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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Proph&#233;tisme, marginalit&#233; ou compromission : les dilemmes du positionnement chr&#233;tien dans nos soci&#233;t&#233;s</title>
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		<dc:date>2024-09-23T15:09:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Chr&#233;tiens et politique</dc:subject>
		<dc:subject>Loi naturelle</dc:subject>
		<dc:subject>Proph&#233;tisme </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On sent depuis longtemps un malaise dans le positionnement de l'Eglise et des chr&#233;tiens face aux &#233;volutions et probl&#233;matiques de nos soci&#233;t&#233;s, entre proph&#233;tisme, compromission et marginalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maladresses mise &#224; part, cela met en &#233;vidence une difficult&#233; de fond, qu'il faut savoir reconna&#238;tre : la contradiction entre le droit pour chacun de faire ce qu'il veut sous r&#233;serve du droit du voisin, qui est au centre de la vision d&#233;sormais commune, et la conviction qu'il y a un bien et un mal en soi, &#224; comprendre puis prendre en compte autant qu'on le pourra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-et-politique-.html" rel="directory"&gt;Religion et politique &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Chretiens-et-politique-+.html" rel="tag"&gt;Chr&#233;tiens et politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Loi-naturelle-+.html" rel="tag"&gt;Loi naturelle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Prophetisme-+.html" rel="tag"&gt;Proph&#233;tisme &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On sent depuis longtemps un malaise dans le positionnement de l'Eglise et des chr&#233;tiens face aux &#233;volutions et probl&#233;matiques de nos soci&#233;t&#233;s, entre proph&#233;tisme, compromission et marginalit&#233;. Maladresses mise &#224; part, cela met en &#233;vidence une difficult&#233; de fond, qu'il faut savoir reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Historique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par un bref rappel historique. Dans l'antiquit&#233;, l'Eglise naissante n'&#233;tait pas en d&#233;saccord frontal avec la soci&#233;t&#233; autour d'elle, du moins sur les plans politique, social, ou &#233;conomique. Avec deux exceptions majeures : le point pr&#233;cis mais irr&#233;ductible du culte imp&#233;rial. Et les m&#339;urs, mais c'&#233;tait une question pour les personnes et leur conduite, pas une dispute portant sur des normes collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire s'est r&#233;solue dans la religion d'Etat constantinienne, puis dans ce qu'on a appel&#233; la chr&#233;tient&#233;, en th&#233;orie jusqu'au XVIIIe si&#232;cle inclus. Le probl&#232;me de la chr&#233;tient&#233; est le risque d'aplatir l'un sur l'autre deux niveaux pourtant per&#231;us comme distincts d&#232;s l'antiquit&#233; : les deux cit&#233;s de saint Augustin, le fait que le chr&#233;tien est &#224; la fois de ce monde et en dehors. Si on les aplatit l'un sur l'autre, on d&#233;bouche soit sur un beau discours hors de ce monde, ou une utopie ; soit sur une surcharge totalisante pesant sur la soci&#233;t&#233;, qui finit par exploser. Ce qui s'est pass&#233; &#224; la suite de la R&#233;forme et des guerres de religion, d'o&#249; &#224; terme un rapport diff&#233;rent entre le religieux et le politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers cette m&#234;me &#233;poque, notamment &#224; la fin au XVIIIe si&#232;cle, on constate en effet un consid&#233;rable d&#233;veloppement autonome du politique et de l'&#233;conomique, fruits en bonne partie du christianisme, mais qui en sortent et m&#234;me qui se retournent contre lui. C'est l&#224; qu'&#233;merge le nouveau paradigme de neutralit&#233; que j'ai analys&#233; par ailleurs (voir notamment mon Pour un grand retournement politique &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Pour-un-grand-retournement-politique.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Pour-...&lt;/a&gt;), cantonnant sous le nom d'&#233;mancipation les fins derni&#232;res et la recherche du bien et du beau dans une sph&#232;re pr&#233;tendument priv&#233;e o&#249; chacun est suppos&#233; se faire lui-m&#234;me. D'o&#249;, au bout du processus, le relativisme de la soci&#233;t&#233; actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que par rapport &#224; cette &#233;volution l'Eglise a d'abord cherch&#233; le retour &#224; la chr&#233;tient&#233;. D'o&#249; une p&#233;riode d'intransigeance relative, permettant un certain maintien, mais n'emp&#234;chant pas une &#233;rosion lente. Puis elle a admis que c'&#233;tait hors de port&#233;e, de fa&#231;on explicite &#224; Vatican II. Une illusion interm&#233;diaire a &#233;t&#233; la d&#233;mocratie chr&#233;tienne, qui n'a &#233;t&#233; qu'une transition, adapt&#233;e aux ann&#233;es 50 et 60 du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Probl&#233;matique actuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, l'Eglise a cherch&#233; essentiellement la r&#233;conciliation avec le monde ambiant, ou au moins la conciliation. Son risque alors est de ne pas voir la divergence de fond entre son propos, par nature substantiel, et une vie collective qui est, elle, d&#233;sormais de plus en plus proc&#233;durale &#8211; selon le d&#233;veloppement du paradigme ci-dessus. Ainsi avec le mariage pour tous, ou l'euthanasie : que chacun fasse ce qui lui pla&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour essayer de ne pas mettre le d&#233;bat sur un terrain religieux perdu d'avance avec la d&#233;christianisation et le relativisme ambiant, les chr&#233;tiens l'ont situ&#233; sur le terrain de la loi naturelle. Les papes eux-m&#234;mes ont beaucoup d&#233;velopp&#233; cet aspect (sauf Fran&#231;ois). Intellectuellement c'est parfaitement justifi&#233; ; c'est m&#234;me la seule r&#233;ponse coh&#233;rente. Mais comme mani&#232;re de poser le d&#233;bat, la loi naturelle (et les raisonnements qui en proc&#232;dent, de pr&#232;s ou de loin) est en g&#233;n&#233;ral une solution inop&#233;rante, contrairement &#224; l'id&#233;e spontan&#233;e que c'est un lieu de dialogue avec le monde. C'est que la recherche de la loi naturelle est substantielle, elle cherche ce qui est vrai et bon en soi ; et non proc&#233;durale, au sens relativiste du terme, o&#249; on ne valorise que le fait de faire cohabiter des vues h&#233;t&#233;rog&#232;nes suppos&#233;es &#234;tre des droits absolus. Donc m&#234;me si elle est en soi philosophique, elle ne peut entrer dans le d&#233;bat philosophique et politique contemporain. C'est l'effet de ce m&#234;me paradigme. Concr&#232;tement, le droit pour chacun de faire ce qu'il veut est tellement au centre de la vision commune que toute objection en termes de bien ou de mal objectif se heurte d'embl&#233;e &#224; un obstacle insurmontable. M&#234;me avec l'euthanasie, ou l'avortement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des tentations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une tentation alors en milieu chr&#233;tien, et de plus en plus dans la hi&#233;rarchie, est la voie dite proph&#233;tique. Elle consiste &#224; ne pas assumer la probl&#233;matique sociale dans son ensemble, mais &#224; proclamer certains principes comme absolus. Ce genre de tentation est latent dans toute l'histoire chr&#233;tienne, mais son d&#233;bouch&#233; ant&#233;rieur &#233;tait plut&#244;t du genre utopique ; cet utopisme se retrouve encore dans le concept de &#8216;civilisation de l'amour', d&#233;fini comme objectif &#224; partir de Paul VI, mais qui reste au fond abstrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proph&#233;tisme en revanche se traduit par des positions portant sur des sujets pr&#233;cis, trait&#233;s de fa&#231;on moralisante radicale. Un exemple manifeste en est le discours sur les migrants, notamment avec Fran&#231;ois, qui plaide pour un droit pratiquement absolu &#224; la migration. Mais il conduit &#224; un porte-&#224;-faux avec une bonne partie du peuple chr&#233;tien, car il nie un pan essentiel de r&#233;alit&#233;. Et &#224; son niveau d'exigence il est contradictoire avec une action politique. Et donc par-l&#224; il oublie le bien commun r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche proph&#233;tique est plus difficile dans le champ socio&#233;conomique. En effet, hors belles d&#233;clarations, ce n'est pas le domaine de l'absolu, ce qu'affectionne le proph&#233;tisme. Hors bien s&#251;r les d&#233;clarations enflamm&#233;es sur les &#8216;riches' &#8211; ou d'autres analogues, mais qui restent peu concr&#232;tes et sans grand impact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire alors ? Certains estiment qu'il faut &#234;tre &#171; la conscience inqui&#232;te de nos soci&#233;t&#233;s &#187;. On dit qu'on ne doit pas faire la le&#231;on &#224; la soci&#233;t&#233;, comme on l'a fait souvent par le pass&#233;, mais jouer un r&#244;le de rappel moral. Mais la diff&#233;rence entre faire la le&#231;on et se livrer &#224; un rappel moral est faible en pratique, comme le rappelle l'exemple de l'euthanasie. Cela reste per&#231;ue par le monde ambiant comme une le&#231;on de morale, qu'on soup&#231;onne de source religieuse. En outre, cela ne d&#233;bouche en g&#233;n&#233;ral pas sur un positionnement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens inverse, il ne faut pas sous-estimer les conflits que cr&#233;e la rencontre avec la pens&#233;e dominante sur le d&#233;bat et la probl&#233;matique internes &#224; l'Eglise. Car l'id&#233;ologie contre-attaque. Mentionnons notamment la position des femmes dans l'&#233;glise, ou les revendications LGBT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la difficult&#233; &#224; &#233;vacuer compl&#232;tement le substantiel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu les limites du dialogue, m&#234;me sous l'angle apparemment prometteur de la loi naturelle. Est-on donc prisonnier de cette grande difficult&#233; &#224; dialoguer s&#233;rieusement ? En fait ce n'est pas compl&#233;tement verrouill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois probl&#233;matiques actuelles sont ici int&#233;ressantes, car malgr&#233; la dominante r&#233;gnant dans la soci&#233;t&#233;, le substantiel y pointe au-del&#224; du proc&#233;dural : le f&#233;minisme radical, les revendications LGBT et le wokisme. Au d&#233;part, on est ici a priori et sans surprise en opposition latente avec l'Eglise. Mais ce sont aussi des dilemmes difficiles pour la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me. Car pr&#233;cis&#233;ment, si on n&#233;glige le substantiel, il se rebiffe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons le f&#233;minisme : en mati&#232;re politique et l&#233;gislative, il a vis&#233; en dominante &#224; ce qu'on traite les femmes plus ou moins comme les hommes. Or dans la r&#233;alit&#233; les diff&#233;rences existent, notamment par rapport aux enfants. En occultant le rapport diff&#233;rent que les femmes ont avec eux, on ne prend donc pas en compte leur situation r&#233;elle. Ce qui rel&#232;ve du substantiel. Dans un autre ordre d'id&#233;e, le heurt peut &#234;tre frontal entre la probl&#233;matique transsexuelle et la r&#233;alit&#233; des deux sexes, par exemple dans les comp&#233;titions sportives o&#249; des hommes aux gros muscles gagnent sur des femmes, ou dans l'acc&#232;s d'hommes biologiques &#224; des lieux sp&#233;cifiquement f&#233;minins &#8211; qui peut &#234;tre odieux. Dans d'autres cas, des hommes se disant femmes profitent d'avantages donn&#233;s aux femmes au nom du f&#233;minisme. Dans tous ces cas, la r&#233;alit&#233; (c'est-&#224;-dire la diff&#233;rence) r&#233;siste &#224; l'id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut en &#234;tre de m&#234;me du mouvement LGBT : d'un c&#244;t&#233;, c'est l'apog&#233;e d'un certain lib&#233;ralisme d'&#233;mancipation ; mais de l'autre, certains de ses effets peuvent heurter bien des gens : la GPA par exemple, aboutissant &#224; du trafic d'enfants. Ou l'id&#233;e de familles avec deux p&#232;res ou deux m&#232;res, ce qui n'a pas de sens. Ou lorsque des gens qui sont manifestement des hommes pr&#233;tendent vous obliger &#224; les consid&#233;rer comme des femmes (niant de ce fait votre propre libert&#233;, outre le bon sens).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le wokisme, notamment am&#233;ricain, offre lui aussi des exemples int&#233;ressants de dilemmes difficiles. En effet, il pr&#233;tend classer les gens par cat&#233;gories, les uns oppresseurs et les autres opprim&#233;s. Mais le syst&#232;me dominant, issu de notre paradigme, est fondamentalement individualiste et il ne sait bien traiter la notion de communaut&#233; qu'au niveau souverain, national. Il tend d&#232;s lors, notamment dans la tradition fran&#231;aise, &#224; refuser et nier les particularit&#233;s des sous-ensembles, ce qui le met en porte &#224; faux avec le wokisme, qui lui explique que le besoin d'&#233;mancipation est dans la logique du paradigme : s'il n'y a pas de norme ou de crit&#232;re objectif, toute discrimination devient scandaleuse. Mais si au contraire, &#224; l'anglo-saxonne, le syst&#232;me politique et social prend en charge ces diff&#233;rences au sein de la population, il s&#233;pare, discrimine, privil&#233;gie et donc va directement contre les droits des individus. En outre, cette approche n'examine pas r&#233;ellement la cause r&#233;elle du statut des populations d&#233;savantag&#233;es. Certes, ce peut &#234;tre parfois une discrimination de type raciste. Mais il y a en g&#233;n&#233;ral d'autres causes et c'est celles-l&#224; qu'il faut traiter, au lieu de transformer les int&#233;ress&#233;s en revendicateurs perp&#233;tuels, ou en assist&#233;s, ce qui est d&#233;sastreux pour leur progr&#232;s r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A un niveau plus large, nos soci&#233;t&#233;s connaissent des d&#233;rives graves directement li&#233;es &#224; ces id&#233;ologies dominantes d&#233;l&#233;t&#232;res, en premier lieu &#233;videmment les familles d&#233;compos&#233;es, l'&#233;ducation m&#233;diocre qui en r&#233;sulte, et la natalit&#233; effondr&#233;e. Mais les effets n'en seront per&#231;us que sur la dur&#233;e : dans l'intervalle, l'id&#233;ologie fait barrage &#224; cette reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t donc que si la domination du paradigme de neutralit&#233; sur la pens&#233;e commune rend difficile le d&#233;bat par appel direct &#224; la loi naturelle, en revanche le d&#233;veloppement m&#234;me des cons&#233;quences de ce paradigme, confront&#233; avec la r&#233;alit&#233;, met en &#233;vidence ses contradictions de fond. Ce qui veut dire notamment ce fait simple qu'on ne construit pas une morale ni une communaut&#233; sur l'id&#233;e que le bien et le vrai rel&#232;vent de choix personnels arbitraires, ou d'une projection subjective. Et par l&#224; l'id&#233;e de loi naturelle se r&#233;introduit sous une autre forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, il appara&#238;t d&#232;s lors que, m&#234;me dans l'expression publique, la voie de la fid&#233;lit&#233; &#224; l'enseignement chr&#233;tien est la plus s&#251;re sur la dur&#233;e, moyennant bien s&#251;r dialogue intelligent avec la soci&#233;t&#233;, et prise de position sociale et politique r&#233;fl&#233;chie, au vue de chaque situation particuli&#232;re : ni utopique, ni proph&#233;tique, ni conciliante, mais bas&#233;e sur la r&#233;alit&#233; de chaque question.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'engagement politique des chr&#233;tiens dans nos d&#233;mocraties </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/L-engagement-politique-des-chretiens-dans-nos-democraties.html</link>
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		<dc:date>2022-05-07T16:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Chr&#233;tiens et politique</dc:subject>
		<dc:subject>Chr&#233;tiens et d&#233;mocratie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On parle beaucoup de l'engagement politique des chr&#233;tiens, du devoir qu'il repr&#233;sente. Pourtant les r&#233;sultats sont loin d'&#234;tre convaincants, qu'on soit conservateur ou progressiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; est donc le probl&#232;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Rappelons d'abord le contexte. Les chr&#233;tiens ne peuvent se d&#233;sint&#233;resser de la politique, comprise comme forme de charit&#233; sup&#233;rieure. Mais dans nos soci&#233;t&#233;s le christianisme est d&#233;sormais minoritaire et rejet&#233; comme r&#233;f&#233;rence publique. Il est d&#232;s lors devenu difficile d'avoir une influence en s'en r&#233;clamant explicitement. Et pourtant les chr&#233;tiens ne peuvent pas non plus se fondre anonymement dans la soci&#233;t&#233;. D&#233;j&#224;, ils ne peuvent pas &#233;viter d'intervenir et de s'afficher comme tels si l'enjeu est directement religieux. Mais m&#234;me s'il rel&#232;ve de la loi naturelle, l&#224; o&#249; elle est m&#233;connue de la soci&#233;t&#233; (mariage pour tous) : on les rep&#232;re vite comme tels. Le vieux dilemme ne guide donc pas beaucoup : on agira toujours &#8216;en chr&#233;tien', &#233;videmment, mais aussi cas par cas &#8216;en tant que chr&#233;tien' sans l'exclure a priori.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le magist&#232;re donne-t-il une r&#233;ponse claire sur les orientations &#224; prendre ? Les principes (la Doctrine sociale de l'Eglise) sont stables. Mais la ligne politique a notablement vari&#233; : d'abord hostile &#224; la modernit&#233; politique (XIXe s.), elle a ensuite oscill&#233; au moins jusqu'&#224; la seconde guerre mondiale entre le rappel des principes et un accommodement de fait ; on s'est essay&#233; ensuite &#224; la d&#233;mocratie chr&#233;tienne, qui paraissait un compromis commode et prometteur, mais qui a finalement &#233;chou&#233; ; pour d&#233;boucher sur la position actuelle. Si on peut la r&#233;sumer, elle semble recommander la d&#233;mocratie et les Droits de l'homme, comme le reste de la soci&#233;t&#233; ; mais (au moins pour Jean-Paul II et Beno&#238;t XVI) avec une compr&#233;hension sous-jacente assez diff&#233;rente de celle dominante, et plus que des nuances entre les papes. Il n'est en tout cas pas irrespectueux de dire que l'impact sur la dur&#233;e en a &#233;t&#233; et reste peu concluant ; le seul cas de succ&#232;s manifeste, celui de Jean-Paul II &#224; l'Est, n'&#233;tait pas un combat politique ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons en outre que le magist&#232;re ne s'exerce avec toute son autorit&#233; que sur la foi et les m&#339;urs (les fondements moraux), pas sur les d&#233;cisions relevant de la prudence politique. L'&#233;clairage qu'il apporte est donc tr&#232;s important, mais il laisse ouvertes des possibilit&#233;s diverses, en restant fid&#232;le aux principes. Cela ne veut pas dire qu'il faille n&#233;gliger l'enseignement magist&#233;riel, tant s'en faut ; mais ce n'est pas un manuel pr&#234;t &#224; l'emploi. Ce fait est souvent oubli&#233; lorsqu'on prend sans pr&#233;caution les positions prises ici ou l&#224; dans l'Eglise. Inversement il est dans la pratique difficile de s'afficher catholique en politique tout en allant contre telle ou telle expression de l'Eglise du moment, m&#234;me si on reste dans la marge d'autonomie l&#233;gitime. Par exemple, un parti se disant catholique mais restrictif sur les migrants serait probablement critiqu&#233; d'une fa&#231;on inconfortable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A-t-on des r&#233;f&#233;rences dans le pass&#233; ? Moins qu'on ne le pense. L'&#233;poque de chr&#233;tient&#233; &#233;tait trop diff&#233;rente. La d&#233;mocratie chr&#233;tienne n'a pas surv&#233;cu et a &#233;t&#233; un feu de paille &#8211; de fa&#231;on corr&#233;l&#233;e avec l'illusion, fr&#233;quente alors, selon laquelle il y aurait eu un malentendu avec le monde moderne, qu'il suffisait de dissiper. Or ce qui est apparu est que, comme les papes du XIXe si&#232;cle le percevaient (malgr&#233; leurs erreurs et maladresses), il y a des &#233;l&#233;ments d'opposition forte et structurelle entre ce monde et le chr&#233;tien. En d&#233;finitive, le mod&#232;le des premiers chr&#233;tiens para&#238;t plus inspirant. Certes il n'y avait pas dans l'Empire romain de lutte politique d&#233;mocratique. Mais on connaissait d&#233;j&#224; le dilemme : ne pas renier la soci&#233;t&#233; o&#249; on vit et ses &#233;l&#233;ments de l&#233;gitimit&#233;, tout en reconnaissant des points d'opposition irr&#233;ductible. Et dans ce cadre, les positions pouvaient &#234;tre diverses. Ainsi la question de l'arm&#233;e romaine : certains pensaient qu'il &#233;tait exclu d'y combattre, d'autres ont fait le choix inverse sans renier leur foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne nous dit pas quels choix doivent &#234;tre faits concr&#232;tement. D'autant plus que le monde chr&#233;tien est divis&#233; politiquement, avec pour simplifier une polarisation de base entre &#8216;conservateurs' et &#8216;progressistes'. Le premiers sont plus nombreux et transmettent mieux la foi ; mais les seconds, quoique affaiblis, tiennent plus de leviers. Cela dit, le spectre catholique ainsi dessin&#233; ne se confond pas avec le spectre politique dans la soci&#233;t&#233;, car il est sensiblement plus d&#233;cal&#233; sur la droite. Le chr&#233;tien &#8216;progressiste' est tr&#232;s rarement d'extr&#234;me gauche : il sera &#233;colo ou PS, mais souvent LREM ou m&#234;me LR, comme le gros des catholiques pratiquants. Le chr&#233;tien &#8216;conservateur' sera lui volontiers class&#233; par le syst&#232;me &#224; droite, voire &#224; l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces oppositions paraissent en outre irr&#233;ductibles. D'abord bien s&#251;r sur les questions de m&#339;urs et de soci&#233;t&#233; : en th&#233;orie, la doctrine donne des r&#233;ponses claires et tranch&#233;es ; mais tous n'y adh&#232;rent pas (contraception), et reste ouverte la question du possible : d&#232;s lors souvent la division est forte (mariage pour tous). Viennent ensuite les migrants : le d&#233;saccord entre chr&#233;tiens est ici tr&#232;s &#226;pre - le pape actuel s'&#233;tant en outre engag&#233; radicalement d'un des c&#244;t&#233;s. Moins dure mais n&#233;anmoins nette est l'opposition sur l'Europe et plus largement sur la question nationale. Enfin dans le vaste domaine des questions &#233;conomiques et sociales, y compris l'&#233;cologie, on trouve une gamme d'opinions tr&#232;s large, avec des diff&#233;rences consid&#233;rables. Ce simple rappel montre qu'on ne peut r&#233;unir sous une m&#234;me banni&#232;re les positions en question, explicitement chr&#233;tiennes ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, les frustrations sont in&#233;luctables, des deux c&#244;t&#233;s, et pas seulement parce que le magist&#232;re para&#238;t appuyer tant&#244;t les uns, tant&#244;t les autres. Du c&#244;t&#233; &#8216;progressiste', on souffre du recul de ce courant par rapport aux ann&#233;es 70-80. Surtout, comme on nie ou relativise l'opposition entre l'esprit dominant dans nos soci&#233;t&#233;s et la foi chr&#233;tienne, on finit dans le sillage du premier et, dans la pratique, l'action politique qu'on m&#232;ne se confond avec celle de la gauche ou du centre. En outre le progressiste engag&#233; est troubl&#233; par le vote &#224; droite de la majorit&#233; des catholiques, ainsi que par l'insistance des &#8216;conservateurs' sur le soci&#233;tal, qui est beaucoup plus visible et la seule &#224; &#234;tre associ&#233;e par le public avec le christianisme. Enfin on a du mal avec une doctrine magist&#233;rielle qui reste traditionnelle (malgr&#233; certaines d&#233;clarations). D'o&#249; en r&#233;action la tentation d'une &#233;thique de conviction exacerb&#233;e, notable sur les migrants &#8211; mais l&#224; aussi sans effet politique propre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le malaise n'est pas moins r&#233;el du c&#244;t&#233; &#8216;conservateur' : ce peut &#234;tre par le porte-&#224;-faux par rapport &#224; la hi&#233;rarchie - pas tant sur les principes que sur certaines d&#233;clarations comme sur les migrants-, mais plus encore par frustration sur les faibles r&#233;sultats obtenus, ainsi dans les luttes soci&#233;tales. C'est qu'on s'oppose l&#224; &#224; des tendances lourdes de la soci&#233;t&#233;, le paradigme relativiste qui la domine. En outre, de ce c&#244;t&#233;-l&#224; aussi la parole chr&#233;tienne est minoritaire, quoique moins qu'&#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bilan ne parait donc pas r&#233;jouissant. On peut se reconna&#238;tre comme chr&#233;tien une ardente obligation, mais on a en pratique une difficult&#233; &#224; la mettre en &#339;uvre de fa&#231;on rep&#233;rable en termes chr&#233;tiens ; la dispersion des efforts est consid&#233;rable ; et le champ politique n'appara&#238;t pas d'embl&#233;e f&#233;cond pour le chr&#233;tien qui veut agir explicitement comme tel. Mais on aurait tort d'en rester l&#224;. D'abord bien s&#251;r ce qui fait qu'une action est bonne ou mauvaise n'est pas d'abord le r&#233;sultat obtenu &#8211; qui pour l'essentiel d&#233;pend de Dieu. Ce n'est pas &#224; nous de porter le futur de l'humanit&#233; sur nos &#233;paules ; ce qui ne nous emp&#234;che pas de faire ce que nous avons &#224; faire, l&#224; o&#249; nous sommes et l&#224; o&#249; nous le pouvons, et si possible intelligemment. Faire le bien autour de nous, y compris en mati&#232;re politique, reste toujours possible, et obtenir des r&#233;sultats r&#233;els. En explicitant en quoi cela manifeste notre foi chr&#233;tienne chaque fois que c'est possible ou pertinent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre chose est la manifestation du christianisme dans la soci&#233;t&#233; et dans l'histoire. Regardons ses le&#231;ons : combien de cas de succ&#232;s collectifs qui soient le fruit d'une action chr&#233;tienne voulue collectivement comme telle, consciemment et &#224; l'avance ? Je suis par exemple de ceux qui admirent la chr&#233;tient&#233; malgr&#233; ses d&#233;fauts et limites ; mais elle n'a jamais &#233;t&#233; d&#233;finie comme un objectif &#224; atteindre ; elle a &#233;t&#233; donn&#233;e en son temps. Il en sera de m&#234;me pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; La Nef &lt;i&gt;n&#176; 347 mai 2022&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;a href=&#034;https://lanef.net/2022/05/12/quel-engagement-politique-pour-les-chretiens/?utm_source=rss&amp;utm_medium=rss&amp;utm_campaign=quel-engagement-politique-pour-les-chretiens&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://lanef.net/2022/05/12/quel-e...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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