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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Le magist&#232;re catholique apr&#232;s Fiducia supplicans : retour sur une &#233;trange approche</title>
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		<dc:date>2024-01-22T16:17:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>
		<dc:subject>Fiducia supplicans</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce texte a soulev&#233; dans l'Eglise un toll&#233;. En soi, c'est tr&#232;s nouveau. Mais la probl&#233;matique sous-jacente n'est pas une nouveaut&#233; totale, tant s'en faut. Elle conduit &#224; s'interroger sur l'exercice m&#234;me du magist&#232;re apr&#232;s ces exp&#233;riences &#233;tranges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que le pape Fran&#231;ois a une grande m&#233;fiance par rapport &#224; ce qu'il voit comme les risques de la doctrine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que son grand agenda de transformation de l'Eglise n'a que tr&#232;s rarement pris la forme d'une position doctrinale remettant directement en cause des enseignements ant&#233;rieurs. Mais on juxtapose une praxis &#233;volutive &#224; une doctrine suppos&#233;e maintenue, sans vrai pont entre les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combin&#233;e avec un style de gouvernement autoritaire, cette m&#233;thode &#233;trange et in&#233;dite suscite in&#233;vitablement des r&#233;actions embarrass&#233;es. L'effet dominant de tout cela est en d&#233;finitive un plus grand d&#233;tachement &#224; l'&#233;gard du magist&#232;re. Y compris, d&#233;sormais, chez bien des &#8216;conservateurs'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Eglise-et-magistere-.html" rel="directory"&gt;Magist&#232;re&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Magistere-catholique-+.html" rel="tag"&gt;Magist&#232;re catholique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Fiducia-supplicans-+.html" rel="tag"&gt;Fiducia supplicans&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte a soulev&#233; dans l'Eglise un toll&#233;. En soi, c'est tr&#232;s nouveau. Mais la probl&#233;matique sous-jacente n'est pas une nouveaut&#233; totale, tant s'en faut. Elle conduit &#224; s'interroger sur l'exercice m&#234;me du magist&#232;re apr&#232;s l'exp&#233;rience &#233;trange de ce pontificat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Moins de doctrine, plus de processus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, depuis le d&#233;but se sont multipli&#233;es les interventions pontificales h&#226;tives et improvis&#233;es, les d&#233;clarations &#224; l'emporte-pi&#232;ce dans l'avion ou devant des journalistes sur lesquelles les services du Vatican doivent ensuite fournir des explications embarrass&#233;es. Mais cela pouvait rester une question de temp&#233;rament personnel du pape. Plus significatifs sont les textes soigneusement ambigus, &#224; commencer par la fameuse note de &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt; (AL) sur les divorc&#233;s-remari&#233;s : l'opacit&#233; du texte et le choix du support (note de bas de page) avaient suscit&#233; des torrents de commentaires ; le pape lui-m&#234;me avait d&#251; faire une d&#233;claration, o&#249; il validait l'interpr&#233;tation des &#233;v&#234;ques argentins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble bien qu'il y ait l&#224; une m&#233;thode et une position globales. On sait que le pape Fran&#231;ois a une grande m&#233;fiance par rapport &#224; ce qu'il voit comme les risques de la doctrine : risque du pharisa&#239;sme qui jette des affirmations abruptes &#224; la figure des gens, &#171; comme des pierres &#187; dit-il ; risque plus profond de bloquer, par des objections, des processus se d&#233;roulant dans le temps et qui en ont besoin. Cela se r&#233;sume dans la conjonction de deux de ses aphorismes favoris : &#171; le temps est sup&#233;rieur &#224; l'espace &#187; (l'espace symbolisant la prise de contr&#244;le, jug&#233;e suspecte) et &#171; la r&#233;alit&#233; est sup&#233;rieure &#224; l'id&#233;e &#187; (m&#233;fiez-vous des id&#233;es et de leur logique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que son agenda de transformation de l'Eglise n'a presque jamais pris la forme d'une position doctrinale remettant directement en cause des enseignements ant&#233;rieurs. Bien au contraire, il a insist&#233; chaque fois sur l'id&#233;e que la doctrine ne changeait pas. Le fait est &#233;vident avec &lt;i&gt;Fiducia supplicans&lt;/i&gt; (FS), &#224; travers les propos r&#233;p&#233;t&#233;s de son porte-parole le cardinal Fernandez. Mais r&#233;guli&#232;rement on introduit, &#224; c&#244;t&#233; de la doctrine, des &#233;l&#233;ments nouveaux qui, pour un esprit logique, ne sont pas d'embl&#233;e coh&#233;rents avec elle, et notamment une pratique (une praxis ?) nouvelle, cens&#233;e &#234;tre l'&#233;mergence, dans le temps, de processus situ&#233;s &lt;i&gt;dans la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;, sup&#233;rieurs selon cette approche &#224; &lt;i&gt;l'id&#233;e&lt;/i&gt; doctrinale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul cas o&#249; on peut voir un changement frontal assum&#233; de la doctrine est la peine de mort, avec une modification brutale du cat&#233;chisme, d&#233;cid&#233;e sans d&#233;bat ni concertation, d'ailleurs inutile puisque l'impossibilit&#233; pratique de la mettre en &#339;uvre dans le contexte actuel &#233;tait d&#233;j&#224; affirm&#233;e par le texte ant&#233;rieur. Mais ce dernier prenait soin de rappeler la doctrine traditionnelle sans la contredire. Ici, dans la formulation comme dans les justificatifs, on donne l'impression que l'&#233;volution de la sensibilit&#233; (sur la &#8216;dignit&#233; de l'homme') suffit &#224; elle seule pour remettre en cause vingt si&#232;cles pratiquement unanimes et solidement appuy&#233;s sur la Bible. De fa&#231;on symptomatique, ici aussi, le processus &#233;volutionniste prime manifestement sur l'attachement &#224; la permanence de la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire glisser la doctrine par juxtaposition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que c'est l&#224; le seul exemple de changement assum&#233; ne signifie pas qu'il n'y ait pas d'autres exemples de changements r&#233;els, mais plus subtils. Ils ne se pr&#233;sentent pas comme tels, mais juxtaposent des affirmations nouvelles avec la doctrine ant&#233;rieure, sans faire le pont entre les deux. Ainsi du passage de la d&#233;claration d'Abu Dhabi, indiquant que le pluralit&#233; des religions &#233;tait voulue par Dieu : les bonnes &#226;mes l'expliquent par des besoins diplomatiques. Mais ce sont toutes les &#233;vocations que le pape Fran&#231;ois fait des religions autres que chr&#233;tiennes qui manifestent chez lui une forme d'acceptation de cette pluralit&#233;. Et ce n'est jamais confront&#233; avec la doctrine, celle que rappelait nagu&#232;re encore la d&#233;claration &lt;i&gt;Dominus Jesus&lt;/i&gt;, pour qui le christianisme est la seule religion essentiellement vraie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me remarque vaut pour un texte majeur du magist&#232;re comme l'encyclique Fratelli tutti, comme je l'avais fait observ&#233; dans un article (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Quel-magistere-catholique-apres-Fratelli-tutti.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Quel-...&lt;/a&gt;). A c&#244;t&#233; d'une inspiration de fond stimulante (sur la fraternit&#233; notamment), le pape met de nombreuses touches personnelles aboutissant &#224; modifier de fait sensiblement l'enseignement magist&#233;riel. Ainsi sur les migrations, paraissant affirmer un droit absolu, toujours et partout, de tout migrant pour aller s'installer l&#224; o&#249; il veut, et marginalisant l'Etat national, comme si d&#233;sormais le seul bien commun &#233;tait universel. Ou la guerre juste, le pape expliquant m&#234;me que la doctrine jusque-l&#224; permanente n'a plus de valeur &#8211; mais sans la changer. Plus troublante est &#224; nouveau la place de la religion. L'essentiel du texte se comprend sans religion (m&#234;me s'il utilise des textes chr&#233;tiens) ; ce n'est qu'&#224; la fin qu'on lit d'une part que la fraternit&#233; est impossible sans paternit&#233;, donc sans croyance en Dieu ; mais que d'autre part celle-ci suffit, donc dans le cadre de n'importe quelle religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tels glissements sont &#224; rapprocher de ce qui a &#233;t&#233; relev&#233; en mati&#232;re morale, avec &lt;i&gt;AL&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;FS&lt;/i&gt;. Dans ces cas, c'est l'appel au discernement qui prend de telles proportions qu'on ne sait plus quelle est la port&#233;e r&#233;elle des principes. Cela aboutit en pratique &#224; la m&#234;me juxtaposition de r&#232;gles g&#233;n&#233;rales maintenues et de possibilit&#233;s ouvertes, dont la coh&#233;rence avec les pr&#233;c&#233;dentes n'est pas v&#233;ritablement trait&#233;e. Dans ces deux cas, la logique de ces voies nouvelles, telles qu'on les comprend spontan&#233;ment, e&#251;t impliqu&#233; par coh&#233;rence une modification des principes : un deuxi&#232;me mariage dans un cas (comme chez les orthodoxes) ; une r&#233;vision de la morale sexuelle (notamment sur l'homosexualit&#233;) dans l'autre. Mais cela aurait soulev&#233; de tr&#232;s graves questions et justement ce n'est pas la m&#233;thode employ&#233;e. La solution est attendue de la praxis, du travail du temps, suppos&#233; guid&#233; par l'Esprit. Mais comment concilier cela avec un magist&#232;re ? Si la doctrine se trouve relativis&#233;e de fait par le titulaire en place, quelle est l'autorit&#233; de l'un et de l'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une approche nouvelle mais peu convaincante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche est en partie explicable par une tradition j&#233;suite o&#249; l'exaltation du discernement a pu d&#233;boucher autrefois sur les joies de la casuistique, et par le contexte argentin de la th&#233;ologie du peuple, m&#233;fiante &#224; l'&#233;gard des &#233;lites. Ce n'est pas celle du magist&#232;re ant&#233;rieur, attach&#233; &#224; la continuit&#233; et &#224; la coh&#233;rence dans la doctrine. Mais ce n'est pas non plus celle des progressistes : ils soutiennent le pape Fran&#231;ois, mais auraient pr&#233;f&#233;r&#233; des positions nettes, des changements doctrinaux assum&#233;s, voire une anthropologie diff&#233;rente. Ceux qui pensaient que &lt;i&gt;FS&lt;/i&gt; apaiserait les dissidents allemands ou autres seront bien d&#233;&#231;us.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combin&#233;e avec un style de gouvernement abrupt et autoritaire, cette m&#233;thode &#233;trange et in&#233;dite suscite in&#233;vitablement des r&#233;actions embarrass&#233;es. Si la r&#233;volte contre FS reste un cas exceptionnel, l'effet dominant de tout cela est en d&#233;finitive un plus grand d&#233;tachement &#224; l'&#233;gard du magist&#232;re. D&#233;tachement des progressistes, mais c'&#233;tait le cas depuis longtemps. Mais d&#233;sormais aussi des conservateurs, comme on le voit notamment aux Etats-Unis, avec la multiplication de livres et articles sur les limites de la papaut&#233; et sur les exc&#232;s pass&#233;s de ce qu'ils appellent hyperpapalisme, qu'ils font d'ailleurs remonter bien avant Fran&#231;ois. En clair, les conservateurs sont de moins en moins ultramontains : une rupture historique majeure, et trop peu soulign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le successeur de Fran&#231;ois devra donc s'y prendre autrement, sauf &#224; &#233;largir la d&#233;chirure, ou &#224; perdre encore en cr&#233;dibilit&#233;. Plus d'&#233;coute, plus de coh&#233;rence, et la concentration sur l'essentiel : le message permanent de la foi et ses exigences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique Magazine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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