<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.pierredelauzun.fr/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
	<link>https://pierredelauzun.fr/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.pierredelauzun.fr/spip.php?id_mot=96&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>Transmettre : le cas des tr&#232;s grandes fortunes</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Transmettre-le-cas-des-tres-grandes-fortunes.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Transmettre-le-cas-des-tres-grandes-fortunes.html</guid>
		<dc:date>2026-02-07T15:58:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Fortune</dc:subject>
		<dc:subject>Tr&#232;s riches</dc:subject>
		<dc:subject>H&#233;ritage</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On a beaucoup d&#233;battu r&#233;cemment le cas des tr&#232;s grandes fortunes. Faut-il les r&#233;duire ? Peut-on les transmettre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions se posent en termes tr&#232;s diff&#233;rents dans leur cas, car ce qui est d&#233;tenu ou transmis repr&#233;sente non seulement une valeur financi&#232;re appr&#233;ciable, mais conf&#232;re un vrai pouvoir et un r&#244;le dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question pr&#233;alable qui se pose alors est celle de la signification de ces fortunes dans la soci&#233;t&#233; ; cela permet ensuite de s'interroger sur leur d&#233;tention et transmission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Ma communication au colloque de janvier 2026 de l'Association des &#233;conomistes catholiques, consacr&#233; &#224; la Transmission)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Fortune-et-inegalites-.html" rel="directory"&gt;In&#233;galit&#233;s, fortune&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Fortune-+.html" rel="tag"&gt;Fortune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Tres-riches-+.html" rel="tag"&gt;Tr&#232;s riches&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Heritage-+.html" rel="tag"&gt;H&#233;ritage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/load-line-188952_640.jpg?1787417301' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question de la transmission de biens se pose en termes tr&#232;s diff&#233;rents dans le cas des v&#233;ritables fortunes, lorsque ce qui est transmis repr&#233;sente non seulement une valeur financi&#232;re appr&#233;ciable, mais conf&#232;re un vrai pouvoir et un r&#244;le dans la soci&#233;t&#233;. La question pr&#233;alable qui se pose alors est celle de la signification de ces fortunes dans la soci&#233;t&#233; ; cela permet ensuite de s'interroger sur leur transmission. A partir de l&#224;, on &#233;voquera bri&#232;vement la transmission de fortunes plus petites.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les tr&#232;s grandes fortunes : position de la question&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qu'un tr&#232;s riche ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord un fait simple : &#234;tre riche est d'abord une question de pouvoir. Il n'en est pas de m&#234;me pour les autres patrimoines. Selon une d&#233;finition r&#233;cemment propos&#233;e, on dit en France que quelqu'un est &#8216;riche' &#224; partir de 500 000 &#8364; de patrimoine, soit moins de 3 fois le patrimoine m&#233;dian brut qui est de 177 200 &#8364; en France (2022). Mais c'est absurde au vu de la perception spontan&#233;e du mot : on dira plut&#244;t de cette personne qu'elle est ais&#233;e. Un Parisien qui a un bel appartement, un bon revenu, des actifs financiers et une r&#233;sidence secondaire ou deux m&#232;ne une vie a priori bien plus confortable que le Fran&#231;ais moyen, mais son r&#244;le socio&#233;conomique n'est pas structurellement diff&#233;rent. Plus pr&#233;cis&#233;ment, ce qui permet de vivre d'une certaine mani&#232;re est d'abord le revenu, et on peut vivre bien sans patrimoine. Comme on sait d'ailleurs, les in&#233;galit&#233;s de patrimoine sont bien plus fortes que celles de revenu. Le patrimoine peut &#234;tre source de s&#233;curit&#233;, mais cela reste limit&#233; et sans grand effet sur le reste de la soci&#233;t&#233;. Il ne commence &#224; peser que s'il produit un revenu cons&#233;quent : la diff&#233;rence commence donc avec la capacit&#233; &#224; vivre de ses rentes sans manger son capital (20 millions d'euros ?). Mais encore au-del&#224;, le vrai riche est celui dont le patrimoine est suffisant pour lui donner un vrai pouvoir, notamment par ses investissements ; c'est ce qu'on appellera alors une fortune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on regarde les 10 premi&#232;res fortunes mondiales actuelles, on trouve des sommes d&#233;passant les 100 milliards de dollars ; ce sont tous des propri&#233;taires d'entreprises. Ils sont pour la plupart dans la tech : 8 sur 10. La situation par secteur d'activit&#233; est plus diversifi&#233;e si regarde en dessous, dans les 500 premiers mondiaux, o&#249; tous d&#233;passent les 5 milliards. Cela dit, hors les 10 premiers, ils sont loin d'&#234;tre principalement am&#233;ricains, ni m&#234;me occidentaux. En outre, si l'h&#233;ritage y a jou&#233; son r&#244;le, c'est de fa&#231;on plut&#244;t secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait objecter que ceci est d&#251; en partie &#224; une conjoncture boursi&#232;re fragile (un effet de bulle), et que cette distribution peut donc &#234;tre remise en cause de fa&#231;on importante. C'est vrai, mais cela ne fait pas dispara&#238;tre la question. M&#234;me &#233;ventuellement corrig&#233;e, l'&#233;volution est incontestablement &#224; l'&#233;tablissement croissant de tr&#232;s grandes fortunes au niveau mondial, et il s'agit pour la grande majorit&#233; de fortunes nouvelles. C'est entre autres un effet massif de la mondialisation, qui a permis et permet une croissance consid&#233;rable des entreprises multinationales, combin&#233;e avec la technologie, qui a fait &#233;merger la majorit&#233; des nouveaux venus, notamment dans les 10 plus riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon une estimation de la CNUCED, 80 % du commerce mondial est le fait de compagnies transnationales et de leurs cha&#238;nes d'approvisionnement ; il en est probablement de m&#234;me pour au moins 80 % de l'investissement direct. Certaines estimations conduisent &#224; consid&#233;rer que leur valeur ajout&#233;e cumul&#233;e serait de 21 % &#224; 25 % du PIB mondial, et pas loin de la moiti&#233; si on tenait compte en outre de leurs cha&#238;nes d'approvisionnement et de distribution. En regard, pour arriver &#224; une valeur ajout&#233;e comparable, il faut mettre ensemble (en commen&#231;ant par les plus pauvres en termes de revenu par t&#234;te) la grande majorit&#233; des pays. De m&#234;me, ces grandes entreprises cumulent une proportion majoritaire de la capitalisation boursi&#232;re mondiale ; alors que celles de la tr&#232;s grande majorit&#233; des pays les moins dot&#233;s, cumul&#233;es, sont en comparaison n&#233;gligeables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une injustice au d&#233;part ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc des gens tr&#232;s riches, donc puissants, et au niveau mondial cela atteint des sommes consid&#233;rables. Le montant &#233;lev&#233; des chiffres permet &#224; certaines ONG de beaux effets de manche. Selon Oxfam (d&#232;s 2014) pr&#232;s de la moiti&#233; des richesses mondiales est d&#233;tenue par 1 % de la population. Ou encore, la moiti&#233; la moins riche de la population mondiale poss&#232;de la m&#234;me richesse que les 85 personnes les plus riches du monde. Depuis, Oxfam insiste sur l'&#233;volution et explique que depuis 2020 ces 1 % les plus riches ont &#8216;accapar&#233;' 63 % des &#8216;richesses' nouvelles cr&#233;&#233;es (en fait de l'augmentation de valeur des patrimoines, essentiellement boursiers). On peut discuter la m&#233;thodologie suivie sur des points importants, mais pour notre propos ici l'important est ailleurs. Il est &#233;vident que la fortune d&#233;tenue par les tr&#232;s riches est colossalement sup&#233;rieure au patrimoine d&#233;tenu par les plus pauvres sur la plan&#232;te ; et il est clair que dans la p&#233;riode r&#233;cente, la hausse substantielle des march&#233;s financiers et immobiliers a massivement profit&#233; &#224; ceux qui d&#233;tenaient de la fortune, et &#233;videmment pas aux d&#233;munis d'Afrique ou d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, l'argumentation en termes d'accaparement n'est pas tr&#232;s logique. Les fondateurs des GAFAM ou de leurs &#233;quivalents n'ont rien vol&#233; directement &#224; qui que ce soit (hors comportements non-concurrentiels). Quand on explique qu'environ 65 milliardaires poss&#232;dent autant qu'un milliard de personnes, cela n'a donc pas de sens direct : certes, ce milliard de personnes, en grande partie africain ou sud-asiatique, ne poss&#232;de rien, ou des terrains et objets sans valeur marchande appr&#233;ciable ; mais d'un autre c&#244;t&#233; les Musk, Gates, Bezos ou autres ne leur ont rien pris ; ils ont cr&#233;&#233; des entreprises qui se sont appr&#233;ci&#233;es en Bourse parce que leur potentiel de gain s'est av&#233;r&#233; &#233;norme &#8211; et aussi parce que ce sont des monopoles naturels. Cette situation pose un gros probl&#232;me en termes de pouvoir, comme on le reverra, et par ailleurs les d&#233;tenteurs de ces fortunes ont une responsabilit&#233; majeure envers la soci&#233;t&#233;. Mais dans ces cas il n'y a pas de lien direct et g&#233;n&#233;ral entre leur richesse et la pauvret&#233; des autres &#233;voqu&#233;s ici. Ce n'est donc pas un angle pertinent pour appr&#233;cier la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;tention des grands patrimoines &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs il est une question pr&#233;alable essentielle &#224; poser &#224; propos de tels patrimoines, qui est celle de la propri&#233;t&#233; des actifs &#233;conomiques. Sauf &#224; les donner pour l'essentiel &#224; l'Etat, ils sont propri&#233;t&#233; de quelqu'un. Dans cette situation, la tendance &#224; une forte in&#233;galit&#233; est in&#233;vitable, m&#234;me si on peut tenter de la corriger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on faire disparaitre cette in&#233;galit&#233; ? Si on regarde les faits en perspective historique, la question appara&#238;t difficile. Un panorama historique a &#233;t&#233; dress&#233; par Walter Scheidel . Il montre qu'au cours de l'histoire les in&#233;galit&#233;s n'ont &#233;t&#233; vraiment r&#233;duites qu'au prix de violences consid&#233;rables et exceptionnelles (grandes guerres, r&#233;volutions radicales etc.) Et encore dans tous les cas leurs effets ont toujours fini par s'&#233;roder. En revanche, Scheidel montre que les autres voies pour &#233;galiser sont d'effet limit&#233; - qu'il s'agisse du d&#233;veloppement &#233;conomique, de la d&#233;mocratisation, ou encore d'une action politique volontariste. L'in&#233;galit&#233; para&#238;t donc &#234;tre un fait quasi permanent, que seule une violence radicale peut r&#233;duire, et pour peu de temps. Plus exactement, cela a pu am&#233;liorer le sort de la majorit&#233;, parfois consid&#233;rablement, mais une forte in&#233;galit&#233; a subsist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est pourtant que les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes connaissent aujourd'hui encore un niveau d'in&#233;galit&#233; plut&#244;t mod&#233;r&#233; selon les crit&#232;res historiques. Mais outre qu'une in&#233;galit&#233; appr&#233;ciable subsiste, cette situation remonte aux deux guerres mondiales et aux crises de l'&#233;poque, qui ont provoqu&#233; une r&#233;duction, voire une liquidation sans pr&#233;c&#233;dent des avantages de revenus et de fortunes consid&#233;rables qui pr&#233;valaient avant 1914 (par la fiscalit&#233;, et par la ruine directe, due &#224; l'effondrement de la valeur de bien des classes d'actifs). Il en est r&#233;sult&#233; surtout une fiscalit&#233; tr&#232;s &#233;lev&#233;e, justifi&#233;e au d&#233;part par l'effort de guerre ou ses s&#233;quelles, puis r&#233;utilis&#233;e apr&#232;s la guerre pour la redistribution. Mais c'&#233;tait dans le cadre d'&#233;conomies relativement ferm&#233;es. Or comme on sait, cette situation particuli&#232;re n'a pas dur&#233;, du fait de l'ouverture des fronti&#232;res et de la mise en concurrence des capitalismes, m&#234;me si la redistribution a en partie appr&#233;ciable subsist&#233;, et la fiscalit&#233; correspondante. Depuis lors, le sch&#233;ma est soumis &#224; de fortes pressions, et tend &#224; s'&#233;roder ; parall&#232;lement les in&#233;galit&#233;s remontent. Notons en outre que pour la partie la plus pauvre de la population, il y a eu am&#233;lioration tr&#232;s r&#233;elle en termes de revenus et de droits sociaux - mais pas en termes de patrimoine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela montre les limites d'une r&#233;duction frontale et radicale des in&#233;galit&#233;s. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a rien &#224; faire, mais cela pousse &#224; ne pas s'illusionner sur l'utopie d'une &#233;galit&#233; g&#233;n&#233;rale ou m&#234;me relative. Seule une &#233;conomie sovi&#233;tis&#233;e ferait disparaitre ces in&#233;galit&#233;s de fortunes &#8211; mais d'ailleurs pas celles de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cons&#233;quences pour la soci&#233;t&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les responsabilit&#233;s des grandes fortunes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant la question subsiste, et a plusieurs dimensions. Elle l'est d'autant plus que l'&#233;mergence actuellement constat&#233;e de tr&#232;s grandes fortunes n'est historiquement pas si fr&#233;quente &#224; un tel niveau, m&#234;me dans les p&#233;riodes tr&#232;s capitalistes comme le XIXe si&#232;cle. Elle est porteuse d'effets consid&#233;rables, bien au-del&#224; du pur effet d'in&#233;galit&#233;. Il est &#233;vident d&#233;j&#224; que cette concentration de moyens donne un pouvoir &#233;conomique consid&#233;rable aux int&#233;ress&#233;s, comme d'ailleurs elle le donne &#224; un moindre degr&#233; aux dirigeants de tr&#232;s grandes entreprises lorsque la d&#233;tention en est diffuse (actionnariat dispers&#233;). En soi, ce pouvoir ne diff&#232;re pas de tout pouvoir exerc&#233; par un d&#233;tenteur quelconque de moyens financiers en &#233;conomie capitaliste ou de march&#233;. Mais cette observation ne dispense pas d'examiner si dans leur cas ce pouvoir est excessif. Au minimum, par examen des conditions de leur prosp&#233;rit&#233;, par exemple en termes de concurrence : c'est la question que posent notamment les monopole de fait des GAFAM. Ou en analysant leur contribution fiscale aux pays o&#249; les entreprises correspondantes sont actives. Ou m&#234;me en mesurant l'impact de leurs d&#233;cisions sur la vie &#233;conomique et sociale des pays d'implantation. En d'autres termes se pose une question de responsabilit&#233; sociale plus que d'in&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus particuli&#232;rement, le risque naissant de ces fortunes consid&#233;rables (ou de ces tr&#232;s grandes entreprises) peut appara&#238;tre aussi sur le terrain politique, soit par pression directe, soit par financement de la vie politique : c'est ce qu'on observe aux Etats-Unis , o&#249; ce financement n'est pas plafonn&#233;. Notons cependant qu'il s'y est exerc&#233; traditionnellement plut&#244;t au profit des d&#233;mocrates, suppos&#233;s &#234;tre de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre probl&#233;matique li&#233;e aux grandes fortunes et &#224; leur responsabilit&#233; envers la soci&#233;t&#233;, moins soulign&#233;e, est celle du pouvoir social et culturel que donne potentiellement le fait d'&#234;tre pourvu d'une vraie fortune. C'est en un sens la question des &#233;lites, dans sa dimension &#233;conomique. Ce qui sera alors important est la culture de ces &#233;lites : leur syst&#232;me de valeurs et leur action effective. Une approche &#233;thique conduit naturellement &#224; souligner leurs devoirs correspondants, &#224; l'&#233;vidence consid&#233;rables. Historiquement, &#224; c&#244;t&#233; des pouvoirs publics et de l'Eglise, les d&#233;tenteurs de moyens importants ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans le d&#233;veloppement de la civilisation, notamment des arts et lettres, mais aussi de l'&#233;conomie et d'autres causes. Mais ils &#233;taient &#233;duqu&#233;es, et ils avaient dans les soci&#233;t&#233;s de l'&#233;poque une forme d'exigence sociale, d'&#233;thique personnelle, sinon de vanit&#233; bien orient&#233;e, qui leur imposait un devoir qualitatif, dont les effets ont &#233;t&#233; historiquement immenses, et positifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en est plus de m&#234;me maintenant. Trop de ces nouveaux riches n'aspirent qu'&#224; ne plus &#234;tre visibles, ou consid&#232;rent que le niveau de leurs imp&#244;ts les dispense de tout effort au service de la communaut&#233; - ce qui est une aberration profonde. D'autres en revanche utilisent leur argent pour des fondations, parfois de grandes envergure, mais la question se pose alors des objectifs poursuivis par ces fondations. L'enjeu est &#233;norme. D'un c&#244;t&#233;, on ne peut pas dire que la &#171; culture &#187; de ces &#171; &#233;lites &#187; soit particuli&#232;rement impressionnante, pour parler aimablement. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, ils n'ont jamais eu autant de moyens, disposant de sommes immenses leur permettant d'orienter la soci&#233;t&#233; dans un sens ou un autre, soit par leurs investissements, soit par leurs dons, soit par leur activit&#233; (Facebook, Twitter etc.). Certes, il est en soi bon que des riches investissent et donnent. Mais ici les sommes sont exceptionnelles. Or les orientations de leurs d&#233;tenteurs, quand ils en ont, sont principalement domin&#233;es par l'id&#233;ologie de l'&#233;poque, par le politiquement correct, plus que par la recherche du beau et du bien. Pour d'autres (rentiers du p&#233;trole) ce sera en faveur d'une propagande islamiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps, ce n'est a priori pas une autorit&#233; mondiale qui y mettra bon ordre quand le besoin appara&#238;t. Ici encore, s'il y a un niveau de moralit&#233; possible (toute relative, et variable selon les r&#233;alit&#233;s locales), c'est &#224; ce jour encore au niveau national, &#233;ventuellement dans la coop&#233;ration entre nations. Mais encore faut-il en &#234;tre conscient, et agir comme il le faut, car &#224; nouveau les enjeux sont consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La solution des fondations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#233;voquer ici un point sp&#233;cifique mais tr&#232;s important : le r&#244;le des fondations dans la d&#233;tention des grandes fortunes. Comme on le verra, elle a un lien particulier avec la question de l'h&#233;ritage. Elle substitue une forme d'institution priv&#233;e soumise &#224; des r&#232;gles aux choix personnel d'un individu richissime. C'est donc une forme de d&#233;tention priv&#233;e, non &#233;tatique, donc de pouvoir, mais qui n'est pas remise &#224; une personne. Ce peut &#234;tre la meilleure des choses, mais ce peut aussi &#234;tre contestable. Comme on sait, une fondation re&#231;oit une donation d'une personne fortun&#233;e, et la g&#232;re ensuite en fonction de r&#232;gles &#233;tablies &#224; l'avance, dont un conseil compos&#233; de fiduciaires ou &#8216;trustees' v&#233;rifie la mise en &#339;uvre. L'usage de l'argent est donc pr&#233;&#233;tabli, et non arbitraire. Mais cela peut rester un pouvoir consid&#233;rable, m&#234;me si le jugement &#224; porter sur l'action men&#233;e se r&#233;f&#232;rera d&#233;sormais &#224; ces r&#232;gles et non plus au propri&#233;taire initial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc bien en soi (si ces instructions sont bien orient&#233;es) : cela peut en particulier servir de soutien &#224; une charte d'entreprise orient&#233;e vers le bien commun, en rendant une OPA difficile ou impossible. Sous un autre angle, cela peut donner des ressources &#224; une &#339;uvre d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Mais compte tenu de la rigidit&#233; des r&#232;gles d'usage, ce peut aussi &#234;tre un facteur important de blocage de l'&#233;conomie s'il y en a trop, un facteur de rigidit&#233; ou de manque de d&#233;cision voire d'ambition : les trustees n'ont pas la libert&#233; de d&#233;cision de vrais propri&#233;taires. Ce n'est donc pas une panac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les actions possibles &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les propositions des radicaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses propositions sont r&#233;guli&#232;rement faites pour r&#233;pondre &#224; cette &#233;volution, notamment de la part d'ONG ou d'&#233;conomistes de gauche. Elles tournent presque toutes autour de l'id&#233;e d'un imp&#244;t mondial sur la fortune, soit annuel (permanent) soit sur les successions, et en g&#233;n&#233;ral les deux. On parle ici d'imp&#244;ts nouveaux sp&#233;cifiques ; &#224; nouveau, cette question doit &#234;tre distingu&#233;e de la question de l'&#233;vasion fiscale des tr&#232;s riches, question importante mais d'un autre ordre. Nous ne pouvons ici les examiner dans le d&#233;tail. Les uns veulent des mesures lourdes (Oxfam, Piketty et autres) : imp&#244;t sur la fortune de 5 %, taxation &#224; 90% des grosses successions etc. Ceci repr&#233;senterait une vraie r&#233;volution, aboutissant &#224; la disparition &#224; terme de tous les patrimoines un tant soit peu significatifs. Mais faire une r&#233;volution pour rapporter un produit que ces auteurs &#233;valuent &#224; 5 % du revenu national n'a pas de sens sur le plan fiscal. Dit autrement, on confisque pour assurer une &#233;galit&#233; absolue et non pas parce qu'on a collectivement un vrai besoin de l'argent. Dans ces conditions, il n'y aurait plus &#224; ce niveau de richesse qu'une propri&#233;t&#233; temporaire, d'autant que les &#8216;outils de travail' seraient pleinement inclus. Logiquement, une telle machinerie de r&#233;duction syst&#233;matique des in&#233;galit&#233;s d&#233;boucherait donc sur une &#233;conomie &#233;tatis&#233;e. D'autres, plus mod&#233;r&#233;s (Abhijit V. Banerjee et Esther Duflo par exemple) &#233;voquent un imp&#244;t sur la fortune qui se situerait &#224; 2% au-dessus de 50 M$ et &#224; 3 % au-dessus du milliard. Mais il ne rapporterait selon leur analyse que 1% du PIB. Cela aurait donc un effet appr&#233;ciable sur les int&#233;ress&#233;s, mais tr&#232;s peu d'int&#233;r&#234;t pour les finances publiques. Ce serait a fortiori le cas de la taxe Zucman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut faire une remarque analogue pour la proposition d'Oxfam, qui voudrait redistribuer la fortune des milliardaires aux pauvres de la plan&#232;te. En reprenant tels quels leurs chiffres, on les comparera &#224; l'aide publique au d&#233;veloppement soit 204 MM en 2022, 0.36% du PNB. Le chiffre qu'Oxfam en attend repr&#233;sente 3 % environ du PNB. Mais autant une taxation g&#233;n&#233;rale des fortunes &#224; 5 % serait une v&#233;ritable r&#233;volution au sens plein du terme, autant une augmentation de l'aide publique au d&#233;veloppement passant &#224; 3 % du PNB serait en soi faisable techniquement, les ponctions fiscales publiques sur les &#233;conomies &#233;tant d&#233;j&#224; de l'ordre de 30 &#224; 50 % selon les pays. M&#234;me si &#233;videmment c'est parfaitement utopique politiquement, ce calcul montre que la cr&#233;ation d'un imp&#244;t sur la fortune, mondial et massif, et celle d'une r&#233;duction de l'in&#233;galit&#233; en faveur des plus pauvres sont deux questions distinctes. A nouveau, on ne taxe pas au nom de la ressource fiscale, mais uniquement pour des motifs &#233;galitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; donc, toutes les propositions ci-dessus &#233;voqu&#233;es visent uniquement &#224; remettre en question le principe m&#234;me des grandes fortunes plut&#244;t qu'&#224; proposer une solution &#224; la pauvret&#233;. On ne peut plus g&#233;n&#233;ralement pas mettre en face un patrimoine et une d&#233;pense. Et comme chacun sait, ce sont encore moins des mesures r&#233;alistes dans le contexte mondial existant. Par ailleurs, &#224; nouveau, cela ne r&#233;pond pas &#224; la question centrale de la propri&#233;t&#233; des entreprises. Qui en effet d&#233;tiendrait les entreprises ? M&#234;me si on distribuait les titres dans la population, soit chacun voudrait vendre d&#232;s que possible ses titres, mais qui ach&#232;terait ? Soit cette d&#233;tention serait bloqu&#233;e, la propri&#233;t&#233; restant divis&#233;e et de ce fait aux mains des gestionnaires de fond, &#233;tant entendu que le seul actionnaire important serait l'Etat. Outre que cela retirerait &#224; l'effort de chacun une de ses motivations majeures, cela donnerait dans les faits &#224; l'Etat un pouvoir quasi absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons en outre que ces propositions sont particuli&#232;rement brutales en mati&#232;re d'h&#233;ritage, comme si une certaine tol&#233;rance (toute relative) subsistait pour les cr&#233;ateurs de ces fortunes &#8211; mais en aucun cas pour leurs h&#233;ritiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, ce qui vient d'&#234;tre dit porte sur les propositions visant &#224; une r&#233;duction marqu&#233;e des in&#233;galit&#233;s et en l'esp&#232;ce des grands fortunes. Tout autre est la consid&#233;ration de la juste participation des plus ais&#233;s, notamment des plus riches, au financement des charges communes par l'imp&#244;t, logiquement plus &#233;lev&#233;e compte tenu de leur capacit&#233; contributive, et indiscutable dans son principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alternatives possibles au niveau politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste cependant la question de la surpuissance des tr&#232;s grandes fortunes. Que peut-on faire, sans aller jusqu'aux mesures &#233;voqu&#233;es &#224; l'instant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait d&#233;j&#224; imaginer des solutions l&#233;g&#232;rement plus mod&#233;r&#233;es, par exemple si on interdisait les fortunes au-del&#224; d'un certain niveau tr&#232;s &#233;lev&#233;, sous peine d'imp&#244;t. Le surplus serait alors soit donn&#233; ou soit confisqu&#233;. Logiquement cela d&#233;boucherait sur une expansion massive des fondations. Le jugement port&#233; sur la mesure d&#233;pendrait alors du statut de ces fondations. L'avantage serait d'avoir des sommes &#233;normes mises au services d'objectifs cens&#233;s &#234;tre orient&#233;s vers une forme de bien commun. L'inconv&#233;nient serait le gel croissant d'une partie appr&#233;ciable du capital dans des strat&#233;gies rigides. Si cette voie n'&#233;tait pas praticable, resterait la possibilit&#233; d'une diffusion dans le public. Mais l&#224; aussi la majorit&#233; des gens vendrait assez vite leurs titres. Cela reviendrait au fond &#224; favoriser la dispersion du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, cela pose donc la question du contr&#244;le des grandes entreprises. S'il n'y a pas de grande fortune, ni de fondation, c'est soit un capital dispers&#233;, soit l'Etat. Mais il n'est pas d&#233;montr&#233; que la dispersion du capital soit un net progr&#232;s, tant s'en faut. Remettant le pouvoir soit aux dirigeants d'entreprise, soit plus encore aux soci&#233;t&#233;s de gestion, ne garantit en rien un progr&#232;s dans l'utilisation des moyens &#233;conomiques. L'exp&#233;rience r&#233;cente montre m&#234;me qu'il y a un risque &#233;lev&#233; d'une gestion &#224; beaucoup plus court terme. Y a-t-il un vrai int&#233;r&#234;t &#224; ce que LVMH (d&#233;tenu actuellement par Bernard Arnault et sa famille) ait un capital dispers&#233; ? Y a-t-il un sens &#224; ce qu'elle soit propri&#233;t&#233; de l'Etat (sauf &#224; jouer le basculement en &#233;conomie socialiste) ? Quel est le progr&#232;s en termes de pouvoir ? Implicitement est ainsi pos&#233;e la question de la diff&#233;rence entre un pouvoir dont dispose un particulier et un pouvoir r&#233;sultant d'un processus politique. Qu'est-ce qui garantit que le second est meilleur, dans le cas d'une entreprise ou d'une fortune ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a toutefois des hypoth&#232;ses o&#249; cela peut s'imposer. Par exemple si le pouvoir priv&#233; est &#224; la fois tr&#232;s grand, et exerc&#233; de fa&#231;on nocive. Dans ce cas, on peut par exemple avoir &#224; le fractionner sans pour autant tout remettre &#224; l'Etat. A un niveau encore plus mod&#233;r&#233;, et anormalement n&#233;glig&#233;, il y a la m&#233;thode de l'antitrust : le fait d'obliger au morcellement d'entit&#233;s soit monopolistes, soit trop puissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble en d&#233;finitive qu'au niveau politique la question doive faire l'objet d'un jugement cas par cas. Le point central est que tout d&#233;pend finalement de la mani&#232;re dont le pouvoir qu'on a &#233;voqu&#233; est utilis&#233; par ses d&#233;tenteurs. S'il y a exc&#232;s de pouvoir, ou utilisation vraiment contestable de l'argent, une intervention muscl&#233;e peut se justifier. Sinon, ses avantages ne sont pas &#233;vidents, malgr&#233; les apparences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En perspective chr&#233;tienne, notamment catholique, la question s'&#233;claire d'une notion essentielle, ce qu'on appelle la destination universelle des biens, le fait que toute propri&#233;t&#233; nous est confi&#233;e pour &#234;tre utilis&#233;e au service du bien commun. Et naturellement, cette responsabilit&#233; est d'autant plus grande que la fortune est plus vaste. Autant le pape Pie XI a pu montrer les effets b&#233;n&#233;fiques possibles de la vertu de magnificence, c'est-&#224;-dire l'utilisation g&#233;n&#233;reuse de moyens importants au service du bien commun, autant le riche qui utilise mal les moyens dont il dispose d&#233;tourne-t-il ce pour quoi sa richesse est faite. Qu'il ne s'&#233;tonne pas alors si elle est remise en cause&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les grandes fortunes et l'h&#233;ritage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant de fa&#231;on plus sp&#233;cifiques comme se pose la question de l'h&#233;ritage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La transmission de grandes fortunes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu que si de l'argent est investi dans des actifs, il est d&#233;tenu par quelqu'un, et si ce n'est pas uniquement par des institutions publiques (l'Etat et les autres), il l'est par des personnes, directement ou non. A nouveau, il y a donc naturellement et l&#233;gitimement une fonction de d&#233;tention priv&#233;e d'actifs importants, investies dans des biens de production, et si possible activement g&#233;r&#233;es dans le sens du bien commun. Or ces fortunes ont en partie importante une dimension familiale. Une des raisons de leur constitution est de permettre aux g&#233;n&#233;rations futures de disposer de moyens qui leur permette d'agir et, dans le cas optimal, &#224; leur tour de faire du bien, l&#224; aussi dans le sens du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains estiment cependant qu'il n'est pas juste de faire h&#233;riter ses enfants. Dans le cadre fran&#231;ais, cela explique en partie le niveau relativement &#233;lev&#233; des droits de succession actuels. Mais on ne voit pas le progr&#232;s collectif qui r&#233;sulterait de la disparition de fortunes priv&#233;es au profit du seul Etat, donc on constate chaque jour les limites en mati&#232;re tant de cr&#233;ation &#233;conomique que d'inclusion sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte am&#233;ricain, un courant diff&#233;rent est lui aussi r&#233;ticent &#224; l'&#233;gard de l'h&#233;ritage, mais ce n'est pas pour le donner &#224; l'Etat. Ce peut &#234;tre pour en doter des fondations, qui comme on l'a dit peinent &#234;tre de bonnes institutions pour affecter une certaine fortune &#224; un objectif de bien commun (m&#234;me si le dispositif est parfois d&#233;tourn&#233; et si, comme on l'a dit aussi, il a ses limites). D'autres prennent le probl&#232;me autrement : pour Frank Hann, qui a &#233;crit un livre int&#233;ressant sur le bon usage de son argent , l&#233;guer &#224; ses enfants n'est pas n&#233;cessairement le bon moyen pour contribuer au bien commun. Il pr&#233;f&#232;re que chacun prenne pendant sa vie la responsabilit&#233; de son propre argent, celui qu'il a gagn&#233; lui-m&#234;me. Il propose donc &#224; chacun de se donner un programme, bas&#233; sur son esp&#233;rance de vie, visant &#224; avoir donn&#233; la totalit&#233; de sa richesse non essentielle au moment de sa mort. Il explique en outre que si nous ne sommes pas en &#233;tat d'utiliser au mieux notre richesse, notamment si nous en avons h&#233;rit&#233; et ne savons pas l'utiliser dans le prolongement des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes, il nous faut transf&#233;rer cette richesse &#224; ceux qui sont mieux &#224; m&#234;me de l'utiliser - et le faire vite, car c'est aujourd'hui que les n&#233;cessiteux en ont besoin. Se d&#233;barrasser de la richesse excessive est, dit-il, une &#233;cole de vertu. Par rapport &#224; l'approche &#233;tatique &#224; la fran&#231;aise, cette conception a l'avantage de laisser l'initiative aux personnes, et de garder la possibilit&#233; de fortunes priv&#233;es, tourn&#233;es vers le bien commun, notamment par le biais de cet outil que sont les fondations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'oblige cependant &#224; aller n&#233;cessairement dans cette direction, sauf appel particulier, analogue &#224; celui du jeune homme riche des &#233;vangiles. Car cette conception m&#233;conna&#238;t la l&#233;gitimit&#233; de la communaut&#233; familiale, ainsi que de la responsabilit&#233; qu'elle peut se reconna&#238;tre et assumer envers certains actifs. En outre, on ne voit pas pourquoi, a priori, la propri&#233;t&#233; qu'une individu a sur des biens ne peut s'&#233;tendre au-del&#224; de sa vie. Enfin, on l'a dit, il faut dans une &#233;conomie d&#233;centralis&#233;e que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e assume la gestion d'actifs importants, si on ne veut pas tout &#233;tatiser. Et on l'a vu, on ne peut pas tout faire par des fondations. D'o&#249; le besoin de fortunes priv&#233;es. Mais sauf constitution rapide dans sa vie d'une fortune appr&#233;ciable, ce qui ne peut &#234;tre tr&#232;s fr&#233;quent, cela suppose parall&#232;lement l'existence de fortunes h&#233;rit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vouloir l&#233;guer &#224; ses enfants (ou d'autres) un patrimoine est donc en soi un objectif l&#233;gitime &#8211; mais &#224; une condition majeure : qu'on les ait &#233;duqu&#233;s pour pouvoir bien l'utiliser. Dit autrement, il y a priorit&#233; au bon usage de la richesse par rapport &#224; sa distribution, et doc &#224; ce que la soci&#233;t&#233; soit organis&#233;e pour canaliser la cuture des puissants. Or cet usage vertueux s'apprend notamment en famille. Mais, naturellement, si la solution familiale ou l'h&#233;ritage a des chances de ne pas donner un r&#233;sultat satisfaisant, il peut &#234;tre bon voire n&#233;cessaire de l&#233;guer &#224; quelqu'un d'autre, si la loi le permet : salari&#233;s, fondations ou autres. Encore faudrait-il que la loi ne l'emp&#234;che pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas plus g&#233;n&#233;ral de la transmission de la fortune&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les remarques ci-dessus valent aussi pour les fortunes de rang inf&#233;rieur : l&#233;gitimit&#233; de la transmission, injustice de la confiscation. L&#224; aussi la question de la formation &#224; un usage vertueux est majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons cependant que se pose ici de fa&#231;on particuli&#232;rement aigu&#235; la question du maintien de l'int&#233;grit&#233; du patrimoine, lorsque celui-ci comporte une entit&#233; &#233;conomique importante et formant un tout. La question n'est alors pas seulement celle des droits de mutations, mais aussi, dans un pays comme la France, de la r&#232;gle du partage presque &#233;gal (hors quotit&#233; disponible) entre les h&#233;ritiers. Si cela oblige &#224; c&#233;der le contr&#244;le de cet actif, ou &#224; le morceler (terres par exemple), cela rompt le lien entre cette famille et l'actif qu'elle a en g&#233;n&#233;ral constitu&#233; et dont elle se sent responsable. Il y aurait donc int&#233;r&#234;t &#224; constituer ce qu'on a appel&#233; un majorat : la possibilit&#233; pour un tel actif (s'il a une valeur &#233;conomique ou culturelle et que la division impliquerait une cession) &#224; &#234;tre transmis enti&#232;rement ou en large part &#224; un h&#233;ritier plut&#244;t qu'aux autres, voire &#224; une personne ext&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma communication au colloque de janvier 2026 de l'Association des &#233;conomistes catholiques, consacr&#233; &#224; la Transmission&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Taxer les riches ?</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Taxer-les-riches.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Taxer-les-riches.html</guid>
		<dc:date>2025-09-18T12:21:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Fortune</dc:subject>
		<dc:subject>Tr&#232;s riches</dc:subject>
		<dc:subject>Fiscalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Zucman</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La taxe Zucman fait beaucoup parler d'elle. Au motif que les tr&#232;s riches payeraient moins d'imp&#244;ts que les autres, il est propos&#233; de taxer 2 % de leurs actifs. Nous regarderons ici le fondement moral et politique de la question : est-il juste ou &#233;quitable de cr&#233;er un tel imp&#244;t ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Distinguons d'embl&#233;e deux motivations totalement diff&#233;rentes : d'un c&#244;t&#233; le rabotage &#233;galitariste des grandes fortunes, et de l'autre la juste contribution &#224; l'effort fiscal. Le premier fait changer de soci&#233;t&#233;. Le second seul m&#233;rite examen, mais un fiscalit&#233; &#233;quitable doit rentrer dans le principe g&#233;n&#233;ral : on ne taxe que le v&#233;ritable revenu. Si des dispositifs permettent &#224; certains d'y &#233;chapper, il faut les contrer. Mais sauf cas particuliers, on ne taxe pas quelqu'un pour le d&#233;poss&#233;der d'une propri&#233;t&#233; l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Fiscalite-41-.html" rel="directory"&gt;Fiscalit&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Fortune-+.html" rel="tag"&gt;Fortune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Tres-riches-+.html" rel="tag"&gt;Tr&#232;s riches&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Fiscalite-+.html" rel="tag"&gt;Fiscalit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Zucman-+.html" rel="tag"&gt;Zucman&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/shakedown-1340048_640.webp?1787417304' class='spip_logo spip_logo_right' width='138' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La taxe Zucman fait beaucoup parler d'elle. Au motif que les tr&#232;s riches (en l'esp&#232;ce plus de 100 millions d'euros d'actifs) payeraient moins d'imp&#244;ts que les autres et notamment sur le revenu, il est propos&#233; de taxer 2 % (annuels) de la totalit&#233; de leurs actifs, ou au minimum d'exiger un paiement minimal d'imp&#244;ts &#224; cette hauteur. Nous regarderons ici le fondement moral et politique de la question : est-il juste ou &#233;quitable de cr&#233;er un tel imp&#244;t ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Distinguons d'embl&#233;e deux motivations totalement diff&#233;rentes : d'un c&#244;t&#233; le rabotage &#233;galitariste des grandes fortunes, et de l'autre la juste contribution &#224; l'effort fiscal. Ce que Zucman met en avant est le second motif, mais le premier est &#233;videmment pr&#233;sent dans bien des partisans de la taxe. Commen&#231;ons par le second.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La juste contribution &#224; l'effort fiscal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e est que les tr&#232;s riches contribuent moins que les autres, alors qu'on s'attendrait en &#233;quit&#233; &#224; ce qu'ils contribuent plus, au moins en proportion (on n'&#233;voquera pas ici la question de la progressivit&#233; &#233;ventuelle de l'imp&#244;t).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyant d'abord ce qu'on peut appeler &#233;quit&#233;. Dans son principe, selon la d&#233;claration de droits de 1948 et selon d'ailleurs le bon sens, l'imp&#244;t doit se r&#233;f&#233;rer &#224; la capacit&#233; contributive des personnes concern&#233;es, leurs &#171; facult&#233;s &#187; selon le terme employ&#233;. Or cela peut concerner deux types de ressources au sens large : les revenus et le patrimoine d&#233;tenu. Les revenus sont &#233;videmment concern&#233;s : si une ann&#233;e donn&#233;e vous gagnez quelque chose, cette richesse n'avait pas &#233;t&#233; impos&#233;e auparavant ; elle est disponible pour vous et dans le principe il para&#238;t clair que cela entre dans vos &#171; facult&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est moins imm&#233;diate pour le patrimoine. D'embl&#233;e, qui dit patrimoine &#233;voque des biens qui ont normalement d&#233;j&#224; &#233;t&#233; fiscalis&#233;s, au moins &#224; leur origine. En effet, le patrimoine a trois sources possibles. Soit les biens ont &#233;t&#233; gagn&#233;s et &#233;pargn&#233;s, &#224; partir de revenus qui ont donc &#233;t&#233; impos&#233;s ; soit ils ont &#233;t&#233; h&#233;rit&#233;s, et alors ils ont &#233;t&#233; doublement fiscalis&#233;s : ant&#233;rieurement, et au moment de la succession. Soit encore ils ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s, et ce sont essentiellement des biens de production au sens large (plus des cas particuliers, comme des objets d'art par exemple). Mais alors ou ces biens sont la source de revenus, et alors l'imp&#244;t intervient en principe, ou ils ne produisent rien. Dans ce dernier cas peut-on consid&#233;rer qu'ils sont des ressources ou &#171; facult&#233;s &#187; et qu'on peut les ponctionner ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La doctrine fiscale, et notamment celle du Conseil constitutionnel, consid&#232;re de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale que l'imp&#244;t doit &#234;tre pay&#233; au moyen des revenus. En effet, si les revenus ne permettent pas de le payer, ou si le pr&#233;l&#232;vement porte sur un pourcentage excessif de ceux-ci, l'imp&#244;t aboutit &#224; la confiscation d'une partie de la propri&#233;t&#233;. Or si celle-ci est l&#233;gale, elle ne peut &#234;tre confisqu&#233;e, tout au plus saisie et indemnis&#233;e dans des cas bien pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, cela n'emp&#234;che pas dans son principe que la base d'imposition soit autre que le revenu. Autrefois on utilisait plus largement le patrimoine comme base, car il &#233;tait plus visible (immobilier, terres etc.), alors que les revenus &#233;taient mal connus ; la taxe fonci&#232;re est un r&#233;sidu de cette &#233;poque. Mais encore faut-il qu'il y ait un motif pour taxer ainsi un actif : ainsi, dans le cas de la taxe fonci&#232;re, le lien entre ce foncier et une collectivit&#233; locale. Surtout, pour &#233;viter l'effet confiscation, cela impose de mettre un plafond fonction des revenus. C'est ce qu'on avait avec l'ISF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux familles de questions ont &#233;t&#233; soulev&#233;es &#224; ce propos. La premi&#232;re est celle des plus-values latentes : un actif entr&#233; dans votre patrimoine &#224; un certain prix s'est entretemps appr&#233;ci&#233; et vaut plus. Donc, dira-t-on, vous avez d&#233;sormais plus de ressources qu'auparavant, et ce surplus n'a, lui, jamais &#233;t&#233; impos&#233;. Ce qui est vrai ; mais en m&#234;me temps le bien, lui, n'a pas chang&#233;. Il n'y a donc lieu de l'imposer que s'ils se transforme en ressource effective, c'est-&#224;-dire est vendu, d'o&#249; l'imposition des plus-values. Sinon, ma maison vaut peut-&#234;tre plus cher, mais c'est la m&#234;me. L'entreprise a peut-&#234;tre grossi, ou a un potentiel tel qu'elle s'est appr&#233;ci&#233;e, mais son r&#233;sultat, lui, a pu rester limit&#233;. En outre, si on veut imposer la plus-value latente, cela a le grave inconv&#233;nient de taxer quelque chose d'hypoth&#233;tique : l'estimation n'est pas toujours facile, et les m&#234;mes raisons qui ont conduit &#224; un valorisation estimative sup&#233;rieure peuvent dans l'avenir conduire &#224; l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan pratique le d&#233;bat en cours l'a montr&#233; : la taxe indiscrimin&#233;e du patrimoine est notamment une menace grave pour les entreprises &#224; fort potentiel mais sans r&#233;sultat ou sans versement de dividende. A nouveau, on ne taxe l&#233;gitimement que sur la base d'un revenu constat&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me question est celle de revenus qui ont &#233;t&#233; dissimul&#233;s, parqu&#233;s, ou requalifi&#233;s de fa&#231;on &#224; &#233;chapper &#224; l'imposition des revenus. Cela veut dire que ce sont bien des revenus, c'est-&#224;-dire de l'argent effectivement gagn&#233; par une entit&#233; qu'un individu d&#233;tient, directement ou non ; mais des revenus qu'il n'a pas per&#231;us lui-m&#234;me. Par exemple des dividendes vers&#233;s par une entreprise productive (et qui ont donc pay&#233; l'IS, par exemple &#224; 25%), mais per&#231;us par une holding qu'il contr&#244;le. S'ils avaient &#233;t&#233; vers&#233;s &#224; la personne, celle-ci aurait pay&#233; dessus ce qu'on appelle la flat tax de 30% (soit un imp&#244;t total de 47.5%). La question est complexe, notamment selon le r&#233;gime fiscal de la holding, mais m&#233;rite examen ; en soi, sans entrer dans la technique, s'il appara&#238;t que la holding sert &#224; cagnotter sans payer l'imp&#244;t (ou bien moins), il y a incontestablement rupture d'&#233;quit&#233; par rapport &#224; celui qui reconna&#238;t avoir per&#231;u un revenu. Un m&#233;canisme correctif est alors justifi&#233;. Mais ce n'est a priori pas par un imp&#244;t g&#233;n&#233;ral sur le patrimoine : d'une part, il faut qu'il y ait un vrai revenu au d&#233;part, donc un dividende vers&#233; par la soci&#233;t&#233; fille, et d'autre part, il faut mettre en &#233;vidence un m&#233;canisme d'&#233;vitement de l'imp&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons enfin qu'une taxe de type Zucman, en regard des graves inconv&#233;nients soulign&#233;s, est d'un rendement comparativement m&#233;diocre. Les 20 milliards d'euros annonc&#233;s, qui seraient sans doute bien inf&#233;rieurs dans la r&#233;alit&#233;, sont &#224; comparer &#224; environ 170 milliards de d&#233;ficit budg&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le rabotage &#233;galitariste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste donc la deuxi&#232;me motivation des partisans d'une telle taxe : le rabotage &#233;galitariste. De fait, un des motifs de ce type de taxe est qu'il y a des fortunes &#233;normes, et qu'elles ont massivement augment&#233; depuis 30 ans et notamment r&#233;cemment. J'ai &#233;voqu&#233; cette question dans un autre article &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-question-des-tres-riches.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-qu...&lt;/a&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rappelais d'abord &#224; ce sujet que ces nouveaux milliardaires n'avaient pas pris cet argent &#224; d'autres : ils avaient fond&#233; (ou h&#233;rit&#233; puis d&#233;velopp&#233;) des entreprises qui avaient pris une valeur &#233;norme, directement reflet de leur succ&#232;s ; sauf irr&#233;gularit&#233;, il n'est donc pas injuste de dire qu'ils l'ont gagn&#233; . Cela dit, le reste de la soci&#233;t&#233; n'est pas non plus pour rien dans ce succ&#232;s : apr&#232;s tout, l'Internet a &#233;t&#233; invent&#233; par l'arm&#233;e am&#233;ricaine&#8230;Il ont donc un devoir envers la collectivit&#233;. Par ailleurs, sauf &#224; &#233;tatiser enti&#232;rement la soci&#233;t&#233;, une partie pr&#233;pond&#233;rante des propri&#233;t&#233;s et notamment des entreprises est d&#233;tenue par des personnes, et in&#233;vitablement de fa&#231;on tr&#232;s in&#233;gale. Leur fortune peut donc &#234;tre consid&#233;r&#233;e potentiellement l&#233;gitime. Mais elle peut poser d'autres probl&#232;mes : d'une part, n'ont-ils pas trop de pouvoir ? D'autre part, quel usage en font-ils, et rendent-ils &#224; la soci&#233;t&#233; les services qu'ils doivent lui rendre ? En un mot, quelle est leur contribution au bien commun ? Selon la r&#233;ponse apport&#233;e, on peut envisager, dans des cas justifi&#233;s, une intervention publique. Mais ce sera pour un motif de cet ordre, pas par un a priori &#233;galitariste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand donc certains, dont Thomas Piketty , proposent de taxer ces fortunes &#224; 5% par an puis de taxer &#224; 90% les grosses successions, le motif est &#233;galitariste ; il vise en fait &#224; faire dispara&#238;tre ces fortunes ou &#224; les pr&#233;cariser. Ce qui veut dire qu'on change de soci&#233;t&#233; pour basculer dans une forme d'&#233;tatisme. Or ce qui est remarquable est que l'effet fiscal, pour les budgets publics et donc potentiellement pour la collectivit&#233;, en serait bien maigre, en regard de l'extr&#234;me brutalit&#233; du syst&#232;me. Cela rapporterait dit-on 5 % du revenu national. Mais le budget public est dix fois plus gros ; et les diff&#233;rences de pression fiscale entre les divers pays d&#233;velopp&#233;s sont bien sup&#233;rieures &#224; ce chiffre : entre 45.6% en France et 40 % en moyenne europ&#233;enne, ou 35% en Grande Bretagne. En supposant m&#234;me qu'on r&#233;cup&#232;re bien ces 5 % par cette r&#233;volution et cette &#233;tatisation massive, ce qui est fort douteux, ce qu'on gagne pourrait donc l'&#234;tre avec un autre syst&#232;me fiscal classique, et sans r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La motivation n'est donc pas fiscale, elle est politique, et d'une politique de type r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion la question pos&#233;e par la premi&#232;re approche m&#233;rite examen, mais un fiscalit&#233; &#233;quitable doit rentrer dans le principe g&#233;n&#233;ral : on ne taxe que le v&#233;ritable revenu. Si des dispositifs permettent &#224; certains d'y &#233;chapper, il faut les contrer. Mais sauf cas particuliers, on ne taxe pas quelqu'un pour le d&#233;poss&#233;der d'une propri&#233;t&#233; l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma tribune analogue sur Aleteia &lt;a href=&#034;https://fr.aleteia.org/2025/09/19/la-taxe-zucman-est-elle-fiscalement-juste/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.aleteia.org/2025/09/19/l...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passage sur RCF 23 septembre 2025&lt;br class='autobr' /&gt;
A la lumi&#232;re de l'Evangile, que penser de la taxe Zucman ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Invit&#233; de la Matinale 18 min&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.rcf.fr/articles/actualite/taxe-zucman-que-dit-levangile&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.rcf.fr/articles/actuali...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La question des tr&#232;s riches</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-question-des-tres-riches.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/La-question-des-tres-riches.html</guid>
		<dc:date>2023-08-11T09:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Fortune</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Tr&#232;s riches</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il y a des gens tr&#232;s riches, donc puissants, et au niveau mondial cela atteint des sommes consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela permet des effets de manche &#224; certaines ONG, et de lancer de grands projets d'imp&#244;t sur la fortune mondiale. La r&#233;alit&#233; est un peu plus complexe, les possibilit&#233;s d'action plus encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela n'enl&#232;ve rien au principe de responsabilit&#233; qui concerne les grandes fortunes plus que tout autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Fortune-et-inegalites-.html" rel="directory"&gt;In&#233;galit&#233;s, fortune&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Fortune-+.html" rel="tag"&gt;Fortune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Inegalites-+.html" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Tres-riches-+.html" rel="tag"&gt;Tr&#232;s riches&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Qu'est-ce qu'un riche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etre riche est d'abord une question de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en est pas de m&#234;me pour les autres patrimoines. Selon une d&#233;finition r&#233;cemment propos&#233;e, on dit que quelqu'un est &#8216;riche' &#224; partir de 500 000 &#8364; de patrimoine : moins de 3 fois le patrimoine m&#233;dian brut qui est de 177 200 &#8364; en France (2022). Mais c'est absurde au vu de la perception spontan&#233;e du mot : on dira plut&#244;t de cette personne qu'elle est ais&#233;e. Un Parisien qui a un bel appartement, un bon revenu, des actifs financiers et des r&#233;sidences secondaires m&#232;ne une vie a priori bien plus confortable que le Fran&#231;ais moyen, mais son r&#244;le socio&#233;conomique n'est pas structurellement diff&#233;rent. Plus pr&#233;cis&#233;ment, ce qui permet de vivre d'une certaine mani&#232;re est d'abord le revenu, et on peut vivre tr&#232;s bien sans patrimoine. Comparer les patrimoines comme s'il s'agissait de revenus peut donc &#234;tre trompeur. Comme on sait d'ailleurs, les in&#233;galit&#233;s de patrimoine sont bien plus fortes que celles de revenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le patrimoine est une autre question : en dehors de celui qui est directement utilis&#233;e par son d&#233;tenteur (maisons notamment), il peut &#234;tre source de s&#233;curit&#233;, mais cela reste limit&#233; et sans effet sur le reste de la soci&#233;t&#233;. Il ne commence &#224; peser que s'il produit un revenu cons&#233;quent, et surtout s'il est &#224; l'origine d'une forme de pouvoir. La diff&#233;rence commence donc avec la capacit&#233; &#224; vivre de ses rentes sans manger son capital (20 millions d'euros ?). Mais encore au-del&#224;, le vrai riche est celui dont le patrimoine est suffisant pour lui donner un vrai pouvoir, notamment par ses investissements ; c'est ce qu'on appellera alors une fortune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les tr&#232;s riches&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des gens tr&#232;s riches, donc puissants, et au niveau mondial cela atteint des sommes consid&#233;rables. Le montant &#233;lev&#233; des chiffres permet &#224; certaines ONG de beaux effets de manche. Selon Oxfam (2014) pr&#232;s de la moiti&#233; des richesses mondiales est d&#233;tenue par 1 % de la population. Ou encore, la moiti&#233; la moins riche de la population mondiale poss&#232;de la m&#234;me richesse que les 85 personnes les plus riches du monde. Depuis, Oxfam insiste surtout sur l'&#233;volution et explique que depuis 2020 ces 1 % les plus riches ont accapar&#233; 63 % des &#8216;richesses' nouvelles cr&#233;&#233;es (en fait de l'augmentation de valeur des patrimoines, essentiellement boursiers).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut discuter la m&#233;thodologie suivie sur des points importants, mais pour notre propos ici l'important est ailleurs. Il est &#233;vident que la fortune d&#233;tenue par les tr&#232;s riches est colossalement sup&#233;rieure au patrimoine d&#233;tenu par les plus pauvres sur la plan&#232;te ; et il est clair que dans la p&#233;riode r&#233;cente, la hausse substantielle des march&#233;s financier et immobilier a massivement profit&#233; &#224; ceux qui d&#233;tenaient de la fortune, et pas aux d&#233;munis d'Afrique ou d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, si on regarde les 10 premiers fortunes mondiales actuelles, on trouve des sommes d&#233;passant les 96 milliards de dollars ; ce sont tous des propri&#233;taires d'entreprises. Ils sont pour la plupart dans la tech, sauf Warren Buffett (finance), Bernard Arnault (luxe) et Gautam Adani (op&#233;rations portuaires). La situation est plus diversifi&#233;e si regarde en dessous, dans les 500 premiers mondiaux, quoique tous d&#233;passent les 5 milliards. Et ils sont loin d'&#234;tre principalement am&#233;ricains, ni m&#234;me occidentaux. L'h&#233;ritage y a jou&#233; son r&#244;le, mais de fa&#231;on plut&#244;t secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait objecter que ceci est d&#251; en partie &#224; une conjoncture boursi&#232;re fragile (un effet de bulle), et que l'&#233;volution en question peut &#234;tre remise en cause de fa&#231;on importante ; c'est vrai mais cela ne fait pas dispara&#238;tre la question. M&#234;me &#233;ventuellement corrig&#233;e, l'&#233;volution est incontestablement &#224; l'&#233;tablissement croissant de tr&#232;s grandes fortunes au niveau mondial. C'est entre autres un effet massif de la mondialisation, qui a permis et permet une croissance consid&#233;rable des entreprises multinationales, combin&#233;e avec les effets de la technologie qui a fait &#233;merger la majorit&#233; des nouveaux venus dans la liste des 10 plus riches. Selon une estimation de la CNUCED, 80 % du commerce mondial est le fait de compagnies transnationales et de leurs cha&#238;nes d'approvisionnement ; il en est probablement de m&#234;me pour au moins 80 % de l'investissement direct. On peut donc faire sur le r&#244;le de ces entreprises dans l'&#233;conomie mondiale des raisonnements tout &#224; fait analogues &#224; ceux qui viennent d'&#234;tre faits sur les grandes fortunes, m&#234;me si les unes et les autres ne co&#239;ncident que partiellement. Certaines estimations conduisent &#224; consid&#233;rer que leur valeur ajout&#233;e cumul&#233;e serait de 21 % &#224; 25 % du PIB mondial, et pas loin de la moiti&#233; si on tenait compte en outre de leurs cha&#238;nes d'approvisionnement et de distribution. En regard, pour arriver &#224; une valeur ajout&#233;e comparable, il faut mettre ensemble (en commen&#231;ant par les plus pauvres en termes de revenu par t&#234;te) la grande majorit&#233; des pays. De m&#234;me, ces grandes entreprises cumulent une proportion majoritaire de la capitalisation boursi&#232;re mondiale ; alors que celles de la tr&#232;s grande majorit&#233; de ceux des pays les moins dot&#233;s, cumul&#233;es, sont en comparaison n&#233;gligeables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;voquerai ici la question de l'existence m&#234;me de ces tr&#232;s grandes fortunes, pas celle souvent &#233;voqu&#233;e de leur capacit&#233;, r&#233;elle mais choquante, &#224; &#233;chapper &#224; l'imp&#244;t normalement d&#251; par tous. Cette derni&#232;re est une question tr&#232;s importante, mais d'un autre ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Richesse et pauvret&#233; au niveau mondial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re question &#224; &#233;voquer &#224; propose de tels patrimoines est celle de la propri&#233;t&#233; des actifs &#233;conomiques. Sauf &#224; les donner pour l'essentiel &#224; l'Etat, ils sont propri&#233;t&#233; de quelqu'un. Dans cette situation, la tendance &#224; une forte in&#233;galit&#233; est in&#233;vitable, m&#234;me si on peut tenter de la corriger. Et si, sur la longue dur&#233;e, on peut rappeler que le pouvoir d'accumulation est plafonn&#233; par la croissance de l'&#233;conomie, d'une part l'&#233;conomie mondiale est justement en croissance, et d'autre part, les effets d'accumulation peuvent &#234;tre &#233;normes et cela peut d&#233;boucher sur une concentration qu'on peut juger excessive en termes de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, les fondateurs des GAFAM ou de leurs &#233;quivalents n'ont rien vol&#233; directement &#224; qui que ce soit (hors comportements non-concurrentiels). Quand on vous explique que 65 milliardaires poss&#232;dent autant qu'un milliard de personnes, cela n'a donc pas de sens direct : certes, ce milliard de personnes, en grande partie africain ou indien, ne poss&#232;de rien, ou des terrains et objets sans valeur marchande appr&#233;ciable ; mais d'un autre c&#244;t&#233; les Gates, Bezos ou autres ne leur ont rien pris ; ils ont cr&#233;&#233; des entreprises qui se sont appr&#233;ci&#233;es en Bourse parce que leur potentiel de gain s'est av&#233;r&#233; &#233;norme &#8211; et aussi parce que ce sont des monopoles naturels. Cette situation pose un gros probl&#232;me en termes de pouvoir, comme on le reverra, et par ailleurs les d&#233;tenteurs de ces fortunes ont une responsabilit&#233; majeure envers la soci&#233;t&#233;. Mais dans ces cas il n'y a pas de lien direct et g&#233;n&#233;ral entre leur richesse et la pauvret&#233; des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous un autre angle et de fa&#231;on analogue on peut faire observer que le patrimoine m&#233;dian en France est de 177 200 &#8364; (2022). Ridicule par rapport aux chiffres &#233;voqu&#233;s, il est &#233;norme par rapport &#224; celui de la moiti&#233; la plus pauvre de la plan&#232;te. Et malgr&#233; le sentiment qu'ont beaucoup de Fran&#231;ais de s'appauvrir, la grande majorit&#233; fait partie des 10% les plus riches du monde. Mais cet argent est pour l'essentiel l'effet d'une richesse accumul&#233;e, et donc d'une forme de travail. Il n'a pas &#233;t&#233; vol&#233; aux masses africaines ou autres, contrairement &#224; ce que certains racontent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire ? Perspective longue.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on faire disparaitre cette in&#233;galit&#233; ? Si on regarde les faits en perspective historique, la question appara&#238;t difficile. Un panorama historique a &#233;t&#233; dress&#233; par Walter Scheidel en 2017 : &lt;i&gt;The Great Leveler ; Violence and the history of inequality from the stone age to the twenty-first century&lt;/i&gt;. Il montre qu'au cours de l'histoire les in&#233;galit&#233;s n'ont &#233;t&#233; vraiment r&#233;duites qu'au prix de violences consid&#233;rables et exceptionnelles (grandes guerres, r&#233;volutions radicales etc.) Et encore dans tous les cas leurs effets ont toujours fini par s'&#233;roder. En revanche Scheidel montre que les autres voies pour &#233;galiser sont d'effet limit&#233; - qu'il s'agisse du d&#233;veloppement &#233;conomique, de la d&#233;mocratisation, ou encore d'une action politique volontariste. L'in&#233;galit&#233; para&#238;t donc &#234;tre un fait quasi permanent, que seule une violence radicale peut r&#233;duire, et pour peu de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus exactement, cela a pu am&#233;liorer le sort de la majorit&#233;, parfois consid&#233;rablement, mais une forte in&#233;galit&#233; subsiste. Le fait est que les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes connaissent aujourd'hui encore un niveau d'in&#233;galit&#233; plut&#244;t mod&#233;r&#233; selon les crit&#232;res historiques. Mais outre le fait qu'une in&#233;galit&#233; appr&#233;ciable subsiste, cette situation remonte aux deux guerres mondiales et aux crises de l'&#233;poque, qui ont provoqu&#233; une r&#233;duction, voire une liquidation sans pr&#233;c&#233;dent des avantages de revenus et de fortunes consid&#233;rables qui pr&#233;valaient avant 1914 (par la fiscalit&#233;, et par la ruine directe, due &#224; l'effondrement de la valeur de plusieurs classes d'actifs). Il en est r&#233;sult&#233; une fiscalit&#233; tr&#232;s &#233;lev&#233;e, justifi&#233;e au d&#233;part par l'effort de guerre ou ses s&#233;quelles, puis r&#233;utilis&#233;e apr&#232;s la guerre pour la redistribution. Mais c'&#233;tait dans le cadre d'&#233;conomies relativement ferm&#233;es. Or comme on sait cette situation particuli&#232;re n'a pas dur&#233;, du fait de l'ouverture des fronti&#232;res et de la mise en concurrence des capitalismes, m&#234;me si la redistribution a en partie appr&#233;ciable subsist&#233;, et la fiscalit&#233; correspondante. Depuis lors, le sch&#233;ma est soumis &#224; de fortes pressions du fait de la mondialisation, et tend &#224; s'&#233;roder ; parall&#232;lement les in&#233;galit&#233;s remontent. Notons en outre que pour la partie la plus pauvre de la population, m&#234;me alors il y a eu am&#233;lioration en termes de revenus et de droits sociaux, mais pas de patrimoine (contrairement aux classes moyennes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela montre les limites d'une r&#233;duction frontale et radicale des in&#233;galit&#233;s. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a rien &#224; faire, mais cela pousse &#224; ne pas s'illusionner sur l'utopie d'une &#233;galit&#233; g&#233;n&#233;rale ou m&#234;me relative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pouvoir &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant la question subsiste, et a plusieurs dimensions. Elle l'est d'autant plus que l'&#233;mergence actuellement constat&#233;e de tr&#232;s grandes fortunes n'est historiquement pas si fr&#233;quente &#224; un tel niveau, m&#234;me dans les p&#233;riodes tr&#232;s capitalistes comme le XIXe si&#232;cle. Elle est porteuse d'effets consid&#233;rables, bien au-del&#224; du pur effet d'in&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'embl&#233;e &#233;vident d&#233;j&#224; que cette concentration de moyens donne un pouvoir &#233;conomique consid&#233;rable aux int&#233;ress&#233;s, comme d'ailleurs elle le donne aux dirigeants de grandes entreprises m&#234;me lorsque la d&#233;tention en est diffuse (actionnariat dispers&#233;). En soi, ce pouvoir ne diff&#232;re pas de tout pouvoir exerc&#233; par un d&#233;tenteur quelconque de moyens financiers en &#233;conomie capitaliste ou de march&#233;. Mais cette observation ne dispense pas d'examiner si dans leur cas ce pouvoir est excessif. Au minimum, par examen des conditions de leur prosp&#233;rit&#233;, par exemple en termes de concurrence : c'est la question que posent notamment les monopoles de fait des GAFAM. Ou en analysant leur contribution fiscale aux pays o&#249; les entreprises correspondantes sont actives. Ou m&#234;me en mesurant l'impact de leurs d&#233;cisions sur la vie &#233;conomique et sociale des pays d'implantation. En d'autres termes se pose une question de responsabilit&#233; sociale plus que d'in&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus particuli&#232;rement, le risque naissant de ces fortunes consid&#233;rables (ou de ces tr&#232;s grandes entreprises) peut appara&#238;tre aussi sur le terrain politique, soit par pression directe, soit par financement de la vie politique : c'est ce qu'on observe aux Etats-Unis , o&#249; ce financement n'est pas plafonn&#233;. Notons cependant qu'il s'y exerce plut&#244;t au profit des d&#233;mocrates, suppos&#233;s &#234;tre de gauche&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous ces cas, si on consid&#232;re qu'il faut agir, une intervention publique est le seul moyen d'action, avec ses limites et d&#233;fauts ; on &#233;voquera ci-apr&#232;s ce qu'on peut en attendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Influence sur la soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre probl&#233;matique li&#233;e aux grandes fortunes et &#224; leur responsabilit&#233; envers la soci&#233;t&#233;, moins soulign&#233;e, est celle du pouvoir social et culturel que donne potentiellement le fait d'&#234;tre pourvu d'une vraie fortune. C'est en un sens la question des &#233;lites, dans sa dimension &#233;conomique. Ce qui sera alors important est la culture de ces &#233;lites : leur syst&#232;me de valeurs et leur action effective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une approche &#233;thique conduit naturellement &#224; souligner leurs devoirs correspondants, &#224; l'&#233;vidence consid&#233;rables. Historiquement, &#224; c&#244;t&#233; des pouvoirs publics et de l'Eglise, les d&#233;tenteurs de moyens importants ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans le d&#233;veloppement de la civilisation, notamment des arts et lettres, mais aussi de l'&#233;conomie et d'autres causes. Mais ils avaient &#224; l'&#233;poque une forme d'exigence sociale, d'&#233;thique personnelle, sinon de vanit&#233; bien orient&#233;e, qui leur imposait un devoir qualitatif, dont les effets ont &#233;t&#233; historiquement immenses, et plut&#244;t positifs sur ce plan. Il n'en est plus de m&#234;me maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de ces nouveaux riches aspirent &#224; ne plus &#234;tre visibles, ou consid&#232;rent que le niveau de leurs imp&#244;ts les dispense de tout effort au service de la communaut&#233; - ce qui est une aberration profonde. D'autres en revanche utilisent leur argent pour des fondations, parfois de grandes envergure, mais la question se pose alors des objectifs poursuivis par ces fondations. L'enjeu est &#233;norme. D'un c&#244;t&#233;, on ne peut pas dire que la &#171; culture &#187; de ces &#171; &#233;lites &#187; soit particuli&#232;rement impressionnante, pour parler aimablement. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, ils n'ont jamais eu autant de moyens, disposant de sommes immenses leur permettant d'orienter la soci&#233;t&#233; dans un sens ou un autre, soit par leurs investissements, soit par leurs dons, soit par leur activit&#233; (Facebook, Twitter etc.). Certes, il est en soi bon que des riches investissent et donnent. Mais ici les sommes sont exceptionnelles. Or les orientations de leurs d&#233;tenteurs, quand ils en ont, sont principalement domin&#233;es par l'id&#233;ologie de l'&#233;poque, par le politiquement correct, plus que par la recherche du beau et du bien. Pour d'autres (rentiers du p&#233;trole) ce sera en faveur d'une propagande islamiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps, ce n'est a priori pas une autorit&#233; mondiale qui y mettra bon ordre quand le besoin appara&#238;t. Ici encore, s'il y a un niveau de moralit&#233; possible (toute relative, et variable selon les r&#233;alit&#233;s locales), c'est &#224; ce jour encore au niveau national, &#233;ventuellement dans la coop&#233;ration entre nations. Mais encore faut-il en &#234;tre conscient, et agir comme il le faut, car &#224; nouveau les enjeux sont consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; &#233;voquer un point sp&#233;cifique mais tr&#232;s important : le r&#244;le des fondations. Ce peut &#234;tre la meilleure des choses, mais ce peut &#234;tre aussi tr&#232;s contestable. Comme on sait, une fondation re&#231;oit une donation d'une personne fortun&#233;e, et la g&#232;re ensuite en fonction de r&#232;gles &#233;tables &#224; l'avance, sous le contr&#244;le de personnes li&#233;es par ces r&#232;gles. L'usage de l'argent est pr&#233;&#233;tabli, et non arbitraire. Mais cela peut rester un pouvoir consid&#233;rable, m&#234;me si le jugement &#224; porter sur l'action men&#233;e se r&#233;f&#232;rera d&#233;sormais &#224; ces r&#232;gles et non plus au propri&#233;taire initial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les propositions des radicaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses propositions sont r&#233;guli&#232;rement faites pour r&#233;pondre &#224; cette &#233;volution, notamment de la part d'ONG ou d'&#233;conomistes de gauche. Elles tournent presque toutes autour de l'id&#233;e d'un imp&#244;t mondial sur la fortune. On parle ici d'imp&#244;ts nouveaux sp&#233;cifiques ; &#224; nouveau, cette question doit &#234;tre distingu&#233;e de la question de l'&#233;vasion fiscale des tr&#232;s riches, question importante mais d'un autre ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Oxfam par exemple, un imp&#244;t sur la fortune de 5 % (rapportant selon eux 1700 MM$ par an) ferait sortir de la pauvret&#233; les 2 milliards les plus pauvres. Les partisans de la &#8216;d&#233;mocratie de propri&#233;taires' (Meade et Rawls), souhaitant g&#233;n&#233;raliser la propri&#233;t&#233;, proposent eux aussi une taxation de la fortune syst&#233;matique, tant annuelle qu'au moment des successions, afin de plafonner le montant accumulable, tout en assurant &#224; chacun une dotation de d&#233;part en actions. De fa&#231;on analogue, Thomas Piketty, dans &lt;i&gt;Capital et id&#233;ologie&lt;/i&gt; (2019), proposait un imp&#244;t sur la propri&#233;t&#233; annuel et sur les successions rapportant 5% du revenu national. Il porterait sur des patrimoines pesant plus de 10 fois le patrimoine moyen (environ 0.2 M&#8364;), au taux de 5% annuel plus 60% en cas de succession, port&#233;s &#224; 90% pour les tr&#232;s gros patrimoines (10000 fois la moyenne). Il estime que cela permettrait une dotation en capital pour tous de 120 000 &#8364; ; de ce fait, chacun commencerait sa vie professionnelle avec 60% du patrimoine moyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux chiffres de 5 % (en base de taxation, et en produit fiscal annuel rapport&#233; au PNB) peuvent para&#238;tre bas, mais ces propositions sont en r&#233;alit&#233; radicales, conformes &#224; une analyse qui insiste sur l'&#233;galit&#233;, prise comme crit&#232;re ultime absolu. Cela repr&#233;senterait en effet une vraie r&#233;volution, aboutissant &#224; la disparition &#224; terme de tous les patrimoines un tant soit peu significatifs. Or faire une r&#233;volution pour rapporter 5 % du revenu national n'a pas de sens sur le plan fiscal. Dit autrement, on confisque pour assurer une &#233;galit&#233; absolue et non pas parce qu'on a besoin de l'argent. Dans ces conditions, il ne s'agirait plus que d'une propri&#233;t&#233; temporaire, d'autant que les &#8216;outils de travail' seraient pleinement inclus. Toute accumulation de patrimoine un tant soit peu significative serait de fait impossible. D&#233;j&#224;, 5 % est sensiblement plus &#233;lev&#233; que le rendement r&#233;el du capital, sauf exception ; cela exclut donc qu'un patron d'entreprise en soit propri&#233;taire, et cela d&#232;s le niveau PME - hors toutes petites. Tr&#232;s logiquement, une telle machinerie de r&#233;duction syst&#233;matique des in&#233;galit&#233;s d&#233;boucherait donc sur une &#233;conomie totalement &#233;tatis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus mod&#233;r&#233;s, Abhijit V. Banerjee et Esther Duflo (Economie utile pour des temps difficiles, 2020) &#233;voquent un imp&#244;t sur la fortune qui se situerait &#224; 2% au-dessus de 50 M$ et &#224; 3 % au-dessus du milliard. Mais il ne rapporterait selon leur analyse que 1% du PIB. Cela aurait donc un effet appr&#233;ciable sur les int&#233;ress&#233;s, mais peu d'int&#233;r&#234;t pour les finances publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut faire une remarque analogue pour la proposition d'Oxfam, qui voudrait redistribuer la fortune des milliardaires aux pauvres de la plan&#232;te. En reprenant tels quels leurs chiffres, on les comparera &#224; l'aide publique au d&#233;veloppement soit 204 MM en 2022, 0.36% du RNB. Donc le chiffre Oxfam repr&#233;sente 3 % environ du PNB. Mais autant une taxation g&#233;n&#233;rale des fortunes &#224; 5 % serait une v&#233;ritable r&#233;volution au sens plein du terme, autant une augmentation de l'aide publique au d&#233;veloppement passant &#224; 3 % serait en soi faisable techniquement, les ponctions fiscales publiques sur les &#233;conomies &#233;tant d&#233;j&#224; de l'ordre de 30 &#224; 50 % selon les pays. M&#234;me si &#233;videmment c'est parfaitement utopique politiquement, ce calcul montre que la cr&#233;ation d'un imp&#244;t sur la fortune mondial et massif, et celle d'une r&#233;duction de l'in&#233;galit&#233; en faveur des plus pauvres sont deux questions distinctes. Un tel transfert serait en fait une ponction sur les pays riches, financ&#233; par un imp&#244;t particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; donc, toutes les propositions ci-dessus &#233;voqu&#233;es visent essentiellement &#224; remettre en question le principe des grandes fortunes plut&#244;t qu'&#224; proposer une solution &#224; la pauvret&#233;. On ne peut pas mettre en face un patrimoine et une d&#233;pense. Et comme chacun sait, ce sont encore moins des mesures r&#233;alistes dans le contexte mondial existant. Par ailleurs, cela ne r&#233;pond pas &#224; des questions centrales pour l'organisation de la soci&#233;t&#233;. Qui en effet d&#233;tiendrait les entreprises ? M&#234;me si on distribuait les titres dans la population, soit chacun voudrait vendre d&#232;s que possible ses titres, mais qui ach&#232;terait ? Soit cette d&#233;tention serait bloqu&#233;e, la propri&#233;t&#233; restant divis&#233;e et de ce fait aux mains des gestionnaires de fond, &#233;tant entendu que le seul actionnaire important en serait l'Etat. Outre que cela retirerait &#224; l'effort de chacun une de ses motivations majeures, cela donnerait dans les faits &#224; l'Etat un pouvoir quasi absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alternatives possibles au niveau politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste cependant la question de la surpuissance des tr&#232;s grandes fortunes. Que peut-on faire, sans aller jusqu'aux mesures &#233;voqu&#233;es &#224; l'instant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait d&#233;j&#224; imaginer des solutions plus mod&#233;r&#233;es, par exemple si on interdisait les fortunes au-del&#224; d'un certain niveau tr&#232;s &#233;lev&#233;, sous peine d'imp&#244;t. Le surplus serait alors donn&#233; ou confisqu&#233;. Logiquement cela d&#233;boucherait sur une expansion massive des fondations. Le jugement port&#233; sur la mesure d&#233;pendrait alors du statut de ces fondations. L'avantage serait d'avoir des sommes &#233;normes mises au services d'objectifs cens&#233;s &#234;tre orient&#233;s vers une forme de bien commun. L'inconv&#233;nient serait le gel croissant d'une partie appr&#233;ciable du capital dans des strat&#233;gies rigides. Si cette voie n'&#233;tait pas praticable, resterait la possibilit&#233; d'un diffusion dans le public. Mais l&#224; aussi la majorit&#233; des gens vendrait assez vite leurs titres. Et &#224; d&#233;faut, resterait &#224; nouveau l'hypoth&#232;se d'une large &#233;tatisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement, tout cela pose la question du contr&#244;le des grandes entreprises. S'il n'y a pas de grande fortune, ni de fondation, c'est soit un capital dispers&#233;, soit l'Etat. Mais il n'est pas d&#233;montr&#233; que la dispersion du capital soit un net progr&#232;s, tant s'en faut. Remettant le pouvoir soit aux dirigeants d'entreprise, soit plus encore aux soci&#233;t&#233;s de gestion, cela ne garantit en rien un progr&#232;s dans l'utilisation des moyens &#233;conomiques. L'exp&#233;rience r&#233;cente montre m&#234;me qu'il y a un risque &#233;lev&#233; d'une gestion &#224; beaucoup plus court terme. Y a-t-il un vrai int&#233;r&#234;t &#224; ce que LVMH (d&#233;tenu actuellement par Bernard Arnault et sa famille) ait un capital dispers&#233; ? Y a-t-il un sens &#224; ce que cela soit propri&#233;t&#233; de l'Etat (sauf &#224; jouer le basculement en &#233;conomie socialiste) ? Quel est le progr&#232;s en termes de pouvoir ? Implicitement est ainsi pos&#233;e la question de la diff&#233;rence entre un pouvoir dont dispose un particulier et un pouvoir r&#233;sultant d'un processus politique. Qu'est-ce qui garantit que le second est meilleur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A une diff&#233;rence pr&#232;s : si le pouvoir priv&#233; est trop grand, et/ou exerc&#233; de fa&#231;on r&#233;ellement nocive, on peut le fractionner sans pour autant tout remettre &#224; l'Etat. A un niveau plus mod&#233;r&#233;, et anormalement n&#233;glig&#233;, reste en effet la m&#233;thode de l'antitrust : le fait d'obliger au morcellement d'entit&#233;s soit monopolistes, soit trop puissantes. On n'y recourt plus comme on le devrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble en conclusion qu'au niveau politique la question doive faire l'objet d'un jugement cas par cas. Tout d&#233;pend finalement de la mani&#232;re dont le pouvoir qu'on a &#233;voqu&#233; est utilis&#233; par ses d&#233;tenteurs. S'il y a exc&#232;s de pouvoir, ou utilisation vraiment contestable de l'argent, une intervention peut se justifier, et sans h&#233;siter. Sinon, ses avantages ne sont pas &#233;vidents, malgr&#233; les apparences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perspective chr&#233;tienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En perspective chr&#233;tienne, notamment catholique, la question s'&#233;claire d'une notion essentielle, ce qu'on appelle la destination universelle des biens, le fait que toute propri&#233;t&#233; nous est confi&#233;e pour &#234;tre utilis&#233;e au service du bien commun. Et naturellement, cette responsabilit&#233; est d'autant plus grande que la fortune est plus vaste. Autant le pape Pie XI a pu montrer les effets b&#233;n&#233;fiques possibles de la vertu de magnificence, c'est-&#224;-dire l'utilisation g&#233;n&#233;reuse de moyens importants au service du bien commun, autant le riche qui utilise mal les moyens dont il dispose d&#233;tourne-t-il ce pour quoi sa richesse est faite. Qu'il ne s'&#233;tonne pas alors si elle est remise en cause&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ecouter sur ce sujet mon intervention radio du 24 janvier 2024 sur RCF Belgique&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.rcf.fr/culture/1617?episode=445487&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.rcf.fr/culture/1617?epi...&lt;/a&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Compl&#233;ment juillet 2025&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La taxe dite Zucman actuellement d&#233;battue ici ou l&#224; en France a un objectif diff&#233;rent de ce qui est d&#233;battu dans cet article, qui vise l'existence m&#234;me des tr&#232;s riches et l'appr&#233;ciation de leur contribution &#224; la soci&#233;t&#233;. Ce projet de taxe, lui, se pr&#233;sente comme une mesure purement fiscale visant &#224; s'assurer que les tr&#232;s riches contribuent de fa&#231;on &#233;quitable &#224; l'effort fiscal. Le taux de 2% est d&#233;j&#224; appr&#233;ciable pour les int&#233;ress&#233;s ; mais comme on l'a not&#233; ci-dessus cela ne bouleverserait pas les finances publiques : les auteurs attendent 20 milliards, ce qui est beaucoup en soi, mais les d&#233;penses publiques sont de 1670 milliards dont 670 pour l'Etat seul, le d&#233;ficit de ce dernier &#233;tant de 157 milliards. Et bien entendu, ces 20 milliards sont probablement optimistes et supposent peu de fuites de capitaux. Un tel imp&#244;t n'est pas en soi &#224; exclure, mais il faut mesurer avec pr&#233;cision les donn&#233;es fiscales du d&#233;bat (comment mesurer l'assiette ? comment tenir compte de l'imp&#244;t sur les soci&#233;t&#233;s ? que faire lorsque l'entreprise ne d&#233;gage pas de liquidit&#233;s ? comment limiter les fuites et d&#233;localisations ? comment comparer avec l'imp&#244;t du citoyen moyen ? etc.).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les in&#233;galit&#233;s et la justice sociale (deuxi&#232;me article) : les in&#233;galit&#233;s de patrimoine </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Les-inegalites-et-la-justice-sociale-deuxieme-article-les-inegalites-de.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Les-inegalites-et-la-justice-sociale-deuxieme-article-les-inegalites-de.html</guid>
		<dc:date>2020-12-16T10:17:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Fortune</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Patrimoine</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s sociales, la question obsessionnelle dans nos soci&#233;t&#233;s. Que devons-nous faire ? Qu'est-ce qui est un devoir moral, qu'est-ce qui est utopique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose ici trois articles : un sur les in&#233;galit&#233;s de revenus, un sur les patrimoines, et un troisi&#232;me sur ce qui est sans doute la vraie question : quelle est la participation de chacun &#224; la soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce deuxi&#232;me article porte sur les in&#233;galit&#233;s de patrimoine, ou de fortune. Deux id&#233;es de base : une &#233;conomie non totalement &#233;tatis&#233;e implique une propri&#233;t&#233; priv&#233;e, laquelle ne peut &#234;tre &#233;galitaire. On peut certes avoir &#224; r&#233;guler ces in&#233;galit&#233;s, mais vouloir les faire disparaitre est une utopie d&#233;vastatrice. Deuxi&#232;me id&#233;e : il est essentiel de regarder les motivations et priorit&#233;s des d&#233;tenteurs de fortune ou de patrimoine, grands ou petits. On agira donc envers eux en tenant compte de ces motivations. Surtout &#224; notre &#233;poque o&#249; leur culture esth&#233;tique et morale est pour dire le moins assez peu d&#233;velopp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que la seule in&#233;galit&#233;, ce qui compte est donc la question de la participation des personnes &#224; la soci&#233;t&#233; qu'un troisi&#232;me article examinera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Fortune-et-inegalites-.html" rel="directory"&gt;In&#233;galit&#233;s, fortune&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Fortune-+.html" rel="tag"&gt;Fortune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Inegalites-+.html" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Patrimoine-+.html" rel="tag"&gt;Patrimoine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;In&#233;galit&#233;s et patrimoine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cas des patrimoines&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes concentr&#233;s dans un article pr&#233;c&#233;dent sur les revenus. des une deuxi&#232;me question, assez diff&#233;rente, est celle des in&#233;galit&#233;s de patrimoine. Mais on pourrait objecter que dans ce cas, les raisonnements propos&#233;s pour les revenus, notamment en termes de r&#233;mun&#233;ration d'un service r&#233;el, sont relativement en d&#233;faut. D'un c&#244;t&#233; en effet, certains peuvent accumuler des fortunes r&#233;ellement &#233;normes qu'on peut juger disproportionn&#233;es - le cas extr&#234;me de nos jours &#233;tant celui des (jeunes) propri&#233;taires des GAFAM (Google Amazon Facebook Apple Microsoft). D'un autre c&#244;t&#233;, les in&#233;galit&#233;s de patrimoine sont en partie appr&#233;ciable h&#233;rit&#233;es : ce n'est alors pas le d&#233;tenteur qui a fourni le service, qui une fois r&#233;mun&#233;r&#233; puis &#233;pargn&#233;, s'est accumul&#233; en patrimoine transmis ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re question &#224; &#233;voquer &#224; propose des patrimoines est d'abord celle de la propri&#233;t&#233; des biens et notamment des actifs &#233;conomiques. Sauf &#224; les donner pour l'essentiel &#224; l'Etat, ils sont propri&#233;t&#233; de quelqu'un. Dans ce cas la tendance &#224; une forte in&#233;galit&#233; est in&#233;vitable, m&#234;me si on peut tenter de la corriger. Les fondateurs des GAFAM n'ont d'ailleurs rien vol&#233; &#224; qui que ce soit (hors cas de comportements non-concurrentiels). Quand Oxfam vous explique que 65 milliardaires poss&#232;dent autant qu'un milliard de personnes, cela n'a pas de sens direct : certes, ce milliard de personnes, en grande partie africain ou indien, ne poss&#232;de rien, ou des terrains et objets sans valeur marchande appr&#233;ciable ; mais d'un autre c&#244;t&#233; les Gates, Bezos ou autres ne leur ont rien pris ; ils ont imagin&#233; des formules et par l&#224; des entreprises, qui se sont appr&#233;ci&#233;es en Bourse parce que leur potentiel de gain s'est av&#233;r&#233; &#233;norme. Cette situation pose un gros probl&#232;me en termes de pouvoir, comme on le reverra, et ils ont du fait de leur fortune des devoirs immenses. Mais ce n'est pas &#224; proprement parler injuste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on plus fondamentale, une soci&#233;t&#233; d&#233;centralis&#233;e est une soci&#233;t&#233; o&#249; la propri&#233;t&#233; n'est pour l'essentiel pas entre des mains uniques, y compris celles de l'Etat ; car la soci&#233;t&#233; existe en dehors de l'Etat et avant lui. J'ai &#233;voqu&#233; cette question dans L&lt;i&gt;'Argent Ma&#238;tre ou serviteur&lt;/i&gt; (les citations ci-apr&#232;s sont de ce livre). Comme je le relevais, &#224; nouveau, si de l'argent est investi dans des actifs, il est d&#233;tenu par quelqu'un, et normalement ce n'est pas que par des institutions publiques (Etat et autres), et donc il est l'est par des personnes, directement ou non. Il y a donc naturellement et l&#233;gitimement une fonction de d&#233;tention priv&#233;e d'actifs importants, de ce qu'on appelle des fortunes, investies dans des biens de production, et si possible activement g&#233;r&#233;es dans le sens du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de l'h&#233;ritage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, un propri&#233;taire transmet normalement ses biens librement. Ce faisant, il ne contrevient en soi ni &#224; la justice commutative, ni &#224; la distributive. Il est l&#233;gitime que quelqu'un veuille l&#233;guer sa propri&#233;t&#233;, sinon le terme de propri&#233;t&#233; a peu de sens : avoir un bien veut dire pouvoir en disposer. En outre ces fortunes ont en partie importante une dimension familiale. D'abord une des raisons de leur constitution est de permettre aux g&#233;n&#233;rations futures de disposer de moyens qui leur permette d'agir et &#224; leur tour de faire du bien, l&#224; aussi dans le sens du bien commun. Certains estiment cependant qu'il n'est pas juste de faire h&#233;riter ses enfants. Mais on ne voit pas le progr&#232;s collectif qui r&#233;sulterait de la disparition de fortunes priv&#233;es au profit du seul Etat, donc on constate chaque jour les limites en mati&#232;re tant de cr&#233;ation &#233;conomique que d'inclusion sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte am&#233;ricain, certains contestent l'h&#233;ritage, mais ne remettent pas en question la libre disposition de ses biens ; mais ce n'est pas pour les donner &#224; l'Etat. Ce peut &#234;tre pour en doter des fondations, qui sont en soi de bonnes institutions pour affecter une certaine fortune &#224; un objectif de bien commun (m&#234;me si le dispositif est parfois d&#233;tourn&#233;). Pour d'autres, l&#233;guer &#224; ses enfants n'est pas le bon moyen pour contribuer au bien commun. Ils pr&#233;f&#232;rent que chacun prenne la responsabilit&#233; de l'argent qu'il a gagn&#233;, et donne d'autres la totalit&#233; de leur richesse. Cette conception a l'avantage de laisser l'initiative aux personnes, et de garder la possibilit&#233; de fortunes priv&#233;es, tourn&#233;es vers le bien commun, notamment par le biais de cet excellent outil que sont les fondations. Mais elle m&#233;conna&#238;t la l&#233;gitimit&#233; de la communaut&#233; familiale. En outre, on l'a dit, il faut dans une &#233;conomie d&#233;centralis&#233;e que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e assume la gestion d'actifs importants, si on ne veut pas tout &#233;tatiser. On ne peut pas tout faire par des fondations, car la logique d'une fondation implique que des instructions pr&#233;cises leur soient donn&#233;es au moment de leur constitution, dont un conseil compos&#233; de fiduciaires ou &#8216;trustees' v&#233;rifie la mise en &#339;uvre. C'est tr&#232;s bien en soi (si ces instructions sont bien orient&#233;es) mais ce peut &#234;tre un facteur important de blocage de l'&#233;conomie s'il y en a trop, de rigidit&#233;. D'o&#249; le besoin de fortunes priv&#233;es. Et sans h&#233;ritage, celles-ci resteront limit&#233;es : l'Etat raflera l'essentiel &#224; chaque g&#233;n&#233;ration. Vouloir l&#233;guer &#224; ses enfants un patrimoine est donc en soi un objectif l&#233;gitime &#8211; sachant &#233;videment que cela suppose qu'on les ait &#233;duqu&#233;s pour pouvoir bien l'utiliser. Dit autrement, il y a priorit&#233; au bon usage de la richesse par rapport &#224; sa distribution. Et cet usage vertueux qui s'apprend notamment en famille. Si on comprend bien ce que veut dire la d&#233;tention d'une telle fortune sur le plan moral, si on la prend comme une responsabilit&#233; qui vous est confi&#233;e personnellement, lourde mais passionnante, ce peut &#234;tre tr&#232;s positif pour la soci&#233;t&#233; et surtout cela rend des services irrempla&#231;ables. L'&#233;tude de l'histoire montre qu'aucun des progr&#232;s qu'a fait l'humanit&#233; dans les sciences, les techniques ou la culture, n'aurait &#233;t&#233; possible sans de riches personnes qui en ont assum&#233; les risques. Celui qui est dans cette situation doit donc en assumer consciemment et r&#233;solument les cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rappels factuels sur le long terme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut objecter que cela d&#233;bouche sur des in&#233;galit&#233;s consid&#233;rables &#224; terme, ce qui para&#238;t &#224; nouveau justifier une certaine redistribution. C'est vrai et on y reviendra. Mais il ne faut pas croire que l'objectif d'une d&#233;tention &#233;galitaire soit r&#233;aliste. Quand on regarde les faits en perspective historique, la question appara&#238;t bien plus intraitable que tous les plans d'action ne le laissent supposer. D&#233;j&#224;, la mobilit&#233; sociale r&#233;elle est en g&#233;n&#233;ral relativement faible, comme le montrent les analyses ; elle peut varier mais sans jamais devenir consid&#233;rable, et elle demande plusieurs g&#233;n&#233;rations. Un panorama historique fouill&#233; de l'in&#233;galit&#233; a &#233;t&#233; dress&#233; par Walter Scheidel. Je l'ai &#233;voqu&#233; dans un pr&#233;c&#233;dent article (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Reduire-les-inegalites-une-chimere.html)&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Reduire-les-...&lt;/a&gt;. Il montre qu'au cours de l'histoire les in&#233;galit&#233;s n'ont &#233;t&#233; r&#233;duites de fa&#231;on r&#233;ellement forte qu'au prix ou &#224; l'occasion de violences consid&#233;rables et exceptionnelles, qu'il range dans quatre familles : les guerres totales du XXe si&#232;cle ; les r&#233;volutions radicales (notamment communistes) au m&#234;me moment ; un effondrement des structures &#233;tatiques (comme la chute de l'Empire romain) ; et enfin des pand&#233;mies exceptionnelles comme la peste noire. Et encore, dit-il, leurs effets finissent toujours par s'&#233;roder plus ou moins rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le fait est que les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes connaissent aujourd'hui encore un niveau d'in&#233;galit&#233; plut&#244;t mod&#233;r&#233; selon les crit&#232;res historiques. Mais cette situation remonte aux deux guerres mondiales et aux crises de l'&#233;poque, qui ont provoqu&#233; une r&#233;duction, voire parfois une liquidation sans pr&#233;c&#233;dent des avantages de revenus et de fortunes consid&#233;rables qui pr&#233;valaient avant 1914 (par la fiscalit&#233;, et par la ruine directe, due &#224; l'effondrement de la valeur de plusieurs classes d'actifs). Il en est r&#233;sult&#233; en outre une fiscalit&#233; tr&#232;s &#233;lev&#233;e, justifi&#233;e au d&#233;part par l'effort de guerre ou ses s&#233;quelles, puis r&#233;utilis&#233;e pour la redistribution. En outre, toujours du fait des guerres, des &#233;conomies autocentr&#233;es sur base nationale se sont mises en place, permettant une autre innovation majeure de l'&#233;poque, qu'on a appel&#233;e selon l'optique fordisme ou sociald&#233;mocratie, caract&#233;ris&#233;e non seulement par une redistribution importante, mais surtout par une politique de salaires &#233;lev&#233;s, largement sous contr&#244;le public. D'o&#249; d'ailleurs les Trente glorieuses de croissance fort apr&#232;s-guerre. Mais le tout n'a &#233;t&#233; possible que parce que les &#233;conomies &#233;taient devenues fortement autocentr&#233;es, apr&#232;s la crise de 1929 et les guerres. Or comme on sait cette situation n'a pas dur&#233;, notamment du fait de l'ouverture des fronti&#232;res et de la mise en concurrence des capitalismes. Depuis lors, le sch&#233;ma est soumis actuellement &#224; de fortes pressions du fait de la mondialisation, et tend &#224; s'&#233;roder ; parall&#232;lement les in&#233;galit&#233;s remontent. En revanche, Scheidel montre de fa&#231;on convaincante que les effets vraiment &#233;galisateurs d'une politique publique de temps de paix sont relativement limit&#233;s, s'ils ne sont pas accompagn&#233;s comme on l'a dit d'un choc tr&#232;s violent, interne ou externe. Cela ne les condamne pas, mais cela montre leur limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'analyse de Piketty&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est trait&#233;e avec des conclusions diff&#233;rentes par Thomas Piketty (&lt;i&gt;Le capital au XXIe si&#232;cle&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Capital et id&#233;ologie&lt;/i&gt;), dont l'analyse de r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s se concentre sur l'exp&#233;rience du XXe si&#232;cle (ses analyses sur les &#233;poques ant&#233;rieures portent plut&#244;t sur l'id&#233;ologie. Il montre lui aussi la concentration consid&#233;rable des patrimoines dans tous les pays d&#233;velopp&#233;s avant 1914 (ce qui met d'ailleurs en &#233;vidence l'&#233;chec de la R&#233;volution dans l'&#233;galisation des propri&#233;t&#233;s), et sa consid&#233;rable r&#233;duction &#224; partir de la guerre, et jusque vers 1980. Son analyse souligne, plus que l'effet directeur des guerres ou la baisse de valeur des actifs - sur lesquels il insiste peu, le r&#244;le des mesures politiques prises notamment imm&#233;diatement apr&#232;s les deux guerres ainsi que dans les ann&#233;es 30. Il s'agit essentiellement des imp&#244;ts sur le revenu et sur les successions, faibles avant 1913 (toujours moins de 10%) et qui passent ensuite &#224; des taux maximum allant jusqu'&#224; plus de 80%, notamment aux Etats-Unis et en Grande Bretagne. Plus des mesures &#233;conomiques comme les blocages de loyer ; ou encore les nationalisations. Il note que cela a financ&#233; l'Etat social et &#233;ducatif, pass&#233; de 10% &#224; entre 30 et 50% du revenu national. Cela a r&#233;duit les in&#233;galit&#233;s sensiblement, sans toutefois les faire dispara&#238;tre : en France la part de revenu des 10% les plus &#233;lev&#233;s &#233;tait de 20 fois celle des 50% les plus bas avant 1913, mais encore de 8 fois vers 2010. Il admet cependant qu'on est revenu depuis &#224; 20% aux Etats-Unis, et cela dit-il essentiellement au d&#233;triment des 50% les plus pauvres et au profit du centi&#232;me le plus pourvu. En Europe en revanche la hausse des in&#233;galit&#233;s apr&#232;s 1980, r&#233;elle, est rest&#233;e relativement contenue, notamment en France ; d'apr&#232;s lui ce n'est pas d&#251; &#224; la redistribution fiscale, mais aux revenus primaires, rest&#233;s moins in&#233;gaux qu'aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Piketty d&#233;duit de tout ceci que la r&#233;duction massive des in&#233;galit&#233;s est r&#233;alisable et b&#233;n&#233;fique. Nous reviendrons ci-apr&#232;s sur ses propositions. Mais son analyse est contestable. D'une part il se base essentiellement sur une exp&#233;rience tr&#232;s particuli&#232;re, celle du premier XXe si&#232;cle (guerres mondiales et r&#233;volutions) qu'on vient de citer, et il la confond avec une possibilit&#233; g&#233;n&#233;rale ; et d'autre part il lui attribue des bienfaits indus. Mettant en avant les seules mesures fiscales, li&#233;es pourtant &#224; la conjecture tr&#232;s particuli&#232;re de deux guerres mondiales ravageuses, sans parler de la crise de 1929, il n&#233;glige la formidable impulsion qu'elles ont donn&#233; &#224; l'emprise de l'Etat sur la vie des pays concern&#233;s et leurs &#233;conomies - sans compter la peur du communisme, apr&#232;s la R&#233;volution d'Octobre. De plus, dans son analyse de la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s il n&#233;glige le r&#244;le de l'effondrement de la valeur de la plupart des actifs, tant du fait de l'inflation et des guerres que de la crise : elles ont pourtant un r&#244;le central dans la disparition des rentiers. Quant aux bienfaits de ces mesures, il tend &#224; les exag&#233;rer aussi : ni l'&#233;ducation populaire, ni la s&#233;curit&#233; sociale, ni le suffrage universel n'en r&#233;sultent (comme le montre l'Allemagne bismarckienne) du moins dans leur principe. M&#234;me si, notamment sur le plan social, cette fiscalit&#233; tr&#232;s renforc&#233;e leur a permis de prendre des proportions consid&#233;rables. En r&#233;sum&#233;, l'analyse de Piketty elle-m&#234;me montre le r&#244;le tr&#232;s particulier jou&#233; par les circonstances de l'&#233;poque, et notamment l'extr&#234;me violence qui a secou&#233; les soci&#233;t&#233;s d'alors. Sur ce point l'analyse de Scheidel para&#238;t plut&#244;t confirm&#233;e. D&#232;s lors la possibilit&#233; de mesures aussi radicales &#224; l'avenir para&#238;t al&#233;atoire, hors crise majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question prend une importance particuli&#232;re &#224; notre &#233;poque, qui comme on l'a dit voit une baisse relative de la part des classes moyennes, et une augmentation sensible de la part des plus riches, notamment les 1% voire m&#234;me les seuls 0, 1 % les plus favoris&#233;s. L'&#233;volution future risque d'accentuer ces tendances, avec la mont&#233;e des pays &#233;mergents et le d&#233;veloppement de la num&#233;risation, notamment de ce qu'on appelle intelligence artificielle (IA). Ces tendances lourdes peuvent &#234;tre en partie orient&#233;es ou contr&#233;es par les politiques publiques, soit de redistribution, soit plus encore de positionnement dans la comp&#233;tition internationale et de plus ou moins grande protection, mais comme on vient de le voir, en partie seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces analyses n'invalident pas les efforts raisonnables faits pour limiter les in&#233;galit&#233;s en assurant un certain niveau de redistribution. En t&#233;moigne le fait que la situation des pays d&#233;velopp&#233;s depuis 1970, si elle va partout dans le sens d'une plus grande in&#233;galit&#233;, le fait de fa&#231;on variable, les pays anglosaxons &#233;tant devenus les plus in&#233;gaux, d'autres comme les Scandinaves ou la France ayant sensiblement att&#233;nu&#233; le ph&#233;nom&#232;ne. L'avenir dira si c'est tenable sur la dur&#233;e. Mais il n'en reste pas moins que les efforts pour contenir les in&#233;galit&#233;s ne doivent pas &#234;tre confondus avec une transformation en profondeur de la r&#233;alit&#233; sociale, laquelle n'est en g&#233;n&#233;ral r&#233;alisable que par des r&#233;volutions aux effets d&#233;sastreux, ou des chocs d'une violence comparable. Dans la pratique, l'extraordinaire &#233;nergie politique qu'exige un tel bouleversement n'est normalement pas disponible dans la soci&#233;t&#233;, les avantages &#233;ventuelles &#233;tant a priori douteux pour la plupart des gens en regard de l'incertitude et des risques associ&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La redistribution : perspectives utopiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas &#233;vident que la redistribution massive de la propri&#233;t&#233; soit une voie vraiment efficace en termes de patrimoine ; de plus, outre les consid&#233;rations g&#233;n&#233;rales sur la justice d&#233;j&#224; expos&#233;es, il n'est pas non plus prouv&#233; qu'elle serait justifi&#233;e ou b&#233;n&#233;fique, m&#234;me si elle &#233;tait tentable. Mais que proposent les r&#233;formateurs radicaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un expert bien connu comme Atkinson propose par exemple une dotation en capital pour tous (10 000 &#8364; ?) financ&#233;e par les droits sur l'h&#233;ritage. La justification en est la constitution d'un capital de d&#233;part. Mais il est douteux que cela donne une base consistante pour d&#233;marrer efficacement. Pour la plupart, ce sera tr&#232;s insuffisant, tandis que d'autres le gaspilleront. Et cela resterait vrai m&#234;me si on augmentait le chiffre. On sait que certains vont bien plus loin, comme les partisans de la &#8216;d&#233;mocratie de propri&#233;taires' (Meade et Rawls). Souhaitant g&#233;n&#233;raliser la propri&#233;t&#233;, ils proposent une taxation de la fortune syst&#233;matique, tant annuelle qu'au moment des successions, afin de plafonner le montant accumulable, tout en assurant &#224; chacun une dotation de d&#233;part. Mais cela reste peu pr&#233;cis, et ne r&#233;pond pas &#224; des questions centrales pour l'organisation de la soci&#233;t&#233;. Qui d&#233;tiendrait les entreprises ? Soit chacun voudrait vendre d&#232;s que possible ses titres pour faire autre chose que d&#233;tenir de l'argent, mais qui ach&#232;terait ? Soit cette d&#233;tention serait bloqu&#233;e, la propri&#233;t&#233; restant divis&#233;e et de ce fait aux mains des gestionnaires de fond, &#233;tant entendu que le seul actionnaire important en serait l'Etat. Outre que cela retirerait &#224; l'effort de chacun une de ses motivations majeures, cela donnerait dans les faits &#224; l'Etat un pouvoir quasi absolu. Mais sans faire dispara&#238;tre le probl&#232;me central des priorit&#233;s que se donnent les propri&#233;taires, qui est essentielle pour l'orientation de l'&#233;conomie et donc pour le bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#234;mes remarques valent pour les propositions de Thomas Piketty, qui s'inscrivent dans cette ligne. Elles sont malgr&#233; les apparences tr&#232;s radicales, conformes &#224; une analyse qui met certes en avant la &#171; justice comme participation et d&#233;lib&#233;ration &#187;, mais en r&#233;alit&#233; insiste surtout sur l'&#233;galit&#233; comprise comme le crit&#232;re ultime absolu. Si en effet il propose un imp&#244;t sur le revenu (rempla&#231;ant en outre les cotisations sociales) et deux imp&#244;ts sur le patrimoine tr&#232;s alourdis par rapport &#224; la situation actuelle, le premier est suppos&#233; rapporter 45% du revenu national et les deux autres 5% seulement. Si le premier est tr&#232;s sensiblement alourdi par rapport &#224; la situation actuelle, et plus redistributif, il ne change pas massivement la r&#233;alit&#233; ; en revanche le second repr&#233;senterait une vraie r&#233;volution, aboutissant &#224; la disparition &#224; terme de tous les patrimoines un tant soit peu significatifs. Or faire une r&#233;volution pour 5 % du revenu national n'a pas de sens fiscal ; il n'est propos&#233; que parce qu'on s'inspire d'une id&#233;ologie &#233;galitaire absolue. Dit autrement, on confisque pour assurer une &#233;galit&#233; absolue et non pas parce qu'on a besoin de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son bar&#232;me indicatif, sur un patrimoine repr&#233;sentant un multiple de 10 fois le patrimoine moyen (lequel est de 200 000 &#8364; environ) on pr&#233;l&#232;verait 5% annuellement et 60% en cas de succession. Sur les patrimoines repr&#233;sentant 10 000 fois le niveau moyen (donc environ 2 milliards), ce serait 90% chacun. Dans ces conditions, comme il l'indique d'ailleurs, il ne s'agirait plus que d'une propri&#233;t&#233; temporaire. D'autant que les &#8216;outils de travail' seraient pleinement inclus. C'est donc bien une r&#233;volution radicale : toute accumulation de patrimoine un tant soit peu significative serait de fait impossible. D&#233;j&#224;, 5 % est sensiblement plus &#233;lev&#233; que le rendement r&#233;el du capital sauf exception ; cela exclut donc qu'un patron d'entreprise en soit propri&#233;taire, d&#232;s le niveau PME - hors toutes petites. Piketty justifie cela notamment en consid&#233;rant d'une part que la constitution d'un patrimoine d&#233;pend en partie de la soci&#233;t&#233;, et pas seulement de l'int&#233;ress&#233;, et d'autre part qu'un patrimoine doit contribuer aux charges communes. Ce qui est exact, mais cela ne justifie pas les mesures confiscatoires qu'il propose, que seule la passion &#233;galitaire explique. L'intention nivelante est confirm&#233;e par le fait qu'il compl&#232;te ces mesures par une taxation progressive des &#233;missions carbone (cens&#233;ment pour prot&#233;ger les plus pauvres de l'impact) ; ainsi que par des quota d'acc&#232;s au syst&#232;me &#233;ducatif sup&#233;rieur, r&#233;serv&#233; aux citoyens les plus pauvres. Tr&#232;s logiquement une telle machinerie de r&#233;duction syst&#233;matique des in&#233;galit&#233;s d&#233;boucherait sur une &#233;conomie totalement &#233;tatis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces mesures fiscales permettraient dans son plan une dotation en capital de 120 000 &#8364; &#224; chacun, bien plus consistante que celle d'Atkinson. Donc dit-il chacun commencerait sa vie professionnelle avec 60% du patrimoine moyen, et cela contribuerait enfin &#224; doter les 50% les plus pauvres d'un patrimoine, ce qui n'a jamais &#233;t&#233; le cas. Notons cependant que le co&#251;t annuel d'une telle mesure serait de l'ordre de 100 milliards. L&#224; encore la volont&#233; &#233;galitaire est manifeste. Sachant que la plupart des gens soient d&#233;penseraient la dotation soit ach&#232;teraient un logement : c'est sympathique, mais cela ne r&#233;sout rien sur la propri&#233;t&#233; de l'&#233;conomie ; et cela enl&#232;verait toute signification &#224; l'id&#233;e d'&#233;pargne, ou de constitution de patrimoine du fait de ses efforts au cours de sa vie. Les cailles vous tomberaient toutes r&#244;ties. Mais inversement si vous r&#233;alisez quelque chose dans le champ &#233;conomique, on vous le confisquerait. Pourquoi alors se remuer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour expliquer que son plan est r&#233;alisable sans effondrement de la croissance, Piketty met en avant l'exemple de l'apr&#232;s-guerre comme d'un succ&#232;s montrant qu'un redistribution forte est favorable &#224; la croissance. Mais outre qu'il va sensiblement plus loin que les bar&#232;mes pourtant &#233;lev&#233;s de l'&#233;poque, il n&#233;glige d'examiner l'ensemble des syst&#232;mes fiscaux de ce temps, et notamment les moyens non n&#233;gligeables existant alors pour tourner les taux maxima, auxquels seuls il s'int&#233;resse. Par ailleurs, l'apr&#232;s-guerre &#233;tait une &#233;poque de reconstruction (en Europe) et de supr&#233;matie totale (aux Etats-Unis), extr&#234;mement particuli&#232;re. La croissance &#233;tait alors autrement plus ais&#233;e &#224; r&#233;aliser. Cela d'autant plus qu'elle &#233;tait en outre largement autarcique, et donc que le sch&#233;ma vertueux social-d&#233;mocrate fonctionnait (augmenter le revenu des salari&#233;s augmentait d'autant la demande adress&#233;e aux entreprises). Ce qui est devenu faux avec la mondialisation. Reconnaissant cependant que cette mondialisation a instaur&#233; &#224; la fois une comp&#233;tition fiscale entre Etats, et une mont&#233;e des id&#233;ologies identitaires au sens large, Piketty admet que ce qu'il propose suppose un degr&#233; tr&#232;s &#233;lev&#233; de coop&#233;ration internationale, confirmant l'id&#233;e qu'une &#233;conomie un tant soit peu ouverte rend tr&#232;s difficile (en fait impossible) une r&#233;duction forte des in&#233;galit&#233;s. Or cette coop&#233;ration est actuellement totalement hors de port&#233;e. Le sch&#233;ma est donc largement utopique (en supposant d'ailleurs qu'il soit d&#233;sirable).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion partielle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, &#224; nouveau, le point central est que la logique m&#234;me du fonctionnement d'une soci&#233;t&#233; d&#233;centralis&#233;e &#233;conomiquement est qu'il y ait une certaine concentration des fortunes. On peut la limiter dans une certaine mesure, mais jusqu'&#224; un certain point, apr&#232;s lequel on passe dans une &#233;conomie administr&#233;e et une soci&#233;t&#233; &#233;tatis&#233;e, potentiellement totalitaire. Dit autrement, si on admet comme nous le faisons ici qu'une soci&#233;t&#233; sera meilleure s'il y a une grande libert&#233; et d&#233;centralisation, les fortunes ne peuvent &#234;tre &#233;gales. Mais bien entendu cela ne justifie ni telle ou telle r&#233;partition donn&#233;e dans une situation bien pr&#233;cise, si elle a des effets tellement n&#233;gatifs qu'il vaut mieux que l'autorit&#233; publique intervienne pour la rectifier (malgr&#233; la violence que cela implique) ; et cela n'exclut pas une redistribution fiscale, selon une logique proche de ce que nous avons vu pour les r&#233;mun&#233;rations. Des r&#233;formes agraires bien men&#233;es peuvent donc &#234;tre justifi&#233;es cas par cas (propri&#233;t&#233;s sous-utilis&#233;es, ou exploitants agricoles comp&#233;tents mais exploit&#233;s par des propri&#233;taires parasitaires) etc.) ; il peut en &#234;tre de m&#234;me en cas de pouvoir excessif de certains (voir ci-apr&#232;s). En outre une certaine &#233;rosion des vraies fortunes peut se justifier si la distribution est vraiment trop in&#233;gale, sans b&#233;n&#233;fice public. Mais on en reste alors dans la r&#233;gulation, on ne change pas le fait de base de cette distribution des richesses en soi in&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, l'objectif ne peut pas et doit pas &#234;tre une soci&#233;t&#233; &#233;galitaire, qui n'a jamais exist&#233; et n'a en d&#233;finitive pas beaucoup de sens. Mais surtout cela implique un erreur de perspective. L'objectif est d'&#339;uvrer pour plus de justice, et au-del&#224; de la justice, pour plus de solidarit&#233;, au vrai sens du terme. Or la justice ne se confond pas avec l'&#233;galit&#233; arithm&#233;tique maximale. C'est &#233;vident de la justice commutative, ne serait-ce qu'au vu de la diversit&#233; des talents. Mais c'est vrai aussi de la justice distributive, qui vise fondamentalement notre rapport &#224; la soci&#233;t&#233; : ce que nous en retirons, et ce que nous lui apportons. Or il est &#233;videmment in&#233;gal dans les deux cas. On peut m&#234;me consid&#233;rer que sans in&#233;galit&#233;, c'est-&#224;-dire sans concentration des moyens sur quelques-uns, le progr&#232;s n'aurait jamais &#233;t&#233; possible au cours de l'histoire. Mais bien s&#251;r, en m&#234;me temps, une part appr&#233;ciable des in&#233;galit&#233;s constat&#233;es peut &#234;tre choquante et contre-productive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous rappelle en outre &#224; nouveau deux points centraux. Tout d'abord, ce qui importe n'est pas principalement la r&#233;partition de ces pouvoirs que sont les propri&#233;t&#233;s, mais dans une large mesure l'orientation des propri&#233;taires, quels qu'ils soient : c'est ce que les gens ou les institutions font des moyens qu'ils ont. Ce qui pose directement la question de la responsabilit&#233; sociale des propri&#233;taires, et de l'investissement socialement responsable, que j'&#233;voque dans d'autres articles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, du point de vue des personnes et notamment des plus modestes, une analyse quantitative, en in&#233;galit&#233;s de fortune ou de revenus, a son importance, mais le crit&#232;re ultime n'est pas l'&#233;galit&#233;, assez largement utopique ou totalitaire, et vite injuste, mais la consid&#233;ration de la place de chacun dans la soci&#233;t&#233;, de ce qu'ils y font ou peuvent faire. Je reviendrai sur ce point essentiel dans mon troisi&#232;me article.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;In&#233;galit&#233;s et pouvoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une autre probl&#233;matique li&#233;e aux in&#233;galit&#233;s est celle du pouvoir, du pouvoir que donne le fait d'&#234;tre pourvu d'une vrai fortune. Une approche &#233;thique conduit naturellement d'abord comme on l'a vu &#224; souligner leurs devoirs correspondants, &#224; l'&#233;vidence consid&#233;rables. S'agissant de leurs d&#233;penses, j'ai &#233;voqu&#233; le sujet plus en d&#233;tails dans d'autres livres (notamment &lt;i&gt;L'Evangile le Chr&#233;tien et l'Argent&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;L'argent ma&#238;tre ou serviteur ?&lt;/i&gt;). Historiquement, &#224; c&#244;t&#233; des pouvoirs publics et de l'Eglise, les d&#233;tenteurs de moyens importants ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans le d&#233;veloppement de la civilisation, notamment des arts et lettres, mais aussi de l'&#233;conomie et d'autres causes. Mais ils avaient &#224; l'&#233;poque une forme de devoir social, d'&#233;thique personnelle, sinon de vanit&#233; bien orient&#233;e, qui leur imposait un devoir qualitatif, dont les effets ont &#233;t&#233; historiquement immenses, et plut&#244;t positifs. Il n'en est plus de m&#234;me maintenant. Beaucoup d'entre eux aspirent &#224; ne plus &#234;tre visibles, ou consid&#232;rent que le niveau de leurs imp&#244;ts les dispense de tout effort au service de la communaut&#233;. Ce qui est une aberration profonde. L&#224; encore on d&#233;passe la taille de ce court article, et le champ de l'&#233;conomie ; mais cela n'en interpelle pas moins celle-ci, car c'est par elle qu'ils ont obtenu ce potentiel consid&#233;rable, qu'ils n'utilisent pas ou mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question se pose &#233;galement en termes de pouvoir sur la soci&#233;t&#233;. On entre ici en partie dans un champ qui est plus politique qu'&#233;conomique, mais il est important. A partir du moment o&#249; des gens, seuls ou en groupes, ou tous ensembles, jouissent de moyens importants, ils exercent un pouvoir. Il est donc essentiel dans l'analyse du rapport des personnes &#224; la soci&#233;t&#233; de mesurer, dans chacune de ces soci&#233;t&#233;s, ce qu'est ce pouvoir, comment il s'exerce, et dans quel sens. C'est en un sens la question des &#233;lites, dans sa dimension &#233;conomique. Une dimension plus proprement politique sera &#233;videmment les modes d'exercice de ce pouvoir. Mais tout aussi importante sera &#224; nouveau la culture de ces &#233;lites : leur syst&#232;me de valeurs et leur action effective. Autrefois, on l'a dit, les &#233;lites avaient au moins un sens aigu de l'importance de la culture au sens propre, arts, sciences, litt&#233;ratures. D'o&#249; leur apport historique. Or c'est tr&#232;s important pour mesurer ce que chacun retire de la soci&#233;t&#233;, objet de ce chapitre, car pour retirer quelque chose, il faut qu'il y ait cr&#233;ation et apport par d'autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'enjeu est aujourd'hui &#233;norme. D'un c&#244;t&#233;, on ne peut pas dire que la culture de nos &#233;lites soit particuli&#232;rement impressionnante, pour parler aimablement. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, ils n'ont jamais eu autant de moyens. Relevons &#224; ce sujet un fait important, qui concerne les fortunes priv&#233;es et leur nouveau pouvoir. Notre &#233;poque fait en effet appara&#238;tre un risque bien plus important qu'il y a 30 ans ou plus : la r&#233;&#233;mergence de fortunes consid&#233;rables, mais pas n&#233;cessairement bien orient&#233;es, donnant un pouvoir sans pr&#233;c&#233;dent. Je parle ici de ce probl&#232;me mondial qu'est l'apparition d'une classe surpuissante et tr&#232;s privil&#233;gi&#233;e de multimilliardaires : ces immenses fortunes issues soit de la cr&#233;ation de nouvelles entreprises, essentiellement apr&#232;s la vague internet (notamment, &#224; nouveau, les GAFAs) ; soit de la rente mini&#232;re, surtout p&#233;troli&#232;re (p&#233;ninsule arabique, etc.) ; soit d'ailleurs, ainsi celle de sp&#233;culateurs financiers comme Georges Soros. Une telle &#233;mergence, rapide et &#233;norme, n'est historiquement pas si fr&#233;quente &#224; un tel niveau, m&#234;me dans les p&#233;riodes capitalistes. Elle est porteuse d'effets consid&#233;rables, bien au-del&#224; du pur effet d'in&#233;galit&#233; d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; (mais qui est ici massif). Car le fait le plus important est que ces personnes disposent de sommes immenses leur permettant d'orienter la soci&#233;t&#233; dans un sens ou un autre, soit par leurs investissements, soit par leurs dons, soit par leur activit&#233; (Facebook, Twitter etc.). Certes, on l'a dit, il est en soi bon que des riches investissent et donnent. Mais ici les sommes sont exceptionnelles. Or les orientations de leurs d&#233;tenteurs, quand ils en ont, sont principalement domin&#233;es par l'id&#233;ologie de l'&#233;poque, qui n'est pas bonne. Par exemple, en faveur de m&#339;urs choquantes pour les uns, de propagande islamiste pour les autres, de politiquement correct pour la plupart. Il y a l&#224; un vrai danger collectif, qui est consid&#233;rablement sous-estim&#233;. Or l'impact sur la vie collective peut en &#234;tre massif. Mais en m&#234;me temps, ce n'est a priori pas une autorit&#233; mondiale qui y mettra bon ordre. Ici encore, s'il y a un niveau de moralit&#233; possible (toute relative, et variable selon les r&#233;alit&#233;s locales), c'est &#224; ce jour encore au niveau national, et dans la coop&#233;ration entre nations. Mais encore faut-il en &#234;tre conscient, et agir comme il le faut, car &#224; nouveau les enjeux sont consid&#233;rables. Comme en outre les entreprises qu'ils sont fond&#233;es sont &#224; tendance monopolistique, une intervention publique peut s'av&#233;rer n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Rappel : un troisi&#232;me article examinera la question &#224; mon sens d&#233;terminante, celle de la participation des personnes &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;duire les in&#233;galit&#233;s : une chim&#232;re ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Reduire-les-inegalites-une-chimere.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Reduire-les-inegalites-une-chimere.html</guid>
		<dc:date>2019-04-08T12:51:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Fortune</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;out le monde parle de r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s. Et on s'offusque de leur remont&#233;e depuis 30 ans, effectivement frappante dans la plupart des pays - quoique moins en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'on fait rarement, c'est regarder les faits en perspective historique. La question appara&#238;t alors bien plus difficile que toutes les bonnes intentions ne le laissent supposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; dans L'incorrect N&#176; 19 avril 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Fortune-et-inegalites-.html" rel="directory"&gt;In&#233;galit&#233;s, fortune&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Fortune-+.html" rel="tag"&gt;Fortune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Inegalites-+.html" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s, le scandale par excellence. Tout le monde en parle. Et s'offusque de leur remont&#233;e depuis 30 ans. Un ph&#233;nom&#232;ne effectivement frappant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il y ait une in&#233;galit&#233; massive partout et au niveau mondial est ind&#233;niable. M&#234;me si les chiffres impressionnants qu'on cite ne veulent pas dire grand-chose de concret. Comparer comme le fait Oxfam les dizaines de milliards d'actifs d&#233;tenus par Bill Gates et ses comp&#232;res, qui sont tout simplement propri&#233;taires de l'entreprise qu'ils ont cr&#233;&#233;e, avec les milliards de pauvres qui ont au plus un coin de brousse sans valeur marchande en Afrique ou ailleurs, tout cela n'a pas beaucoup de sens, th&#233;orique ou pratique. L'hyperpuissance que ces milliards donne aux uns est &#233;videmment pr&#233;occupante, mais il est difficile de pr&#233;tendre qu'ils ont vol&#233; leur fortune aux autres, et cela ne nous avance pas beaucoup. En outre, ce qu'on ne rappelle pas aux lecteurs fran&#231;ais qui ont le sentiment de s'appauvrir, c'est qu'avec de tels calculs la grande majorit&#233; d'entre eux fait partie des 10% les plus riches du monde. Sont-ils des voleurs ? M&#234;me si la question de l'in&#233;galit&#233; subsiste en soi, ces calculs ne sont donc pas tr&#232;s conclusifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, ce qu'on fait rarement, c'est regarder les faits en perspective historique. Car alors la question se complique. Un panorama historique fouill&#233; a &#233;t&#233; dress&#233; par Walter Scheidel dans un livre de 2017 : &lt;i&gt;The Great Leveler ; Violence and the history of inequality from the stone age to the twenty-first century&lt;/i&gt;. Il montre qu'au cours de l'histoire les in&#233;galit&#233;s n'ont &#233;t&#233; vraiment r&#233;duites qu'au prix de ph&#233;nom&#232;nes d'une violence consid&#233;rable et exceptionnelle. Il les range en quatre familles : les guerres totales du XXe si&#232;cle ; les r&#233;volutions radicales, communistes ; l'effondrement de structures &#233;tatiques comme la chute de l'empire romain ; et enfin les pand&#233;mies exceptionnelles - la Peste noire m&#233;di&#233;vale. Et encore dans tous cas leur effet de nivellement a fini par s'&#233;roder. L'in&#233;galit&#233;, la grande in&#233;galit&#233;, para&#238;t donc &#234;tre un fait quasi permanent, que seule une violence radicale peut r&#233;duire, et pour peu de temps. En revanche Scheidel montre que les autres voies utilis&#233;es pour obtenir une &#233;galisation relative sont d'effet tr&#232;s limit&#233;, et tr&#232;s peu au profit des plus pauvres - qu'il s'agisse du d&#233;veloppement &#233;conomique, de la d&#233;mocratisation, ou encore d'une action politique volontariste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;r&#233;es avec cet arri&#232;re-plan, les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes actuelles ont un niveau d'in&#233;galit&#233; somme toute mod&#233;r&#233;. Mais cela n'a pour l'essentiel rien &#224; voir avec une action politique paisible et bien intentionn&#233;e : c'est d&#251; enti&#232;rement aux deux guerres mondiales, qui ont provoqu&#233; une r&#233;duction sans pr&#233;c&#233;dent des &#233;normes diff&#233;rences de revenus et de fortunes pr&#233;valant avant 1914. Outre les destructions directes, l'effort de guerre, radical et sans pr&#233;c&#233;dent, a justifi&#233; alors une fiscalit&#233; tr&#232;s &#233;lev&#233;e, utilis&#233;e ensuite pour la redistribution des revenus. Pour finir l'inflation a lamin&#233; la plupart des fortunes. Mais comme on sait, les in&#233;galit&#233;s remontent depuis, et la redistribution fiscale est soumise &#224; de fortes pressions du fait de la mondialisation. Cela confirme la fragilit&#233; de la situation que nous connaissons. A bien des points de vue, c'est un paradoxe historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;duire les in&#233;galit&#233;s est donc difficile et hasardeux, et les effets de cette action sont limit&#233;s. Et cela a toute chance de s'aggraver dans le monde o&#249; nous sommes. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a rien &#224; faire, loin de l&#224;, mais cela pousse &#224; ne pas s'illusionner sur l'utopie d'une &#233;galit&#233; g&#233;n&#233;rale ou m&#234;me d'une faible &#233;chelle des revenus. D'autant que l'on continuerait &#224; se comparer, et que ce n'est pas le moyen d'&#234;tre plus heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela conduit &#224; se demander si le rabotage doit &#234;tre l'obsession principale, et plus encore si la justice se confond avec l'&#233;galit&#233; arithm&#233;tique. Ce qu'il faut rechercher n'est-il pas plut&#244;t ce que dans la pens&#233;e classique on appelait justice distributive, qui vise &#224; ce que chacun re&#231;oive son d&#251; dans la soci&#233;t&#233;, qui n'est pas le m&#234;me pour tous, et de fa&#231;on telle que tous s'y retrouvent. En d'autres termes, regarder comment assurer les solidarit&#233;s n&#233;cessaires afin que chacun ait autant que possible les moyens de son &#233;panouissement - sans oublier les d&#233;sh&#233;rit&#233;s dans le reste du monde. Et donc pour que dans la mesure du possible tous trouvent dans la soci&#233;t&#233; ce qui rend leur vie digne et pleine de sens. Sans se comparer en permanence au voisin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans L'Incorrect N&#176; 19 avril 2019&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://lincorrect.org/reduire-les-inegalites/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://lincorrect.org/reduire-les-...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Que faire des in&#233;galit&#233;s de fortune ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Que-faire-des-inegalites-de-fortune.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Que-faire-des-inegalites-de-fortune.html</guid>
		<dc:date>2016-03-07T13:29:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Fortune</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de la hausse des in&#233;galit&#233;s de revenus, un point qui attire r&#233;guli&#232;rement les gros titres des journaux est l'in&#233;galit&#233; des fortunes. On nous dit que 60 ou 80 personnes poss&#232;dent autant que la moiti&#233; de l'humanit&#233;. L'&#233;normit&#233; de la disproportion fait mouche. Mais au-del&#224; de l'&#233;motion, que faut-il en penser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, dans une soci&#233;t&#233; de propri&#233;t&#233; priv&#233;e, qui n'est pas &#233;tatis&#233;e, il est in&#233;vitable que les fortunes soient in&#233;gales. D'ailleurs est-il injuste qu'un cr&#233;ateur d'entreprise fasse fortune ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, cette fortune n'&#233;tait pas possible sans la soci&#233;t&#233;. Ses d&#233;tenteurs ont donc des devoirs envers elle, &#224; commencer par celui de solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la vraie question est celle de l'usage de la fortune. L'imp&#244;t y a son r&#244;le, mais cela n'&#233;puise pas la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Fortune-et-inegalites-.html" rel="directory"&gt;In&#233;galit&#233;s, fortune&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Fortune-+.html" rel="tag"&gt;Fortune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Inegalites-+.html" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de la hausse des in&#233;galit&#233;s de revenus, un point qui attire r&#233;guli&#232;rement les gros titres des journaux est l'in&#233;galit&#233; des fortunes. On nous dit que 60 ou 80 personnes poss&#232;dent selon les ann&#233;es autant que la moiti&#233; de l'humanit&#233;. L'&#233;normit&#233; de la disproportion fait mouche. Mais au-del&#224; de l'&#233;motion, que fait-il en penser ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une in&#233;galit&#233; en soi pr&#233;visible&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Selon Oxfam (2014) pr&#232;s de la moiti&#233; des richesses mondiales est maintenant d&#233;tenues par seulement 1 % de l'humanit&#233;. La moiti&#233; la moins riche de la population mondiale poss&#232;de la m&#234;me richesse que les 60 ou 80 personnes les plus riches du monde (cela varie selon les ann&#233;es). Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais est-ce aussi radicalement contraire &#224; la justice qu'on le dit ? Est-il scandaleux que mon voisin soit riche et moi pas ? Voyons les arguments de la d&#233;fense. Et d'abord, n'est-ce pas pr&#233;visible ? Si nous sommes dans une &#233;conomie d&#233;centralis&#233;e, une &#233;conomie o&#249; ce sont les personnes qui d&#233;cident et sont responsables de leurs d&#233;cisions, il y a propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Chacun reconna&#238;t alors l&#233;gitime que quelqu'un garde le produit de son activit&#233;. Si ce produit est une entreprise, et si elle devient &#233;norme, &#233;ventuellement avec des capitalisations de plusieurs centaines de milliards de dollars atteintes en peu d'ann&#233;es (comme Microsoft, Google, Apple ou Facebook), in&#233;vitablement quelques individus poss&#233;deront plus que la totalit&#233; des habitants de bien des pays pauvres. Dans ces derniers en outre les actifs ont une valeur marchande tr&#232;s faible, surtout si elle est appr&#233;ci&#233;e au niveau mondial : une maison dans la brousse africaine est localement un vrai actif ; mais son prix marchand ne permet pas d'acheter quoi que ce soit aux Etats-Unis. Il n'est donc pas &#233;tonnant que quelques individus ici poss&#232;dent autant chacun que des centaines de millions d'autres l&#224;-bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on voulait d'ailleurs &#233;galiser ces fortunes, poursuit la d&#233;fense, il faudrait confisquer la plus grande partie de ces entreprises &#224; ceux qui les ont construites, pour les donner &#224; ceux qui objectivement ne sont pour rien dans cette r&#233;alisation. Et qui n'en sont en outre pas les victimes. Pour reprendre le vocabulaire classique, la justice commutative, celle qui pr&#233;vaut aux &#233;changes, mais aussi la partie de la justice distributive qui regarde le r&#244;le et la contribution de chacun &#224; la soci&#233;t&#233;, n'y auraient certainement pas leur compte : elles demandent tout au contraire qu'on laisse &#224; quelqu'un une propri&#233;t&#233; qu'il a cr&#233;&#233;e. Etant entendu bien s&#251;r que l'argument ne vaut que si la fortune a &#233;t&#233; acquise de fa&#231;on raisonnablement correcte : pas de vol, de fraude, de violence, d'abus de position etc. ; des produits qui sont un vrai apport ; des entreprises humaines etc. On peut en discuter cas par cas : mais le raisonnement subsiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;fense ajoutera que les in&#233;galit&#233;s de fortune sont par nature beaucoup plus fortes que les in&#233;galit&#233;s de revenus. Dans nos soci&#233;t&#233;s, un cadre d&#233;butant par exemple n'a aucun actif, sauf h&#233;ritage ; en revanche il gagne de quoi vivre convenablement. Le rapport entre sa fortune et celle qu'il aura en fin de vie, quand il aura achet&#233; sa maison, est peut-&#234;tre de 1 &#224; 50 ; le rapport des revenus plut&#244;t de 1 &#224; 3. Ce qui fait notre vie est d'abord notre revenu. On obtient donc un effet facile en parlant des fortunes ; mais la r&#233;alit&#233; de la vie des personnes, ce sont les revenus. La question de la fortune se pose diff&#233;remment.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce qui est d&#251; &#224; la communaut&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci est dans l'ensemble vrai. Est-ce &#224; dire qu'on doive s'en arr&#234;ter l&#224; ? S&#251;rement pas. Car la justice distributive nous rappelle aussi que nous appartenons &#224; des communaut&#233;s, au sein desquelles r&#232;gne une solidarit&#233;. Rappelons tout d'abord que ces communaut&#233;s jouent un r&#244;le important dans la cr&#233;ation et le d&#233;veloppement des entreprises et plus g&#233;n&#233;ralement de tous les actifs, qui ne seraient pas possibles sans leurs lois, leurs administrations, leur stock de savoir et de culture, le capital accumul&#233; disponible et bien s&#251;r le travail de milliers de personnes etc. En d'autres termes, pour que nos entrepreneurs aient pu faire ce qu'ils ont fait, il a fallu que la soci&#233;t&#233; leur ait permis de participer &#224; un h&#233;ritage commun, une propri&#233;t&#233; commune, et que d'autres les aient aid&#233;s. La justice implique alors que ces personnes fortun&#233;es aient leur juste part &#224; la constitution et au renouvellement de cet h&#233;ritage commun. Contribution n&#233;cessairement en relation avec leur capacit&#233;, et elle est &#233;videmment tr&#232;s grande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la soci&#233;t&#233; a besoin de cette contribution, notamment pour permettre &#224; tous ses membres de prosp&#233;rer autant qu'ils le peuvent : in&#233;galement certes, mais en y participant tous, au mieux du possible. On dira : pour cela il y a l'imp&#244;t sur le revenu, qui frappe la part de richesse nouvelle cr&#233;&#233;e que la personne re&#231;oit. Sauf que cela n'inclut pas la valorisation du capital (tant qu'il n'y a pas cession), et c'est la source principale des diff&#233;rences de fortunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci montre la n&#233;cessit&#233; que cette richesse constitu&#233;e profite &#224; la communaut&#233;. Mais attention : cela n'implique pas n&#233;cessairement que c'est &#224; l'Etat de s'assurer de cette redistribution dans sa totalit&#233;, au moyen de l'imp&#244;t. Dans l'Antiquit&#233;, cela prenait la forme de l'&#233;verg&#233;tisme, ou m&#233;c&#233;nat : les riches devaient payer (tr&#232;s cher) des manifestations et activit&#233;s d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. A c&#244;t&#233; de l'imp&#244;t, le principe garde son int&#233;r&#234;t. Les dons massifs que font certains milliardaires surtout am&#233;ricains &#224; des fondations ne sont pas a priori une mauvaise chose (sauf si c'est un moyen de tourner l'imp&#244;t), d'autant que ces fondations peuvent agir de fa&#231;on souvent plus efficace que les bureaucraties publiques. Ils peuvent par la concentration de moyens dont ils disposent r&#233;aliser des choses de grande ampleur qui ne seraient pas possibles sinon : c'est la vertu de magnificence que rappelait Pie XI, qui s'exerce tant dans la cr&#233;ation d'activit&#233; que dans le soutien aux arts et &#224; la culture, ou les actions charitables. Avant la R&#233;volution fran&#231;aise, les fondations ou des r&#233;alit&#233;s analogues jouaient un r&#244;le essentiel dans de nombreux domaines. Seul probl&#232;me, mais il est grave en l'esp&#232;ce : les causes qu'ils d&#233;fendent aujourd'hui ne sont pas toujours les meilleures, loin de l&#224;. Ils donnent &#224; fond dans les id&#233;es dominantes, y compris les plus contestables. Mais les Etats ne font pas mieux, dans une &#233;poque troubl&#233;e comme la n&#244;tre. Il y a un vrai probl&#232;me de valeurs collectives ; modifier la r&#233;partition des propri&#233;t&#233;s n'y changera rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point mis &#224; part, &#224; partir du moment o&#249; il y a une certaine in&#233;galit&#233; de fortunes, ce qui importe est de faire en sorte que ces moyens tr&#232;s importants soient plut&#244;t bien orient&#233;s et par l&#224; sources de bienfaits (et non pas de cons&#233;quences nocives). La communaut&#233; nationale doit ici proc&#233;der empiriquement et par subsidiarit&#233; : plus la fortune est bien utilis&#233;e, moins on a &#224; intervenir. Mais si on doit intervenir, un imp&#244;t sur la fortune peut &#234;tre justifi&#233;. Y compris avec le dispositif astucieux qui en France dispense d'une partie de cet imp&#244;t ceux qui font des dons &#224; des fondations d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral (75 %) ou investissent dans des PME (50%) : plus que la suppression, il faudrait donc &#233;largir de tels dispositifs (notamment en retirant le plafond). Et &#233;largir l'exemption au titre de l'outil de travail &#224; tout le groupe de contr&#244;le d'une entreprise familiale ou d'un patrimoine analogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me principe conduit &#224; consid&#233;rer que si une propri&#233;t&#233; (m&#234;me acquise l&#233;gitimement) est massivement sous-utilis&#233;e, la propri&#233;t&#233; pose question. C'est l'exemple classique des latifundios. Dans ce cas limite, cela peut justifier l'expropriation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;In&#233;galit&#233;s et pouvoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une consid&#233;ration doit en outre &#234;tre donn&#233;e &#224; un des effets majeurs de la concentration de richesse : le pouvoir. Celui qui a une fortune a acquis par l&#224; le moyen d'agir de fa&#231;on puissante, et il peut avoir un impact marqu&#233; sur la soci&#233;t&#233;. Ce peut &#234;tre en mati&#232;re &#233;conomique. Mais ce peut &#234;tre en mati&#232;re politique, comme on le voit notamment aux Etats-Unis. Je ne dis pas que le pouvoir est en soi mauvais. Le pouvoir de financer des fondations d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, ou de cr&#233;er de nouvelles entreprises, est bon en soi, on l'a vu. Il est m&#234;me indispensable, si on veut progresser collectivement, qu'une concentration de moyens existe, si c'est en de bonnes mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est donc ici double. D'un c&#244;t&#233;, comment contr&#244;ler l'utilisation de ce pouvoir lorsqu'elle est nocive ; exemple typique : les campagnes &#233;lectorales. La transparence s'impose ici. Et de l'autre : comment faire en sortent que les gens qui ont de l'argent et du pouvoir l'utilisent au mieux. Il y a en principe pour cela trois moyens : la culture collective et donc le syst&#232;me de valeurs de la soci&#233;t&#233; : c'est l'id&#233;al mais nous en sommes loin ; c'est pourtant l&#224; que se fait la diff&#233;rence entre une soci&#233;t&#233; civilis&#233;e et une soci&#233;t&#233; en voie de barbarisation. Il y a ensuite une fiscalit&#233; incitative : on en a parl&#233;. Et enfin &#224; l'extr&#234;me la coercition. Mais l'essentiel de notre probl&#232;me n'est pas l&#224; : il est dans les valeurs collectives.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question de l'h&#233;ritage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons raisonn&#233; implicitement surtout sur la propri&#233;t&#233; acquise. Que dire alors de l'h&#233;ritage ? Le premier angle &#224; consid&#233;rer ici est purement factuel : il n'y a pas de syst&#232;me de propri&#233;t&#233; priv&#233;e efficace, c'est-&#224;-dire assurant que les d&#233;cisions &#233;conomiques sont prises pour l'essentiel par des personnes responsables de leurs biens, s'il n'y a pas d'h&#233;ritage. En effet, le nombre de ceux qui peuvent &#224; partir de rien cr&#233;er une fortune est infime. En dehors d'eux, si chacun partait de z&#233;ro il ne pourrait constituer sauf rares exceptions (entreprise nouvelle r&#233;ussissant exceptionnellement) qu'un capital modeste, qui ne permettrait pas d'action &#233;conomique (ou de m&#233;c&#233;nat) efficace. Et donc l'Etat contr&#244;lerait tout. On a vu ce que cela donnait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me angle est le point de vue du testateur. Il a des biens, dont il dispose pendant sa vie ; avec l'h&#233;ritage cela se prolonge dans la possibilit&#233; de choisir leur transmission. Pourquoi cela serait-il ill&#233;gitime ? Cela ne prive personne d'autre d'une fa&#231;on qui serait injuste pour ce tiers. On l'a vu, il peut l&#233;guer &#224; des fondations, et c'est en soi une bonne chose. Mais ce peut &#234;tre aussi &#224; des personnes qu'il choisit. Notamment afin de constituer ou de transmettre &#224; son tour un patrimoine, ce qui permet &#224; une famille de se prolonger dans l'avenir, et d'assumer un r&#244;le qui n'aurait pas &#233;t&#233; possible sans cela. De ce point de vue la libert&#233; de tester, tr&#232;s &#233;troite en France, devrait &#234;tre beaucoup plus grande. Il faut en outre distinguer entre les biens. Si on parle de biens personnels, de maisons, cela doit &#233;choir naturellement &#224; la famille. Si c'est une entreprise, une consid&#233;ration essentielle est la vie de cette entreprise. Il vaut sans doute mieux qu'elle reste la responsabilit&#233; de la famille, si elle est capable de l'assumer, plut&#244;t que d'&#234;tre vendue &#224; une entit&#233; plus grande &#8211; ce qui serait in&#233;vitable si les droits de mutation sont trop lourds, ou l'h&#233;ritage impossible. Ce peut &#234;tre vraie aussi d'une propri&#233;t&#233; porteuse d'une signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle fiscalit&#233; alors sur les successions ? Il faut distinguer. Il n'y a pas de raison en soi de frapper automatiquement et fortement tous les h&#233;ritages, d'autant qu'on a admis un imp&#244;t sur la fortune. J'aurais tendance &#224; distinguer trois cat&#233;gories, ce que la loi ne fait pas ou tr&#232;s peu. Il y a d'abord les biens &#224; caract&#232;re personnel (maisons comprises) auxquels j'ajoute les biens &#224; signification familiale (propri&#233;t&#233; familiale) : ils devraient &#234;tre exempt&#233;s. Il y a ensuite les biens de production, entreprise en premier lieu, exploitation agricole (directe) : la transmission &#224; qui l'assume, en prend la responsabilit&#233;, devrait assez libre et &#234;tre peu ou plut&#244;t pas tax&#233;e. Il y a enfin ce qui n'entre pas dans ces cat&#233;gories : les fortunes qui ne sont que des fortunes. L&#224; un dispositif progressif a sa place. Sauf si l'argent va &#224; des &#339;uvres d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
