et non de ma&#238;tre. Notamment dans nos soci&#233;t&#233;s o&#249; il glisse dangereusement vers ce second r&#244;le. Mais pour cela il faut avoir des r&#233;f&#233;rences claires et explicites. La question du bon usage de l'argent pose d'abord le probl&#232;me de notre lib&#233;ration &#224; l'&#233;gard de cette fascination, et de la restauration des liens avec tout ce qui nous entoure, et avec Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour approfondir, voir mon livre &lt;i&gt;L'argent : Ma&#238;tre ou serviteur&lt;/i&gt;, Mame, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;La Nef&lt;/i&gt; septembre 2020 n&#176;328.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'argent et son myst&#232;re</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/L-argent-et-son-mystere.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et la richesse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'argent et les catholiques : on n'a pas fini de gloser. Pour les uns, ces empot&#233;s de catholiques sont incapables de comprendre l'argent. Pour d'autres, l'argent est au c&#339;ur de l'horreur &#233;conomique. D'autres enfin louvoient entre compromissions habiles et bons sentiments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela manque un point essentiel, et en m&#234;me temps r&#233;v&#232;le une r&#233;alit&#233; profonde : l'argent est un sujet majeur pour le chr&#233;tien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans La Nef (F&#233;vrier2020)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-la-richesse-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et la richesse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(Paru dans &lt;i&gt;La Nef&lt;/i&gt; F&#233;vrier 2020)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argent et les catholiques : on n'a pas fini de gloser sur ce th&#232;me. Pour les uns, ces empot&#233;s de catholiques sont consubstantiellement incapables de comprendre et d'admettre les r&#233;alit&#233;s &#233;l&#233;mentaires de notre &#233;conomie, &#224; commencer par l'argent. Pour d'autres au contraire, l'argent est au c&#339;ur de l'horreur &#233;conomique ; d&#232;s qu'on parle d'argent il faut se signer et conspuer la corruption ambiante, et le r&#232;gne du Malin qu'il incarne. D'autres enfin louvoient : oui il en faut, mais on doit pouvoir s'en tirer par des compromissions habiles et des bons sentiments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela manque un point essentiel, et en m&#234;me temps r&#233;v&#232;le une r&#233;alit&#233; profonde : l'argent est un sujet majeur pour le chr&#233;tien. Parce que les Evangiles lui consacrent une place importante, nous demandant m&#234;me de choisir entre Mammon (l'argent personnifi&#233;), et Dieu. Parce qu'aussi ils &#233;vitent le manich&#233;isme : oui l'argent est une tentation majeure, et m&#234;me au plan mat&#233;riel la personnification de la tentation (sachant qu'il y a aussi des tentations spirituelles plus radicales, comme l'orgueil : ce qui a perdu Lucifer n'est pas l'argent). En m&#234;me temps, choisir Dieu contre Mammon non seulement n'implique pas de donner &#224; ce dernier un statut m&#233;taphysique qu'il n'a pas, car ce n'est qu'un outil ; mais il nous est enjoint de l'utiliser activement pour &#234;tre sauv&#233;, activement et r&#233;solument (&#171; faites-vous des amis avec le Mammon d'iniquit&#233; &#187;). Et intelligemment en plus : les enfants de lumi&#232;re devraient m&#234;me, nous dit le Christ, s'inspirer sur ce plan de l'habilet&#233; des enfants des t&#233;n&#232;bres. Eh oui : les &#233;vangiles ne sont pas un manuel pour troupier basique, ils demandent une certaine r&#233;flexion. Ou plut&#244;t, un effort de discernement pour ceux, la plupart d'entre nous, qui n'ont pas d'embl&#233;e l'innocence des enfants de Dieu. Oui l'argent est &#224; la fois &#224; utiliser, et dangereux. Il faut donc se d&#233;tacher de l'attraction qui est la sienne, et cependant en faire usage, car il est au c&#339;ur du rapport social - sans &#233;videmment lui donner son sens, mais comme outil in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ce r&#244;le &#233;tonnant pour un simple outil ? Il y a ici comme un myst&#232;re de l'argent : simple convention sociale, sans valeur intrins&#232;que, il est pourtant capable de synth&#233;tiser toutes nos tentations de corruption personnelle ou sociale. Myst&#232;re ou leurre, que le chr&#233;tien doit affronter avec d&#233;termination, comme le lui demande son Ma&#238;tre ; dans son principe comme dans son utilisation active. Car dans toute soci&#233;t&#233;, et dans la n&#244;tre plus que dans tout autre, on n'&#233;chappe pas &#224; des interrogations fondamentales sur notre rapport &#224; l'argent. Comment d'abord le gagner sans se perdre ? Entre &#224; un bout le mercenaire qui vend son &#226;me, et &#224; l'autre l'entrepreneur qui (comme Pie XI nous le rappelait) exerce la noble vertu de magnificence en cr&#233;ant des emplois et d&#233;ployant sa richesse ? Comment ensuite le d&#233;penser intelligemment, au travers des signaux que tout acte d'achat envoie &#224; la soci&#233;t&#233; ? Comment enfin investir de fa&#231;on b&#233;n&#233;fique, en canalisant l'argent dans le bon sens ? Comment enfin le donner, l'acte &#233;vang&#233;lique par excellence ? C'est ce que j'ai voulu abord&#233; franchement et syst&#233;matiquement dans ce petit livre r&#233;cemment paru L'argent maitre ou serviteur, chez Mame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore faut-il bien s&#251;r sortir de sa zone de confort, et ne pas aborder le sujet &#224; travers des clich&#233;s simplistes. Non, la r&#233;ponse n'est pas simple et imm&#233;diate ; elle ne tient pas dans la formule na&#239;ve et erron&#233;e &#171; l'argent mauvais maitre, bon serviteur &#187;. Mais inversement, on aurait tort de croire que l'argent nous impose in&#233;vitablement sa loi, sinon le Christ ne nous aurait pas demand&#233; de l'utiliser activement et intelligemment. Et le d&#233;tachement &#224; l'&#233;gard de l'argent que toute la tradition chr&#233;tienne nous demande ne suppose pas un h&#233;ro&#239;sme proche de la folie. Les franciscains qui au Moyen Age ont invent&#233; l'&#233;conomie politique ne poss&#233;daient rien en propre : ils ont pourtant &#233;t&#233; jug&#233; par les marchands du temps les plus s&#251;rs guides dans la conduite morale de leurs affaires, commerciales et financi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, c'est justement parce que l'argent joue dans les existences contemporaines un r&#244;le encore plus massif et central qu'autrefois, que les chr&#233;tiens, et plus encore les catholiques, doivent s'emparer activement du sujet. Sans inhibition mais sans superficialit&#233;, activement et r&#233;solument. Pour leur salut comme pour notre avenir commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.laprocure.com/argent-maitre-serviteur-pierre-lauzun/9782728926572.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.laprocure.com/argent-ma...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.amazon.fr/Largent-ma&#238;tre-serviteur-Pierre-Lauzun/dp/2728926573/ref=sr_1_9?qid=1568994977&amp;refinements=p_27%3APierre+de+Lauzun&amp;s=books&amp;sr=1-9&amp;text=Pierre+de+Lauzun&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.amazon.fr/Largent-ma&#238;t...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Conf&#233;rence &#171; Quelles sont les orientations de la Doctrine Sociale de l'Eglise pour l'investissement financier ? &#187;</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Conference-Quelles-sont-les-orientations-de-la-Doctrine-Sociale-de-l-Eglise.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Conference-Quelles-sont-les-orientations-de-la-Doctrine-Sociale-de-l-Eglise.html</guid>
		<dc:date>2019-12-06T16:36:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement &#233;thique chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Investissement responsable et Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Doctrine sociale de l'Eglise DSE</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Conf&#233;rence PROCLERO du mardi 3 d&#233;cembre 2019. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#233;f&#233;rences pour la suivre en vid&#233;o &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.youtube.com/watch?v=VIL... &lt;br class='autobr' /&gt;
ou &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.investing.com/news/stock... &lt;br class='autobr' /&gt;
En pi&#232;ce jointe le texte :&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Questions-financieres-.html" rel="directory"&gt;Religion , finance, argent&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-ethique-chretien-+.html" rel="tag"&gt;Investissement &#233;thique chr&#233;tien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-responsable-et-Eglise-+.html" rel="tag"&gt;Investissement responsable et Eglise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-l-argent-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et l'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Doctrine-sociale-de-l-Eglise-DSE-+.html" rel="tag"&gt;Doctrine sociale de l'Eglise DSE&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Conf&#233;rence PROCLERO du mardi 3 d&#233;cembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;f&#233;rences pour la suivre en vid&#233;o&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=VIL-DU9A-cw&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=VIL...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.investing.com/news/stock-market-news/conference-proclero-avec-pierre-de-lauzun-meeschaert-1927697&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.investing.com/news/stock...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En pi&#232;ce jointe le texte :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.pierredelauzun.fr/IMG/zip/orientations_dse_investissement_financier.docx.zip" length="84188" type="application/zip" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'argent et sa fascination</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/L-argent-et-sa-fascination.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/L-argent-et-sa-fascination.html</guid>
		<dc:date>2019-11-12T16:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et la richesse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il y a un myst&#232;re de l'argent. Voil&#224; quelque chose qui n'a pas de valeur en soi, qui est m&#234;me une pure convention sociale, et qui non seulement domine nos soci&#233;t&#233;s, mais fascine beaucoup d'entre nous. En m&#234;me temps, on ne peut pas s'en passer. Comment le remettre &#224; sa juste place ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tribune parue sur Aleteia.&lt;br class='autobr' /&gt;
Suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de mon dernier livre : L'Argent, ma&#238;tre ou serviteur ? Chez Mame.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tribune parue sur Aleteia :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.aleteia.org/2019/11/11/pourquoi-largent-fascine-t-il-autant/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.aleteia.org/2019/11/11/p...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un myst&#232;re de l'argent. Voil&#224; quelque chose qui n'a pas de valeur en soi, qui est m&#234;me une pure convention sociale, et qui non seulement domine nos soci&#233;t&#233;s, mais fascine beaucoup d'entre nous. En m&#234;me temps, on ne peut pas s'en passer. Comment alors le remettre &#224; sa juste place ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Evangiles parlent beaucoup de l'argent. Et pas seulement en mal. Dans la parabole des talents (Mt 25, 14-30), le ma&#238;tre s'en prend vertement au serviteur qui n'a pas su faire fructifier l'argent qui lui avait &#233;t&#233; confi&#233;. L'argent ne doit pas dormir ! J&#233;sus va encore plus loin dans la parabole de l'intendant malhonn&#234;te (Lc 16, 1-8) : pour s'assurer une vie apr&#232;s son renvoi, ce dernier vole encore plus son ma&#238;tre, et pourtant celui-ci fait l'&#233;loge de ses ruses : pas de sa malhonn&#234;tet&#233;, mais de son intelligence dans ces affaires d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant c'est le m&#234;me texte qui met face &#224; face Dieu et l'Argent : &#171; nul ne peut servir deux ma&#238;tres, Dieu et l'Argent, car il aimera l'un et pas l'autre, il m&#233;prisera l'un et pas l'autre &#187; (Mt 6, 24). Plus largement, en face de l'argent p&#233;rissable et de toute la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle qu'il r&#233;sume, J&#233;sus en appelle &#224; l'infini de la vie &#233;ternelle, qui est imp&#233;rissable. C'est en vue de cette richesse-l&#224; que tous nos efforts doivent se d&#233;ployer, sans se laisser fasciner par celle de ce monde : &#171; malheur &#224; vous les riches car vous avez votre consolation &#187; (Lc 6, 24). En d&#233;finitive, il faut utiliser l'argent, mais &#224; bon escient. C'est le conseil final de la parabole de l'intendant malhonn&#234;te : &#171; faites-vous des amis avec le malhonn&#234;te argent, afin qu'au jour o&#249; il viendra &#224; manquer, ceux-ci vous accueillent dans les tentes &#233;ternelles &#187; (Lc 16, 9). L'argent n'est qu'un moyen. Notamment pour la vie &#233;ternelle, qui commence avec la charit&#233;. Mais si on se laisse prendre par lui, si on se laisse fasciner, on peut perdre l'essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui donne un tel pouvoir &#224; l'argent ? L'argent est l'instrument commun de mesure des &#233;changes. Il a &#233;t&#233; con&#231;u pour &#234;tre la repr&#233;sentation universelle, neutre, de toute valeur &#233;conomique. Mais rien ne le fonde, surtout depuis qu'il n'a plus de lien avec les m&#233;taux pr&#233;cieux ; il n'a aucune valeur intrins&#232;que. C'est une pure convention sociale, qui pourrait se r&#233;duire &#224; rien en un instant. Mais comment une pure convention peut-elle avoir un tel r&#244;le dans la soci&#233;t&#233; ? Comment quelque chose qui est suppos&#233; tirer sa valeur de sa neutralit&#233; peut-il &#234;tre aussi d&#233;sir&#233;, aussi fascinant ? Parce qu'il para&#238;t donner acc&#232;s &#224; tout ? Par ailleurs, surtout &#224; notre &#233;poque, il permet &#224; certains de se sentir libres parce que d&#233;gag&#233;s du poids des relations humaines : je paye, donc je suis quitte. Mais pour d'autres, au contraire, c'est un facteur majeur de d&#233;shumanisation, r&#233;duisant tout &#224; sa valeur &#233;conomique. Comment le m&#234;me instrument peut-il ainsi produire des effets per&#231;us de fa&#231;on si oppos&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse est dans ce choix radical : Dieu ou Mammon. En position centrale, apte &#224; &#233;valuer tout ce qui existe et &#224; y donner acc&#232;s, l'argent peut se dresser face &#224; Dieu. Mais alors que Dieu est pl&#233;nitude d'Etre et d'Amour, c'est par son ind&#233;termination, donc son n&#233;ant, que l'argent occupe une place centrale. Il peut susciter le mirage d'une libert&#233; totale, en figure inverse de l'humilit&#233; de l'homme devant son Cr&#233;ateur. Nous avons donc l&#224; d'une certaine fa&#231;on un choix essentiel entre &#202;tre et n&#233;ant. Le myst&#232;re de l'argent, c'est au fond le paradoxe de voir cet instrument sans valeur intrins&#232;que exercer sur les hommes un pouvoir de fascination qui le met en vis-&#224;-vis de Dieu. D'o&#249; l'avertissement &#233;vang&#233;lique : ne le choisissez pas comme votre ma&#238;tre, mais utilisez-le pour pr&#233;parer la vie en Dieu, la vie &#233;ternelle. Prendre conscience de ce r&#244;le subordonn&#233; et &#233;ph&#233;m&#232;re de l'argent, c'est pr&#233;parer notre lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est particuli&#232;rement aigue aujourd'hui. Dans nos soci&#233;t&#233;s relativistes, sans valeur commune, sans absolu, c'est l'argent qui permet souvent seul d'arbitrer entre les d&#233;sirs des uns et des autres. D'o&#249; son r&#244;le d&#233;sormais central. Car si dans une soci&#233;t&#233; on pense que le seul absolu est la relativit&#233; des choses, le d&#233;bat public ne porte plus sur la valeur r&#233;elle des &#234;tres, mais on a quand m&#234;me besoin d'un instrument commun d'&#233;valuation. C'est l'argent qui le fournit. Pas besoin d'aller au fond des choses, pas besoin de relation humaine, souvent m&#234;me pas de se parler : un chiffre suffit, le prix. A sa fa&#231;on, il se substitue au lien social. Gr&#226;ce &#224; lui, on peut dans les faits proc&#233;der au d&#233;passement des valeurs sociales et morales, au profit de la pr&#233;tendue libert&#233; individuelle devenue un absolu. Mais si comme dit le message &#233;vang&#233;lique le lien entre les hommes est un reflet de l'Amour divin, choisir l'argent ainsi compris, c'est d&#233;truire ce lien, et par l&#224; l'image de Dieu, et la personne elle-m&#234;me. C'est opter pour le n&#233;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, selon la le&#231;on &#233;vang&#233;lique, l'argent n'est pas condamnable en soi, mais il faut le mettre &#224; sa place. Ce qui suppose d'abord de se lib&#233;rer de cette fascination et de restaurer nos justes liens avec ce qui nous entoure. Cet argent, il faut donc l'utiliser, le mobiliser car il est inutile sinon ; il est fait pour circuler. En un sens encore, il n'existe qu'en s'effa&#231;ant aussit&#244;t, parce qu'on le fait servir. Notamment en donnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces questions, et d'autres, sont &#233;voqu&#233;es dans mon dernier livre : L'Argent, ma&#238;tre ou serviteur ? Chez Mame.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Eglise et le monde de la finance : Entretien avec la revue Carmel</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/L-Eglise-et-le-monde-de-la-finance-Entretien-avec-la-revue-Carmel.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/L-Eglise-et-le-monde-de-la-finance-Entretien-avec-la-revue-Carmel.html</guid>
		<dc:date>2019-10-02T15:44:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement responsable et Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Evangile et argent</dc:subject>
		<dc:subject>Usure</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et la richesse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le chr&#233;tien, l'argent et la finance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interview parue dans la Revue Carmel N&#176; 172 septembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-responsable-et-Eglise-+.html" rel="tag"&gt;Investissement responsable et Eglise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-l-argent-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et l'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Christianisme-et-economie-+.html" rel="tag"&gt;Christianisme et &#233;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Evangile-et-argent-+.html" rel="tag"&gt;Evangile et argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Usure-et-taux-d-interet-+.html" rel="tag"&gt;Usure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-la-richesse-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et la richesse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revue Carmel N&#176; 172 septembre 2019. pp. 73 sqq.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.editionsducarmel.fr/librairie-chretienne,gerer-l-argent-n-172,carmel,revues,1240.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.editionsducarmel.fr/libr...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi sur ce sujet Pierre de Lauzun &lt;i&gt;L'argent ma&#238;tre ou serviteur&lt;/i&gt; , qui vient de para&#238;tre chez Mame : &lt;a href=&#034;http://www.pierredelauzun.com/L-Argent-Maitre-ou-Serviteur.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.pierredelauzun.com/L-Arg...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Texte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En th&#233;ologie, le terme &#171; &#233;conomie &#187; est utilis&#233; pour parler du dessein de salut, des &#339;uvres de Dieu ad extra. Au sens commun, il d&#233;signe, g&#233;n&#233;ralement, la gestion de l'argent. Comment articuler ces deux sens ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous pouvez commencer par l'&#233;tymologie d'&#233;conomie qui signifie : &#171; loi de la maison &#187;. L'&#233;conomie, c'&#233;tait ce qui r&#233;glait la mani&#232;re dont fonctionnait la famille. Dans la notion de famille, vous retrouvez &#224; la fois la notion mat&#233;rielle qui a donn&#233; le sens moderne d'&#233;conomie et la notion de &#171; comment je r&#233;gule une communaut&#233; pour la faire parvenir &#224; sa perfection &#187;. Cependant la diff&#233;rence radicale, c'est que dans la famille, le traitement des biens mat&#233;riels est fond&#233; sur la gratuit&#233;. &#192; partir du moment o&#249; l'on entre dans ce qu'on appelle aujourd'hui &#233;conomie, on sort de la gratuit&#233; et on entre dans un domaine d'&#233;changes et de calculs. Et la question devient : &#171; comment cette &#233;conomie, au sens moderne, peut-elle s'inscrire dans un plan providentiel ? &#187; Ce qui pose d'autres questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, &#171; comment se fait-il que c'est dans le monde culturellement chr&#233;tien que s'est faite la d&#233;couverte de ce que nous appelons l'&#233;conomie ? &#187; Je pense que les qualit&#233;s et la vision du monde que le christianisme, &#233;ventuellement s&#233;cularis&#233;, apporte, donne une r&#233;ponse. C'est-&#224;-dire l'id&#233;e qu'il y a une histoire, l'id&#233;e que demain peut &#234;tre meilleur qu'hier, l'id&#233;e que le travail, y compris manuel, est en soi une bonne chose, l'id&#233;e que la rationalit&#233; n'est pas incompatible avec la foi. Toutes ces id&#233;es-l&#224; ont dot&#233; les pays occidentaux de ce qui a permis le d&#233;collage de l'&#233;conomie. &#201;tant entendu qu'il s'est fait en &#233;tant accompagn&#233; par la s&#233;cularisation, c'est-&#224;-dire, la perte progressive du lien avec cette matrice originelle. Donc d'un point de vue providentiel, il se passe quelque chose de tout &#224; fait &#233;trange, c'est-&#224;-dire, un don de Dieu, prodigieux, mais qui s'est accompagn&#233; d'un recul progressif du lien et de la gratitude envers Dieu. Ce que j'illustre par le fameux cantique de Mo&#239;se dans le Deut&#233;ronome o&#249; Dieu se plaint de son peuple. Nous avons re&#231;u des dons tout &#224; fait prodigieux, que nous d&#233;veloppons comme les isra&#233;lites qui travaillaient leur terre &#224; l'&#233;poque, mais avec plus de lien et de gratitude envers Dieu que nous&#8230; m&#234;me lorsqu'ils se tournaient vers les autres dieux. Nous jouons un jeu dangereux. Nous croyons pouvoir nous attribuer nos succ&#232;s &#233;conomiques et nous croyons pouvoir les r&#233;guler tout seuls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or il est manifeste que l'&#233;conomie a besoin d'une base &#233;thique pour fonctionner. Si celle-ci se corrode, c'est dangereux d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, mais c'est dangereux pour l'&#233;conomie elle-m&#234;me. Une &#233;conomie o&#249; la confiance mutuelle se r&#233;duit fonctionne moins bien, par d&#233;finition. Une &#233;conomie qui a des crises est une &#233;conomie qui, &#224; un moment donn&#233;, dissout le lien social et finit par se d&#233;truire l'&#233;conomie. Nous vivons dangereusement comme les Isra&#233;lites, dans la Bible, vivaient dangereusement en allant sur les montagnes adorer on ne sait qui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelles seraient les pistes pour que le monde &#233;conomique s&#233;cularis&#233; retrouve la source chr&#233;tienne qui l'a rendu possible ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse est la r&#233;ponse biblique, c'est-&#224;-dire : &#171; revenez &#224; moi &#187;. C'est la r&#233;ponse la plus naturelle. Elle doit s'accompagner aussi d'une &#233;vang&#233;lisation par intervention dans le domaine &#233;conomique et financier. Ce n'est pas &#224; un hasard si la p&#233;riode que nous vivons est celle du d&#233;veloppement de la Doctrine sociale de l'&#201;glise, depuis 1891. Elle n'est pas radicalement nouvelle dans l'histoire de l'Eglise mais elle est nouvelle dans cette expression particuli&#232;re, en s'appelant ainsi et en se pr&#233;sentant comme une doctrine sp&#233;cifique dont le statut est interm&#233;diaire. Jean-Paul II l'a pr&#233;sent&#233;e comme une branche de la th&#233;ologie morale, ce qui veut dire qu'elle est porteuse d'un message &#233;vang&#233;lique. Simultan&#233;ment elle traite de sujets largement mondains en faisant implicitement ou explicitement r&#233;f&#233;rence &#224; la loi naturelle. D'ailleurs le message est pr&#233;sent&#233; comme ne s'adressant pas sp&#233;cifiquement aux catholiques, mais &#224; tous les hommes de bonne volont&#233;. La Doctrine sociale, donc, clairement est &#224; cheval sur les deux registres. &#192; la fois, elle dit des choses qui peuvent conduire les gens qui les entendent au Christ, et des choses qu'ils peuvent comprendre sans avoir la foi. Avec un &#233;l&#233;ment de base qui est l'importance de l'&#233;thique et de la morale. Ce qu'elle dit, c'est qu'on ne peut pas penser l'&#233;conomie sans la morale. Ce qui est le contraire de ce que disent les manuels d'&#233;conomie qui disent plut&#244;t : &#171; vous avez vos pr&#233;f&#233;rences, je m'en fiche. Mon travail comme &#233;conomiste, c'est de voir ce que signifie le jeu de ces pr&#233;f&#233;rences dans l'activit&#233; &#233;conomique de production et d'&#233;changes. Je consid&#232;re ces pr&#233;f&#233;rences comme des donn&#233;es. &#187; Or dans l'activit&#233; humaine, il n'y a pas cette s&#233;paration. Les pr&#233;f&#233;rences comportent un jugement de valeur, de bien ou de mal. Dans le comportement du producteur, dans la vie collective d'une entreprise, il y a une dimension &#233;thique. Quand la r&#233;flexion &#233;conomique a commenc&#233; &#224; na&#238;tre, c'est-&#224;-dire au Moyen-&#226;ge, les scolastiques l'ins&#233;raient dans la morale. Dans la Somme de th&#233;ologie de saint Thomas, il en est question dans l'&#233;tude des vertus morales, et cela a continu&#233; ainsi jusqu'au XVIIIe si&#232;cle. Adam Smith, consid&#233;r&#233; comme le fondateur de l'&#233;conomie politique moderne, est interm&#233;diaire. Il a encore un souci moral, mais il donne des instruments intellectuels qui conduisent &#224; son d&#233;passement. Dans son fameux apologue, le boulanger fait du bon pain non pour faire du bien mais pour faire de l'argent. Il peut &#234;tre amoral mais en m&#234;me temps rendre service. Mais dans l'id&#233;e de Smith, il y a encore l'id&#233;e d'une Providence qui tire un bien d'un mal. Apr&#232;s lui, on en est venu &#224; se dire : &#171; m&#233;thodologiquement, je me fiche des consid&#233;rations morales ou &#233;thiques du boulanger, je regarde pourquoi il fabrique et comment il vend. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Puisque Dieu tire un bien d'un mal, comme le dit Saint Augustin, n'en est-on pas venu, en &#233;vacuant Dieu du champ de l'&#233;conomie, &#224; l&#233;gitimer le mal par le bien qui pourrait en sortir ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est l&#224; o&#249; Smith a franchi un pas en consid&#233;rant comme normal qu'il y ait un mal si ce mal est canalis&#233;. Dans sa pens&#233;e, il y avait la Providence. Mais dans la mani&#232;re dont il l'a pens&#233;e, elle s'est transform&#233;e en un simple m&#233;canisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans le discours du monde de la finance, la notion de Providence ne demeure-t-elle pas pr&#233;sente, comme si le march&#233; se r&#233;gulait lui-m&#234;me d'une mani&#232;re magique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, cette id&#233;e du &#8216;march&#233; efficient' a pr&#233;domin&#233; en finance et dans la science &#233;conomique, avant la crise de 2008. Elle a moins de force maintenant. Mais lorsque vous travaillez sur un march&#233;, vous savez que cela ne tient pas debout, puisque les prix fluctuent en permanence. Le prix sur le march&#233; ne peut pas &#234;tre la somme aussi pr&#233;cise qu'on le dit de l'ensemble des informations disponibles. C'est manifestement faux. Donc celui qui y croit fait un acte de foi, mais dans un m&#233;canisme, et non dans un &#234;tre m&#233;taphysiquement diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet &#233;trange acte de foi n'explique-t-il pas l'alternative que J&#233;sus propose entre le service de Dieu et de l'argent ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par certain c&#244;t&#233;, il y a un ph&#233;nom&#232;ne de miroir d&#233;form&#233; entre Dieu et l'argent. Contrairement &#224; toute autre marchandise ou bien mat&#233;riel, l'argent est neutre, il est omnivalent (on peut l'&#233;changer contre tout), il a une esp&#232;ce d'universalit&#233; qui lui permet de jouer un r&#244;le de r&#233;gulation g&#233;n&#233;rale unique. Et il le fait en &#233;tant extr&#234;mement abstrait, parce que n'importe quel autre bien, m&#234;me l'or, peut avoir une utilisation ; il peut avoir un attrait, on peut aimer sa couleur, son apparence, etc. L'argent monnaie n'est lui rien. Il est une abstraction absolue. Il est compatible avec absolument tout. Du coup, il est en un sens comparable avec Dieu, mais en &#233;tant un n&#233;ant, se pr&#233;tendant jouer un r&#244;le analogue &#224; Dieu - puisque par lui-m&#234;me il n'est rien, c'est une convention sociale totale qui joue de fait, dans l'esprit des gens, un r&#244;le d&#233;miurgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Devant cette puissance fascinante de l'argent, ne peut-on pas penser que les exhortations de la Doctrine sociale de l'&#201;glise rel&#232;vent de l'utopie ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Doctrine sociale remet les choses &#224; leur place. J&#233;sus ne d&#233;nonce pas l'argent comme &#224; &#233;liminer puisqu'il dit : &#171; Faites-vous des amis avec le mammon d'iniquit&#233;. &#187; Il dit donc &#171; utilisez-le &#187;. Il dit m&#234;me : Vous &#234;tes beaucoup moins malins que les m&#233;chants dans l'utilisation de l'argent, donc prenez-en de la graine, soyez intelligents comme eux mais dans le bon sens. Sans &#234;tre, &#233;videmment, les serviteurs de ce moyen mais en faisant de ce moyen un serviteur. D'o&#249; la fameuse phrase : vous ne pouvez pas servir deux ma&#238;tres. J&#233;sus pense &#224; l'argent dans son r&#244;le propre, mais aussi dans son r&#244;le indirect, car comme il est l'acc&#232;s &#224; tout, il r&#233;unit l'ensemble des tentations, en tous cas une grande partie des tentations possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajoute que dans une &#233;poque relativiste, l'argent joue un r&#244;le beaucoup plus important. Quand vous avez des personnes qui interagissent et qui n'ont pas de valeurs communes, de r&#233;f&#233;rences communes ou qui n'arrivent pas &#224; en trouver, et qui ne cherchent pas &#224; y arriver parce qu'ils ne pensent pas qu'il y a la possibilit&#233; d'arriver &#224; un accord sur le bien, le moyen commode de se mettre d'accord, c'est la transaction. Si vous faites un accord au moyen de l'argent, vous n'&#234;tes pas oblig&#233;s d'avoir d'accord sur le fond. Il suffit que vous ayez quelque chose &#224; faire ensemble en y mettant un prix. Et donc l'argent devient un r&#233;gulateur beaucoup plus universel. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel conseil donner &#224; un chr&#233;tien pour g&#233;rer l'argent ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est fondamental, c'est de r&#233;fl&#233;chir &#224; son r&#244;le et de voir comment l'utiliser. Le meilleur exercice qui est recommand&#233; par les &#201;vangiles, c'est le don. Un d&#233;veloppement r&#233;cent de la Doctrine sociale, dans Caritas in veritate de Beno&#238;t XVI, insiste sur le r&#244;le du don non pas simplement dans une sph&#232;re propre et sp&#233;cifique qu'on appelle dans le vocabulaire courant la charit&#233;, mais aussi dans le tiers secteur (social, associatif, etc.) et m&#234;me dans l'&#233;conomie marchande. Ce qui, quand on y r&#233;fl&#233;chit, est &#233;vident. Une entreprise, par exemple, fonctionne parce que des gens travaillent ensemble. Ils ne sont pas l&#224; en permanence &#224; calculer. Ils s'aident. Si on calcule en permanence, on devient fou. Quand quelqu'un invite un client potentiel au restaurant, il lui donne quelque chose. C'est &#224; un niveau m&#233;diocre et calculateur, mais il y a quand m&#234;me un don. L'autre prend un repas, mais il ne s'engage &#224; rien. Le don existe donc &#224; un niveau tr&#232;s &#233;l&#233;mentaire mais il peut exister &#224; un niveau plus noble. On peut faire des dons gratuits, non seulement dans le domaine fondamental o&#249; le don r&#233;git toute la vie collective qui est la famille, mais aussi autour de soi, et mat&#233;riellement en donnant de l'argent. Je rappelle le chiffre biblique de la d&#238;me. Un sp&#233;cialiste du droit canonique m'a dit que ce n'&#233;tait nulle part &#233;crit dans le code de droit canonique, ce qui est parfaitement vrai. Mais je ne le prends pas comme une prescription canonique, mais comme l'id&#233;e f&#233;conde de reprendre ce chiffre et de se dire : &#171; il faut quand m&#234;me que je fasse &#231;a. Au minimum. Si je peux faire plus, c'est tant mieux. &#187; Aujourd'hui la question de la fiscalit&#233; complique la r&#233;flexion, mais au moins, que ce qu'on donne soit &#224; 10% de son revenu net au minimum. C'est, je pense, une r&#233;f&#233;rence utile. Un groupe de dirigeants &#233;conomiques qui s'appelle : &#171; Changer par le don &#187; recommande d'ailleurs hautement ces 10%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, il faut aller au-del&#224; et r&#233;fl&#233;chir sur l'argent dont on dispose et sur ce qu'on doit en faire. Il y a des chapitres tr&#232;s int&#233;ressants de saint Thomas d'Aquin, l&#224;-dessus, notamment sur l'aum&#244;ne. Pour regarder ce qu'on doit donner, il faut regarder, en sens inverse, ce que l'on doit d&#233;penser et pour quoi. Saint Thomas dit ici, en quelque sorte : &#171; cela d&#233;pend de votre &#233;tat de vie, de votre condition sociale, mais une fois que vous avez fait ce que vous avez &#224; faire (famille, r&#244;le social, etc.) et que vous avez donn&#233; la d&#238;me en question, demandez-vous ce que vous allez faire de l'argent qui vous est confi&#233; par Dieu. &#187; &#201;videmment, la question a plus d'urgence chez quelqu'un qui a plus d'argent : il est plus exig&#233; de lui. Dans le cas de la fameuse veuve qui mettait une obole, cela n'&#233;tait pas exig&#233;. D'ailleurs le Christ l'admirait pour ce geste. En revanche, pour le riche d'&#224; c&#244;t&#233;, il lui est demand&#233; plus strictement : &#171; Qu'as-tu fait de ton argent ? &#187; D'o&#249; l'&#233;pisode du riche avec Lazare, le pauvre qui &#233;tait son voisin. Mais au-del&#224; d'aider le pauvre qui est &#224; c&#244;t&#233;, le riche peut se demander &#224; quoi il est appel&#233;. C'est une forme de vocation, au sens le plus noble du terme : &#224; quoi Dieu l'appelle. L'un va &#234;tre appel&#233; &#224; donner sa fortune. Par exemple, le jeune homme riche. &#192; un autre, cela ne serait pas demand&#233; parce qu'il s'appelle Joseph d'Arimathie et qu'on a besoin de sa condition sociale pour qu'il puisse r&#233;cup&#233;rer le corps du Christ aupr&#232;s de Pilate. S'il lui avait &#233;t&#233; tout demand&#233;, il n'aurait pas pu faire cela. Donc il &#233;tait appel&#233; &#224; autre chose qu'&#224; abandonner sa position. Un troisi&#232;me sera appel&#233; &#224; la vertu de magnificence. Pour saint Thomas et &#224; sa suite Pie XI, rel&#232;ve de la vertu de magnificence, non seulement celui qui est tr&#232;s g&#233;n&#233;reux, mais aussi celui qui investit courageusement dans de grandes entreprises industrielles ou commerciales en cr&#233;ant beaucoup d'emplois et en produisant des choses utiles pour la communaut&#233;. Quelqu'un peut &#234;tre appel&#233; &#224; cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc plusieurs utilisations possibles de la fortune ou de l'argent, sur lesquelles on doit r&#233;fl&#233;chir. C'est une question pour chacun, y compris dans sa pri&#232;re : &#171; &#224; quoi suis-je appel&#233;, moi ? &#187;. Il y a des gens qui le savent tr&#232;s vite dans leur vie et des gens qui ne le savent que tard, pas n&#233;cessairement de fa&#231;on coupable, mais parce que le cours de leur vie a &#233;t&#233; inattendu. Elle a pris son sens d'une mani&#232;re qu'ils n'avaient pas n&#233;cessairement vue au d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Y a-t-il des mod&#232;les de saintet&#233; &#233;conomique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le du travailleur c'est saint Joseph. Mais si on cherche quelqu'un qui a &#233;t&#233; proactif dans ce domaine sp&#233;cifique de l'&#233;conomie, on d&#233;couvre que le premier la&#239;c canonis&#233; qui n'est ni un martyr, ni un prince, est un marchand et financier, &#224; Cr&#233;mone, au moment o&#249; l'Italie inventait l'&#233;conomie moderne et la finance. Ce personnage qui s'appelait Uomobono (homme bon, tout un programme !) &#233;tait un marchand qui r&#233;ussissait bien, qui savait gagner de l'argent. Mais en m&#234;me temps, c'&#233;tait un homme tr&#232;s g&#233;n&#233;reux (ce qui &#233;nervait sa femme !), et il donnait beaucoup. Il avait une image d'honn&#234;tet&#233; et de correction dans son milieu professionnel. Il est mort pauvre parce qu'il avait donn&#233; le gros de ses biens, et le peuple de Cr&#233;mone a demand&#233; au pape, le grand pape Innocent III, de le canoniser tout de suite. Ce qui &#224; l'&#233;poque n'&#233;tait pas fr&#233;quent. Et Innocent III, le m&#234;me pape qui a su accueillir saint Fran&#231;ois d'Assise et donc la pauvret&#233;, a canonis&#233; le premier marchand, le premier la&#239;c non-prince, non-martyr. Je n'ai pas trouv&#233; d'&#233;quivalent qui soit aussi clairement engag&#233; dans la vie &#233;conomique et dont on voit bien que la saintet&#233; a un lien avec cette vie &#233;conomique. D'autres pouvaient &#234;tre actifs dans la vie &#233;conomique, mais leur vertu n'&#233;tait pas l&#224; sp&#233;cifiquement. Il serait int&#233;ressant de voir s'il y a quelqu'un d'autre. On m'a cit&#233; le nom d'un Argentin dont la cause est examin&#233;e &#224; Rome. C'est une probl&#233;matique importante. Si l'on admet que cet &#233;tat de vie, engag&#233; dans l'&#233;conomie, est licite et collectivement utile, il doit &#234;tre possible de s'y sanctifier. Il doit y avoir non seulement des gens qui le font de fait, mais aussi des gens qui soient propos&#233;s comme mod&#232;le et qui passent le stade de la canonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment expliquez-vous le passage de la condamnation de l'usure par l'&#201;glise, &#224; son acceptation ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot latin m&#233;di&#233;val d'usure d&#233;signait le taux d'int&#233;r&#234;t, quel que soit le niveau. Aujourd'hui l'usure, c'est le taux d'int&#233;r&#234;t tr&#232;s excessif. Tout le monde est d'accord, et a toujours &#233;t&#233; d'accord, pour dire que le taux d'int&#233;r&#234;t excessif au sens de l'usure moderne est condamnable. La question, c'est le taux d'int&#233;r&#234;t tout court, m&#234;me quand il est faible ; or il a &#233;t&#233; effectivement condamn&#233;, et de fa&#231;on beaucoup plus &#233;nergique &#224; partir du XIIe si&#232;cle. On consid&#233;rait qu'on ne pouvait pas percevoir un int&#233;r&#234;t d'un pr&#234;t. En revanche on acceptait parfaitement qu'on re&#231;oive ce que nous appelons aujourd'hui des dividendes, mettre de l'argent dans une op&#233;ration en fonds propres, donc en prenant un risque avec un entrepreneur pour parler en langage moderne ; c'&#233;tait totalement licite et cela n'a jamais pos&#233; de probl&#232;me. C'est tout &#224; fait clair d&#232;s les origines et notamment chez saint Thomas. Quand on condamnait l'usure, c'est-&#224;-dire l'int&#233;r&#234;t sur un pr&#234;t, c'est parce qu'on pensait que cela impliquait l'id&#233;e fausse que l'argent &#233;tait f&#233;cond par lui-m&#234;me. En outre, on consid&#233;rait que l'argent &#233;tait consomm&#233; dans l'acte de pr&#234;t. D&#232;s lors, il n'y avait pas de raison de le r&#233;tribuer, l'&#233;quit&#233; voulant qu'on rende ce que l'on avait pr&#234;t&#233; mais pas plus. Il y avait des fondements bibliques &#224; cette position, mais faibles ; ainsi dans la loi mosa&#239;que, qui d'ailleurs ne l'interdisait qu'entre juifs mais pas avec les gentils, et visait le cas de pr&#234;ts &#224; des mis&#233;reux : ce n'&#233;tait pas un acte intrins&#232;quement immoral en dehors de ce contexte. Ajoutons que la loi mosa&#239;que n'est pas retenue comme normative pour nous, du moins telle quelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, c'est plut&#244;t par des raisonnements qu'on condamnait l'int&#233;r&#234;t sur pr&#234;t, et ce sont des raisonnements contestables sur le plan &#233;conomique. Tr&#232;s vite d'ailleurs on s'est aper&#231;u qu'il y avait un probl&#232;me. Et donc on a mis des accommodations en faisant intervenir d'autres consid&#233;rations. La plus importante, pour notre propos, c'est ce qu'on appelle le lucrum cessans, c'est-&#224;-dire le gain qui s'arr&#234;te. On consid&#233;rait qu'un marchand qui soustrait de son capital, n&#233;cessaire &#224; son activit&#233; professionnelle, une certaine somme pour la pr&#234;ter, du coup perd une part du gain que son activit&#233; lui permet d'obtenir. Notons que dans cet exemple ce n'est pas l'argent tout seul qui produit, puisque c'est de l'argent associ&#233; &#224; du travail, et du travail entrepreneurial. Mais ind&#233;niablement s'il avait moins de capital, le marchand ou artisan produisait moins. Il ne pouvait avoir le m&#234;me volume d'activit&#233; que si son capital restait intact. Donc il subissait une perte, et il y avait une justice &#224; le compenser. Mais du coup, sans vouloir le reconna&#238;tre, on acceptait qu'il y ait une certaine f&#233;condit&#233; de l'argent, non pas tout seul, ce qu'on reprochait au pr&#234;t avec int&#233;r&#234;t, mais associ&#233; &#224; du travail humain. D&#232;s lors, on a accept&#233; cette compensation et donc de fait un certain int&#233;r&#234;t dans le cas de quelqu'un qui a une activit&#233; commerciale, bien que certains consid&#233;raient qu'il fallait pour cela que l'on ait prouv&#233; que cet argent fonctionnait d&#233;j&#224; avant. Il y avait aussi le damnum emergens c'est-&#224;-dire un tort qui apparaissait du fait que l'on avait souffert du manque de cet argent, d'o&#249; une compensation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on voit, des compensations &#233;taient pr&#233;vues pour le pr&#234;teur commercial, mais cela ne d&#233;bouchait pas sur la prise de conscience du fait que l'argent pouvait &#234;tre repr&#233;sentatif d'un facteur de production qui, associ&#233; au travail, et notamment au travail de l'entrepreneur, avait r&#233;ellement une contribution positive. L'entrepreneur qui a moins d'argent &#224; sa disposition produira moins, avec le m&#234;me talent et la m&#234;me vertu, que s'il a de l'argent, y compris de l'argent pr&#234;t&#233; et pas simplement de l'argent mis en capital. Et donc, il y avait une insuffisance du raisonnement &#233;conomique. Mais je pense qu'il y avait aussi une intuition profond&#233;ment juste dans l'id&#233;e que ce n'est pas l'argent par lui-m&#234;me, tout seul, qui produit, mais que c'est le travail humain, y compris celui de l'entrepreneur, qui est cr&#233;atif, &#233;tant entendu que l'argent y contribue n&#233;anmoins, d'une mani&#232;re qui peut justifier une r&#233;mun&#233;ration, si &#233;videmment elle reste raisonnable. Le dernier texte du magist&#232;re qui a maintenu la doctrine classique avec tous les correctifs qu'on a vus, est une encyclique de 1748, de Beno&#238;t XIV. Dans la pratique, cela ne g&#234;nait pas beaucoup le commerce. Cela avait m&#234;me le gros avantage de r&#233;duire de mani&#232;re non n&#233;gligeable l'usure au sens moderne, c'est-&#224;-dire l'exploitation du besoin des pauvres&#8230; drame que d'autres civilisations ont connu d'une mani&#232;re beaucoup plus grave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;glise a commenc&#233; ensuite &#224; affiner sa doctrine avec des textes du XIXe si&#232;cle, des r&#233;ponses du Saint Office, qui sont moins visibles mais ont autorit&#233;, puis avec les deux codes de droit canonique, qui recommandent aux congr&#233;gations de faire fructifier leurs biens, et acceptent un certain int&#233;r&#234;t l&#233;gal, au moins implicitement. Cela dit, l'&#201;glise n'a pas fait de retour pour expliquer comment elle met en coh&#233;rence la pratique et l'enseignement actuels avec les raisonnements du pass&#233; pour discerner, dans ces derniers, entre ce qui &#233;tait vrai parce que situ&#233; fondamentalement dans le domaine &#233;thique et ce qui &#233;tait conjoncturel, c'est-&#224;-dire reposait sur une analyse &#233;conomique, qui d&#233;pendait de la science &#233;conomique du moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le lecteur de la revue Carmel peut donc placer son argent en bourse sans &#234;tre faute ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne l'a jamais &#233;t&#233;, car s'il est en bourse et qu'il ach&#232;te des actions, des parts, cela a toujours &#233;t&#233; licite. En revanche il peut &#234;tre illicite d'agioter, c'est-&#224;-dire de sp&#233;culer d'une mani&#232;re parasitaire. Et la r&#233;flexion m&#233;di&#233;vale sur le juste prix, &#224; mon avis insuffisamment reprise aujourd'hui, garde sa valeur. Dans cette conception, le juste prix est d&#233;sirable en soi, car si le prix est juste je ne vole pas l'autre et il ne me vole pas. Mais quel est ce juste prix ? Quand on regarde les textes, c'est un prix qui se d&#233;duit de l'interaction sociale, donc un prix de march&#233;. Mais cela ne veut pas dire que n'importe quel prix de march&#233; est un juste prix. Il y a des march&#233;s qui fonctionnent mal, des march&#233;s opaques, des march&#233;s manipul&#233;s. Dans les conditions o&#249; il fonctionne de mani&#232;re claire, transparente et ouverte, il d&#233;gage un juste prix. Ce qui veut dire qu'il y a une r&#233;flexion morale &#224; avoir sur le bon fonctionnement du march&#233;. &#192; la lumi&#232;re des r&#233;flexions m&#233;di&#233;vales, c'est un march&#233; o&#249; d'une part des r&#232;gles permettent cette transparence, cette confrontation, cette absence de domination par l'un ou par l'autre, et o&#249; d'autre part, id&#233;alement, les acteurs y participent non pas pour faire le maximum d'argent possible par leurs op&#233;rations, mais pour d&#233;gager socialement le meilleur prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je prends un exemple concret. Quand vous &#234;tes un op&#233;rateur sur un march&#233; financier et que vous pensez qu'il y a une bulle, c'est-&#224;-dire que les prix montent trop haut par rapport au prix qui vous para&#238;t correct, si vous allez vite, vous pouvez avoir de fait int&#233;r&#234;t &#224; acheter la valeur en question et &#224; revendre ensuite &#224; un prix plus &#233;lev&#233;. Mais quand vous faites cela, vous envoyez un signal d'achat, et donc vous contribuez &#224; faire encore monter le prix, et donc d'une certaine fa&#231;on votre pr&#233;vision est auto-r&#233;alis&#233;e. Mais du point de vue de l'analyse du juste prix m&#233;di&#233;val, ce que vous faites n'est pas bien. Vous pouvez gagner de l'argent si vous &#234;tes malin et que vous sortez assez vite avant que la bulle n'&#233;clate et que les prix ne baissent, mais vous avez vol&#233; les autres et vous avez envoy&#233; un mauvais signal au march&#233;. En revanche si vous consid&#233;rez que le prix est trop bas et que vous achetez, l&#224; vous contribuez &#224; faire &#233;voluer le prix vers un prix plus juste en envoyant un signal d'achat qui aide &#224; faire monter le prix vers un niveau &#224; votre avis plus juste, ce qui veut dire que ceux qui vendront &#224; ce prix obtiendront une contrepartie &#224; leur bien qui est plus &#233;quitable par rapport &#224; sa valeur r&#233;elle. C'est une consid&#233;ration qui ne domine pas actuellement sur les march&#233;s, mais qui doit exister chez un op&#233;rateur qui se veut chr&#233;tien. Il peut faire ses petites op&#233;rations, mais il doit se dire aussi qu'il contribue &#224; un processus collectif d'&#233;valuation qui a un sens et qu'il y a sa part de responsabilit&#233;. On peut et doit d'ailleurs &#233;tendre cette notion du juste prix au-del&#224; du march&#233; financier, par exemple avec le commerce &#233;quitable : il s'agit de donner sa juste r&#233;mun&#233;ration &#224; un producteur, par exemple de caf&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sans entrer dans une utopie, un perfectionnement de la conduite financi&#232;re est-il envisageable pour l'avenir ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Envisageable, oui, et en principe tout &#224; fait n&#233;cessaire. Le christianisme n'enseigne pas une utopie mais demande d'agir dans le sens du bien, c'est-&#224;-dire, de construire le Royaume, non pas au sens o&#249; il se r&#233;alisera sur terre, mais en cela qu'il se cr&#233;e myst&#233;rieusement et progressivement et qu'&#224; sa fa&#231;on il est d&#233;j&#224; l&#224; du fait m&#234;me du Bien qui irrigue notre monde. Lorsque je fais du bien l&#224; o&#249; je suis, par exemple si je suis industriel et que je fais des produits meilleurs, moins chers, tout en traitant bien mes collaborateurs, je fais &#224; mon niveau advenir le Royaume ; mais je ne suis pas dans une utopie parce que je sais que mon industrie restera imparfaite, et le monde &#233;conomique de m&#234;me. Je contribue alors &#224; cr&#233;er quelque chose qui rel&#232;ve d'une r&#233;alit&#233; d'un tout ordre que l'&#233;conomie, mais qui ne sera r&#233;ellement explicite et exclusif qu'&#224; la fin des temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce qu'enseigne la Doctrine sociale est-il suffisamment attractif pour qu'&#224; l'inverse d'Adam Smith les gens puissent avoir int&#233;r&#234;t &#224; la mettre en pratique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; maintenant nous avons eu deux handicaps. Le premier, c'est que la Doctrine sociale est comme on dit le secret le mieux gard&#233; de l'&#201;glise. Elle est peu r&#233;pandue ! Jamais un cur&#233; n'en parle en chaire. Il y a l&#224; une d&#233;faillance, mais qui peut &#233;voluer, comme on le voit par exemple avec les Entrepreneurs et dirigeants chr&#233;tiens (EDC). Il y a cinq ou six ans, ils ne s'en pr&#233;occupaient pas. Maintenant, elle est au centre du mouvement. Le deuxi&#232;me d&#233;faut, c'est qu'elle est un acte du magist&#232;re, c'est-&#224;-dire de pr&#233;lats qui ne sont pas &#233;conomistes ou financiers, et qui restent n&#233;cessairement &#224; un niveau de r&#233;flexion relativement abstrait. Donc, elle a besoin d'un compl&#233;ment de pratique et de doctrine, qui soit le fait de la&#239;cs. Elle en a besoin th&#233;oriquement en amont, mais aussi en aval. Car s'il n'y a pas cette &#233;laboration, forc&#233;ment, elle restera dans son langage un peu &#233;tranger &#224; ce monde-l&#224; et pas imm&#233;diatement compr&#233;hensible ni ais&#233;ment utilisable. Il faut un travail interm&#233;diaire pour traduire les principes et les id&#233;es d'une fa&#231;on qui soit en rapport avec ce que les gens vivent dans leur m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quel mod&#232;le, qui existe aujourd'hui, proposeriez-vous comme application f&#233;conde de la doctrine sociale ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des formes d'entreprises qui cherchent &#224; int&#233;grer ces valeurs, dans le tiers secteur, comme les Focolari, les coop&#233;ratives Mondragon, et d'autres gens qui visent &#224; s'inspirer de ce genre de choses. Cela peut &#234;tre vrai de patrons. Prenez les patrons chr&#233;tiens qu'on appelait paternalistes au XIXe si&#232;cle : ils ont apport&#233; beaucoup de bien, l&#224; o&#249; les populations ouvri&#232;res &#233;taient horriblement maltrait&#233;es &#224; l'&#233;poque. En Ard&#232;che, il y une cit&#233; ouvri&#232;re cr&#233;&#233;e par Lafarge au XIXe si&#232;cle, avec une &#233;cole, une &#233;glise au centre du village, et les ouvriers pouvaient y vivre de fa&#231;on d&#233;cente. C'est une action de patrons qui consid&#233;raient qu'ils avaient &#224; prendre en charge plus que la fabrication du ciment. Ils fabriquaient du ciment mais ils se souciaient aussi des gens qui fabriquaient le ciment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre ordre d'id&#233;es, vous avez aujourd'hui, les fonds de partage et les fonds qui visent &#224; &#234;tre g&#233;r&#233;s de fa&#231;on &#233;thique. C'est une question majeure car l'argent investi oriente l'&#233;conomie dans un sens ou un autre. D&#233;j&#224;, le simple souci de l'environnement est b&#233;n&#233;fique dans son principe. Mais si vous regardez la Doctrine sociale, vous allez plus loin parce que, en plus de la dimension environnementale, il y a aussi les dimensions sociales, soci&#233;tales, et en outre la qualit&#233; des produits, le juste prix, le souci des fournisseurs, des clients, des communaut&#233;s, etc. La question s'adresse &#224; la fois aux entreprises, et aux investisseurs qui doivent regarder dans quoi ils investissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un travail important est actuellement fait dans le nouveau dicast&#232;re pour le service du le d&#233;veloppement humain int&#233;gral, qui est l'ancien Conseil justice et paix &#233;largi, notamment sur la question financi&#232;re. Il y a eu un texte l'ann&#233;e derni&#232;re &#338;conomicae et pecuniari&#230; qu&#230;stiones, premier texte sur la finance qui d&#233;passe deux pages ; il y en a un, en gestation, sur l'investissement &#233;thique dans la perspective catholique ; et un autre sur l'&#233;thique de l'investisseur. Il y a donc tout un travail qui est fait. Autrement dit, l'&#201;glise qui, sur la finance, avait dit peu de choses sp&#233;cifiques, depuis tr&#232;s peu de temps produit des textes int&#233;ressants et &#233;labor&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Voyez-vous un lien entre la communion des saints et le march&#233; financier ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons un ph&#233;nom&#232;ne extraordinaire : les &#201;vangiles parlent abondamment de la vie &#233;conomique et financi&#232;re, en utilisant un raisonnement financier ou &#233;conomique pour parler de choses qui d&#233;passent ce niveau, mais afin de les exposer. Aucune autre religion ne le fait, aucun texte religieux, ni l'Ancien Testament, ni les autres textes du Nouveau Testament. Seuls les &#201;vangiles partent de raisonnements &#233;conomiques. C'est extraordinaire. La parabole du tr&#233;sor cach&#233;, c'est un arbitrage financier, puisque le prix du champ n'y incorpore pas l'information sur sa valeur r&#233;elle, information que le march&#233; n'a pas puisque le prix ne serait pas du tout le m&#234;me. Un arbitrage consiste en effet &#224; acheter quelque chose de pas cher parce qu'on pense que cela vaut beaucoup plus cher. Ce qui est int&#233;ressant, c'est que m&#234;me si la parabole est dite par le Christ pour parler de la vie &#233;ternelle, il utilise un tel raisonnement financier pour se faire comprendre, parce que c'est une &#233;vidence pour les gens qui &#233;coutent. En un sens, il valide le raisonnement puisqu'il l'utilise comme base, mais il le d&#233;passe en le g&#233;n&#233;ralisant. Au fond, il nous dit en effet : &#171; vous avez int&#233;r&#234;t &#224; investir, oui, mais investissez en regardant bien la valeur des choses. Or il y a une valeur infinie qui est la vie &#233;ternelle ; donc forc&#233;ment, c'est elle qui l'emporte sur toutes les r&#233;alit&#233;s terrestres. &#187; L'utilisation du vocabulaire de l'investissement est constante, mais pas pour en rester l&#224; : c'est pour nous dire que quand on a tout bien calcul&#233;, on int&#232;gre la valeur infinie de la vie &#233;ternelle, et alors on laisse tomber le calcul, et on donne sans calculer. Non pas en rejetant le calcul, mais parce que dans le calcul, un facteur infini est entr&#233; en ligne de compte. C'est un excellent calcul, mais ce ne doit plus &#234;tre un calcul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On gagnerait donc en vie spirituelle &#224; mieux comprendre la vie &#233;conomique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, ce mod&#232;le a servi au Christ pour expliquer des choses qui d&#233;passait infiniment ce niveau. Il n'a pas beaucoup utilis&#233; l'imagerie agricole et tr&#232;s peu l'imagerie politique. En revanche l'&#233;conomique oui. C'est un des facteurs qui a fait que l'&#233;conomie s'est d&#233;velopp&#233;e dans le monde chr&#233;tien. Il y avait cette tension entre des pr&#233;dicateurs tonnant contre l'argent ou l'usure&#8230; et ceux qui savaient que cela fait partie de la vie normale de l'homme et que les &#201;vangiles en parlent constamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;N'aurait-on pas int&#233;r&#234;t &#224; davantage orienter l'intercession de l'&#201;glise dans ces domaines-l&#224; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais il faut bien savoir quoi demander dans nos pri&#232;res ; et pour &#234;tre pr&#233;cis, il faut entrer davantage dans la doctrine. Mieux conna&#238;tre la doctrine permet de davantage participer &#224; son d&#233;veloppement par la pri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce serait une contribution que la pri&#232;re du Carmel pourrait apporter ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, et peut-&#234;tre notamment des carm&#233;lites ! J'ai eu une exp&#233;rience amusante dans les monast&#232;res. La r&#233;action des femmes est souvent plus pointue. Les moines ne se sentent pas autant concern&#233;s qu'elles. Il y a une sensibilit&#233; f&#233;minine particuli&#232;re &#224; ces sujets. Dans les comit&#233;s et commissions de la F&#233;d&#233;ration bancaire fran&#231;aise, les plus f&#233;minis&#233;es sont les commissions comptables. C'est int&#233;ressant. Les femmes ont, de fa&#231;on assez r&#233;pandue, le sens de ces r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques et notamment comptables, pour voir o&#249; est la vraie r&#233;alit&#233;. C'est le sens f&#233;minin du r&#233;el. Dans beaucoup de m&#233;nages, c'est la femme qui tient les comptes. Ce n'est pas vrai partout, on ne peut pas g&#233;n&#233;raliser, mais il y a une propension, un talent plus particuli&#232;rement r&#233;pandu. Par ailleurs, le champ de la pri&#232;re est beaucoup plus vaste que celui de l'application pratique et directe. Un industriel pense d'abord aux implications pour son entreprise. Celui qui prie a le souci de tout. En pensant aux questions &#233;conomiques et sociales dans leur pri&#232;re, les religieux, m&#234;me contemplatifs, contribuent beaucoup &#224; am&#233;liorer la soci&#233;t&#233;, m&#234;me d'un point de vue temporel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;conomie est donc bien inscrite dans le dessein de Dieu !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Le fait de base, dans l'&#233;conomie, c'est de faire le contraire de l'id&#233;e dominante actuelle, c'est-&#224;-dire non pas de l'isoler comme un champ autonome, en consid&#233;rant le reste comme donn&#233; sans s'en pr&#233;occuper, et notamment les priorit&#233;s morales ; mais au contraire en consid&#233;rant qu'elle est intrins&#232;quement incompl&#232;te, c'est-&#224;-dire qu'elle n'a de sens qu'ins&#233;r&#233;e dans un ensemble beaucoup plus vaste, qui est moral, social, politique et au-del&#224; encore, religieux. C'est une id&#233;e qui n'est pas famili&#232;re &#224; notre &#233;poque mais qui est en soi &#233;vidente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aujourd'hui encore une g&#234;ne &#224; parler de l'argent chez les catholiques, mais il faut en parler. Il faut l'int&#233;grer dans notre r&#233;flexion morale. Si J&#233;sus nous dit qu'il faut nous faire des amis avec de l'argent malhonn&#234;te, c'est qu'il faut agir en ce sens. Il faut donc sortir de la pure culpabilisation envers l'argent. Au lieu de prendre un whisky pour oublier qu'on a de l'argent, il vaut mieux se demander ce que l'on va en faire de bon ! Dans la culpabilisation, il y un ressort qui est bon, puisque l'on per&#231;oit le devoir de se servir de cet argent pour le bien, mais ce ressort est alors retourn&#233; contre la personne elle-m&#234;me, ce qui ne sert &#224; rien. Il faut d&#233;passer ce stade : il y a l&#224; un champ gigantesque &#224; &#233;vang&#233;liser.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'Argent Ma&#238;tre ou Serviteur</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/L-Argent-Maitre-ou-Serviteur.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Saintet&#233; et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Investissement &#233;thique chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et don</dc:subject>
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		<dc:subject>L'argent st&#233;rile</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et la richesse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pr&#233;sentation de l'&#233;diteur : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Nul ne peut servir deux ma&#238;tres, Dieu et Mammon, car in&#233;vitablement il aimera l'un et pas l'autre, il m&#233;prisera l'un et pas l'autre.&#034; Cette sentence de J&#233;sus semble &#234;tre d&#233;finitive. Avec quelques autres, elle para&#238;t condamner l'argent et la richesse de fa&#231;on absolue. Pierre de Lauzun allie sa connaissance pointue des r&#233;alit&#233;s financi&#232;res avec celle des textes bibliques et du magist&#232;re de l'Eglise pour d&#233;montrer brillamment que la position du Christ est plus complexe qu'il n'y appara&#238;t : sans nier le r&#233;el danger que l'argent peu constituer pour celui qui veut se rapprocher du royaume de Dieu, il existe une mani&#232;re authentiquement &#233;vang&#233;lique d'user des biens mat&#233;riels. Cet ouvrage aussi clair qu'inform&#233; ne constitue donc pas seulement une r&#233;flexion th&#233;orique sur l'argent : il pourra aider tout un chacun &#224; ajuster son rapport avec lui et &#224; l'utiliser d'une mani&#232;re authentiquement chr&#233;tienne, en vue du tr&#233;sor de la vie &#233;ternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/argent_maitre_ou_serviteur.jpg?1787417293' class='spip_logo spip_logo_right' width='112' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.mameeditions.com/9782728926572-l-argent-maitre-ou-serviteur-group.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.mameeditions.com/978272...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4e de couverture :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;Parce que nous vivons dans une soci&#233;t&#233; o&#249; l'emprise de l'&#233;conomie n'a jamais &#233;t&#233; aussi forte, tout chr&#233;tien est amen&#233; &#224; se questionner sur la place que l'argent tient dans sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gr&#226;ce &#224; une analyse &#224; la fois claire et subtile s'appuyant sur l'&#201;vangile et le magist&#232;re de l'&#201;glise, tr&#232;s &#233;loign&#233;e des manich&#233;ismes faciles, Pierre de Lauzun nous aide &#224; comprendre la nature paradoxale de l'argent et les raisons de l'attrait qu'il peut exercer sur nous, tout en nous aidant &#224; ajuster notre rapport &#224; lui, &#224; la lumi&#232;re du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du choix de notre activit&#233; professionnelle &#224; la meilleure fa&#231;on d'investir, en passant par les montants qu'il est souhaitable de r&#233;server pour les dons, cet ouvrage propose de nombreuses r&#233;flexions qui sont autant de balises concr&#232;tes sur le chemin du royaume de Dieu.&#034;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est plus facile &#224; un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'&#224; un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si tu veux &#234;tre parfait, vends tes biens et suis-moi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Seigneur, tu m'as confi&#233; cinq talents ; voil&#224;, j'en ai gagn&#233; cinq autres. &#187; &#171; Faites-vous des amis avec l'argent malhonn&#234;te, afin que, le jour o&#249; il ne sera plus l&#224;, ces amis vous accueillent dans les demeures &#233;ternelles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argent est tr&#232;s pr&#233;sent dans les &#201;vangiles, mais les textes n'envoient pas un message simple et unilat&#233;ral &#224; son &#233;gard. Sa puissance de fascination est constamment d&#233;nonc&#233;e. Et pourtant, ce m&#234;me &#201;vangile nous dit qu'il faut l'utiliser, lucidement et activement. Il y a donc d&#232;s les origines une tension entre la foi chr&#233;tienne et cette chose &#233;trange qu'est l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;nigme qui reprend un sens tout particulier &#224; notre &#233;poque, o&#249; l'emprise de l'&#233;conomie est sans pr&#233;c&#233;dent historique. Une &#233;conomie dans laquelle l'argent joue un r&#244;le central, indispensable mais inqui&#233;tant. O&#249; on n'a pas de probl&#232;me &#224; affamer les pensionnaires d'une maison de retraite pour am&#233;liorer la rentabilit&#233;. Ou de payer une femme pour porter un b&#233;b&#233; qu'on a achet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prendre toute la mesure de ces exigences, dans la vie r&#233;elle qui est la n&#244;tre, sans culpabilisation st&#233;rile, mais sans occulter l'appel que nous avons re&#231;u, est donc pour nous une t&#226;che majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre veut contribuer &#224; cette r&#233;flexion, &#224; laquelle aucun chr&#233;tien ne peut &#233;chapper.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Plan&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;INTRODUCTION &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;LA FOI CHRETIENNE, LA RICHESSE ET L'ARGENT&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;LES EVANGILES ET L'ARGENT&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ECONOMIE, PARTOUT DANS LES EVANGILES/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; LA FOI, LA VIE ETERNELLE, ET LE SENS DE NOTRE VIE EN CE MONDE/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ARGENT AU TEMPS DE LA CHRETIENTE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'ARGENT ET LA RICHESSE : L'ENSEIGNEMENT DE L'EGLISE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; PAUVRETE ET RICHESSE SELON L'ENSEIGNEMENT DE L'EGLISE/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; BIENS TRANSITOIRES ET BIEN ETERNEL : LA LE&#199;ON DES SPIRITUELS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'ARGENT, LA RICHESSE ET NOUS&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ARGENT ET SES PARADOXES/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ARGENT DANS LA SOCIETE, L'USAGE DE L'ARGENT/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'ARGENT, LA RICHESSE ET LA PAUVRETE EN ESPRIT&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ARGENT, CONCRETEMENT&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'ARGENT DANS L'ECONOMIE&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ECONOMIE, PROPRIETE ET MARCHE DANS LA DOCTRINE SOCIALE DE L'EGLISE/ L'ARGENT COMME MESURE, LE JUSTE PRIX/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; LA FINANCE/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; LA DETENTION DE GRANDS BIENS, LA FORTUNE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;QUE FAIRE AVEC NOTRE ARGENT ? NOTRE VOCATION, NOS BESOINS, NOS DEPENSES	&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; NOTRE VOCATION/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; NOS DEPENSES ET NOTRE CONSOMMATION/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; MAITRISER ET ORIENTER NOTRE CONSOMMATION&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;QUE FAIRE AVEC NOTRE ARGENT ? L'INVESTISSEMENT ET LE DON&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'INVESTISSEMENT RESPONSABLE/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; QUELLE ORIENTATION POUR UN INVESTISSEMENT ETHIQUE ?/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; LE DON ET LA GENEROSITE : POURQUOI ?/&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; LE DON ET LA SOLIDARITE, DANS LA PRATIQUE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;SYNTHESE PRATIQUE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;OEconomicae et pecuniariae quaestiones&#034; : &#233;dition pr&#233;fac&#233;e</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/OEconomicae-et-pecuniariae-quaestiones-edition-prefacee.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/OEconomicae-et-pecuniariae-quaestiones-edition-prefacee.html</guid>
		<dc:date>2018-06-10T13:27:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Finance un regard chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>March&#233; financier</dc:subject>
		<dc:subject>Morale et finance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le texte majeur du Vatican sur la finance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Edition du texte par Art&#232;ge avec ma pr&#233;face&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sentation...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Morale-et-finance-+.html" rel="tag"&gt;Morale et finance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le texte est &#233;dit&#233; par Art&#232;ge, avec ma pr&#233;face&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sentation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La doctrine sociale de l'&#201;glise est une boussole pour le chr&#233;tien engag&#233; dans la vie du monde. March&#233;s boursiers, flux financiers, endettement, mondialisation ... autant de probl&#233;matiques qui semblent bouleverser le monde du travail et de l'entreprise et soulever des questions &#233;thiques nouvelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le texte de la Congr&#233;gation pour la Doctrine de la Foi, sans d&#233;tours, avec &#233;quilibre, analyse ces r&#233;alit&#233;s et propose des solutions &#233;thiques afin que la dignit&#233; et le bien commun restent au coeur des pr&#233;occupations des acteurs de ce vaste domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant-propos de Pierre de Lauzun, d&#233;l&#233;gu&#233; g&#233;n&#233;ral de l'Association fran&#231;aise des march&#233;s financiers et essayiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editionsartege.fr/livre/fiche/sur-les-questions-economiques-et-financieres-9791033607755&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.editionsartege.fr/livre...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



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