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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>La dette fran&#231;aise, risque g&#233;opolitique</title>
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		<dc:date>2024-12-23T17:10:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise</dc:subject>
		<dc:subject>Dette publique</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; pr&#233;c&#233;demment la question de l'endettement public de la France. Voyons comment cela s'inscrit dans le jeu des relations g&#233;opolitiques, et quel est le risque possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence de consensus politique et la c&#233;cit&#233; collective &#224; l'&#233;gard de la dette fran&#231;aise ne montrent aucun signe d'am&#233;lioration. Cela ne peut donc pas durer ind&#233;finiment, m&#234;me si on ne sait pas quand la branche cassera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dette est pour l'essentiel libell&#233;e en euros. Mais la France ne contr&#244;le pas sa monnaie, qui est g&#233;r&#233;e en commun par des pays aux int&#233;r&#234;ts et situations financi&#232;res tr&#232;s diff&#233;rents. En cas de crise, la solution ne va donc pas de soi. Et elle impliquerait un grave affaissement, non seulement de la position de la France, mais de l'Europe en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Dette-publique-budget-fiscalite-.html" rel="directory"&gt;Dette publique et crises&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Crise-+.html" rel="tag"&gt;Crise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Dette-publique-+.html" rel="tag"&gt;Dette publique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Geopolitique-+.html" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; pr&#233;c&#233;demment la question de l'endettement public, notamment de la France. Sujet maintenant bien familier &#224; tous. Voyons comment cela s'inscrit dans le jeu des relations g&#233;opolitiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des dettes de nature profond&#233;ment nouvelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord qu'il y a eu une expansion g&#233;n&#233;rale de la dette des pays d&#233;velopp&#233;s depuis 40 ans, m&#234;me si les situations varient selon les cas. Mais presque partout il ne s'agissait pas principalement de financer des investissements, mais des d&#233;penses courantes. C'est le signe d'une incapacit&#233; &#224; faire des choix collectifs rationnels. Ce qui n'est jamais de bon augure en termes de puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous cet angle, le facteur majeur est le fait que la plupart de ces pays se financent pour l'essentiel sur les march&#233;s financiers, qui sont volatils et capables de se retourner rapidement. Trop recourir &#224; leurs services comporte donc un risque r&#233;el. Cela dit, dans un premier temps c'est l'inverse qui se produit. En effet il est bien plus facile d'y avoir recours qu'&#224; tout autre source, et beaucoup moins cher. En outre, ils se r&#233;v&#232;lent d'une grande patience, et m&#234;me d'une certaine c&#233;cit&#233; pendant de longues p&#233;riodes. De ce fait, ils n'envoient pas les signaux avertisseurs en temps utile. Mais quand finalement ils per&#231;oivent qu'il y a un probl&#232;me, ils se retournent, et c'est la crise. On l'a vu avec la Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des situations tr&#232;s variables&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours en termes de pouvoir, la question est tr&#232;s diff&#233;rente selon la monnaie et les cr&#233;anciers. Les pays endett&#233;s dans une autre monnaie que la leur, principalement les pays en d&#233;veloppement, ont connu r&#233;guli&#232;rement des crises de la dette depuis plus de 40 ans. Et cela s'est traduit par des restructurations humiliantes et co&#251;teuses. Pour une souverainet&#233;, c'est une rude &#233;preuve. A l'inverse, on a les pays endett&#233;s dans leur propre monnaie. On passera sur les d&#233;tails, mais comme ils contr&#244;lent leur monnaie, qui sont d&#233;sormais de pure convention, ils ne peuvent en principe pas avoir de vraie crise des paiements, puisqu'ils pourront toujours faire des dollars, yens, livre ou autres pour payer. Quitte &#224; subir une hyper inflation et une crise des changes : ce serait &#233;videmment un &#233;v&#233;nement majeur, mais cela leur laisserait un contr&#244;le relatif de leurs d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il y a enfin un cas tr&#232;s particulier, celui des pays de l'Union europ&#233;enne. Ils ne sont pas endett&#233;s &#224; proprement parler dans leur monnaie nationale, car l'euro est commun et g&#233;r&#233; par la BCE. Or les d&#233;cisions de celle-ci r&#233;sultent d'un &#233;quilibre entre des positions diverses ; les politiques internes de ces pays sont tr&#232;s diff&#233;rentes et leur niveau d'endettement tr&#232;s variable ; leurs int&#233;r&#234;ts divergent donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A proprement parler, on ne sait donc pas d&#233;terminer &#224; l'avance comment une crise significative se r&#232;glera en zone euro. De plus, en principe, la BCE ne finance pas les Etats ; m&#234;me si en pratique elle l'a fait indirectement, par achats sur le march&#233; secondaire, mais avec des limites. C'est donc une situation sans &#233;quivalent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas de la France&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, la dette de la France est un cas particulier. Sa dette cro&#238;t sans cesse, en valeur absolue et relative, du fait de d&#233;ficits constamment sup&#233;rieurs &#224; la croissance du PNB. Cela fait des ann&#233;es que de nombreuses voix autoris&#233;es avertissent du risque croissant que cela repr&#233;sente. Mais sans &#233;cho r&#233;el, ni des politiques, ni sur les march&#233;s. Ce n'est que tout r&#233;cemment qu'on commence, et encore, ce n'est pas &#224; la mesure du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les causes, deux principales. D'un c&#244;t&#233;, une incapacit&#233; toute particuli&#232;re &#224; mettre de l'ordre dans ses affaires et &#224; se r&#233;former, qui ne date pas d'hier. D'un autre c&#244;t&#233;, d'une situation favorable sur les march&#233;s, car la France a longtemps &#233;t&#233; per&#231;ue comme un brillant second de l'Allemagne. Or dans le syst&#232;me financier mondial des sommes colossales doivent &#234;tre plac&#233;es, et dans une proportion appr&#233;ciable sans risque ; les professionnels ont donc besoin d'une dette publique jug&#233;e telle. Mais l'Allemagne n'emprunte pas assez et sa p&#233;riph&#233;rie non plus. Restait donc la France, qui en a bien profit&#233; et abus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, les arbres ne montent pas jusqu'au ciel, et on ne peut continuer &#224; emprunter ind&#233;finiment, de fa&#231;on de plus en plus &#233;lev&#233;e. Cela casse forc&#233;ment un jour, m&#234;me si on ne peut le pr&#233;voir avec pr&#233;cision. Un enfant de 10 ans peut le comprendre. Et quand, en plus, on se r&#233;v&#232;le politiquement ingouvernable, on tente le diable. Surtout si on est en Europe la seule &#224; continuer dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que peut-il se passer maintenant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se placera ici dans l'hypoth&#232;se o&#249; la situation politique ne permet pas de redressement v&#233;ritable &#224; court terme. Dans ce cas, la crise est in&#233;vitable m&#234;me si &#224; nouveau on ne sait pas quand, surtout si comme la France on part d'une image favorable. Bien entendu, une rupture &#233;ventuelle serait pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une p&#233;riode plus ou moins longue de d&#233;gradation, d&#233;j&#224; entam&#233;e, notamment avec hausse du spread (diff&#233;rentiel par rapport &#224; la dette allemande), puis difficult&#233; &#224; lever les capitaux voulus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une hypoth&#232;se concevable mais optimiste, cette d&#233;gradation conduirait &#224; une forme de sursaut, permettant une stabilisation relative, quoiqu'&#224; un tr&#232;s haut niveau de dette, comme en Italie ou en Belgique. Cela resterait une situation risqu&#233;e, mais peut-&#234;tre tenable sur une certaine dur&#233;e, quoique tr&#232;s co&#251;teux ; cela impliquerait aussi qu'on resterait sous la surveillance des march&#233;s. Mais m&#234;me cela supposerait l'arr&#234;t des d&#233;ficits, du moins l'apparition d'un exc&#233;dent primaire du budget, avant service de la dette. Concevable, cette &#233;volution est &#224; ce stade peu probable, au vu de la situation politique fran&#231;aise. Et si cela se faisait en accroissant encore la fiscalit&#233; fran&#231;aise, cela signerait l'&#233;touffement du pays. D&#233;j&#224; d'ailleurs le poids des int&#233;r&#234;ts sera un handicap consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste alors le risque majeur, celui de la crise. On l'a dit, la difficult&#233; des march&#233;s est qu'on ne peut pr&#233;voir avec assurance le moment et les modalit&#233;s d'une crise. Cela d&#233;pend de leur tendance du moment, des histoires qui y circulent (&#8216;stories'), du reste de la situation mondiale etc. Ce n'est donc pas n&#233;cessairement &#224; court terme ; cela peut prendre un temps sensiblement plus long. Mais sauf redressement vigoureux, &#224; un moment donn&#233; il devient impossible de financer les sommes demand&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que la crise en question serait majeure et d&#233;passerait largement le cadre de la France. On l'a vu, elle ne contr&#244;le pas sa monnaie, qui est cog&#233;r&#233;e. En m&#234;me temps, on ne voit pas comment traiter la question sans un volet mon&#233;taire. Il y aura donc ici une question difficile pour ses partenaires dans la BCE, les Allemands en premier lieu. Leur ligne politique exclut en th&#233;orie ce genre d'intervention massive, surtout au profit d'un seul pays, et alors m&#234;me qu'ils se consid&#232;rent, non sans motif de leur point de vue, comme bien mieux g&#233;r&#233;s et plus &#8216;vertueux'. En outre, leurs &#233;lecteurs sont terrifi&#233;s par le spectre, qui est loin d'&#234;tre irr&#233;aliste, d'une forte reprise d'inflation. De plus, les stocks de dettes sont tr&#232;s diff&#233;rents de pays &#224; pays, et donc mon&#233;tiser la dette n'aurait pas du tout le m&#234;me impact partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais restera l'ampleur de la d&#233;flagration. Une action au profit de la France, au vu de son poids en Europe, serait par nature une op&#233;ration &#233;norme, sans pr&#233;c&#233;dent. Outre ce que pourrait faire la BCE, il faudrait jouer sur toute une panoplie : des restructurations de dette, l'action du FMI, peut-&#234;tre d'autres m&#233;canismes &#224; inventer, etc. A cela s'ajouterait surtout ce qu'on appelle une conditionnalit&#233; : une politique de rigueur et d'&#233;conomies, qui dans ces cas est presque n&#233;cessairement grossi&#232;re et brutale &#8211; avec pas mal de casse, non seulement sociale, &#233;videmment, mais aussi par ses effets sur le tissu productif. Compte tenu de ce que l'on sait de la situation sociopolitique fran&#231;aise, cela risque de ne pas &#234;tre &#233;vident du tout et pourrait d&#233;raper gravement. Et d'ailleurs, quel gouvernement assumerait cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perspectives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue g&#233;opolitique, une question majeure sera celle de la suite, des effets ult&#233;rieur d'une telle d&#233;rive puis crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France d'abord. On a ici un banc d'essai int&#233;ressant, celui des pays d'Am&#233;rique latine apr&#232;s la crise des ann&#233;es 80. Au Br&#233;sil ou au Mexique, on a eu une stabilisation relative, m&#234;me si on peut en discuter la pertinence. Mais pas en Argentine. Car la culture politique, marqu&#233;e par le p&#233;ronisme, n'a pas v&#233;ritablement chang&#233; (du moins jusqu'&#224; l'exp&#233;rience Milei, en cours). Et le pays a connu crise sur crise, sur tr&#232;s longue dur&#233;e. Dans quelle rubrique la France se situerait-elle ? On craint que ce ne soit pas dans la meilleure case.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe ensuite. Pourquoi la France est-elle un cas, en outre symptomatique ? Il y a bien s&#251;r les causes internes qu'on a cit&#233;es, qui ont jou&#233; un r&#244;le majeur. Mais il y a aussi un lien avec son r&#234;ve europ&#233;en, plus pr&#233;cis&#233;ment avec la mani&#232;re particuli&#232;re dont la classe politique fran&#231;aise a vu l'Europe : elle a gard&#233; en un certain sens des ambitions internationales, bien plus que la plupart des autres pays europ&#233;ens, mais elles les a transf&#233;r&#233;es sur l'Europe. Elle n'a donc pas eu les r&#233;flexes d'un pays ind&#233;pendant, qui sait ne pouvoir compter que sur lui-m&#234;me, et qui d'ailleurs est averti plus t&#244;t de ses errements &#233;ventuels (par des crises de change, par une difficult&#233; &#224; emprunter etc.). Elle a au contraire b&#233;n&#233;fici&#233; d'une monnaie plus forte que ce dont elle est capable, et comme on l'a dit, d'un positionnement avantageux mais artificiel sur les march&#233;s. Et, bien trop introvertie politiquement, elle n'a pas eu non plus le sens de ses responsabilit&#233;s au sein de cette Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or une crise du type de celle qu'on peut craindre remettrait radicalement en cause ce positionnement. Le brillant second deviendrait l'homme malade, pesant sur tous ; ce qui reste &#233;ventuellement de couple franco-allemand serait d&#233;finitivement enterr&#233; ; les ambitions de puissance, s'il en reste, prendraient un coup tr&#232;s rude. On n'est donc pas dans le cas d'une Gr&#232;ce qui serait simplement d&#233;multipli&#233;e par la taille. En supposant m&#234;me que cela n'aboutirait pas &#224; une dislocation des institutions europ&#233;ennes, cela impliquerait un redimensionnement majeur des relations en Europe. Au risque, bien s&#251;r, de voir celle-ci s'affaisser encore un peu plus dans la vuln&#233;rabilit&#233;, l'absence d'ambition et la vassalit&#233; &#224; l'&#233;gard de Washington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma. &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/la-dette-francaise-risque-geopolitique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/la-dette-franc...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Dette publique fran&#231;aise : le sympt&#244;me d'un mal politique</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Dette-publique-francaise-le-symptome-d-un-mal-politique.html</link>
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		<dc:date>2024-11-22T16:58:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise</dc:subject>
		<dc:subject>Crise dette</dc:subject>
		<dc:subject>Dette publique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comme les Fran&#231;ais commencent de le percevoir, la dette fran&#231;aise entre dans une zone de turbulence. La France doit chaque ann&#233;e emprunter des sommes sans cesse plus &#233;lev&#233;es, du fait d'un d&#233;ficit bien sup&#233;rieur &#224; la croissance de l'&#233;conomie. Il tombe sous le sens que ce petit jeu ne peut durer ind&#233;finiment, d'autant qu'il contraste avec l'&#233;volution des autres pays europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe, d&#233;sormais, le maillon faible, c'est la France. Mais elle ne l'a pas encore compris, ni le changement radical que cela implique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons ici une forme de &#171; politique d'abord &#187; : sur ce plan comme sur d'autres, la France ne s'en sortira pas sans une mutation politique majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comme les Fran&#231;ais commencent par le percevoir, la dette fran&#231;aise entre dans une zone de turbulence. La France doit chaque ann&#233;e emprunter des sommes sans cesse plus &#233;lev&#233;es, du fait d'un d&#233;ficit bien sup&#233;rieur &#224; la croissance de l'&#233;conomie cens&#233;e permettre le service de la dette. Il tombe sous le sens que ce petit jeu ne peut durer ind&#233;finiment, d'autant qu'il contraste avec l'&#233;volution des autres pays europ&#233;ens. En effet, en termes simples, dans tous les cas de figure, un d&#233;ficit d&#233;bouchant sur un poids croissant de la dette par rapport &#224; l'&#233;conomie n'est pas durable avec une monnaie stable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dette publique et la drogue des march&#233;s financiers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que la France se finance pour l'essentiel sur les march&#233;s financiers. On sait aussi que la d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des march&#233;s financiers, l'addiction, peut devenir une terrible menace. Mais en r&#233;alit&#233;, quels que soient les cr&#233;anciers, un telle d&#233;rive n'est pas tenable sur la dur&#233;e. On peut m&#234;me dire que le plus gros d&#233;faut des march&#233;s financiers est leur extraordinaire facilit&#233; d'utilisation, l'abondance de leurs ressources, leur faible co&#251;t, et leur formidable patience. C'est un gros inconv&#233;nient pour la dette publique : ils sont trop faciles d'utilisation, et n'envoient pas les signaux en temps utile. En revanche, quand finalement ils se rendent compte d'un probl&#232;me, ils se retournent d'un coup, et c'est la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant 1983 et l'adoption sous B&#233;r&#233;govoy et Mitterrand de ces techniques am&#233;ricaines, la dette publique &#233;tait bien plus difficile &#224; financer. R&#233;guli&#232;rement il fallait recourir &#224; l'humiliation des grands emprunts publics, en outre co&#251;teux. Ce qui d'ailleurs nous rappelle qu'il est illusoire d'imaginer, comme le font certains, un temps o&#249; une bonne fille, la Banque de France, aurait financ&#233; n'importe quel d&#233;ficit, sans inconv&#233;nient majeur. La seule p&#233;riode o&#249; cela a pu se faire sur large &#233;chelle &#233;tait celle des guerres mondiales, et cela a &#233;t&#233; pay&#233; d'un terrible inflation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, cette nouvelle m&#233;thode de financement a suppos&#233; d'importantes innovations : un peu techniques, mais consistant surtout dans le d&#233;veloppement d'une &#233;pargne gigantesque, g&#233;r&#233;e par des professionnels : fonds de pension, assurances, fonds etc. ; plus l'&#233;pargne de pays exc&#233;dentaires (p&#233;troliers, Asie). Cette facilit&#233; a &#233;t&#233; utilis&#233;e massivement par les politiciens de tous les pays avanc&#233;s, quoique &#224; des degr&#233;s divers. D'o&#249; ces &#233;normes dettes publiques. Rarement consacr&#233;es &#224; de vrais investissements, les d&#233;ficits correspondants ont &#233;t&#233; un pur report sur l'avenir de consommations courantes, signe des graves d&#233;s&#233;quilibres socio-politiques des soci&#233;t&#233;s en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des menaces variables&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces d&#233;lires collectifs laissent donc partout un h&#233;ritage pesant. Mais la gravit&#233; de la situation varie selon les cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Japon par exemple, on est en circuit court : la dette est &#233;norme, mais due pour l'essentiel &#224; des Japonais ou &#224; des institutions publiques. La monnaie est entre des mains nationales. L'inflation est faible. Les taux d'int&#233;r&#234;t n&#233;gligeables. C'est bizarre, mais peut-&#234;tre tenable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ensuite des pays endett&#233;s dans leur monnaie. Pour les Etats-Unis, c'est m&#234;me une monnaie mondiale. Ils en profitent massivement, et s'endettent de plus en plus, avec Biden et maintenant Trump. Le d&#233;s&#233;quilibre est donc r&#233;el. Mais contr&#244;lant leur monnaie, ils ne peuvent avoir de crise des paiements, en th&#233;orie au moins, puisqu'il y aura toujours des dollars pour payer ; tout au plus une hyper inflation et une crise du dollar. Ce ne serait pas rien, mais cela les laisserait en position de contr&#244;le relatif de leurs d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a inversement les pays endett&#233;s dans une autre monnaie : les pays en d&#233;veloppement ; d'o&#249; les crises de la dette depuis 40 ans. Ils n'&#233;chappent pas &#224; des restructurations humiliantes et co&#251;teuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il y a enfin les pays europ&#233;ens. Ils ne sont pas endett&#233;s dans une monnaie nationale, car l'euro est commun et g&#233;r&#233; par la BCE. Or la politique de celle-ci r&#233;sulte d'un &#233;quilibre entre des positions diverses. Mais parall&#232;lement, leurs politiques internes sont tr&#232;s diff&#233;rentes et leur niveau d'endettement tr&#232;s variable ; leurs int&#233;r&#234;ts divergent donc. C'est donc une situation sans &#233;quivalent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La France en Europe : une situation &#224; grand risque, sans issue en vue&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sormais dans cet ensemble, le maillon faible, c'est la France, deuxi&#232;me &#233;conomie de l'ensemble, de plus en plus l'homme malade en Europe. Car dans son cas, aux charmes et facilit&#233;s offerts par les march&#233;s s'est ajout&#233;e une position apparemment confortable, celle d'une sorte d'Autriche-Hongrie, brillant second d'une Allemagne qui, elle, se veut restrictive et exemplaire. En effet, les g&#233;rants professionnels ont besoin d'une dette publique de r&#233;f&#233;rence, jug&#233;e sans risque, mais abondante, et l'Allemagne n'emprunte pas assez pour cela, les pays de sa p&#233;riph&#233;rie non plus. Restait donc la France. Elle en a bien abus&#233;. Mais avec le d&#233;rapage macronien, s'ajoutant aux errements ant&#233;rieurs, cette position est de plus en plus remise en cause, sans cependant que les march&#233;s aient franchi le pas de la crise ouverte. Que peut-il advenir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait imaginer d'abord une stabilisation relative, &#224; un tr&#232;s haut niveau de dette, permettant de perp&#233;tuer une situation certes inconfortable et co&#251;teuse, mais tenable : &#224; l'italienne et ou la belge - pour le moment du moins. Mais cela supposerait un arr&#234;t des super-d&#233;ficits. Or la perp&#233;tuation de la crise politique et de l'incompr&#233;hension manifeste de la majorit&#233; de la classe politique, et des Fran&#231;ais, sur la gravit&#233; de la situation laissent craindre qu'on n'est pas sur cette trajectoire. Il y a donc un risque majeur de crise. Quand ? On ne sait pas. Cela d&#233;pend de l'humeur des march&#233;s, des histoires qui y circulent, de chocs divers etc. On peut imaginer ainsi une d&#233;gradation progressive de la notation, une augmentation des spreads, une fi&#232;vre qui monte. Et de toute fa&#231;on, un jour, l'impossibilit&#233; de financer les sommes demand&#233;es, devenues d&#233;mentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel serait alors le traitement ? On l'a dit, la France n'a plus le contr&#244;le de sa monnaie. Les solutions mon&#233;taires, par achats massifs de la banque centrale ne sont plus &#224; port&#233;e, sauf approbation de ses partenaires dans la BCE, Allemands en t&#234;te, N&#233;erlandais etc. Mais cela supposerait pour eux de renier toute leur ligne politique, et d'affoler leurs &#233;lecteurs devant le spectre, r&#233;aliste, d'une inflation carabin&#233;e, alors m&#234;me qu'ils ont &#233;t&#233; &#171; vertueux &#187;. Compte tenu de la taille &#233;norme de la France dans le contexte europ&#233;en, juste apr&#232;s l'Allemagne, un sauvetage &#233;ventuel serait en outre une op&#233;ration &#233;norme et sans pr&#233;c&#233;dent. Combinant &#233;ventuellement un effort de la BCE, des restructurations de dette, une intervention du FMI, des m&#233;canismes ad hoc &#224; inventer, etc., il supposerait en outre ce qu'on appelle dans le jargon une conditionnalit&#233; : une politique de rigueur et de redressement, n&#233;cessairement &#224; la louche et brutale, et d'ailleurs partiellement contre-productive. En tout cas diam&#233;tralement oppos&#233;e &#224; la culture politique locale. Encore faudrait-il en outre qu'il y ait un gouvernement pour l'assumer. Cela ne se ferait donc pas tout seul. Avec politiquement le risque d'un d&#233;rapage collectif majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais apr&#232;s ? A terme encore plus long, deux d&#233;bouch&#233;s sont possibles. La premi&#232;re serait une r&#233;orientation du pays, permettant un red&#233;marrage. C'est ce qui s'est pass&#233;, clopin-clopant, au Br&#233;sil ou au Mexique apr&#232;s les ann&#233;es 80 : il s'agissait au fond de corriger un d&#233;rapage momentan&#233;, et on l'a fait. Mais pas en Argentine. Avec elle, cela demandait la modification en profondeur de la culture politique ; elle ne s'est pas produite, et le pays est retomb&#233; dans les m&#234;mes errements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons donc ici une forme de &#171; politique d'abord &#187; : sur ce plan comme sur d'autres, tant avant, pendant, qu'apr&#232;s la crise, la France ne s'en sortira pas sans une mutation politique majeure. Mais &#224; ce stade, elle n'est pas dans les cartes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine. &lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/france/dette-publique-francaise-le-symptome-dun-mal-politique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/france...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La probabilit&#233; de crises : sur quelques facteurs de vuln&#233;rabilit&#233; g&#233;opolitique majeure &#224; court ou long terme</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-probabilite-de-crises-sur-quelques-facteurs-de-vulnerabilite-geopolitique.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/La-probabilite-de-crises-sur-quelques-facteurs-de-vulnerabilite-geopolitique.html</guid>
		<dc:date>2024-05-06T14:54:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Vuln&#233;rabilit&#233;s g&#233;opolitiques</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La crise du Covid puis les guerres d'Ukraine et de Gaza ont fait irruption brusquement et r&#233;v&#233;l&#233; des sources de fragilit&#233; majeures dans la plupart des pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A titre d'exercice mental, il peut &#234;tre int&#233;ressant d'&#233;voquer plusieurs des causes de vuln&#233;rabilit&#233;, rep&#233;rables d&#232;s maintenant, m&#234;me si par d&#233;finition cette liste ne peut &#234;tre exhaustive. Au programme : d&#233;mographie, finance, &#233;cologie, transports maritimes et mondialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur effet peut &#234;tre selon les cas subit, ou au contraire tr&#232;s progressif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de G&#233;opragma&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Monde-multipolaire-.html" rel="directory"&gt;Monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Crise-+.html" rel="tag"&gt;Crise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Geopolitique-+.html" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Vulnerabilites-geopolitques-+.html" rel="tag"&gt;Vuln&#233;rabilit&#233;s g&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La crise du Covid puis les guerres d'Ukraine et de Gaza ont fait irruption brusquement et r&#233;v&#233;l&#233; des sources de fragilit&#233; majeures dans la plupart des pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A titre d'exercice mental, il peut &#234;tre int&#233;ressant d'&#233;voquer quelques vuln&#233;rabilit&#233;s futures rep&#233;rables d&#232;s maintenant, m&#234;me si par d&#233;finition cette liste ne peut &#234;tre exhaustive. Leur effet peut d'ailleurs &#234;tre selon les cas proche, ou au contraire sur le long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;mographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mographie d'abord. Rien n'est autant &#224; long terme, et rien n'est plus lent &#224; s'infl&#233;chir. On peut sans grand risque d'erreur anticiper la poursuite d'une natalit&#233; faible (voire encore plus en baisse) dans la plupart des pays du monde et notamment les pays les plus avanc&#233;s, notamment en Asie de l'Est (Chine comprise) et en Europe.&lt;br class='autobr' /&gt;
En partie compens&#233;e d&#233;mographiquement par l'immigration en Europe, mais au prix d'une h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; croissante de la population. C'est moins aigu en Am&#233;rique du Nord, d'autant que les migrants y sont bien plus assimilables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels en sont les effets ? On tend en g&#233;n&#233;ral &#224; mettre l'accent sur la question des retraites, non sans motif, mais les cons&#233;quences vont bien plus loin. C'est d'abord la question directe du recrutement des arm&#233;es (notamment dans des pays d&#233;sormais &#224; enfant unique ou presque). Cela jouera ensuite sur l'&#233;conomie et notamment la main d'&#339;uvre. Un livre r&#233;cent (Goodhart et Pradhan, &lt;i&gt;The Great Demographic Reversal&lt;/i&gt;), y voit m&#234;me un tournant majeur : la p&#233;riode des 40 derni&#232;res ann&#233;es s'av&#232;re avoir &#233;t&#233; exceptionnelle, caract&#233;ris&#233;e au niveau plan&#233;taire par une main d'&#339;uvre abondante et plut&#244;t capable (les baby-boomers et leur successeurs imm&#233;diats, ce &#224; quoi s'est surtout ajout&#233;e l'irruption de l'immense Chine) ; cela a &#233;t&#233; un facteur majeur de contr&#244;le de l'inflation. Mais d&#233;sormais lui succ&#233;derait une p&#233;riode de rar&#233;faction durable de cette force de travail ; ce qui impliquerait de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale un ralentissement marqu&#233; de la croissance et une forte inflation. Cela suppose naturellement que les facteurs allant en sens inverse (&#233;conomie d'emplois gr&#226;ce &#224; l'IA, main d'&#339;uvre indienne voire africaine) ne suffisent pas &#224; corriger cet effet. Cela toucherait l'ensemble des pays notamment d&#233;velopp&#233;s, sous la r&#233;serve partielle de l'immigration, mais avec les probl&#232;mes que celle-ci implique, notamment en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233; la d&#233;mographie africaine (subsaharienne) restera au contraire tr&#232;s forte, et par inertie jusqu'au si&#232;cle prochain m&#234;me s'il s'y produit une transition d&#233;mographique comme ailleurs. D'o&#249; d'&#233;normes probl&#232;mes de d&#233;veloppement, et une tendance &#224; des migrations massives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Finance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finance ensuite. La tendance r&#233;currente &#224; des crises financi&#232;res para&#238;t &#234;tre un caract&#232;re structurel de nos soci&#233;t&#233;s, par combinaison de deux facteurs. L'endettement d'abord, signe clair d'incapacit&#233; politique &#224; choisir ou &#224; faire accepter des choix difficiles par la population. La nature de la monnaie ensuite, d&#233;sormais sans lien avec une r&#233;alit&#233; objective et cens&#233;ment r&#233;gul&#233;e par des banques centrales ind&#233;pendantes, mais dont l'exp&#233;rience montre qu'elles donnent syst&#233;matiquement la priorit&#233; au souci d'&#233;viter les crises imm&#233;diatement, bien plus qu'&#224; la solidit&#233; de la monnaie. D'o&#249; une cr&#233;ation forte de monnaie et des taux d'int&#233;r&#234;ts trop bas, facteurs &#224; leur tour de mauvais investissements, de bulles financi&#232;res et donc de krachs, et bien entendu d'un endettement en boule de neige. Certes, on est actuellement dans une phase de correction relative (mauvaise pour les tr&#232;s endett&#233;s), mais elle reste tr&#232;s relative : les taux d'int&#233;r&#234;ts r&#233;els restent tr&#232;s bas. Et la tendance lourde subsiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui dit crise dit d'abord des secousses violentes se traduisant &#224; l'occasion politiquement. Et &#233;ventuellement &#224; terme une dislocation progressive d'outils communs, internationaux, comme le r&#244;le du dollar - avec toutes ses limites. Disruption aggrav&#233;e par des d&#233;cisions aberrantes, comme les sanctions mon&#233;taires sur la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; c&#244;t&#233; des crises globales, notamment d'origine am&#233;ricaine comme en 2007, on peut avoir des crises r&#233;gionales majeures chez d'autres grands acteurs comme l'Europe (disloqu&#233;e entre le bloc germanique et le reste, notamment au sud). Ou la Chine, dont les pratiques financi&#232;res et notamment bancaires apparaissent pour le moins hasardeuses : le volontarisme est dig&#233;rable si la croissance est tr&#232;s forte et la mar&#233;e &#233;conomique mondiale porteuse, mais on n'a pas vu le syst&#232;me &#224; l'&#233;preuve d'un vraie crise. En regard, les Etats-Unis, source de graves probl&#232;mes pour les autres, montrent jusqu'ici une capacit&#233; plut&#244;t meilleure &#224; surmonter les crises, comme on l'a vu encore apr&#232;s 2008, mais &#224; trop tenter le diable, on court des risques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ecologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologie et notamment la question du r&#233;chauffement ne sont pas des sciences aussi s&#251;res qu'on le dit ; mais on ne peut pas ne pas y identifier des sources potentielles majeures de disruptions. Mais les effets en seront tr&#232;s variables selon les zones - ce qu'on souligne bien trop peu. En particulier, tout indique que la lutte contre le r&#233;chauffement ne sera pas &#224; la hauteur de ce que demande la doxa dominante, plus ou moins consensuelle ; et donc, si on admet que ses pr&#233;visions sont fiables, il y aura r&#233;chauffement, et les effets adverses ne manqueront pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair alors que dans un sens plus positif la diversit&#233; des climats sera un facteur de r&#233;silience (US ?), de m&#234;me un positionnement au Nord g&#233;ographique (Russie). Inversement, le d&#233;sastre serait &#224; nouveau pour les pays chauds, Afrique en premier lieu. Et l'Europe serait plut&#244;t n&#233;gativement affect&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Transports maritimes et mondialisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les transports maritimes : on y pense moins, mais ils pourraient &#234;tre &#224; l'origine sinon de crises, du moins de mutations importantes. Un livre am&#233;ricain &#224; succ&#232;s (Peter Zeihan &lt;i&gt;The end of the world is just the beginning&lt;/i&gt;, HarperCollins, 2022) se livre &#224; cet exercice en prenant pour base l'hypoth&#232;se d'un &#233;croulement de la mondialisation, du fait d'un d&#233;sengagement naval des Am&#233;ricains, tant par isolationnisme que par co&#251;t &#233;lev&#233;. Dans un tel cas le transport maritime serait gravement affect&#233; par une r&#233;elle difficult&#233; &#224; mater les attaques (les Houthis au centuple). Cela impliquerait une disruption des &#233;changes et en particulier de la s&#233;curit&#233; des transports, sans doute &#233;tal&#233;e sur pas mal de temps. Mais sans aller jusqu'&#224; des hypoth&#232;ses aussi radicales, la possibilit&#233; d'une forte r&#233;duction du transport maritime, par ins&#233;curit&#233; ou co&#251;t &#233;lev&#233;, est tout &#224; fait concevable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, un ralentissement marqu&#233; de la mondialisation est imaginable, ajoutant au facteur pr&#233;c&#233;dent des troubles locaux, l'accentuation des tensions, la mont&#233;e d'une politique de pr&#233;caution pour assurer la s&#233;curit&#233; des approvisionnements etc. D'o&#249; un risque de baisse de la production agricole, l&#224; o&#249; elle est trop d&#233;pendante des engrais et d'autres inputs, et donc des risques de famine. Et une diff&#233;renciation des cha&#238;nes de production industrielle. Plus une lutte encore plus sauvage pour le contr&#244;le des mati&#232;res premi&#232;res, notamment sur la base de la proximit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet en serait variable selon les zones, mais Zeihan conclut &#224; une assez grande autosuffisance de l'Am&#233;rique du Nord, r&#233;elle ou potentielle ; et en revanche &#224; un grave probl&#232;me en Chine, accentu&#233; par les effets d&#233;mographiques et financiers ; ce qui est possible mais non certain, car le r&#233;gime a montr&#233; une capacit&#233; de rebond non n&#233;gligeable. L'Europe serait plut&#244;t n&#233;gativement affect&#233;e ; selon lui la Russie aussi - mais cela para&#238;t peu cr&#233;dible. Et l&#224; aussi l'Afrique serait sans doute plut&#244;t sinistr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;El&#233;ments de r&#233;flexion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que conclure de ce rapide exercice mental, avec toutes ses limites ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord qu'il est absurde pour des pays de se confier comme on l'a fait depuis 50 ans &#224; une esp&#232;ce de deus ex machina, qu'il soit progressiste, lib&#233;ral d&#233;mocratique ou autre, politique ou &#233;conomique, qui nous aurait fait entrer dans une nouvelle &#232;re plus s&#251;re. La probabilit&#233; de crises majeures reste tr&#232;s forte, et donc quasiment certaine dans un domaine ou un autre, notamment &#224; terme. Ce n'est pas d'ailleurs nouveau dans l'histoire&#8230; mais on a tendu &#224; l'oublier, notamment en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pays par pays, on tend plut&#244;t &#224; conclure que les Etats-Unis partent dans des conditions plut&#244;t robustes (mais cela peut &#234;tre temp&#233;r&#233; par leurs profondes divisions internes) ; que l'Europe, en outre h&#233;t&#233;rog&#232;ne, est beaucoup plus expos&#233;e ; la Chine &#233;ventuellement aussi, mais pour d'autres raisons ; et l'Afrique l&#224; encore mal partie. Le cas de l'Inde (et des autres pays) para&#238;t moins &#233;vident, avec des forces et des faiblesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela conduirait en cons&#233;quence &#224; rendre plausible ou du moins pas si absurde un n&#233;o-isolationnisme am&#233;ricain, face aux &#233;ventuels d&#233;sastres ext&#233;rieurs ; la tentation d'un nouvel interventionnisme pouvant n&#233;anmoins subsister. On peut imaginer c&#244;t&#233; chinois un durcissement face &#224; un environnement in&#233;vitablement moins favorable qu'il ne l'a &#233;t&#233; pour eux dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente, s'ajoutant aux limites du syst&#232;me s'il ne parvient pas &#224; trouver un point d'&#233;quilibre. Il y a par ailleurs un risque assez &#233;lev&#233; de dislocation europ&#233;enne, le continent &#233;tant en outre mentalement mal pr&#233;par&#233; pour des perspectives de rupture. Et de tr&#232;s gros probl&#232;mes en Afrique &#8211; par ailleurs aux portes de l'Europe, ce qui aggrave la situation de celle-ci. A nouveau, le d&#233;bat reste ouvert pour le reste (Am&#233;rique latine et reste de l'Asie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'il en soit, la diversit&#233; des situations face &#224; de telles crises para&#238;t a priori consid&#233;rable. Et donc la multipolarit&#233; &#224; venir se fera tr&#232;s probablement en ambiance tendue&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de G&#233;opragma&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/la-probabilite-de-crises-sur-quelques-facteurs-de-vulnerabilite-majeure-a-court-ou-long-terme/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/la-probabilite...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Apr&#232;s la crise : l'&#233;conomie et le bien commun</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Apres-la-crise-l-economie-et-le-bien-commun.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Apres-la-crise-l-economie-et-le-bien-commun.html</guid>
		<dc:date>2020-08-01T15:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise</dc:subject>
		<dc:subject>Covid</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et bien commun</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, cette crise peut d&#233;boucher sur deux &#233;volutions oppos&#233;es. L'une consiste &#224; continuer comme avant. D&#233;penser, s'endetter, ne pas choisir. C'est une trajectoire risqu&#233;e et d&#233;s&#233;quilibr&#233;e, dans un contexte aggrav&#233;. Mais c'est la plus naturelle pour nos soci&#233;t&#233;s et nos politiques. L'autre supposerait un effort personnel et collectif, d&#233;bouchant sur un sursaut, associant Etat et forces vives, r&#233;solument solidaire et subsidiaire. Cela impliquerait des choix &#233;nergiques, plus de d&#233;penses ici, bien moins ailleurs, et donc des priorit&#233;s. En particulier, il faudrait un nouveau pacte entre la soci&#233;t&#233; et l'Etat. Un effort collectif de grande envergure pour restaurer une culture commune d&#233;di&#233;e au bien commun, int&#233;rioris&#233;e car porteuse de sens pour chacun. Ce qui suppose une r&#233;volution mentale, et des leaders pour l'incarner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;Libert&#233; Politique&lt;/i&gt;, juillet 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Economie-generale-a-.html" rel="directory"&gt;Economie g&#233;n&#233;rale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Crise-+.html" rel="tag"&gt;Crise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Pandemie-Covid-+.html" rel="tag"&gt;Covid&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Economie-et-bien-commun-+.html" rel="tag"&gt;Economie et bien commun&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s la crise sanitaire, la crise &#233;conomique. Nous vivons la plus grande crise &#233;conomique depuis 1929, sinon depuis le XIXe si&#232;cle. Les torrents d'argent d&#233;vers&#233;s par notre maman (ou mar&#226;tre) l'Etat, et derri&#232;re par la Banque centrale, nous l'occultent encore, bien que d&#233;j&#224; nombre de nos compatriotes le ressentent douloureusement. Crise qui arrive en outre sur un arri&#232;re-fond d&#233;j&#224; passablement malsain, surtout dans le cas fran&#231;ais, en nette perte de vitesse depuis des ann&#233;es et qui tente d'oublier ses probl&#232;mes dans les vapeurs de la dette. Sans parler des d&#233;chirures politiques, de l'immigration anarchique ou de l'opium europ&#233;iste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu de rappels factuels d'abord, m&#234;me si les faits sont d&#233;sormais d&#233;cant&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La B&#233;r&#233;zina de l'Etat fran&#231;ais&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ob&#232;se endormi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est &#233;videmment les limites de la mondialisation commerciale et industrielle, avec son syst&#232;me de flux tendus et de d&#233;localisations et la concentration des productions, en Chine ou ailleurs, et la d&#233;sindustrialisation galopante de la France. Nous nous sommes d&#233;couverts d&#233;munis &#224; un point que peu de gens imaginaient, sans plusieurs substances pharmaceutiques de base et m&#234;me sans masques. Evidemment la mondialisation, quand cela fait baisser les prix dans les supermarch&#233;s, c'est bien commode. Sauf quand on d&#233;couvre qu'on est ramen&#233; sur certains points au niveau de pays en d&#233;veloppement. Et on red&#233;couvre alors que l'&#233;conomie ne se r&#233;duit pas &#224; quelques calculs d'optimalisation dans le secret de multinationales, mais que c'est l'art de produire et de livrer au mieux ce dont une communaut&#233; humaine a besoin. Or la seule communaut&#233; r&#233;ellement solidaire, dont la vie commune est essentielle au statut de ses membres, c'est la nation. Pas l'Europe, la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que notre comp&#232;re l'Etat a imm&#233;diatement saut&#233; sur sc&#232;ne pour orchestrer son r&#244;le de sauveur universel, si puissant dans la mythologie fran&#231;aise. Oubliant son inaction dans la mise en place de nos vuln&#233;rabilit&#233;s, sa n&#233;gligence totale des risques d'une telle mondialisation, son r&#244;le actif dans l'id&#233;ologie libre-&#233;changiste europ&#233;enne, comme dans le carcan rigide des trait&#233;s europ&#233;ens. Oubliant aussi son effarante emprise sur la vie commune, r&#233;gissant ou canalisant 56% du PNB, un record mondial (hors Cor&#233;e du Nord). Oubliant enfin ses m&#233;thodes de Diafoirus dans la gestion des budgets de sant&#233; : des restrictions budg&#233;taires hyst&#233;riques aboutissant &#224; l'&#233;limination des stocks de masques, mais un total de d&#233;penses de sant&#233; parmi les plus &#233;lev&#233;s de la plan&#232;te, avec un d&#233;veloppement canc&#233;reux des emplois administratifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce qui appara&#238;t est que la taille des budgets sant&#233; n'est en rien corr&#233;l&#233;e avec les r&#233;sultats obtenus dans la lutte contre ce fl&#233;au. La France a un nombre de morts par habitants parmi les plus &#233;lev&#233;s de la plan&#232;te, et elle a subi un effondrement record son &#233;conomie. Mais ses d&#233;penses de sant&#233; sont bien plus &#233;lev&#233;es que celles de la Cor&#233;e, pour un r&#233;sultat bien plus m&#233;diocre : 11.2% du PIB contre 8%, sans parler de Taiwan, qui est encore plus bas. Ajoutons que tant &#224; Taiwan qu'en Cor&#233;e, autour de 90% des h&#244;pitaux et des cliniques sont priv&#233;s. M&#234;me l'Allemagne voisine, qui d&#233;pense autant que nous en proportion, mais avec un syst&#232;me nettement plus privatis&#233;, a trouv&#233; le moyen d'obtenir un taux de mortalit&#233; bien plus bas, avec moins de r&#233;cession, mais en payant bien mieux ses infirmi&#232;res. Comble de la honte, des pays bien moins avanc&#233;s comme le Portugal et la Gr&#232;ce, qui ont subi des politiques de rigueur violentes, notamment sur leur syst&#232;me de sant&#233;, se tirent bien mieux d'affaire que la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela prouve un chose : c'est que la qualit&#233; de la d&#233;cision importe bien plus que la masse des budgets. Il ne s'agit donc pas d'abord de d&#233;penser plus, mais de bien d&#233;penser, et plus encore, de d&#233;cider vite et courageusement. Le probl&#232;me de la France n'a pas &#233;t&#233; un suppos&#233; d&#233;mant&#232;lement du service public, puisque les d&#233;penses publiques de sant&#233; en France (en 2018, 9,3% du PNB) sont toujours plus &#233;lev&#233;es qu'il y a vingt ans (7,6% en 1998). Mais on a appliqu&#233; b&#234;tement notre cher rabot budg&#233;taire : on r&#233;duit l&#224; o&#249; c'est plus facile, l&#224; o&#249; il y a le moins de protestations, et non selon les vraies priorit&#233;s. Et on gonfle les structures bureaucratiques et autoritaires. Mais comme cela fait 40 ans que nous ne parvenons pas &#224; &#233;quilibrer nos budgets, notre dette publique qui atteignait d&#233;j&#224; le niveau aberrant de 100% du PNB, va all&#233;grement vers les 120%. Malgr&#233; des taux d'int&#233;r&#234;t maintenus artificiellement par le BCE &#224; des niveaux bas extravagants. En face, l'effort de soutien &#224; l'&#233;conomie de l'Allemagne, peu endett&#233;e, a pu &#234;tre tr&#232;s sup&#233;rieur en proportion au n&#244;tre, sans peser sur ses &#233;quilibres financiers. On peut bien s&#251;r comprendre les d&#233;penses exceptionnelles li&#233;es &#224; la crise, au point o&#249; on en &#233;tait. Mais elle p&#232;seront &#224; l'avenir, d'autant qu'elles s'ajoutent &#224; un stock de dette consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r l'Etat a pu faire le faraud, notamment par ses d&#233;penses massives et sans pr&#233;c&#233;dent, l&#224; o&#249; on expliquait doctement quelques semaines plus t&#244;t qu'il n'y avait pas d'argent magique. Et il a eu raison, au point o&#249; on en &#233;tait. Comme il a eu raison de confiner, puisqu'il avait tr&#232;s mal pr&#233;par&#233; le pays et a d&#251; r&#233;agir au dernier moment &#224; la menace avec les moyens les plus grossiers et les plus brutaux. Mais la faute &#224; qui ? Au lieu d'un Etat ob&#232;se, emp&#226;t&#233; et inefficace, il fallait un Etat l&#233;ger, concentr&#233; sur ses priorit&#233;s fondamentales, beaucoup plus alerte et agile, faisant plus confiance aux citoyens et aux corps interm&#233;diaires, et moins bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eviter la perp&#233;tuation de l'idol&#226;trie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le risque est paradoxalement que le mal, loin de se voir corrig&#233;, s'aggrave, &#224; la faveur de l'idol&#226;trie &#233;tatiste qui constitue h&#233;las la tradition nationale d&#233;sormais la mieux ancr&#233;e. Notamment parce que l'id&#233;e se r&#233;pand que la faute est uniquement &#224; l'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire d'un c&#244;t&#233;, &#224; la mondialisation de l'autre. Or si l'une et l'autre sont ind&#233;niablement une part du probl&#232;me, la r&#233;ponse n'est pas dans l'&#233;paississement d'un Etat d&#233;j&#224; d&#233;mesur&#233; et rendu encore plus inefficace par sa d&#233;mesure. Il y a m&#234;me un risque politique majeur d'une pression encore plus forte en faveur de la d&#233;pense publique, alors m&#234;me que nos Etats sont tr&#232;s endett&#233;s. Et donc que les tendances d&#233;j&#224; malsaines &#224; l'&#339;uvre depuis des d&#233;cennies se trouvent aggrav&#233;es. Plus le risque de croire que l'Etat sera mieux plac&#233; que les entreprises ou les collectivit&#233;s pour r&#233;soudre nos probl&#232;mes. Nous avons en r&#233;alit&#233; bien plus besoin d'une action publique (d'une politique de pr&#233;vention et d'orientation) que d'un secteur public m&#234;me s'il peut avoir son r&#244;le. C'est ce que dans la Doctrine sociale de l'Eglise on appelle la subsidiarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et bien entendu il faut prendre conscience du r&#244;le d&#233;cisif de l'esprit public et des disciplines collectives. En l'occurrence, les m&#233;thodes efficaces pour traiter ce genre d'&#233;pid&#233;mie supposent d&#233;pistage syst&#233;matique et port du masque. Le masque, ce n'est pas pour prot&#233;ger celui qui le porte, mais les autres ; les pays d'Asie orientale le savent, o&#249; toute personne ayant un rhume et a fortiori une grippe se doit de porter un masque par souci des autres. Avec la qualit&#233; et la rapidit&#233; des d&#233;cisions, c'est la cause principale de leur succ&#232;s. A nouveau donc, ce qui importe est la qualit&#233; de la vie collective, et notamment le souci g&#233;n&#233;ralis&#233; du bien commun, et non la masse de l'argent gaspill&#233; par l'ogre &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'illusion mon&#233;taire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On l'a rappel&#233;, notre &#233;conomie est exceptionnellement endett&#233;e. Et c'est une contrainte majeure. Sans compter le risque de crise financi&#232;re, car l'histoire montre que c'est la dette qui transforme une crise sur un march&#233; en crise syst&#233;mique. Seule la dette, la cha&#238;ne des cr&#233;ances que chacun d&#233;tient sur l'autre, cr&#233;e en effet cet effet domino qui r&#233;sulte de la d&#233;pendance des acteurs les uns des autres. Nous aurons donc cette crise financi&#232;re un jour ou l'autre ; mais peut-&#234;tre pas imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme on l'a dit, les d&#233;ficits publics sont presque permanents en France depuis 45 ans, comme dans bien des pays. Normalement, on s'endette pour financer des investissements, lesquels sont suppos&#233;s cr&#233;er une capacit&#233; de remboursement. Mais en l'esp&#232;ce il s'est agi pour l'essentiel du financement de d&#233;penses courantes. De telles d&#233;penses devraient &#234;tre financ&#233;es par l'imp&#244;t &#8211; ou par des &#233;conomies. Mais nous pr&#233;f&#233;rons depuis plus de 40 ans les renvoyer sur les g&#233;n&#233;rations suivantes. Qu'est-ce &#224; dire, sinon que c'est notre syst&#232;me politique d&#233;mocratique qui est gravement d&#233;ficient, car incapable de choisir et d'assumer ses responsabilit&#233;s ? Le m&#234;me d&#233;faut que nous retrouvons d'ailleurs en &#233;cologie, o&#249; la pollution massive et la destruction des espaces vitaux, ou le pillage des ressources, p&#232;seront essentiellement sur les g&#233;n&#233;rations futures. Nous retrouvons ici ce que nous avons vu pour les d&#233;penses de sant&#233;, &#224; savoir la question de la bonne d&#233;pense. Inversement une des causes de la mauvaise d&#233;pense, c'est l'incapacit&#233; de nos d&#233;mocraties &#224; choisir, &#224; r&#233;duire les d&#233;penses excessives ou inutiles (ou &#224; augmenter les ressources ; mais &#231;&#224; en France on sait faire, avec le record mondial de la pression fiscale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains expliquent ici que le probl&#232;me n'existe plus, parce qu'on a trouv&#233; la solution permettant de financer durablement des d&#233;ficits publics : la cr&#233;ation mon&#233;taire, l'intervention magique de la banque centrale. Comme si on pouvait durablement cr&#233;er des richesses en cr&#233;ant de la monnaie, comme si les richesses n'&#233;taient pas des r&#233;alit&#233;s mat&#233;rielles ou humaines, alors que la monnaie n'est qu'une convention permettant de les mesurer et de les &#233;changer ! Pens&#233;e magique qui est celle du d&#233;mon M&#233;phistoph&#233;l&#232;s dans le second Faust de Goethe, qui pr&#233;cis&#233;ment procure pour un temps une richesse apparente en cr&#233;ant de la monnaie, jusqu'&#224; ce que l'illusion se dissipe. Au-del&#224; du bon sens, l'histoire le confirme : l'exemple des deux guerres mondiales montre que cela devient tr&#232;s vite et violemment inflationniste ; et l&#224; aussi ce que l'on constate est que tout le monde souffre gravement de l'inflation, notamment les plus faibles. Et si ce n'est pas l'inflation des biens et services, c'est l'inflation des actifs qu'on obtient, comme c'est le cas aujourd'hui : la Bourse et l'immobilier qui atteignent des niveaux aberrants. La monnaie est un bien public, mais vuln&#233;rable ; surtout dans nos soci&#233;t&#233;s o&#249; elle n'a plus de r&#233;f&#233;rence &#224; un bien r&#233;el comme autrefois l'or ou l'argent ; elle doit donc &#234;tre g&#233;r&#233;e de mani&#232;re que sa taille soit coh&#233;rente avec la taille r&#233;elle de l'&#233;conomie, et pas plus. Et sans non plus que l'Etat confisque la cr&#233;ation mon&#233;taire au d&#233;triment du reste de l'&#233;conomie, qui en a besoin. La monnaie n'est pas un outil dont on joue &#224; volont&#233;, c'est une r&#233;f&#233;rence commune qui ne doit pas &#234;tre remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire alors avec le stock de dette : le r&#233;duire d'autorit&#233; ? Mais contrairement &#224; ce que certains r&#234;vent, cette dette est bien r&#233;elle, et juridiquement tout &#224; fait exigible. Spolier les cr&#233;anciers ne frapperait en outre pas en premier lieu les banques, comme certains le croient ici ou l&#224;, mais les institutions d'&#233;pargne, caisses de retraite, compagnies d'assurance, SICAV, outre les &#233;trangers. Les r&#233;pudier serait m&#234;me un d&#233;sastre financier et cela ruinerait beaucoup de gens. C'est donc exclu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre tentation, plus subtile, est celle de mon&#233;tiser ces cr&#233;ances, notamment celles d&#233;tenues par la banque centrale (la BCE). Mais celle-ci ne d&#233;tenait qu'environ 20% de la dette de l'Etat fran&#231;ais avant la crise actuelle, donc un peu plus depuis. En fait, plus qu'un annulation de ces dettes, qui mettrait la banque centrale en perte et terrifierait l'opinion, il faudrait sans doute les transformer en cr&#233;ances perp&#233;tuelles. On dit que cela ne cr&#233;erait pas d'effet massif sur les march&#233;s, puisque ces cr&#233;ances sont d&#233;j&#224; dans les livres de la BCE. Mais en r&#233;alit&#233;, on enverrait un signal tr&#232;s inqui&#233;tant. Et l'effet resterait limit&#233; : on reviendrait en effet simplement &#224; la situation d'il y a un an (un peu moins de 100% du PNB pour la France). Le niveau de dette resterait donc historiquement tr&#232;s &#233;lev&#233;. Si on voulait vraiment r&#233;duire la dette, il faudrait quelque chose de beaucoup plus massif. Mais alors, bien plus encore que pour les 20%, cela poserait de tr&#232;s gros probl&#232;mes juridiques et politiques. Tout d'abord, le financement des Etats par les banques centrales est exclu par les trait&#233;s europ&#233;ens. On s'en fiche en France, mais pas ailleurs, notamment en Europe du Nord, Pays Bas et Allemagne en t&#234;te. D'autant que leur endettement est bien plus faible que le n&#244;tre, donc leur besoin. Pourquoi ab&#238;mer sa monnaie, pensent-ils ? Parce que la France et d'autres ne savent pas se g&#233;rer ? En outre le risque inflationniste deviendrait consid&#233;rable, et m&#234;me de fuite devant la monnaie. Si donc cela devait arriver un jour, ce ne serait qu'en toute derni&#232;re extr&#233;mit&#233;, et avec des risques collectifs tr&#232;s importants. Or &#224; nouveau la fiabilit&#233; de la monnaie est un des piliers de la vie commune. Mais surtout, m&#234;me si on en venait l&#224;, les faits resteraient : en r&#233;gime de croisi&#232;re, on n'&#233;chapperait de toute fa&#231;on pas &#224; l'assainissement des d&#233;ficits publics, et donc &#224; une r&#233;forme en profondeur de la d&#233;pense publique, qui est in&#233;luctable. Le sevrage devient donc urgent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les priorit&#233;s &#233;videntes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que faire alors pour l'avenir ? Nous ne pouvons &#233;videmment pas entrer ici dans l'expos&#233; d'un grand plan d'action, mais on peut souligner quelques-uns des dilemmes de base auxquels il faut faire face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question redoutable de l'autonomie nationale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est un r&#244;le de l'Etat, c'est de veiller &#224; nos vuln&#233;rabilit&#233;s collectives. Notamment face aux exc&#232;s de la mondialisation de la production et du commerce. On en est dans l'ensemble conscient d&#233;sormais, mais la question est plus difficile qu'on ne l'imagine. Il est &#233;videmment inacceptable qu'un pays avanc&#233; comme le n&#244;tre se trouve aussi d&#233;pendant de produits vitaux qu'il s'est av&#233;r&#233; l'&#234;tre dans cette crise. Notamment quand on d&#233;pend d'un pays aussi particulier que la Chine. Mais r&#233;pudier l'id&#233;ologie du jeu spontan&#233; du march&#233; ne suffit pas, car les r&#233;alit&#233;s sont complexes. Les grandes entreprises, organisatrices de la division du travail, ont elles-m&#234;mes compris aussi leur propre vuln&#233;rabilit&#233;, et vont r&#233;viser leurs plans. Mais cela ne suffit pas non plus, car d'une part elles ne sont pas infaillibles, comme on l'a vu, et &#233;videmment pas d&#233;sint&#233;ress&#233;es. Et surtout, ce sont les pouvoirs publics qui sont responsables ultimes du bien commun de leur peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en outre &#234;tre conscient que si on peut et doit r&#233;duire notre vuln&#233;rabilit&#233;, il est exclu de faire dispara&#238;tre toute d&#233;pendance et plus encore de croire qu'on peut se couper purement et simplement de l'&#233;conomie mondiale. Mieux, une vraie autonomie suppose un niveau minimal appr&#233;ciable de production et de richesse, et celle-ci ne peut &#234;tre atteinte, pour un pays comme le n&#244;tre, que par une insertion intelligente dans l'&#233;conomie mondiale, et &#224; un niveau suffisamment &#233;lev&#233;. Nous avons d&#233;j&#224; besoin de mati&#232;res premi&#232;res que nous n'avons pas, &#224; commencer par le p&#233;trole ; et surtout nous ne pouvons produire tous les composants et produits, chimiques, m&#233;caniques, &#233;lectroniques ou logiciels, dont nous avons besoin. Nous ne pouvons pas non plus r&#233;inventer tout le temps par nous-m&#234;me tout ce qui se cr&#233;e sur la plan&#232;te. On peut et doit rapatrier certaines lignes de production jug&#233;es essentielles, ou se mettre en capacit&#233; de les recr&#233;er tr&#232;s vite. On peut et doit veiller au contr&#244;le de nos entreprises cl&#233;s, notamment en recr&#233;ant une base d'actionnariat national. Mais pour le reste, on a besoin surtout d'une r&#233;flexion strat&#233;gique en termes de priorit&#233;s d'une part, de vuln&#233;rabilit&#233;s de l'autre. Cela peut conduire cas par cas non pas &#224; rapatrier, mais souvent &#224; diversifier les sources d'approvisionnement, ou &#224; pr&#233;voir des stockages. En outre, agir de fa&#231;on r&#233;solue pour r&#233;duire notre vuln&#233;rabilit&#233; ne doit pas nous emp&#234;cher de coop&#233;rer avec d'autres, bien au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle r&#233;orientation, visant &#224; la fois la comp&#233;titivit&#233; et une moindre vuln&#233;rabilit&#233;, suppose en outre des moyens. Avec deux priorit&#233;s : la recherche scientifique et les entreprises innovantes. Et une r&#233;orientation de grande &#233;chelle de l'&#233;pargne vers les fonds propres des entreprises, car la France manque dramatiquement d'investisseurs en fonds propres ; or les fonds propres, c'est la propri&#233;t&#233; des entreprises, donc leur orientation ultime. Cela peut inclure d'ailleurs la mise en place d'un fonds souverain fran&#231;ais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Reconstituer le tissu social et &#233;conomique local&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce n'est qu'une des faces de l'action &#224; mener, l'autre &#233;tant la solidarit&#233;, accompagn&#233;e de la revitalisation territoriale. Un effet majeur de la crise sera en effet la remont&#233;e du ch&#244;mage, et l'affaiblissement de tr&#232;s nombreuses entreprises, notamment PME, commerce et ind&#233;pendants. D&#233;j&#224; la France avait un niveau de ch&#244;mage plus &#233;lev&#233; que d'autres pays, mais la situation devrait s'aggraver massivement. Rappelons en outre ce qui est d&#233;sormais une &#233;vidence, mais qu'il ne faudra pas oublier avec la crise : l'importance de certains m&#233;tiers vus parfois de haut, ou pas tr&#232;s bien trait&#233;s en regard de leur importance r&#233;elle dans la cha&#238;ne des d&#233;pendances et des solidarit&#233;s. Cela implique &#224; la fois la reconnaissance morale et sociale, et une r&#233;mun&#233;ration ad&#233;quate. Ainsi de nos infirmi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela implique &#224; nouveau un effort consid&#233;rable de r&#233;forme, y compris avec une participation publique, pour revitaliser notre appareil productif, notamment industriel. Mais il ne s'agit pas ici seulement d'&#233;conomie, mais de soci&#233;t&#233;. Une des causes des gilets jaunes &#233;tait l'appauvrissement du tissu relationnel local, notamment des commerces en centre-ville ou village. Or ils vont &#234;tre frapp&#233;s de plein fouet. Et les gagnants, la distribution &#224; distance, les commandes par Internet, qui ont leur place certes, sont surtout le triomphe de l'individualisme et de la d&#233;sagr&#233;gation du lien social. Si on y ajoute le t&#233;l&#233;travail, pourtant lui aussi justifi&#233; en soi, le risque sera celui d'un repli sur soi encore plus marqu&#233;. Une soci&#233;t&#233; &#233;quilibr&#233;e et solidaire n'est pas une soci&#233;t&#233; concentr&#233;e dans quelques grandes m&#233;tropoles, mais une soci&#233;t&#233; o&#249; le voisinage a un sens, parce qu'on a plaisir &#224; vivre dans une environnement &#224; taille humaine. Pour cela, il faut bien s&#251;r un effort collectif, y compris &#224; travers l'Etat, mais surtout une lib&#233;ration des &#233;nergies, et donc une r&#233;duction de l'emprise technocratique et bureaucratique souvent &#233;touffante. Ce souci se combine avec celui &#233;voqu&#233; pr&#233;c&#233;demment, portant sur les vuln&#233;rabilit&#233;s, pour favoriser un plus grand souci de solidarit&#233; g&#233;ographique et territoriale, et donc pour produire et consommer localement. Car l'&#233;conomie est en derni&#232;re analyse au service de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple particuli&#232;rement &#233;vident est celui de l'Education nationale, monstre unique, seule institution survivante de type sovi&#233;tique. Son &#233;clatement est une priorit&#233;, lib&#233;rant les &#233;nergies des enseignants tout en r&#233;duisant les co&#251;ts inutiles, et rapprochant les &#233;coles des communaut&#233;s r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La solidarit&#233; r&#233;elle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut encore &#233;tendre la r&#233;flexion. Reconna&#238;tre d'abord le r&#244;le central qu'a eu la famille pendant le confinement (ou le manque, pour ceux qui n'en avaient pas). R&#244;le qui est &#233;videmment permanent, mais que notre soci&#233;t&#233; n&#233;glige dans ses petits calculs et ses d&#233;marches individualistes et &#233;go&#239;stes. Ce qui touche bien des probl&#232;mes, du niveau des prestations familiales (pour toutes les familles) &#224; la question &#233;pineuse mais prioritaire de la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle, ou &#224; la prise en compte dans les calculs de niveau de retraite des enfants qu'on a &#233;lev&#233;s. Le d&#233;bat public ne montre pas de prise de conscience accrue de ce facteur pourtant majeur pour la vie r&#233;elle de nos contemporains ; rappelons que dans les estimations les plus mod&#233;r&#233;es, le travail familial (non r&#233;mun&#233;r&#233;) repr&#233;senterait s'il &#233;tait calcul&#233; et inclus dans la comptabilit&#233; nationale plus du tiers du PIB, et que ce sont les enfants &#233;lev&#233;s par les uns qui payeront les retraites de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;flexion qu'il faut &#233;tendre aussi &#224; la question des personnes &#226;g&#233;es. C'est en partie pour elles que l'&#233;conomie s'est arr&#234;t&#233;e ; mais en partie seulement : on a constat&#233; par ailleurs le nombre tr&#232;s &#233;lev&#233; des morts dans les EHPAD, sans acc&#232;s &#224; l'h&#244;pital, sans parler de la disparition des visites et de la rupture du lien familial, y compris au moment de la mort. On rappellera aussi la mont&#233;e en puissance ant&#233;rieure de la revendication sinistre en faveur de l'euthanasie. L&#224; aussi, le besoin de solidarit&#233; devrait se faire sentir, et il d&#233;pend plus des priorit&#233;s personnelles ou collectives que des sommes affect&#233;es. Quelle est la perspective d'un soci&#233;t&#233; pour qui la fin de vie offerte aux gens, c'est d'&#234;tre mis au rebut, ou &#233;limin&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut enfin &#233;tendre la r&#233;flexion &#224; la solidarit&#233; avec les p&#233;riph&#233;ries du syst&#232;me, au sens large du terme. Cela vise d'abord les pauvres et les exclus. Mais cela concerne aussi les pays plus pauvres, gravement affect&#233;s par la r&#233;duction mondiale de l'activit&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ecologie et consommation : changer de mod&#232;le ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons enfin, bien entendu, que la crise n'a pas fait dispara&#238;tre les probl&#233;matiques ant&#233;rieures, &#224; commencer par l'&#233;cologie. Cela se relie en partie avec la question ant&#233;rieurement &#233;voqu&#233;e du souci de produire et consommer localement et de prot&#233;ger les habitats et rythmes de vie naturels, car l'&#233;cologie la plus efficace est l'&#233;cologie de proximit&#233;. Certains avancent avec optimisme qu'on pourra &#233;voluer vers un monde moins obnubil&#233; par la seule dimension mat&#233;rielle, la consommation et l'argent. On peut par exemple imaginer qu'on roulera moins, qu'on volera moins, qu'on usera moins de mat&#233;riel, qu'on consommera moins d'&#233;nergie, etc. Notons pourtant que cela suppose une r&#233;orientation des priorit&#233;s et des m&#233;thodes, donc dans une large mesure de la culture collective ; et cela ne peut s'effectuer par des d&#233;cisions autoritaires et incomprises. Cela suppose m&#234;me par certains aspects une transformation int&#233;rieure, que le pape Fran&#231;ois appelle conversion &#233;cologique, incluant l'ensemble de notre rapport au monde, &#224; l'homme et &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela suppose aussi qu'on hi&#233;rarchise les priorit&#233;s : tout le monde comprend que la pollution, les sacs plastique, la disparition des esp&#232;ces, la r&#233;duction des espaces naturels, etc. sont des probl&#232;mes communs majeurs, sensibles d&#232;s notre environnement imm&#233;diat, de proximit&#233;. La pr&#233;occupation &#233;cologique se relie alors naturellement avec le souci de la production locale, partout l&#224; o&#249; elle est possible. La cause est indiscutable, et concerne tous imm&#233;diatement. La question des &#233;missions de CO2 et du r&#233;chauffement est bien moins directe : sans m&#234;me parler des interrogations qu'on peut avoir sur des mod&#233;lisations pas toujours indiscutables, et sur le fait qu'un r&#233;chauffement n'est pas en soi et automatiquement purement n&#233;gatif, la question de l'action &#224; mener se pr&#233;sente en l'esp&#232;ce de fa&#231;on bien plus complexe. Certains aspects vont plus de soi que d'autres : les &#233;conomies d'&#233;nergie, domestiques ou industrielles, sont compr&#233;hensibles pour tous ; mais une r&#233;duction autoritaire et massive de l'activit&#233; &#233;conomique se heurterait frontalement aux besoins de la population, d'autant plus que la lutte contre les &#233;missions de CO2 n'est cr&#233;dible que si toute la plan&#232;te s'y attelle, et on en est tr&#232;s loin. En d'autres termes, s'il est l&#233;gitime de vouloir &#234;tre parmi les pays vertueux, cela ne doit pas devenir suicidaire ; et &#224; bien des points de vue, il est tout aussi important d'investir pour parer aux inconv&#233;nients du r&#233;chauffement, dans l'hypoth&#232;se, plut&#244;t tr&#232;s probable, qu'il va se poursuivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur tous ces plans enfin, il serait risqu&#233; de supposer le probl&#232;me ais&#233; &#224; r&#233;soudre et la transformation acquise, encore moins r&#233;alisable par d&#233;cret. Il ne faut pas se bercer de l'illusion que l'homme va sortir radicalement transform&#233; de cette crise, encore moins qu'une recette magique sera disponible ou que les contraintes dispara&#238;tront, que ce soit par le mirage d'une &#233;conomie verte qui nous sortirait de la r&#233;cession, ou par celui d'un effort public massif dont on a vu les illusions. Paradoxalement, la crise sanitaire, qui a montr&#233; comment la nature a respir&#233; du fait de la r&#233;duction de l'activit&#233;, a mis aussi en &#233;vidence la difficult&#233; de tout effort collectif de grande ampleur. Car cette emprise moindre sur l'environnement a &#233;t&#233; pay&#233;e extr&#234;mement cher, et &#224; coups de d&#233;ficits publics d&#233;mentiels. Les adeptes du grand soir &#233;cologique en seront pour leurs frais : on h&#233;sitera &#224; recommencer. Et pourtant en ce domaine l'urgence est l&#224;, et il faudra arbitrer &#233;nergiquement, sur la dur&#233;e, sans d&#233;chirer le tissu social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons ici le point d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;, celui de l'importance de la culture collective ; elle ne se d&#233;cr&#232;te pas, mais elle suppose une r&#233;vision en profondeur des valeurs dominantes, et plus particuli&#232;rement du relativisme individualiste et consum&#233;riste qui domine depuis les funestes ann&#233;es 60-70 et n'a fait depuis que s'aggraver. Travail de longue haleine, mais vital.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si on met ensemble ces s&#233;ries de constatations, ajout&#233;es &#224; l'&#233;quilibre budg&#233;taire, cela suppose bien des d&#233;penses suppl&#233;mentaires. Et donc parall&#232;lement, si on ne veut pas faire chavirer la barque, encore plus d'&#233;conomies, de r&#233;ductions de d&#233;penses et donc, au moins &#224; terme, de r&#233;orientations d'emplois. C'est-&#224;-dire un effort collectif consid&#233;rable. Ce n'est pas pour rien que nos gouvernements successifs pr&#233;f&#232;rent la drogue de la dette : ils n'ont aucune envie d'assumer cet effort. Ajoutons pour dramatiser encore l'image que deux d&#233;fis d&#233;j&#224; pr&#233;sents vont encore s'intensifier, en sus de ceux qu'on a cit&#233;s : la concurrence de pays &#233;mergents progressant sans cesse, forts de leur d&#233;termination collective bien plus intense que la n&#244;tre ; et les effets de l'IA, ce qu'on appelle &#171; intelligence &#187; artificielle, qui n'est pas vraiment de l'intelligence, mais qui est extr&#234;mement puissante ; domin&#233;e par les Etats Unis et la Chine, elle devrait bouleverser la structure de l'emploi dans les 10-20 ans qui viennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, cette crise peut d&#233;boucher sur deux &#233;volutions oppos&#233;es. L'une consiste &#224; continuer comme avant. D&#233;penser, s'endetter, ne pas choisir. C'est comme on l'a vu une trajectoire risqu&#233;e et d&#233;s&#233;quilibr&#233;e, et en outre dans un contexte aggrav&#233;. Elle implique sur la dur&#233;e des risques croissants, financiers, sociaux, et politiques. Mais c'est la plus naturelle pour nos soci&#233;t&#233;s et nos politiques. L'autre supposerait un effort personnel et collectif, d&#233;bouchant sur un sursaut, associant Etat et forces vives, r&#233;solument solidaire et subsidiaire. Cela impliquerait des choix &#233;nergiques, plus de d&#233;penses ici, bien moins ailleurs, et donc des priorit&#233;s. En particulier, il faudrait un nouveau pacte entre la soci&#233;t&#233; et l'Etat : d&#233;finissant des actions prioritaires sur le long terme mais sans faire tourner la planche &#224; billet ; prot&#233;geant nos secteurs clefs et remisant une certaine id&#233;ologie ou pratique mondialiste, mais sans fermeture ni repli ; &#339;uvrant &#233;nergiquement pour la viabilit&#233; &#233;cologique, mais sans tuer le moteur ; lib&#233;rant l'initiative, mais cultivant le d&#233;vouement &#224; la chose publique et au bien commun. Et au-del&#224;, un effort collectif de grande envergure pour restaurer une culture commune d&#233;di&#233;e au bien commun, int&#233;rioris&#233;e car porteuse de sens pour chacun. Ce qui suppose une r&#233;volution mentale, et des leaders pour l'incarner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'il n'est pas d'&#233;conomie autre qu'encastr&#233;e dans la soci&#233;t&#233;, anim&#233;e par des hommes porteurs de valeurs et de culture ; et que notre appartenance &#224; une soci&#233;t&#233; est une forme de contrat moral, pour le meilleur et pour le pire. Elle suppose un d&#233;vouement &#224; la chose commune, source de confiance mutuelle ; c'est en outre plus efficace, car cela facilite les d&#233;cisions &#233;nergiques et rapides. Une erreur majeure &#224; r&#233;pudier, c'est donc notre individualisme pathologique, arbitr&#233; par une bureaucratie toute puissante. Il est donc urgent de cultiver ce d&#233;vouement au bien commun. Qu'il ne faut pas confondre avec le culte de l'Etat, malgr&#233; l'importance de son r&#244;le ; mais qui d&#233;pend de chacun de nous, l&#224; o&#249; nous sommes, et de notre capacit&#233; d'initiative au service de ce bien commun. Nous sommes ici au pied du mur, sachant que la culture collective ambiante ne nous a gu&#232;re pr&#233;par&#233;s &#224; ce genre de responsabilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;Libert&#233; Politique&lt;/i&gt;, juillet 2020&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un Etat strat&#232;ge pour la sortie de crise et le monde d'apr&#232;s</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Un-Etat-stratege-pour-la-sortie-de-crise-et-le-monde-d-apres.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise</dc:subject>
		<dc:subject>Alternative politique</dc:subject>
		<dc:subject>Covid</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans son ensemble notre monde a &#233;t&#233; pris de court par cette crise, qui n'a pas son origine dans la sph&#232;re &#233;conomique et financi&#232;re. Notre &#233;conomie a subi le choc le plus violent qu'elle ait connu depuis la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes encore sous le choc, mais l'urgence est de r&#233;fl&#233;chir &#224; la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans la Revue Banque et Strat&#233;gie, juin 2020.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Economie-generale-a-.html" rel="directory"&gt;Economie g&#233;n&#233;rale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Crise-+.html" rel="tag"&gt;Crise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Alternative-politique-+.html" rel="tag"&gt;Alternative politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Pandemie-Covid-+.html" rel="tag"&gt;Covid&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans son ensemble notre monde a &#233;t&#233; pris de court par cette crise, qui n'a pas son origine dans la sph&#232;re &#233;conomique et financi&#232;re. Notre &#233;conomie subit le choc le plus violent qu'elle ait connu depuis la guerre. Nous sommes encore sous le choc, mais l'urgence est de r&#233;fl&#233;chir &#224; la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des le&#231;ons douloureuses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord les le&#231;ons &#224; tirer de la crise elle-m&#234;me. L'une est &#233;vidente. C'est celle des m&#233;faits possibles de la mondialisation commerciale et industrielle, avec son culte des flux tendus et des d&#233;localisations et ses concentrations de production en Chine ou ailleurs, qui nous laissent terriblement d&#233;munis. D&#233;signer un coupable n'est pas mon propos ici. Les entreprises int&#233;ress&#233;es et les consommateurs y ont beaucoup gagn&#233;. Mais il est clair qu'on a perdu de vue des imp&#233;ratifs multiples et au minimum de s&#233;curit&#233;, au niveau des firmes, et plus encore au niveau national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me le&#231;on est l'incroyable impr&#233;paration de la plupart de nos pays. Beaucoup dans l'opinion croient que c'est la faute de l'aust&#233;rit&#233;, des march&#233;s, ou de Bruxelles. Mais ce n'est pas s&#233;rieux de la part d'un pays dont les pouvoirs publics canalisent 56% du PNB. Il n'y a d'ailleurs aucune corr&#233;lation au niveau mondial entre les succ&#232;s ou &#233;checs, et l'importance des d&#233;penses sanitaires, ou la part du public et du priv&#233;. Comment fait la Cor&#233;e qui se tire mieux que nous de la crise alors que ses d&#233;penses sant&#233; sur PNB sont moiti&#233; des n&#244;tres ? Ce qui appara&#238;t donc clair est qu'il y a un tr&#232;s grave probl&#232;me de mauvaise gestion de la d&#233;pense collective. Notamment par abus de la m&#233;thode budg&#233;taire qui g&#232;re la contrainte selon la r&#233;sistance aux &#233;conomies et non selon les priorit&#233;s, incapable d'investir sur l'avenir, et pour qui la pr&#233;caution c'est bloquer ce qui est nouveau, et non pas prendre ses pr&#233;cautions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela a transform&#233; une crise qui aurait pu &#234;tre contenue en un d&#233;sastre majeur. Moralit&#233; : si on continue comme cela dans le monde d'apr&#232;s, non seulement nous continuerons &#224; affronter les crises de demain dans de mauvaises conditions, mais nous verrons d'autres, plus avis&#233;s, nous d&#233;passer chaque fois plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dette et monnaie : le pari existentiel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre consid&#233;ration qui s'impose d'embl&#233;e &#224; nous, c'est celle de la dette. Comme on sait, nos &#233;conomies se caract&#233;risent par un degr&#233; exceptionnellement &#233;lev&#233; d'endettement, bien sup&#233;rieur &#224; ce qu'il &#233;tait en 2008. Or c'est la dette qui transforme une crise de march&#233; en crise syst&#233;mique, car elle cr&#233;e un effet domino par d&#233;pendance des acteurs les uns des autres. Mais pour s'endetter, il faut le vouloir. Ce ne sont pas les march&#233;s financiers qui obligent les Etats &#224; s'endetter, c'est leur incapacit&#233; &#224; contr&#244;ler leurs d&#233;ficits, donc &#224; choisir politiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, &#224; partir du moment o&#249; on a &#233;t&#233; accul&#233; au confinement, l'Etat a eu raison d'intervenir massivement ; et &#224; court terme, comme l'imp&#244;t aurait assomm&#233; le malade, la seule voie pour financer cela est la dette. Mais ce faisant on va accro&#238;tre massivement une dette d&#233;j&#224; colossale. Et la cause de l'endettement, c'est le d&#233;ficit, permanent depuis 45 ans. Hors crise, ces d&#233;ficits sont injustifi&#233;s, car ils financent des d&#233;penses courantes, report&#233;es sur les g&#233;n&#233;rations futures. A terme donc, une fois la crise pass&#233;e, il sera urgent de revenir &#224; un exc&#233;dent. Et dans un pays qui a le record de pression fiscale du monde d&#233;velopp&#233;, ce ne peut &#234;tre que par la r&#233;orientation des d&#233;penses. Ce qui n'est jamais facile politiquement, mais indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r nous avons notre &#8216;bonne' f&#233;e, la banque centrale. Le quantitative easing comme tel ne fait pas dispara&#238;tre l'endettement, mais il le facilite et il maintient les taux tr&#232;s bas. Autre miracle : on l'a adopt&#233; parce que la BCE, jugeait l'activit&#233; et l'inflation insuffisantes ; elle aurait voulu faire monter celle-ci jusqu'&#224; 2 %, mais elle n'y est pas parvenu. Ce qui t&#233;moigne de la puissance des forces d&#233;flationnistes dans nos &#233;conomies - du moins avant la crise. On va donc continuer, vu l'urgence. A court terme, on aura raison. D'autant qu'une r&#233;cession est a priori d&#233;flationniste. Mais ensuite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf &#224; croire dans la magie, il est impossible que sur la dur&#233;e une cr&#233;ation mon&#233;taire massive ex nihilo n'ait pas d'effet inflationniste. Jusqu'&#224; maintenant, l'effet de ces mesures a &#233;t&#233; une inflation des prix des actifs. S'ajoutant &#224; un endettement g&#233;n&#233;ralis&#233;, c'est propice aux bulles sp&#233;culatives. Mais l'endettement, et les bulles sur le prix des actifs, sont la recette des grandes crises financi&#232;res ; ainsi en 2008. On ne sait pas quand elles se produisent, mais on sait qu'on en aura. Et alors les taux monteront en fl&#232;che, sauf &#224; fuir en avant par mon&#233;tarisation acc&#233;l&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite se posera la question de l'inflation des biens et services. Plusieurs facteurs non mon&#233;taires pourront la faciliter, bien plus que dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente. C'est d'abord la r&#233;duction probable du commerce international et de la division du travail, qui poussera &#224; la hausse des prix ; ce peut &#234;tre la concentration et cartellisation acc&#233;l&#233;r&#233;e qui r&#233;sulteront de la crise, d&#233;vastatrices pour bien des acteurs petits et moyens ; ou enfin une persistance &#233;ventuelle de la crise de l'offre. Mais le facteur majeur sera la cr&#233;ation mon&#233;taire, si elle continue sur son rythme effr&#233;n&#233; et finit par gonfler les agr&#233;gats mon&#233;taires. Or tant l'exp&#233;rience historique que le bon sens montrent l&#224; aussi que, m&#234;me si on ne sait pas quand, &#224; un certain moment une cr&#233;ation mon&#233;taire massive engendre une inflation rapidement incontr&#244;lable &#8211; sauf grand coup de frein et crise. Et la m&#234;me exp&#233;rience montre que ce n'est pas inoffensif sur le plan social et politique, pour rester dans l'euph&#233;misme. Et donc &#224; un moment donn&#233;, il faudra calmer le jeu et refroidir la marmite infernale. Notamment pour revenir &#224; des budgets &#233;quilibr&#233;s. Et donc contenir et r&#233;orienter &#233;nergiquement la d&#233;pense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains disent qu'on peut agir sur le stock de dette, au moins publique, en le mon&#233;tisant. Comme la r&#233;pudiation de la dette d'un grand pays serait catastrophique, le seul moyen sans cr&#233;er le chaos est la voie mon&#233;taire. Or la BCE, qui d&#233;tenait avant la crise 20% environ de la dette fran&#231;aise, va finir encore plus haut. On peut donc imaginer que des banques centrales innovent, non pas en annulant ces cr&#233;ances qu'elles d&#233;tiennent sur les Etats, mais en les d&#233;tenant sur la longue dur&#233;e voire perp&#233;tuellement, au moins de fait. On ne sait pas si cela serait remettrait en cause la confiance dans la monnaie, car on ne sait pas o&#249; est le point de rupture - mais on n'est pas oblig&#233; de l'annoncer avec fracas. Reste cependant qu'une telle op&#233;ration para&#238;t fort peu praticable au niveau de la BCE, car cela poserait de tr&#232;s gros probl&#232;mes juridiques et politiques. En outre et surtout, ce faisant, on ne ferait que revenir &#224; la situation r&#233;cente et le niveau de dette resterait historiquement tr&#232;s &#233;lev&#233;. Pour vraiment revenir &#224; des proportions plus maniables, il faudrait une op&#233;ration beaucoup plus vaste, avec des achats massifs des banques centrales sur le march&#233;. Et l&#224; le risque inflationniste deviendrait consid&#233;rable, voire de fuite devant la monnaie. Ne croyons donc pas trop au p&#232;re No&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les questions de fond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de cette aspect, la crise aura de toute fa&#231;on des effets profonds et durables. Le premier effet, souvent relev&#233;, est le retour de l'Etat, notamment national. Retour &#233;vident en mati&#232;re sanitaire et m&#233;dicale, mais aussi &#233;conomique. En soi c'est plut&#244;t une bonne chose, au vu des risques &#233;voqu&#233;s, et du besoin d'une strat&#233;gie. Mais cela fait aussi courir un risque majeur, qui est de d&#233;cupler les attentes de la population. Et donc que les tendances d&#233;j&#224; malsaines dans la d&#233;pense publique, &#224; l'&#339;uvre depuis des d&#233;cennies, vont se trouver aggrav&#233;es. Or il est &#233;vident que si on peut faire mieux, on ne peut pas tout faire. On a vu qu'il n'y avait pas trop peu de d&#233;penses publiques, mais trop ; et qu'elles sont plut&#244;t mal orient&#233;es. Et donc ce dont on aurait besoin, c'est d'un Etat plus fort et plus ambitieux, certes, mais aussi bien plus concentr&#233; et judicieux dans ses interventions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait donc une action publique &#233;nergique, ordonn&#233;e &#224; la notion d'activit&#233; strat&#233;gique : &#224; savoir toutes les activit&#233;s indispensables &#224; la vie collective, notamment en cas de crise. Plus une capacit&#233; &#224; r&#233;agir vite et fort. Il faudrait aussi un effort puissant, avec participation publique, pour revitaliser notre appareil productif, notamment industriel. Sans pour autant bien s&#251;r basculer dans l'illusion de l'autosuffisance, ni refuser de se coordonner avec les autres pays. Mais chacun doit prendre ses responsabilit&#233;s et assurer sa s&#233;curit&#233; et le bien de sa population. Ce qui implique une action industrielle et commerciale qui se heurte &#224; l'ADN actuel de l'Union europ&#233;enne. Ce tabou pourra-t-il tomber ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette probl&#233;matique en rencontre une deuxi&#232;me, qui porte sur le tissu social et &#233;conomique. Je vise ici notamment l'action destructrice que malgr&#233; les mesures correctives, la crise aura sur le tissu des entreprises ind&#233;pendantes et des commerces. Nous avons d&#233;j&#224; eu l'affaire des gilets jaunes : une des causes en &#233;tait l'appauvrissement du tissu relationnel local, notamment des commerces locaux. Mais hors l'alimentaire et quelques rares secteurs, ils vont &#234;tre frapp&#233;s de plein fouet et rejoints par les caf&#233;s et restaurants, comme par le culturel et l'&#233;v&#233;nementiel, et tout le tourisme ; et plus largement bien des PME. Plus au-del&#224;, l'agriculture, secou&#233;e par la d&#233;sorganisation de la production et des transports. Les grands gagnants c'est les GAFAM, le virtuel et la distance ; et loin derri&#232;re, la grande distribution. L&#224; aussi, une action r&#233;solue est n&#233;cessaire. Un Etat aidant, mais surtout plus strat&#232;ge, moins co&#251;teux et moins envahissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons enfin la probl&#233;matique d&#233;j&#224; fortement montante avant la crise, celle de l'environnement. Paradoxalement, la crise sanitaire, qui a montr&#233; comment la nature a respir&#233; du fait de la r&#233;duction de l'activit&#233;, a mis aussi en &#233;vidence la difficult&#233; de tout effort collectif de grande ampleur. Car cette emprise moindre sur l'environnement a &#233;t&#233; pay&#233;e extr&#234;mement cher, et &#224; coups de d&#233;ficits publics d&#233;mentiels. Les adeptes du grand soir &#233;cologique en seront pour leurs frais : on h&#233;sitera &#224; recommencer. Et pourtant en ce domaine l'urgence est l&#224;, et il faudra arbitrer &#233;nergiquement, sur la dur&#233;e, sans d&#233;chirer le tissu social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En guise de conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il faut en fait, c'est un nouveau pacte entre la soci&#233;t&#233; et l'Etat : d&#233;finissant ses actions prioritaires, sur le long terme (&#233;cologie comprise) mais sans faire marcher la planche &#224; billet ; prot&#233;geant ses secteurs clefs et remisant l'id&#233;ologie mondialiste sous sa forme caricaturale, mais sans fermeture ni repli ; contr&#244;lant et r&#233;gulant &#233;nergiquement ses march&#233;s et sa finance, mais sans les tuer ; lib&#233;rant l'initiative, mais cultivant le d&#233;vouement &#224; la chose publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point est essentiel. On voit les pays de l'Asie libre, Cor&#233;e, Taiwan, Singapour, Hongkong, voire Japon mieux r&#233;agir que nous, avec moins de contraintes. Mais ces pays ont une culture plus impr&#233;gn&#233;e de la chose publique et du bien commun, sans avoir l'idol&#226;trie de l'Etat, parce que c'est dans l'esprit des citoyens. L'erreur &#224; r&#233;pudier, c'est notre individualisme pathologique, arbitr&#233; par une bureaucratie toute puissante. Cette crise peut donc &#234;tre le point de d&#233;part de deux &#233;volutions oppos&#233;es. Dans l'une, on continue comme avant, avec tout ce que cela entra&#238;ne de risques croissants, financiers, sociaux, et politiques. Dans l'autre, il y a un sursaut national, associant Etat et forces vives, r&#233;solument solidaire, mais impliquant des choix &#233;nergiques, et donc des priorit&#233;s. L'enjeu est donc consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans la &lt;i&gt;Revue Banque et Strat&#233;gie&lt;/i&gt;, juin 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.revue-banque.fr/risques-reglementations/article/un-etat-stratege-pour-sortie-crise-monde-apres#restricted_content&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.revue-banque.fr/risques-...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;conomie et la mondialisation apr&#232;s la crise Entretien vid&#233;o</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/L-economie-et-la-mondialisation-apres-la-crise-Entretien-video.html</link>
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		<dc:date>2020-06-11T15:16:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise</dc:subject>
		<dc:subject>Mondialisation</dc:subject>
		<dc:subject>Alternative &#233;conomique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un cycle de conf&#233;rences Ichtus a &#233;t&#233; mont&#233; par Frantz Toussaint et intitul&#233; &#8220;Panser aujourd'hui pour penser demain&#8221;, pour r&#233;fl&#233;chir aux enjeux qui attendent notre soci&#233;t&#233; apr&#232;s le Covid, &#224; la lumi&#232;re de la doctrine sociale de l'Eglise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 10 juin 2020 Frantz Toussaint recevait Pierre de Lauzun pour une discussion sur le th&#232;me : &#034;L'&#233;conomie et la mondialisation apr&#232;s la crise&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vid&#233;o.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Economie-generale-a-.html" rel="directory"&gt;Economie g&#233;n&#233;rale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Crise-+.html" rel="tag"&gt;Crise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Mondialisation-+.html" rel="tag"&gt;Mondialisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Alternative-economique-+.html" rel="tag"&gt;Alternative &#233;conomique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un cycle de conf&#233;rences Ichtus a &#233;t&#233; mont&#233; par Frantz Toussaint et intitul&#233; &#8220;Panser aujourd'hui pour penser demain&#8221;, pour r&#233;fl&#233;chir aux enjeux qui attendent notre soci&#233;t&#233; apr&#232;s le Covid, &#224; la lumi&#232;re de la doctrine sociale de l'Eglise. &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous pouvez suivre en direct ces conf&#233;rences chaque mercredi de 18h30 &#224; 19h30, en vous connectant sur YouTube &lt;a href=&#034;https://panseraujourdhuipourpenserdemain.com/?fbclid=IwAR2HtvIrvOih7cQTpyNKTlgebta7jLmF5uSN-VHzaORdUW6bSUvZeMyH64o/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://panseraujourdhuipourpenserd...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 10 juin 2020 Frantz Toussaint recevait Pierre de Lauzun pour une discussion sur le th&#232;me : &#034;&lt;i&gt;L'&#233;conomie et la mondialisation apr&#232;s la crise&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vid&#233;o :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=FhsoV0uqA5s&amp;feature=youtu.be&amp;fbclid=IwAR0NdCQNHuk3joKkAoffJ3dQtEBplx7TSsCkYps9zGNIpCB1CBtFNDH5p_4&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=Fhs...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Analyse de l'entretien par R&#233;my Mahoudeaux&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://osp.frejustoulon.fr/de-la-crise-sanitaire-a-la-crise-economique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://osp.frejustoulon.fr/de-la-c...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> La crise, la dette et la monnaie</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-crise-la-dette-et-la-monnaie.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/La-crise-la-dette-et-la-monnaie.html</guid>
		<dc:date>2020-05-07T15:18:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise</dc:subject>
		<dc:subject>Crise dette</dc:subject>
		<dc:subject>Monnaie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Interview dans l'Incorrect mai 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1/ Les mesures actuellement prises vont creuser le d&#233;ficit et donc la dette qui &#233;tait d&#233;j&#224; abyssale avant le confinement. Comment s'en sortir pour financer les d&#233;penses &#224; venir ? Faut-il privil&#233;gier l'imp&#244;t, la dette ou l'emprunt ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ Le quantitative easing cr&#233;e de la monnaie en rachetant des titres de dette publique. Croyez-vous &#224; cette solution sur le long terme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3/ On dit que la banque centrale europ&#233;enne, qui a rachet&#233; 400 milliards d'euros de titre de dette fran&#231;aise, pourrait tr&#232;s bien d&#233;cider de les d&#233;truire, mani&#232;re pour les Europ&#233;ens d'annuler cette dette vis-&#224;-vis d'eux-m&#234;mes. Que pensez-vous de cette solution ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponses ci-apr&#232;s&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Dette-publique-budget-fiscalite-.html" rel="directory"&gt;Dette publique et crises&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Crise-+.html" rel="tag"&gt;Crise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Crise-dette-+.html" rel="tag"&gt;Crise dette&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Monnaie-+.html" rel="tag"&gt;Monnaie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
1/ Les mesures actuellement prises par le gouvernement vont creuser le d&#233;ficit et donc la dette qui &#233;tait d&#233;j&#224; abyssale avant le confinement. Comment s'en sortir pour financer les d&#233;penses &#224; venir qui vont &#234;tre colossales ? Faut-il privil&#233;gier l'imp&#244;t, la dette ou l'emprunt ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord que s'il y a d&#233;ficit, c'est parce qu'on a fait certains choix. En l'esp&#232;ce on n'a pas pu ou pas voulu adopter la strat&#233;gie des pays d'Asie orientale libres, &#224; savoir la d&#233;tection g&#233;n&#233;ralis&#233;e par tests, le port pr&#233;coce du masque, et le pistage syst&#233;matique des contamin&#233;s. Ni investi auparavant en ce sens. Cela dit, &#224; partir du moment o&#249; on est accul&#233; au confinement, il est in&#233;vitable que l'Etat intervienne massivement car l'effet &#233;conomique est d&#233;sastreux. Et &#224; court terme, comme l'imp&#244;t aurait assomm&#233; le malade, la seule voie pour financer cela est l'emprunt, donc la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que ce faisant on va accro&#238;tre massivement une dette d&#233;j&#224; colossale. Or la cause de l'endettement, c'est le d&#233;ficit, et il est permanent depuis 45 ans. Et hors crise ces d&#233;ficits sont injustifi&#233;s, car ils financent des d&#233;penses courantes, report&#233;es sur les g&#233;n&#233;rations futures. Les d&#233;penses courantes doivent &#234;tre financ&#233;es par des revenus courants, donc des imp&#244;ts ; sinon on les r&#233;duit. On a donc des d&#233;ficits parce qu'on ne sait pas choisir : soit d&#233;penser moins, soit augmenter les imp&#244;ts. C'est facilit&#233; il est vrai par le march&#233;, qui met &#224; la disposition des d&#233;pensiers des sommes consid&#233;rables, avec tr&#232;s peu de conditions &#8211; jusqu'&#224; ce que le d&#233;faut arrive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois la crise pass&#233;e, il sera donc urgent de revenir &#224; un exc&#233;dent. Et dans un pays qui a le record de pression fiscale du monde d&#233;velopp&#233;, ce ne peut &#234;tre que par la r&#233;orientation des d&#233;penses. Le secteur public fran&#231;ais d&#233;pense mal, la crise l'a confirm&#233; : nos d&#233;penses de sant&#233; sur PNB sont presque le double de celles de la Cor&#233;e, qui a bien mieux prot&#233;g&#233; ses citoyens. L'Allemagne d&#233;pense autant que nous, mais son bilan est lui aussi bien meilleur. Avec un syst&#232;me bien moins &#233;tatis&#233; dans les deux cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2/ &#192; c&#244;t&#233; de ces trois mesures, existe aussi le quantitative easing, mani&#232;re indirecte de cr&#233;er de la monnaie en rachetant des titres de dette publique. Croyez-vous &#224; cette solution sur le long terme ? On dit qu'elle pourrait g&#233;n&#233;rer de l'inflation mais depuis 2015, date o&#249; elle est mise en &#339;uvre au sein de la zone euro, on n'a pas vraiment vu de choc inflationniste...&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quantitative easing est mis en &#339;uvre par la banque centrale, BCE, depuis 2015. Comme tel il ne fait pas dispara&#238;tre l'endettement, qui s'accumule toujours. Mais il le facilite, puisqu'il y a un acheteur de dernier ressort ; en outre il maintient les taux tr&#232;s bas. On l'a adopt&#233; parce que la BCE, jugeait l'activit&#233; et l'inflation insuffisantes ; elle aurait voulu faire monter celle-ci jusqu'&#224; 2 %, mais n'y est pas parvenu &#8211; ce qui t&#233;moigne de la puissance des forces d&#233;flationnistes dans nos &#233;conomies (avant crise sanitaire). On pourrait alors &#234;tre tent&#233; de dire qu'on peut continuer, et d'ailleurs c'est ce que fera la BCE dans l'imm&#233;diat, &#224; raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne fait toutefois pas dispara&#238;tre les objections de fond, qui reprennent force d&#232;s qu'on envisage le r&#233;gime de croisi&#232;re ensuite. D&#233;j&#224; une politique de taux artificiellement bas facilite un endettement g&#233;n&#233;ralis&#233; de l'&#233;conomie, propice aux bulles sp&#233;culatives. Or l'endettement, et les bulles sur le prix des actifs sont la recette des grandes crises financi&#232;res ; ce fut une des causes majeures de celle de 2008. On ne sait pas quand elles se produisent, mais on sait qu'on en aura.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite se pose la question de l'inflation. Une telle politique suppose une cr&#233;ation mon&#233;taire tr&#232;s forte, sauf &#224; ass&#233;cher le reste de l'&#233;conomie. Et tant l'exp&#233;rience (notamment celle des deux guerres) que le bon sens montrent l&#224; aussi que, m&#234;me si on ne sait pas quand, &#224; un moment une cr&#233;ation mon&#233;taire volontariste engendre une inflation rapidement incontr&#244;lable &#8211; sauf grand coup de frein et crise. Et l'exp&#233;rience montre que ce n'est pas inoffensif sur le plan social et politique, pour rester dans l'euph&#233;misme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que le monde d'apr&#232;s coronavirus pourra &#234;tre sensiblement diff&#233;rent du pr&#233;c&#233;dent, notamment le commerce international. C'est lui, et notamment les usines chinoises, qui a jou&#233; un r&#244;le majeur dans la mod&#233;ration des prix dont le consommateur occidental a b&#233;n&#233;fici&#233; - tout en tuant bien des emplois. Si ce commerce est plus restreint, si on rapatrie des activit&#233;s qu'on juge importantes ou au moins strat&#233;giques, les prix monteront. Certes, si on le fait intelligemment, c'est indispensable et pour bien des raisons ; mais il faut en mesurer les cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3/ L'&#233;conomiste Ga&#235;l Giraud a r&#233;cemment affirm&#233; dans Le Figaro que la banque centrale europ&#233;enne, qui a rachet&#233; 400 milliards d'euros de titre de dette fran&#231;aise depuis 2015 par le quantitative easing, pourrait tr&#232;s bien d&#233;cider de les d&#233;truire, mani&#232;re pour les Europ&#233;ens d'annuler cette dette vis-&#224;-vis d'eux-m&#234;mes. Que pensez-vous de cette solution ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que le stock de dette accumul&#233; pose un probl&#232;me majeur, et plus encore apr&#232;s cette crise. Or contrairement &#224; ce que beaucoup croient, cette dette est bien r&#233;elle, et juridiquement exigible. La r&#233;pudier serait un d&#233;sastre financier et ruinerait beaucoup de gens. Les cr&#233;ances sur l'Etat ne sont en effet pas principalement d&#233;tenues par les banques, comme on le croit souvent, mais par des institutions d'&#233;pargne, SICAV et assurance-vie, caisses de retraite etc., outre les &#233;trangers. Il est donc exact que le seul moyen de r&#233;duire massivement les dettes sans cr&#233;er automatiquement un chaos est la voie mon&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, les quelques 400 milliards que d&#233;tient semble-t-il la BCE (en fait le syst&#232;me europ&#233;en de banques centrales, notamment la Banque de France) sur l'Etat fran&#231;ais repr&#233;sentaient en gros 20% de la dette de ce dernier, avant la crise actuelle. On peut esp&#233;rer que leur annulation, ainsi que celle des cr&#233;ances achet&#233;es depuis, ne cr&#233;erait pas d'effet massif sur les march&#233;s ou les prix, puisque ces cr&#233;ances sont d&#233;j&#224; achet&#233;es. Mais on toucherait un tabou majeur, envoyant une signal tr&#232;s inqui&#233;tant, et cela pour juste 20% de la dette. Le niveau de dette serait &#233;videmment plus bas ensuite, mais il resterait historiquement &#233;lev&#233;. Pour vraiment ramener les dettes &#224; des proportions plus maniables, il faudrait donc une op&#233;ration beaucoup plus vaste, des achats massifs sur le march&#233;. Et l&#224; le risque inflationniste deviendrait consid&#233;rable, voire de fuite devant la monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on devait agir en ce sens, comment faudrait-il faire ? Annuler les dettes n'est a priori pas la bonne voie, car cela mettrait la banque centrale en perte, d&#233;truirait ses fonds propres et inqui&#233;terait fortement les op&#233;rateurs. Il serait plus simple de les transformer en cr&#233;ances perp&#233;tuelles, &#233;ventuellement &#224; taux 0 - mais peu importe le taux, car les profits des banques centrales se traduisent en dividendes pour les Etats actionnaires. Ou au minimum de les renouveler syst&#233;matiquement &#224; &#233;ch&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A hauteur des 400 milliards et quelques, cela para&#238;t techniquement faisable. En revanche cela pose de tr&#232;s gros probl&#232;mes juridiques et politiques. Juridiquement le financement des Etats par les banques centrales est exclu par les trait&#233;s europ&#233;ens ; on peut les tourner jusqu'&#224; un certain point, mais l&#224; ce serait caricatural et ne passerait pas les tribunaux, notamment allemands. Politiquement, surtout, il est tr&#232;s improbable que les durs de l'Europe du Nord, Pays Bas et Allemagne en t&#234;te, y consentent, d'autant que leur endettement est bien plus faible. Il faudrait donc vraiment qu'on soit aux abois pour que l'Europe y aille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre et surtout, il faut se rappeler qu'en r&#233;gime de croisi&#232;re, on n'&#233;chappera pas &#224; l'assainissement des d&#233;ficits publics. Et donc la d&#233;marche essentielle, une fois la crise pass&#233;e, c'est d'&#233;viter le d&#233;ficit. Pensons-y donc d&#232;s maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru sur le num&#233;ro de mai 2020 de L'&lt;i&gt;Incorrect&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le &#171; syst&#232;me &#187; est en crise, mais de quel syst&#232;me parlons-nous ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Le-systeme-est-en-crise-mais-de-quel-systeme-parlons-nous.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise</dc:subject>
		<dc:subject>Bien commun</dc:subject>
		<dc:subject>Crise sanitaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Avec la crise du coronavirus, la soci&#233;t&#233; et l'&#233;conomie subissent un choc violent. Beaucoup esp&#232;rent que ce sera l'occasion d'un choc salutaire ; et effectivement ce serait indispensable. Encore faudrait-il ne pas succomber aux facilit&#233;s du manich&#233;isme, et en profiter pour fourguer ses chers petits sch&#233;mas binaires qui pr&#233;tendent expliquer tout. Il y a mieux &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru sur le Figaro Vox&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Vie-politique-francaise-.html" rel="directory"&gt;Chronique de la vie politique fran&#231;aise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Bien-commun-+.html" rel="tag"&gt;Bien commun&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Crise-sanitaire-+.html" rel="tag"&gt;Crise sanitaire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Manich&#233;isme et sortie de crise : o&#249; sont nos vrais probl&#232;mes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avec la crise du coronavirus, la soci&#233;t&#233; et l'&#233;conomie subissent un choc violent. Beaucoup esp&#232;rent que ce sera l'occasion d'un choc salutaire ; et effectivement ce serait indispensable. Encore faudrait-il ne pas succomber aux sir&#232;nes du manich&#233;isme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; des tenants du &#171; syst&#232;me &#187; tel qu'il fonctionne actuellement, et qui esp&#232;rent au plus vite que tout revienne au plus t&#244;t comme avant, il y a en effet les amateurs de solutions simples. Un des sch&#233;mas favoris de nos dialecticiens en herbe, c'est l'opposition entre un bloc liant le mondialisme, la finance, la sp&#233;culation, le capitalisme, la d&#233;sindustrialisation, les march&#233;s et la surconsommation, qui s'opposerait &#224; un bloc vertueux m&#234;lant l'Etat, le service public , la protection sociale et la solidarit&#233;. Il y a beaucoup de vrai l&#224;-dedans, mais aussi beaucoup de na&#239;vet&#233;, de simplisme, et m&#234;me de franches erreurs. Rappelons quelques faits simples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, la crise actuelle n'a rien &#224; voir directement ni avec la finance ni avec la sp&#233;culation. Ce n'est pas 2008. Elle n'est m&#234;me pas d'origine &#233;conomique. Bien s&#251;r, elle a mis en &#233;vidence les terribles m&#233;faits de la mondialisation commerciale et industrielle avec son culte des flux tendus et des d&#233;localisations et ses concentrations de production en Chine, qui nous laissent terriblement d&#233;munis. Mais si la finance y a contribu&#233;, cela se serait fait tout autant sans elle. Parce que les entreprises int&#233;ress&#233;es et les consommateurs y ont beaucoup gagn&#233; ; parce que l'id&#233;ologie mondialiste &#233;tait partout, &#224; commencer par les trait&#233;s europ&#233;ens ; parce que l'on a remis&#233; l'ind&#233;pendance nationale aux oubliettes. On dira que la finance a &#224; voir avec la terrible fragilit&#233; de notre syst&#232;me, du fait de son endettement d&#233;mentiel. Et on aura raison. Sauf que, pour s'endetter, il faut le vouloir. Ce ne sont pas les march&#233;s financiers qui obligent les Etats &#224; s'endetter, c'est leur incapacit&#233; &#224; contr&#244;ler leurs d&#233;ficits, donc &#224; choisir politiquement. Sans compter que le surendettement mondial r&#233;sulte largement de la politique mon&#233;taire et budg&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite on dit que si nous sommes sous-&#233;quip&#233;s sur le plan m&#233;dical, notamment dans nos h&#244;pitaux, c'est la faute de l'aust&#233;rit&#233;, des march&#233;s, ou de Bruxelles. L&#224; encore, ce n'est pas s&#233;rieux de la part d'un pays dont les pouvoirs publics canalisent 56 % du PNB. Il est donc &#233;vident que ce n'est pas la d&#233;pense qui manque chez nous ; mais qu'elle est mal utilis&#233;e, voire tr&#232;s mal. On parle de d&#233;mant&#232;lement du service public, ce qui veut dire qu'on pense qu'avant, cela allait mieux. Mais justement, avant, la d&#233;pense publique &#233;tait plus faible qu'aujourd'hui. Comment faisait-on ? Comment fait la Cor&#233;e qui se tire mieux que nous de la crise alors que ses d&#233;penses de sant&#233; rapport&#233;es au PNB repr&#233;sentent la moiti&#233; des n&#244;tres ? Comment se fait-il qu'on n'ait pas investi massivement en masques et tests, qui ne co&#251;tent pas cher ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point central commun : nous sommes mal g&#233;r&#233;s. Pas par ce seul gouvernement, mais depuis longtemps. Parce que la d&#233;cision est bureaucratique et corporatiste, qu'elle g&#232;re la contrainte budg&#233;taire selon la r&#233;sistance aux &#233;conomies et non selon les vraies priorit&#233;s, parce qu'elle est incapable d'investir sur l'avenir, parce que pour elle la pr&#233;caution c'est de bloquer ce qui est nouveau, et non pas prendre ses pr&#233;cautions pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, le changement est n&#233;cessaire. Mais il suppose de d&#233;monter les dichotomies simplistes et de regarder les points qui font mal. Oui, il y a un r&#244;le majeur pour l'Etat, un r&#244;le accru, mais pas pour un Etat plus gras, au contraire : pour un Etat plus concentr&#233; mais avec des priorit&#233;s claires, notamment de r&#233;gulation et de protection ultime, avec de vrais d&#233;cideurs &#224; sa t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il ne faut pas oublier que la soci&#233;t&#233; ne se r&#233;duit pas &#224; l'Etat. Que la soci&#233;t&#233; civile ne se r&#233;duit pas &#224; l'&#233;conomie ou au capitalisme. Que l'&#233;conomie d'entreprise et de march&#233; se r&#233;duit pas au court-termisme ou &#224; la sp&#233;culation. Encadrer les march&#233;s, et par exemple supprimer les droits de vote des sp&#233;culateurs, oui, bien s&#251;r : qui investit dans une entreprise doit lui &#234;tre fid&#232;le. Mais cela ne suffit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en fait un nouveau pacte entre la soci&#233;t&#233; et l'Etat : d&#233;finissant ses actions prioritaires, sur le long terme (et donc en &#233;cologie aussi) mais sans faire marcher la planche &#224; billet ; prot&#233;geant ses secteurs clefs et remisant l'id&#233;ologie mondialiste, mais sans fermeture ni repli ; contr&#244;lant et r&#233;gulant &#233;nergiquement ses march&#233;s et sa finance, sans les tuer ; lib&#233;rant l'initiative, mais cultivant le d&#233;vouement &#224; la chose publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point est essentiel. On voit les pays de l'Asie libre, Cor&#233;e, Taiwan, Singapour, Hongkong, voire Japon plut&#244;t mieux r&#233;agir que nous, avec moins de contraintes. Esp&#233;rons que cela se poursuivra. Mais d'ores et d&#233;j&#224; une le&#231;on est claire : ces pays ont une culture impr&#233;gn&#233;e de la chose publique, du bien de la soci&#233;t&#233;, non par action de l'Etat, mais dans l'esprit des citoyens. C'est peut-&#234;tre du confucianisme, reste que c'est non seulement vertueux, mais bien utile. La deuxi&#232;me erreur &#224; r&#233;pudier, apr&#232;s notre culte de la bureaucratie et nos capitalistes avides, c'est donc notre individualisme pathologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru sur le Figaro Vox 31 mars 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lefigaro.fr/vox/politique/pierre-de-lauzun-le-systeme-est-en-crise-mais-de-quel-systeme-parlons-nous-20200401&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.lefigaro.fr/vox/politiq...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Crise sanitaire et &#233;conomie : entre la d&#233;rive et le sursaut</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Crise-sanitaire-et-economie-entre-la-derive-et-le-sursaut.html</link>
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		<dc:date>2020-03-23T16:24:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise</dc:subject>
		<dc:subject>Alternative politique</dc:subject>
		<dc:subject>Covid</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Quel peut-&#234;tre l'impact &#233;conomique et social de la crise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier niveau possible est celui de la crise financi&#232;re, de l'explosion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me si elle peut &#234;tre &#233;vit&#233;e, la crise aura des effets profonds et durables en mati&#232;re &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette crise peut donc &#234;tre le point de d&#233;part de deux &#233;volutions oppos&#233;es. L'une, la d&#233;rive, l'autre, le sursaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru sur le site d'Aleteia&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quel peut-&#234;tre l'impact &#233;conomique et social de la crise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'explosion est-elle &#224; craindre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier niveau possible est celui de la crise financi&#232;re, de l'explosion. On pourrait le croire faible, car pour une fois la crise ne provient pas de la sph&#232;re financi&#232;re ni m&#234;me de l'&#233;conomie au sens large. Mais notre &#233;conomie se caract&#233;rise par un degr&#233; exceptionnellement &#233;lev&#233; d'endettement, bien sup&#233;rieur &#224; ce qu'il &#233;tait en 2008. Or c'est la dette qui transforme une crise sur un march&#233; en crise syst&#233;mique, car elle cr&#233;e une effet domino par d&#233;pendance des acteurs les uns des autres. La baisse de la Bourse, du march&#233; des actions, pour spectaculaire et inqui&#233;tante qu'elle soit, n'est pas en soi d&#233;sastreuse, sauf pour les investisseurs concern&#233;s et encore car la Bourse pourra rebondir apr&#232;s la crise. En revanche, une crise d&#233;vastatrice sur les march&#233;s de la dette est possible si l'id&#233;e s'accr&#233;dite que trop de d&#233;biteurs sont insolvables. C'est donc de l'&#233;conomie non-financi&#232;re que d&#233;pendra la sant&#233; du secteur financier. Bien s&#251;r les banques centrales interviendront massivement ; mais en soi cela ne compense pas la perte r&#233;elle des institutions cr&#233;anci&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, sans mesure correctrice, l'&#233;conomie non-financi&#232;re ne peut que souffrir &#233;norm&#233;ment des mesures de confinement et du recul de l'activit&#233;. La perte de production devrait &#234;tre telle que le PNB annuel recule de fa&#231;on appr&#233;ciable. Cela dit, les gouvernements ont pris et continueront &#224; prendre des mesures correctrices consid&#233;rables pour soutenir l'activit&#233;, pour aider les entreprises &#224; traverser la p&#233;riode, et permettre la poursuite du cr&#233;dit bancaire. Tout cela aidera bien entendu les entreprises concern&#233;es, et par l&#224; leurs cr&#233;anciers, rendant un peu moins probable une crise financi&#232;re. On peut donc esp&#233;rer &#233;viter un effondrement. D'autant plus que les march&#233;s savent que la crise n'a pas une origine &#233;conomique et financi&#232;re ; une fois surmont&#233;e sur le plan sanitaire, la possibilit&#233; d'une reprise est plausible. Cela ne veut pas dire qu'une crise grave est exclue, loin de l&#224;, m&#234;me si on peut esp&#233;rer l'&#233;viter. Mais m&#234;me alors, le temps perdu ne sera pas rattrap&#233;, et l'ann&#233;e devrait se terminer sur une r&#233;cession en bonne et due forme, sans pr&#233;c&#233;dent depuis la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des effets plus profonds et plus durables&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on cependant que l'effet de la crise sera limit&#233; dans le temps ? Non, car elle aura de toute fa&#231;on des effets profonds et durables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier effet, souvent relev&#233;, est le retour de l'Etat, de l'Etat national et non de l'Union europ&#233;enne d'ailleurs. C'est une diff&#233;rence par rapport &#224; 2008, o&#249; les banques centrales &#233;taient en premi&#232;re ligne. Retour &#233;vident de l'Etat en mati&#232;re sanitaire et m&#233;dicale, mais aussi &#233;conomique. Ce qui a une cons&#233;quence b&#233;n&#233;fique, qui est de d&#233;mentir l'id&#233;e fausse et r&#233;pandue du d&#233;passement des Etats. Et une moins b&#233;n&#233;fique, qui est de d&#233;cupler les attentes de la population &#224; leur &#233;gard, comme on le voit en mati&#232;re hospitali&#232;re o&#249; de nombreuses voix s'&#233;l&#232;vent pour critiquer le manque de moyens. Or il est &#233;vident que si on peut faire mieux, on ne peut pas tout faire. La France a un budget sant&#233; comparable &#224; celui de l'Allemagne, mais 2 fois moins de lits. Son niveau de d&#233;penses publiques est le plus &#233;lev&#233; de l'OCDE, et pourtant elle a singuli&#232;rement mal pr&#233;par&#233; cette crise. Ce n'est donc pas qu'il n'y a pas assez de d&#233;penses publiques, mais qu'elles sont mal orient&#233;es. Quel que soit le gouvernement, la mani&#232;re fran&#231;aise de r&#233;duire les d&#233;penses, c'est la m&#233;thode budg&#233;taire : on r&#233;duit l&#224; o&#249; c'est plus facile, c'est-&#224;-dire l&#224; o&#249; il y a le moins de protestations. Alors qu'il faudrait tailler durement certaines d&#233;penses, et en augmenter d'autres &#8211; &#224; l'h&#244;pital par exemple. Car ce dont on aurait besoin c'est d'un Etat plus fort et plus ambitieux, certes, mais aussi bien plus concentr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le risque est qu'on ait une pression encore plus forte en faveur de la d&#233;pense publique, alors m&#234;me que nos Etats sont tr&#232;s endett&#233;s, et le seront plus encore apr&#232;s l'effort exceptionnel (justifi&#233;) de soutien de l'&#233;conomie pendant la crise. Et donc les tendances d&#233;j&#224; malsaines &#224; l'&#339;uvre depuis des d&#233;cennies vont se trouver aggrav&#233;es. De m&#234;me les mesures mon&#233;taires accommodantes risquent de se p&#233;renniser. A terme l'issue de ces d&#233;rives n'est pas pr&#233;visible, mais risque d'&#234;tre tr&#232;s grave : c'est la perte de confiance dans la monnaie et dans le cr&#233;dit public, la pire crise qui soit. Encore une fois, le coup de collier pendant la crise est justifi&#233;, co&#251;te que co&#251;te. Mais &#224; chaque fois ce ne devait &#234;tre qu'un coup de collier temporaire, et on en fait une addiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me effet, souvent relev&#233; lui aussi, est la remise en cause des exc&#232;s de la mondialisation de la production et du commerce, et de la circulation des personnes. Elle est claire pour l'opinion ; mais il restera &#224; voir dans quelle mesure elle sera suivie d'effet. Car pour cela il faudrait une action publique &#233;nergique, ordonn&#233;e &#224; la notion d'activit&#233; strat&#233;gique : &#224; savoir toutes les activit&#233;s indispensables &#224; la vie collective, notamment en temps de crise. Plus une capacit&#233; &#224; r&#233;agir vite et fort. Sans pour autant bien s&#251;r basculer dans l'illusion de l'autosuffisance, ni refuser de se coordonner avec les autres pays ; mais chaque pays doit prendre ses responsabilit&#233;s et assurer sa s&#233;curit&#233; et le bien de sa population. Ce qui implique une action industrielle et commerciale qui, disons-le clairement, se heurte frontalement &#224; l'ADN actuel de l'Union europ&#233;enne. Ce tabou pourra-t-il tomber ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me effet sera &#233;videmment la remont&#233;e du ch&#244;mage, et l'affaiblissement relatif de nos entreprises, pas toujours bien capitalis&#233;es par rapport &#224; leurs concurrentes. Il faudrait ici encore un effort puissant, avec participation publique, pour revitaliser notre appareil productif, notamment industriel, en lien avec le point pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est plus sourdement un quatri&#232;me effet, moins relev&#233;, qui porte sur le tissu social. Je ne parle pas des effets psychologiques ou sociologiques du confinement : cela sort du champ de l'&#233;conomie. Je vise plut&#244;t l'action destructrice que malgr&#233; les mesures correctives, la crise aura in&#233;vitablement sur un autre tissu, celui des entreprises ind&#233;pendantes et des commerces. Rappelons-nous les gilets jaunes : une des causes en &#233;tait l'appauvrissement du tissu relationnel local, notamment des commerces en centre-bourg. Hors l'alimentaire et quelques rares secteurs, ils vont &#234;tre frapp&#233;s de plein fouet. Le grand gagnant c'est Amazon, qui cr&#233;e 100 000 emplois aux Etats-Unis, et ses cong&#233;n&#232;res. Donc le triomphe de l'individualisme. Paradoxalement, une crise, qui est l'occasion normalement d'une pouss&#233;e de solidarit&#233;, sera ici une occasion de repli forc&#233; sur soi. L&#224; aussi, une action r&#233;solue est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire, sinon que cette crise peut &#234;tre le point de d&#233;part de deux &#233;volutions oppos&#233;es. L'une, la d&#233;rive : on continue comme avant, en plus grave, avec tout ce que cela entra&#238;ne sur la dur&#233;e de risques croissants financiers, sociaux, et donc politiques. L'autre, le sursaut : sursaut national par excellence, associant Etat et forces vives, r&#233;solument solidaire, mais qui implique aussi des choix &#233;nergiques, et donc des priorit&#233;s. L'enjeu est donc particuli&#232;rement grave. Il faut y penser d&#232;s maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parus sur le site d'Aleteia &lt;a href=&#034;https://fr.aleteia.org/2020/03/23/quels-seront-les-effets-economiques-de-la-crise-sanitaire/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.aleteia.org/2020/03/23/q...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les crises financi&#232;res ont-elles un impact g&#233;opolitique ? </title>
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		<dc:date>2020-01-20T10:54:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Crise financi&#232;re</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les crises financi&#232;res frappent les imaginations. D'un seul coup, des r&#233;alit&#233;s de base de la vie quotidienne se trouvent remises en cause. Intuitivement, on tend &#224; en d&#233;duire qu'elles doivent avoir aussi un effet majeur sur les &#233;quilibres politiques et sur les relations entre puissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'examen toutefois, c'est loin d'&#234;tre si &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Crise-financiere-+.html" rel="tag"&gt;Crise financi&#232;re&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; le 20 janvier 2020 sur G&#233;opragma :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://geopragma.fr/les-crises-financieres-ont-elles-un-impact-geopolitique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://geopragma.fr/les-crises-fina...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les crises financi&#232;res frappent les imaginations. D'un seul coup, des r&#233;alit&#233;s de base de la vie quotidienne, &#224; commencer par les emplois, la monnaie et les prix se trouvent remise en cause. D'o&#249; bien s&#251;r beaucoup de souffrances et de troubles. Intuitivement, on tend &#224; en d&#233;duire qu'elles doivent avoir aussi un effet majeur sur les &#233;quilibres politiques et sur les relations entre puissances. Et comme de nos jours la possibilit&#233; d'une nouvelle grande crise est un th&#232;me r&#233;current, non sans motifs, on s'interroge volontiers sur ce que sera l'&#233;tat de la plan&#232;te apr&#232;s, surtout si les autorit&#233;s ne parviennent pas &#224; la canaliser comme ils l'ont fait en 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'examen toutefois, c'est loin d'&#234;tre si &#233;vident. Il y a &#233;videmment un exemple illustre : la terrifiante crise de 1929. Sans parler du ch&#244;mage de masse, elle est li&#233;e dans l'esprit public avec la mont&#233;e au pouvoir d'Hitler, et donc &#224; des faits g&#233;opolitiques majeurs. Mais avant d'en parler plus en d&#233;tail, remarquons un fait simple : il n'y a pas d'autre exemple vraiment convainquant de crise financi&#232;re majeur ayant eu un impact politique ou g&#233;opolitique r&#233;ellement significatif. On peut remonter aux 16 faillites successives de la monarchie espagnole entre XVIe et XVIIe si&#232;cle, &#224; la bulle des tulipes hollandaise, &#224; la banqueroute de Law, &#224; la bulle des Mers du Sud anglaise, &#224; la banqueroute fran&#231;aise sous la R&#233;volution, partout la m&#234;me conclusion : un grand feu d'artifice, bien des gens ruin&#233;s, mais pas d'effet majeur sur le jeu politique, national ou international. Poursuivons au XIXe si&#232;cle : pas de crise syst&#233;mique, de nombreuses crises violentes dans la sph&#232;re financi&#232;re - notamment li&#233;es &#224; des faillites bancaires, mais l&#224; encore les effets de bord hors du champ &#233;conomique sont mineurs. Rien de plus d'ailleurs entre 1929 et nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire que le financier (et l'&#233;conomique derri&#232;re) est sans importance ? Que non pas ! Mais ce qui va compter et peser, c'est l'&#233;volution sur la dur&#233;e, la lente d&#233;rive ou au contraire la mont&#233;e en puissance. Ainsi de l'invention de la finance en Italie du XIIIe au XVIe si&#232;cles, du relais pris ensuite par les Flandres puis les Pays-Bas, et surtout ensuite par l'Angleterre, dont la domination progressive de la finance mondiale a &#233;t&#233; une composante essentielle de la puissance, sch&#233;ma relay&#233; &#224; sa fa&#231;on par les Etats-Unis aujourd'hui. En sens inverse, une finance fragile ou malsaine a montr&#233;e sur le long terme ses effets d&#233;l&#233;t&#232;res, ainsi dans l'Espagne de l'&#226;ge d'or, confondant la mar&#233;e de l'or et de l'argent des Am&#233;riques avec une vraie richesse, ou la gestion fantaisiste des finances fran&#231;aises fin XVIIIe, qui n'est pas pour rien dans la R&#233;volution. Mais on parle ici de ph&#233;nom&#232;nes lents, pas de crises. Les crises seraient donc finalement plus spectaculaires que significatives, au moins dans le cas g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais 1929 ? De fait cette crise a &#233;t&#233; dans son domaine exceptionnelle, en outre aggrav&#233;e par les erreurs commises &#224; l'&#233;poque par les dirigeants. G&#233;opolitiquement, son effet le plus rep&#233;rable est la d&#233;gradation massive de la situation sociale allemande, qui n'est &#233;videmment pas pour rien dans la venue au pouvoir d'Hitler. On peut d&#233;battre l'importance relative des causes enchev&#234;tr&#233;es de celle-ci, pas nier l'impact. Mais regardons de plus pr&#232;s : d'une part, malgr&#233; l'ampleur de la d&#233;tresse &#233;conomique, tr&#232;s peu de pays ont connu du fait de cette crise des bouleversements politiques d'une ampleur comparable. Il y a donc une sp&#233;cificit&#233; allemande (et dans une bien moindre mesure japonaise). Sp&#233;cificit&#233; qui ne se comprend pas si on ne rappelle pas l'effondrement de l'Empire en 1918, le choc violent du trait&#233; de Versailles, l'affaire des r&#233;parations, et la faible l&#233;gitimit&#233; de Weimar. En d'autres termes, 1929 n'a eu dans ce pays d'impact politique majeur que du fait de sa situation politique et g&#233;opolitique alors exceptionnelle. Autrement dit, ce n'est pas la crise qui a cr&#233;&#233; l'effet : elle a, selon les points de vue, fortement acc&#233;l&#233;r&#233; ou d&#233;clench&#233; un processus dont les d&#233;terminants premiers lui pr&#233;existaient et &#233;taient d'ordre essentiellement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aujourd'hui ? Malgr&#233; les mesures significatives prises apr&#232;s 2008, une grande crise financi&#232;re reste possible, en fait tr&#232;s probable un jour ou l'autre. Notre syst&#232;me ne vit pas sans crises, et on a bien des raisons de craindre que l'une d'elles sera syst&#233;mique. La mont&#233;e spectaculaire et quasi universelle de l'endettement en t&#233;moigne : toutes les crises syst&#233;miques sont en effet dans une large mesure des crises de l'endettement, qui nourrit les effets en domino et les rend syst&#233;miques ; en outre, la cr&#233;ation mon&#233;taire d&#233;brid&#233;e a engendr&#233; une bulle des actifs, &#224; l'&#233;vidence mena&#231;ante. Le tout sur arri&#232;re-fond de poursuite du r&#233;&#233;quilibrage des rapports de force &#233;conomiques, avec la mont&#233;e de plus en plus assur&#233;e des pays dits &#233;mergents, qui sont d&#233;sormais de plus en plus de vraies puissances. Bien s&#251;r, la prochaine crise sera peut-&#234;tre elle aussi ma&#238;tris&#233;e et noy&#233;e dans la cr&#233;ation mon&#233;taire et les d&#233;ficits - aggravant d'ailleurs &#224; nouveau la crise suivante. Mais prenons l'hypoth&#232;se, probable, d'une crise qui finalement un jour ne sera plus ma&#238;tris&#233;e. Quel pourra en &#234;tre l'effet g&#233;opolitique ? Si l'on en croit les le&#231;ons historiques, ce qu'il faudra alors guetter, c'est la situation &#224; l'allemande : une impasse politique et g&#233;opolitique majeure, que la crise pr&#233;cipiterait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; donc ? Au risque de d&#233;cevoir le lecteur, je n'en vois pas dans l'imm&#233;diat. Mais j'admets qu'il y a tellement de barils de poudre qu'il est facile de se tromper. A terme en revanche (20 ans, ou plus), c'est une autre paire de manches. Le risque sera autrement s&#233;rieux. Nos &#233;mergents seront alors des vraies puissances, m&#234;me inachev&#233;es, mais de r&#233;ussite variable, pas toujours stabilis&#233;es ; et leurs ambitions auront eu l'occasion de se mesurer et &#233;ventuellement de se heurter, entre elles et avec les actuels nantis. La conjonction d'une d&#233;rive interne, nourrie &#233;ventuellement par des frustrations &#233;conomiques mais plus encore politiques, avec une impasse g&#233;opolitique, pourra alors conduire l'un ou l'autre de ces pays (ex-&#233;mergent ou nanti) &#224; l'option allemande : la fuite en avant dans une politique de puissance, si une grande crise pousse d'un coup ces passions &#224; leur paroxysme. Je vous laisse mettre des noms&#8230;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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