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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Crise de l'Eglise : restaurer la v&#233;ritable autorit&#233;</title>
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		<dc:date>2023-07-15T15:33:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Autorit&#233; dans l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Catholicisme</dc:subject>
		<dc:subject>Crise de l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;forme de l'Eglise</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;J'avais soulign&#233; dans une pr&#233;c&#233;dent document l'ampleur des cons&#233;quences de l'effondrement quantitatif du catholicisme. Il impliquera une transformation en profondeur de son organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que les d&#233;bats en cours sur le cl&#233;ricalisme et la voie synodale ne mettent pas en &#233;vidence le probl&#232;me le plus profond : la d&#233;ficience de l'autorit&#233;, particuli&#232;rement manifeste dans la crise p&#233;dophile mais qui va bien au-del&#224;. Et, corr&#233;lativement, la perte du sens de la vocation religieuse, sacerdotale ou monacale. En un mot, de sa sup&#233;riorit&#233; et de sa n&#233;cessit&#233;, et des exigences que cela implique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Reforme-de-l-Eglise-+.html" rel="tag"&gt;R&#233;forme de l'Eglise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'avais soulign&#233; dans une pr&#233;c&#233;dent document l'ampleur des cons&#233;quences de l'effondrement quantitatif du catholicisme : &#171; La d&#233;mographie glaciale qui attend l'Eglise, et sa disparition de la sc&#232;ne publique &#187; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-demographie-glaciale-qui-attend-l-Eglise-et-sa-disparition-de-la-scene.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-de...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'en d&#233;duit comme une &#233;vidence que dans le meilleur des cas on aura dans trente ans, dans nos pays, une petite Eglise, ramass&#233;e sur quelques points de rassemblement : les villes d'une certaine taille et quelques centres spirituellement actifs (monast&#232;res ou autres). Avec un petit nombre de pr&#234;tres, mais corr&#233;lativement un petit nombre de fid&#232;les. Le premier point a &#233;t&#233; soulign&#233; r&#233;cemment par la baisse des ordination, qui ne cesse pas mais le second est tout aussi r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecartons ici une illusion progressiste r&#233;pandue, qui est de croire qu'on peut avoir des communaut&#233;s catholiques vivantes et ferventes sans pr&#234;tres. Outre qu'on les cherche, toutes les donn&#233;es montrent au contraire la baisse corr&#233;lative des deux. Pour une raison simple : en milieu catholique le pr&#234;tre est vital. Sacramentellement et hi&#233;rarchiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le protestantisme traditionnel ne fait d'ailleurs pas mieux. Restent certes les &#233;vang&#233;liques, mais leur logique est profond&#233;ment diff&#233;rente. Cela dit, l&#224; aussi, le r&#244;le du pasteur est essentiel : la communaut&#233; n'existe pas sans eux, parfois m&#234;me trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le d&#233;bat qui est propos&#233; aujourd'hui en contexte catholique est notablement diff&#233;rent : c'est la th&#233;matique de ce qu'on appelle d&#233;sormais le cl&#233;ricalisme. Le mot a d'ailleurs pris un sens compl&#233;tement nouveau &#224; cette occasion : c'&#233;tait un r&#244;le excessif du clerg&#233; dans la soci&#233;t&#233; politique, c'est maintenant un exc&#232;s de pouvoir dudit clerg&#233; &#224; l'int&#233;rieur de l'Eglise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu sans le moindre doute de graves d&#233;faillances dans le r&#244;le de la hi&#233;rarchie, notamment &#233;piscopale, en particulier dans la crise de la p&#233;dophilie ; mais aussi dans d'autres domaines, et notamment dans le d&#233;sint&#233;r&#234;t de trop d'&#233;v&#234;ques pour les vocations. Cela dit, ce terme de cl&#233;ricalisme avec son nouveau sens tend &#224; ne pas bien faire cerner la r&#233;alit&#233; du probl&#232;me, et notamment sur trois points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est que dans la crise p&#233;dophile, il n'y a pas eu &lt;i&gt;exc&#232;s&lt;/i&gt; d'autorit&#233;, mais &lt;i&gt;insuffisance&lt;/i&gt; de l'autorit&#233; (notamment &#233;piscopale), par absence de prise en main des probl&#232;mes et absence de punition. Trop d'&#233;v&#234;ques (la majorit&#233; ?) n'ont pas fait leur travail de patrons. Se soucier avant tout d'&#233;touffer des affaires ou de manifester une compassion pour les seuls coupables (plus que pour les victimes) n'est pas un exercice de l'autorit&#233; ; c'est un acte irresponsable, que l'on paye maintenant. Voir ici mon &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Pedophilie-dans-l-Eglise-la-vraie-reforme.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Pedop...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me est que, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, on ne souffre pas dans l'Eglise actuelle, au niveau dioc&#233;sain, d'un exc&#232;s de pouvoir, mais d'une &lt;i&gt;paralysie&lt;/i&gt; du pouvoir. Chacun sait qu'un presbyterium a un pouvoir immense pour bloquer un &#233;v&#234;que qui a envie de bouger. Et que, plus qu'ailleurs dans la soci&#233;t&#233;, il y a une prime &#224; celui qui ne fait rien et qui &#233;vite les probl&#232;mes, tandis que celui qui bouge et fait des erreurs &#224; c&#244;t&#233; de belles r&#233;alisations en prend pour son grade (ainsi Mgr Rey). On le voit aussi dans les questions de m&#339;urs : &#224; l'erreur ant&#233;rieure (r&#233;agir aux signalements d'abus en &#233;touffant le probl&#232;me et d&#233;pla&#231;ant le coupable) a succ&#233;d&#233; l'erreur sym&#233;trique : d&#233;noncer imm&#233;diatement au procureur et, de fait, tuer civilement le pr&#234;tre en question, coupable ou non &#8211; avec suicides &#224; l'appui. Dans les deux cas, on n'a pas de vraie autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me est que si, par le pass&#233;, le respect du pr&#234;tre a pu conduire bien des victimes &#224; ne pas les d&#233;noncer, prenant sur elles seules la souffrance et l'injustice, on n'a pas diagnostiqu&#233; l'erreur sous-jacente. Elle ne r&#233;side pas dans le fait de tenir le pr&#234;tre comme un homme mis &#224; part, ayant une vocation sp&#233;cifique et par l&#224; une autorit&#233; l&#233;gitime, justifiant un respect particulier ; car ceci est juste. Elle r&#233;side dans le fait de ne pas r&#233;agir &#224; la faute grave d'un pr&#234;tre, alors que la bonne r&#233;action devrait au contraire se fonder sur le d&#233;calage entre ce qui est attendu de ce pr&#234;tre et ce qu'il fait r&#233;ellement. Ce n'est que par une conception fauss&#233;e de la vocation sacerdotale qu'on ne d&#233;nonce pas aux services ou personnes comp&#233;tents un pr&#234;tre p&#233;dophile, ou utilisant son autorit&#233; (par exemple, dans les sacrements) pour scandaliser des fid&#232;les. Car c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que le pr&#234;tre est &#224; part que s'il d&#233;vie gravement, il faut intervenir r&#233;solument, m&#234;me si naturellement il faut le faire avec soin (car personne n'a la science infuse) et sans d&#233;truire la personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, il y a une tendance croissante &#224; affirmer l'&#233;galit&#233; de toutes les voies et vocations, du la&#239;que moyen, au moine et &#224; la moniale, au pr&#234;tre et &#224; l'&#233;v&#234;que. Ce qui est une absurdit&#233; en contexte catholique, et ce n'est pas pour rien dans l'effondrement des vocations. Quelqu'un qui en r&#233;ponse &#224; un appel voue sa vie au service du Christ, qui sera en outre (dans nos soci&#233;t&#233;s) c&#233;libataire, d&#233;sargent&#233; et sans le statut social d'autrefois, est quelqu'un qui emprunte une voie dure et exigeante, au service de tous. Ce n'est donc en rien une vocation comme une autre ; redisons-le : c'est une voie sup&#233;rieure &#8211; ce qui &#224; nouveau ne veut pas dire que tous ceux qui la suivent sont &#224; la hauteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, le processus synodal en cours, essentiellement capt&#233; par les revendications progressistes rab&#226;ch&#233;es depuis 50 ans, ne r&#233;pond pas &#224; la question, et risque d'aggraver le probl&#232;me. Ecouter et associer les la&#239;cs, oui bien s&#251;r, mais sans faire planer en permanence un proc&#232;s en suspicion sur les &#233;v&#234;ques et les pr&#234;tres, et surtout sans parall&#232;lement rappeler leur r&#244;le essentiel et &#233;minent, ainsi que le besoin non pas de moins d'autorit&#233;, mais de plus d'autorit&#233;, et surtout mieux exerc&#233;e. Dans un tel contexte, le faible niveau des vocations a toutes chances de se tarir plus encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui veut dire aussi &#233;chapper &#224; la d&#233;rive inverse : l'exc&#232;s d'autorit&#233; de la t&#234;te, cette personnalisation aberrante du niveau pontifical transformant le pape en une esp&#232;ce de gourou ou de d&#233;cideur universel, selon une d&#233;rive qui date d'ailleurs de loin (sans doute de la fin du XIXe si&#232;cle). Certes, &#224; l'&#233;poque, l'ultramontanisme avait pour soi de r&#233;els motifs. Mais, en partie d'ailleurs du fait des moyens de communication actuels, on en arrive &#224; ce qu'on a attende du pape de devenir le cur&#233; de la plan&#232;te. L&#224; aussi le processus synodal, nivelant les autres &#233;chelons, magnifie par contraste et &#224; l'exc&#232;s le r&#244;le du d&#233;cideur ultime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas non plus l'appel permanent &#224; l'autorit&#233; de l'Esprit Saint qui am&#233;liore les choses. L'Esprit Saint a &#233;videmment le r&#244;le central, et il faut se mettre sous son &#233;gide et tenter de discemer ce qu'Il peut nous dire. Mais Il souffle o&#249; il veut, comme le rappelle l'Evangile. Il ne suffit pas de pr&#233;tendre se r&#233;unir sous son nom pour que le produit de ces d&#233;lib&#233;rations, humaines, trop humaines, puisse automatiquement s'en r&#233;clamer. Prenons nos responsabilit&#233;s et acceptons nos limites. Et reconnaissons que la crise de la foi est d'abord de notre responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc certainement besoin d'une r&#233;vision en profondeur et d'une reconstruction. Mais pour cela il faut donner &#224; chacun sa place, sa juste place. Les la&#239;cs ont la leur, mais ce n'est pas celle des pasteurs. Les pasteurs ont la leur, respect&#233;e &#224; juste titre, mais d&#232;s lors soumise &#224; l'exigence correspondante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous gardant en t&#234;te la v&#233;ritable priorit&#233; : la conversion personnelle et la charit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Catholicisme : Du bon usage du magist&#232;re </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Catholicisme-Du-bon-usage-du-magistere.html</link>
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		<dc:date>2021-02-13T15:35:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>
		<dc:subject>Autorit&#233; dans l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Fratelli tutti</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>Eglise et migrations</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le magist&#232;re catholique n'a pas de sens s'il n'est pas pris au s&#233;rieux et suivi, au moins par les plus engag&#233;s et les plus fid&#232;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la sortie de l'encyclique Fratelli tutti, apr&#232;s d'autres textes, donne &#224; la question un relief nouveau : si un pape prend des positions politiques, ou para&#238;t modifier des enseignements ant&#233;rieurs et apparemment permanents, que doit faire le catholique qui prend au s&#233;rieux cette id&#233;e de magist&#232;re ? Et au fond, &#224; quoi nous engage ce magist&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Eglise-et-magistere-.html" rel="directory"&gt;Magist&#232;re&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Magistere-catholique-+.html" rel="tag"&gt;Magist&#232;re catholique&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Fratelli-tutti-+.html" rel="tag"&gt;Fratelli tutti&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Pape-Francois-211-+.html" rel="tag"&gt;Pape Fran&#231;ois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Eglise-et-migrations-+.html" rel="tag"&gt;Eglise et migrations&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai d&#233;j&#224; abord&#233; cette question dans &lt;i&gt;Libert&#233; politique&lt;/i&gt;, avec &lt;i&gt;Crise de l'Eglise, crise du magist&#232;re ?&lt;/i&gt; (2018). Mais la sortie de l'encyclique &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt;, apr&#232;s d'autres textes, lui donne un relief nouveau : si un pape prend des positions politiques, ou para&#238;t modifier des enseignements ant&#233;rieurs et apparemment permanents, que doit faire le catholique fid&#232;le, qui prend au s&#233;rieux cette id&#233;e de magist&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les donn&#233;es de base&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons quelques faits de base. Le point central est que le magist&#232;re n'a d'autorit&#233; qu'en mati&#232;re de foi et de m&#339;urs (c'est-&#224;-dire de morale). Pas de fait, de v&#233;rit&#233; scientifique, ou de choix prudentiel dans une situation donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me point important est la distinction que fait le magist&#232;re lui-m&#234;me entre trois niveaux d'autorit&#233; (Code de droit canonique, canons 747 sqq.). Deux d'entre eux rel&#232;vent de l'infaillibilit&#233; : c'est d'abord le magist&#232;re extraordinaire du pape et d'un concile &#339;cum&#233;nique ; puis le magist&#232;re ordinaire universel des &#233;v&#234;ques et du pape, dans leur enseignement permanent. Et l&#224; il faut que le caract&#232;re d'infaillibilit&#233; soit clairement &#233;tabli : comme il est dit, &#171; aucune doctrine n'est consid&#233;r&#233;e comme infailliblement d&#233;finie que si cela est manifestement &#233;tabli &#187;. Mais si c'est le cas, l'adh&#233;sion pleine du fid&#232;le est demand&#233;e, car elle fait partie int&#233;grante de la foi. Il y a ensuite un troisi&#232;me niveau (canon 752 du Code), qui est tr&#232;s diff&#233;rent. C'est ce qu'on appelle le magist&#232;re authentique du pape ou du coll&#232;ge des &#233;v&#234;ques : dans ce cas, ils enseignent une doctrine, mais sans la proclamer d&#233;finitive. L'adh&#233;sion demand&#233;e n'est alors pas un &#171; assentiment de foi &#187;, mais &#171; une soumission [&lt;i&gt;obsequium&lt;/i&gt;] religieuse de l'intelligence et de la volont&#233; &#187;. On peut ajouter enfin un dernier niveau, encore en de&#231;&#224;, qui est l'enseignement courant des &#233;v&#234;ques : il est demand&#233; aux fid&#232;les d'y adh&#233;rer avec une &#171; r&#233;v&#233;rence religieuse de l'esprit &#187;. On aurait donc tort de consid&#233;rer que tout ce que disent le pape ou les &#233;v&#234;ques doit &#234;tre automatiquement re&#231;u tel quel : il y a une claire hi&#233;rarchie, et si le respect confiant et l'&#233;coute sont toujours demand&#233;s, le degr&#233; d'adh&#233;sion final varie consid&#233;rablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons en outre que si cet enseignement &#233;tait immuable, la question du magist&#232;re ne se poserait pas. Mais comme on sait, il fait l'objet d'un d&#233;veloppement au cours du temps. La conception orthodoxe de ce d&#233;veloppement (voir ici mon &lt;i&gt;La R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne ou l'&#233;ternit&#233; dans le temps&lt;/i&gt; Lethielleux-Art&#232;ge 2018) est qu'il s'agit du d&#233;gagement de contenus latents, potentiels ou implicites dans ce qu'on appelle le &#171; d&#233;p&#244;t de la foi &#187;, issu de la R&#233;v&#233;lation et transmis &#224; travers les Ecritures et la Tradition. Ce n'est donc pas une innovation sur le fond, car il n'y a pas de nouvelle r&#233;v&#233;lation divine. Le magist&#232;re est l'enseignement et l'explicitation d'une foi re&#231;ue et transmise, d&#233;velopp&#233;s au fil des questions et de la r&#233;flexion certes, mais contenus potentiellement dans ces pr&#233;misses ; cela n'a rien &#224; voir avec le r&#244;le d'un gourou qui d&#233;ciderait arbitrairement la ligne du moment. Cela n'a rien &#224; voir non plus avec l'action d'un parlement qui change des lois lorsqu'il le juge bon. Il s'en d&#233;duit logiquement que ces d&#233;veloppements ne peuvent pas contredire les enseignements pr&#233;c&#233;dents s'ils sont d&#233;finitifs. Et c'est logique : pourquoi suivre un magist&#232;re qui proclamerait ce qu'il pr&#233;senterait comme des v&#233;rit&#233;s, mais qui se contredirait au fil du temps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va quelque peu diff&#233;remment du &#171; magist&#232;re authentique &#187;, qui n'est pas d&#233;finitif. Des fluctuations sont alors possibles, s&#251;rement dans l'expression, mais &#233;ventuellement aussi dans le contenu des enseignements en question. En effet, si des affirmations rel&#232;vent r&#233;ellement du magist&#232;re, elles contiennent des &#233;l&#233;ments de v&#233;rit&#233; essentiels ; mais il est parfaitement possible hors infaillibilit&#233; (et notamment au niveau du magist&#232;re authentique), que ces &#233;l&#233;ments restent partiels, ou insuffisamment exprim&#233;s, ou accompagn&#233;s d'erreurs de fait. Dans ce m&#234;me livre je discerne des cas historiquement constat&#233;s d'affirmations qui ont &#233;t&#233; nuanc&#233;es ou corrig&#233;es par la suite. C'est lorsqu'elles ne prenaient pas assez en compte d'autres parties du d&#233;p&#244;t de la foi, et donc sans effectuer une synth&#232;se suffisante. Ou, plus fr&#233;quemment, si elles s'appuyaient en r&#233;alit&#233; sur des &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs au champ de la foi et des m&#339;urs, et d&#232;s lors transitoires (notions scientifiques, &#233;conomiques, appr&#233;ciations de situation etc.). C'est ce que nous reverrons plus en d&#233;tails. Dans les faits cependant, comme je l'ai montr&#233; dans ce m&#234;me livre, l'examen du recueil classique des textes du magist&#232;re, le Denzinger, montre la remarquable continuit&#233; de cet enseignement dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de ce d&#233;veloppement visant soigneusement &#224; la coh&#233;rence, et o&#249; les points d'inflexion sont peu nombreux et explicables, il est peu douteux que les fid&#232;les peuvent avoir le sentiment d'&#233;volutions beaucoup plus significatives dans ce que leurs pasteurs leur disent, surtout depuis soixante ans, d'autant que de nombreuses voix, m&#234;me &#224; niveau &#233;lev&#233;, tendent &#224; accr&#233;diter une interpr&#233;tation &#233;volutive du magist&#232;re. C'est notamment le cas avec l'enseignement du pape Fran&#231;ois, m&#234;me si de nombreuses voix non moins autoris&#233;es soulignent au contraire sa continuit&#233; avec l'enseignement ant&#233;rieur. Avant d'&#233;voquer ces questions plus en d&#233;tails, il est important de relever que les points en question ne se situent que rarement au c&#339;ur de la doctrine traditionnelle, et dans ce cas pas de fa&#231;on nette (ainsi la fameuse note de bas de page d'&lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;). En fait il s'agit bien plus de questions &#224; la fronti&#232;re de la r&#233;flexion morale et du choix politique ou &#233;conomique, comme les migrations, la peine de mort ou la guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci souligne d'autant plus le besoin d'une r&#233;flexion claire et lucide sur les limites du magist&#232;re dans ces mati&#232;res, ce qui sera notre sujet ici. Ajoutons que la probl&#233;matique est en l'esp&#232;ce color&#233;e par l'insistance du pape Fran&#231;ois sur une approche pastorale, visant &#224; mettre en mouvement les chr&#233;tiens, et &#224; lancer des processus &#233;volutifs, plus que sur une &#233;laboration doctrinale pr&#233;cise, dont il craint les effets bloquants. Ce qui peut conduire &#224; un effet de flou doctrinal. On sait en effet que le pape Fran&#231;ois s'est souvent montr&#233; m&#233;fiant &#224; l'&#233;gard de la rigueur doctrinale : il la per&#231;oit parfois comme un carcan, que des personnes peu mis&#233;ricordieuses instrumentalisent (ce qu'il appelle &#8216;lancer des pierres'). Il expliquait par exemple &#224; Dominique Wolton que J&#233;sus parlait au peuple, qui le comprenait, mais que &#171; les docteurs de l'Eglise de ce temps-l&#224; &#233;taient ferm&#233;s. Fondamentalistes. &#8216;On peut aller jusqu'ici, mais pas jusque-l&#224;.'. C'est le combat que je m&#232;ne aujourd'hui avec &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;. Parce que certains disent encore : &#8216;&#231;a, on peut, &#231;a, on ne peut pas'. Mais il existe une autre logique &#187;. On comprend bien s&#251;r ce souci. Mais l'inconv&#233;nient d'un tel positionnement est qu'il risque de jeter le trouble, sans donner de r&#233;ponse claire, surtout quand le pape ne r&#233;pond pas avec la clart&#233; voulue aux questions qui lui sont pos&#233;es, par exemple par les &lt;i&gt;dubia&lt;/i&gt; des quatre cardinaux sur &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;. Et cela tend &#224; accr&#233;diter l'id&#233;e que la doctrine change. Sachant que le pape Fran&#231;ois n'a en r&#233;alit&#233; jamais remis en cause la validit&#233; de l'approche doctrinale en soi, ni la permanence de ses conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question clef de la limite entre morale et savoir profane : le cas de l'&#233;conomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de la question du degr&#233; d'autorit&#233; des d&#233;clarations du magist&#232;re, se pose la question de ses limites, et notamment de ce qui sort du champ de la loi et des m&#339;urs. On l'a dit, par exemple, les questions scientifiques et techniques sont en principe exclues du champ du magist&#232;re. Mais o&#249; est la limite exacte entre les deux ? J'ai examin&#233; en d&#233;tails ce point dans le cas de l'&#233;conomie (revue &#8216;&lt;i&gt;Sedes Sapientiae&lt;/i&gt;' au N&#176; 147 mars 2019). La difficult&#233; vient du fait que tout jugement moral comporte une appr&#233;ciation de la situation examin&#233;e ; et un tel examen inclut tr&#232;s souvent, et de fa&#231;on parfois essentielle, une dimension technique ou scientifique. Il en r&#233;sulte qu'il est presque in&#233;vitable que toute expression du magist&#232;re dans ces domaines comporte, &#224; c&#244;t&#233; de la dimension morale, pour laquelle il est comp&#233;tent, une dimension d'analyse factuelle pour laquelle il ne l'est a priori pas (&lt;i&gt;Laudato Si&lt;/i&gt; nous le rappelle d'ailleurs, &#224; propos des donn&#233;es &#233;cologiques). Il est donc n&#233;cessaire de tenter de pr&#233;ciser cette limite. Ajoutons que cela peut donner un &#233;clairage sur le d&#233;veloppement de la doctrine, car ces &#233;nonciations d&#233;pendent en partie de notions scientifiques et techniques, ou encore de perceptions sociales qui sont l&#233;gitimement en &#233;volution. Cela m&#234;me si les exigences proprement &#233;thiques d&#233;gag&#233;es par le magist&#232;re doivent garder leur valeur dans le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re &#233;conomique, j'ai propos&#233; quatre exemples o&#249; on peut soutenir qu'une &#233;volution de la perception d'un probl&#232;me a pu conduire &#224; ce qui a pu &#234;tre vu comme un changement doctrinal ou &#224; une relativisation de l'attitude ant&#233;rieure, m&#234;me s'il y a &#224; mon sens en r&#233;alit&#233; continuit&#233; dans le jugement moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier exemple, de loin le plus important, est l'usure (au sens ancien de l'int&#233;r&#234;t sur un pr&#234;t). On est en effet pass&#233; d'une condamnation abrupte autrefois &#224; une acceptation de fait et en partie de droit - m&#234;me si on n'a pas de texte clair et d&#233;finitif sur le sujet. On pr&#233;tend parfois qu'on a proc&#233;d&#233; par multiplication des exceptions &#224; la r&#232;gle ancienne d'interdiction, au point de la vider de son sens dans la quasi-totalit&#233; des cas, mais sans la faire dispara&#238;tre. Mais ce n'est pas coh&#233;rent avec la pratique actuelle, qui accepte sans r&#233;serve le principe de l'int&#233;r&#234;t ; en outre, il me para&#238;t que l'analyse met en &#233;vidence les erreurs de l'approche ancienne, notamment par insuffisance de l'analyse technique. On avait certes raison de reconna&#238;tre que l'argent en soi n'est pas f&#233;cond, et qu'il doit &#234;tre au service de l'initiative et du travail humains ; mais on n'avait pas per&#231;u que l'argent m&#234;me pr&#234;t&#233; pouvait &#234;tre repr&#233;sentatif d'un capital qui a une capacit&#233; r&#233;elle &#224; contribuer &#224; la cr&#233;ation de richesse. Avec de l'argent m&#234;me emprunt&#233;, un entrepreneur peut cr&#233;er plus de richesse que sans. Ce pr&#234;t peut d&#232;s lors l&#233;gitimement &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233; en toute justice. Dans ce cas, comme on le voit, l'erreur n'&#233;tait pas dans les principes moraux, mais dans l'analyse &#233;conomique, et elle ne rel&#232;ve pas de la morale, ni de la R&#233;v&#233;lation. Dit autrement, dans les condamnations de l'&#233;poque la v&#233;rit&#233; morale, naturelle ou r&#233;v&#233;l&#233;e, &#233;tait m&#234;l&#233;e avec des conclusions contingentes. Et bien &#233;videmment il n'est pas choquant qu'un fait technique ne soit clarifi&#233; qu'au cours du temps &#8211; si le principe moral subsiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corporatisme est un deuxi&#232;me exemple. La recommandation qu'a faite l'Eglise du r&#233;gime corporatiste (notamment sous Pie XI) &#233;tait fond&#233;e en d&#233;finitive sur le besoin de prise en charge du bien commun, notamment par la coop&#233;ration entre les diff&#233;rentes composantes de la soci&#233;t&#233;, en l'esp&#232;ce au sein des professions. Ce sont comme telles des exigences morales permanentes. En revanche le choix pr&#233;cis du corporatisme comme technique d'organisation sociale rel&#232;ve de l'appr&#233;ciation politique ou technique, ce qu'on appelle un choix prudentiel, comme tel hors du champ de l'&#233;nonciation de principes moraux, et donc hors du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remarque analogue vaut pour un passage de &lt;i&gt;Populorum progressio&lt;/i&gt; (de Paul VI) visant les march&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res. L&#224; aussi, le principe moral &#233;tait clair et peu contestable : il faut en tant que de besoin qu'un march&#233; soit encadr&#233; pour le rendre plus juste, moral et humain. Mais le texte &#233;tait plus pr&#233;cis et envisageait un certain type de d&#233;marche : un dispositif international, avec r&#233;gulation de prix et garantie pour certaines productions. L'id&#233;e est d&#233;fendable, mais elle ne s'est pas r&#233;alis&#233;e, et on peut douter qu'elle doit praticable au niveau international. En tout cas elle ne rel&#232;ve pas du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier exemple sera donn&#233; par &lt;i&gt;Laudato Si&lt;/i&gt;, qui r&#233;cuse avec v&#233;h&#233;mence au N&#176; 171 ce qu'on appelle le march&#233; du carbone, qui est la n&#233;gociation sur un march&#233; de droits &#224; &#233;mission de CO2, octroy&#233;s et d&#233;finis par les pouvoirs publics. Mais ce texte manifeste une certaine incompr&#233;hension de ce m&#233;canisme, et de ce qu'est un march&#233; en g&#233;n&#233;ral. Naturellement on peut contester la pertinence de la mise en place de tels droits n&#233;gociables sur un march&#233;. Mais une telle option n'est pas immorale. L&#224; aussi, si la pr&#233;occupation morale de r&#233;gulation des &#233;missions est fond&#233;e, le jugement n&#233;gatif port&#233; par l'encyclique sur cette technique ne para&#238;t pas faire partie du champ du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, il y a bien une distinction &#224; faire entre deux champs : celui d'abord de l'exigence morale, qui rel&#232;ve du magist&#232;re, impliquant une forme de soumission intellectuelle du fid&#232;le - sous r&#233;serve de la possible remise en cause si on est hors du champ de l'infaillibilit&#233;, mais dans ce cas c'est apr&#232;s examen attentif et motifs tr&#232;s solides. Et il y a ensuite la constatation de situation ou de faits, l'analyse technique, et le choix de solutions : dans ces cas, on ne peut exiger du fid&#232;le la soumission de la volont&#233; et de l'intelligence qu'implique le magist&#232;re, m&#234;me simplement authentique. Sachant que bien s&#251;r le respect et l'&#233;coute s'imposent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe maintenant d'examiner comment cette distinction, relativement plus facile en &#233;conomie, peut s'appliquer au champ politique, o&#249; les sujets sont plus d&#233;licats et o&#249; jugement moral et jugement de fait tendent &#224; se m&#234;ler plus encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le champ politique et les prises de position du pape Fran&#231;ois&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle encyclique du pape Fran&#231;ois, sortie le 4 octobre 2020, &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt;, pose quelques probl&#232;mes &#224; ce sujet. Il est &#233;vident qu'on ne parle pas ici d'infaillibilit&#233; ; on est tout au plus dans ce qu'on appelle le &#8216;magist&#232;re authentique'. Mais la soumission du c&#339;ur et de l'esprit que ce dernier implique reste une exigence forte. Qu'en dire dans le cas de cette encyclique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;videmment dans ce texte une inspiration de fond, fond&#233;e sur la foi et l'exigence du bien, qui est non seulement bienvenue, mais magnifique, comme je l'ai relev&#233; par ailleurs. C'est le rappel de l'importance de l'amiti&#233; sociale, de la fraternit&#233; entre tous les hommes, qui est un message chr&#233;tien fondamental. Le pape le rappelle admirablement, et par l&#224; il se situe pleinement dans la ligne de l'exigence &#233;vang&#233;lique, ainsi d'ailleurs que de la pens&#233;e classique. Mais en m&#234;me temps le pape m&#234;le ce rappel essentiel avec des conceptions politiques qui lui sont particuli&#232;res, et qui ne paraissent pas relever du champ du magist&#232;re. Prenons quelques exemples caract&#233;ristiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les migrations d'abord. Le pape para&#238;t soutenir un droit absolu de tout migrant &#224; aller s'installer l&#224; o&#249; il veut afin de chercher une vie meilleure. On d&#233;passe ici largement le cas du r&#233;fugi&#233; qui craint pour sa vie et s'enfuit dans le pays le plus proche. On note en outre que dans ce texte (contrairement &#224; d'autres d&#233;clarations du pape, mais de bien moindre autorit&#233; qu'une encyclique), aucun r&#244;le n'est reconnu &#224; la communaut&#233; nationale d'accueil pour r&#233;guler cette entr&#233;e (sinon par le respect des droits des habitants ant&#233;rieurs). L'id&#233;e qu'il puisse y avoir mati&#232;re &#224; la prot&#233;ger d'une arriv&#233;e massive de nouveaux venus qui peuvent la d&#233;s&#233;quilibrer radicalement n'est pas m&#234;me &#233;voqu&#233;e. Plus largement, l'id&#233;e m&#234;me de communaut&#233; politique organis&#233;e, avec une autorit&#233; &#224; sa t&#234;te, est de fait absente. La diversit&#233; des cultures est vivement d&#233;fendue, mais rien n'indique comment l'assurer ; en tout cas ce n'est pas par une organisation politique sp&#233;cifique &#224; cette communaut&#233;. D'autant que pour le pape d'ailleurs, m&#234;me l'id&#233;e de peuple est &#233;volutive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre juste ensuite. Le pape nous explique que la doctrine historique de la guerre juste n'a plus de valeur aujourd'hui. Elle &#233;tait pourtant, comme il le reconna&#238;t, encore d&#233;velopp&#233;e et enseign&#233;e dans le r&#233;cent cat&#233;chisme de l'Eglise catholique. Il condamne en outre la dissuasion nucl&#233;aire dans son principe : la d&#233;tention m&#234;me des armes nucl&#233;aires est rejet&#233;e. A cela s'ajoute une vision quelque peu ir&#233;nique de la vie internationale : une confiance totale dans l'ONU dont le renforcement est ardemment d&#233;sir&#233; etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peine de mort. Dans le prolongement de sa d&#233;cision ant&#233;rieure de modifier le cat&#233;chisme sur ce point, le pape laisse entendre que la doctrine ant&#233;rieure, qui admettait sa possibilit&#233;, n'a jamais &#233;t&#233; valable, car la conception que nous avons de la dignit&#233; humaine l'exclurait. Il &#233;limine m&#234;me la prison &#224; vie. Non seulement il para&#238;t &#233;vacuer ici l'enseignement traditionnel, mais il n'examine pas ses arguments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La place de la religion enfin. L'essentiel du texte porte sur la fraternit&#233;, et il peut &#234;tre compris sans religion (m&#234;me si bien s&#251;r il se r&#233;f&#232;re &#224; des textes chr&#233;tiens). En revanche, &#224; la fin, le pape explique d'une part que cette fraternit&#233; est impossible sans paternit&#233;, et donc sans croyance en Dieu. Et d'autre part que cette croyance en Dieu suffit, dans le cadre de n'importe quelle religion. D'o&#249; le r&#244;le consid&#233;rable donn&#233; au cours du texte au grand imam d'Al Azhar. Ce qui pose deux s&#233;ries de questions consid&#233;rables. D'un c&#244;t&#233;, quelle fraternit&#233; est possible s'il faut pour cela croire en Dieu ? Car une bonne partie de la plan&#232;te n'y croit pas, ou mal. D'un autre c&#244;t&#233; et surtout, il n'y aurait donc pas de diff&#233;rence r&#233;elle entre christianisme et Islam sur ce point. Dans le cas de la violence, l'affirmation est surprenante (mais retrouve des propos ant&#233;rieurs du pape). La simple lecture du Coran et l'examen de la pratique musulmane, prouvent pourtant que la r&#233;alit&#233; est notablement diff&#233;rente : une de ces religions, le christianisme, a pu &#234;tre violente mais c'&#233;tait malgr&#233; ses textes, et il ne s'est pour l'essentiel pas r&#233;pandue par ce moyen. L'autre, l'islam, recommande la violence et la guerre au service de la religion, tant dans ses textes que dans sa pratique constante ; et elle s'est r&#233;pandue en grande majorit&#233; par la guerre. L'une alimente le terrorisme, l'autre pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait ajouter d'autres d&#233;s&#233;quilibres dans le texte, notamment par omission. Par exemple, les doctrines et d&#233;rapages politiques qui y sont d&#233;nonc&#233;s sont le populisme nationaliste et le n&#233;o-lib&#233;ralisme (non sans motifs d'ailleurs). Mais on ne trouve rien sur d'autres d&#233;rives majeures de la pens&#233;e dominante, celle qui inspire les m&#233;dias et l'ONU, celle de ce que les papes pr&#233;c&#233;dents appelaient la culture de mort. On ne trouve par exemple rien dans le texte qui permette de remettre en cause le totalitarisme chinois actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, comme c'est fr&#233;quent chez le pape Fran&#231;ois, tout ce qui est &#233;conomique (&#233;conomie de march&#233;) est pr&#233;sent&#233; sous un jour n&#233;gatif (sauf cinq lignes sur la noble vocation de l'entrepreneur). En soi ce que le pape d&#233;nonce correspond trop souvent &#224; des r&#233;alit&#233;s. Mais peut-on consid&#233;rer que l'&#233;conomie, les entreprises, les march&#233;s se r&#233;duisent &#224; ces &#233;l&#233;ments n&#233;gatifs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'aspect th&#233;orique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment analyser ces questions ? Rappelons d'abord &#224; nouveau que le magist&#232;re, l'enseignement de la doctrine et donc son d&#233;veloppement, ne peuvent se faire dans la contradiction, sauf &#224; se ruiner : pourquoi devrait-on s'incliner devant un enseignement qui pourra &#234;tre contredit le lendemain ? Restent les questions soulev&#233;es par ces d&#233;clarations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan formel, on pourrait bien s&#251;r rappeler que dans ce texte le pape ne manifeste pas l'intention d'intervenir sur le plan doctrinal. Il le dit tr&#232;s clairement au d&#233;but de son encyclique, au n&#176; 6. &#171; Les pages qui suivent n'entendent pas r&#233;sumer la doctrine sur l'amour fraternel, mais se focaliser sur sa dimension universelle, sur son ouverture &#224; toutes les personnes. Je livre cette encyclique sociale comme une &lt;i&gt;modeste contribution &#224; la r&#233;flexion&lt;/i&gt; [je souligne] pour que, face aux mani&#232;res diverses et actuelles d'&#233;liminer ou d'ignorer les autres, nous soyons capables de r&#233;agir par un nouveau r&#234;ve de fraternit&#233; et d'amiti&#233; sociale qui ne se cantonne pas aux mots. Bien que je l'aie &#233;crite &#224; partir de mes convictions chr&#233;tiennes qui me soutiennent et me nourrissent, j'ai essay&#233; de le faire de telle sorte que la r&#233;flexion s'ouvre au dialogue avec toutes les personnes de bonne volont&#233;. &#187; Il n'en reste pas moins qu'il &#233;nonce des affirmations qui sont en soi d'ordre doctrinal. Compte tenu de l'auteur, et de l'autorit&#233; de la forme &#8216;encyclique', la question de l'interpr&#233;tation de ces passages subsiste donc dans une certaine mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question se divise elle-m&#234;me en deux : d'un c&#244;t&#233;, qu'est-ce qui entre dans le champ du magist&#232;re ? Et de l'autre, que peut-on penser de ce qui appara&#238;t comme &#233;volution doctrinale (restant ouverte la question du caract&#232;re officiel de celle-ci) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La limite de la foi et des m&#339;urs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le premier point (celui du champ du magist&#232;re) rappelons &#224; nouveau que tout pasteur, ce pape comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs, a l&#233;gitimement ses vues personnelles, m&#234;me si le pape Fran&#231;ois va plus loin que ses pr&#233;d&#233;cesseurs dans leur expression. Or l'autorit&#233; du magist&#232;re ne les couvre pas, comme on l'a vu : outre la question de l'autorit&#233; des textes consid&#233;r&#233;s, y &#233;chappent la r&#233;alit&#233; des faits (scientifiques ou autres), ainsi que les choix prudentiels ; ces derniers, eux, incombent aux fid&#232;les, notamment aux politiques (et donc en un sens &#224; nous tous). On peut ranger ici par exemple la question de la guerre juste, puisque le pape para&#238;t d&#233;duire la remise en cause de ce concept d'une &#233;valuation de la guerre moderne, suppos&#233;e d&#233;sormais trop destructrice (guerre totale) : or on peut avoir sur ce sujet une appr&#233;ciation factuelle diff&#233;rente de la sienne, car il n'y a pas que des guerres totales &#224; notre &#233;poque, c'est m&#234;me le contraire. De m&#234;me son analyse de l'ONU, qui n'est qu'un moyen. Bien entendu cette qualification ne remet pas en question le principe moral indiscutable de la recherche de la paix, ou du bien qu'il y a dans la coop&#233;ration internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On rangera &#224; mon sens dans la m&#234;me cat&#233;gorie, hors champ du magist&#232;re, l'id&#233;e du pape selon laquelle le v&#233;ritable islam n'est pas violent, qu'on trouve exprim&#233;e de fa&#231;on encore plus nette dans Evangelii gaudium (au n&#176;253 : &#171; Face aux &#233;pisodes de fondamentalisme violent qui nous inqui&#232;tent, l'affection envers les vrais croyants de l'Islam doit nous porter &#224; &#233;viter d'odieuses g&#233;n&#233;ralisations, parce que le v&#233;ritable Islam et une ad&#233;quate interpr&#233;tation du Coran s'opposent &#224; toute violence. &#187;). C'est en effet une affirmation de fait, portant sur une autre religion, et non un point de foi chr&#233;tienne, ou de morale. Affirmation d'ailleurs tr&#232;s contestable sur le fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des consid&#233;rations analogues valent aussi &#224; mon sens pour les migrations. Le principe moral de l'accueil de la personne dans le besoin est &#233;videmment chr&#233;tien, et essentiel. De m&#234;me celui de la destination universelle des biens. Mais personne n'en d&#233;duit un droit illimit&#233; de toute personne dans le besoin &#224; entrer chez moi et &#224; s'y installer, encore moins &#224; revendiquer d'y &#234;tre tenu comme membre de la famille. Il convient donc d'analyser cas par cas o&#249; se situe le bien commun d'une nation : dans un accueil illimit&#233; (en ne s'arr&#234;tant qu'au respect des droits des actuels citoyens) comme para&#238;t dire le pape ; ou dans un discernement pouvant aller jusqu'&#224; n'admettre qu'un petit nombre de candidats, ceux-l&#224; seuls qui sont r&#233;ellement en danger personnel, ou d&#233;sireux de s'assimiler ? Sans compter toutes les positions interm&#233;diaires. Il s'agit l&#224; d'un choix prudentiel, bas&#233; sur une analyse factuelle de la situation. Ajoutons que la th&#232;se du droit illimit&#233; remettrait en cause l'enseignement et la pratique ant&#233;rieure de l'Eglise sur l'autonomie des r&#233;alit&#233;s terrestres ainsi que sur le statut des communaut&#233;s politiques, car elles n'auraient alors plus de maitrise de leur destin, qui serait dict&#233; par des principes abstraits g&#233;n&#233;raux prenant la forme de droits absolus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de l'&#233;volution doctrinale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le second point (l'&#233;volution doctrinale &#233;ventuelle), il y a au fond tr&#232;s peu d'exemples &#224; &#233;voquer. On trouve d'abord la question de la peine de mort. J'ai trait&#233; la question plus en d&#233;tail dans &#171; &lt;i&gt;Continuit&#233; doctrinale du magist&#232;re catholique : le cas de la peine de mort&lt;/i&gt; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Continuite-doctrinale-du-magistere.html?PHPSESSID=b7d79ed2f3083fd1f1524b016eda3b24&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Continuite-d...&lt;/a&gt;. On l'a dit, le pape a demand&#233; une modification du cat&#233;chisme ; lequel consid&#233;rait auparavant qu'&#224; notre &#233;poque la peine de mort ne se justifiait pas (vu les progr&#232;s en mati&#232;re p&#233;nale), mais ne remettait pas en question la doctrine ant&#233;rieure selon laquelle elle pouvait &#234;tre licite en soi (le texte d'alors la rappelait m&#234;me explicitement), d'autant qu'elle a de tr&#232;s solides fondements bibliques et doctrinaux. La r&#233;daction nouvelle, sans &#234;tre totalement claire, para&#238;t indiquer (outre les arguments sur les progr&#232;s en mati&#232;re p&#233;nale) que le progr&#232;s de la conscience de la dignit&#233; de l'homme conduisait &#224; condamner en soi la peine de mort. On pourrait donc soutenir qu'il s'agit bien d'un point doctrinal, et qu'il y a eu changement de doctrine (le cat&#233;chisme dit que &#171; la peine de mort est inadmissible &#187;, au moins &#224; partir de maintenant). Or il ne s'agit alors pas uniquement d'une question de fait : elle entre dans le champ de la morale, puisqu'on invoque un progr&#232;s de la conscience ; ce n'est pas non plus un choix prudentiel, puisque dans cette lecture l'exclusion para&#238;t totale, et elle n'est pas laiss&#233;e &#224; un jugement d'esp&#232;ce. Mais inversement, on peut contester qu'&#224; soi seule une modification du cat&#233;chisme permette de changer une doctrine, m&#234;me si c'est un document tr&#232;s important, car il est cens&#233; rassembler un &#233;tat de doctrine, pas en &#233;noncer une nouvelle. En outre l'argument d'un progr&#232;s dans la conscience est tout &#224; fait nouveau dans le d&#233;bat doctrinal et sa port&#233;e reste peu claire ; il pourrait d'ailleurs conduire &#224; des fluctuations dans tous les sens. On ajoutera que la d&#233;cision a &#233;t&#233; quelque peu exp&#233;ditive et qu'aucune argumentation n'est donn&#233;e qui r&#233;fute les fondements de la doctrine ant&#233;rieure (notamment la Bible). Or la doctrine s'appr&#233;cie dans la continuit&#233;, comme Beno&#238;t XVI l'avait rappel&#233; (herm&#233;neutique de la continuit&#233;). Enfin et surtout on peut lire le texte actuel du cat&#233;chisme, qui se base sur la situation pr&#233;sente (conscience nouvelle et &#233;tat des m&#233;thodes p&#233;nales) comme ne se r&#233;f&#233;rant qu'&#224; cette situation (et non &#224; une v&#233;rit&#233; morale en soi, quelle que soit l'&#233;poque) ; voire estimer qu'il s'agit de fait d'un question prudentielle (puisqu'elle est variable selon la situation), et non doctrinale. Ce d&#233;bat complexe n'est donc pas clos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre question pos&#233;e porte comme on l'a vu sur les autres religions, islam compris : le pape nous dit &#224; la fin de l'encyclique que Dieu y est notre p&#232;re comme dans le christianisme. Cela para&#238;t rejoindre une autre id&#233;e r&#233;currente de ce m&#234;me pape, qui semble reconna&#238;tre &#224; ces religions une r&#233;elle validit&#233; comme telles, (et donc bien au-del&#224; de ce que dit le Concile, qui se borne &#224; dire que ce qui est bon en elles est bon). Formul&#233;e ainsi, la proposition serait un changement de doctrine : on a toujours li&#233; en christianisme la paternit&#233; divine envers nous avec celle du P&#232;re avec le Fils et avec notre position de fr&#232;res adoptifs de celui-ci. Elle n'a d'ailleurs de sens que pour qui admet la Trinit&#233;, donc pour un chr&#233;tien. Reste que le pape n'a pas formul&#233; une telle th&#232;se de fa&#231;on aussi claire et manifestement doctrinale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, la consid&#233;ration des limites du champ du magist&#232;re, ainsi que l'exclusion des donn&#233;es de fait ou prudentielles, montrent qu'il n'y a pas &#224; ce stade de probl&#232;me majeur sur le plan des principes (sous r&#233;serve du d&#233;bat d&#233;licat mais localis&#233; sur la peine de mort), &#224; condition de bien d&#233;limiter ce qui rel&#232;ve r&#233;ellement du magist&#232;re. Cela souligne cependant par contraste l'importance d'avoir des d&#233;clarations claires, explicites et manifestement doctrinales pour que les r&#232;gles d'ob&#233;issance s'appliquent. Reste un trouble r&#233;el, encore accru par la r&#233;serve du pape Fran&#231;ois &#224; l'&#233;gard du travail doctrinal comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan pratique, on est alors devant une t&#226;che qui n'est qu'apparemment nouvelle . D'un c&#244;t&#233; le pape est le pasteur, et le catholique doit l'&#233;couter, s'impr&#233;gner de son message pour ce qui concerne la foi et les m&#339;urs, s'en inspirer et se mobiliser. D'un autre c&#244;t&#233;, il lui faut discerner ce qui est d'ordre doctrinal (magist&#233;riel) et ce qui ne l'est pas, et comprendre la doctrine dans la continuit&#233;. L'ob&#233;issance est donc une t&#226;che, intellectuellement exigeante. Loin du suivisme na&#239;f qui a paru pr&#233;valoir un certain temps, et qui subsiste dans bien des esprits, progressistes ou conservateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans &lt;i&gt;Libert&#233; Politique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Limites du magist&#232;re catholique : l'exemple de l'&#233;conomie</title>
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		<dc:date>2019-04-20T16:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Finance un regard chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>
		<dc:subject>Autorit&#233; dans l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Condamnation de l'usure</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;veloppement doctrinal</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le magist&#232;re joue un r&#244;le central dans la foi catholique. Mais quelle est la vraie port&#233;e et quelles sont les limites du magist&#232;re ? C'est une question essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En principe le champ du magist&#232;re est la &#8216;foi' et les &#8216;m&#339;urs' (c'est-&#224;-dire la morale). Et les questions scientifiques et techniques en sont exclues. Mais o&#249; passe la limite entre les deux ? C'est ce que j'examine ici dans le cas de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans la revue 'Sedes Sapientiae' N&#176; 147 mars 2019, un peu abr&#233;g&#233; ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question des limites du magist&#232;re : exemples tir&#233;s du champ &#233;conomique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le magist&#232;re joue un r&#244;le central dans la foi catholique. Comme on sait, il est demand&#233; au fid&#232;le soit une adh&#233;sion pleine (magist&#232;re extraordinaire ou ordinaire universel), soit une soumission du c&#339;ur et de l'esprit (magist&#232;re authentique), ce qui est une exigence tr&#232;s forte m&#234;me dans le deuxi&#232;me cas. Ce qui fait de la question de la port&#233;e et des limites du magist&#232;re une question essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes, et notamment le Code de droit canonique pr&#233;cisent tous que le champ du magist&#232;re est la &#8216;foi et les m&#339;urs' (la morale). En revanche les questions scientifiques et techniques en sont en principe exclues. L'application de ce dernier crit&#232;re peut soulever des probl&#232;mes dont les enjeux sont importants et doivent &#234;tre abord&#233;s. C'est ce que je vais &#233;voquer ici, en prenant pour exemple non pas le domaine des sciences dites dures, mais celui des &#8216;sciences humaines' car la d&#233;limitation entre la dimension factuelle ou scientifique, et la dimension normative ou &#233;thique y est particuli&#232;rement d&#233;licate. Je me concentrerai en outre sur l'&#233;conomie, relativement plus technique et plus facile &#224; cerner que le politique par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le besoin de clarifier cette question appara&#238;t d'autant plus en la mati&#232;re que tout jugement moral comporte entre autres une appr&#233;ciation de la situation examin&#233;e ; or dans le champ des affaires humaines, cet examen inclut de fa&#231;on parfois essentielle une dimension technique ou scientifique. Il est donc non seulement possible mais presque in&#233;vitable que toute expression du magist&#232;re dans ces domaines comporte, &#224; c&#244;t&#233; de la dimension &#233;thique, pour laquelle il est comp&#233;tent, une dimension d'analyse factuelle pour laquelle il n'est a priori pas comp&#233;tent, du moins par nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la question examin&#233;e ici.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bref rappel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas inutile de commencer cet examen par un bref rappel de textes concernant le magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons d'abord que les questions ici &#233;voqu&#233;es rel&#232;vent de la Doctrine sociale de l'Eglise (DSE). Or le Compendium de la DSE rappelait au N&#176; 80 que &#171; en tant que partie int&#233;grante de l'enseignement moral de l'&#201;glise, la doctrine sociale rev&#234;t la m&#234;me dignit&#233; et poss&#232;de la m&#234;me autorit&#233; que cet enseignement. Elle est un Magist&#232;re authentique, qui exige l'acceptation et l'adh&#233;sion des fid&#232;les. Le poids doctrinal des diff&#233;rents enseignements et l'assentiment qu'ils requi&#232;rent doivent &#234;tre &#233;valu&#233;s en fonction de leur nature, de leur degr&#233; d'ind&#233;pendance par rapport &#224; des &#233;l&#233;ments contingents et variables et de la fr&#233;quence avec laquelle ils sont rappel&#233;s. &#187; Notons le terme &#171; &#233;l&#233;ments contingents et variables &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que le magist&#232;re &#8216;authentique' ici vis&#233;, distinct du magist&#232;re extraordinaire comme du magist&#232;re ordinaire universel, qui demandent un assentiment de foi parce que ce qu'ils enseignent est consid&#233;r&#233; &#8216;d&#233;finitif', fait n&#233;anmoins l'objet d'exigences fortes &#224; l'&#233;gard des fid&#232;les. Comme le pr&#233;cise le Code de Droit Canonique (Can. 752) &#171; ce n'est pas vraiment un assentiment de foi, mais n&#233;anmoins une soumission religieuse de l'intelligence et de la volont&#233; qu'il faut accorder &#224; une doctrine que le Pontife Supr&#234;me ou le Coll&#232;ge des &#201;v&#234;ques &#233;nonce en mati&#232;re de foi ou de m&#339;urs, m&#234;me s'ils n'ont pas l'intention de la proclamer par un acte d&#233;cisif ; les fid&#232;les veilleront donc &#224; &#233;viter ce qui ne concorde pas avec cette doctrine. &#187; Une note doctrinale de la Congr&#233;gation pour la Doctrine de la Foi du 29 juin 1998 pr&#233;cisait au N&#176; 10 que &#171; &#224; cet alin&#233;a appartiennent tous ces enseignements &#8211; en mati&#232;re de foi ou de morale &#8211; pr&#233;sent&#233;s comme vrais ou au moins comme s&#251;rs, m&#234;me s'ils n'ont pas &#233;t&#233; d&#233;finis dans un jugement solennel ou propos&#233;s comme d&#233;finitifs par le Magist&#232;re ordinaire et universel. Ces enseignements sont en tout cas expression authentique du Magist&#232;re ordinaire du Pontife romain ou du Coll&#232;ge &#233;piscopal et requi&#232;rent donc la soumission religieuse de la volont&#233; et de l'intelligence. Ils sont propos&#233;s pour nous conduire &#224; une intelligence plus profonde de la r&#233;v&#233;lation, ou bien pour rappeler la conformit&#233; d'un enseignement avec les v&#233;rit&#233;s de la foi, ou enfin pour mettre en garde contre les conceptions incompatibles avec ces v&#233;rit&#233;s ou contre des opinions dangereuses susceptibles d'induire en erreur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, une telle doctrine n'&#233;tant pas d&#233;finitive peut en principe &#233;voluer. Mais en m&#234;me temps si une soumission du c&#339;ur et de l'esprit est demand&#233;e, cela implique qu'un tel changement &#233;ventuel respectera une raisonnable coh&#233;rence dans le temps ; sinon il serait difficile de parler de magist&#232;re et d'exiger des soumissions successives &#224; des demandes qui seraient contradictoires, du moins dans leur logique morale. Mais si la continuit&#233; de la doctrine morale est vitale, en revanche son encastrement dans un contexte humain mouvant, comportant des notions ne relevant pas de la morale mais de l'analyse factuelle, scientifique ou technique, comporte une part de contingence, qui ne rel&#232;ve semble-t-il pas du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Exemples historiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re &#233;conomique je propose quatre exemples de cas o&#249; on peut soutenir qu'une &#233;volution de la perception d'un probl&#232;me a pu conduire &#224; ce qui a pu &#234;tre per&#231;u comme une &#233;volution doctrinale ou une relativisation de l'attitude ant&#233;rieure. Reste cependant &#224; distinguer alors la continuit&#233; dans le jugement moral. Le premier exemple, le plus ancien, et de loin le plus important est l'usure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La condamnation du pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que la condamnation de toute forme de pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t , totale dans son principe &#224; partir du XIIIe si&#232;cle, s'est prolong&#233;e pour l'essentiel jusqu'en 1745 avec la bulle Vix pervenit de Beno&#238;t XIV, qui cl&#244;t la s&#233;rie. Ce dernier texte contient un vrai d&#233;veloppement th&#233;orique et une vraie analyse ; on ne peut donc consid&#233;rer que ce soit une mention en passant. C'&#233;tait l'int&#233;r&#234;t sur un pr&#234;t qui &#233;tait vis&#233; et condamn&#233; sous le nom d'usure (et non pas la seule usure au sens actuel du terme). Certes de multiples exceptions &#233;taient pr&#233;vues, rendant en pratique le pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t possible, notamment dans l'activit&#233; commerciale, mais la condamnation de principe subsistait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or l'Eglise a ensuite assoupli sa position, jusqu'&#224; aboutir dans les Codes de Droit canonique de 1917 et plus encore de 1983 &#224; une acceptation de fait de l'int&#233;r&#234;t, sans parler de sa propre pratique, ni des nombreux textes de la Doctrine sociale qui depuis &lt;i&gt;Rerum Novarum&lt;/i&gt; en 1891 ne la condamnent pas non plus. Cela dit, aucun texte magist&#233;riel formel sur le sujet n'a &#233;t&#233; publi&#233; sur le sujet depuis 1745, ce qui est d'ailleurs &#233;tonnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se pose alors la question sur le plan doctrinal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condamnation ancienne utilisait assez peu la base r&#233;v&#233;l&#233;e, car elle est mince. Il y a d'abord &#233;videmment les passages des Ecritures (Exode et L&#233;vitique), interdisant de pr&#234;ter avec int&#233;r&#234;t. Mais outre que pour le chr&#233;tien la loi mosa&#239;que est abrog&#233;e dans sa lettre sur de nombreux points, ces passages visent principalement un cas pr&#233;cis : celui d'un pauvre qui a besoin de cet argent pour survivre. Il est &#233;videmment contraire &#224; la morale de demander des int&#233;r&#234;ts &#224; quelqu'un qui meurt de faim. Mais cela ne dit rien de certain sur l'int&#233;r&#234;t en g&#233;n&#233;ral. L'Evangile, lui, est muet sur ce point normatif pr&#233;cis. Une seule phrase a &#233;t&#233; all&#233;gu&#233;e r&#233;guli&#232;rement ; c'est Luc 6, 34-35 : &#171; date mutuum, nihil inde sperantes &#187; (pr&#234;tez sans rien en attendre). Certains &#224; l'&#233;poque m&#233;di&#233;vale ont voulu la lire comme une prescription juridique pr&#233;cise, interdisant la perception d'int&#233;r&#234;ts. Mais cette lecture est isol&#233;e du contexte et contestable. Le passage d'o&#249; il vient nous encourage &#224; ne rien attendre en &#8216;&#233;change' de nos bienfaits, et &#224; aimer nos ennemis. En outre et surtout l'Evangile parle ailleurs explicitement d'int&#233;r&#234;ts en banque et, pris litt&#233;ralement, on pourrait comprendre qu'il les recommande, ainsi dans la c&#233;l&#232;bre parabole des talents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; la condamnation de l'int&#233;r&#234;t comme tel se basait &#224; l'&#233;poque principalement sur des raisonnements. Ces derniers m&#234;laient deux types de consid&#233;rations. D'un c&#244;t&#233;, une position de principe, condamnant un usage absolu de l'argent, s'il est recherch&#233; pour lui-m&#234;me sans responsabilit&#233; ni lien social ; plus pr&#233;cis&#233;ment on rejetait l'id&#233;e que l'argent est jug&#233; cr&#233;atif en lui-m&#234;me, sans association avec du travail. Cette condamnation est d'ordre principalement moral et me para&#238;t garder toujours sa valeur. L'argent par lui-m&#234;me est effectivement st&#233;rile, on ne peut en tirer un usage cr&#233;atif qu'en l'utilisant socialement, en liaison avec du travail (y compris celui de l'entrepreneur), et moyennant d&#232;s lors responsabilit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, on a une analyse plus proprement &#233;conomique. Elle reposait notamment sur l'id&#233;e que dans un pr&#234;t d'argent ce qu'on pr&#234;te &#233;tant fongible est consomm&#233;. On en d&#233;duisait qu'on ne pouvait pas l&#233;gitimement en facturer l'usage, car disait-on l'usage de l'argent se confond avec sa consommation - contrairement &#224; la location d'une maison par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de l'analyse &#233;conomique ces id&#233;es me paraissent fausses ; en effet l'argent est repr&#233;sentatif d'un acc&#232;s &#224; des biens, notamment des biens de production (du capital) ; et ces biens, ces outils potentiels, combin&#233;s avec une activit&#233; humaine, produisent effectivement un surplus de richesse. On n'avait donc pas vu qu'il peut y avoir contribution productive de l'argent, lorsqu'il est le moyen de fournir &#224; un entrepreneur ou un travailleur des instruments qui lui permettent de cr&#233;er consid&#233;rablement plus qu'il ne le ferait sans cela. Dans la logique &#233;conomique, cette contribution justifie une r&#233;tribution, le paiement d'un prix, comme tout service ; c'est le r&#244;le de l'int&#233;r&#234;t. Il est en outre contestable de soutenir que l'utilisation de l'argent s'assimile &#224; une consommation, car si un pain pr&#234;t&#233; &#224; un pauvre est bien consomm&#233; et donc dispara&#238;t, l'argent lui subsiste, il change simplement de mains et son r&#244;le reste intact, qui est le pouvoir d'acqu&#233;rir n'importe quel bien marchand, y compris un facteur de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, historiquement la condamnation de l'int&#233;r&#234;t a &#233;t&#233; sans doute utile pour limiter la tentation des soci&#233;t&#233;s anciennes &#224; pratiquer des taux d'int&#233;r&#234;ts aberrants, que nous appelons maintenant usure. Mais sa base th&#233;orique &#233;tait contestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aller un peu plus loin : l'&#233;volution des perceptions en mati&#232;re &#233;conomique n'a pas simplement multipli&#233; les exceptions &#224; la r&#232;gle ancienne au point de la vider de son sens dans la quasi-totalit&#233; des cas ; elle a mis en &#233;vidence une insuffisance de l'analyse technique ancienne. Cela dit, comme on le voit, l'erreur n'&#233;tait pas dans les principes moraux, mais dans l'analyse &#233;conomique, qui ne rel&#232;ve pas de la morale ni de la r&#233;v&#233;lation. La v&#233;rit&#233; morale, naturelle ou r&#233;v&#233;l&#233;e, y &#233;tait donc m&#234;l&#233;e avec des conclusions contingentes, non r&#233;v&#233;l&#233;es. Or on l'a dit il n'est pas choquant qu'un fait relevant du domaine technique ne soit clarifi&#233; qu'au cours du temps &#8211; si ce faisant le principe moral subsiste. Car seul ce dernier fait l'objet d'un enseignement chr&#233;tien. Il reste cependant curieux que le point n'ait pas &#233;t&#233; &#233;voqu&#233; et &#233;lucid&#233; de fa&#231;on explicite dans l'enseignement magist&#233;riel r&#233;cent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Corporatisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corporatisme est un deuxi&#232;me exemple. On sait que pendant toute une p&#233;riode la DSE a propos&#233; comme &#233;l&#233;ments de solution &#224; la question sociale ce qu'on appelait le corporatisme, et notamment la grande encyclique Quadragesimo anno (1931). Pie XI y relevait avec force les limites de la libre concurrence (au n&#176; 52) selon un th&#232;me constant de la DSE : &#171; De m&#234;me qu'on ne saurait fonder l'unit&#233; du corps social sur l'opposition des classes, ainsi on ne peut attendre du libre jeu de la concurrence l'av&#232;nement d'un r&#233;gime &#233;conomique bien ordonn&#233;. [&#8230;] C'est donc &#224; des principes sup&#233;rieurs et plus nobles qu'il faut demander de gouverner avec une s&#233;v&#232;re int&#233;grit&#233; ces puissances &#233;conomiques, c'est-&#224;-dire &#224; la justice et &#224; la charit&#233; sociales. &#187;. Cette analyse est une des constantes de la DSE. Puis il ajoutait : &#171; r&#233;cemment [&#8230;] a &#233;t&#233; inaugur&#233;e une organisation syndicale et coop&#233;rative d'un genre particulier [&#8230;] Les corporations sont constitu&#233;es par les repr&#233;sentants des syndicats ouvriers et patronaux d'une m&#234;me profession [&#8230;] qui, ainsi que de vrais et propres organes ou institutions d'&#201;tat, dirigent et coordonnent l'activit&#233; des syndicats dans toutes les mati&#232;res d'int&#233;r&#234;t commun [&#8230;] si les parties ne peuvent se mettre d'accord, c'est l'autorit&#233; qui intervient. Point n'est besoin de beaucoup de r&#233;flexion pour d&#233;couvrir les avantages de l'institution [&#8230;] : collaboration pacifique des classes, &#233;viction de l'action et des organisations socialistes, influence mod&#233;ratrice d'une magistrature sp&#233;ciale. &#187; Toutefois cette appr&#233;ciation positive n'excluait pas une certaine r&#233;serve : &#171; il ne manque pas de personnes qui redoutent que l'&#201;tat ne se substitue &#224; l'initiative priv&#233;e, au lieu de se limiter &#224; une aide ou &#224; une assistance n&#233;cessaire et suffisante. On craint que la nouvelle organisation syndicale et corporative ne rev&#234;te un caract&#232;re exag&#233;r&#233;ment bureaucratique et politique. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il y ait des organisations professionnelles r&#233;gulatrices est bienvenu dans une &#233;conomie de march&#233; bien comprise : c'est ce qu'on appelle en anglais les &lt;i&gt;self-regulating authorities&lt;/i&gt;. Bien des secteurs fonctionnent plus ou moins sur un mod&#232;le de ce type. Du moins tant qu'on en reste aux questions d'int&#233;r&#234;t commun de la profession, comme la d&#233;finition de normes, ou la gestion de questions sociales ; c'est plus contestable si on tente de limiter la concurrence, de fixer les prix ou de restreindre l'offre. Car alors on passe vite &#224; la d&#233;fense d'int&#233;r&#234;ts &#233;tablis, ou &#224; des blocages. C'est ce deuxi&#232;me sens qui a donn&#233; une connotation p&#233;jorative au mot corporatisme. Il y a donc une place possible et recommandable pour lla r&#233;gulation professionnelle. Mais cela reste en de&#231;&#224; du corporatisme tel que d&#233;fini ci-dessus. En fait on n'a pas d'exemple de corporatisme moderne convainquant : celui que connaissait l'Italie fasciste &#233;tait de fait &#233;tatis&#233;. Et donc, dans l'&#233;tat de nos connaissances, rien ne prouve que ce soit une solution viable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recommandation que faisait l'Eglise &#224; l'&#233;poque du r&#233;gime corporatiste au sens &#233;tendu du terme ne peut donc &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un imp&#233;ratif du magist&#232;re, dans son domaine de comp&#233;tence. Le rappel doctrinal du besoin que l'Etat prenne en charge le bien commun, ou celui des bienfaits de la coop&#233;ration entre les diff&#233;rentes composantes de la soci&#233;t&#233;, notamment au sein des professions, sont des exigences morales, comme telles permanentes. En revanche, le choix pr&#233;cis du corporatisme &#233;tait un choix concret, relevant semble-t-il du prudentiel et de l'appr&#233;ciation politique ou technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Populorum progressio&lt;/i&gt; et les march&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remarque analogue vaut pour des textes plus r&#233;cents, comme le passage de &lt;i&gt;Populorum progressio&lt;/i&gt; (Paul VI) visant les march&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res. Le N&#176; 61 commen&#231;ait par rappel des principes g&#233;n&#233;raux d'ordre &#233;thique : &#171; Ce qui vaut en &#233;conomie nationale, ce qu'on admet entre pays d&#233;velopp&#233;s, vaut aussi dans les relations commerciales entre pays riches et pays pauvres. Sans abolir le march&#233; de concurrence, il faut le maintenir dans des limites qui le rendent juste et moral, et donc humain &#187;. Puis il proc&#232;de &#224; une analyse : &#171; Dans le commerce entre &#233;conomies d&#233;velopp&#233;es et sous-d&#233;velopp&#233;es, les situations sont trop disparates et les libert&#233;s r&#233;elles trop in&#233;gales. &#187; Il en d&#233;duisait que &#171; la justice sociale exige que le commerce international, pour &#234;tre humain et moral, r&#233;tablisse entre partenaires au moins une certaine &#233;galit&#233; de chances. Cette derni&#232;re est un but &#224; long terme. Mais pour y parvenir il faut d&#232;s maintenant cr&#233;er une r&#233;elle &#233;galit&#233; dans les discussions et n&#233;gociations. &#187; Il proposait alors : &#171; ici encore des conventions internationales &#224; rayon suffisamment vaste seraient utiles : elles poseraient des normes g&#233;n&#233;rales en vue de r&#233;gulariser certains prix, de garantir certaines productions, de soutenir certaines industries naissantes. Qui ne voit qu'un tel effort commun vers plus de justice dans les relations commerciales entre les peuples apporterait aux pays en voie de d&#233;veloppement une aide positive, dont les effets ne seraient pas seulement imm&#233;diats, mais durables ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe moral &#233;tait donc clair : il est d&#233;sirable que soit encadr&#233; le march&#233; pour le rendre plus juste, moral et humain. Une appr&#233;ciation de la situation conduisait ensuite &#224; recommander un certain type de d&#233;marche dont on estimait que le r&#233;sultat serait positif : un dispositif international, avec r&#233;gularisation de prix et garantie pour certaines productions. L'id&#233;e est bien s&#251;r d&#233;fendable, mais ne s'est pas r&#233;alis&#233;e. On peut d'ailleurs s&#233;rieusement douter qu'elle doit praticable au niveau international, si tant est qu'elle le soit m&#234;me dans une &#233;conomie nationale contr&#244;l&#233;e. Garantir des productions conduit en effet souvent &#224; de la surproduction plus ou moins co&#251;teuse ; et r&#233;gulariser les prix suppose souvent des moyens consid&#233;rables, sans &#234;tre efficace si les mouvements de march&#233; sont trop forts. L&#224; encore le principe moral est peu contestable, en revanche il ne para&#238;t pas que la &#8216;soumission du c&#339;ur et de l'esprit' qu'il requiert s'applique ensuite &#224; l'analyse de fait et aux recommandations subs&#233;quentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Laudato Si et le march&#233; des droits &#224; polluer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier exemple sera donn&#233; par Laudato Si, qui r&#233;cuse avec v&#233;h&#233;mence certaines solutions bas&#233;es sur le march&#233;. On est donc dans l'exemple inverse : il ne s'agit plus de recommander une solution, mais de la r&#233;cuser. Le N&#176; 171 &#233;voque pour le rejeter ce qu'on appelle march&#233; du carbone, qui est la n&#233;gociation sur un march&#233; de droits &#224; &#233;mission de CO2, octroy&#233;s et d&#233;finis par les pouvoir publics. Le ton du texte est vif ; il estime que cela &#171; peut donner lieu &#224; une nouvelle forme de sp&#233;culation, et cela ne servirait pas &#224; r&#233;duire l'&#233;mission globale des gaz polluants. Ce syst&#232;me semble &#234;tre une solution rapide et facile [&#8230;] mais [&#8230;] n'implique, en aucune mani&#232;re, de changement radical &#224; la hauteur des circonstances. Au contraire, il peut devenir un exp&#233;dient qui permet de soutenir la surconsommation de certains pays et secteurs. &#187; Il para&#238;t toutefois que ce texte manifeste une certaine incompr&#233;hension de ce m&#233;canisme et de ce qu'est un march&#233; en g&#233;n&#233;ral. On peut en effet soutenir que si un tel syst&#232;me est bien construit, il permet de fixer avec plus de pr&#233;cision le niveau d'&#233;mission globalement acceptable, qu'on divise ensuite en quotas et donc en droits, qui sont alors vendus par la puissance publique, tout en laissant au march&#233; le soin d'allouer les quotas ainsi d&#233;finis et leur prix. La principale m&#233;thode alternative, qui est la taxation, fixe a priori un prix ; elle court donc le risque d'&#234;tre trop haute ou trop basse. De m&#234;me une r&#233;glementation. Naturellement on peut aussi soutenir que cette technique est difficile &#224; mettre en &#339;uvre. Mais il est clair que l&#224; aussi si la pr&#233;occupation morale est fond&#233;e, &#224; savoir limiter les &#233;missions &#224; une niveau acceptable sans surconsommation, le jugement n&#233;gatif port&#233; sur cette technique ne para&#238;t pas devoir faire partie du champ du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces diff&#233;rents exemples me paraissent montrer qu'il y a une limite claire au magist&#232;re, et donc &#224; la soumission exig&#233;e du fid&#232;le, qui est lorsqu'on n'est plus dans le champ de l'exigence morale, mais de la constatation de situation d'abord, de l'analyse technique ensuite, et du choix de solution qui s'en d&#233;duit enfin, on ne peut exiger du fid&#232;le la soumission de la volont&#233; et de l'intelligence qu'implique le magist&#232;re m&#234;me simplement authentique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait d&#232;s lors utile d'examiner comment cette distinction, relativement plus facile en &#233;conomie, peut s'appliquer au champ politique. Y compris sur des sujets aussi d&#233;licats que la question de la d&#233;mocratie, ou des droits de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Article paru dans la revue&lt;/i&gt; 'Sedes Sapientiae' &lt;i&gt;N&#176; 147 mars 2019&lt;/i&gt;, un peu abr&#233;g&#233; ici.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Crise de l'Eglise, crise du magist&#232;re ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Crise-de-l-Eglise-crise-du-magistere.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Crise-de-l-Eglise-crise-du-magistere.html</guid>
		<dc:date>2019-01-07T17:07:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>
		<dc:subject>Autorit&#233; dans l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralit&#233; des religions</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;veloppement doctrinal</dc:subject>
		<dc:subject>Syncr&#233;tisme</dc:subject>
		<dc:subject>Vie &#233;ternelle</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le magist&#232;re joue un r&#244;le central dans l'Eglise catholique, sans &#233;quivalent dans une quelconque autre religion ou m&#234;me r&#233;alit&#233; humaine. Une crise dans l'Eglise catholique est d&#232;s lors presque toujours aussi une crise du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que la crise du magist&#232;re n'est sans doute pas principalement l&#224; o&#249; on croit &#8211; dans les textes officiels ; mais dans la schizophr&#233;nie croissante entre une belle doctrine d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre une pastorale ou une pratique &#233;trangement diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article publi&#233; dans la revue Libert&#233; politique&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Syncretisme-+.html" rel="tag"&gt;Syncr&#233;tisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Vie-eternelle-+.html" rel="tag"&gt;Vie &#233;ternelle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le magist&#232;re joue un r&#244;le central dans l'Eglise catholique, sans &#233;quivalent dans une quelconque autre religion ou m&#234;me r&#233;alit&#233; humaine. Une crise dans l'Eglise catholique est d&#232;s lors presque toujours aussi une crise du magist&#232;re. Mais en m&#234;me temps parler de crise du magist&#232;re peut recouvrir des r&#233;alit&#233;s vari&#233;es : ce peut &#234;tre dans son r&#244;le m&#234;me de d&#233;finition doctrinale ; cela peut &#234;tre ensuite une forme ou une autre de d&#233;calage entre la doctrine et l'enseignement courant ou la pratique et les actes des pasteurs, y compris le pape et les &#233;v&#234;ques ; et ce peut &#234;tre enfin une crise dans le rapport des fid&#232;les (et &#233;ventuellement de leurs pasteurs) avec l'id&#233;e de magist&#232;re ou les enseignements correspondants. Nous allons voir que la crise se situe bien plus aux deuxi&#232;me et troisi&#232;me niveau, m&#234;me si cela rejaillit marginalement sur le premier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rappel sur le magist&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord rapidement ce que l'Eglise nous enseigne sur le magist&#232;re. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale d'abord le magist&#232;re n'exerce son autorit&#233; qu'en mati&#232;re de foi et de m&#339;urs (de morale). Quel que soit le niveau consid&#233;r&#233;. Le Code de droit canonique distingue ensuite trois niveaux (canons 747 sqq.). Les deux premiers rel&#232;vent de l'infaillibilit&#233; ; c'est d'abord le magist&#232;re (dit extraordinaire) du pape et d'un concile &#339;cum&#233;nique, s'exprimant explicitement pour d&#233;finir un point ; c'est ensuite le magist&#232;re ordinaire universel qui concerne les &#233;v&#234;ques (et le pape) dans leur enseignement permanent ; dans les deux cas cela suppose qu'ils &#171; s'accordent sur un point de doctrine &#224; tenir de mani&#232;re d&#233;finitive &#187;. Un point essentiel est la pr&#233;cision suivante : &#171; Aucune doctrine n'est consid&#233;r&#233;e comme infailliblement d&#233;finie que si cela est manifestement &#233;tabli &#187;. Il n'y a donc infaillibilit&#233; que lorsque c'est manifestement ce qui est affirm&#233;. Dans tous ces cas en outre l'adh&#233;sion du fid&#232;le est imp&#233;rative ; elle fait partie int&#233;grante de la foi. Ce qui veut dire que celui qui croit vraiment ne peut pas ne pas y adh&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me niveau (canon 752) tout &#224; fait diff&#233;rent est ce qu'on appelle le magist&#232;re authentique, du pape ou du coll&#232;ge des &#233;v&#234;ques : c'est lorsqu'ils enseignent une doctrine, mais sans la proclamer d&#233;finitive. Dans ce cas l'adh&#233;sion demand&#233;e n'est pas un &#171; assentiment de foi &#187;, mais &#171; une soumission [obsequium] religieuse de l'intelligence et de la volont&#233; &#187;. Dit autrement, les fid&#232;les n'ont pas &#224; consid&#233;rer que cela fait partie de leur foi ; mais ils doivent traiter cette d&#233;claration avec un grand respect et a priori une soumission int&#233;rieure. Ce qui n'est quand m&#234;me pas rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant enfin de l'enseignement des &#233;v&#234;ques il est demand&#233; aux fid&#232;les d'y &#171; adh&#233;rer avec une r&#233;v&#233;rence religieuse de l'esprit &#187;, ce qui reste important, mais se situe bien en de&#231;&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs et comme je l'ai rappel&#233; plus en d&#233;tails dans mon La R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne ou l'&#233;ternit&#233; dans le temps &lt;a href=&#034;http://www.pierredelauzun.com/Vient-de-paraitre-La-Revelation.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.pierredelauzun.com/Vient...&lt;/a&gt; cet enseignement fait l'objet d'un d&#233;veloppement au cours du temps. D&#233;veloppement veut dire ici d&#233;gagement de contenus latents, potentiels ou implicites dans le d&#233;p&#244;t de la foi, qui est fondamentalement re&#231;u (&#224; travers les Ecritures et la Tradition) et non pas le fruit d'une innovation franche. Cela implique que ces d&#233;veloppements ne contredisent pas les &#233;l&#233;ments pr&#233;c&#233;demment proclam&#233;s d&#233;finitifs ; ce qui &#224; son tour veut dire que le sens de ces &#233;l&#233;ments reste compris de fa&#231;on substantiellement stable au cours du temps, comme Jean-Paul II l'a rappel&#233;. C'est d'ailleurs logiquement impliqu&#233; par la notion de magist&#232;re, si comme le magist&#232;re catholique il se comprend comme l'enseignement et l'explicitation d'une foi re&#231;ue et transmise ; et non comme l'action d'un gourou d&#233;cidant arbitrairement la ligne du moment, ou comme un parlement changeant les lois lorsqu'il le juge bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement une telle exigence ne vaut pleinement que pour les &#233;l&#233;ments consid&#233;r&#233;s &#224; tenir de fa&#231;on d&#233;finitive. Pour le magist&#232;re authentique, des fluctuations sont possibles, notamment dans l'expression, &#233;ventuellement dans la port&#233;e des enseignements en question. Certes, venant du magist&#232;re, ils contiennent un &#233;l&#233;ment de v&#233;rit&#233; essentiel, mais ils ont pu ne pas parvenir d'embl&#233;e &#224; une pleine expression, notamment (comme je le souligne dans ce m&#234;me livre) lorsqu'ils ne prenaient pas assez en compte d'autres parties du d&#233;p&#244;t de la foi, ou s'appuyaient sur des &#233;l&#233;ments qui sont ext&#233;rieurs au champ de la foi et des m&#339;urs, et souvent transitoires (notions scientifiques, &#233;conomiques etc.).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une crise du magist&#232;re lui-m&#234;me ? Vatican II&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai montr&#233; en outre dans ce m&#234;me livre, l'examen du recueil classique des textes du magist&#232;re, appel&#233; le Denzinger, montre la remarquable continuit&#233; de cet enseignement. Une crise du magist&#232;re dans son activit&#233; de d&#233;finition signifierait logiquement une rupture dans cette continuit&#233;. On l'a soutenu pour la p&#233;riode r&#233;cente (Vatican II et apr&#232;s), notamment sur trois sujets que j'examine dans ce m&#234;me ouvrage. C'est d'abord la libert&#233; religieuse : la d&#233;claration &lt;i&gt;Dignitatis humanae&lt;/i&gt; de Vatican II, par rapport &#224; la condamnation de la libert&#233; des cultes au XIXe si&#232;cle. Ensuite la prohibition de l'usure : on a une longue suite de condamnations de principe de la perception d'int&#233;r&#234;ts sur un pr&#234;t depuis le Moyen Age, qui s'oppose &#224; leur acceptation de fait &#224; partir du d&#233;but du XIXe si&#232;cle, et maintenant dans le droit canonique. Et enfin le statut des autres religions pour l'obtention de notre salut : le vieil adage &#8216;Pas de salut hors de l'Eglise' du Concile de Florence est ici oppos&#233; &#224; plusieurs textes du Concile, notamment &lt;i&gt;Nostra aetate&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Gaudium et Spes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux premiers cas, au vu des supports de d&#233;claration et des termes employ&#233;s, il s'agit sans le moindre doute de d&#233;clarations du magist&#232;re authentique mais non d&#233;finitif. Cela dit, sur le premier point il faut noter que les encycliques du XIXe si&#232;cle condamnant la libert&#233; de conscience ou celles des cultes visaient une conception relativiste de celles-ci : un suppos&#233; droit &#224; croire ce qui bon nous semble, inacceptable pour l'Eglise qui rappelle le r&#244;le central de la v&#233;rit&#233;. En revanche Vatican II proclame une libert&#233; religieuse d&#233;finie comme droit &#224; une immunit&#233; par rapport au pouvoir civil, mais dans la recherche toujours n&#233;cessaire de la v&#233;rit&#233; (et notamment de la v&#233;rit&#233; de la foi). Or l'Eglise a toujours proclam&#233; la libert&#233; de l'adh&#233;sion &#224; la foi, ainsi que le droit par exemple des Juifs &#224; &#233;lever leurs enfants dans leur religion. Le texte de Vatican II appara&#238;t donc en d&#233;finitive comme la synth&#232;se de ces diff&#233;rents &#233;l&#233;ments. M&#234;me si on peut regretter l'insuffisance dans l'explicitation de la coh&#233;rence historique, explicitation qui aurait permis d'&#233;viter les doutes, tant envers les opposants &#224; cette d&#233;claration (lefebvristes notamment) que chez ceux qui y voient la l&#233;gitimation d'un changement de doctrine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, la condamnation de l'int&#233;r&#234;t sur un pr&#234;t s'appuyait essentiellement sur des raisonnements &#233;conomiques, qui ne rel&#232;vent pas du magist&#232;re, et elle comportait en outre de multiples exceptions, t&#233;moignant de la fragilit&#233; de ses bases. Elle peut donc tout &#224; fait &#234;tre caduque sous cet angle. D'o&#249; l'abandon de la prohibition. En revanche son esprit reste (son fondement moral) : il reste vrai que l'argent ne cr&#233;e rien par lui seul, sans le travail et l'initiative de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des autres religions est plus d&#233;licate. Certains &#233;l&#233;ments rel&#232;vent manifestement du d&#233;p&#244;t de la foi : notamment l'id&#233;e que le seul sauveur est J&#233;sus Christ et que nul ne peut &#234;tre sauv&#233; autrement qu'en son nom. D'o&#249; naturellement l'id&#233;e qu'en dehors de l'Eglise, qui est le corps du Christ, il n'y a pas de salut, proclam&#233;e au concile de Florence. Il semble bien qu'on soit ici dans le c&#339;ur de la foi. Mais il reste la question de ceux qui sans faute n'ont pas connu l'annonce de la bonne nouvelle chr&#233;tienne. Certains commentateurs (une majorit&#233; sans doute &#224; une &#233;poque) ont compris le principe &#8216;hors de l'Eglise point de salut' comme signifiant : hors de l'Eglise institutionnelle, explicite. Mais il y a toujours eu un courant qui a consid&#233;r&#233; au contraire que Dieu ne se d&#233;sint&#233;ressait pas de ceux qui ne connaissaient pas l'Eglise, notamment par impossibilit&#233; mat&#233;rielle (d'espace ou de temps), et que donc la possibilit&#233; existait de leur agr&#233;gation &#224; l'Eglise sous une autre forme, sans doute non explicite. Ainsi saint Thomas d'Aquin, avant Florence. C'est cette position qui est finalement celle adopt&#233;e par la Constitution &lt;i&gt;Gaudium et Spes&lt;/i&gt; pour Vatican II. Comment ? Elle ne le dit pas car elle parle de &#8216;moyens connus de Dieu seul'. Mais elle ne place donc pas les autres religions en position d'instrument de salut. Il n'y a toujours qu'un nom qui sauve, celui de J&#233;sus Christ, et seule son Eglise est moyen de salut. Mais elle peut se voir agr&#233;ger des gens qui ne la connaissent pas explicitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche un autre texte du Concile Vatican II, &lt;i&gt;Nostra aetate&lt;/i&gt;, qui est une simple d&#233;claration, &#233;voque ces religions, en soulignant simplement ce qu'elles ont de bon. Ce qui laisse entendre que ces &#233;l&#233;ments qui sont bons en elles sont voulus par Dieu. Mais elle ne dit nulle part elles non plus qu'elles sont en tant que telles instruments de salut. Certains se sont mis alors &#224; imaginer qu'un statut leur &#233;tait reconnue, une forme de l&#233;gitimit&#233;. Malgr&#233; sa r&#233;daction prudente, le texte a d&#232;s lors &#233;t&#233; le point de d&#233;part d'une vision positive des autres religions, qui prend chez beaucoup la forme d'une mise sur le m&#234;me rang que le christianisme. Le texte ne dit rien de tel, mais comme tout Vatican II, il se veut pastoral et par l&#224; positif dans son langage, et donc il ne condamne pas. Ce qui laisse le champ libre &#224; ceux qui consid&#232;rent que cela implique validit&#233; des autres religions comme voies de salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un point de m&#233;thode important. Tous les conciles ant&#233;rieurs avaient des listes de propositions condamn&#233;es comme fausses, objets d'anath&#232;mes. Leur absence &#224; Vatican II a l'avantage de montrer un visage am&#232;ne et dialogal ; mais on perd ce faisant la clart&#233; de la d&#233;finition ; et surtout on n'envoie plus le message qu'il y a des id&#233;es qui sont r&#233;ellement fausses, et que c'est mauvais pour notre salut. Une telle posture caract&#233;ristique du Concile sera par la suite une des caract&#233;ristiques du magist&#232;re postconciliaire. Un choix qui est th&#233;oriquement sans effet pour ce qui est du contenu du message, mais qui s'av&#233;rera lourd de cons&#233;quences concr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une crise du magist&#232;re lui-m&#234;me ? Apr&#232;s Vatican II ; le pape Fran&#231;ois&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toujours en se limitant aux textes magist&#233;riels, il y a ensuite sous Paul VI, Jean-Paul II et Beno&#238;t XVI peu ou pas d'autres &#233;l&#233;ments qui pourraient &#234;tre vus comme une inflexion nouvelle du magist&#232;re. Il y a m&#234;me eu dans cette p&#233;riode des rappels non n&#233;gligeables en mati&#232;re de doctrine, notamment dans le vaste champ des m&#339;urs, au risque d'une tension croissante avec le monde ambiant - qui lui allait en sens contraire. M&#234;me si certains des traits h&#233;rit&#233;s de la p&#233;riode conciliaire subsistaient (dont le parti pris de positivit&#233; qu'on vient d'&#233;voquer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la coh&#233;rence a &#233;t&#233; pos&#233;e plus nettement &#224; propos du pape Fran&#231;ois. Non pas tant en mati&#232;re &#233;conomique et sociale, o&#249; ses d&#233;clarations virulentes restent dans le cadre de la doctrine ant&#233;rieure, m&#234;me si son insistance sur la seule d&#233;nonciation des m&#233;faits du syst&#232;me &#233;conomique cr&#233;e un effet peu &#233;quilibr&#233;. La question des migrations ensuite constitue un terrain d'opposition franche et parfois violente entre le pape et une partie notable des fid&#232;les ; mais ici encore l'enjeu doctrinal n'est pas &#233;vident : on est l&#224; dans un domaine classiquement reconnu comme prudentiel et donc de la responsabilit&#233; des la&#239;cs, et le pape alterne l'affirmation d'un devoir d'accueil des personnes en souffrance, qu'il comprend tr&#232;s largement comme impliquant normalement l'entr&#233;e tr&#232;s large des migrants, avec le rappel timide et discret des limites, essentiellement la capacit&#233; d'accueil &#233;conomique. Il est vrai que certains textes comme celui de 2017 sur les droits des migrants vont assez loin, de fa&#231;on l&#224; encore peu &#233;quilibr&#233;e, pour soutenir une liste de revendications allant tr&#232;s loin dans le sens d'un accueil sans conditions ; mais outre que le caract&#232;re magist&#233;riel n'en est pas &#233;vident, la synth&#232;se avec les &#233;l&#233;ments plus prudents de son message n'est pas faite. Il n'est donc pas &#233;vident qu'il y ait sur ces divers points une v&#233;ritable &#233;volution magist&#233;rielle. On n'en dira pas autant du message &#8216;pastoral', net et brutal en faveur de l'immigration, avec de multiples gestes &#224; l'appui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus controvers&#233;s sous l'angle proprement magist&#233;riel sont deux textes du pape Fran&#231;ois. C'est d'abord l'exhortation apostolique &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;, le d&#233;bat portant principalement sur des passages du chapitre et plus particuli&#232;rement sur une affirmation rel&#233;gu&#233;e en note de bas de page - note 351, faisant allusion &#224; l'acc&#232;s aux sacrements. Cela para&#238;t ouvrir dans des cas non n&#233;gligeables un acc&#232;s aux sacrements &#224; des divorc&#233;s remari&#233;s sans changement de leurs pratiques, ce qui serait une modification de la doctrine ant&#233;rieure. Pour celle-ci, hors cas tout &#224; fait exceptionnel d'ignorance invincible, qui devrait en outre rapidement dispara&#238;tre, un catholique est suppos&#233; savoir ce que demandent les Evangiles sur le mariage ; d&#232;s lors, qui ne respecte pas cette r&#232;gle s'affiche comme en rupture permanente ; en outre, m&#234;me en cas d'ignorance suppos&#233;e invincible, un sacrement est un acte d'Eglise, public, et l'accorder sur la base d'un &#233;tat d'&#226;me priv&#233; risque d'envoyer un message erron&#233; aux fid&#232;les. Le sujet a fait couler beaucoup d'encre. On peut &#233;videmment rappeler qu'il serait &#233;trange que la doctrine puisse &#233;voluer au vu d'une note de bas de page quelque peu ambigu&#235;, m&#234;me s'il y a eu authentification par le pape d'une d&#233;claration interpr&#233;tative souple des &#233;v&#234;ques argentins. Cela dit il est manifeste que dans cette affaire le pape a fait le choix de l'ambigu&#239;t&#233; dans l'expression, car comme on le verra pour lui il faut sortir de la logique du &#8216;on peut, on ne peut pas'. De fait, cette relative ambigu&#239;t&#233; de r&#233;daction, plus la timidit&#233; de l'insertion, peuvent permettre (avec quelque effort) &#224; ceux qui veulent lire la note de fa&#231;on coh&#233;rente avec la doctrine ant&#233;rieure de le faire. Mais inversement cela laisse aussi les autres libres de faire une lecture nettement plus &#233;loign&#233;e de la doctrine classique, non sans motif dans le contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ensuite la question de la peine de mort, o&#249; le pape a fait changer le texte du cat&#233;chisme afin de la pr&#233;senter comme en soi condamnable, alors que le texte ant&#233;rieur, constatant que la tradition catholique l'avait toujours d&#233;clar&#233;e licite, l'excluait dans le seul contexte de la soci&#233;t&#233; actuelle. Ce point est &#233;voqu&#233; dans un autre article de ce num&#233;ro de &lt;i&gt;Libert&#233; politique&lt;/i&gt;. Notons simplement ici que le changement dans le cat&#233;chisme reste lui aussi r&#233;dig&#233; de fa&#231;on ambigu&#235; et qu'une lecture proche de celle de l'ancien cat&#233;chisme reste possible, et c'est sans doute la plus s&#251;re pour les fid&#232;les. Cela dit l'intention du pape est manifeste. Comme il l'a dit &#224; Dominique Wolton (avant ce changement) &#171; La tradition, c'est une doctrine en chemin, qui avance &#8230; Par exemple, &#224; propos de la peine de mort. Nos &#233;v&#234;ques ont d&#233;cr&#233;t&#233; la peine de mort au Moyen Age. Aujourd'hui l'Eglise dit plus ou moins &#8211; et on travaille pour changer le cat&#233;chisme sur ce point - que la peine de mort est immorale. La tradition a-t-elle chang&#233; ? Non, mais la conscience &#233;volue, la conscience morale &#233;volue. C'est la m&#234;me chose concernant l'esclavage &#187;. &#171; Comment grandit la tradition ? Elle grandit comme grandit une personne : par le dialogue, qui est comme l'allaitement pour l'enfant. Le dialogue avec le monde qui nous entoure. Le dialogue fait cro&#238;tre. &#187; Il est pourtant &#233;vident que si on dit deux choses diff&#233;rentes, c'est que la tradition a chang&#233;. Donc la doctrine. Il faudrait donc expliquer en quoi ce changement ne remet pas en cause la cr&#233;dibilit&#233; du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas cependant, si on se limite aux textes, on notera la faible ampleur des modifications &#233;ventuelles et leur manque de clart&#233;. En revanche l'intention et l'esprit laissent entendre que la signification sous-jacente est plus radicale. Par ailleurs et surtout, on reste dans tous ces cas dans le cadre du magist&#232;re authentique tout au plus, en outre sous une forme particuli&#232;rement peu affirmative. En se limitant donc &#224; ces &#233;l&#233;ments, on pourrait donc pr&#233;tendre qu'il n'y pas d'inflexion majeure &#224; prendre r&#233;ellement en compte dans le magist&#232;re au sens strict. En revanche il est symptomatique que ce magist&#232;re proc&#232;de avec ambigu&#239;t&#233;, cr&#233;ant dans la pratique une marge de jeu au sein m&#234;me de la doctrine, m&#234;me quand elle &#233;volue peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est notoire que le pape Fran&#231;ois est m&#233;fiant &#224; l'&#233;gard de la rigueur doctrinale, qu'il per&#231;oit comme un carcan facilement utilisable par des personnes peu mis&#233;ricordieuses (ce qu'il appelle &#8216;lancer des pierres'). Il expliquait par exemple &#224; Dominique Wolton que J&#233;sus parlait au peuple qui le comprenait, mais que &#171; les docteurs de l'Eglise de ce temps-l&#224; &#233;taient ferm&#233;s. Fondamentalistes. &#8216;On peut aller jusqu'ici, mais pas jusque-l&#224;.'. C'est le combat que je m&#232;ne aujourd'hui avec &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;. Parce que certains disent encore : &#8216;&#231;a, on peut, &#231;a, on ne peut pas'. Mais il existe une autre logique &#187;. Et de d&#233;crire J&#233;sus faisant des choses &#171; qui ne se faisaient pas &#187; (samaritaine, l&#233;preux etc.) C'est que &#171; la loi des autres &#187; &#171; n'&#233;tait pas dans le vrai &#187;, &#171; d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e &#187; dit-il &#171; par le fondamentalisme &#187; . Mais l'inconv&#233;nient de ce positionnement est de jeter un trouble sans donner de r&#233;ponse claire, d'autant que le pape refuse de r&#233;pondre aux questions qui lui sont pos&#233;es, par exemple par les &lt;i&gt;dubia&lt;/i&gt; de quatre cardinaux sur &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;. Plus gravement, cela tend &#224; accr&#233;diter une fois de plus l'id&#233;e que la doctrine change sur des points centraux &#8211; mais sans le faire de fa&#231;on claire. Pourtant la demande est nette : &#171; Que votre oui soit un oui, et votre non un non &#187; (Mathieu 5 37).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'environnement du magist&#232;re : les faits et dits non magist&#233;riels.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; un fait s'impose : malgr&#233; les questions pos&#233;es par les d&#233;veloppements pr&#233;c&#233;dents, l'&#233;volution au niveau des textes, objectivement limit&#233;e, p&#226;lit en importance en regard de ce qu'on peut appeler le l'enseignement de fait, ou l'environnement intentionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; l'&#233;poque conciliaire avait &#233;t&#233; marqu&#233;e par un tournant brutal dans l'enseignement effectif des faits principaux de la foi chr&#233;tienne. On conna&#238;t l'appel r&#233;current &#224; l'esprit du Concile, parfois oppos&#233; aux textes que ce m&#234;me Concile a adopt&#233;s (qui pourtant font seuls autorit&#233;). Mais le ph&#233;nom&#232;ne est beaucoup plus large. Des &#233;l&#233;ments autrefois totalement centraux comme les fins derni&#232;res, le jugement, la possibilit&#233; de l'enfer, et plus largement la r&#233;alit&#233; du p&#233;ch&#233; et ses cons&#233;quences, ou le besoin de confession r&#233;guli&#232;re, sont d&#233;sormais pass&#233;s au second rang quand ils n'ont pas totalement disparu. Bien s&#251;r ils sont toujours l&#224; dans la doctrine th&#233;orique, qu'on retrouve par exemple dans le Cat&#233;chisme de l'Eglise catholique, mais ils n'ont pratiquement plus de r&#244;le dans la pastorale effective, et cela pratiquement &#224; tous les niveaux. Or le mot magist&#232;re comporte l'id&#233;e du ma&#238;tre qui enseigne ; il ne s'agit pas simplement de th&#233;oriser ou de juger des questions intellectuelles. De ce point de vue, il y a comme un magist&#232;re bis, de fait, et en premier lieu un magist&#232;re par d&#233;faut, tacite, qui est distinct du magist&#232;re th&#233;orique des textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas inint&#233;ressant de rapprocher ces faits des constatations de Guillaume Cuchet analysant les causes de l'effondrement relatif de la pratique catholique apr&#232;s 1965. Le rel&#226;chement massif de la discipline, la perte de vue des fins derni&#232;res, l'effondrement de la confession, et l'id&#233;e de la pluralit&#233; des voies religieuses sont les principaux facteurs relev&#233;s, cela avant 1968. Et en s'abritant de l'autorit&#233; du Concile (malgr&#233; ses textes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoute une pratique, qui peut signifier clairement, par l'exemple qu'elle donne, ce qu'on juge important et ce qui ne l'est pas. Ainsi quand on parle des autres religions, c'est d&#233;sormais presque toujours pour souligner les points de convergence, ou le besoin de dialogue (&#224; la notable exception du discours de Ratisbonne) ; jamais les divergences, ni les nombreux d&#233;fauts de ces religions, l'Islam en premier lieu. Le pape Fran&#231;ois explique r&#233;guli&#232;rement que ce dernier est une religion de paix, contre l'&#233;vidence de l'histoire et des textes (ainsi dans &lt;i&gt;Evangelii gaudium&lt;/i&gt; au n&#176; 253 in fine : &#171; le v&#233;ritable Islam et une ad&#233;quate interpr&#233;tation du Coran s'opposent &#224; toute violence &#187;) ; m&#234;me si on peut douter que ces affirmations rel&#232;vent du champ du magist&#232;re, m&#234;me simplement authentique. On retrouve ici l'attitude de &lt;i&gt;Nostra aetate&lt;/i&gt;, en plus accentu&#233;, et l'ambigu&#239;t&#233; s'&#233;paissit encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, comme je l'indiquais dans mon livre sur la R&#233;v&#233;lation, &#171; une tendance se r&#233;pand, consistant dans la pratique &#224; laisser la doctrine morale ou la discipline eccl&#233;siale comme elles sont, mais &#224; les voir en quelque sorte comme un bel id&#233;al ; et, parall&#232;lement, &#224; introduire dans la pratique des changements inconsistants avec elles, laiss&#233;s &#224; l'appr&#233;ciation personnelle ou &#224; celle de leurs pasteurs. Cette tentation peut &#234;tre lourde de cons&#233;quences sur la mani&#232;re dont les croyants vivent leur foi, avec le risque &#233;ventuel d'une double morale et surtout d'un certain subjectivisme. Il y a une tendance ici ou l&#224; &#224; mettre entre parenth&#232;ses l'enseignement magist&#233;riel pour ne consid&#233;rer que les gestes et la pastorale. On a &#233;voqu&#233; ce point en ce qui concerne la pluralit&#233; des religions : l'accueil l&#233;gitime et bienvenu de repr&#233;sentants de religions diverses, ou certains gestes de dialogue, qui ont &#233;videmment leur sens dans le cadre des bons rapports entre personnes ou communaut&#233;s, sont alors lus comme signes d'une reconnaissance de la validit&#233; relative de ces religions, selon une inflexion qu'on est bien en peine de montrer dans les textes. Mais cela ne modifie &#233;videmment ni le statut, ni le contenu de la doctrine elle-m&#234;me, tout d&#233;veloppement supposant un texte explicite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne citer qu'un exemple r&#233;cent, le tr&#232;s ambigu &#8216;qui suis-je pour juger ?' du pape Fran&#231;ois, prononc&#233; &#224; propos d'un pr&#233;lat accus&#233; d'homosexualit&#233; (bien visible) a jou&#233; un r&#244;le non n&#233;gligeable dans le trouble instaur&#233; : jouant sur les mots entre &#8216;juger la personne' et &#8216;juger le comportement', entre mis&#233;ricorde et expression de la v&#233;rit&#233;, il a de fait accr&#233;dit&#233; l'id&#233;e que la doctrine importait peu et que la mis&#233;ricorde &#233;tait tout. Ce qui pour une religion qui enseigne un message r&#233;v&#233;l&#233; contenant des exigences claires, est troublant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant on mesure les limites d'une mis&#233;ricorde mal comprise quand on passe au dossier p&#233;dophilie. Car l&#224; ce qu'on attendait, c'est des gestes tranch&#233;s, un magist&#232;re &#233;nergique et exigeant, rompant avec l'effarant laxisme postconciliaire qui a conduit &#224; tol&#233;rer de fait dans un certain clerg&#233; des pratiques que toute la tradition ant&#233;rieure condamnait avec horreur, que cette tol&#233;rance s'explique par la l&#226;chet&#233;, la solidarit&#233; cl&#233;ricale, une fausse mis&#233;ricorde, ou un alignement sur les m&#339;urs du temps. On est en revanche un peu rest&#233; sur sa faim sur ce plan (sauf lorsqu'il y a eu scandale public). Comme plus g&#233;n&#233;ralement sur le dossier de l'homosexualit&#233; dans le clerg&#233; (car ce qu'on appelle p&#233;dophilie est dans la grande majorit&#233; des cas une forme d'homosexualit&#233; sur adolescents). Dans certains cas, la mis&#233;ricorde mal comprise de trop d'&#233;v&#234;ques s'est rapproch&#233;e dangereusement de la complicit&#233;, ou de l'inertie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me insuffisance du c&#244;t&#233; du contr&#244;le des th&#232;ses &#233;mises comme catholiques par des th&#233;ologiens manifestement h&#233;t&#233;rodoxes : les condamnations sont rares (celle du P. Dupuis en a &#233;t&#233; une), et la presse catholique et leurs confr&#232;res hurlent alors &#224; la r&#233;pression. Mais parall&#232;lement la plupart des th&#233;ologiens m&#234;me clairement en dehors de la doctrine poursuivent impunis leur carri&#232;re &#224; succ&#232;s, du P. Moingt au P. Geffr&#233; pour ne citer que deux cas fran&#231;ais bien connus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le magist&#232;re et les fid&#232;les&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de cette d&#233;rive une grande incertitude chez les fid&#232;les. D'un c&#244;t&#233; on l'a vu, le monument des textes magist&#233;riels est au pire &#233;corn&#233; mais pour l'essentiel reste intact. D'un autre c&#244;t&#233; le signal qui est per&#231;u de fait est qu'au fond ces vingt si&#232;cles d'effort de d&#233;veloppement dans la coh&#233;rence d'une doctrine extr&#234;mement &#233;labor&#233;e et fid&#232;le au message r&#233;v&#233;l&#233; importent assez peu par rapport aux grands &#233;lans affectifs, &#224; une mis&#233;ricorde universelle dans la pratique peu regardante, ou au jugement personnel en conscience, quelles qu'en soient les conclusions. Aucun repr&#233;sentant autoris&#233; du magist&#232;re, le pape Fran&#231;ois le premier, n'a bien s&#251;r jamais rien dit de tel. Mais de fait c'est ce qui est per&#231;u par beaucoup, ou ce qu'on veut entendre sans &#234;tre contredit. Et trop de gestes paraissent le confirmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, tout comme la discipline interne pour les cas de p&#233;dophilie, c'est d'une action &#233;nergique, claire et d&#233;termin&#233;e qu'on a besoin. Besoin d&#233;sormais urgent : c'est ce que j'appelle une r&#233;forme gr&#233;gorienne. Rappelons un fait. Trois papes seulement (ayant vraiment r&#233;gn&#233;) ont &#233;t&#233; canonis&#233;s entre 1100 et 1950 : Gr&#233;goire VII, Pie V et Pie X. Trois grands r&#233;formateurs, trois mod&#232;les d'autorit&#233; bienveillante mais ferme. L'Eglise a besoin d'une r&#233;forme radicale, claire et &#233;nergique, qui met en rapport direct ce qui est dit et ce qui est fait. Il est encore temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Article publi&#233; dans la revue Libert&#233; politique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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