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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Transmettre : le cas des tr&#232;s grandes fortunes</title>
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		<dc:date>2026-02-07T15:58:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Fortune</dc:subject>
		<dc:subject>Tr&#232;s riches</dc:subject>
		<dc:subject>H&#233;ritage</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On a beaucoup d&#233;battu r&#233;cemment le cas des tr&#232;s grandes fortunes. Faut-il les r&#233;duire ? Peut-on les transmettre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions se posent en termes tr&#232;s diff&#233;rents dans leur cas, car ce qui est d&#233;tenu ou transmis repr&#233;sente non seulement une valeur financi&#232;re appr&#233;ciable, mais conf&#232;re un vrai pouvoir et un r&#244;le dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question pr&#233;alable qui se pose alors est celle de la signification de ces fortunes dans la soci&#233;t&#233; ; cela permet ensuite de s'interroger sur leur d&#233;tention et transmission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Ma communication au colloque de janvier 2026 de l'Association des &#233;conomistes catholiques, consacr&#233; &#224; la Transmission)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Fortune-et-inegalites-.html" rel="directory"&gt;In&#233;galit&#233;s, fortune&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Fortune-+.html" rel="tag"&gt;Fortune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Tres-riches-+.html" rel="tag"&gt;Tr&#232;s riches&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Heritage-+.html" rel="tag"&gt;H&#233;ritage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/load-line-188952_640.jpg?1787417301' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question de la transmission de biens se pose en termes tr&#232;s diff&#233;rents dans le cas des v&#233;ritables fortunes, lorsque ce qui est transmis repr&#233;sente non seulement une valeur financi&#232;re appr&#233;ciable, mais conf&#232;re un vrai pouvoir et un r&#244;le dans la soci&#233;t&#233;. La question pr&#233;alable qui se pose alors est celle de la signification de ces fortunes dans la soci&#233;t&#233; ; cela permet ensuite de s'interroger sur leur transmission. A partir de l&#224;, on &#233;voquera bri&#232;vement la transmission de fortunes plus petites.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les tr&#232;s grandes fortunes : position de la question&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qu'un tr&#232;s riche ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord un fait simple : &#234;tre riche est d'abord une question de pouvoir. Il n'en est pas de m&#234;me pour les autres patrimoines. Selon une d&#233;finition r&#233;cemment propos&#233;e, on dit en France que quelqu'un est &#8216;riche' &#224; partir de 500 000 &#8364; de patrimoine, soit moins de 3 fois le patrimoine m&#233;dian brut qui est de 177 200 &#8364; en France (2022). Mais c'est absurde au vu de la perception spontan&#233;e du mot : on dira plut&#244;t de cette personne qu'elle est ais&#233;e. Un Parisien qui a un bel appartement, un bon revenu, des actifs financiers et une r&#233;sidence secondaire ou deux m&#232;ne une vie a priori bien plus confortable que le Fran&#231;ais moyen, mais son r&#244;le socio&#233;conomique n'est pas structurellement diff&#233;rent. Plus pr&#233;cis&#233;ment, ce qui permet de vivre d'une certaine mani&#232;re est d'abord le revenu, et on peut vivre bien sans patrimoine. Comme on sait d'ailleurs, les in&#233;galit&#233;s de patrimoine sont bien plus fortes que celles de revenu. Le patrimoine peut &#234;tre source de s&#233;curit&#233;, mais cela reste limit&#233; et sans grand effet sur le reste de la soci&#233;t&#233;. Il ne commence &#224; peser que s'il produit un revenu cons&#233;quent : la diff&#233;rence commence donc avec la capacit&#233; &#224; vivre de ses rentes sans manger son capital (20 millions d'euros ?). Mais encore au-del&#224;, le vrai riche est celui dont le patrimoine est suffisant pour lui donner un vrai pouvoir, notamment par ses investissements ; c'est ce qu'on appellera alors une fortune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on regarde les 10 premi&#232;res fortunes mondiales actuelles, on trouve des sommes d&#233;passant les 100 milliards de dollars ; ce sont tous des propri&#233;taires d'entreprises. Ils sont pour la plupart dans la tech : 8 sur 10. La situation par secteur d'activit&#233; est plus diversifi&#233;e si regarde en dessous, dans les 500 premiers mondiaux, o&#249; tous d&#233;passent les 5 milliards. Cela dit, hors les 10 premiers, ils sont loin d'&#234;tre principalement am&#233;ricains, ni m&#234;me occidentaux. En outre, si l'h&#233;ritage y a jou&#233; son r&#244;le, c'est de fa&#231;on plut&#244;t secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait objecter que ceci est d&#251; en partie &#224; une conjoncture boursi&#232;re fragile (un effet de bulle), et que cette distribution peut donc &#234;tre remise en cause de fa&#231;on importante. C'est vrai, mais cela ne fait pas dispara&#238;tre la question. M&#234;me &#233;ventuellement corrig&#233;e, l'&#233;volution est incontestablement &#224; l'&#233;tablissement croissant de tr&#232;s grandes fortunes au niveau mondial, et il s'agit pour la grande majorit&#233; de fortunes nouvelles. C'est entre autres un effet massif de la mondialisation, qui a permis et permet une croissance consid&#233;rable des entreprises multinationales, combin&#233;e avec la technologie, qui a fait &#233;merger la majorit&#233; des nouveaux venus, notamment dans les 10 plus riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon une estimation de la CNUCED, 80 % du commerce mondial est le fait de compagnies transnationales et de leurs cha&#238;nes d'approvisionnement ; il en est probablement de m&#234;me pour au moins 80 % de l'investissement direct. Certaines estimations conduisent &#224; consid&#233;rer que leur valeur ajout&#233;e cumul&#233;e serait de 21 % &#224; 25 % du PIB mondial, et pas loin de la moiti&#233; si on tenait compte en outre de leurs cha&#238;nes d'approvisionnement et de distribution. En regard, pour arriver &#224; une valeur ajout&#233;e comparable, il faut mettre ensemble (en commen&#231;ant par les plus pauvres en termes de revenu par t&#234;te) la grande majorit&#233; des pays. De m&#234;me, ces grandes entreprises cumulent une proportion majoritaire de la capitalisation boursi&#232;re mondiale ; alors que celles de la tr&#232;s grande majorit&#233; des pays les moins dot&#233;s, cumul&#233;es, sont en comparaison n&#233;gligeables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une injustice au d&#233;part ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc des gens tr&#232;s riches, donc puissants, et au niveau mondial cela atteint des sommes consid&#233;rables. Le montant &#233;lev&#233; des chiffres permet &#224; certaines ONG de beaux effets de manche. Selon Oxfam (d&#232;s 2014) pr&#232;s de la moiti&#233; des richesses mondiales est d&#233;tenue par 1 % de la population. Ou encore, la moiti&#233; la moins riche de la population mondiale poss&#232;de la m&#234;me richesse que les 85 personnes les plus riches du monde. Depuis, Oxfam insiste sur l'&#233;volution et explique que depuis 2020 ces 1 % les plus riches ont &#8216;accapar&#233;' 63 % des &#8216;richesses' nouvelles cr&#233;&#233;es (en fait de l'augmentation de valeur des patrimoines, essentiellement boursiers). On peut discuter la m&#233;thodologie suivie sur des points importants, mais pour notre propos ici l'important est ailleurs. Il est &#233;vident que la fortune d&#233;tenue par les tr&#232;s riches est colossalement sup&#233;rieure au patrimoine d&#233;tenu par les plus pauvres sur la plan&#232;te ; et il est clair que dans la p&#233;riode r&#233;cente, la hausse substantielle des march&#233;s financiers et immobiliers a massivement profit&#233; &#224; ceux qui d&#233;tenaient de la fortune, et &#233;videmment pas aux d&#233;munis d'Afrique ou d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, l'argumentation en termes d'accaparement n'est pas tr&#232;s logique. Les fondateurs des GAFAM ou de leurs &#233;quivalents n'ont rien vol&#233; directement &#224; qui que ce soit (hors comportements non-concurrentiels). Quand on explique qu'environ 65 milliardaires poss&#232;dent autant qu'un milliard de personnes, cela n'a donc pas de sens direct : certes, ce milliard de personnes, en grande partie africain ou sud-asiatique, ne poss&#232;de rien, ou des terrains et objets sans valeur marchande appr&#233;ciable ; mais d'un autre c&#244;t&#233; les Musk, Gates, Bezos ou autres ne leur ont rien pris ; ils ont cr&#233;&#233; des entreprises qui se sont appr&#233;ci&#233;es en Bourse parce que leur potentiel de gain s'est av&#233;r&#233; &#233;norme &#8211; et aussi parce que ce sont des monopoles naturels. Cette situation pose un gros probl&#232;me en termes de pouvoir, comme on le reverra, et par ailleurs les d&#233;tenteurs de ces fortunes ont une responsabilit&#233; majeure envers la soci&#233;t&#233;. Mais dans ces cas il n'y a pas de lien direct et g&#233;n&#233;ral entre leur richesse et la pauvret&#233; des autres &#233;voqu&#233;s ici. Ce n'est donc pas un angle pertinent pour appr&#233;cier la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;tention des grands patrimoines &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs il est une question pr&#233;alable essentielle &#224; poser &#224; propos de tels patrimoines, qui est celle de la propri&#233;t&#233; des actifs &#233;conomiques. Sauf &#224; les donner pour l'essentiel &#224; l'Etat, ils sont propri&#233;t&#233; de quelqu'un. Dans cette situation, la tendance &#224; une forte in&#233;galit&#233; est in&#233;vitable, m&#234;me si on peut tenter de la corriger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on faire disparaitre cette in&#233;galit&#233; ? Si on regarde les faits en perspective historique, la question appara&#238;t difficile. Un panorama historique a &#233;t&#233; dress&#233; par Walter Scheidel . Il montre qu'au cours de l'histoire les in&#233;galit&#233;s n'ont &#233;t&#233; vraiment r&#233;duites qu'au prix de violences consid&#233;rables et exceptionnelles (grandes guerres, r&#233;volutions radicales etc.) Et encore dans tous les cas leurs effets ont toujours fini par s'&#233;roder. En revanche, Scheidel montre que les autres voies pour &#233;galiser sont d'effet limit&#233; - qu'il s'agisse du d&#233;veloppement &#233;conomique, de la d&#233;mocratisation, ou encore d'une action politique volontariste. L'in&#233;galit&#233; para&#238;t donc &#234;tre un fait quasi permanent, que seule une violence radicale peut r&#233;duire, et pour peu de temps. Plus exactement, cela a pu am&#233;liorer le sort de la majorit&#233;, parfois consid&#233;rablement, mais une forte in&#233;galit&#233; a subsist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est pourtant que les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes connaissent aujourd'hui encore un niveau d'in&#233;galit&#233; plut&#244;t mod&#233;r&#233; selon les crit&#232;res historiques. Mais outre qu'une in&#233;galit&#233; appr&#233;ciable subsiste, cette situation remonte aux deux guerres mondiales et aux crises de l'&#233;poque, qui ont provoqu&#233; une r&#233;duction, voire une liquidation sans pr&#233;c&#233;dent des avantages de revenus et de fortunes consid&#233;rables qui pr&#233;valaient avant 1914 (par la fiscalit&#233;, et par la ruine directe, due &#224; l'effondrement de la valeur de bien des classes d'actifs). Il en est r&#233;sult&#233; surtout une fiscalit&#233; tr&#232;s &#233;lev&#233;e, justifi&#233;e au d&#233;part par l'effort de guerre ou ses s&#233;quelles, puis r&#233;utilis&#233;e apr&#232;s la guerre pour la redistribution. Mais c'&#233;tait dans le cadre d'&#233;conomies relativement ferm&#233;es. Or comme on sait, cette situation particuli&#232;re n'a pas dur&#233;, du fait de l'ouverture des fronti&#232;res et de la mise en concurrence des capitalismes, m&#234;me si la redistribution a en partie appr&#233;ciable subsist&#233;, et la fiscalit&#233; correspondante. Depuis lors, le sch&#233;ma est soumis &#224; de fortes pressions, et tend &#224; s'&#233;roder ; parall&#232;lement les in&#233;galit&#233;s remontent. Notons en outre que pour la partie la plus pauvre de la population, il y a eu am&#233;lioration tr&#232;s r&#233;elle en termes de revenus et de droits sociaux - mais pas en termes de patrimoine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela montre les limites d'une r&#233;duction frontale et radicale des in&#233;galit&#233;s. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a rien &#224; faire, mais cela pousse &#224; ne pas s'illusionner sur l'utopie d'une &#233;galit&#233; g&#233;n&#233;rale ou m&#234;me relative. Seule une &#233;conomie sovi&#233;tis&#233;e ferait disparaitre ces in&#233;galit&#233;s de fortunes &#8211; mais d'ailleurs pas celles de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cons&#233;quences pour la soci&#233;t&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les responsabilit&#233;s des grandes fortunes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant la question subsiste, et a plusieurs dimensions. Elle l'est d'autant plus que l'&#233;mergence actuellement constat&#233;e de tr&#232;s grandes fortunes n'est historiquement pas si fr&#233;quente &#224; un tel niveau, m&#234;me dans les p&#233;riodes tr&#232;s capitalistes comme le XIXe si&#232;cle. Elle est porteuse d'effets consid&#233;rables, bien au-del&#224; du pur effet d'in&#233;galit&#233;. Il est &#233;vident d&#233;j&#224; que cette concentration de moyens donne un pouvoir &#233;conomique consid&#233;rable aux int&#233;ress&#233;s, comme d'ailleurs elle le donne &#224; un moindre degr&#233; aux dirigeants de tr&#232;s grandes entreprises lorsque la d&#233;tention en est diffuse (actionnariat dispers&#233;). En soi, ce pouvoir ne diff&#232;re pas de tout pouvoir exerc&#233; par un d&#233;tenteur quelconque de moyens financiers en &#233;conomie capitaliste ou de march&#233;. Mais cette observation ne dispense pas d'examiner si dans leur cas ce pouvoir est excessif. Au minimum, par examen des conditions de leur prosp&#233;rit&#233;, par exemple en termes de concurrence : c'est la question que posent notamment les monopole de fait des GAFAM. Ou en analysant leur contribution fiscale aux pays o&#249; les entreprises correspondantes sont actives. Ou m&#234;me en mesurant l'impact de leurs d&#233;cisions sur la vie &#233;conomique et sociale des pays d'implantation. En d'autres termes se pose une question de responsabilit&#233; sociale plus que d'in&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus particuli&#232;rement, le risque naissant de ces fortunes consid&#233;rables (ou de ces tr&#232;s grandes entreprises) peut appara&#238;tre aussi sur le terrain politique, soit par pression directe, soit par financement de la vie politique : c'est ce qu'on observe aux Etats-Unis , o&#249; ce financement n'est pas plafonn&#233;. Notons cependant qu'il s'y est exerc&#233; traditionnellement plut&#244;t au profit des d&#233;mocrates, suppos&#233;s &#234;tre de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre probl&#233;matique li&#233;e aux grandes fortunes et &#224; leur responsabilit&#233; envers la soci&#233;t&#233;, moins soulign&#233;e, est celle du pouvoir social et culturel que donne potentiellement le fait d'&#234;tre pourvu d'une vraie fortune. C'est en un sens la question des &#233;lites, dans sa dimension &#233;conomique. Ce qui sera alors important est la culture de ces &#233;lites : leur syst&#232;me de valeurs et leur action effective. Une approche &#233;thique conduit naturellement &#224; souligner leurs devoirs correspondants, &#224; l'&#233;vidence consid&#233;rables. Historiquement, &#224; c&#244;t&#233; des pouvoirs publics et de l'Eglise, les d&#233;tenteurs de moyens importants ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans le d&#233;veloppement de la civilisation, notamment des arts et lettres, mais aussi de l'&#233;conomie et d'autres causes. Mais ils &#233;taient &#233;duqu&#233;es, et ils avaient dans les soci&#233;t&#233;s de l'&#233;poque une forme d'exigence sociale, d'&#233;thique personnelle, sinon de vanit&#233; bien orient&#233;e, qui leur imposait un devoir qualitatif, dont les effets ont &#233;t&#233; historiquement immenses, et positifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en est plus de m&#234;me maintenant. Trop de ces nouveaux riches n'aspirent qu'&#224; ne plus &#234;tre visibles, ou consid&#232;rent que le niveau de leurs imp&#244;ts les dispense de tout effort au service de la communaut&#233; - ce qui est une aberration profonde. D'autres en revanche utilisent leur argent pour des fondations, parfois de grandes envergure, mais la question se pose alors des objectifs poursuivis par ces fondations. L'enjeu est &#233;norme. D'un c&#244;t&#233;, on ne peut pas dire que la &#171; culture &#187; de ces &#171; &#233;lites &#187; soit particuli&#232;rement impressionnante, pour parler aimablement. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, ils n'ont jamais eu autant de moyens, disposant de sommes immenses leur permettant d'orienter la soci&#233;t&#233; dans un sens ou un autre, soit par leurs investissements, soit par leurs dons, soit par leur activit&#233; (Facebook, Twitter etc.). Certes, il est en soi bon que des riches investissent et donnent. Mais ici les sommes sont exceptionnelles. Or les orientations de leurs d&#233;tenteurs, quand ils en ont, sont principalement domin&#233;es par l'id&#233;ologie de l'&#233;poque, par le politiquement correct, plus que par la recherche du beau et du bien. Pour d'autres (rentiers du p&#233;trole) ce sera en faveur d'une propagande islamiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps, ce n'est a priori pas une autorit&#233; mondiale qui y mettra bon ordre quand le besoin appara&#238;t. Ici encore, s'il y a un niveau de moralit&#233; possible (toute relative, et variable selon les r&#233;alit&#233;s locales), c'est &#224; ce jour encore au niveau national, &#233;ventuellement dans la coop&#233;ration entre nations. Mais encore faut-il en &#234;tre conscient, et agir comme il le faut, car &#224; nouveau les enjeux sont consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La solution des fondations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#233;voquer ici un point sp&#233;cifique mais tr&#232;s important : le r&#244;le des fondations dans la d&#233;tention des grandes fortunes. Comme on le verra, elle a un lien particulier avec la question de l'h&#233;ritage. Elle substitue une forme d'institution priv&#233;e soumise &#224; des r&#232;gles aux choix personnel d'un individu richissime. C'est donc une forme de d&#233;tention priv&#233;e, non &#233;tatique, donc de pouvoir, mais qui n'est pas remise &#224; une personne. Ce peut &#234;tre la meilleure des choses, mais ce peut aussi &#234;tre contestable. Comme on sait, une fondation re&#231;oit une donation d'une personne fortun&#233;e, et la g&#232;re ensuite en fonction de r&#232;gles &#233;tablies &#224; l'avance, dont un conseil compos&#233; de fiduciaires ou &#8216;trustees' v&#233;rifie la mise en &#339;uvre. L'usage de l'argent est donc pr&#233;&#233;tabli, et non arbitraire. Mais cela peut rester un pouvoir consid&#233;rable, m&#234;me si le jugement &#224; porter sur l'action men&#233;e se r&#233;f&#232;rera d&#233;sormais &#224; ces r&#232;gles et non plus au propri&#233;taire initial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc bien en soi (si ces instructions sont bien orient&#233;es) : cela peut en particulier servir de soutien &#224; une charte d'entreprise orient&#233;e vers le bien commun, en rendant une OPA difficile ou impossible. Sous un autre angle, cela peut donner des ressources &#224; une &#339;uvre d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Mais compte tenu de la rigidit&#233; des r&#232;gles d'usage, ce peut aussi &#234;tre un facteur important de blocage de l'&#233;conomie s'il y en a trop, un facteur de rigidit&#233; ou de manque de d&#233;cision voire d'ambition : les trustees n'ont pas la libert&#233; de d&#233;cision de vrais propri&#233;taires. Ce n'est donc pas une panac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les actions possibles &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les propositions des radicaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses propositions sont r&#233;guli&#232;rement faites pour r&#233;pondre &#224; cette &#233;volution, notamment de la part d'ONG ou d'&#233;conomistes de gauche. Elles tournent presque toutes autour de l'id&#233;e d'un imp&#244;t mondial sur la fortune, soit annuel (permanent) soit sur les successions, et en g&#233;n&#233;ral les deux. On parle ici d'imp&#244;ts nouveaux sp&#233;cifiques ; &#224; nouveau, cette question doit &#234;tre distingu&#233;e de la question de l'&#233;vasion fiscale des tr&#232;s riches, question importante mais d'un autre ordre. Nous ne pouvons ici les examiner dans le d&#233;tail. Les uns veulent des mesures lourdes (Oxfam, Piketty et autres) : imp&#244;t sur la fortune de 5 %, taxation &#224; 90% des grosses successions etc. Ceci repr&#233;senterait une vraie r&#233;volution, aboutissant &#224; la disparition &#224; terme de tous les patrimoines un tant soit peu significatifs. Mais faire une r&#233;volution pour rapporter un produit que ces auteurs &#233;valuent &#224; 5 % du revenu national n'a pas de sens sur le plan fiscal. Dit autrement, on confisque pour assurer une &#233;galit&#233; absolue et non pas parce qu'on a collectivement un vrai besoin de l'argent. Dans ces conditions, il n'y aurait plus &#224; ce niveau de richesse qu'une propri&#233;t&#233; temporaire, d'autant que les &#8216;outils de travail' seraient pleinement inclus. Logiquement, une telle machinerie de r&#233;duction syst&#233;matique des in&#233;galit&#233;s d&#233;boucherait donc sur une &#233;conomie &#233;tatis&#233;e. D'autres, plus mod&#233;r&#233;s (Abhijit V. Banerjee et Esther Duflo par exemple) &#233;voquent un imp&#244;t sur la fortune qui se situerait &#224; 2% au-dessus de 50 M$ et &#224; 3 % au-dessus du milliard. Mais il ne rapporterait selon leur analyse que 1% du PIB. Cela aurait donc un effet appr&#233;ciable sur les int&#233;ress&#233;s, mais tr&#232;s peu d'int&#233;r&#234;t pour les finances publiques. Ce serait a fortiori le cas de la taxe Zucman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut faire une remarque analogue pour la proposition d'Oxfam, qui voudrait redistribuer la fortune des milliardaires aux pauvres de la plan&#232;te. En reprenant tels quels leurs chiffres, on les comparera &#224; l'aide publique au d&#233;veloppement soit 204 MM en 2022, 0.36% du PNB. Le chiffre qu'Oxfam en attend repr&#233;sente 3 % environ du PNB. Mais autant une taxation g&#233;n&#233;rale des fortunes &#224; 5 % serait une v&#233;ritable r&#233;volution au sens plein du terme, autant une augmentation de l'aide publique au d&#233;veloppement passant &#224; 3 % du PNB serait en soi faisable techniquement, les ponctions fiscales publiques sur les &#233;conomies &#233;tant d&#233;j&#224; de l'ordre de 30 &#224; 50 % selon les pays. M&#234;me si &#233;videmment c'est parfaitement utopique politiquement, ce calcul montre que la cr&#233;ation d'un imp&#244;t sur la fortune, mondial et massif, et celle d'une r&#233;duction de l'in&#233;galit&#233; en faveur des plus pauvres sont deux questions distinctes. A nouveau, on ne taxe pas au nom de la ressource fiscale, mais uniquement pour des motifs &#233;galitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; donc, toutes les propositions ci-dessus &#233;voqu&#233;es visent uniquement &#224; remettre en question le principe m&#234;me des grandes fortunes plut&#244;t qu'&#224; proposer une solution &#224; la pauvret&#233;. On ne peut plus g&#233;n&#233;ralement pas mettre en face un patrimoine et une d&#233;pense. Et comme chacun sait, ce sont encore moins des mesures r&#233;alistes dans le contexte mondial existant. Par ailleurs, &#224; nouveau, cela ne r&#233;pond pas &#224; la question centrale de la propri&#233;t&#233; des entreprises. Qui en effet d&#233;tiendrait les entreprises ? M&#234;me si on distribuait les titres dans la population, soit chacun voudrait vendre d&#232;s que possible ses titres, mais qui ach&#232;terait ? Soit cette d&#233;tention serait bloqu&#233;e, la propri&#233;t&#233; restant divis&#233;e et de ce fait aux mains des gestionnaires de fond, &#233;tant entendu que le seul actionnaire important serait l'Etat. Outre que cela retirerait &#224; l'effort de chacun une de ses motivations majeures, cela donnerait dans les faits &#224; l'Etat un pouvoir quasi absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons en outre que ces propositions sont particuli&#232;rement brutales en mati&#232;re d'h&#233;ritage, comme si une certaine tol&#233;rance (toute relative) subsistait pour les cr&#233;ateurs de ces fortunes &#8211; mais en aucun cas pour leurs h&#233;ritiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, ce qui vient d'&#234;tre dit porte sur les propositions visant &#224; une r&#233;duction marqu&#233;e des in&#233;galit&#233;s et en l'esp&#232;ce des grands fortunes. Tout autre est la consid&#233;ration de la juste participation des plus ais&#233;s, notamment des plus riches, au financement des charges communes par l'imp&#244;t, logiquement plus &#233;lev&#233;e compte tenu de leur capacit&#233; contributive, et indiscutable dans son principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alternatives possibles au niveau politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste cependant la question de la surpuissance des tr&#232;s grandes fortunes. Que peut-on faire, sans aller jusqu'aux mesures &#233;voqu&#233;es &#224; l'instant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait d&#233;j&#224; imaginer des solutions l&#233;g&#232;rement plus mod&#233;r&#233;es, par exemple si on interdisait les fortunes au-del&#224; d'un certain niveau tr&#232;s &#233;lev&#233;, sous peine d'imp&#244;t. Le surplus serait alors soit donn&#233; ou soit confisqu&#233;. Logiquement cela d&#233;boucherait sur une expansion massive des fondations. Le jugement port&#233; sur la mesure d&#233;pendrait alors du statut de ces fondations. L'avantage serait d'avoir des sommes &#233;normes mises au services d'objectifs cens&#233;s &#234;tre orient&#233;s vers une forme de bien commun. L'inconv&#233;nient serait le gel croissant d'une partie appr&#233;ciable du capital dans des strat&#233;gies rigides. Si cette voie n'&#233;tait pas praticable, resterait la possibilit&#233; d'une diffusion dans le public. Mais l&#224; aussi la majorit&#233; des gens vendrait assez vite leurs titres. Cela reviendrait au fond &#224; favoriser la dispersion du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, cela pose donc la question du contr&#244;le des grandes entreprises. S'il n'y a pas de grande fortune, ni de fondation, c'est soit un capital dispers&#233;, soit l'Etat. Mais il n'est pas d&#233;montr&#233; que la dispersion du capital soit un net progr&#232;s, tant s'en faut. Remettant le pouvoir soit aux dirigeants d'entreprise, soit plus encore aux soci&#233;t&#233;s de gestion, ne garantit en rien un progr&#232;s dans l'utilisation des moyens &#233;conomiques. L'exp&#233;rience r&#233;cente montre m&#234;me qu'il y a un risque &#233;lev&#233; d'une gestion &#224; beaucoup plus court terme. Y a-t-il un vrai int&#233;r&#234;t &#224; ce que LVMH (d&#233;tenu actuellement par Bernard Arnault et sa famille) ait un capital dispers&#233; ? Y a-t-il un sens &#224; ce qu'elle soit propri&#233;t&#233; de l'Etat (sauf &#224; jouer le basculement en &#233;conomie socialiste) ? Quel est le progr&#232;s en termes de pouvoir ? Implicitement est ainsi pos&#233;e la question de la diff&#233;rence entre un pouvoir dont dispose un particulier et un pouvoir r&#233;sultant d'un processus politique. Qu'est-ce qui garantit que le second est meilleur, dans le cas d'une entreprise ou d'une fortune ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a toutefois des hypoth&#232;ses o&#249; cela peut s'imposer. Par exemple si le pouvoir priv&#233; est &#224; la fois tr&#232;s grand, et exerc&#233; de fa&#231;on nocive. Dans ce cas, on peut par exemple avoir &#224; le fractionner sans pour autant tout remettre &#224; l'Etat. A un niveau encore plus mod&#233;r&#233;, et anormalement n&#233;glig&#233;, il y a la m&#233;thode de l'antitrust : le fait d'obliger au morcellement d'entit&#233;s soit monopolistes, soit trop puissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble en d&#233;finitive qu'au niveau politique la question doive faire l'objet d'un jugement cas par cas. Le point central est que tout d&#233;pend finalement de la mani&#232;re dont le pouvoir qu'on a &#233;voqu&#233; est utilis&#233; par ses d&#233;tenteurs. S'il y a exc&#232;s de pouvoir, ou utilisation vraiment contestable de l'argent, une intervention muscl&#233;e peut se justifier. Sinon, ses avantages ne sont pas &#233;vidents, malgr&#233; les apparences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En perspective chr&#233;tienne, notamment catholique, la question s'&#233;claire d'une notion essentielle, ce qu'on appelle la destination universelle des biens, le fait que toute propri&#233;t&#233; nous est confi&#233;e pour &#234;tre utilis&#233;e au service du bien commun. Et naturellement, cette responsabilit&#233; est d'autant plus grande que la fortune est plus vaste. Autant le pape Pie XI a pu montrer les effets b&#233;n&#233;fiques possibles de la vertu de magnificence, c'est-&#224;-dire l'utilisation g&#233;n&#233;reuse de moyens importants au service du bien commun, autant le riche qui utilise mal les moyens dont il dispose d&#233;tourne-t-il ce pour quoi sa richesse est faite. Qu'il ne s'&#233;tonne pas alors si elle est remise en cause&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les grandes fortunes et l'h&#233;ritage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant de fa&#231;on plus sp&#233;cifiques comme se pose la question de l'h&#233;ritage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La transmission de grandes fortunes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu que si de l'argent est investi dans des actifs, il est d&#233;tenu par quelqu'un, et si ce n'est pas uniquement par des institutions publiques (l'Etat et les autres), il l'est par des personnes, directement ou non. A nouveau, il y a donc naturellement et l&#233;gitimement une fonction de d&#233;tention priv&#233;e d'actifs importants, investies dans des biens de production, et si possible activement g&#233;r&#233;es dans le sens du bien commun. Or ces fortunes ont en partie importante une dimension familiale. Une des raisons de leur constitution est de permettre aux g&#233;n&#233;rations futures de disposer de moyens qui leur permette d'agir et, dans le cas optimal, &#224; leur tour de faire du bien, l&#224; aussi dans le sens du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains estiment cependant qu'il n'est pas juste de faire h&#233;riter ses enfants. Dans le cadre fran&#231;ais, cela explique en partie le niveau relativement &#233;lev&#233; des droits de succession actuels. Mais on ne voit pas le progr&#232;s collectif qui r&#233;sulterait de la disparition de fortunes priv&#233;es au profit du seul Etat, donc on constate chaque jour les limites en mati&#232;re tant de cr&#233;ation &#233;conomique que d'inclusion sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte am&#233;ricain, un courant diff&#233;rent est lui aussi r&#233;ticent &#224; l'&#233;gard de l'h&#233;ritage, mais ce n'est pas pour le donner &#224; l'Etat. Ce peut &#234;tre pour en doter des fondations, qui comme on l'a dit peinent &#234;tre de bonnes institutions pour affecter une certaine fortune &#224; un objectif de bien commun (m&#234;me si le dispositif est parfois d&#233;tourn&#233; et si, comme on l'a dit aussi, il a ses limites). D'autres prennent le probl&#232;me autrement : pour Frank Hann, qui a &#233;crit un livre int&#233;ressant sur le bon usage de son argent , l&#233;guer &#224; ses enfants n'est pas n&#233;cessairement le bon moyen pour contribuer au bien commun. Il pr&#233;f&#232;re que chacun prenne pendant sa vie la responsabilit&#233; de son propre argent, celui qu'il a gagn&#233; lui-m&#234;me. Il propose donc &#224; chacun de se donner un programme, bas&#233; sur son esp&#233;rance de vie, visant &#224; avoir donn&#233; la totalit&#233; de sa richesse non essentielle au moment de sa mort. Il explique en outre que si nous ne sommes pas en &#233;tat d'utiliser au mieux notre richesse, notamment si nous en avons h&#233;rit&#233; et ne savons pas l'utiliser dans le prolongement des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes, il nous faut transf&#233;rer cette richesse &#224; ceux qui sont mieux &#224; m&#234;me de l'utiliser - et le faire vite, car c'est aujourd'hui que les n&#233;cessiteux en ont besoin. Se d&#233;barrasser de la richesse excessive est, dit-il, une &#233;cole de vertu. Par rapport &#224; l'approche &#233;tatique &#224; la fran&#231;aise, cette conception a l'avantage de laisser l'initiative aux personnes, et de garder la possibilit&#233; de fortunes priv&#233;es, tourn&#233;es vers le bien commun, notamment par le biais de cet outil que sont les fondations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'oblige cependant &#224; aller n&#233;cessairement dans cette direction, sauf appel particulier, analogue &#224; celui du jeune homme riche des &#233;vangiles. Car cette conception m&#233;conna&#238;t la l&#233;gitimit&#233; de la communaut&#233; familiale, ainsi que de la responsabilit&#233; qu'elle peut se reconna&#238;tre et assumer envers certains actifs. En outre, on ne voit pas pourquoi, a priori, la propri&#233;t&#233; qu'une individu a sur des biens ne peut s'&#233;tendre au-del&#224; de sa vie. Enfin, on l'a dit, il faut dans une &#233;conomie d&#233;centralis&#233;e que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e assume la gestion d'actifs importants, si on ne veut pas tout &#233;tatiser. Et on l'a vu, on ne peut pas tout faire par des fondations. D'o&#249; le besoin de fortunes priv&#233;es. Mais sauf constitution rapide dans sa vie d'une fortune appr&#233;ciable, ce qui ne peut &#234;tre tr&#232;s fr&#233;quent, cela suppose parall&#232;lement l'existence de fortunes h&#233;rit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vouloir l&#233;guer &#224; ses enfants (ou d'autres) un patrimoine est donc en soi un objectif l&#233;gitime &#8211; mais &#224; une condition majeure : qu'on les ait &#233;duqu&#233;s pour pouvoir bien l'utiliser. Dit autrement, il y a priorit&#233; au bon usage de la richesse par rapport &#224; sa distribution, et doc &#224; ce que la soci&#233;t&#233; soit organis&#233;e pour canaliser la cuture des puissants. Or cet usage vertueux s'apprend notamment en famille. Mais, naturellement, si la solution familiale ou l'h&#233;ritage a des chances de ne pas donner un r&#233;sultat satisfaisant, il peut &#234;tre bon voire n&#233;cessaire de l&#233;guer &#224; quelqu'un d'autre, si la loi le permet : salari&#233;s, fondations ou autres. Encore faudrait-il que la loi ne l'emp&#234;che pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas plus g&#233;n&#233;ral de la transmission de la fortune&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les remarques ci-dessus valent aussi pour les fortunes de rang inf&#233;rieur : l&#233;gitimit&#233; de la transmission, injustice de la confiscation. L&#224; aussi la question de la formation &#224; un usage vertueux est majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons cependant que se pose ici de fa&#231;on particuli&#232;rement aigu&#235; la question du maintien de l'int&#233;grit&#233; du patrimoine, lorsque celui-ci comporte une entit&#233; &#233;conomique importante et formant un tout. La question n'est alors pas seulement celle des droits de mutations, mais aussi, dans un pays comme la France, de la r&#232;gle du partage presque &#233;gal (hors quotit&#233; disponible) entre les h&#233;ritiers. Si cela oblige &#224; c&#233;der le contr&#244;le de cet actif, ou &#224; le morceler (terres par exemple), cela rompt le lien entre cette famille et l'actif qu'elle a en g&#233;n&#233;ral constitu&#233; et dont elle se sent responsable. Il y aurait donc int&#233;r&#234;t &#224; constituer ce qu'on a appel&#233; un majorat : la possibilit&#233; pour un tel actif (s'il a une valeur &#233;conomique ou culturelle et que la division impliquerait une cession) &#224; &#234;tre transmis enti&#232;rement ou en large part &#224; un h&#233;ritier plut&#244;t qu'aux autres, voire &#224; une personne ext&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma communication au colloque de janvier 2026 de l'Association des &#233;conomistes catholiques, consacr&#233; &#224; la Transmission&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Taxer les riches ?</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Taxer-les-riches.html</link>
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		<dc:date>2025-09-18T12:21:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Fortune</dc:subject>
		<dc:subject>Tr&#232;s riches</dc:subject>
		<dc:subject>Fiscalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Zucman</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La taxe Zucman fait beaucoup parler d'elle. Au motif que les tr&#232;s riches payeraient moins d'imp&#244;ts que les autres, il est propos&#233; de taxer 2 % de leurs actifs. Nous regarderons ici le fondement moral et politique de la question : est-il juste ou &#233;quitable de cr&#233;er un tel imp&#244;t ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Distinguons d'embl&#233;e deux motivations totalement diff&#233;rentes : d'un c&#244;t&#233; le rabotage &#233;galitariste des grandes fortunes, et de l'autre la juste contribution &#224; l'effort fiscal. Le premier fait changer de soci&#233;t&#233;. Le second seul m&#233;rite examen, mais un fiscalit&#233; &#233;quitable doit rentrer dans le principe g&#233;n&#233;ral : on ne taxe que le v&#233;ritable revenu. Si des dispositifs permettent &#224; certains d'y &#233;chapper, il faut les contrer. Mais sauf cas particuliers, on ne taxe pas quelqu'un pour le d&#233;poss&#233;der d'une propri&#233;t&#233; l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Fiscalite-41-.html" rel="directory"&gt;Fiscalit&#233;&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Fortune-+.html" rel="tag"&gt;Fortune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Tres-riches-+.html" rel="tag"&gt;Tr&#232;s riches&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Fiscalite-+.html" rel="tag"&gt;Fiscalit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Zucman-+.html" rel="tag"&gt;Zucman&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/shakedown-1340048_640.webp?1787417304' class='spip_logo spip_logo_right' width='138' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La taxe Zucman fait beaucoup parler d'elle. Au motif que les tr&#232;s riches (en l'esp&#232;ce plus de 100 millions d'euros d'actifs) payeraient moins d'imp&#244;ts que les autres et notamment sur le revenu, il est propos&#233; de taxer 2 % (annuels) de la totalit&#233; de leurs actifs, ou au minimum d'exiger un paiement minimal d'imp&#244;ts &#224; cette hauteur. Nous regarderons ici le fondement moral et politique de la question : est-il juste ou &#233;quitable de cr&#233;er un tel imp&#244;t ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Distinguons d'embl&#233;e deux motivations totalement diff&#233;rentes : d'un c&#244;t&#233; le rabotage &#233;galitariste des grandes fortunes, et de l'autre la juste contribution &#224; l'effort fiscal. Ce que Zucman met en avant est le second motif, mais le premier est &#233;videmment pr&#233;sent dans bien des partisans de la taxe. Commen&#231;ons par le second.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La juste contribution &#224; l'effort fiscal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e est que les tr&#232;s riches contribuent moins que les autres, alors qu'on s'attendrait en &#233;quit&#233; &#224; ce qu'ils contribuent plus, au moins en proportion (on n'&#233;voquera pas ici la question de la progressivit&#233; &#233;ventuelle de l'imp&#244;t).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyant d'abord ce qu'on peut appeler &#233;quit&#233;. Dans son principe, selon la d&#233;claration de droits de 1948 et selon d'ailleurs le bon sens, l'imp&#244;t doit se r&#233;f&#233;rer &#224; la capacit&#233; contributive des personnes concern&#233;es, leurs &#171; facult&#233;s &#187; selon le terme employ&#233;. Or cela peut concerner deux types de ressources au sens large : les revenus et le patrimoine d&#233;tenu. Les revenus sont &#233;videmment concern&#233;s : si une ann&#233;e donn&#233;e vous gagnez quelque chose, cette richesse n'avait pas &#233;t&#233; impos&#233;e auparavant ; elle est disponible pour vous et dans le principe il para&#238;t clair que cela entre dans vos &#171; facult&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est moins imm&#233;diate pour le patrimoine. D'embl&#233;e, qui dit patrimoine &#233;voque des biens qui ont normalement d&#233;j&#224; &#233;t&#233; fiscalis&#233;s, au moins &#224; leur origine. En effet, le patrimoine a trois sources possibles. Soit les biens ont &#233;t&#233; gagn&#233;s et &#233;pargn&#233;s, &#224; partir de revenus qui ont donc &#233;t&#233; impos&#233;s ; soit ils ont &#233;t&#233; h&#233;rit&#233;s, et alors ils ont &#233;t&#233; doublement fiscalis&#233;s : ant&#233;rieurement, et au moment de la succession. Soit encore ils ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s, et ce sont essentiellement des biens de production au sens large (plus des cas particuliers, comme des objets d'art par exemple). Mais alors ou ces biens sont la source de revenus, et alors l'imp&#244;t intervient en principe, ou ils ne produisent rien. Dans ce dernier cas peut-on consid&#233;rer qu'ils sont des ressources ou &#171; facult&#233;s &#187; et qu'on peut les ponctionner ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La doctrine fiscale, et notamment celle du Conseil constitutionnel, consid&#232;re de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale que l'imp&#244;t doit &#234;tre pay&#233; au moyen des revenus. En effet, si les revenus ne permettent pas de le payer, ou si le pr&#233;l&#232;vement porte sur un pourcentage excessif de ceux-ci, l'imp&#244;t aboutit &#224; la confiscation d'une partie de la propri&#233;t&#233;. Or si celle-ci est l&#233;gale, elle ne peut &#234;tre confisqu&#233;e, tout au plus saisie et indemnis&#233;e dans des cas bien pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, cela n'emp&#234;che pas dans son principe que la base d'imposition soit autre que le revenu. Autrefois on utilisait plus largement le patrimoine comme base, car il &#233;tait plus visible (immobilier, terres etc.), alors que les revenus &#233;taient mal connus ; la taxe fonci&#232;re est un r&#233;sidu de cette &#233;poque. Mais encore faut-il qu'il y ait un motif pour taxer ainsi un actif : ainsi, dans le cas de la taxe fonci&#232;re, le lien entre ce foncier et une collectivit&#233; locale. Surtout, pour &#233;viter l'effet confiscation, cela impose de mettre un plafond fonction des revenus. C'est ce qu'on avait avec l'ISF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux familles de questions ont &#233;t&#233; soulev&#233;es &#224; ce propos. La premi&#232;re est celle des plus-values latentes : un actif entr&#233; dans votre patrimoine &#224; un certain prix s'est entretemps appr&#233;ci&#233; et vaut plus. Donc, dira-t-on, vous avez d&#233;sormais plus de ressources qu'auparavant, et ce surplus n'a, lui, jamais &#233;t&#233; impos&#233;. Ce qui est vrai ; mais en m&#234;me temps le bien, lui, n'a pas chang&#233;. Il n'y a donc lieu de l'imposer que s'ils se transforme en ressource effective, c'est-&#224;-dire est vendu, d'o&#249; l'imposition des plus-values. Sinon, ma maison vaut peut-&#234;tre plus cher, mais c'est la m&#234;me. L'entreprise a peut-&#234;tre grossi, ou a un potentiel tel qu'elle s'est appr&#233;ci&#233;e, mais son r&#233;sultat, lui, a pu rester limit&#233;. En outre, si on veut imposer la plus-value latente, cela a le grave inconv&#233;nient de taxer quelque chose d'hypoth&#233;tique : l'estimation n'est pas toujours facile, et les m&#234;mes raisons qui ont conduit &#224; un valorisation estimative sup&#233;rieure peuvent dans l'avenir conduire &#224; l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan pratique le d&#233;bat en cours l'a montr&#233; : la taxe indiscrimin&#233;e du patrimoine est notamment une menace grave pour les entreprises &#224; fort potentiel mais sans r&#233;sultat ou sans versement de dividende. A nouveau, on ne taxe l&#233;gitimement que sur la base d'un revenu constat&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me question est celle de revenus qui ont &#233;t&#233; dissimul&#233;s, parqu&#233;s, ou requalifi&#233;s de fa&#231;on &#224; &#233;chapper &#224; l'imposition des revenus. Cela veut dire que ce sont bien des revenus, c'est-&#224;-dire de l'argent effectivement gagn&#233; par une entit&#233; qu'un individu d&#233;tient, directement ou non ; mais des revenus qu'il n'a pas per&#231;us lui-m&#234;me. Par exemple des dividendes vers&#233;s par une entreprise productive (et qui ont donc pay&#233; l'IS, par exemple &#224; 25%), mais per&#231;us par une holding qu'il contr&#244;le. S'ils avaient &#233;t&#233; vers&#233;s &#224; la personne, celle-ci aurait pay&#233; dessus ce qu'on appelle la flat tax de 30% (soit un imp&#244;t total de 47.5%). La question est complexe, notamment selon le r&#233;gime fiscal de la holding, mais m&#233;rite examen ; en soi, sans entrer dans la technique, s'il appara&#238;t que la holding sert &#224; cagnotter sans payer l'imp&#244;t (ou bien moins), il y a incontestablement rupture d'&#233;quit&#233; par rapport &#224; celui qui reconna&#238;t avoir per&#231;u un revenu. Un m&#233;canisme correctif est alors justifi&#233;. Mais ce n'est a priori pas par un imp&#244;t g&#233;n&#233;ral sur le patrimoine : d'une part, il faut qu'il y ait un vrai revenu au d&#233;part, donc un dividende vers&#233; par la soci&#233;t&#233; fille, et d'autre part, il faut mettre en &#233;vidence un m&#233;canisme d'&#233;vitement de l'imp&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons enfin qu'une taxe de type Zucman, en regard des graves inconv&#233;nients soulign&#233;s, est d'un rendement comparativement m&#233;diocre. Les 20 milliards d'euros annonc&#233;s, qui seraient sans doute bien inf&#233;rieurs dans la r&#233;alit&#233;, sont &#224; comparer &#224; environ 170 milliards de d&#233;ficit budg&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le rabotage &#233;galitariste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste donc la deuxi&#232;me motivation des partisans d'une telle taxe : le rabotage &#233;galitariste. De fait, un des motifs de ce type de taxe est qu'il y a des fortunes &#233;normes, et qu'elles ont massivement augment&#233; depuis 30 ans et notamment r&#233;cemment. J'ai &#233;voqu&#233; cette question dans un autre article &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-question-des-tres-riches.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-qu...&lt;/a&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rappelais d'abord &#224; ce sujet que ces nouveaux milliardaires n'avaient pas pris cet argent &#224; d'autres : ils avaient fond&#233; (ou h&#233;rit&#233; puis d&#233;velopp&#233;) des entreprises qui avaient pris une valeur &#233;norme, directement reflet de leur succ&#232;s ; sauf irr&#233;gularit&#233;, il n'est donc pas injuste de dire qu'ils l'ont gagn&#233; . Cela dit, le reste de la soci&#233;t&#233; n'est pas non plus pour rien dans ce succ&#232;s : apr&#232;s tout, l'Internet a &#233;t&#233; invent&#233; par l'arm&#233;e am&#233;ricaine&#8230;Il ont donc un devoir envers la collectivit&#233;. Par ailleurs, sauf &#224; &#233;tatiser enti&#232;rement la soci&#233;t&#233;, une partie pr&#233;pond&#233;rante des propri&#233;t&#233;s et notamment des entreprises est d&#233;tenue par des personnes, et in&#233;vitablement de fa&#231;on tr&#232;s in&#233;gale. Leur fortune peut donc &#234;tre consid&#233;r&#233;e potentiellement l&#233;gitime. Mais elle peut poser d'autres probl&#232;mes : d'une part, n'ont-ils pas trop de pouvoir ? D'autre part, quel usage en font-ils, et rendent-ils &#224; la soci&#233;t&#233; les services qu'ils doivent lui rendre ? En un mot, quelle est leur contribution au bien commun ? Selon la r&#233;ponse apport&#233;e, on peut envisager, dans des cas justifi&#233;s, une intervention publique. Mais ce sera pour un motif de cet ordre, pas par un a priori &#233;galitariste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand donc certains, dont Thomas Piketty , proposent de taxer ces fortunes &#224; 5% par an puis de taxer &#224; 90% les grosses successions, le motif est &#233;galitariste ; il vise en fait &#224; faire dispara&#238;tre ces fortunes ou &#224; les pr&#233;cariser. Ce qui veut dire qu'on change de soci&#233;t&#233; pour basculer dans une forme d'&#233;tatisme. Or ce qui est remarquable est que l'effet fiscal, pour les budgets publics et donc potentiellement pour la collectivit&#233;, en serait bien maigre, en regard de l'extr&#234;me brutalit&#233; du syst&#232;me. Cela rapporterait dit-on 5 % du revenu national. Mais le budget public est dix fois plus gros ; et les diff&#233;rences de pression fiscale entre les divers pays d&#233;velopp&#233;s sont bien sup&#233;rieures &#224; ce chiffre : entre 45.6% en France et 40 % en moyenne europ&#233;enne, ou 35% en Grande Bretagne. En supposant m&#234;me qu'on r&#233;cup&#232;re bien ces 5 % par cette r&#233;volution et cette &#233;tatisation massive, ce qui est fort douteux, ce qu'on gagne pourrait donc l'&#234;tre avec un autre syst&#232;me fiscal classique, et sans r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La motivation n'est donc pas fiscale, elle est politique, et d'une politique de type r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion la question pos&#233;e par la premi&#232;re approche m&#233;rite examen, mais un fiscalit&#233; &#233;quitable doit rentrer dans le principe g&#233;n&#233;ral : on ne taxe que le v&#233;ritable revenu. Si des dispositifs permettent &#224; certains d'y &#233;chapper, il faut les contrer. Mais sauf cas particuliers, on ne taxe pas quelqu'un pour le d&#233;poss&#233;der d'une propri&#233;t&#233; l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma tribune analogue sur Aleteia &lt;a href=&#034;https://fr.aleteia.org/2025/09/19/la-taxe-zucman-est-elle-fiscalement-juste/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.aleteia.org/2025/09/19/l...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passage sur RCF 23 septembre 2025&lt;br class='autobr' /&gt;
A la lumi&#232;re de l'Evangile, que penser de la taxe Zucman ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Invit&#233; de la Matinale 18 min&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.rcf.fr/articles/actualite/taxe-zucman-que-dit-levangile&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.rcf.fr/articles/actuali...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La question des tr&#232;s riches</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-question-des-tres-riches.html</link>
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		<dc:date>2023-08-11T09:56:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Fortune</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Tr&#232;s riches</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il y a des gens tr&#232;s riches, donc puissants, et au niveau mondial cela atteint des sommes consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela permet des effets de manche &#224; certaines ONG, et de lancer de grands projets d'imp&#244;t sur la fortune mondiale. La r&#233;alit&#233; est un peu plus complexe, les possibilit&#233;s d'action plus encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela n'enl&#232;ve rien au principe de responsabilit&#233; qui concerne les grandes fortunes plus que tout autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Fortune-et-inegalites-.html" rel="directory"&gt;In&#233;galit&#233;s, fortune&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Fortune-+.html" rel="tag"&gt;Fortune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Inegalites-+.html" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Tres-riches-+.html" rel="tag"&gt;Tr&#232;s riches&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Qu'est-ce qu'un riche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etre riche est d'abord une question de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en est pas de m&#234;me pour les autres patrimoines. Selon une d&#233;finition r&#233;cemment propos&#233;e, on dit que quelqu'un est &#8216;riche' &#224; partir de 500 000 &#8364; de patrimoine : moins de 3 fois le patrimoine m&#233;dian brut qui est de 177 200 &#8364; en France (2022). Mais c'est absurde au vu de la perception spontan&#233;e du mot : on dira plut&#244;t de cette personne qu'elle est ais&#233;e. Un Parisien qui a un bel appartement, un bon revenu, des actifs financiers et des r&#233;sidences secondaires m&#232;ne une vie a priori bien plus confortable que le Fran&#231;ais moyen, mais son r&#244;le socio&#233;conomique n'est pas structurellement diff&#233;rent. Plus pr&#233;cis&#233;ment, ce qui permet de vivre d'une certaine mani&#232;re est d'abord le revenu, et on peut vivre tr&#232;s bien sans patrimoine. Comparer les patrimoines comme s'il s'agissait de revenus peut donc &#234;tre trompeur. Comme on sait d'ailleurs, les in&#233;galit&#233;s de patrimoine sont bien plus fortes que celles de revenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le patrimoine est une autre question : en dehors de celui qui est directement utilis&#233;e par son d&#233;tenteur (maisons notamment), il peut &#234;tre source de s&#233;curit&#233;, mais cela reste limit&#233; et sans effet sur le reste de la soci&#233;t&#233;. Il ne commence &#224; peser que s'il produit un revenu cons&#233;quent, et surtout s'il est &#224; l'origine d'une forme de pouvoir. La diff&#233;rence commence donc avec la capacit&#233; &#224; vivre de ses rentes sans manger son capital (20 millions d'euros ?). Mais encore au-del&#224;, le vrai riche est celui dont le patrimoine est suffisant pour lui donner un vrai pouvoir, notamment par ses investissements ; c'est ce qu'on appellera alors une fortune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les tr&#232;s riches&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des gens tr&#232;s riches, donc puissants, et au niveau mondial cela atteint des sommes consid&#233;rables. Le montant &#233;lev&#233; des chiffres permet &#224; certaines ONG de beaux effets de manche. Selon Oxfam (2014) pr&#232;s de la moiti&#233; des richesses mondiales est d&#233;tenue par 1 % de la population. Ou encore, la moiti&#233; la moins riche de la population mondiale poss&#232;de la m&#234;me richesse que les 85 personnes les plus riches du monde. Depuis, Oxfam insiste surtout sur l'&#233;volution et explique que depuis 2020 ces 1 % les plus riches ont accapar&#233; 63 % des &#8216;richesses' nouvelles cr&#233;&#233;es (en fait de l'augmentation de valeur des patrimoines, essentiellement boursiers).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut discuter la m&#233;thodologie suivie sur des points importants, mais pour notre propos ici l'important est ailleurs. Il est &#233;vident que la fortune d&#233;tenue par les tr&#232;s riches est colossalement sup&#233;rieure au patrimoine d&#233;tenu par les plus pauvres sur la plan&#232;te ; et il est clair que dans la p&#233;riode r&#233;cente, la hausse substantielle des march&#233;s financier et immobilier a massivement profit&#233; &#224; ceux qui d&#233;tenaient de la fortune, et pas aux d&#233;munis d'Afrique ou d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, si on regarde les 10 premiers fortunes mondiales actuelles, on trouve des sommes d&#233;passant les 96 milliards de dollars ; ce sont tous des propri&#233;taires d'entreprises. Ils sont pour la plupart dans la tech, sauf Warren Buffett (finance), Bernard Arnault (luxe) et Gautam Adani (op&#233;rations portuaires). La situation est plus diversifi&#233;e si regarde en dessous, dans les 500 premiers mondiaux, quoique tous d&#233;passent les 5 milliards. Et ils sont loin d'&#234;tre principalement am&#233;ricains, ni m&#234;me occidentaux. L'h&#233;ritage y a jou&#233; son r&#244;le, mais de fa&#231;on plut&#244;t secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait objecter que ceci est d&#251; en partie &#224; une conjoncture boursi&#232;re fragile (un effet de bulle), et que l'&#233;volution en question peut &#234;tre remise en cause de fa&#231;on importante ; c'est vrai mais cela ne fait pas dispara&#238;tre la question. M&#234;me &#233;ventuellement corrig&#233;e, l'&#233;volution est incontestablement &#224; l'&#233;tablissement croissant de tr&#232;s grandes fortunes au niveau mondial. C'est entre autres un effet massif de la mondialisation, qui a permis et permet une croissance consid&#233;rable des entreprises multinationales, combin&#233;e avec les effets de la technologie qui a fait &#233;merger la majorit&#233; des nouveaux venus dans la liste des 10 plus riches. Selon une estimation de la CNUCED, 80 % du commerce mondial est le fait de compagnies transnationales et de leurs cha&#238;nes d'approvisionnement ; il en est probablement de m&#234;me pour au moins 80 % de l'investissement direct. On peut donc faire sur le r&#244;le de ces entreprises dans l'&#233;conomie mondiale des raisonnements tout &#224; fait analogues &#224; ceux qui viennent d'&#234;tre faits sur les grandes fortunes, m&#234;me si les unes et les autres ne co&#239;ncident que partiellement. Certaines estimations conduisent &#224; consid&#233;rer que leur valeur ajout&#233;e cumul&#233;e serait de 21 % &#224; 25 % du PIB mondial, et pas loin de la moiti&#233; si on tenait compte en outre de leurs cha&#238;nes d'approvisionnement et de distribution. En regard, pour arriver &#224; une valeur ajout&#233;e comparable, il faut mettre ensemble (en commen&#231;ant par les plus pauvres en termes de revenu par t&#234;te) la grande majorit&#233; des pays. De m&#234;me, ces grandes entreprises cumulent une proportion majoritaire de la capitalisation boursi&#232;re mondiale ; alors que celles de la tr&#232;s grande majorit&#233; de ceux des pays les moins dot&#233;s, cumul&#233;es, sont en comparaison n&#233;gligeables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;voquerai ici la question de l'existence m&#234;me de ces tr&#232;s grandes fortunes, pas celle souvent &#233;voqu&#233;e de leur capacit&#233;, r&#233;elle mais choquante, &#224; &#233;chapper &#224; l'imp&#244;t normalement d&#251; par tous. Cette derni&#232;re est une question tr&#232;s importante, mais d'un autre ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Richesse et pauvret&#233; au niveau mondial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re question &#224; &#233;voquer &#224; propose de tels patrimoines est celle de la propri&#233;t&#233; des actifs &#233;conomiques. Sauf &#224; les donner pour l'essentiel &#224; l'Etat, ils sont propri&#233;t&#233; de quelqu'un. Dans cette situation, la tendance &#224; une forte in&#233;galit&#233; est in&#233;vitable, m&#234;me si on peut tenter de la corriger. Et si, sur la longue dur&#233;e, on peut rappeler que le pouvoir d'accumulation est plafonn&#233; par la croissance de l'&#233;conomie, d'une part l'&#233;conomie mondiale est justement en croissance, et d'autre part, les effets d'accumulation peuvent &#234;tre &#233;normes et cela peut d&#233;boucher sur une concentration qu'on peut juger excessive en termes de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, les fondateurs des GAFAM ou de leurs &#233;quivalents n'ont rien vol&#233; directement &#224; qui que ce soit (hors comportements non-concurrentiels). Quand on vous explique que 65 milliardaires poss&#232;dent autant qu'un milliard de personnes, cela n'a donc pas de sens direct : certes, ce milliard de personnes, en grande partie africain ou indien, ne poss&#232;de rien, ou des terrains et objets sans valeur marchande appr&#233;ciable ; mais d'un autre c&#244;t&#233; les Gates, Bezos ou autres ne leur ont rien pris ; ils ont cr&#233;&#233; des entreprises qui se sont appr&#233;ci&#233;es en Bourse parce que leur potentiel de gain s'est av&#233;r&#233; &#233;norme &#8211; et aussi parce que ce sont des monopoles naturels. Cette situation pose un gros probl&#232;me en termes de pouvoir, comme on le reverra, et par ailleurs les d&#233;tenteurs de ces fortunes ont une responsabilit&#233; majeure envers la soci&#233;t&#233;. Mais dans ces cas il n'y a pas de lien direct et g&#233;n&#233;ral entre leur richesse et la pauvret&#233; des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous un autre angle et de fa&#231;on analogue on peut faire observer que le patrimoine m&#233;dian en France est de 177 200 &#8364; (2022). Ridicule par rapport aux chiffres &#233;voqu&#233;s, il est &#233;norme par rapport &#224; celui de la moiti&#233; la plus pauvre de la plan&#232;te. Et malgr&#233; le sentiment qu'ont beaucoup de Fran&#231;ais de s'appauvrir, la grande majorit&#233; fait partie des 10% les plus riches du monde. Mais cet argent est pour l'essentiel l'effet d'une richesse accumul&#233;e, et donc d'une forme de travail. Il n'a pas &#233;t&#233; vol&#233; aux masses africaines ou autres, contrairement &#224; ce que certains racontent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire ? Perspective longue.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on faire disparaitre cette in&#233;galit&#233; ? Si on regarde les faits en perspective historique, la question appara&#238;t difficile. Un panorama historique a &#233;t&#233; dress&#233; par Walter Scheidel en 2017 : &lt;i&gt;The Great Leveler ; Violence and the history of inequality from the stone age to the twenty-first century&lt;/i&gt;. Il montre qu'au cours de l'histoire les in&#233;galit&#233;s n'ont &#233;t&#233; vraiment r&#233;duites qu'au prix de violences consid&#233;rables et exceptionnelles (grandes guerres, r&#233;volutions radicales etc.) Et encore dans tous les cas leurs effets ont toujours fini par s'&#233;roder. En revanche Scheidel montre que les autres voies pour &#233;galiser sont d'effet limit&#233; - qu'il s'agisse du d&#233;veloppement &#233;conomique, de la d&#233;mocratisation, ou encore d'une action politique volontariste. L'in&#233;galit&#233; para&#238;t donc &#234;tre un fait quasi permanent, que seule une violence radicale peut r&#233;duire, et pour peu de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus exactement, cela a pu am&#233;liorer le sort de la majorit&#233;, parfois consid&#233;rablement, mais une forte in&#233;galit&#233; subsiste. Le fait est que les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes connaissent aujourd'hui encore un niveau d'in&#233;galit&#233; plut&#244;t mod&#233;r&#233; selon les crit&#232;res historiques. Mais outre le fait qu'une in&#233;galit&#233; appr&#233;ciable subsiste, cette situation remonte aux deux guerres mondiales et aux crises de l'&#233;poque, qui ont provoqu&#233; une r&#233;duction, voire une liquidation sans pr&#233;c&#233;dent des avantages de revenus et de fortunes consid&#233;rables qui pr&#233;valaient avant 1914 (par la fiscalit&#233;, et par la ruine directe, due &#224; l'effondrement de la valeur de plusieurs classes d'actifs). Il en est r&#233;sult&#233; une fiscalit&#233; tr&#232;s &#233;lev&#233;e, justifi&#233;e au d&#233;part par l'effort de guerre ou ses s&#233;quelles, puis r&#233;utilis&#233;e apr&#232;s la guerre pour la redistribution. Mais c'&#233;tait dans le cadre d'&#233;conomies relativement ferm&#233;es. Or comme on sait cette situation particuli&#232;re n'a pas dur&#233;, du fait de l'ouverture des fronti&#232;res et de la mise en concurrence des capitalismes, m&#234;me si la redistribution a en partie appr&#233;ciable subsist&#233;, et la fiscalit&#233; correspondante. Depuis lors, le sch&#233;ma est soumis &#224; de fortes pressions du fait de la mondialisation, et tend &#224; s'&#233;roder ; parall&#232;lement les in&#233;galit&#233;s remontent. Notons en outre que pour la partie la plus pauvre de la population, m&#234;me alors il y a eu am&#233;lioration en termes de revenus et de droits sociaux, mais pas de patrimoine (contrairement aux classes moyennes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela montre les limites d'une r&#233;duction frontale et radicale des in&#233;galit&#233;s. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a rien &#224; faire, mais cela pousse &#224; ne pas s'illusionner sur l'utopie d'une &#233;galit&#233; g&#233;n&#233;rale ou m&#234;me relative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pouvoir &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant la question subsiste, et a plusieurs dimensions. Elle l'est d'autant plus que l'&#233;mergence actuellement constat&#233;e de tr&#232;s grandes fortunes n'est historiquement pas si fr&#233;quente &#224; un tel niveau, m&#234;me dans les p&#233;riodes tr&#232;s capitalistes comme le XIXe si&#232;cle. Elle est porteuse d'effets consid&#233;rables, bien au-del&#224; du pur effet d'in&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'embl&#233;e &#233;vident d&#233;j&#224; que cette concentration de moyens donne un pouvoir &#233;conomique consid&#233;rable aux int&#233;ress&#233;s, comme d'ailleurs elle le donne aux dirigeants de grandes entreprises m&#234;me lorsque la d&#233;tention en est diffuse (actionnariat dispers&#233;). En soi, ce pouvoir ne diff&#232;re pas de tout pouvoir exerc&#233; par un d&#233;tenteur quelconque de moyens financiers en &#233;conomie capitaliste ou de march&#233;. Mais cette observation ne dispense pas d'examiner si dans leur cas ce pouvoir est excessif. Au minimum, par examen des conditions de leur prosp&#233;rit&#233;, par exemple en termes de concurrence : c'est la question que posent notamment les monopoles de fait des GAFAM. Ou en analysant leur contribution fiscale aux pays o&#249; les entreprises correspondantes sont actives. Ou m&#234;me en mesurant l'impact de leurs d&#233;cisions sur la vie &#233;conomique et sociale des pays d'implantation. En d'autres termes se pose une question de responsabilit&#233; sociale plus que d'in&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus particuli&#232;rement, le risque naissant de ces fortunes consid&#233;rables (ou de ces tr&#232;s grandes entreprises) peut appara&#238;tre aussi sur le terrain politique, soit par pression directe, soit par financement de la vie politique : c'est ce qu'on observe aux Etats-Unis , o&#249; ce financement n'est pas plafonn&#233;. Notons cependant qu'il s'y exerce plut&#244;t au profit des d&#233;mocrates, suppos&#233;s &#234;tre de gauche&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous ces cas, si on consid&#232;re qu'il faut agir, une intervention publique est le seul moyen d'action, avec ses limites et d&#233;fauts ; on &#233;voquera ci-apr&#232;s ce qu'on peut en attendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Influence sur la soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre probl&#233;matique li&#233;e aux grandes fortunes et &#224; leur responsabilit&#233; envers la soci&#233;t&#233;, moins soulign&#233;e, est celle du pouvoir social et culturel que donne potentiellement le fait d'&#234;tre pourvu d'une vraie fortune. C'est en un sens la question des &#233;lites, dans sa dimension &#233;conomique. Ce qui sera alors important est la culture de ces &#233;lites : leur syst&#232;me de valeurs et leur action effective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une approche &#233;thique conduit naturellement &#224; souligner leurs devoirs correspondants, &#224; l'&#233;vidence consid&#233;rables. Historiquement, &#224; c&#244;t&#233; des pouvoirs publics et de l'Eglise, les d&#233;tenteurs de moyens importants ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans le d&#233;veloppement de la civilisation, notamment des arts et lettres, mais aussi de l'&#233;conomie et d'autres causes. Mais ils avaient &#224; l'&#233;poque une forme d'exigence sociale, d'&#233;thique personnelle, sinon de vanit&#233; bien orient&#233;e, qui leur imposait un devoir qualitatif, dont les effets ont &#233;t&#233; historiquement immenses, et plut&#244;t positifs sur ce plan. Il n'en est plus de m&#234;me maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de ces nouveaux riches aspirent &#224; ne plus &#234;tre visibles, ou consid&#232;rent que le niveau de leurs imp&#244;ts les dispense de tout effort au service de la communaut&#233; - ce qui est une aberration profonde. D'autres en revanche utilisent leur argent pour des fondations, parfois de grandes envergure, mais la question se pose alors des objectifs poursuivis par ces fondations. L'enjeu est &#233;norme. D'un c&#244;t&#233;, on ne peut pas dire que la &#171; culture &#187; de ces &#171; &#233;lites &#187; soit particuli&#232;rement impressionnante, pour parler aimablement. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, ils n'ont jamais eu autant de moyens, disposant de sommes immenses leur permettant d'orienter la soci&#233;t&#233; dans un sens ou un autre, soit par leurs investissements, soit par leurs dons, soit par leur activit&#233; (Facebook, Twitter etc.). Certes, il est en soi bon que des riches investissent et donnent. Mais ici les sommes sont exceptionnelles. Or les orientations de leurs d&#233;tenteurs, quand ils en ont, sont principalement domin&#233;es par l'id&#233;ologie de l'&#233;poque, par le politiquement correct, plus que par la recherche du beau et du bien. Pour d'autres (rentiers du p&#233;trole) ce sera en faveur d'une propagande islamiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps, ce n'est a priori pas une autorit&#233; mondiale qui y mettra bon ordre quand le besoin appara&#238;t. Ici encore, s'il y a un niveau de moralit&#233; possible (toute relative, et variable selon les r&#233;alit&#233;s locales), c'est &#224; ce jour encore au niveau national, &#233;ventuellement dans la coop&#233;ration entre nations. Mais encore faut-il en &#234;tre conscient, et agir comme il le faut, car &#224; nouveau les enjeux sont consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; &#233;voquer un point sp&#233;cifique mais tr&#232;s important : le r&#244;le des fondations. Ce peut &#234;tre la meilleure des choses, mais ce peut &#234;tre aussi tr&#232;s contestable. Comme on sait, une fondation re&#231;oit une donation d'une personne fortun&#233;e, et la g&#232;re ensuite en fonction de r&#232;gles &#233;tables &#224; l'avance, sous le contr&#244;le de personnes li&#233;es par ces r&#232;gles. L'usage de l'argent est pr&#233;&#233;tabli, et non arbitraire. Mais cela peut rester un pouvoir consid&#233;rable, m&#234;me si le jugement &#224; porter sur l'action men&#233;e se r&#233;f&#232;rera d&#233;sormais &#224; ces r&#232;gles et non plus au propri&#233;taire initial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les propositions des radicaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses propositions sont r&#233;guli&#232;rement faites pour r&#233;pondre &#224; cette &#233;volution, notamment de la part d'ONG ou d'&#233;conomistes de gauche. Elles tournent presque toutes autour de l'id&#233;e d'un imp&#244;t mondial sur la fortune. On parle ici d'imp&#244;ts nouveaux sp&#233;cifiques ; &#224; nouveau, cette question doit &#234;tre distingu&#233;e de la question de l'&#233;vasion fiscale des tr&#232;s riches, question importante mais d'un autre ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Oxfam par exemple, un imp&#244;t sur la fortune de 5 % (rapportant selon eux 1700 MM$ par an) ferait sortir de la pauvret&#233; les 2 milliards les plus pauvres. Les partisans de la &#8216;d&#233;mocratie de propri&#233;taires' (Meade et Rawls), souhaitant g&#233;n&#233;raliser la propri&#233;t&#233;, proposent eux aussi une taxation de la fortune syst&#233;matique, tant annuelle qu'au moment des successions, afin de plafonner le montant accumulable, tout en assurant &#224; chacun une dotation de d&#233;part en actions. De fa&#231;on analogue, Thomas Piketty, dans &lt;i&gt;Capital et id&#233;ologie&lt;/i&gt; (2019), proposait un imp&#244;t sur la propri&#233;t&#233; annuel et sur les successions rapportant 5% du revenu national. Il porterait sur des patrimoines pesant plus de 10 fois le patrimoine moyen (environ 0.2 M&#8364;), au taux de 5% annuel plus 60% en cas de succession, port&#233;s &#224; 90% pour les tr&#232;s gros patrimoines (10000 fois la moyenne). Il estime que cela permettrait une dotation en capital pour tous de 120 000 &#8364; ; de ce fait, chacun commencerait sa vie professionnelle avec 60% du patrimoine moyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux chiffres de 5 % (en base de taxation, et en produit fiscal annuel rapport&#233; au PNB) peuvent para&#238;tre bas, mais ces propositions sont en r&#233;alit&#233; radicales, conformes &#224; une analyse qui insiste sur l'&#233;galit&#233;, prise comme crit&#232;re ultime absolu. Cela repr&#233;senterait en effet une vraie r&#233;volution, aboutissant &#224; la disparition &#224; terme de tous les patrimoines un tant soit peu significatifs. Or faire une r&#233;volution pour rapporter 5 % du revenu national n'a pas de sens sur le plan fiscal. Dit autrement, on confisque pour assurer une &#233;galit&#233; absolue et non pas parce qu'on a besoin de l'argent. Dans ces conditions, il ne s'agirait plus que d'une propri&#233;t&#233; temporaire, d'autant que les &#8216;outils de travail' seraient pleinement inclus. Toute accumulation de patrimoine un tant soit peu significative serait de fait impossible. D&#233;j&#224;, 5 % est sensiblement plus &#233;lev&#233; que le rendement r&#233;el du capital, sauf exception ; cela exclut donc qu'un patron d'entreprise en soit propri&#233;taire, et cela d&#232;s le niveau PME - hors toutes petites. Tr&#232;s logiquement, une telle machinerie de r&#233;duction syst&#233;matique des in&#233;galit&#233;s d&#233;boucherait donc sur une &#233;conomie totalement &#233;tatis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus mod&#233;r&#233;s, Abhijit V. Banerjee et Esther Duflo (Economie utile pour des temps difficiles, 2020) &#233;voquent un imp&#244;t sur la fortune qui se situerait &#224; 2% au-dessus de 50 M$ et &#224; 3 % au-dessus du milliard. Mais il ne rapporterait selon leur analyse que 1% du PIB. Cela aurait donc un effet appr&#233;ciable sur les int&#233;ress&#233;s, mais peu d'int&#233;r&#234;t pour les finances publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut faire une remarque analogue pour la proposition d'Oxfam, qui voudrait redistribuer la fortune des milliardaires aux pauvres de la plan&#232;te. En reprenant tels quels leurs chiffres, on les comparera &#224; l'aide publique au d&#233;veloppement soit 204 MM en 2022, 0.36% du RNB. Donc le chiffre Oxfam repr&#233;sente 3 % environ du PNB. Mais autant une taxation g&#233;n&#233;rale des fortunes &#224; 5 % serait une v&#233;ritable r&#233;volution au sens plein du terme, autant une augmentation de l'aide publique au d&#233;veloppement passant &#224; 3 % serait en soi faisable techniquement, les ponctions fiscales publiques sur les &#233;conomies &#233;tant d&#233;j&#224; de l'ordre de 30 &#224; 50 % selon les pays. M&#234;me si &#233;videmment c'est parfaitement utopique politiquement, ce calcul montre que la cr&#233;ation d'un imp&#244;t sur la fortune mondial et massif, et celle d'une r&#233;duction de l'in&#233;galit&#233; en faveur des plus pauvres sont deux questions distinctes. Un tel transfert serait en fait une ponction sur les pays riches, financ&#233; par un imp&#244;t particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; donc, toutes les propositions ci-dessus &#233;voqu&#233;es visent essentiellement &#224; remettre en question le principe des grandes fortunes plut&#244;t qu'&#224; proposer une solution &#224; la pauvret&#233;. On ne peut pas mettre en face un patrimoine et une d&#233;pense. Et comme chacun sait, ce sont encore moins des mesures r&#233;alistes dans le contexte mondial existant. Par ailleurs, cela ne r&#233;pond pas &#224; des questions centrales pour l'organisation de la soci&#233;t&#233;. Qui en effet d&#233;tiendrait les entreprises ? M&#234;me si on distribuait les titres dans la population, soit chacun voudrait vendre d&#232;s que possible ses titres, mais qui ach&#232;terait ? Soit cette d&#233;tention serait bloqu&#233;e, la propri&#233;t&#233; restant divis&#233;e et de ce fait aux mains des gestionnaires de fond, &#233;tant entendu que le seul actionnaire important en serait l'Etat. Outre que cela retirerait &#224; l'effort de chacun une de ses motivations majeures, cela donnerait dans les faits &#224; l'Etat un pouvoir quasi absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alternatives possibles au niveau politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste cependant la question de la surpuissance des tr&#232;s grandes fortunes. Que peut-on faire, sans aller jusqu'aux mesures &#233;voqu&#233;es &#224; l'instant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait d&#233;j&#224; imaginer des solutions plus mod&#233;r&#233;es, par exemple si on interdisait les fortunes au-del&#224; d'un certain niveau tr&#232;s &#233;lev&#233;, sous peine d'imp&#244;t. Le surplus serait alors donn&#233; ou confisqu&#233;. Logiquement cela d&#233;boucherait sur une expansion massive des fondations. Le jugement port&#233; sur la mesure d&#233;pendrait alors du statut de ces fondations. L'avantage serait d'avoir des sommes &#233;normes mises au services d'objectifs cens&#233;s &#234;tre orient&#233;s vers une forme de bien commun. L'inconv&#233;nient serait le gel croissant d'une partie appr&#233;ciable du capital dans des strat&#233;gies rigides. Si cette voie n'&#233;tait pas praticable, resterait la possibilit&#233; d'un diffusion dans le public. Mais l&#224; aussi la majorit&#233; des gens vendrait assez vite leurs titres. Et &#224; d&#233;faut, resterait &#224; nouveau l'hypoth&#232;se d'une large &#233;tatisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement, tout cela pose la question du contr&#244;le des grandes entreprises. S'il n'y a pas de grande fortune, ni de fondation, c'est soit un capital dispers&#233;, soit l'Etat. Mais il n'est pas d&#233;montr&#233; que la dispersion du capital soit un net progr&#232;s, tant s'en faut. Remettant le pouvoir soit aux dirigeants d'entreprise, soit plus encore aux soci&#233;t&#233;s de gestion, cela ne garantit en rien un progr&#232;s dans l'utilisation des moyens &#233;conomiques. L'exp&#233;rience r&#233;cente montre m&#234;me qu'il y a un risque &#233;lev&#233; d'une gestion &#224; beaucoup plus court terme. Y a-t-il un vrai int&#233;r&#234;t &#224; ce que LVMH (d&#233;tenu actuellement par Bernard Arnault et sa famille) ait un capital dispers&#233; ? Y a-t-il un sens &#224; ce que cela soit propri&#233;t&#233; de l'Etat (sauf &#224; jouer le basculement en &#233;conomie socialiste) ? Quel est le progr&#232;s en termes de pouvoir ? Implicitement est ainsi pos&#233;e la question de la diff&#233;rence entre un pouvoir dont dispose un particulier et un pouvoir r&#233;sultant d'un processus politique. Qu'est-ce qui garantit que le second est meilleur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A une diff&#233;rence pr&#232;s : si le pouvoir priv&#233; est trop grand, et/ou exerc&#233; de fa&#231;on r&#233;ellement nocive, on peut le fractionner sans pour autant tout remettre &#224; l'Etat. A un niveau plus mod&#233;r&#233;, et anormalement n&#233;glig&#233;, reste en effet la m&#233;thode de l'antitrust : le fait d'obliger au morcellement d'entit&#233;s soit monopolistes, soit trop puissantes. On n'y recourt plus comme on le devrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble en conclusion qu'au niveau politique la question doive faire l'objet d'un jugement cas par cas. Tout d&#233;pend finalement de la mani&#232;re dont le pouvoir qu'on a &#233;voqu&#233; est utilis&#233; par ses d&#233;tenteurs. S'il y a exc&#232;s de pouvoir, ou utilisation vraiment contestable de l'argent, une intervention peut se justifier, et sans h&#233;siter. Sinon, ses avantages ne sont pas &#233;vidents, malgr&#233; les apparences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perspective chr&#233;tienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En perspective chr&#233;tienne, notamment catholique, la question s'&#233;claire d'une notion essentielle, ce qu'on appelle la destination universelle des biens, le fait que toute propri&#233;t&#233; nous est confi&#233;e pour &#234;tre utilis&#233;e au service du bien commun. Et naturellement, cette responsabilit&#233; est d'autant plus grande que la fortune est plus vaste. Autant le pape Pie XI a pu montrer les effets b&#233;n&#233;fiques possibles de la vertu de magnificence, c'est-&#224;-dire l'utilisation g&#233;n&#233;reuse de moyens importants au service du bien commun, autant le riche qui utilise mal les moyens dont il dispose d&#233;tourne-t-il ce pour quoi sa richesse est faite. Qu'il ne s'&#233;tonne pas alors si elle est remise en cause&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ecouter sur ce sujet mon intervention radio du 24 janvier 2024 sur RCF Belgique&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.rcf.fr/culture/1617?episode=445487&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.rcf.fr/culture/1617?epi...&lt;/a&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Compl&#233;ment juillet 2025&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La taxe dite Zucman actuellement d&#233;battue ici ou l&#224; en France a un objectif diff&#233;rent de ce qui est d&#233;battu dans cet article, qui vise l'existence m&#234;me des tr&#232;s riches et l'appr&#233;ciation de leur contribution &#224; la soci&#233;t&#233;. Ce projet de taxe, lui, se pr&#233;sente comme une mesure purement fiscale visant &#224; s'assurer que les tr&#232;s riches contribuent de fa&#231;on &#233;quitable &#224; l'effort fiscal. Le taux de 2% est d&#233;j&#224; appr&#233;ciable pour les int&#233;ress&#233;s ; mais comme on l'a not&#233; ci-dessus cela ne bouleverserait pas les finances publiques : les auteurs attendent 20 milliards, ce qui est beaucoup en soi, mais les d&#233;penses publiques sont de 1670 milliards dont 670 pour l'Etat seul, le d&#233;ficit de ce dernier &#233;tant de 157 milliards. Et bien entendu, ces 20 milliards sont probablement optimistes et supposent peu de fuites de capitaux. Un tel imp&#244;t n'est pas en soi &#224; exclure, mais il faut mesurer avec pr&#233;cision les donn&#233;es fiscales du d&#233;bat (comment mesurer l'assiette ? comment tenir compte de l'imp&#244;t sur les soci&#233;t&#233;s ? que faire lorsque l'entreprise ne d&#233;gage pas de liquidit&#233;s ? comment limiter les fuites et d&#233;localisations ? comment comparer avec l'imp&#244;t du citoyen moyen ? etc.).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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