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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>R&#233;seaux sociaux : priorit&#233; &#224; la responsabilisation. Ni censure, ni anonymat, ni algorithmes opaques.</title>
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		<dc:date>2025-01-16T17:15:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Algorithme</dc:subject>
		<dc:subject>Censure</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;seaux sociaux</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Encore stup&#233;faits par la victoire de Trump et l'activisme d'Elon Musk, nos gardiens du temple politiquement correct d&#233;couvrent le ralliement de Mark Zuckerberg et Meta &#224; la m&#233;thode Musk : plus de censure sur les r&#233;seaux sociaux sauf cas tr&#232;s sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, pour la libert&#233; d'expression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle suppose qu'on assume ses responsabilit&#233;s. Du moins si on ne veut pas naviguer dans des &#233;gouts. Ou nourrir une viralit&#233; d&#233;lirante. Ou subir les manipulations opaques des algorithmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc plus de censure (hors ill&#233;galit&#233;s). Mais plus de pseudonymes. Et transparence des algorithmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Sciences-et-techniques-.html" rel="directory"&gt; Technologies, r&#233;seaux sociaux, transhumanisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Algorithme-+.html" rel="tag"&gt;Algorithme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Censure-+.html" rel="tag"&gt;Censure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Reseaux-sociaux-+.html" rel="tag"&gt;R&#233;seaux sociaux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Encore stup&#233;faits par la victoire de Trump et l'activisme d'Elon Musk, nos gardiens du temple politiquement correct d&#233;couvrent le ralliement de Mark Zuckerberg et Meta &#224; la m&#233;thode Musk : pas de censure sur les r&#233;seaux sociaux sauf cas tr&#232;s sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; d'expression est en soi une bonne cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que la r&#233;alit&#233; des r&#233;seaux sociaux soul&#232;ve de vraies interrogations si on ne veut pas devoir naviguer dans des &#233;gouts, ou subir des d&#233;rives de viralit&#233;. Cela pose en effet deux grandes familles de questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des utilisateurs, la responsabilit&#233; &#224; l'&#233;gard de ce qu'on &#233;crit et publie. Du c&#244;t&#233; des r&#233;seaux, l'opacit&#233; plus ou moins manipulatrice et int&#233;ress&#233;e de leurs algorithmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les usagers sont responsables de ce qu'ils disent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On souligne &#224; raison la prolif&#233;ration sur les r&#233;seaux sociaux d'informations fausses, de paroles haineuses, ou m&#234;me d'images truqu&#233;es, ce qui devient &#224; la port&#233;e de tout un chacun avec ChatGPT et autres. En soi, il n'y a l&#224; rien de nouveau sous le soleil. Il suffit de rappeler les gravures diffamatoires visant Marie-Antoinette juste avant la R&#233;volution. La grande nouveaut&#233;, outre la facilit&#233; de fabrication de faux, est surtout l'&#233;norme diffusion qu'il est possible d'atteindre, par l'existence m&#234;me du r&#233;seau, et ensuite si on cr&#233;e un effet de viralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par cela qu'ont &#233;t&#233; justifi&#233;es les proc&#233;dures de filtrage ou censure, souvent trait&#233;es sous l'euph&#233;misme de v&#233;rification des faits (fact-checking). Avec le r&#233;sultat d'une part d'une efficacit&#233; douteuse, et d'autre part de tomber sous l'accusation de contr&#244;le id&#233;ologique. Chacun sait que le terme de &#171; discours de haine &#187; vise en pratique prioritairement toute remise en cause un peu vive de l'immigration, de l'islam, ou de l'id&#233;ologie woke, entre autres. Mais censurer la critique de l'immigration sous pr&#233;texte de messages &#8216;haineux' ou &#8216;sulfureux' n'est pas acceptable (sauf violence). Et m&#234;me, Mark Zuckerberg a confirm&#233; qu'il avait re&#231;u des instructions pr&#233;cises de l'administration am&#233;ricaine de filtrer toutes les critiques de la politique de vaccination massive &#224; l'&#233;poque Covid, ou des donn&#233;es sur le fils Biden. Tout cela n'est pas transparent, et franchement inacceptable dans un contexte l&#233;gal o&#249; la libert&#233; d'expression est suppos&#233;e garantie. Et quand le filtrage est fait par Lib&#233;, on ne peut qu'en rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste inversement que la question existe. N'importe quel abruti peut prendre un pseudonyme et diffuser tout ce qui lui passe par la t&#234;te sans le moindre risque. Or dans la vraie vie, c'est diff&#233;rent. Celui qui &#233;nonce ce genre de chose dans la rue ou au caf&#233; peut avoir une r&#233;action plus ou moins vigoureuse, et peut &#234;tre reconnu. Et celui qui l'&#233;crit est connu soit du public soit au minimum de l'&#233;diteur ou du m&#233;dia. Ce qui est juste. La libert&#233; suppose la responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux choses s'imposent donc. D'un c&#244;t&#233;, l'interdiction des pseudonymes - ou en cas d'utilisation r&#233;guli&#232;re de l'un d'entre eux, l'enregistrement de la personne sous son vrai nom, avec preuve, aupr&#232;s du r&#233;seau. D'o&#249; entre autre l'&#233;limination des robots et faux comptes. D'un autre c&#244;t&#233;, la responsabilit&#233; de celui qui publie sur ses &#233;crits, comme pour une publication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce moment-l&#224;, le besoin de filtrage ne subsiste que pour ce qui est manifestement ill&#233;gal (p&#233;dopornographie, harc&#232;lement, produits illicites, appels au terrorisme, contenus violents etc.). Plus le contr&#244;le par la communaut&#233; des utilisateurs, car cela correspond &#224; ce qui se passe par ailleurs dans la soci&#233;t&#233;. X et Meta se r&#233;clament de cette approche : il faut v&#233;rifier la qualit&#233; de la mise en &#339;uvre, mais le principe en est a priori plus sain qu'une censure id&#233;ologique. Ou que les &#8216;signaleurs de confiance', chers &#224; la r&#232;glementation europ&#233;enne (DSA), et en fait militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les algorithmes de recommandation des r&#233;seaux sont anormalement opaques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;seaux sociaux pr&#233;sentent ensuite une diff&#233;rence majeure par rapport &#224; tout autre support d'&#233;dition et de communication : les algorithmes par lesquels ils d&#233;cident, dans une opacit&#233; parfaite, de ce qui va &#234;tre pr&#233;sent&#233; au client, du d&#233;roul&#233; des posts, images ou messages, et des publicit&#233;s. Cela vise tous les r&#233;seaux sociaux (Facebook, Instagram, Tiktok et autres), mais aussi &#224; leur fa&#231;on les moteurs de recherche (type Google). En un sens, c'est une n&#233;cessit&#233; : une pr&#233;sentation purement chronologique ou al&#233;atoire ne serait en g&#233;n&#233;ral pas satisfaisante. Mais en r&#233;alit&#233;, les algorithmes de nos r&#233;seaux vont bien au-del&#224; d'un r&#244;le de recommandation qui serait purement affinitaire et bienveillant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point central est que nous avons affaire &#224; des soci&#233;t&#233;s commerciales, qui vivent de publicit&#233; (et de la vente de bases de donn&#233;es, point important mais allant au-del&#224; de notre sujet ici). Qui dit r&#233;mun&#233;ration de la publicit&#233; dit probabilit&#233; que quelqu'un les regardera. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t des r&#233;seaux de maximiser ce regard, ce temps de pr&#233;sence et d'attention. On va donc traiter les posts en calculant la probabilit&#233; qu'ils ont d'attirer l'attention (les crit&#232;res pouvant varier selon les r&#233;seaux : dur&#233;e de visionnage, nombre de &#8216;j'aime' ou de commentaires, inscription dans une tendance, nombre de suiveurs etc.). Outre les cas o&#249; ils sont payants (publicit&#233;s), cela vise la viralit&#233;, au motif que ce qui est beaucoup vu par certains a toutes chances de l'&#234;tre plus encore par d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce syst&#232;me est parfaitement opaque. Et les utilisateurs sont en revanche totalement d&#233;munis par rapport &#224; l'algorithme. Si autrefois vous lisiez une journal marxiste, vous saviez comment ils analysaient les choses, leur grille id&#233;ologique. L&#224; ce n'est pas accessible. Certes, les utilisateurs astucieux s'adaptent et tentent d'influencer les algorithmes, en lui offrant ce qui lui parle le plus, et pour cela on adapte son discours. Ce que trie l'algorithme n'est donc pas une mati&#232;re premi&#232;re neutre : elle est organis&#233;e pour &#234;tre s&#233;lectionn&#233;e par lui. Mais de ce fait, lui doit de son c&#244;t&#233; en permanence s'adapter. Or on ne connait pas plus ces changements que le syst&#232;me de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les utilisateurs restent et subissent, car l'utilit&#233; du produit (l'usage gratuit du syst&#232;me, l'effet distractif, et surtout le fait de se sentir dans le coup) est bien trop grande - d'autant plus que chaque r&#233;seau social a une sorte de monopole naturel sur son cr&#233;neau. Ce choix se fait sans appr&#233;ciation suffisante de ce que contient r&#233;ellement ce qui est offert. Et surtout l'utilisateur n'a que tr&#232;s peu de moyens de le r&#233;guler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait imaginer que cela implique une certaine individualisation, fonction de ce que le syst&#232;me a pu percevoir des centres d'int&#233;r&#234;t de celui qui regarde. Mais en r&#233;alit&#233;, cela aboutit surtout &#224; faire regrouper ces utilisateurs par classe d'affinit&#233;s. Ces algorithmes replient chacun sur un mod&#232;le statistique moyen, en constituant des petits groupes relativement homog&#232;nes, plut&#244;t consensuels mais mutuellement herm&#233;tiques. Cela joue un r&#244;le ind&#233;niable dans la polarisation des opinions, mais aussi dans leur antagonisation. En m&#234;me temps, ce que le syst&#232;me retient de chacun est en fait une image tr&#232;s r&#233;duite, orient&#233;e en fonction des besoins dudit syst&#232;me. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme dans d'autres domaines comme la mode, la recherche de l'individualit&#233; aboutit &#224; une image tr&#232;s r&#233;ductrice, opaque &#224; l'individualit&#233; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, le syst&#232;me cultive le buzz permanent et donc un mouvement apparent ; d&#232;s lors celui qui passe du temps sur ces r&#233;seaux et y investit affectivement est constamment ballot&#233; en fonction du flux qui lui arrive. Ces algorithmes de r&#233;seaux sociaux r&#233;gissent une bonne partie des interactions entre les personnes dans nos soci&#233;t&#233;s, parfois pendant plusieurs heures par jour. Par l&#224; m&#234;me ils contribuent &#224; fa&#231;onner nos soci&#233;t&#233;s, mais sans aucune forme de responsabilit&#233;, ni de recul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les algorithmes peuvent rendre certains contenus pratiquement invisibles sans les supprimer explicitement, en les rel&#233;guant en bas de la file -ce qui n'est pas imm&#233;diatement perceptible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Transparence et responsabilit&#233; : que faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne condamne pas les r&#233;seaux sociaux dans leur principe. Mais cela conduit &#224; prendre du recul par rapport &#224; leur fonctionnement. Et &#224; rechercher les moyens d'en r&#233;duire l'opacit&#233; et d'instaurer plus de responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, l'opacit&#233; totale de ces algorithmes quasi-monopolistes est anormale. Ils devraient donc publier explicitement et en d&#233;tails la m&#233;thode : ce qui fait qu'un post est privil&#233;gi&#233; dans le d&#233;roul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite il devrait &#234;tre possible pour l'utilisateur de s&#233;lectionner r&#233;ellement ce qui lui est pr&#233;sent&#233; &#8211; quitte &#224; ce que ce service ne soit pas gratuit. Avec en outre la possibilit&#233; de revisiter les posts plus anciens, comme des articles de journaux qui gardent leur int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les r&#233;seaux devraient &#234;tre responsabilis&#233;s sur les effets de buzz. Cela existe ou a exist&#233; sur les march&#233;s financiers : quand un cours de bourse ou de valeur &#233;volue trop vite de fa&#231;on d&#233;lirante, on arr&#234;te pendant un temps les transactions. De m&#234;me, un buzz suspect devrait conduire &#224; un coupe-feu d'une dur&#233;e raisonnable, r&#233;p&#233;t&#233; si n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il serait souhaitable que des r&#233;seaux alternatifs nouveaux, moins obs&#233;d&#233;s par la publicit&#233; et donc financ&#233;s autrement, offrent une vraie possibilit&#233; de rencontres et d'&#233;changes, bas&#233;s sur des affinit&#233;s reconnues et choisies par les utilisateurs, avec des algorithmes qui soient &#224; leur service et non &#224; celui du buzz et par l&#224; de la maximisation du profit publicitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restera bien s&#251;r toujours l'effet d'addiction et de divertissement sur l'utilisateur. Mais l&#224;, c'est &#224; chacun de se discipliner&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Algorithmes et personnalit&#233; humaine</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Algorithmes-et-personnalite-humaine.html</link>
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		<dc:date>2024-09-03T16:11:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;seaux sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Algorithmes</dc:subject>
		<dc:subject>Algorithmes et personnalit&#233; humaine</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;seaux sociaux </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Notre monde est de plus en plus domin&#233; par le num&#233;rique, et cela en inqui&#232;te beaucoup. Mais ce qui importe d'abord est le fonctionnement des algorithmes, et notamment de l'IA (Intelligence artificielle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains d&#233;sirent ou craignent l'&#233;mergence d'une intelligence qui serait sup&#233;rieure &#224; l'intelligence humaine. Ce qui repose sur une perspective fausse car le mot intelligence recouvre dans les deux cas des r&#233;alit&#233;s compl&#233;tement diff&#233;rentes. L'intelligence ne se confond pas avec la capacit&#233; &#224; r&#233;soudre des probl&#232;mes, ce en quoi les machines peuvent d&#233;passer l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais inversement un des dangers de l'IA est l&#224; : la r&#233;duction de l'intelligence humaine ou, pire, son conditionnement. Un bon exemple en sont les algorithmes de recommandation utilis&#233;s par les g&#233;ants du web, r&#233;seaux sociaux ou outils de recherche &#8211; particuli&#232;rement opaques, orient&#233;s vers le seul profit, et culturellement r&#233;ducteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Reseaux-sociaux-et-algorithmes-+.html" rel="tag"&gt;R&#233;seaux sociaux &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Notre monde est de plus en plus domin&#233; par le num&#233;rique, et cela en inqui&#232;te beaucoup. Mais ma question ne sera pas ici la num&#233;risation comme telle. En effet, transformer un message quelconque en une suite de nombres (un des sens de num&#233;riser) ne change en soi pas les choses et leur signification : tout po&#232;me peut &#234;tre num&#233;ris&#233; puis restitu&#233; dans le texte d'origine. De m&#234;me un tableau ou la Bible. Ce qui importe est leur traitement ; c'est-&#224;-dire le fonctionnement des algorithmes, et notamment de l'IA (Intelligence artificielle). Dans quelle mesure leur fonctionnement change-t-il le traitement m&#234;me de la personne (ou des groupes humains) du fait qu'elle est appr&#233;hend&#233;e au moyen de chiffres puis saisie par des proc&#233;d&#233;s divers mais essentiellement probabilistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains d&#233;sirent ou craignent l'&#233;mergence d'une intelligence qui serait sup&#233;rieure &#224; l'intelligence humaine. Ce qui repose comme on le verra sur une perspective fausse, car le mot intelligence recouvre dans les deux cas des r&#233;alit&#233;s compl&#233;tement diff&#233;rentes. Mais justement un des dangers est l&#224; : la r&#233;duction de l'intelligence humaine ou son conditionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On mettra ici plus particuli&#232;rement l'accent sur un cas sp&#233;cifique de num&#233;risation et d'IA, celui des algorithmes utilis&#233;s par les g&#233;ants du web : r&#233;seaux sociaux comme Facebook, mais aussi Google, Instagram et Amazon, ou encore Netflix (films), Spotify (musique) ou YouTube (vid&#233;os). Dans ces cas, il s'agit en un sens d'utiliser la statistique pour g&#233;rer l'individualit&#233;, mais pour un but pr&#233;cis, qui est d'ordre marchand. Ce faisant on ne g&#232;re pas l'individualit&#233; de fa&#231;on neutre. Il y a in&#233;vitablement une philosophie sous-jacente, et pas seulement commerciale. D'ailleurs le commercial est d&#233;j&#224; une forme de philosophie, qui fa&#231;onne la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle &#233;volution a suppos&#233; d'une part la tendance historique (depuis deux si&#232;cles) au r&#244;le croissant de la statistique. Et d'autre part, les outils et la puissance de calcul de l'IA. Nous commencerons par rappeler le point de d&#233;part, qui est la statistique elle-m&#234;me, pour &#233;voquer ensuite la question g&#233;n&#233;rale de l'IA, et en venir enfin au cas sp&#233;cifique des r&#233;seaux sociaux et du web.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'expansion de la statistique et sa corr&#233;lation avec l'individualisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Olivier Rey montre les d&#233;veloppements de la statistique au cours du XIXe si&#232;cle, au d&#233;but au sein de ce qu'on appellera ensuite les sciences sociales, commen&#231;ant par un pur exercice de d&#233;nombrement. Puis s'est d&#233;velopp&#233;e petit &#224; petit sa th&#233;orisation math&#233;matique. Plus significatif est son d&#233;veloppement prodigieux vers un r&#244;le scientifique, notamment en physique avec les analyses sur les gaz de Boltzmann, puis sa fonction centrale dans la physique quantique et la m&#233;canique ondulatoire. Parall&#232;lement bien s&#251;r, le r&#244;le de la statistique dans la connaissance de l'homme et de la soci&#233;t&#233; a pris lui-m&#234;me une extension gigantesque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rey fait un lien direct entre ceci et l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, &#224; partir de la R&#233;volution fran&#231;aise. Car le principe d'&#233;galit&#233; et l'ouverture de toutes les voies &#224; tous implique aussi &#224; la fois une comp&#233;tition maximale, et une difficult&#233; &#224; se distinguer et m&#234;me &#224; se d&#233;finir. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, poursuit-il, l'id&#233;e, d'origine chr&#233;tienne, que la personne humaine est unique, et donc la recherche de la singularit&#233;, se maintiennent dans une soci&#233;t&#233; incapable de le satisfaire. &#171; C'est l'incommensurabilit&#233; radicale des singularit&#233;s qui conduit au calcul ; c'est le principe selon lequel personne n'est l&#224; pour faire nombre qui finit par appeler le r&#232;gne du nombre &#187;. Et il ajoute : &#171; N&#233;anmoins la subjectivit&#233; ren&#226;cle, se plaint. Elle reproche &#224; la statistique d'ignorer les nuances du r&#233;el, de se montrer inattentive au d&#233;tail des situations, d'&#234;tre &#8216;impersonnelle'. D'un c&#244;t&#233; on lui demande de rendre compte des faits de fa&#231;on objective et impartiale, de l'autre on lui fait grief de son insensibilit&#233;, de s'en tenir &#224; ce qui se mesure et, ce faisant, de laisser &#233;chapper l'essentiel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces remarques &#233;clairent singuli&#232;rement cet usage particuli&#232;rement innovant et puissant des nombres qu'on appelle Intelligence Artificielle ou IA.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rappel de donn&#233;es de base sur l'IA&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quoi parle-t-on ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on sait, le terme intelligence est compris de multiples fa&#231;ons. Dans les milieux traitant de l'IA, et de fa&#231;on coh&#233;rente avec le mat&#233;rialisme diffus de nos soci&#233;t&#233;s, on la comprend comme une capacit&#233; &#224; r&#233;soudre des probl&#232;mes ou au minimum &#224; agir par rapport &#224; des situations. D'o&#249; ce terme d' &#8216;intelligence artificielle'. Comprise, ainsi l'intelligence humaine peut &#234;tre d&#233;pass&#233;e. On parle m&#234;me de la possibilit&#233; pour l'IA d'atteindre un jour un niveau de &#8216;superintelligence', comportant une intelligence g&#233;n&#233;rale tr&#232;s sup&#233;rieure &#224; celle de l'homme, et notamment la capacit&#233; de construire elle-m&#234;me des machines encore sup&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me situe pas dans cette ligne. Tant du point de vue de la philosophie classique que de la foi chr&#233;tienne, on ne peut r&#233;duire l'esprit et notamment l'intelligence &#224; la solution technique de probl&#232;mes. Dans cette perspective, on peut m&#234;me envisager que des machines aient une capacit&#233; de traitement tr&#232;s sup&#233;rieure &#224; celle de l'homme, sans conclure que ce dernier est inf&#233;rieur. C'est que l'esprit humain poss&#232;de une sup&#233;riorit&#233; ontologique radicale de par sa capacit&#233; &#224; penser consciemment, ainsi que par sa libert&#233; et sa cr&#233;ativit&#233; ; c'est en outre un &#234;tre relationnel. En bref, c'est une personne. Et une telle personne, cr&#233;&#233;e &#224; l'image de Dieu, est seule ouverte &#224; l'infini de la transcendance divine. Quant &#224; l'intelligence, c'est une capacit&#233; &#224; voir le vrai, le beau et le bien, dont un &#233;l&#233;ment clef est la contemplation, qui sert bien s&#251;r aussi &#224; trouver des solutions au besoin, c'est-&#224;-dire &#224; agencer le r&#233;el, mais ce n'est qu'une de ses applications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, l'IA est une machine qui soit explore syst&#233;matiquement des solutions pr&#233;enregistr&#233;es, soit traite des masses de donn&#233;es &#224; l'aide d'algorithmes bas&#233;s sur des calculs de probabilit&#233;, enrichis de techniques d'apprentissage. Cela lui permet de battre des &#234;tres humains aux &#233;checs ou au go, souvent par des moyens non pr&#233;vus &#224; l'avance par les concepteurs. Mais si l'exploration syst&#233;matique ou la combinaison probabiliste de donn&#233;es permettent de d&#233;finir une strat&#233;gie gagnante au jeu, c'est par une puissance extraordinaire d'exploration de la combinatoire de donn&#233;es d&#233;termin&#233;es, par une capacit&#233; de calcul : il n'y a pas l&#224; de pens&#233;e. Encore moins une capacit&#233; &#224; d&#233;celer le sens possible des choses et leur signification morale, en termes de bien et de mal. Et encore moins d'agir librement en engageant sa responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien entendu cette extraordinaire puissance peut bouleverser nos existences, m&#234;me sans aller jusqu'&#224; la &#8216;superintelligence' en supposant que cela ait un sens. Les services que l'IA rend sont d&#233;j&#224; consid&#233;rables (moteur de recherche, traduction, diagnostics de tout type etc., sans parler de l'IA g&#233;n&#233;rative de type ChatGPT) et ils le seront plus encore &#224; l'avenir. Mais inversement, on peut craindre le d&#233;veloppement d'une capacit&#233; consid&#233;rablement sup&#233;rieure de contr&#244;le social, comme en Chine. Ou le risque de pertes d'emplois massives. Ou le d&#233;veloppement d'armements terrifiants. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou encore, plus profond&#233;ment, une r&#233;duction de l'humain lui-m&#234;me, compris &#224; travers l'IA et par l&#224; selon une id&#233;e fausse de l'intelligence humaine et de la personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les questions pos&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re essentiellement statistique de toute IA implique un triple questionnement. Sur les donn&#233;es utilis&#233;es d'abord, qui peuvent &#234;tre insuffisamment fiables ou contenir des biais implicites, et relever de la vie priv&#233;e des personnes concern&#233;es. De toute fa&#231;on, par nature m&#234;me, des donn&#233;es num&#233;ris&#233;es ne refl&#232;tent qu'une partie du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un questionnement sur les algorithmes ensuite, dont comme on l'a dit on en conna&#238;t pas exactement le cheminement et qui peuvent conduire &#224; des r&#233;sultats surprenants ou inattendus. La litt&#233;rature &#233;voque ici les cas de discrimination, par exemple raciale, soit pr&#233;sente dans les donn&#233;es, soit induite par l'algorithme par corr&#233;lation (avec la d&#233;linquance, la pauvret&#233;, ou la r&#233;sidence g&#233;ographique par exemple). Mais l'IA ne le verra pas, car elle ne pense pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux questionnements posent &#224; leur tour des questions centrales de responsabilisation face &#224; ces effets ind&#233;sirables. Or une telle responsabilit&#233; ne peut &#233;choir qu'&#224; des &#234;tres humains, qui ne peuvent se cacher derri&#232;re la machine. Cette responsabilit&#233; doit donc &#234;tre clairement identifi&#233;e, l&#224; o&#249; elle se situe, au niveau humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc essentiel de r&#233;fl&#233;chir, en g&#233;n&#233;ral et cas par cas, sur l'encadrement possible de l'IA, tant au niveau de l'&#233;thique de ceux qui sont en charge de la cr&#233;er et de l'utiliser, et &#233;ventuellement, &#224; celui de la r&#233;glementation. Mais en l'occurrence cela implique surtout en l'esp&#232;ce une d&#233;marche originale, allant au-del&#224; des intentions des acteurs, et qui vise le contr&#244;le de son fonctionnement et de ses effets, c'est-&#224;-dire ce que produisent effectivement les algorithmes, au-del&#224; du dessin initial du syst&#232;me et de ses concepteurs. Cela suppose de fa&#231;on vitale des tests r&#233;guliers et des &#233;tudes d'impact. Trop souvent en effet l'IA appara&#238;t comme une &#8216;bo&#238;te noire'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois a bien vu ces questions, dans plusieurs interventions depuis 9 mois.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Algorithmes et Internet&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Venons-en maintenant aux algorithmes utilis&#233;s par les nouveaux g&#233;ants qui dominent Internet, souvent de fa&#231;on monopoliste ou presque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les effets de tromperie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier &#233;l&#233;ment nouveau est les capacit&#233;s nouvelles de circulation d'informations tendancieuses ou manipul&#233;es. Ou la possibilit&#233; technique de cr&#233;er des messages (des images) trompeuses de v&#233;rit&#233;, mais artificiellement : on fera une photo compromettante de quelqu'un (ou un film) criants de v&#233;rit&#233;, mais faux. Certes, cela retrouve une possibilit&#233; ancienne : voir les gravures diffamatoires visant Marie-Antoinette juste avant la R&#233;volution. Mais la tromperie est massivement surmultipli&#233;e tant dans sa facilit&#233; de production, sa cr&#233;dibilit&#233; apparente, que dans sa diffusion instantan&#233;e. Et notamment dans la cr&#233;ation de mouvements de foule immenses et apparemment incontr&#244;l&#233;s (viralit&#233;). Ces probl&#232;mes sont bien connus et ont conduit les op&#233;rateurs concern&#233;s &#224; mettre en place des formes de filtrage ou de censure, utilisant eux aussi des algorithmes. Ce qui n'est pas sans poser &#224; son tour des probl&#232;mes consid&#233;rables : les uns critiquent l'efficacit&#233; m&#233;diocre de ce genre de filtrage ; les autres au contraire critiquent la censure, assez arbitraire, ou s'inspirant d'une id&#233;ologie latente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les algorithmes de recommandation des r&#233;seaux sociaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui est plus intrins&#232;que au fonctionnement de ces syst&#232;mes est la mani&#232;re dont ils con&#231;oivent le produit pr&#233;sent&#233; au client. Comme on sait, les r&#233;seaux sociaux (Facebook, Instagram, TikTok et autres) ou &#224; leur fa&#231;on les moteurs de recherche (type Google), mais aussi les soci&#233;t&#233;s commerciales de type Amazon ont pour cela une fonction vitale &#224; assurer : le classement des informations &#224; fournir. Prenons les r&#233;seaux sociaux : cela vise le d&#233;roul&#233; de ce qui va &#234;tre pr&#233;sent&#233; &#224; celui qui les regarde. En un sens, c'est une n&#233;cessit&#233; : une pr&#233;sentation purement chronologique serait neutre, mais peu satisfaisante ; une p&#234;che al&#233;atoire dans l'oc&#233;an des possibles et notamment en l'esp&#232;ce des producteurs de posts serait frustrante et peu productive ; la limitation aux vrais amis un peu &#233;troite. D'une certaine fa&#231;on, un algorithme de recommandation a donc son sens. Mais les algorithmes de nos r&#233;seaux vont bien au-del&#224; d'un r&#244;le de recommandation purement affinitaire et bienveillante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit en effet de soci&#233;t&#233;s commerciales, vivant de publicit&#233;. Facebook et les autres utilisent des probabilit&#233;s de regard pour gagner de l'argent avec de la publicit&#233;. De m&#234;me Google d'ailleurs, selon des modalit&#233;s un peu diff&#233;rentes. Il est donc vital pour eux de maximiser le temps de pr&#233;sence et d'attention. Cela conduit notamment &#224; favoriser la viralit&#233;, car ce qui est beaucoup vu a toutes chances de l'&#234;tre plus encore. On va donc le plus possible marquer les posts, puis les classer selon un calcul de la probabilit&#233; qu'ils ont d'attirer l'attention. Cela comporte donc une certaine individualisation, fonction de ce que le syst&#232;me a pu percevoir des centres d'int&#233;r&#234;t de celui qui regarde ; mais elle est int&#233;ress&#233;e et orient&#233;e. M&#234;me dans le cas de Google, qui est un outil de recherche, le but n'est donc pas la v&#233;rit&#233;, mais une forme de performativit&#233; : faire en sorte que le classement optimise le flux de regards, et par l&#224; le flux publicitaire. Cela suppose bien s&#251;r de donner un certain r&#244;le &#224; la r&#233;alit&#233; des sources, mais le plus important n'est pas leur justesse intrins&#232;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le conditionnement pouvait exister autrefois. Mais il passait la plupart du temps par des interactions avec des personnes, et non pas par la rationalisation int&#233;ress&#233;e d'un syst&#232;me, fond&#233;e sur des corr&#233;lations &#224; base num&#233;rique. Lequel, point essentiel ici, poss&#232;de en outre une opacit&#233; presque intrins&#232;que. Si vous aviez &#224; faire &#224; de la propagande marxiste, vous pouviez &#233;tudier le marxisme et la litt&#233;rature correspondante. L&#224; ce n'est pas accessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoute le comportement des utilisateurs eux-m&#234;mes, et notamment de ceux qui veulent faire passer leur message et pour cela tentent d'influencer les algorithmes. Comme les syst&#232;mes trient ce qui leur appara&#238;t pertinent selon leur jeu de crit&#232;res, la question pour les porteurs de message est alors d'offrir &#224; l'algorithme ce qui lui parle le plus. Non seulement donc l'algorithme n'est pas neutre, mais il suscite une transformation de la mati&#232;re premi&#232;re qu'il utilise : ce que trie Google n'est pas une mati&#232;re premi&#232;re neutre : elle est dans une certaine mesure organis&#233;e pour &#234;tre s&#233;lectionn&#233;e par lui. Mais cela ne correspond pas n&#233;cessairement &#224; ses propres objectifs, et il doit donc en permanence s'adapter, et il r&#233;arrange constamment son algorithme. Or on ne connait pas plus ces changements que le syst&#232;me de d&#233;part &#8211; d'autant que cela permettrait aux utilisateurs de s'adapter eux aussi. D'o&#249; d'ailleurs un argument suppl&#233;mentaire de ces entreprises pour justifier leur opacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela finit par influencer m&#234;me la production artistique, m&#234;me en musique, peinture ou photo, car pour percer, il faut vite &#234;tre per&#231;u par le syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la capacit&#233; des utilisateurs (clients) d'&#233;chapper &#224; ce conditionnement est pour l'essentiel illusoire : d'abord, personne ne lit les conditions d'utilisation ; ensuite et surtout, l'utilit&#233; du produit (l'&#233;change de donn&#233;es sur soi contre un usage gratuit du syst&#232;me) est bien trop grande. Et donc on est soumis &#224; une forme hyperbolique de ce que fait d&#233;j&#224; le marketing. Le lib&#233;ral pur a peu d'objection &#224; faire &#224; cela ; il regarde le seul consentement de l'individu, suppos&#233; sans interf&#233;rence. Mais il est clair que ce choix se fait sans v&#233;ritable appr&#233;ciation de ce que contient r&#233;ellement ce qui est offert. Et la r&#233;gulation du contenu est difficile &#224; d&#233;finir, surtout si les gens d&#233;sirent vraiment quelque chose. L'action du consommateur ne suffit donc pas : il faut des r&#233;gulations. Il faudrait donc un regard ext&#233;rieur capable d'analyser les biais r&#233;els du syst&#232;me. D'abord de transparence. Puis de responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Effet sur l'individualit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que l'effet sur la personne est consid&#233;rable et met directement en jeu la question de l'individualit&#233;. Le r&#244;le culturel des r&#233;seaux sociaux est d&#233;sormais majeur, mais il est difficile de le consid&#233;rer comme globalement positif, notamment sur les jeunes g&#233;n&#233;rations (Tiktok, Instagram etc.). En particulier, les algorithmes tendent en pratique &#224; replier chacun sur un mod&#232;le statistique moyen et par l&#224; uniformisant. Cela peut se faire au niveau g&#233;n&#233;ral du public, mais plus fr&#233;quemment niche par niche, aboutissant &#224; ce que les utilisateurs se parquent dans de petits mondes homog&#232;nes, consensuels et mutuellement herm&#233;tiques, voire hostiles. En tout cas, cela joue un r&#244;le ind&#233;niable dans la polarisation des opinions, et leur antagonisation. En outre, les choix faits par l'algorithme peuvent susciter &#224; la longue un sentiment d'insignifiance, puisqu'on n'a plus la stimulation de la recherche ; c'est finalement l'impression que tout se vaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de l'utilisateur, l'effet principal est une personnalisation relative apparente, mais en r&#233;alit&#233; compatible avec la massification : ce que le syst&#232;me retient de moi est une image tr&#232;s r&#233;duite et orient&#233;e en fonction de ses besoins &#224; lui. En outre, on ne teste pas en permanence nos pr&#233;f&#233;rences pour les corriger : une fois int&#233;gr&#233;es dans le syst&#232;me, elles sont difficiles &#224; modifier par la suite. D'o&#249; le paradoxe que la recherche de l'individualit&#233; aboutit non seulement &#224; une image tr&#232;s r&#233;ductrice, mais qu'elle est opaque &#224; l'individualit&#233; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons enfin, que la vie personnelle de celui qui passe du temps sur ces r&#233;seaux et y investit affectivement est de ce fait constamment ballot&#233;e en fonction du flux de ce qui lui arrive ainsi que des r&#233;actions qu'il obtient &#224; ses propres productions, le tout conditionn&#233; et orient&#233; par les algorithmes. Au lieu de personnes en chair et en os, et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; de relations stables au sein de communaut&#233;s humaines v&#233;ritables, o&#249; un minimum d'engagement r&#233;ciproque est attendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons un point central d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; &#224; propos du risque qu'il y a &#224; voir l'intelligence humaine comme purement instrumentale, sur le mod&#232;le de l'IA. Trop se mettre dans les mains de ce genre d'outils, c'est risquer une forme de mutilation, de r&#233;duction de l'humain en g&#233;n&#233;ral et de la vraie intelligence humaine en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons ici une diff&#233;rence majeure par rapport &#224; un autre usage possible d'Internet : un tel fonctionnement est tr&#232;s diff&#233;rent de celui qu'exp&#233;rimente par exemple quelqu'un qui cherche un livre rare, m&#234;me &#224; travers Google ou Amazon. Car dans ce cas, m&#234;me si le m&#233;canisme de recherche peut utiliser des jeux de probabilit&#233;, le ciblage est individualis&#233; et donc tr&#232;s diff&#233;rent. L'effet d'Internet n'est plus uniformisant. Mais cela suppose que j'ai des id&#233;es claires sur ce que je cherche et de ne pas me laisser porter par le syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme nous le voyons, l'usage des algorithmes sur Internet pousse encore plus loin l'effet simplificateur qu'implique l'usage de la num&#233;risation pour repr&#233;senter le r&#233;el, et constitue une nouveaut&#233; consid&#233;rable pour deux raisons majeures. D'une part, parce que l'outil qui y pr&#233;side est opaque et entend bien le rester. D'autre part, parce que ces outils r&#233;gissent une part appr&#233;ciable de l'interaction entre les &#234;tres humains dans nos soci&#233;t&#233;s, parfois pendant plusieurs heures par jours, comme les adolescents sur Tiktok. Par l&#224; m&#234;me ils contribuent &#224; fa&#231;onner une des dimensions culturelles (au sens large du terme) de nos soci&#233;t&#233;s, mais sans aucune forme ni d'examen externe, ni de responsabilit&#233;, ni &#233;videmment de recul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier ils distillent une conception tr&#232;s particuli&#232;re de l'individualit&#233; : d'un c&#244;t&#233;, ils paraissent l'exalter dans sa sp&#233;cificit&#233;, et de fait tendent &#224; en exacerber certaines dimensions. Et d'un autre c&#244;t&#233;, ils la r&#233;duisent et surtout l'agglom&#232;rent dans une approche statistique qui conduisent &#224; constituer des grumeaux plus ou moins homog&#232;nes ou tribalis&#233;s. Certes, cela prolonge des r&#233;alit&#233;s d&#233;j&#224; pr&#233;sentes, dans le marketing par exemple, qui donne le sentiment d'un choix personnel et original &#224; ce qui est en r&#233;alit&#233; une mode largement partag&#233;e (&#224; l'exemple du jeans depuis les ann&#233;es 60). Mais le processus est ici bien plus syst&#233;matique, et donc englobant pour la personne, et en outre opaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne condamne pas le principe m&#234;me de ces r&#233;seaux sociaux. Mais cela implique deux lignes de conduite. L'une, personnelle, va dans le sens d'une juste distance par rapport &#224; ces outils qui peuvent &#234;tre utiles mais sont bien ambigus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre est plus collective. Elle vise d'abord &#224; contr&#244;ler et expertiser les effets r&#233;els de ces algorithmes. Elle conduit ensuite &#224; encadrer r&#233;glementairement leur action, tant pour en r&#233;duire l'effet de monopole que pour en r&#233;duire l'opacit&#233;, et pour instaurer plus de responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans l'id&#233;al, des r&#233;seaux nouveaux alternatifs moins obs&#233;d&#233;s par la publicit&#233; offriraient d&#232;s lors une vraie possibilit&#233; de rencontres et d'&#233;changes bas&#233;s sur des affinit&#233;s authentifi&#233;es par les utilisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; encore, l'effet positif de ce genre de d&#233;veloppement est par contraste d'avancer dans la prise de conscience de la sp&#233;cificit&#233; v&#233;ritable de l'humain &#224; travers cet attribut essentiel qu'est l'intelligence, question de philosophie fondamentale qui devient vite une question de spiritualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte bas&#233; sur une intervention au colloque annuel de l'AIESC -Association Internationale pour l'Enseignement Social Chr&#233;tien (31 ao&#251;t 2024)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Intelligence artificielle : le d&#233;fi</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Intelligence-artificielle-le-defi.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Intelligence-artificielle-le-defi.html</guid>
		<dc:date>2023-03-26T15:55:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Algorithme</dc:subject>
		<dc:subject>Intelligence artificielle</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On est fascin&#233; par ce qu'on a appel&#233; une peu vite Intelligence artificielle (IA) et plus encore avec la capacit&#233; de ChatGPT &#224; produire des textes en langage courant en r&#233;ponse &#224; une question quelconque, et d'engager un dialogue que rien ne distingue en apparence de la r&#233;ponse d'une personne. Mais le m&#234;me ChatGPT s'est aussi signal&#233; par sa capacit&#233; &#224; dire n'importe quoi quand il n'avait pas les r&#233;ponses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ph&#233;nom&#232;ne consid&#233;rable, l'IA a aussi ses limites, et ce n'est pas vraiment une intelligence. Mais cela ne l'emp&#234;chera pas de secouer notre monde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Sciences-et-techniques-.html" rel="directory"&gt; Technologies, r&#233;seaux sociaux, transhumanisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Algorithme-+.html" rel="tag"&gt;Algorithme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Intelligence-artificielle-+.html" rel="tag"&gt;Intelligence artificielle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce qu'on appelle Intelligence artificielle ou IA est une ensemble vari&#233; de techniques informatiques effectuant des op&#233;rations complexes d'analyse et de traitement de donn&#233;es, pr&#233;sent&#233;es un peu vite comme analogues &#224; l'intelligence humaine ou capables de la simuler. C'est donc une formidable machine de traitement de donn&#233;es, renforc&#233;e par une capacit&#233; d'apprentissage automatique et donc d'auto-perfectionnement. Et le progr&#232;s technique va multiplier ces possibilit&#233;s, notamment avec les ordinateurs quantiques lorsqu'ils seront pleinement fiables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que la fiabilit&#233; et l'efficacit&#233; de l'IA d&#233;pendent directement de deux s&#233;ries de facteurs : la richesse et la pertinence des bases de donn&#233;es d'une part, la qualit&#233; des algorithmes de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains des r&#233;sultats de l'IA sont particuli&#232;rement visibles et spectaculaires. Ainsi le fait de pouvoir battre les plus grands champions aux &#233;checs puis au go ou m&#234;me au poker. Ou plus r&#233;cemment la capacit&#233; de ChatGPT &#224; produire des textes en langage courant en r&#233;ponse &#224; une question quelconque, et d'engager un dialogue que rien ne distingue en apparence de la r&#233;ponse d'une personne : des &#233;l&#232;ves ont pu ainsi faire r&#233;diger leur devoir par le syst&#232;me, de fa&#231;on superficiellement m&#233;connaissable (sauf l'absence de fautes d'orthographe&#8230;). Parall&#232;lement l'IA est utilis&#233;e massivement dans de multiples applications plus sp&#233;cialis&#233;es tr&#232;s efficaces, dont on se sert tous les jours : moteurs de recherche, itin&#233;raire, traduction, reconnaissance faciale, pilotage automatique, diagnostic m&#233;dical etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens inverse, les interrogations pratiqu&#233;es ici ou l&#224; de ce m&#234;me ChatGPT en ont montr&#233; les limites : des erreurs mat&#233;rielles - quand il ne sait pas bien, il extrapole all&#233;grement et invente. Et des incoh&#233;rences logiques : le syst&#232;me ne raisonne pas, mais combine des donn&#233;es de fa&#231;on probabiliste ; bien s&#251;r elles-m&#234;mes contiennent des raisonnements, mais ChatGPT ne fait que les regrouper. Personnellement je l'ai interrog&#233; sur mon propre cas, et j'ai &#233;t&#233; stup&#233;fait de voir le syst&#232;me me donner avec un total aplomb et de fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e des informations factuelles parfaitement fausses, et ne ressemblant que de loin &#224; la r&#233;alit&#233; (date de naissance, profil de carri&#232;re, appartenance &#224; des organisations etc.). On nous promet moins d'erreurs avec GPT-4 (nouvelle version qui sort) ; mais il reste qu'on ne peut confondre un outil probabiliste avec une recherche directe de faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en r&#233;sum&#233; un ensemble d'outils tr&#232;s puissants dans des domaines sp&#233;cialis&#233;s, o&#249; la probabilit&#233; obtenue peut &#234;tre tr&#232;s forte, m&#234;me s'ils ont besoin de surveillance humaine compte tenu des rat&#233;s - et beaucoup moins convaincants lorsque le champ s'&#233;largit au-del&#224; de ses zones de validit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les zones de succ&#232;s sont suffisamment larges pour qu'on puisse pr&#233;voir que le d&#233;veloppement de son r&#244;le &#224; l'avenir sera massif. Si vous tapez Intelligence artificielle sur Google vous tombez en majorit&#233; sur des publicit&#233;s de services expliquant aux entreprises comme s'assurer de ses bienfaits. Ce qui pose d'ailleurs pour ces utilisateurs de nombreuses et importantes interrogations : d'ordre technique car ces bases de donn&#233;es sont co&#251;teuses et tr&#232;s sensibles aux perturbations (y compris malveillantes) et que la d&#233;marche IA n'a de sens que sur une &#233;chelle et dans des conditions suffisantes ; et d'ordre &#233;thique, notamment sur la qualit&#233; des donn&#233;es utilis&#233;es et sur celle des algorithmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais plus largement, l'IA suscite deux s&#233;ries de questions : impacts sur la soci&#233;t&#233;, et questions philosophiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Questions portant sur ses impacts sur la soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impact sur l'emploi d'abord, et notamment par disparition emplois jusqu'ici valorisants : juristes, comptables, soignants, gestionnaires de tout type, contr&#244;leurs, enseignants, programmateurs etc. voient et surtout verront une partie appr&#233;ciable de leur travail effectu&#233; plus rapidement et beaucoup moins cher par des machines. Si d'un c&#244;t&#233; cela permettra un enrichissement des t&#226;ches de certains, et permettra de nouveaux services, d'un autre c&#244;t&#233; cela menacera directement bien des emplois, l'effet final alg&#233;brique &#233;tant inconnu. D'ailleurs Internet a plus cr&#233;&#233; d'emplois de livreurs que d'informaticiens, et d&#233;truit bien des emplois de libraires et autres commer&#231;ants. Au minimum en tout cas, ce devrait &#234;tre un facteur de bouleversement appr&#233;ciable. Un risque &#233;tant notamment une division toujours croissante entre des t&#226;ches encore plus nobles mais peu nombreuses, et des emplois plus banalis&#233;s, l&#224; o&#249; la machine ne peut pas aller (travail physique), ou &#224; son service (ainsi pour la collecte de donn&#233;es, dans ce qu'on appelle micro-travail).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impact en termes de responsabilit&#233; : la relative autonomie des machines, dont les processus peuvent &#234;tre opaques m&#234;me &#224; leurs auteurs, la facilit&#233; d'utilisation, et l'autorit&#233; de ces outils puissants et suppos&#233;s neutres, peuvent entra&#238;ner une formidable d&#233;responsabilisation. Or jusqu'&#224; plus ample inform&#233;, seul l'homme est capable de responsabilit&#233; morale, et donc la v&#233;ritable d&#233;cision devrait id&#233;alement rester humaine, tant au niveau du concepteur que de l'utilisateur qui d&#233;cide, ou pas, de s'en remettre &#224; la machine. Mais la facilit&#233; ira en sens inverse&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impact sur la question de l'information sociale et du d&#233;bat public. Le pape Fran&#231;ois avait alert&#233; sur l'utilisation de l'IA pour &#171; faire circuler des opinions tendancieuses et de fausses donn&#233;es, empoisonner les d&#233;bats publics et m&#234;me manipuler les opinions de millions de personnes &#187;, &#171; au point de mettre en danger les institutions &#224; m&#234;me de garantir une coexistence civile pacifique &#187;. De fait ChatGPT par exemple, outre sa propension &#224; inventer l&#224; o&#249; il n'a pas de r&#233;ponse, et l'absence compl&#232;te d'indication de ses sources, est manifestement programm&#233; pour &#234;tre politiquement correct. Et on peut encore raffiner. La recherche de fiabilit&#233; peut m&#234;me par un paradoxe apparent renforcer cette tendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impact sur le contr&#244;le social, comme nous le rappelle l'exemple chinois (cr&#233;dit social, contr&#244;le g&#233;n&#233;ralis&#233; etc.). En l'&#233;tat il peut appara&#238;tre r&#233;pulsif, mais on peut trouver des mani&#232;res de justifier de telles pratiques qui soient plus coh&#233;rentes avec les pr&#233;occupations de nos soci&#233;t&#233;s, notamment en termes de de s&#233;curit&#233;. Ou de politiquement correct&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Impact enfin sur la comp&#233;tition &#233;conomique entre pays. Une avance marqu&#233;e en termes d'IA donnera au pays concern&#233; un avantage consid&#233;rable sur ses concurrents, et cela dans bien des domaines (&#233;conomique, militaire, m&#233;dical etc.). Or cela repose &#224; la fois sur la qualit&#233; des algorithmes et sur la taille et la qualit&#233; des bases de donn&#233;es. De ce point de vue, un grand pays, surtout sans inhibition sur la collecte de donn&#233;es, peut avoir un avantage consid&#233;rable. De m&#234;me pour ceux capables de d&#233;velopper sur large &#233;chelle la recherche algorithmique. Plus g&#233;n&#233;ralement, il para&#238;t que l'IA donne une prime &#224; la taille et &#224; la puissance. Au stade actuel, les Etats-Unis d'abord, la Chine ensuite, ont une nette avance, qu'ils ont des chances de garder, et ils ne sont suivis que d'assez loin par l'Europe et le Japon. Un s&#233;rieux effort serait ici indispensable dans nos pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Questions philosophiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quelle mesure cette recherche, cens&#233;ment d'une forme d'intelligence, peut-elle d&#233;boucher sur l'acquisition d'attributs actuellement vus comme le propre de la personne humaine ? La puissance de calcul est une chose ; la rationalit&#233;, l'imagination, la recherche du sens, la responsabilit&#233;, la capacit&#233; de relation avec d'autres personnes et plus largement la conscience et la libert&#233;, en sont d'autres, jug&#233;s caract&#233;ristiques de la personne humaine. Rien ne dit &#224; ce stade que la machine puisse en &#234;tre dot&#233;e un jour : plus que penser, elle fonctionne, d&#233;roulant ses algorithmes programm&#233;s, qui, m&#234;me s'ils ne sont plus toujours analysables du dehors, restent strictement d&#233;terministes. Relier statistiquement des concepts est tout autre chose que r&#233;fl&#233;chir dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les tenants de la technologie conqu&#233;rante pensent que ce stade sera d&#233;pass&#233;, et qu'au bout du processus &#233;mergera une v&#233;ritable conscience avec tous ses attributs, en tout cas largement l'&#233;quivalent de ceux de la personne humaine, et bien plus performants. Nous ne connaissons pas l'avenir. Mais en fin de compte, la question est fondamentalement philosophique, et recouvre l'opposition entre mat&#233;rialistes et non-mat&#233;rialistes. Si vous consid&#233;rez que la pens&#233;e et la conscience ne sont que le r&#233;sultat de processus mat&#233;riels, vous devez conclure qu'il y a toutes chances qu'un processus puisse les dupliquer un jour, et l'IA est alors un candidat prometteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas contraire, le fait que l'IA puisse &#234;tre &#224; m&#234;me de battre dans de tr&#232;s nombreux domaines ce qu'on attribuait &#224; l'intelligence humaine ne change pas la diff&#233;rence de nature entre celle-ci et une suppos&#233;e intelligence artificielle qui ne fait que la mimer mais ne comporte pas de pens&#233;e, encore moins consciente. Cela ressemble aux r&#233;flexions sur le transhumanisme, avec son r&#234;ve d'une immortalit&#233; obtenue en transposant sur une machine le logiciel qu'est suppos&#233; &#234;tre l'esprit d'une personne : ici aussi, l'enjeu de l'innovation technologique porte sur une question philosophique majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, il ne sera sans doute pas ais&#233; de distinguer entre un syst&#232;me tr&#232;s perfectionn&#233; et dress&#233; pour mimer un comportement humain et un vrai &#234;tre humain. En d'autres termes, le test de Turing (la possibilit&#233; de distinguer un ordinateur et une personne par les r&#233;ponses qu'ils donnent) pourrait ne pas ne fournir de r&#233;ponse. Comment savoir en effet s'il y a conscience, ou simple simulation de conscience ? En termes pratiques, il sera probablement difficile dans quelques ann&#233;es de distinguer le comportement de notre cher Emmanuel Macron, pour prendre un exemple qui s'y pr&#234;te, d'un bon programme d'IA. Si en revanche vous croyez en la r&#233;alit&#233; de l'esprit, et plus encore en Dieu, l'IA ne devrait pas trop vous inqui&#233;ter, en tout cas sur rien de fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, &#224; c&#244;t&#233; du renforcement des in&#233;galit&#233;s, au sein des soci&#233;t&#233;s et entre Etats, mais aussi d'une offre enrichie de services, la cons&#233;quence la plus claire de l'IA sera sans doute une accentuation du brouillage des rep&#232;res qui caract&#233;rise nos soci&#233;t&#233;s pour la grande majorit&#233; des gens. Soit dans leurs valeurs fondamentales, toute forme de religion ayant disparu de leur vie. Soit plus concr&#232;tement dans leur travail, leur autonomie, leur capacit&#233; critique face &#224; l'information ou au contr&#244;le etc. - ne leur laissant dans le pire des cas que la dissidence int&#233;rieure ou la jacquerie anarchique. Sauf &#224; utiliser astucieusement les limites du syst&#232;me&#8230; Mais on s'&#233;loignera plus encore de l'utopie d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine &lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/civilisation/intelligence-artificielle-le-defi/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/civili...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Transhumanisme et financement de la recherche scientifique : les enjeux</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Transhumanisme-et-financement-de-la-recherche-scientifique-les-enjeux.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Transhumanisme-et-financement-de-la-recherche-scientifique-les-enjeux.html</guid>
		<dc:date>2019-05-07T15:51:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Transhumanisme</dc:subject>
		<dc:subject>Immortalit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La recherche scientifique et technique joue une r&#244;le croissant et d&#233;sormais pr&#233;pond&#233;rant pour d&#233;terminer la base mat&#233;rielle de notre civilisation.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or nous connaissons deux ph&#233;nom&#232;nes nouveaux : d'une c&#244;t&#233;, des firmes, n&#233;es r&#233;cemment de la vague Internet, qui ont des moyens colossaux et les investissent massivement dans la recherche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, l'id&#233;ologie du transhumanisme, qui se propose de d&#233;passer l'homme par la technique, avec tous les risques que cela comporte. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quels sont les enjeux de ces &#233;volutions consid&#233;rables ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article tir&#233; d'un intervention en mars 2019 dans le cadre de l'Acad&#233;mie d'&#233;tudes et de sciences sociales dont le th&#232;me annuel &#233;tait : D&#233;passer l'humain, un peu abr&#233;g&#233; ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Sciences-et-techniques-.html" rel="directory"&gt; Technologies, r&#233;seaux sociaux, transhumanisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Transhumanisme-233-+.html" rel="tag"&gt;Transhumanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Immortalite-+.html" rel="tag"&gt;Immortalit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cadre : technologie et succ&#232;s financier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d&#233;veloppement technologique suppose un financement : au stade de la recherche puis &#224; celui du d&#233;veloppement. Il peut &#234;tre public ou priv&#233;, et en g&#233;n&#233;ral combine les deux. On pense que c'est parfaitement rationnel. C'est en un sens vrai a priori, dans l'objectif que se proposent les acteurs ; mais ce l'est en tout cas beaucoup moins dans le r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, comme le montre l'histoire, le lien entre l'objectif initial de la recherche et ses effets peut &#234;tre tr&#232;s t&#233;nu et souvent inattendu. Par exemple il faut souligner la dimension importante de la recherche militaire. Non seulement quantitativement, mais aussi qualitativement, et dans de nombreux domaines. Mais en m&#234;me temps, elle peut avoir des effets totalement impr&#233;visibles, comme le montre l'exemple spectaculaire de l'Internet, qui d&#233;rive de recherches de l'US Army. Dans un tel cas d'ailleurs, m&#234;me si l'investissement initial a trouv&#233; ensuite une r&#233;mun&#233;ration, ce n'est pas en proportion de son effet : la valeur r&#233;elle de la d&#233;couverte de l'Internet n'a d'ailleurs jamais fait l'objet d'une r&#233;mun&#233;ration. L'investissement priv&#233; est en principe plus contraint en termes de r&#233;mun&#233;ration de son r&#233;sultat &#8211; mais l&#224; aussi l'inventeur ne tire pas toujours le plein profit de son invention : le PC a &#233;t&#233; invent&#233; par IBM, mais d&#233;velopp&#233; par d'autres, et sur une &#233;chelle qu'IBM n'avait pas pr&#233;vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on remonte dans l'histoire, on constate un r&#244;le massivement croissant de l'innovation scientifique. Sans parler de la r&#233;volution technique m&#233;di&#233;vale, la premi&#232;re r&#233;volution industrielle &#233;tait peu scientifique et surtout technique, &#224; la limite d'une artisanat astucieux (machine &#224; vapeur, textile etc.). Mais la situation a &#233;volu&#233; en profondeur avec la deuxi&#232;me r&#233;volution industrielle et des d&#233;couvertes comme la chimie, l'&#233;lectricit&#233;, puis le t&#233;l&#233;phone, la voiture, l'&#233;lectro-m&#233;nager, l'avion etc. Investisseurs et industriels ont alors compris l'int&#233;r&#234;t strat&#233;gique de la recherche. Mais &#224; nouveau ce ne sont pas toujours les inventeurs ou les premiers industriels qui ont accumul&#233; des fortunes massives. Celles-ci apparaissent surtout au stade de l'industrialisation de la d&#233;couverte, et encore pas toujours. Et certains secteurs n'ont pas rentabilis&#233; l'argent investi pendant plusieurs g&#233;n&#233;rations (ainsi le transport a&#233;rien). En outre et surtout il faut souligner le r&#244;le tr&#232;s important de la recherche sous fonds publics, et notamment comme on l'a vu, militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, &#224; ces diverses &#233;poques, le fait est que la recherche restait financi&#232;rement relativement peu gourmande et demandait donc relativement peu aux organismes qui la finan&#231;aient. La situation a massivement chang&#233; depuis. Internet notamment a massivement frapp&#233; les imaginations, du fait des &#233;normes fortunes amass&#233;es en moins de 20 ans par les fondateurs des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft), et plus encore du fait des &#233;normes profits de ces entreprises, notamment li&#233;s &#224; la possibilit&#233; de cr&#233;er un effet de monopole et de rente qui est unique. En effet la plupart des innovations du pass&#233; cr&#233;aient une effet de monopole ou de rente dans un premier temps, mais il disparaissait assez vite avec la concurrence. La situation est diff&#233;rente ici. C'est en effet un jeu o&#249; celui qui impose sa norme rafle tout le march&#233; (par acceptation g&#233;n&#233;rale du standard et non par une d&#233;cision publique) et met ce faisant la main sur des ressources colossales. Les marges sont &#233;normes pour le gagnant, car le march&#233; est immense et les co&#251;ts faibles : c'est en un sens un profit de rente (comme une rente fonci&#232;re ou mini&#232;re), quoique d'origine diff&#233;rente. Dans ce cas, la raret&#233; vient en effet du standard (en outre entretenu par la recherche) et non d'une rente physique. Mais il est vrai aussi qu'elle est plus fragile que celle-ci, car &#224; la merci de nouveaux d&#233;veloppements technologiques, le risque pour la firme dominante &#233;tant de voir une nouvelle invention lui faire perdre sa position centrale ; ou m&#234;me le produit &#234;tre surclass&#233; par autre chose. En m&#234;me temps, dans l'intervalle, les autorit&#233;s de concurrence sont assez d&#233;munies face &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne. Un tel fait est probablement sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire, m&#234;me toutes proportions gard&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte en outre une formidable capacit&#233; d'investissement de ces firmes, et donc esp&#232;rent-elles la possibilit&#233; de r&#233;&#233;dition de leur exploit. Ce qui subsiste en revanche est la grande incertitude sur les succ&#232;s non seulement techniques, mais surtouts financiers de ces recherches. On voit notamment des investissements massifs dans deux domaines : l'informatique/&#233;lectronique au sens large (y compris l'intelligence artificielle) ainsi que l'Internet ; et les biotechnologies. On investit massivement parce qu'on sait (depuis 20 ans) que ce qui marche peut &#234;tre formidablement payant, dans le cas des r&#233;ussites, &#224; c&#244;t&#233; d'une tr&#232;s grande majorit&#233; des recherches dont on sait qu'elles rendront peu ou pas. L'incertitude sur l'avenir est maximale, seule subsiste l'esp&#233;rance de r&#233;sultats massifs quand cela marche, sachant que c'est rare. Si donc l'&#233;conomie pilote la science ou la technique, ce n'est pas de fa&#231;on s&#251;re : on joue &#224; une roulette o&#249; les martingales larges peuvent esp&#233;rer &#234;tre gagnantes ; mais o&#249; le r&#233;sultat vraiment payant n'est pas param&#233;trable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, de tels investissements sont par nature tr&#232;s diff&#233;rents du mod&#232;le de recherche planifi&#233; qu'on a naturellement en t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles recherches, qui sont comme on l'a vu loin d'&#234;tre pr&#233;visibles dans leur effet, peuvent avoir un impact collectif majeur sur la soci&#233;t&#233;. D'o&#249; des inqui&#233;tudes que manifestent plusieurs ouvrages d'anticipation . On peut imaginer le r&#244;le de tels syst&#232;mes branch&#233;s devenir central dans la vie des gens, tout en restant la propri&#233;t&#233; d'entreprises commerciales qui restent telles (et donc sans devenir un pouvoir politique au sens propre). Cela peut glisser vers une capacit&#233; de surveillance universelle, notamment de la sant&#233; et des m&#339;urs, qui peut jouer une r&#244;le important dans ce qu'on appelle le transhumanisme au sens large. Car cela veut dire concr&#232;tement qu'une firme peut &#234;tre amen&#233;e &#224; d&#233;finir des m&#339;urs et une forme d'&#233;thique. Selon Carlo D'Asaro Biondo l'&#233;thique de Google (dont il est un dirigeant) consiste &#224; &#234;tre contre toute violence, toute attaque sur les mineurs, etc. Cela peut para&#238;tre aller de soi ; mais ce m&#234;me dirigeant ajoute en outre qu'il y a un fort attachement des fondateurs au respect de la diversit&#233;, au refus de discrimination raciale, sexuelle etc. Facebook fait signer une charte aux annonceurs, o&#249; domine l'id&#233;e de comportement non-haineux et du refus de toute discrimination. L&#224; on entre dans le politique et le moral. Mais on le notera, ces objectifs &#233;thiques sont assez conformistes : ils refl&#232;tent des th&#232;mes d&#233;j&#224; dominants id&#233;ologiquement. A ce stade, ces firmes ne g&#233;n&#232;rent donc pas une vision propre en la mati&#232;re ; elles prennent dans la soci&#233;t&#233; ce qu'elles y trouvent. Mais elles lui donnent une force bien sup&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons un fait apparemment trivial mais important : ces firmes sont dirig&#233;es par des personnes jeunes, sans sp&#233;cificit&#233; au d&#233;part, sans formation ni exp&#233;rience politique ou philosophique, a fortiori religieuse, qui ont r&#233;ussi dans des proportions radicalement inimaginables au d&#233;part sur la base d'un id&#233;e g&#233;niale d'algorithme, et qui n'ont pas connu d'&#233;chec majeur dans leur vie. Cette situation est elle-m&#234;me sans pr&#233;c&#233;dent. Dit en un mot, ce sont logiquement des gens qui spontan&#233;ment ne doutent de rien. Mais qui sont tr&#232;s d&#233;contenanc&#233;s devant les questions qui &#233;mergent, comme on l'a vu r&#233;cemment avec Facebook.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Transhumanisme : l'homme augment&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel r&#244;le cela peut-il jouer en faveur du transhumanisme ? Il est dans cette perspective un mythe tr&#232;s puissant, car il est peut-&#234;tre le seul &#224; la dimension de l'Internet (qu'on peut d&#233;crire comme la connexion g&#233;n&#233;ralis&#233;e de l'humanit&#233;). Sous ses formes diverses, il attire donc des sommes &#233;normes. Il est possible que la rentabilit&#233; finale en soit faible, mais m&#234;me alors cela n'exclura pas des effets appr&#233;ciables, tant financiers que sociaux. L&#224; plus encore qu'ailleurs on cherche tous azimuts, sachant que le gros des efforts est perdu mais que le peu qui gagne est tr&#232;s r&#233;mun&#233;rateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand on dit transhumanisme il faut savoir de quoi on parle. Selon les cas le d&#233;bat sera tr&#232;s diff&#233;rent. Il y a d'abord un transhumanisme &#8216;mod&#233;r&#233;', type &#171; homme augment&#233; &#187;. Mais tout homme utilisant un outil, montant sur un v&#233;hicule, regardant un t&#233;lescope etc., est un homme augment&#233;. Cela ne remet donc pas en cause la conception m&#233;taphysique de l'homme. En un sens m&#234;me cela la fonde : l'homme a pour propre d'&#234;tre capable d'augmentation, parce qu'il est un esprit qui dans son op&#233;ration &#233;chappe en partie aux contraintes de la mati&#232;re. Un &#234;tre humain qui par effet biologique ou proth&#232;se technique verrait bien mieux, courrait plus vite, calculerait beaucoup plus vite etc., resterait dans ce champ. Nous avons d&#233;j&#224; des gens plus intelligents, plus rapides, plus beaux etc. que d'autres. Naturellement, le fait que cette capacit&#233; d'augmentation soit caract&#233;ristique de l'homme ne signifie pas qu'elle soit toujours bonne pour lui, loin de l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#233;sormais on pourra acheter cette augmentation, et elle peut devenir cumulative. Les plus riches risquent alors d'avoir sans cesse plus de succ&#232;s. Cela ne changerait rien d'essentiel &#224; la nature de l'homme, mais poserait d'&#233;normes probl&#232;mes sociaux. Et naturellement et surtout, ce serait un &#233;norme march&#233;. Ce qui accro&#238;t massivement la rationalit&#233; &#233;conomique des investissements faits en la mati&#232;re. On s'offusque des in&#233;galit&#233;s actuelles, mais si ces recherches d&#233;bouchent (et &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; un nombre non n&#233;gligeable d'entre elles le feront) on n'a donc encore rien vu. Bien s&#251;r il pourra y avoir d&#233;mocratisation ensuite - comme on l'a constat&#233; dans le pass&#233; pour l'automobile : jug&#233;e &#234;tre une provocation en 1900 car privil&#232;ge des tr&#232;s riches, elle est devenue le symbole de la consommation de masse trois g&#233;n&#233;rations apr&#232;s. Mais rien ne dit que ce sch&#233;ma se reproduira automatiquement. C'est d'autant plus vrai que contrairement aux &#233;poques ant&#233;rieures nous sommes dans une &#233;conomie qui prend de plus en plus conscience du fait que ses ressources sont limit&#233;es ; ce qui implique une comp&#233;tition croissante pour l'acc&#232;s &#224; ces ressources rares, ce qui &#224; son tour est un puissant facteur d'in&#233;galit&#233;. Il peut d&#232;s lors y avoir distance croissante entre une minorit&#233; ultra performante (qui pourra alors se sentir d'une autre nature que la masse) et le reste. Inutile de dire qu'il y a l&#224; des enjeux financiers majeurs : puissance des sens, capacit&#233; intellectuelle, r&#233;sistance aux maladies, performances physiques, etc. tout cela est tr&#232;s prometteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel peut &#234;tre le sens de tels d&#233;veloppements ? Il faut prendre en compte ici la puissance de ces mythes, leur force de fascination. On a &#233;voqu&#233; avec le Pr Weizmann les mutations biologiques. Comme il nous l'a rappel&#233;, un pas suppl&#233;mentaire a &#233;t&#233; franchi avec le CRISPR : cela pourrait m&#234;me permettre que les modifications h&#233;r&#233;ditaires soient transmises aux g&#233;n&#233;rations suivantes. Mais c'est une technique peu co&#251;teuse et facile &#224; r&#233;aliser &#8211; avec le risque que cela perp&#233;tue une erreur. Et les obstacles juridiques sont minces : ces barri&#232;res sont sans poids face &#224; la facilit&#233; d'utilisation de la technique. On peut donc consid&#233;rer comme une quasi-certitude qu'elle sera activement d&#233;velopp&#233;e. Et de fa&#231;on tr&#232;s d&#233;centralis&#233;e, dans de vraies start-ups. En d'autres termes, &#224; c&#244;t&#233; des mastodontes, les jeunes mammif&#232;res ont leurs chances dans la course &#224; la richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme on sait d'autres hybridations sont concevables. Le cyborg est par exemple l'id&#233;e d'une fusion de l'homme et de la machine, et l'intelligence artificielle peut &#234;tre une tentative de reproduction du fonctionnement du cerveau humain &#224; l'int&#233;rieur d'un ordinateur. Dans ces deux cas, il s'agit d'une sorte d'intrusion de l'univers m&#233;canique et num&#233;rique &#224; l'int&#233;rieur de la chair et de l'esprit. Mais comme la pens&#233;e, l'&#226;me ou la conscience de l'homme utilisent des supports mat&#233;riels, de tels projets sont, dans une certaine mesure, concevables m&#234;me dans une perspective philosophique non mat&#233;rialiste. Ils repr&#233;sentent alors une menace pour notre humanit&#233; dans la mesure o&#249; ils pourraient modifier notre rapport aux autres et au monde, outre bien s&#251;r l'effet d'in&#233;galit&#233; qu'on a relev&#233;, qui est sans doute le plus significatif. Nos perceptions, nos sentiments, notre exp&#233;rience charnelle de la r&#233;alit&#233; &#224; travers nos sens seraient susceptibles d'&#234;tre profond&#233;ment transform&#233;s. Si cet interfa&#231;age homme/machine semble enthousiasmer les partisans les plus radicaux de l'&#232;re digitale, il suscite l'appr&#233;hension d'une tr&#232;s grande part de nos contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, cela ne change pas la condition ultime de l'homme comme tel (un cyborg reste en un sens un homme avec ses vuln&#233;rabilit&#233;s) mais cela peut bouleverser la soci&#233;t&#233; en en accentuant les traits existants. Ce n'est pas l'id&#233;e d'am&#233;lioration qui est en soi le probl&#232;me, car par d&#233;finition, rechercher une am&#233;lioration (un mieux, et donc quelque chose qui va plus loin dans le sens du bien) est en soi un bien ; mais &#224; condition &#233;videmment de savoir ce qu'est le bien. Or la sagesse chr&#233;tienne (et d'autres) nous enseigne que notre bien ultime n'est pas dans la mati&#232;re et sa maitrise, qui ne sont qu'instrumentaux. Comme on voit donc, la question de fond est anthropologique. Comme le rappelle le P. Thierry Magnin , il y a ici la source d'une illusion majeure, issue de la croyance grandissante que les technologies vont lib&#233;rer l'homme de ses difficult&#233;s ou m&#234;me de ses limites ; ou m&#234;me de d&#233;passer toutes ses limites. L'image du cyborg invuln&#233;rable est parfaitement utopique ; car il y aura toujours des grains de sable. Mais elle offre l'illusion de sortir de la condition humaine, ce qui est propre &#224; attirer les amateurs, et donc les budgets. Ce qui aura in&#233;vitablement certains r&#233;sultats, bons ou mauvais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un risque existe, autre que celui de l'in&#233;galit&#233; ; c'est celui de l'appauvrissement de l'humain. Le P. Thierry Magnin souligne par exemple que la croyance transhumaniste nous parle &#171; d'une humain certes augment&#233; dans certaines fonctionnalit&#233;s mais plut&#244;t simplifi&#233;, robotis&#233; et finalement diminu&#233; car quelque peu standardis&#233; &#224; partir de fonctions &#224; optimiser &#187;. Tout contr&#244;ler rend la vie triste. La douleur n'est pas qu'une effet physique, elle d&#233;pend de la focalisation. Quel serait l'impact des implants c&#233;r&#233;braux sur la personnalit&#233; des hommes ainsi augment&#233;s ? Quelle serait sa libert&#233; ? Il n'y a pas de r&#233;ponse. Mais dans la psychologie qui nous domine aujourd'hui, c'est tr&#232;s attractif. Et donc il y aura des budgets de recherche ; et si cela d&#233;bouche, des clients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus profond&#233;ment, dans la r&#233;alit&#233; la mort sert &#224; renouveler le vivant (les cellules meurent en permanence). Une soci&#233;t&#233; immortelle se figerait bien vite. Lacan disait que si la vie &#233;tait sans fin, l'homme deviendrait fou. La mort n'est donc pas une d&#233;faite de l'humain. Dans le r&#244;le indispensable des limites, une place est donc &#224; faire &#224; cette limite supr&#234;me, la mort. La sagesse conduirait donc a priori &#224; ne pas d&#233;sirer une soci&#233;t&#233; o&#249; elle dispara&#238;trait. Mais il est &#233;vident qu'en revanche il y aurait des clients.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Transhumanisme : l'homme transcend&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette importance de la perspective anthropologique est encore plus grande quand on passe au deuxi&#232;me niveau du transhumanisme, car l'enjeu devient alors m&#233;taphysique. En effet, si on pousse &#224; son terme la logique du transhumanisme, son objectif en fin de compte (son mythe) est une forme d'immortalit&#233;, en tout cas de ma&#238;trise radicalement diff&#233;rente de l'homme sur lui-m&#234;me et par exemple un &#234;tre post-humain qui ne serait plus d&#233;pendant de son corps biologique actuel. L'hypoth&#232;se sous-jacente limite est que par la technologie on puisse donner un support diff&#233;rent &#224; l'&#226;me d'une personne, donc qu'on puisse l'appr&#233;hender comme un programme informatique au sens large et la restituer sur une base physique ou biologique. Ce transhumanisme radical est fondamentalement mat&#233;rialiste. En effet, selon les conceptions spiritualistes au sens large, il est exclu qu'un proc&#233;d&#233; mat&#233;riel puisse s'emparer de l'&#226;me ou de l'esprit, notamment afin de refabriquer un &#234;tre dont elle serait la m&#233;moire et la volont&#233;. Si donc les transhumanistes radicaux r&#233;ussissaient leur op&#233;ration, ce serait la preuve indiscutable que le mat&#233;rialisme a raison et que les conceptions spirituelles sont fausses. Ce serait un cas exceptionnel o&#249; une r&#233;alisation scientifique trancherait de fa&#231;on d&#233;finitive un d&#233;bat philosophique majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, m&#234;me si on se situe dans un cadre de pens&#233;e mat&#233;rialiste, le succ&#232;s n'est en rien assur&#233;. Rappelons tout simplement que par exemple la physique quantique nous rappelle que le r&#233;el est fondamentalement voil&#233; : la nature n'est pas r&#233;ifiable. Il y a donc semble-t-il une limite &#224; ce qu'il est possible de faire, m&#234;me en restant au niveau mat&#233;rialiste. Ce qui nous est donn&#233; d&#233;passe tout ce que nous pouvons esp&#233;rer construire. Peut-&#234;tre que le match entre mat&#233;rialistes et croyants n'aura jamais de r&#233;ponse en ce monde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela dit, inversement, m&#234;me dans le cas o&#249; l'op&#233;ration r&#233;ussirait, on ne sortirait pas de la mati&#232;re. L'homme augment&#233; m&#234;me potentiellement &#8216;immortel' resterait un simple dispositif technique ; il le serait m&#234;me plus encore que l'homme d'autrefois, car il serait d&#233;sormais d&#233;montr&#233; qu'il n'est que cela, avec la vuln&#233;rabilit&#233; que cela implique. La vuln&#233;rabilit&#233; de la mati&#232;re (car la vuln&#233;rabilit&#233; ultime n'est pas celle de l'homme ou de la vie, mais celle de la mati&#232;re) subsisterait int&#233;gralement : un programme &#231;a s'efface, une machine, &#231;a se casse &#8211; d'o&#249; la terrible angoisse qui hanterait ses b&#233;n&#233;ficiaires (erreur techniques, ast&#233;ro&#239;de malencontreux etc.). Cela n'a rien &#224; voir avec la vie &#233;ternelle et la contemplation de Dieu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me de l'IA (intelligence artificielle au sens radical du terme). Fabriquer un &#234;tre qui r&#233;ellement penserait supposerait qu'il ait une forme de conscience. Une machine de traitement du langage ou de traduction ne conna&#238;t pas v&#233;ritablement ce qu'est le sens. La conscience suppose une premi&#232;re personne. Une telle IA suppose qu'on ferait de la 1&#232;re personne &#224; partir de la 3e : on ne voit pas comment cela est possible. Sauf &#224; nouveau si le mat&#233;rialisme a raison. Mais c'est qu'alors la personne n'est pas une personne, mais un simple algorithme. Et donc en d&#233;finitive, m&#234;me s'ils gagnaient, en regard de leurs r&#234;ves nos mat&#233;rialistes auraient perdu. Mais encore une fois, il y aura de l'argent pour explorer ces voies, beaucoup d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Enjeux et possibilit&#233;s d'action&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est donc que beaucoup d'argent s'investit dans ces recherches diverses&#8230;et en outre qu'elles ont des chances d'avoir certains d&#233;bouch&#233;s, m&#234;me s'ils diff&#232;rent des objectifs initiaux. Il y a donc ici un enjeu majeur pour ceux qui ne partagent pas la philosophie implicite de ces recherches, qui est d'abord d'ordre politique et collectif : comme il est exclu d'aligner des investissements de cette amplitude dans un sens plus humaniste, c'est d'abord la question de la surveillance et de l'orientation de cette recherche qui est pos&#233;e. Or les moyens publics (&#233;tatiques) pour ce faire sont limit&#233;s, tardifs et souvent assez aveugles : pas inutiles mais partiels. In&#233;vitablement donc, ces recherches avancerons. Et donc des entit&#233;s priv&#233;es (les firmes qu'on a cit&#233;es) ou sous contr&#244;le public mais dans des pays autoritaires &#224; philosophie diff&#233;rente (Chine) se trouvent d&#233;sormais dot&#233;es d'une capacit&#233; de bouleversement de nos soci&#233;t&#233;s qui est sans pr&#233;c&#233;dent en termes non seulement quantitatifs, mais qualitatifs. Sans parler des sous-produits de la recherche militaire. Nous ne pourrons dans une mesure tr&#232;s importante pas les en emp&#234;cher&#8230; Et ils auront beaucoup plus d'argent et de moyens intellectuels que nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche nous pouvons tenter d'agir au niveau de la culture collective, car on l'a vu la philosophie sous-jacente en est assez pauvre ; pour faire un peu de Gramsci, la question de l'h&#233;g&#233;monie culturelle est pos&#233;e. Qui peut d'ailleurs se traduire en termes financiers, car les march&#233;s sont tr&#232;s sensibles. Si en effet s'accr&#233;dite publiquement l'id&#233;e que tel ou tel comportement est r&#233;pr&#233;hensible, et que les cours (de bourse) en p&#226;tissent, les entreprises en tiennent compte ; cela peut d&#233;boucher sur une forme de pression coercitive, soit par la loi, soit par les march&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait encore plus vrai s'il existait &#224; un niveau suffisant une finance sensible &#224; ces valeurs collectives, et construite pour cela : une variable d'ISR (investissement socialement responsable), mais bien plus exigeante, car bas&#233;e sur une anthropologie &#233;toff&#233;e et solide. Notamment celle de la Doctrine sociale de l'Eglise. Une des objectifs naturels en serait de capter assez d'argent pour orienter une partie des recherches dans le bon sens. Ou au moins, surveiller les recherches des autres. Naturellement on l'a dit, la probabilit&#233; est qu'il y aurait beaucoup moins de ressources que dans la recherche dominante, et de fa&#231;on &#233;crasante. Mais moralement, ce qui compte est de faire ce qu'on a &#224; faire. Car la le&#231;on finale est que ces &#233;volutions dantesques ne sont ni pr&#233;visibles ni m&#234;me v&#233;ritablement pilot&#233;es. Il appara&#238;t donc que plus que jamais notre faiblesse est notre principale force, car elle nous conduit &#224; reconna&#238;tre que nous sommes entre les mains de Dieu. Qui tire toujours un bien d'un mal et a d&#233;j&#224; vaincu le mal&#8230; adjutorium nostrum in nomine Domini, qui fecit coelum et terram. Du pain sur la planche pour les catholiques, et plus g&#233;n&#233;ralement les hommes de bonne volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Intervention &#224; l'Acad&#233;mie d'&#233;tudes et de sciences sociales le 14 mars 2019, un peu abr&#233;g&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Finance, technologie et enjeux de soci&#233;t&#233; </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Finance-technologie-et-enjeux-de-societe.html</link>
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		<dc:date>2018-05-28T13:53:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement responsable</dc:subject>
		<dc:subject>Transhumanisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Intervention au colloque du Centre catholique pour l'Unesco (CCIC) et de l'Acad&#233;mie catholique, le 4 mai 2018 : &#034;PUISSANCES TECHNOLOGIQUES ET ETHIQUE DE LA FINITUDE HUMAINE&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la dimension financi&#232;re et les enjeux du transhumanisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Sciences-et-techniques-.html" rel="directory"&gt; Technologies, r&#233;seaux sociaux, transhumanisme&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-responsable-+.html" rel="tag"&gt;Investissement responsable&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Transhumanisme-233-+.html" rel="tag"&gt;Transhumanisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cadre : technologie et succ&#232;s financier&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout d&#233;veloppement technologique suppose un financement : au stade de la recherche puis &#224; celui du d&#233;veloppement. Il peut &#234;tre public ou priv&#233;, et en g&#233;n&#233;ral combine les deux. Mais le lien entre l'objectif initial de la recherche et ses effets peut &#234;tre tr&#232;s t&#233;nu et souvent inattendu. Par exemple il faut souligner la dimension importante de la recherche militaire. Non seulement quantitativement, mais qualitativement, et avec des effets totalement impr&#233;visibles, comme le montre l'exemple spectaculaire de l'Internet qui d&#233;rive de recherches de l'US Army. Dans un tel cas, m&#234;me si l'investissement est r&#233;mun&#233;r&#233; ensuite, il ne l'est pas en proportion de son effet (la valeur r&#233;elle de la d&#233;couverte de l'Internet n'a d'ailleurs jamais fait l'objet d'une r&#233;mun&#233;ration). L'investissement priv&#233; est en principe plus contraint en termes de r&#233;mun&#233;ration de son r&#233;sultat &#8211; mais l&#224; aussi l'inventeur ne tire pas toujours le plein profit de son invention : le PC a &#233;t&#233; invent&#233; par IBM mais d&#233;velopp&#233; par d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on remonte dans l'histoire, on constate un r&#244;le massivement croissant de l'innovation scientifique. Sans parler de la r&#233;volution technique m&#233;di&#233;vale, la premi&#232;re r&#233;volution industrielle &#233;tait peu scientifique et surtout technologique (machine &#224; vapeur, textile etc.). La situation a &#233;volu&#233; avec la deuxi&#232;me r&#233;volution industrielle et des d&#233;couvertes comme la chimie, l'&#233;lectricit&#233;, puis le t&#233;l&#233;phone, la voiture, l'&#233;lectro-m&#233;nager, l'avion etc. On a compris alors l'int&#233;r&#234;t strat&#233;gique de la recherche. Mais &#224; nouveau ce ne sont pas toujours les inventeurs ou les premiers industriels qui ont accumul&#233; des fortunes massives. En outre certains secteurs n'ont pas rentabilis&#233; l'argent investi pendant plusieurs g&#233;n&#233;rations (ainsi le transport a&#233;rien).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation a massivement chang&#233; depuis. Internet notamment a massivement frapp&#233; les imaginations, du fait des &#233;normes fortunes amass&#233;es en moins de 20 ans par les fondateurs des GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft), et plus encore les &#233;normes profits de ces entreprises, avec un effet de monopole et de rente unique. Il en r&#233;sulte en outre une formidable capacit&#233; d'investissement de ces firmes, et donc esp&#232;rent-elles de r&#233;&#233;dition de leur exploit. Un tel fait est probablement sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire, m&#234;me toutes proportions gard&#233;es. En outre, l'effet en est plan&#233;taire - avec cependant l'exception chinoise (et un peu russe). C'est un jeu o&#249; celui qui impose sa norme rafle tout le march&#233; (par acceptation g&#233;n&#233;rale du standard et non par une d&#233;cision publique) et met ce faisant la main sur des ressources colossales. Les marges &#233;normes car le march&#233; est immense et les co&#251;ts faibles : c'est en un sens un profit de rente, quoique de nature diff&#233;rente. La raret&#233; vient de ce standard et non d'une rente physique. Mais elle est plus fragile car &#224; la merci de nouveaux d&#233;veloppements technologiques, avec le risque de voir une nouvelle invention faire perdre sa position centrale au leader actuel. Les autorit&#233;s de concurrence sont assez d&#233;munies face &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui subsiste en revanche est la grande incertitude sur les succ&#232;s non seulement techniques, mais surtouts financiers de ces recherches. On voit notamment des investissements massifs dans deux domaines : l'informatique/&#233;lectronique au sens large (y compris l'intelligence artificielle) ainsi que l'Internet ; et les biotechnologies. On investit massivement parce qu'on sait que ce qui marche est formidablement payant, &#224; c&#244;t&#233; d'une tr&#232;s grande majorit&#233; qui rend peu ou pas. L'incertitude sur l'avenir est maximale, seule subsiste l'esp&#233;rance de r&#233;sultats massifs quand cela marche, ce qui est rare. Et donc la dimension financi&#232;re ne sert pas de guide pour orienter l'investissement dans la recherche (au-del&#224; du souci de m&#233;thode). Ses promesses sont g&#233;n&#233;rales et statistiques. M&#234;me la discipline du march&#233; financier ne joue que de fa&#231;on lointaine, et elle est att&#233;nu&#233;e par la vue de la masse des profits r&#233;alis&#233;s dans l'intervalle : une fois la firme lanc&#233;e sur sa trajectoire dominante, elle n'a alors plus besoin de lever des fonds ; il ne reste que la sensibilit&#233; au cours de bourse des propri&#233;taires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;conomie Internet au niveau des GAFAM&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Notons d'abord que l'emploi direct induit est tr&#232;s faible : les emplois cr&#233;&#233;s sont essentiellement dans le transport (livraison) et donc assez bas de gamme et ext&#233;rieurs &#224; la firme. Soulignons ensuite l'importance strat&#233;gique de la publicit&#233; dans le mod&#232;le. Elle assure une proportion consid&#233;rable de leurs profits. Selon lesechos.fr (07/06/2017) Google et Facebook contr&#244;lent 20 % du total des investissements publicitaires mondiaux (11 % en 2012).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la diff&#233;rence toutefois des media classiques, outre les sommes en question ces nouveaux supports sont beaucoup plus intrusifs, car une dimension essentielle de leur activit&#233; est l'accumulation des donn&#233;es sur les gens, qui sont ensuite revendues. En un sens on a ici un probl&#232;me fondamental de droits : qui devrait &#234;tre propri&#233;taire de ces informations ? quel droit a-t-on d'en faire usage, et de les revendre ? D'o&#249; une fragilit&#233; li&#233;e &#224; l'opacit&#233; du mod&#232;le financier : l'essentiel du profit est fait non par la vente du produit (recherche sur Google ou utilisation de Facebook) car il est gratuit ; mais de l'exploitation par le fournisseur des donn&#233;es personnelles que le client du r&#233;seau transmet sur lui-m&#234;me par le seul fait qu'il y entre. Quoiqu'il en soit ces pompes financi&#232;res ont un effet puissant sur les imaginations. Cela pousse naturellement l'argent &#224; chercher &#224; s'investir dans la nouvelle entreprise de ce type qui &#233;clora demain ; et notamment cela les pousse elles &#224; investir leur argent, abondant comme on l'a vu. A nouveau, de tels investissements sont par nature tr&#232;s diff&#233;rents du mod&#232;le de recherche planifi&#233; qu'on a naturellement en t&#234;te : cela suppose de tr&#232;s gros efforts mais une mobilit&#233; maximale pour saisir l'id&#233;e qui marche (et elle le fait alors massivement), au milieu de centaines d'autres qui ne donnent rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Farhad Manjoo (New York Times du 17 mai 2017) pr&#233;cise que les GAFAM d&#233;pensent pr&#232;s de 60 milliards de dollars par an en R&amp;D, tandis que les d&#233;penses de l'Etat f&#233;d&#233;ral am&#233;ricain s'&#233;tablissent &#224; 67 milliards (si l'on retire les recherches militaires). Si l'on prend la seule intelligence artificielle (I.A.) le gouvernement f&#233;d&#233;ral n'a d&#233;pens&#233; que 1,1 milliard de dollars de recherche non classifi&#233;e en 2015. Lors du salon de l'ann&#233;e derni&#232;re, Sundar Pichai, directeur g&#233;n&#233;ral de Google, a inaugur&#233; ce qu'il appelle une nouvelle &#232;re pour Google. La compagnie de recherche serait dor&#233;navant une soci&#233;t&#233; &#171; d'avant-garde &#187; - c'est-&#224;-dire que la plupart de ses progr&#232;s seraient guid&#233;s par des techniques d'intelligence artificielle. Il s'agit notamment d' &#8216;enseigner' les ordinateurs afin de comprendre le langage, de voir et d'entendre, de diagnostiquer des maladies et m&#234;me de cr&#233;er de l'art. En outre ces investissements s'&#233;tendent &#224; des domaines tr&#232;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes (biologie notamment).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles recherches peuvent avoir un impact collectif majeur sur la soci&#233;t&#233;, qui sont comme on l'a vu loin d'&#234;tre pr&#233;visibles dans leur nature. D'o&#249; des inqui&#233;tudes que manifestent plusieurs ouvrages d'anticipation . On peut imaginer le r&#244;le de tels syst&#232;mes branch&#233;s devenir central dans la vie des gens, tout en restant la propri&#233;t&#233; d'entreprises commerciales qui restent telles (et donc sans devenir un pouvoir politique au sens propre). Cela peut glisser vers une capacit&#233; de surveillance universelle, notamment de la sant&#233; et des m&#339;urs, qui peut aller vers le transhumanisme. Cela veut dire concr&#232;tement qu'une firme peut &#234;tre amen&#233;e &#224; d&#233;finir des m&#339;urs et une forme d'&#233;thique. Selon Carlo D'Asaro Biondo l'&#233;thique de Google (dont il est un dirigeant) consiste &#224; &#234;tre contre toute violence, toute attaque sur les mineurs, etc. ce qui peut aller de soi ; mais qu'en outre il y a un fort attachement des fondateurs au respect de la diversit&#233;, au refus de discrimination raciale, sexuelle etc. L&#224; on entre dans le politique et le moral. Mais on le notera, ces objectifs &#233;thiques sont assez conformistes. Ces firmes ne g&#233;n&#232;rent pas une vision propre en la mati&#232;re ; elles prennent dans la soci&#233;t&#233; ce qu'elles y trouvent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Transhumanisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quel r&#244;le cela peut-il jouer en faveur du transhumanisme ? Il est dans cette perspective un mythe tr&#232;s puissant car il est peut-&#234;tre le seul &#224; la dimension de l'Internet (qu'on peut d&#233;crire comme la connexion g&#233;n&#233;ralis&#233;e de l'humanit&#233;). Sous ses formes diverses, il attire donc des sommes &#233;normes. Il est possible que la rentabilit&#233; finale en soit faible, mais m&#234;me alors cela n'exclura pas des effets appr&#233;ciables, tant financiers que sociaux. A nouveau, la rationalit&#233; des investissements n'est en effet jamais acquise. L&#224; plus encore qu'ailleurs on cherche tous azimuts, sachant que le gros des efforts est perdu mais que le peu qui gagne est lui tr&#232;s r&#233;mun&#233;rateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand on dit transhumanisme il faut savoir de quoi on parle. Selon les cas le d&#233;bat sera tr&#232;s diff&#233;rent. Il y a d'abord un transhumanisme mod&#233;r&#233;, type &#171; homme augment&#233; &#187;. Mais tout homme utilisant un outil, montant sur un v&#233;hicule, regardant un t&#233;lescope etc., est un homme augment&#233;. Cela ne remet donc pas en cause la conception m&#233;taphysique de l'homme. En un sens m&#234;me cela la fonde : l'homme a pour propre d'&#234;tre capable d'augmentation, parce qu'il est un esprit qui dans son op&#233;ration &#233;chappe en partie aux contraintes de la mati&#232;re. Un &#234;tre humain qui par effet biologique ou proth&#232;se technique verrait bien mieux, courrait plus vite, calculerait beaucoup plus vite etc., resterait dans ce champ. Nous avons d&#233;j&#224; des gens plus intelligents, plus rapides, plus beaux etc. que d'autres. Sauf que d&#233;sormais on pourra acheter cette augmentation, qui serait donc cumulative. Les plus riches risquent d'avoir sans cesse plus de succ&#232;s. Cela ne changerait rien d'essentiel &#224; la nature de l'homme, mais poserait d'&#233;normes probl&#232;mes sociaux. Et naturellement ce sera un &#233;norme march&#233;. On s'offusque des in&#233;galit&#233;s actuelles, mais si ces recherches d&#233;bouchent (et beaucoup d'entre elles le feront) on n'a donc encore rien vu. Bien s&#251;r il pourra y avoir d&#233;mocratisation ensuite (comme on l'a vu pour l'automobile, jug&#233;e &#234;tre une provocation en 1900 car privil&#232;ge des tr&#232;s riches, mais symbole de la consommation de masse trois g&#233;n&#233;rations apr&#232;s). Mais il peut aussi y avoir distance croissante entre une minorit&#233; ultra performante (qui pourra se sentir d'une autre nature) et le reste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier des hybridations sont concevables. Le cyborg est par exemple l'id&#233;e d'une fusion de l'homme et de la machine, et l'intelligence artificielle peut &#234;tre une tentative de reproduction du fonctionnement du cerveau humain &#224; l'int&#233;rieur d'un ordinateur. Dans ces deux cas, il s'agit d'une sorte d'intrusion de l'univers m&#233;canique et num&#233;rique &#224; l'int&#233;rieur de la chair et de l'esprit. Mais comme la pens&#233;e, l'&#226;me ou la conscience de l'homme utilisent des supports mat&#233;riels, de tels projets sont, dans une certaine mesure, concevables m&#234;me dans une perspective philosophique non mat&#233;rialiste. Ils repr&#233;sentent alors une menace pour notre humanit&#233; dans la mesure o&#249; ils pourraient modifier notre rapport aux autres et au monde, outre bien s&#251;r l'effet d'in&#233;galit&#233; qu'on a relev&#233;, qui est sans doute le plus significatif. Nos perceptions, nos sentiments, notre exp&#233;rience charnelle de la r&#233;alit&#233; &#224; travers nos sens seraient susceptibles d'&#234;tre profond&#233;ment transform&#233;s. Si cet interfa&#231;age homme/machine semble enthousiasmer les partisans les plus radicaux de l'&#232;re digitale, il suscite l'appr&#233;hension d'une tr&#232;s grande part de nos contemporains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau cela ne change pas la condition ultime de l'homme comme tel (u cyborg reste en un sens un homme avec ses vuln&#233;rabilit&#233;s) mais cela peut bouleverser la soci&#233;t&#233; en en accentuant les traits existants. Ce n'est pas l'id&#233;e d'am&#233;lioration qui est en soi le probl&#232;me, car par d&#233;finition, rechercher une am&#233;lioration (un mieux, et donc quelque chose qui va plus loin dans le sens du bien) est plut&#244;t en soi un bien ; mais &#224; condition &#233;videmment de savoir ce qu'est le bien. Or la sagesse chr&#233;tienne (et d'autres) nous enseigne que notre bien ultime n'est pas dans la mati&#232;re et sa maitrise. Comme on voit donc, la question de fond est anthropologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette importance de la perspective anthropologique est encore plus grande quand on passe au deuxi&#232;me niveau du transhumanisme, car l'enjeu devient alors m&#233;taphysique. En effet, si on pousse &#224; son terme la logique du transhumanisme, son objectif en fin de compte (son mythe) est une forme d'immortalit&#233;, en tout cas de ma&#238;trise radicalement diff&#233;rente de l'homme sur lui-m&#234;me et par exemple un &#234;tre post-humain qui ne serait plus d&#233;pendant de son corps biologique actuel. L'hypoth&#232;se sous-jacente limite est que par la technologie on puisse donner un support diff&#233;rent &#224; l'&#226;me d'une personne, donc qu'on puisse l'appr&#233;hender comme un programme informatique au sens large et la restituer sur une base physique ou biologique. Ce transhumanisme radical est fondamentalement mat&#233;rialiste. Selon les conceptions spiritualistes au sens large il est en effet exclu qu'un proc&#233;d&#233; mat&#233;riel puisse s'emparer de l'&#226;me, notamment afin de refabriquer un &#234;tre dont elle serait la m&#233;moire et la volont&#233;. Si donc les transhumanistes radicaux r&#233;ussissaient leur op&#233;ration, ce serait la preuve indiscutable que le mat&#233;rialisme a raison et que les conceptions spirituelles sont fausses. Ce serait un cas exceptionnel o&#249; une r&#233;alisation scientifique trancherait de fa&#231;on d&#233;finitive un d&#233;bat philosophique majeur. Cela dit, m&#234;me dans ce cas on ne sortirait pas de la mati&#232;re. L'homme augment&#233; m&#234;me potentiellement &#8216;immortel' resterait un simple dispositif technique. La vuln&#233;rabilit&#233; de la mati&#232;re (car la vuln&#233;rabilit&#233; ultime n'est pas celle de l'homme ou de la vie, mais celle de la mati&#232;re) subsisterait : un programme &#231;a s'efface, une machine, &#231;a se casse &#8211; d'o&#249; la terrible angoisse qui hanterait ses b&#233;n&#233;ficiaires (erreur techniques, ast&#233;ro&#239;de malencontreux etc.). Cela n'a rien &#224; voir avec la vie &#233;ternelle et la contemplation de Dieu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me de l'IA (intelligence artificielle au sens radical du terme). Fabriquer un &#234;tre qui r&#233;ellement penserait supposerait qu'il ait une forme de conscience. Une machine de traitement du langage ou de traduction ne conna&#238;t pas v&#233;ritablement ce qu'est le sens. La conscience suppose une premi&#232;re personne. Une telle IA suppose qu'on ferait de la 1&#232;re personne &#224; partir de la 3e : on ne voit pas comment cela est possible. Sauf &#224; nouveau si le mat&#233;rialisme a raison. Mais c'est qu'alors la personne n'est pas une personne, mais un simple algorithme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est que beaucoup d'argent s'investit dans ces recherches diverses&#8230;et donc elles ont des chances d'avoir certains d&#233;bouch&#233;s. Il y a donc ici un enjeu majeur, qui est d'abord d'ordre politique et collectif : comme il est exclu d'aligner des investissements de cette amplitude dans un sens plus humaniste, c'est d'abord la question de la surveillance et de l'orientation de cette recherche qui est pos&#233;e. Or les moyens publics (&#233;tatiques) pour ce faire sont limit&#233;s, tardifs et souvent assez aveugles : pas inutiles mais partiels. In&#233;vitablement donc, des entit&#233;s priv&#233;es (les firmes qu'on a cit&#233;es) ou sous contr&#244;le public dans des pays autoritaires (Chine) se trouvent d&#233;sormais dot&#233;es d'une capacit&#233; de bouleversement de nos soci&#233;t&#233;s qui est sans pr&#233;c&#233;dent en termes non seulement quantitatifs, mais qualitatifs. Sans parler des sous-produits de la recherche militaire. Nous ne pourrons dans une mesure importante pas les en emp&#234;cher&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche nous pouvons agir au niveau de la culture collective, car on l'a vu la philosophie sous-jacente en est assez pauvre ; pour faire un peu de Gramsci, la question de l'h&#233;g&#233;monie culturelle est pos&#233;e. Qui peut d'ailleurs se traduire en termes financiers car les march&#233;s sont tr&#232;s sensibles. Si en effet s'accr&#233;dite publiquement l'id&#233;e que tel ou tel comportement est r&#233;pr&#233;hensible, et que les cours (de bourse) en p&#226;tissent, les entreprises en tiennent compte ; et plus encore s'il existe une finance sensible &#224; ces valeurs collectives, et construite pour cela : une variable d'ISR (investissement socialement responsable), mais bien plus exigeante, car bas&#233;e sur une anthropologie &#233;toff&#233;e et solide. Du pain sur la planche pour les catholiques, et plus g&#233;n&#233;ralement les hommes de bonne volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais retenons la le&#231;on finale, qui est que ces &#233;volutions dantesques ne sont ni pr&#233;visibles ni m&#234;me v&#233;ritablement pilot&#233;es. Il appara&#238;t donc que plus que jamais notre faiblesse est notre principale force, car elle nous conduit &#224; reconna&#238;tre que nous sommes entre les mains de Dieu. Qui tire toujours un bien d'un mal et a d&#233;j&#224; vaincu le mal&#8230; adjutorium nostrum in nomine Domini, qui fecit coelum et terram.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Petite philosophie du transhumanisme</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Petite-philosophie-du-transhumanisme.html</link>
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		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Nature humaine</dc:subject>
		<dc:subject>Transhumanisme</dc:subject>
		<dc:subject>Immortalit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Paru dans L'Incorrect N&#176; 6 F&#233;vrier 2018 O&#249; il appara&#238;t que le transhumanisme m&#234;me dans ses r&#234;ves les plus fous manque terriblement d'ambition... Lire...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Transhumanisme-233-+.html" rel="tag"&gt;Transhumanisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Immortalite-+.html" rel="tag"&gt;Immortalit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Petite philosophie du transhumanisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Paru dans L'Incorrect N&#176; 6 F&#233;vrier 2018&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transhumanisme : il faut savoir de quoi on parle. Selon les cas le d&#233;bat sera tr&#232;s diff&#233;rent. Il y a d'abord un transhumanisme mod&#233;r&#233;, type &#171; homme augment&#233; &#187;. Mais tout homme utilisant un outil, montant sur un v&#233;hicule, regardant un t&#233;lescope etc., est un homme augment&#233;. Cela ne remet donc pas en cause la conception m&#233;taphysique de l'homme. En un sens m&#234;me cela la fonde : l'homme a pour propre d'&#234;tre capable d'augmentation, parce qu'il est un esprit qui dans son op&#233;ration &#233;chappe en partie aux contraintes de la mati&#232;re. Un &#234;tre humain qui par effet biologique ou proth&#232;se technique verrait bien mieux, courrait plus vite, calculerait beaucoup plus vite etc. resterait dans ce champ. Nous avons d&#233;j&#224; des gens plus intelligents, plus rapides, plus beaux etc. que d'autres. Sauf que d&#233;sormais on pourra acheter cette augmentation, qui serait donc cumulative. Les plus riches auraient sans cesse plus de succ&#232;s Cela ne changerait rien d'essentiel, mais poserait d'&#233;normes probl&#232;mes sociaux. On s'offusque des in&#233;galit&#233;s, mais on n'a encore rien vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pouss&#233;e &#224; son terme, la logique du transhumanisme va plus loin ; son objectif en fin de compte est une forme d'immortalit&#233; : un &#234;tre post-humain qui ne serait plus d&#233;pendant de son corps biologique actuel. L'hypoth&#232;se sous-jacente est que par la technologie on puisse donner un support diff&#233;rent &#224; ce qu'on appelle ailleurs l'&#226;me d'une personne, donc qu'on puisse l'appr&#233;hender comme un programme informatique au sens large et la restituer sur une base physique ou biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue philosophique cela donne &#224; ces recherches une importance toute particuli&#232;re. Ce transhumanisme radical est fondamentalement mat&#233;rialiste. En regard, les conceptions spiritualistes au sens large disent que l'&#226;me humaine n'est pas r&#233;ductible &#224; une r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle, physicochimique, biologique ou autre. L'immortalit&#233; de l'&#226;me est alors intrins&#232;que &#224; cette nature spirituelle. M&#234;me si pour le thomiste, l'&#226;me est la forme du corps et lui est li&#233;e d'une fa&#231;on irr&#233;ductible - car c'est elle qui fait de ce corps ce qu'il est et que seul l'ensemble des deux est pleinement un &#234;tre humain-, en soi c'est une r&#233;alit&#233; non mat&#233;rielle, immortelle, &#233;ventuellement s&#233;parable du corps (ainsi avant le jugement dernier). Il est alors exclu qu'un proc&#233;d&#233; mat&#233;riel (autre que la naissance ou la r&#233;surrection) puisse s'emparer de cette r&#233;alit&#233;, notamment afin de refabriquer un &#234;tre dont elle serait la m&#233;moire et la volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc les transhumanistes radicaux r&#233;ussissaient leur op&#233;ration, ce serait la preuve indiscutable que le mat&#233;rialisme a raison et que les conceptions spirituelles sont fausses. En d'autres termes ce serait un cas exceptionnel o&#249; une r&#233;alisation scientifique trancherait de fa&#231;on d&#233;finitive un d&#233;bat philosophique majeur. Le match est donc int&#233;ressant &#224; suivre&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre dans l'ambition du transhumanisme la partie importante est ce &#8216;trans'. Mais transcender l'humain dans cette conception n'est que passer &#224; la version 2.0 d'un &#171; appareil &#187; rest&#233; 1.0 pendant des mill&#233;naires, et qui resterait un simple dispositif technique. Ce qui veut donc dire qu'en r&#233;alit&#233; on ne transcenderait rien. M&#234;me si &#231;a marchait. En outre, on pourrait esp&#233;rer &#234;tre immortel, mais ce ne serait toujours pas par nature, car la vuln&#233;rabilit&#233; de la amti&#232;re subsisterait : un programme &#231;a s'efface &#8211; d'o&#249; la terrible angoisse qui hanterait ses b&#233;n&#233;ficiaires. La foi chr&#233;tienne elle vous dit que vous &#234;tes &#8216;capax Dei', capable de recevoir l'infini absolu de Dieu. On ne joue donc pas dans la m&#234;me cour&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Transhumanisme : &#224; quoi joue-t-on ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Transhumanisme-a-quoi-joue-t-on.html</link>
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		<dc:date>2018-01-07T14:01:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Temps et &#233;ternit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Transhumanisme</dc:subject>
		<dc:subject>Immortalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Vie &#233;ternelle</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On parle de transhumanisme pour d&#233;signer l'utilisation &#224; l'avenir de technologies en plein d&#233;veloppement afin de transformer l'homme lui-m&#234;me. Ces technologies rel&#232;vent de la biologie, de l'informatique, des sciences de l'information ou d'autres, en g&#233;n&#233;ral comprises comme combin&#233;es entre elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but du transhumanisme lui va d'un simple &#8216;homme augment&#233;', mais devenu alors massivement sup&#233;rieur aux autres hommes, &#224; un homme &#8216;immortel' ou en tout cas &#8216;post-humain', &#233;chappant &#224; la nature humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des projets titanesques qui m&#233;ritent quelque r&#233;flexion&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On parle de transhumanisme pour d&#233;signer l'utilisation future de technologies r&#233;centes et en plein d&#233;veloppement afin de transformer l'homme lui-m&#234;me ; ces technologies rel&#232;vent de la biologie, de l'informatique, des sciences de l'information ou d'autres, en g&#233;n&#233;ral comprises comme combin&#233;es entre elles. Quant au but du transhumanisme, il faut distinguer plusieurs niveaux de signification et de port&#233;e assez diff&#233;rente. La principale distinction est entre ce qu'on peut appeler &#8216;homme augment&#233;', et l'homme &#8216;immortel' ou le &#8216;post-humain'.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'homme augment&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a en effet d'abord un transhumanisme mod&#233;r&#233;, visant &#224; &#8216;augmenter' l'homme. Cela peut se faire en renfor&#231;ant ses capacit&#233;s dans des domaines vari&#233;s, physiques, intellectuelles, cognitives etc. Un individu ainsi dot&#233; pourrait par exemple par effet biologique ou par une forme de proth&#232;se technique voir bien mieux et la nuit, courir beaucoup plus vie, calculer et traiter l'information comme un ordinateur, brancher son cerveau sur Internet etc. au point que la diff&#233;rence entre l'individu et son &#8216;augmentation' finirait par ne plus appara&#238;tre, en tout cas ext&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait expliquer ici que si on en reste l&#224;, le changement apport&#233; par un tel transhumanisme reste limit&#233;. Car tout homme utilisant un outil, un v&#233;hicule, un instrument etc., est en un sens un homme augment&#233;, &#224; commencer par des lunettes ou une bicyclette. On pourrait alors dire que ces transformations ne remettent donc pas en cause la conception m&#233;taphysique de l'homme. Et m&#234;me qu'un tel progr&#232;s technique est caract&#233;ristique de l'homme. En effet d&#232;s ses origines l'homme a pour propre d'&#234;tre capable d'augmentation. Cela r&#233;sulte du fait qu'il est aussi un esprit, et que donc dans son op&#233;ration il &#233;chappe en partie aux contraintes de la mati&#232;re, est capable de comprendre assez de celle-ci pour imaginer des moyens d'accro&#238;tre sa capacit&#233; &#224; agir sur elle. Nous avons d&#233;j&#224; des gens qui sont plus intelligents, plus rapides, plus beaux etc. que d'autres. Cela ne ferait qu'accro&#238;tre ce ph&#233;nom&#232;ne. Sauf que cela pose plusieurs probl&#232;mes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est que d&#233;sormais on pourra et devra acheter cette augmentation ; elle ne sera pas d'embl&#233;e disponible &#224; tous. Et ceux qui y auront acc&#232;s auront un avantage comp&#233;titif, dans une soci&#233;t&#233; o&#249; la comp&#233;tition est encore plus importante que dans les soci&#233;t&#233;s pr&#233;c&#233;dentes. Ils auront donc tendance &#224; gagner de plus en plus syst&#233;matiquement. Leur succ&#232;s sera donc cumulatif. Les plus riches seront les plus dot&#233;s techniquement, et ils auront sans cesse plus de succ&#232;s. D'un c&#244;t&#233; l'&#233;galit&#233; dans la comp&#233;tition subsistera, au moins en apparence, mais d'un autre c&#244;t&#233; il sera de plus en plus manifeste que seuls certains en profitent. On s'offusque des in&#233;galit&#233;s, mais on n'a donc encore rien vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sera d'autant plus net que la manipulation g&#233;n&#233;tique permettra de s&#233;lectionner les individus les plus aptes, et surtout d'enrichir leur potentiel g&#233;n&#233;tique. De tels individus seront alors par excellence, et pourra-t-on pr&#233;tendre avec justice, les ma&#238;tres de la soci&#233;t&#233;. Ils organiseront m&#234;me le jeu de l'&#233;volution &#224; leur profit et surtout de leur descendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'y ajouterait le fait que ces syst&#232;mes nouveaux, au-del&#224; de l'augmentation directe de certains hommes, ont toutes chances d'&#233;liminer les humains ordinaires d'un grand nombre de fonctions que des robots assureront beaucoup mieux. En outre on peut imaginer que des syst&#232;mes experts, des algorithmes beaucoup plus perfectionn&#233;s, sauront non seulement effectuer bien plus efficacement des fonctions que les humains accomplissent aujourd'hui, mais pourront prendre en charge le guidage g&#233;n&#233;ralis&#233; de la soci&#233;t&#233; et des personnes. A commencer par la conduite de v&#233;hicule, le diagnostic m&#233;dical et les soins, une bonne partie de l'enseignement, etc. M&#234;me si on met de c&#244;t&#233; le phantasme d'une prise de pouvoir par les robots, le risque est r&#233;el d'une soci&#233;t&#233; o&#249; une grande partie des humains reste largement oisifs et inutiles, entretenus par des machines 'intelligentes' et donc surveill&#233;s par elles. Voire manipul&#233;s dans leurs d&#233;sirs m&#234;mes. Tandis qu'une minorit&#233; assez faible restera en &#233;tat de contr&#244;ler le m&#233;canisme ; m&#234;me si bien s&#251;r elle sera plus que jamais &#224; sous la menace de forces hostiles, &#224; commencer par des hackers venant joyeusement perturber le beau programme de ces surhommes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;passement de l'homme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a cependant au-del&#224; une deuxi&#232;me conception du transhumanisme, qui va beaucoup plus loin dans sa logique. Son objectif en fin de compte est un &#234;tre allant bien au-del&#224; de l'humain tel qu'il existe, et notamment disposant d'une forme d'immortalit&#233;. Cela suppose l'&#233;mergence d'un &#234;tre en un sens post-humain, et non plus humain augment&#233;, et qui ne serait plus d&#233;pendant des limites de notre corps biologique actuel. Mais pour qu'on puisse encore parler de post-humain, il faut imaginer qu'il y ait une forme de continuit&#233; entre un individu humain et un tel &#234;tre, mais que ce qui fait la personnalit&#233; y compris la conscience de cet individu (et sa m&#233;moire) &#233;chappe &#224; son support biologique (ou &#224; ses limites). L'id&#233;e est donc que ce qu'on appelle ailleurs l'&#226;me d'une personne puisse &#234;tre saisi par une forme de technologie en l'abstrayant de ce support biologique tel qu'il est. Mais cela suppose &#233;videmment que cette &#226;me, ou esprit, puisse &#234;tre appr&#233;hend&#233;e comme un programme informatique au sens large. Ce qui permet ensuite de la restituer sur une base mat&#233;rielle diff&#233;rente, qu'elle soit physique ou biologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien &#233;videmment cela accro&#238;t massivement les effets d'in&#233;galit&#233; qu'on a relev&#233;s. Mais en m&#234;me temps cela conduit d'un point de vue philosophique &#224; un saut qualitatif majeur. Car pour que cela marche, il faut qu'on puisse traiter par des moyens mat&#233;riels ce qu'on appelle esprit, &#226;me, personnalit&#233;, etc. Ce qui veut dire qu'un tel transhumanisme radical est fondamentalement mat&#233;rialiste : il suppose vraie la conception mat&#233;rialiste du monde &#8211; ce qui n'&#233;tait pas n&#233;cessairement le cas pour l'homme augment&#233;. En regard, toutes les conceptions spiritualistes, au sens large du terme, pensent que l'&#226;me humaine n'est pas r&#233;ductible &#224; une r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle, qu'elle soit physico-chimique, biologique ou autre. Et beaucoup d'entre elles en d&#233;duisent l'immortalit&#233; de l'&#226;me, y compris quand ils pensent que l'&#226;me et le corps sont li&#233;s dans une seule notion de la personne humaine. Pour un philosophe d'inspiration thomiste par exemple, l'&#226;me est ce qu'il appelle la forme du corps et lui est li&#233;e d'une fa&#231;on irr&#233;ductible : c'est elle qui fait de ce corps un corps humain et seul l'ensemble des deux est pleinement un &#234;tre humain. Mais il n'en pense pas moins que l'&#226;me est en soi une r&#233;alit&#233; non mat&#233;rielle, &#233;ventuellement s&#233;parable du corps (c'est pour le catholique ce qui se passe pour l'&#226;me des morts ainsi avant le jugement dernier). Dans tous ces cas, il est exclu qu'un proc&#233;d&#233; mat&#233;riel puisse s'emparer de cette r&#233;alit&#233;, qui n'est pas de l'ordre mat&#233;riel m&#234;me si elle a besoin de la mati&#232;re comme support.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui veut dire une chose simple : si les transhumanistes radicaux r&#233;ussissaient leur op&#233;ration, ce serait la preuve que le mat&#233;rialisme avait raison, et que les conceptions spirituelles sont fausses. Ce serait donc un cas, rare, o&#249; une r&#233;alisation scientifique trancherait de fa&#231;on semble-t-il d&#233;finitive un d&#233;bat philosophique majeur. Mais du coup la dignit&#233; humaine volerait en &#233;clat. Le devenir essentiel d'un &#234;tre humain ne serait plus une question de dignit&#233; intrins&#232;que, mais de purs moyens. Aurait droit &#224; une forme d'immortalit&#233; celui qui pourrait se le permettre ; les autres &#233;tant renvoy&#233;s au n&#233;ant, &#224; un nouveau Sch&#233;ol. Entre autres victimes collat&#233;rales, la d&#233;mocratie serait alors une farce sans signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais du coup aussi, m&#234;me pour les gagnants le r&#233;sultat resterait m&#233;taphysiquement assez d&#233;risoire. Car ce qu'on appelle transcender l'humain dans une telle conception resterait quelque chose de modeste. Au fond cela &#233;quivaudrait &#224; passer &#224; la version 2.0 d'un &#171; appareil &#187; qui est rest&#233; 1.0 pendant des mill&#233;naires, mais qui resterait un simple dispositif technique. En r&#233;alit&#233; donc m&#234;me si &#231;a marchait on ne transcenderait rien. Et il y a pire : car si dans le meilleur des cas, on pourrait esp&#233;rer &#234;tre &#8216;immortel', ce ne serait qu'en ce sens qu'on ne serait pas certain de mourir. Mais ce ne serait pas par nature, car la vuln&#233;rabilit&#233; de la mati&#232;re subsisterait. Et donc la vuln&#233;rabilit&#233; des int&#233;ress&#233;s : apr&#232;s tout, un programme informatique &#231;a s'efface, une machine, &#231;a se casse. D'o&#249; la terrible angoisse qui hanterait ses b&#233;n&#233;ficiaires : ils pourraient peut-&#234;tre survivre, mais ils pourraient aussi &#234;tre liquid&#233;s. Notamment par les sous-hommes. Ou les hackers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe donc est au fond la grande m&#233;diocrit&#233; m&#233;taphysique de telles aspirations. Comparons avec la foi chr&#233;tienne par exemple, qui vous dit que vous &#234;tes &#8216;&lt;i&gt;capax Dei&lt;/i&gt;', capable de recevoir Dieu (qui Se donne &#224; nous, si nous L'acceptons). Un r&#233;el infini, &#233;ternel de surcro&#238;t. Un tout autre programme !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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