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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>L'Eglise et la doctrine de la guerre juste : la tentation de l'abandon</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Un-tentation-nouvelle-affecte-l-Eglise-la.html</link>
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		<dc:date>2026-07-23T08:25:18Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un tentation nouvelle affecte l'Eglise : la remise en cause de la doctrine traditionnelle de la guerre juste. Il y a un r&#233;flexe &#233;motionnel, devant l'association de ces deux termes, guerre et juste. Et une confusion, entre la doctrine catholique de la guerre juste et le fait que pratiquement tous ceux qui m&#232;nent des guerres pr&#233;tendent qu'elles sont justes. Mais certainement pas en invoquant la doctrine catholique sur le sujet !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remettre en question cette doctrine serait une lourde erreur. Un d&#233;veloppement de la r&#233;flexion serait sans doute utile. Mais &#224; condition de garder &#224; l'esprit que l'extr&#234;me prudence de la doctrine traditionnelle, loin d'&#234;tre un blanc-seing donn&#233; aux agresseurs, est au contraire un puissant garde-fou. Bien rares sont les guerres qu'elle reconna&#238;t justes. Elle est donc un moyen de tenir compte de la r&#233;alit&#233; des relations internationales, des cas o&#249; la lutte est in&#233;vitable, tout en s'opposant &#224; la tr&#232;s grande majorit&#233; des guerres r&#233;elles. Il serait donc tr&#232;s dommage de l'abandonner ou de l'affaiblir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-et-politique-.html" rel="directory"&gt;Religion et politique &lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'encyclique du pape L&#233;on XIV &lt;i&gt;Magnifica Humanitas&lt;/i&gt; (MH) couvre de nombreux sujets ; son message central concerne l'Intelligence artificielle ou IA. Mais parmi les autres sujets abord&#233;s, il en est un qui revient d&#233;sormais r&#233;guli&#232;rement dans les r&#233;flexions au sein dans l'Eglise, non sans une certaine h&#233;sitation : celui de la guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une doctrine traditionnelle rappel&#233;e par le Cat&#233;chisme au N&#176; 2309 : &#171; Il faut consid&#233;rer avec rigueur les strictes conditions d'une l&#233;gitime d&#233;fense par la force militaire. La gravit&#233; d'une telle d&#233;cision la soumet &#224; des conditions rigoureuses de l&#233;gitimit&#233; morale. Il faut &#224; la fois que le dommage inflig&#233; par l'agresseur &#224; la nation ou &#224; la communaut&#233; des nations soit durable, grave et certain ; que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient r&#233;v&#233;l&#233;s impraticables ou inefficaces ; que soient r&#233;unies les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s ; et que l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer. La puissance des moyens modernes de destruction p&#232;se tr&#232;s lourdement dans l'appr&#233;ciation de cette condition. Ce sont les &#233;l&#233;ments traditionnels &#233;num&#233;r&#233;s dans la doctrine dite de la &#8216;guerre juste'. L'appr&#233;ciation de ces conditions de l&#233;gitimit&#233; morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le pape Fran&#231;ois, sans modifier pour autant le Cat&#233;chisme, avait &#233;mis dans &lt;i&gt;Fratelli tutti &lt;/i&gt; au N&#176; 258 l'id&#233;e que cette doctrine &#233;tait d&#233;pass&#233;e, notamment au vu des risques pos&#233;s par le nucl&#233;aire : &#171; Nous ne pouvons donc plus penser &#224; la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l'utilit&#233; hypoth&#233;tique qu'on lui attribue. Face &#224; cette r&#233;alit&#233;, il est tr&#232;s difficile aujourd'hui de d&#233;fendre les crit&#232;res rationnels, m&#251;ris en d'autres temps, pour parler d'une possible &#8216;guerre juste' &#187;. Et dans MH le pape L&#233;on XIV cite en note son pr&#233;d&#233;cesseur qui disait encore : &#171; De fait, ces derni&#232;res d&#233;cennies, toutes les guerres ont &#233;t&#233; pr&#233;tendument justifi&#233;es &#187;. Et : s'agissant de &#171; la possibilit&#233; d'une l&#233;gitime d&#233;fense par la force militaire &#187;, &#171; on tombe facilement dans une interpr&#233;tation trop large de ce droit &#233;ventuel. On veut ainsi justifier indument m&#234;me des attaques &#8216;pr&#233;ventives' ou des actions guerri&#232;res qui difficilement n'entra&#238;nent pas &#8216;des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer' &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet devait initialement &#234;tre examin&#233; par les cardinaux dans leur r&#233;union de juin 2026 mais rien n'en est ressorti. Le cardinal Fernandez s'y est exprim&#233;, soulignant des d&#233;veloppements pr&#233;occupants comme la violence des op&#233;rations au Moyen Orient et &#224; Gaza, s'inqui&#233;tant en outre de la notion de guerre pr&#233;ventive, de la d&#233;valorisation de l'adversaire, d'une certaine culture de la guerre etc. Il a paru aussi &#233;voquer une possible manipulation de la doctrine sociale de l'&#201;glise, qui serait utilis&#233;e pour donner une base th&#233;orique &#224; des guerres injustes : &#171; au lieu de mettre fin aux guerres, elle contribue &#224; les justifier &#187;.Ce point para&#238;t surtout trouver un &#233;cho chez le pape L&#233;on, qui dit dans MH au N&#176; 192 : &#171; Aujourd'hui plus que jamais, il est important de r&#233;affirmer le d&#233;passement de la th&#233;orie de la &#8216;guerre juste' trop souvent invoqu&#233;e pour justifier n'importe quelle guerre, sous r&#233;serve du droit &#224; la l&#233;gitime d&#233;fense dans son sens le plus strict &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la peine de mort, serait-ce une nouvelle tentation de renverser une doctrine pourtant constante dans l'histoire de l'Eglise ? Quel en est le sens et l'enjeu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La guerre juste : probl&#233;matique de la question &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardons d'abord le fond. Je l'ai abord&#233; dans un livre paru en 2024 chez Boleine : &lt;i&gt;La guerre juste&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-guerre-juste.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-gu...&lt;/a&gt;. Peut-on parler de guerre juste ? Pour certains, la guerre &#233;tant fondamentalement mauvaise ne peut &#234;tre juste : c'est ce qui para&#238;t sous-jacent chez bien des interventions eccl&#233;siastiques. Surtout, il y a la crainte qu'admettre qu'il y a des guerres justes ouvre la porte &#224; la justification de toutes sortes de guerres. Pourtant dans la r&#233;alit&#233; on ne peut pas toujours &#233;viter la guerre : il arrive qu'on vous l'impose. Faudrait-il alors se laisser faire et laisser les agresseurs faire la loi ? La l&#233;gitime d&#233;fense est un cas &#233;vident de guerre qu'on ne peut pas ne pas mener. Il y a donc au moins un cas de guerre qu'on peut justifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit que la question est d&#233;pass&#233;e avec les armes nucl&#233;aires. Mais l'exp&#233;rience des cinquante derni&#232;res ann&#233;es montre de tr&#232;s nombreuses guerres, toutes en de&#231;&#224; du conflit nucl&#233;aire. Les Etats sont souverains, et il n'y a pas d'autorit&#233; mondiale qui arbitre entre leurs diff&#233;rends. Cela n'implique pas qu'il n'existe pas des r&#232;gles morales, ant&#233;rieures et sup&#233;rieures &#224; leur souverainet&#233; ; mais en l'absence d'un Etat universel, la consid&#233;ration du bien commun leur incombe d'abord. Il ne s'agit alors pas d'invoquer une id&#233;ologie pour justifier n'importe quoi, mais de r&#233;fl&#233;chir sur les donn&#233;es mat&#233;rielles et morales d'une situation. Et pour cela la r&#233;flexion sur la guerre juste garde son sens. Certes, l'horreur que suscite la guerre prend dans nos soci&#233;t&#233;s techniquement &#233;volu&#233;es une tout autre ampleur. Mais en r&#233;alit&#233;, loin de les encourager, les questions que pose la doctrine de la guerre juste sont propres &#224; mod&#233;rer les ardeurs agressives ou &#233;motionnelles, les classements en blanc et noir, que nos soci&#233;t&#233;s affectionnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; en est-on ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette lumi&#232;re, les termes employ&#233;s ci-dessus par L&#233;on XIV peuvent surprendre : &#171; r&#233;affirmer le d&#233;passement de la th&#233;orie de la &#8216;guerre juste' trop souvent invoqu&#233;e pour justifier n'importe quelle guerre &#187;, &#171; sous r&#233;serve du droit &#224; la l&#233;gitime d&#233;fense dans son sens le plus strict &#187;. Cette formulation un peu rapide suscite notamment deux remarques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est que si la plupart des bellig&#233;rants disent que leur guerre est juste, cela n'a rien &#224; voir avec la doctrine catholique traditionnelle de la guerre juste : depuis fort longtemps, personne n'a invoqu&#233; celle-ci pour justifier sa guerre. Et &#224; raison, car il y a fort peu de cas de guerre r&#233;cente qu'elle pourrait justifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde remarque porte sur la &#171; l&#233;gitime d&#233;fense dans son sens le plus strict &#187;. Comme le rappelle le Cat&#233;chisme, c'est le motif central pour qualifier une guerre de juste. Mais en r&#233;alit&#233; il ne suffit pas &#224; lui seul : la l&#233;gitime d&#233;fense n'est pas un concept simple. Il faut d'abord prendre en compte les crit&#232;res &#233;voqu&#233;s ci-dessus, qui m&#234;me en cas de l&#233;gitime d&#233;fense restreignent sensiblement le champ des possibilit&#233;s, notamment au vu des consid&#233;rations sur les chances de succ&#232;s et la certitude raisonnable que les inconv&#233;nients ne l'emportent pas sur les r&#233;sultats attendus. Prenons le Kowe&#239;t envahi par Saddam Hussein : il &#233;tait en l&#233;gitime d&#233;fense. Mais s'il &#233;tait rest&#233; seul, quelles &#233;taient les chances de succ&#232;s de sa d&#233;fense ? D'un autre c&#244;t&#233;, si on prend les Etats-Unis et leurs alli&#233;s, qui sont venus &#224; son secours, en quoi &#233;taient-ils en l&#233;gitime d&#233;fense ? Ou alors on &#233;tend l'application de ce terme, au-del&#224; du &#171; sens strict &#187;. Mais alors on &#233;largit massivement le champ d'application. Cela pourrait aller alors jusqu'&#224; la guerre pr&#233;ventive &#8211; quand par exemple un pays hostile dit vouloir vous d&#233;truire et est en train de se doter de l'arme nucl&#233;aire : c'est ce que nous dit Isra&#235;l &#224; propos de l'Iran. A tort ou &#224; raison bien s&#251;r, et les chances de succ&#232;s ou de ne pas tomber dans une situation pire sont en l'occurrence bien faibles. Mais on mesure que la question est d&#233;licate et ne se r&#233;sout pas par quelques formules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question m&#233;rite donc en r&#233;alit&#233; un examen approfondi. Un d&#233;veloppement de la r&#233;flexion sur la notion de &#171; guerre juste &#187; serait sans doute utile. Mais &#224; condition de garder &#224; l'esprit que l'extr&#234;me prudence de la doctrine traditionnelle, loin d'&#234;tre un blanc-seing donn&#233; aux agresseurs, est au contraire un puissant garde-fou conceptuel. Il serait tr&#232;s dommage de l'abandonner ou de l'affaiblir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A para&#238;tre dans &lt;/i&gt; Politique Magazine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L&#233;on XIV et les migrants : inflexions et continuit&#233;s</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Leon-XIV-et-les-migrants-inflexions-et-continuites.html</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;on XIV</dc:subject>
		<dc:subject>Migrations</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs L&#233;on XIV s'est beaucoup exprim&#233; sur les migrants. Le sujet est important en lui-m&#234;me, mais &#233;galement r&#233;v&#233;lateur de la personnalit&#233; propre du nouveau pontife.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une continuit&#233; affective avec le pape Fran&#231;ois, mais aussi un net recentrage : insistance sur la dimension spirituelle et sur la personnalit&#233; culturelle des pays d'accueil, et rappel clair de leur droit &#224; r&#233;guler la migration, ainsi que sur le devoir de permettre aux gens de rester chez eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps, persiste le besoin de prendre plus encore en compte certaines r&#233;alit&#233;s : le besoin d'une certaine assimilation sans laquelle il ne peut y avoir de communaut&#233; ; la pr&#233;pond&#233;rance des migrants &#233;conomiques par rapport aux vrais r&#233;fugi&#233;s ; la difficult&#233; &#224; faire dispara&#238;tre la motivation &#233;conomique au d&#233;part ; et le fait que s'il y a r&#233;gulation des migrations, il y aura toujours in&#233;vitablement des clandestins. Les r&#233;ponses ne sont ni simples ni sans douleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Migrations-+.html" rel="tag"&gt;Migrations&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs L&#233;on XIV s'est beaucoup exprim&#233; sur les migrants. Le sujet est important en lui-m&#234;me, mais &#233;galement r&#233;v&#233;lateur de la personnalit&#233; propre du nouveau pontife.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les textes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des migrants est une de celles o&#249; s'expriment tout particuli&#232;rement la continuit&#233; avec le pape Fran&#231;ois , mais aussi une r&#233;&#233;quilibrage de l'appr&#233;ciation. Passons rapidement sur l'exaltation de la figure du migrant symbole d'esp&#233;rance et de la &#171; dimension p&#232;lerine &#187; de l'&#201;glise ; il est rapproch&#233; de la Sainte Famille, &#171; qui a d&#251; &#233;migrer en &#201;gypte pour prot&#233;ger la vie de l'Enfant J&#233;sus &#187;, laquelle &#171; reste pour tous les temps le mod&#232;le et la protection de chaque famille r&#233;fugi&#233;e, de tout migrant et de toute personne contrainte &#224; quitter sa terre par peur, pers&#233;cution ou besoin &#187; . Le pape insiste notamment sur l'importance absolue de l'accueil, qui concerne chacun bien au-del&#224; du niveau politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est ici un point important et nouveau : cet accueil comporte de fa&#231;on imp&#233;rative l'&#233;vang&#233;lisation . &#171; Je voudrais demander aux catholiques quelque chose de plus : que l'int&#233;gration ne soit pas r&#233;duite &#224; une t&#226;che sociale, aussi n&#233;cessaire soit-elle. Celui qui arrive dans nos paroisses a besoin de pain, de toit, de langue, de travail et de protection. Cependant il doit trouver une communaut&#233; capable d'offrir, par le t&#233;moignage de la vie et de la parole, des chemins pour conna&#238;tre J&#233;sus-Christ, en respectant toujours la conscience et la libert&#233; de chaque personne. &#187;. On retrouve le souci permanent du pape L&#233;on de recentrer sur la foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan plus proprement politique, il introduit un point important, l'identit&#233; culturelle du pays d'accueil : &#171; je tiens &#233;galement &#224; souligner l'importance d'int&#233;grer de mani&#232;re constructive les nouveaux arrivants aux valeurs et aux traditions de la soci&#233;t&#233; italienne, afin que le don r&#233;ciproque qui se r&#233;alise lors de cette rencontre entre les peuples soit v&#233;ritablement enrichissant et b&#233;n&#233;fique pour tous. A cet &#233;gard, je souligne combien il est pr&#233;cieux pour chacun d'entre nous d'aimer et de transmettre sa propre histoire et sa propre culture, avec ses signes et ses expressions : plus nous reconnaissons et nous aimons sereinement qui nous sommes, plus il est facile de rencontrer et d'int&#233;grer l'autre sans peur et avec un c&#339;ur ouvert. A ce propos, on observe aujourd'hui une certaine tendance &#224; ne pas assez appr&#233;cier, &#224; diff&#233;rents niveaux, les mod&#232;les et les valeurs qui se sont d&#233;velopp&#233;s au fil des si&#232;cles et qui marquent notre identit&#233; culturelle, allant parfois jusqu'&#224; tenter d'en effacer l'importance historique et humaine. [&#8230;]. Avoir &#224; c&#339;ur la m&#233;moire de ceux qui nous ont pr&#233;c&#233;d&#233;s, pr&#233;server les traditions qui ont fait de nous ce que nous sommes, est important pour regarder le pr&#233;sent et l'avenir avec conscience, s&#233;r&#233;nit&#233;, responsabilit&#233; et sens de la perspective &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inversement &#171; int&#233;grer ne signifie pas effacer l'histoire de celui qui arrive ni exiger qu'il abandonne tout ce qui fait partie de sa m&#233;moire. Cela ne signifie pas non plus cr&#233;er des mondes parall&#232;les ferm&#233;s les uns aux autres, o&#249; les gens vivent ensemble sans vraiment se rencontrer. L'int&#233;gration est un chemin r&#233;ciproque : celui qui arrive apprend &#224; habiter une terre nouvelle, et celui qui re&#231;oit apprend &#224; agrandir sa maison, sans jamais diluer son identit&#233; ni fermer son c&#339;ur &#224; l'alt&#233;rit&#233;. Chers fr&#232;res migrants, il vous revient une part noble et n&#233;cessaire de ce chemin : vous ouvrir avec confiance &#224; la communaut&#233; qui vous accueille, apprendre sa langue, respecter ses lois, conna&#238;tre ses coutumes, participer &#224; la vie commune et offrir avec gratitude vos dons &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, &#171; les &#201;tats ont le droit et le devoir de prot&#233;ger leurs fronti&#232;res, mais cela doit &#234;tre contrebalanc&#233; par l'obligation morale d'offrir un refuge. &#187;. Ce qu'il a ensuite pr&#233;cis&#233; : &#171; Personnellement, je crois qu'un &#201;tat a le droit d'&#233;tablir des r&#232;gles &#224; ses fronti&#232;res. Je ne dis pas que tout le monde doit entrer sans ordre, cr&#233;ant parfois, l&#224; o&#249; ils vont, des situations plus injustes que celles qu'ils ont laiss&#233;es derri&#232;re eux. Mais [&#8230;] que faisons-nous dans les pays les plus riches pour changer la situation dans les pays les plus pauvres ? &#187;. D&#232;s lors , d'un c&#244;t&#233; &#171; la dignit&#233; humaine exige des voies l&#233;gales et s&#251;res, le secours et l'assistance, la coop&#233;ration r&#233;elle contre les trafiquants, la protection effective des victimes, des processus s&#233;rieux d'accueil et d'int&#233;gration, et des politiques qui permettent &#224; chaque personne de vivre dignement sur sa propre terre &#187;. De l'autre, &#171; s'il existe un droit de chercher refuge lorsque la vie est menac&#233;e, il existe aussi le droit de ne pas avoir &#224; migrer : le droit de rester chez soi sans faim, sans guerre, sans pers&#233;cution, sans violence &#187;. Ces points sont repris dans &lt;i&gt;Magnifica Humanitas&lt;/i&gt; (MH).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Point sur la situation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne de la migration est reconnu comme un drame, qui n'est pas in&#233;vitable et encore moins positif en soi. Aucune perspective non plus de mise en place d'une soci&#233;t&#233; multiculturelle. S'il est question d'int&#233;gration plus que d'assimilation, les migrants sont tenus de s'int&#233;grer, d'une mani&#232;re qui respecte l'identit&#233; du pays d'accueil et ne constitue pas de grumeau communautariste. De m&#234;me, est reconnu le droit du pays d'accueil de r&#233;guler les migrations. Cela dit, un double appel est lanc&#233; : aux pays d'accueil et &#224; ses habitants, pour organiser autant que faire se peut l'accueil lorsqu'il y a lieu, dans le respect des personnes ; et &#224; tous, pour permettre aux personnes de ne pas partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restent toutefois plusieurs points sur lesquels la r&#233;flexion reste quelque peu inaboutie. Le premier est la possibilit&#233; m&#234;me de faire vivre une soci&#233;t&#233; multiculturelle. On comprend que le pays d'accueil doit maintenir avec soin sa culture propre ; mais alors, si on veut &#233;viter une cohabitation communautariste ou une juxtaposition, un degr&#233; r&#233;el d'assimilation des nouveaux venus est indispensable pour constituer une vraie communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me point, sur ce qui motive le d&#233;part. MH &#233;voque &#171; tous ceux qui sont contraints de se d&#233;placer en raison de la pauvret&#233;, de la violence, du changement climatique ou des catastrophes environnementales &#187;. La distinction n'est toujours pas faite entre le r&#233;fugi&#233;, menac&#233; personnellement, et le migrant &#233;conomique, qui cherche une vie meilleure. Ce dernier cas vise l'&#233;crasante majorit&#233; des personnes concern&#233;es, qui payent pour cela souvent assez cher : ce ne sont alors pas les plus pauvres. Ce d&#233;sir est l&#233;gitime en soi, mais il ne conf&#232;re pas de droit : c'est une question de possibilit&#233; concr&#232;te et d'avantage mutuel. Quant &#224; la force majeure, elle justifie qu'on fasse en sorte que la victime trouve un refuge, mais cela ne lui donne pas de droit &#224; s'installer dans le pays de son choix parce qu'il le juge attractif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me point, le concept de droit &#224; ne pas migrer. C'est une vraie question ; mais le vocabulaire est flou. Il est certes d&#233;sirable de faire en sorte que les gens n'aient pas &#224; migrer ; mais comment parler d'un droit, lorsque la revendication n'est opposable &#224; personne ? Qui fera respecter un tel droit ? D'autant que sur le plan pratique, il faudrait une formidable acc&#233;l&#233;ration du d&#233;veloppement chez les pays de d&#233;part pour rendre la migration peu attractive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier point, si le droit du pays d'accueil &#224; r&#233;guler la migration est reconnu, les cons&#233;quences n'en sont pas &#233;voqu&#233;es. Or qui dit r&#233;gulation dit entr&#233;e des uns et fermeture aux autres. Et &#233;ventuellement expulsions. Mais alors, on ne peut pas esp&#233;rer supprimer la voie clandestine : les exclus y tenteront in&#233;vitablement leur chance &#224; la mani&#232;re actuelle, et les drames de la mer subsisteront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc on doit saluer le recentrage apport&#233;, il reste encore quelques pas &#224; franchir pour v&#233;ritablement prendre en compte certaines r&#233;alit&#233;s, qui sont loin de permettre des r&#233;ponses simples et sans douleur. R&#233;ponses qui, il est vrai, exigent humanit&#233; et spiritualit&#233; comme le demande le pape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A para&#238;tre sur &lt;/i&gt; Politique Magazine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Proph&#233;tisme, marginalit&#233; ou compromission : les dilemmes du positionnement chr&#233;tien dans nos soci&#233;t&#233;s</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Prophetisme-marginalite-ou-compromission-les-dilemmes-du-positionnement.html</link>
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		<dc:date>2024-09-23T15:09:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Chr&#233;tiens et politique</dc:subject>
		<dc:subject>Loi naturelle</dc:subject>
		<dc:subject>Proph&#233;tisme </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On sent depuis longtemps un malaise dans le positionnement de l'Eglise et des chr&#233;tiens face aux &#233;volutions et probl&#233;matiques de nos soci&#233;t&#233;s, entre proph&#233;tisme, compromission et marginalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maladresses mise &#224; part, cela met en &#233;vidence une difficult&#233; de fond, qu'il faut savoir reconna&#238;tre : la contradiction entre le droit pour chacun de faire ce qu'il veut sous r&#233;serve du droit du voisin, qui est au centre de la vision d&#233;sormais commune, et la conviction qu'il y a un bien et un mal en soi, &#224; comprendre puis prendre en compte autant qu'on le pourra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-et-politique-.html" rel="directory"&gt;Religion et politique &lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On sent depuis longtemps un malaise dans le positionnement de l'Eglise et des chr&#233;tiens face aux &#233;volutions et probl&#233;matiques de nos soci&#233;t&#233;s, entre proph&#233;tisme, compromission et marginalit&#233;. Maladresses mise &#224; part, cela met en &#233;vidence une difficult&#233; de fond, qu'il faut savoir reconna&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Historique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par un bref rappel historique. Dans l'antiquit&#233;, l'Eglise naissante n'&#233;tait pas en d&#233;saccord frontal avec la soci&#233;t&#233; autour d'elle, du moins sur les plans politique, social, ou &#233;conomique. Avec deux exceptions majeures : le point pr&#233;cis mais irr&#233;ductible du culte imp&#233;rial. Et les m&#339;urs, mais c'&#233;tait une question pour les personnes et leur conduite, pas une dispute portant sur des normes collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire s'est r&#233;solue dans la religion d'Etat constantinienne, puis dans ce qu'on a appel&#233; la chr&#233;tient&#233;, en th&#233;orie jusqu'au XVIIIe si&#232;cle inclus. Le probl&#232;me de la chr&#233;tient&#233; est le risque d'aplatir l'un sur l'autre deux niveaux pourtant per&#231;us comme distincts d&#232;s l'antiquit&#233; : les deux cit&#233;s de saint Augustin, le fait que le chr&#233;tien est &#224; la fois de ce monde et en dehors. Si on les aplatit l'un sur l'autre, on d&#233;bouche soit sur un beau discours hors de ce monde, ou une utopie ; soit sur une surcharge totalisante pesant sur la soci&#233;t&#233;, qui finit par exploser. Ce qui s'est pass&#233; &#224; la suite de la R&#233;forme et des guerres de religion, d'o&#249; &#224; terme un rapport diff&#233;rent entre le religieux et le politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vers cette m&#234;me &#233;poque, notamment &#224; la fin au XVIIIe si&#232;cle, on constate en effet un consid&#233;rable d&#233;veloppement autonome du politique et de l'&#233;conomique, fruits en bonne partie du christianisme, mais qui en sortent et m&#234;me qui se retournent contre lui. C'est l&#224; qu'&#233;merge le nouveau paradigme de neutralit&#233; que j'ai analys&#233; par ailleurs (voir notamment mon Pour un grand retournement politique &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Pour-un-grand-retournement-politique.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Pour-...&lt;/a&gt;), cantonnant sous le nom d'&#233;mancipation les fins derni&#232;res et la recherche du bien et du beau dans une sph&#232;re pr&#233;tendument priv&#233;e o&#249; chacun est suppos&#233; se faire lui-m&#234;me. D'o&#249;, au bout du processus, le relativisme de la soci&#233;t&#233; actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que par rapport &#224; cette &#233;volution l'Eglise a d'abord cherch&#233; le retour &#224; la chr&#233;tient&#233;. D'o&#249; une p&#233;riode d'intransigeance relative, permettant un certain maintien, mais n'emp&#234;chant pas une &#233;rosion lente. Puis elle a admis que c'&#233;tait hors de port&#233;e, de fa&#231;on explicite &#224; Vatican II. Une illusion interm&#233;diaire a &#233;t&#233; la d&#233;mocratie chr&#233;tienne, qui n'a &#233;t&#233; qu'une transition, adapt&#233;e aux ann&#233;es 50 et 60 du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Probl&#233;matique actuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, l'Eglise a cherch&#233; essentiellement la r&#233;conciliation avec le monde ambiant, ou au moins la conciliation. Son risque alors est de ne pas voir la divergence de fond entre son propos, par nature substantiel, et une vie collective qui est, elle, d&#233;sormais de plus en plus proc&#233;durale &#8211; selon le d&#233;veloppement du paradigme ci-dessus. Ainsi avec le mariage pour tous, ou l'euthanasie : que chacun fasse ce qui lui pla&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour essayer de ne pas mettre le d&#233;bat sur un terrain religieux perdu d'avance avec la d&#233;christianisation et le relativisme ambiant, les chr&#233;tiens l'ont situ&#233; sur le terrain de la loi naturelle. Les papes eux-m&#234;mes ont beaucoup d&#233;velopp&#233; cet aspect (sauf Fran&#231;ois). Intellectuellement c'est parfaitement justifi&#233; ; c'est m&#234;me la seule r&#233;ponse coh&#233;rente. Mais comme mani&#232;re de poser le d&#233;bat, la loi naturelle (et les raisonnements qui en proc&#232;dent, de pr&#232;s ou de loin) est en g&#233;n&#233;ral une solution inop&#233;rante, contrairement &#224; l'id&#233;e spontan&#233;e que c'est un lieu de dialogue avec le monde. C'est que la recherche de la loi naturelle est substantielle, elle cherche ce qui est vrai et bon en soi ; et non proc&#233;durale, au sens relativiste du terme, o&#249; on ne valorise que le fait de faire cohabiter des vues h&#233;t&#233;rog&#232;nes suppos&#233;es &#234;tre des droits absolus. Donc m&#234;me si elle est en soi philosophique, elle ne peut entrer dans le d&#233;bat philosophique et politique contemporain. C'est l'effet de ce m&#234;me paradigme. Concr&#232;tement, le droit pour chacun de faire ce qu'il veut est tellement au centre de la vision commune que toute objection en termes de bien ou de mal objectif se heurte d'embl&#233;e &#224; un obstacle insurmontable. M&#234;me avec l'euthanasie, ou l'avortement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des tentations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une tentation alors en milieu chr&#233;tien, et de plus en plus dans la hi&#233;rarchie, est la voie dite proph&#233;tique. Elle consiste &#224; ne pas assumer la probl&#233;matique sociale dans son ensemble, mais &#224; proclamer certains principes comme absolus. Ce genre de tentation est latent dans toute l'histoire chr&#233;tienne, mais son d&#233;bouch&#233; ant&#233;rieur &#233;tait plut&#244;t du genre utopique ; cet utopisme se retrouve encore dans le concept de &#8216;civilisation de l'amour', d&#233;fini comme objectif &#224; partir de Paul VI, mais qui reste au fond abstrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proph&#233;tisme en revanche se traduit par des positions portant sur des sujets pr&#233;cis, trait&#233;s de fa&#231;on moralisante radicale. Un exemple manifeste en est le discours sur les migrants, notamment avec Fran&#231;ois, qui plaide pour un droit pratiquement absolu &#224; la migration. Mais il conduit &#224; un porte-&#224;-faux avec une bonne partie du peuple chr&#233;tien, car il nie un pan essentiel de r&#233;alit&#233;. Et &#224; son niveau d'exigence il est contradictoire avec une action politique. Et donc par-l&#224; il oublie le bien commun r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche proph&#233;tique est plus difficile dans le champ socio&#233;conomique. En effet, hors belles d&#233;clarations, ce n'est pas le domaine de l'absolu, ce qu'affectionne le proph&#233;tisme. Hors bien s&#251;r les d&#233;clarations enflamm&#233;es sur les &#8216;riches' &#8211; ou d'autres analogues, mais qui restent peu concr&#232;tes et sans grand impact.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire alors ? Certains estiment qu'il faut &#234;tre &#171; la conscience inqui&#232;te de nos soci&#233;t&#233;s &#187;. On dit qu'on ne doit pas faire la le&#231;on &#224; la soci&#233;t&#233;, comme on l'a fait souvent par le pass&#233;, mais jouer un r&#244;le de rappel moral. Mais la diff&#233;rence entre faire la le&#231;on et se livrer &#224; un rappel moral est faible en pratique, comme le rappelle l'exemple de l'euthanasie. Cela reste per&#231;ue par le monde ambiant comme une le&#231;on de morale, qu'on soup&#231;onne de source religieuse. En outre, cela ne d&#233;bouche en g&#233;n&#233;ral pas sur un positionnement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens inverse, il ne faut pas sous-estimer les conflits que cr&#233;e la rencontre avec la pens&#233;e dominante sur le d&#233;bat et la probl&#233;matique internes &#224; l'Eglise. Car l'id&#233;ologie contre-attaque. Mentionnons notamment la position des femmes dans l'&#233;glise, ou les revendications LGBT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De la difficult&#233; &#224; &#233;vacuer compl&#232;tement le substantiel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu les limites du dialogue, m&#234;me sous l'angle apparemment prometteur de la loi naturelle. Est-on donc prisonnier de cette grande difficult&#233; &#224; dialoguer s&#233;rieusement ? En fait ce n'est pas compl&#233;tement verrouill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois probl&#233;matiques actuelles sont ici int&#233;ressantes, car malgr&#233; la dominante r&#233;gnant dans la soci&#233;t&#233;, le substantiel y pointe au-del&#224; du proc&#233;dural : le f&#233;minisme radical, les revendications LGBT et le wokisme. Au d&#233;part, on est ici a priori et sans surprise en opposition latente avec l'Eglise. Mais ce sont aussi des dilemmes difficiles pour la soci&#233;t&#233; elle-m&#234;me. Car pr&#233;cis&#233;ment, si on n&#233;glige le substantiel, il se rebiffe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons le f&#233;minisme : en mati&#232;re politique et l&#233;gislative, il a vis&#233; en dominante &#224; ce qu'on traite les femmes plus ou moins comme les hommes. Or dans la r&#233;alit&#233; les diff&#233;rences existent, notamment par rapport aux enfants. En occultant le rapport diff&#233;rent que les femmes ont avec eux, on ne prend donc pas en compte leur situation r&#233;elle. Ce qui rel&#232;ve du substantiel. Dans un autre ordre d'id&#233;e, le heurt peut &#234;tre frontal entre la probl&#233;matique transsexuelle et la r&#233;alit&#233; des deux sexes, par exemple dans les comp&#233;titions sportives o&#249; des hommes aux gros muscles gagnent sur des femmes, ou dans l'acc&#232;s d'hommes biologiques &#224; des lieux sp&#233;cifiquement f&#233;minins &#8211; qui peut &#234;tre odieux. Dans d'autres cas, des hommes se disant femmes profitent d'avantages donn&#233;s aux femmes au nom du f&#233;minisme. Dans tous ces cas, la r&#233;alit&#233; (c'est-&#224;-dire la diff&#233;rence) r&#233;siste &#224; l'id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut en &#234;tre de m&#234;me du mouvement LGBT : d'un c&#244;t&#233;, c'est l'apog&#233;e d'un certain lib&#233;ralisme d'&#233;mancipation ; mais de l'autre, certains de ses effets peuvent heurter bien des gens : la GPA par exemple, aboutissant &#224; du trafic d'enfants. Ou l'id&#233;e de familles avec deux p&#232;res ou deux m&#232;res, ce qui n'a pas de sens. Ou lorsque des gens qui sont manifestement des hommes pr&#233;tendent vous obliger &#224; les consid&#233;rer comme des femmes (niant de ce fait votre propre libert&#233;, outre le bon sens).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le wokisme, notamment am&#233;ricain, offre lui aussi des exemples int&#233;ressants de dilemmes difficiles. En effet, il pr&#233;tend classer les gens par cat&#233;gories, les uns oppresseurs et les autres opprim&#233;s. Mais le syst&#232;me dominant, issu de notre paradigme, est fondamentalement individualiste et il ne sait bien traiter la notion de communaut&#233; qu'au niveau souverain, national. Il tend d&#232;s lors, notamment dans la tradition fran&#231;aise, &#224; refuser et nier les particularit&#233;s des sous-ensembles, ce qui le met en porte &#224; faux avec le wokisme, qui lui explique que le besoin d'&#233;mancipation est dans la logique du paradigme : s'il n'y a pas de norme ou de crit&#232;re objectif, toute discrimination devient scandaleuse. Mais si au contraire, &#224; l'anglo-saxonne, le syst&#232;me politique et social prend en charge ces diff&#233;rences au sein de la population, il s&#233;pare, discrimine, privil&#233;gie et donc va directement contre les droits des individus. En outre, cette approche n'examine pas r&#233;ellement la cause r&#233;elle du statut des populations d&#233;savantag&#233;es. Certes, ce peut &#234;tre parfois une discrimination de type raciste. Mais il y a en g&#233;n&#233;ral d'autres causes et c'est celles-l&#224; qu'il faut traiter, au lieu de transformer les int&#233;ress&#233;s en revendicateurs perp&#233;tuels, ou en assist&#233;s, ce qui est d&#233;sastreux pour leur progr&#232;s r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A un niveau plus large, nos soci&#233;t&#233;s connaissent des d&#233;rives graves directement li&#233;es &#224; ces id&#233;ologies dominantes d&#233;l&#233;t&#232;res, en premier lieu &#233;videmment les familles d&#233;compos&#233;es, l'&#233;ducation m&#233;diocre qui en r&#233;sulte, et la natalit&#233; effondr&#233;e. Mais les effets n'en seront per&#231;us que sur la dur&#233;e : dans l'intervalle, l'id&#233;ologie fait barrage &#224; cette reconnaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t donc que si la domination du paradigme de neutralit&#233; sur la pens&#233;e commune rend difficile le d&#233;bat par appel direct &#224; la loi naturelle, en revanche le d&#233;veloppement m&#234;me des cons&#233;quences de ce paradigme, confront&#233; avec la r&#233;alit&#233;, met en &#233;vidence ses contradictions de fond. Ce qui veut dire notamment ce fait simple qu'on ne construit pas une morale ni une communaut&#233; sur l'id&#233;e que le bien et le vrai rel&#232;vent de choix personnels arbitraires, ou d'une projection subjective. Et par l&#224; l'id&#233;e de loi naturelle se r&#233;introduit sous une autre forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, il appara&#238;t d&#232;s lors que, m&#234;me dans l'expression publique, la voie de la fid&#233;lit&#233; &#224; l'enseignement chr&#233;tien est la plus s&#251;re sur la dur&#233;e, moyennant bien s&#251;r dialogue intelligent avec la soci&#233;t&#233;, et prise de position sociale et politique r&#233;fl&#233;chie, au vue de chaque situation particuli&#232;re : ni utopique, ni proph&#233;tique, ni conciliante, mais bas&#233;e sur la r&#233;alit&#233; de chaque question.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>L'engagement politique des chr&#233;tiens dans nos d&#233;mocraties </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/L-engagement-politique-des-chretiens-dans-nos-democraties.html</link>
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		<dc:date>2022-05-07T16:01:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Chr&#233;tiens et politique</dc:subject>
		<dc:subject>Chr&#233;tiens et d&#233;mocratie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On parle beaucoup de l'engagement politique des chr&#233;tiens, du devoir qu'il repr&#233;sente. Pourtant les r&#233;sultats sont loin d'&#234;tre convaincants, qu'on soit conservateur ou progressiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; est donc le probl&#232;me ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Rappelons d'abord le contexte. Les chr&#233;tiens ne peuvent se d&#233;sint&#233;resser de la politique, comprise comme forme de charit&#233; sup&#233;rieure. Mais dans nos soci&#233;t&#233;s le christianisme est d&#233;sormais minoritaire et rejet&#233; comme r&#233;f&#233;rence publique. Il est d&#232;s lors devenu difficile d'avoir une influence en s'en r&#233;clamant explicitement. Et pourtant les chr&#233;tiens ne peuvent pas non plus se fondre anonymement dans la soci&#233;t&#233;. D&#233;j&#224;, ils ne peuvent pas &#233;viter d'intervenir et de s'afficher comme tels si l'enjeu est directement religieux. Mais m&#234;me s'il rel&#232;ve de la loi naturelle, l&#224; o&#249; elle est m&#233;connue de la soci&#233;t&#233; (mariage pour tous) : on les rep&#232;re vite comme tels. Le vieux dilemme ne guide donc pas beaucoup : on agira toujours &#8216;en chr&#233;tien', &#233;videmment, mais aussi cas par cas &#8216;en tant que chr&#233;tien' sans l'exclure a priori.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Le magist&#232;re donne-t-il une r&#233;ponse claire sur les orientations &#224; prendre ? Les principes (la Doctrine sociale de l'Eglise) sont stables. Mais la ligne politique a notablement vari&#233; : d'abord hostile &#224; la modernit&#233; politique (XIXe s.), elle a ensuite oscill&#233; au moins jusqu'&#224; la seconde guerre mondiale entre le rappel des principes et un accommodement de fait ; on s'est essay&#233; ensuite &#224; la d&#233;mocratie chr&#233;tienne, qui paraissait un compromis commode et prometteur, mais qui a finalement &#233;chou&#233; ; pour d&#233;boucher sur la position actuelle. Si on peut la r&#233;sumer, elle semble recommander la d&#233;mocratie et les Droits de l'homme, comme le reste de la soci&#233;t&#233; ; mais (au moins pour Jean-Paul II et Beno&#238;t XVI) avec une compr&#233;hension sous-jacente assez diff&#233;rente de celle dominante, et plus que des nuances entre les papes. Il n'est en tout cas pas irrespectueux de dire que l'impact sur la dur&#233;e en a &#233;t&#233; et reste peu concluant ; le seul cas de succ&#232;s manifeste, celui de Jean-Paul II &#224; l'Est, n'&#233;tait pas un combat politique ordinaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons en outre que le magist&#232;re ne s'exerce avec toute son autorit&#233; que sur la foi et les m&#339;urs (les fondements moraux), pas sur les d&#233;cisions relevant de la prudence politique. L'&#233;clairage qu'il apporte est donc tr&#232;s important, mais il laisse ouvertes des possibilit&#233;s diverses, en restant fid&#232;le aux principes. Cela ne veut pas dire qu'il faille n&#233;gliger l'enseignement magist&#233;riel, tant s'en faut ; mais ce n'est pas un manuel pr&#234;t &#224; l'emploi. Ce fait est souvent oubli&#233; lorsqu'on prend sans pr&#233;caution les positions prises ici ou l&#224; dans l'Eglise. Inversement il est dans la pratique difficile de s'afficher catholique en politique tout en allant contre telle ou telle expression de l'Eglise du moment, m&#234;me si on reste dans la marge d'autonomie l&#233;gitime. Par exemple, un parti se disant catholique mais restrictif sur les migrants serait probablement critiqu&#233; d'une fa&#231;on inconfortable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A-t-on des r&#233;f&#233;rences dans le pass&#233; ? Moins qu'on ne le pense. L'&#233;poque de chr&#233;tient&#233; &#233;tait trop diff&#233;rente. La d&#233;mocratie chr&#233;tienne n'a pas surv&#233;cu et a &#233;t&#233; un feu de paille &#8211; de fa&#231;on corr&#233;l&#233;e avec l'illusion, fr&#233;quente alors, selon laquelle il y aurait eu un malentendu avec le monde moderne, qu'il suffisait de dissiper. Or ce qui est apparu est que, comme les papes du XIXe si&#232;cle le percevaient (malgr&#233; leurs erreurs et maladresses), il y a des &#233;l&#233;ments d'opposition forte et structurelle entre ce monde et le chr&#233;tien. En d&#233;finitive, le mod&#232;le des premiers chr&#233;tiens para&#238;t plus inspirant. Certes il n'y avait pas dans l'Empire romain de lutte politique d&#233;mocratique. Mais on connaissait d&#233;j&#224; le dilemme : ne pas renier la soci&#233;t&#233; o&#249; on vit et ses &#233;l&#233;ments de l&#233;gitimit&#233;, tout en reconnaissant des points d'opposition irr&#233;ductible. Et dans ce cadre, les positions pouvaient &#234;tre diverses. Ainsi la question de l'arm&#233;e romaine : certains pensaient qu'il &#233;tait exclu d'y combattre, d'autres ont fait le choix inverse sans renier leur foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne nous dit pas quels choix doivent &#234;tre faits concr&#232;tement. D'autant plus que le monde chr&#233;tien est divis&#233; politiquement, avec pour simplifier une polarisation de base entre &#8216;conservateurs' et &#8216;progressistes'. Le premiers sont plus nombreux et transmettent mieux la foi ; mais les seconds, quoique affaiblis, tiennent plus de leviers. Cela dit, le spectre catholique ainsi dessin&#233; ne se confond pas avec le spectre politique dans la soci&#233;t&#233;, car il est sensiblement plus d&#233;cal&#233; sur la droite. Le chr&#233;tien &#8216;progressiste' est tr&#232;s rarement d'extr&#234;me gauche : il sera &#233;colo ou PS, mais souvent LREM ou m&#234;me LR, comme le gros des catholiques pratiquants. Le chr&#233;tien &#8216;conservateur' sera lui volontiers class&#233; par le syst&#232;me &#224; droite, voire &#224; l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces oppositions paraissent en outre irr&#233;ductibles. D'abord bien s&#251;r sur les questions de m&#339;urs et de soci&#233;t&#233; : en th&#233;orie, la doctrine donne des r&#233;ponses claires et tranch&#233;es ; mais tous n'y adh&#232;rent pas (contraception), et reste ouverte la question du possible : d&#232;s lors souvent la division est forte (mariage pour tous). Viennent ensuite les migrants : le d&#233;saccord entre chr&#233;tiens est ici tr&#232;s &#226;pre - le pape actuel s'&#233;tant en outre engag&#233; radicalement d'un des c&#244;t&#233;s. Moins dure mais n&#233;anmoins nette est l'opposition sur l'Europe et plus largement sur la question nationale. Enfin dans le vaste domaine des questions &#233;conomiques et sociales, y compris l'&#233;cologie, on trouve une gamme d'opinions tr&#232;s large, avec des diff&#233;rences consid&#233;rables. Ce simple rappel montre qu'on ne peut r&#233;unir sous une m&#234;me banni&#232;re les positions en question, explicitement chr&#233;tiennes ou non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, les frustrations sont in&#233;luctables, des deux c&#244;t&#233;s, et pas seulement parce que le magist&#232;re para&#238;t appuyer tant&#244;t les uns, tant&#244;t les autres. Du c&#244;t&#233; &#8216;progressiste', on souffre du recul de ce courant par rapport aux ann&#233;es 70-80. Surtout, comme on nie ou relativise l'opposition entre l'esprit dominant dans nos soci&#233;t&#233;s et la foi chr&#233;tienne, on finit dans le sillage du premier et, dans la pratique, l'action politique qu'on m&#232;ne se confond avec celle de la gauche ou du centre. En outre le progressiste engag&#233; est troubl&#233; par le vote &#224; droite de la majorit&#233; des catholiques, ainsi que par l'insistance des &#8216;conservateurs' sur le soci&#233;tal, qui est beaucoup plus visible et la seule &#224; &#234;tre associ&#233;e par le public avec le christianisme. Enfin on a du mal avec une doctrine magist&#233;rielle qui reste traditionnelle (malgr&#233; certaines d&#233;clarations). D'o&#249; en r&#233;action la tentation d'une &#233;thique de conviction exacerb&#233;e, notable sur les migrants &#8211; mais l&#224; aussi sans effet politique propre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le malaise n'est pas moins r&#233;el du c&#244;t&#233; &#8216;conservateur' : ce peut &#234;tre par le porte-&#224;-faux par rapport &#224; la hi&#233;rarchie - pas tant sur les principes que sur certaines d&#233;clarations comme sur les migrants-, mais plus encore par frustration sur les faibles r&#233;sultats obtenus, ainsi dans les luttes soci&#233;tales. C'est qu'on s'oppose l&#224; &#224; des tendances lourdes de la soci&#233;t&#233;, le paradigme relativiste qui la domine. En outre, de ce c&#244;t&#233;-l&#224; aussi la parole chr&#233;tienne est minoritaire, quoique moins qu'&#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bilan ne parait donc pas r&#233;jouissant. On peut se reconna&#238;tre comme chr&#233;tien une ardente obligation, mais on a en pratique une difficult&#233; &#224; la mettre en &#339;uvre de fa&#231;on rep&#233;rable en termes chr&#233;tiens ; la dispersion des efforts est consid&#233;rable ; et le champ politique n'appara&#238;t pas d'embl&#233;e f&#233;cond pour le chr&#233;tien qui veut agir explicitement comme tel. Mais on aurait tort d'en rester l&#224;. D'abord bien s&#251;r ce qui fait qu'une action est bonne ou mauvaise n'est pas d'abord le r&#233;sultat obtenu &#8211; qui pour l'essentiel d&#233;pend de Dieu. Ce n'est pas &#224; nous de porter le futur de l'humanit&#233; sur nos &#233;paules ; ce qui ne nous emp&#234;che pas de faire ce que nous avons &#224; faire, l&#224; o&#249; nous sommes et l&#224; o&#249; nous le pouvons, et si possible intelligemment. Faire le bien autour de nous, y compris en mati&#232;re politique, reste toujours possible, et obtenir des r&#233;sultats r&#233;els. En explicitant en quoi cela manifeste notre foi chr&#233;tienne chaque fois que c'est possible ou pertinent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre chose est la manifestation du christianisme dans la soci&#233;t&#233; et dans l'histoire. Regardons ses le&#231;ons : combien de cas de succ&#232;s collectifs qui soient le fruit d'une action chr&#233;tienne voulue collectivement comme telle, consciemment et &#224; l'avance ? Je suis par exemple de ceux qui admirent la chr&#233;tient&#233; malgr&#233; ses d&#233;fauts et limites ; mais elle n'a jamais &#233;t&#233; d&#233;finie comme un objectif &#224; atteindre ; elle a &#233;t&#233; donn&#233;e en son temps. Il en sera de m&#234;me pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; La Nef &lt;i&gt;n&#176; 347 mai 2022&lt;/i&gt;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;a href=&#034;https://lanef.net/2022/05/12/quel-engagement-politique-pour-les-chretiens/?utm_source=rss&amp;utm_medium=rss&amp;utm_campaign=quel-engagement-politique-pour-les-chretiens&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://lanef.net/2022/05/12/quel-e...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Christianisme et migration : la grande illusion</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Christianisme-et-migration-la-grande-illusion.html</link>
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		<dc:date>2019-08-11T15:57:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Eglise et migrations</dc:subject>
		<dc:subject>Grand remplacement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les migrations en cours sont un ph&#233;nom&#232;ne majeur et sans pr&#233;c&#233;dent, qui m&#233;rite un examen r&#233;fl&#233;chi. On sait que l'Eglise a pris des positions parfois tr&#232;s offensives sur le sujet, et notamment le pape Fran&#231;ois. C'est m&#234;me le point sur lequel il diverge le plus fortement par rapport au sentiment spontan&#233; de nombreux fid&#232;les, au point de donner l'impression d'un v&#233;ritable dialogue de sourds. Voyons de plus pr&#232;s&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-et-politique-.html" rel="directory"&gt;Religion et politique &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Grand-remplacement-+.html" rel="tag"&gt;Grand remplacement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une question de fond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les migrations en cours sont un ph&#233;nom&#232;ne majeur et sans pr&#233;c&#233;dent qui m&#233;rite un examen r&#233;fl&#233;chi. On sait que l'Eglise a pris des positions parfois extr&#234;mement offensives sur le sujet, et notamment le pape Fran&#231;ois. C'est m&#234;me le point sur lequel il diverge le plus fortement par rapport au sentiment spontan&#233; de nombreux fid&#232;les, au point de donner l'impression d'un v&#233;ritable dialogue de sourds. Notamment du c&#244;t&#233; officiel, m&#234;me si le pape nuance &#224; l'occasion. On y mart&#232;le un suppos&#233; devoir &#233;vang&#233;lique absolu et sans r&#233;plique d'accueillir et d'int&#233;grer toutes les personnes qui se pr&#233;sentent, et on ne tient aucun compte des soucis et objections. On cherche m&#234;me &#224; les disqualifier en mettant leurs r&#233;actions exclusivement sous le compte de l'individualisme, de la peur et de l'&#233;go&#239;sme, comme vient encore le faire le pape dans son dernier message sur les migrants. Sans donc r&#233;pondre aux soucis qui sont &#224; la base, autrement plus substantiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au vu des donn&#233;es disponibles, il para&#238;t pourtant que la position actuellement dominante dans l'Eglise ne repose pas sur une analyse compr&#233;hensive et objective de la r&#233;alit&#233;. Confondant le migrant &#233;conomique avec le refugi&#233;, elle privil&#233;gie un seul facteur : le besoin du migrant - une fois qu'il a migr&#233; ou est en train de le faire. On en d&#233;duit alors ce qui malgr&#233; les d&#233;n&#233;gations est un droit &#224; l'immigration illimit&#233;e et &#224; l'&#233;galit&#233; de droit entre migrants et citoyens du pays d'accueil. Certes le pape Fran&#231;ois admet (dans ses commentaires oraux) une limite : la capacit&#233; &#233;conomique du pays d'accueil. Mais il est clair que celle-ci est compatible avec des migrations de grande ampleur. Or le goulot d'&#233;tranglement, le risque majeur de la migration, n'est pas d'abord l&#224;, mais dans la disruption profonde des &#233;quilibres socio-politiques et culturels du pays d'accueil. Plus que ses pr&#233;d&#233;cesseurs, le pape donne l'impression de sous-estimer ce facteur, comme il para&#238;t sous-estimer les probl&#232;mes consid&#233;rables pos&#233;s par l'Islam, essentiels dans le cas de l'immigration en Europe. Comme il para&#238;t n&#233;gliger par ailleurs le tr&#232;s grave effet de saign&#233;e des pays d'origine que signifie la migration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant le Cat&#233;chisme de l'&#201;glise catholique &#233;tait lui plut&#244;t &#233;quilibr&#233; : &#171; Les nations mieux pourvues sont tenues d'accueillir autant que faire se peut l'&#233;tranger en qu&#234;te de la s&#233;curit&#233; et des ressources vitales qu'il ne peut trouver dans son pays d'origine. Les pouvoirs publics veilleront au respect du droit naturel qui place l'h&#244;te sous la protection de ceux qui le re&#231;oivent. Les autorit&#233;s politiques peuvent en vue du bien commun dont elles ont la charge subordonner l'exercice du droit d'immigration &#224; diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs des migrants &#224; l'&#233;gard du pays d'adoption. L'immigr&#233; est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine mat&#233;riel et spirituel de son pays d'accueil, d'ob&#233;ir &#224; ses lois et de contribuer &#224; ses charges &#187; (&#167; 2241).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'hospitalit&#233; et le respect des personnes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours eccl&#233;sial dominant va donc bien au-del&#224; de ce texte. La base biblique et &#233;vang&#233;lique principale qui nous est constamment rappel&#233;e comme une &#233;vidence suffisante et d&#233;finitive est le devoir d'hospitalit&#233;, auquel s'ajoute le respect de tout &#234;tre humain et la fraternit&#233; qu'il doit nous inspirer, outre le respect de ses droits en tant qu'&#234;tre humain. Cette base est &#233;videmment indiscutable en soi, &#224; son niveau. Elle impr&#232;gne de nombreux passages de la Bible. Il en est de m&#234;me du devoir de secourir une personne en danger, par exemple quelqu'un qui se noie en M&#233;diterran&#233;e. Mais ce que nos pr&#233;dicateurs ne voient pas, c'est que cela ne suffit en aucune mani&#232;re pour justifier une immigration illimit&#233;e, suivie de l'octroi imm&#233;diat du maximum des droits aux individus concern&#233;s, &#224; parit&#233; avec les nationaux. Il appara&#238;t en fait qu'on aplatit successivement deux r&#233;alit&#233;s l'une sur l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est de confondre le devoir personnel qui est le n&#244;tre face &#224; une personne &#224; qui nous avons affaire et qui est dans le besoin, avec le probl&#232;me pos&#233; par l'action collective de millions de gens qui se mettent sur les routes et payent &#224; des passeurs des sommes exorbitantes tout en prenant des risques appr&#233;ciables, cela afin d'arriver en Europe, sachant qu'en fois-l&#224; elle ne seront pas expuls&#233;es et pourront, croient-elle, participer de la richesse locale, qu'elles peuvent voir maintenant plus ais&#233;ment de chez elles en temps r&#233;el notamment gr&#226;ce aux mobiles. Or, autant il est de notre devoir, autant que possible, de donner une aide imm&#233;diate et humaine &#224; une personne dans le besoin qui croise nos pas, autant la solution d'un tel probl&#232;me de masse demande de se mettre au niveau de ce probl&#232;me et de le consid&#233;rer dans son ensemble. Quant &#224; &#233;voquer un bien commun mondial, outre qu'il n'a pas le m&#234;me sens qu'au niveau national faute d'autorit&#233; correspondante, il n'est en rien d&#233;montr&#233; qu'il implique des migrations de masse, tout au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me est de confondre la rencontre personnelle avec un migrant isol&#233; avec l'effet de masse sur nos soci&#233;t&#233;s lorsque les migrants en question se chiffrent en millions. Mais si je viens en aide &#224; une personne, ou que j'ai une rencontre humaine avec lui, ce peut &#234;tre sans effet n&#233;gatif pour l'un ou l'autre, voire au contraire id&#233;alement mutuellement enrichissant. Si en revanche des millions de gens d'une culture radicalement diff&#233;rente viennent s'installer dans votre pays, le risque est r&#233;el de voir les &#233;quilibres qui fondent la vie commune remise en cause de fa&#231;on radicale, et pas dans le sens de la paix sociale, de la soci&#233;t&#233;, ou du maintien des traits de base, culturels ou civiques de votre soci&#233;t&#233;. C'est un enjeu autrement plus important que les questions &#233;conomiques, pourtant d&#233;j&#224; majeures. Mais cela on n'en parle jamais, sinon pour le traiter superficiellement et avec le m&#233;pris de ce qu'on juge &#234;tre une peur irrationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; cet effet ridicule qu'on s'enflamme pour des bateaux d'ONG qui viennent r&#233;cup&#233;rer au large de la Libye les malheureux que les n&#233;griers modernes leur envoient sur des esquifs sommaires, pour ensuite tenter de forcer l'acc&#232;s aux ports occidentaux, r&#233;alisant ainsi l'objectif des int&#233;ress&#233;s. Effectivement ce ph&#233;nom&#232;ne est scandaleux et ces malheureux m&#233;ritent une aide. Mais quelle aide ? Faut-il rester obnubil&#233; par le seul fait imm&#233;diat, ou ne faut-il pas r&#233;fl&#233;chir sur la signification d'ensemble et le r&#233;sultat final ? Encore une fois, &#234;tre dans le besoin ne donne pas un droit automatique &#224; devenir citoyen d'une pays europ&#233;en. D'autant qu'on cr&#233;e ainsi un puissant appel d'air conduisant &#224; la perp&#233;tuation du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me confusion est celle du r&#233;fugi&#233; fuyant pour sa vie avec le migrant &#233;conomique. L'&#233;crasante majorit&#233; des migrants sont d&#232;s le d&#233;part des migrants &#233;conomiques, qui ont pay&#233; assez cher pour tenter ce passage. Vouloir vivre mieux est l&#233;gitime mais ne vous donne pas un droit &#224; vous imposer &#224; n'importe quelle communaut&#233; humaine de votre choix. Mais m&#234;me celui qui quitte un pays assez inhospitalier pour m&#233;riter le nom de r&#233;fugi&#233; est rarement contraint d'aller en Europe pour sauver sa vie ; encore moins de s'y &#233;tablir. Il y a bien d'autre endroits pour cela, bien plus proches. S'il le fait, c'est qu'il choisit un endroit plus prometteur pour lui que le pays voisin, parce qu'au-del&#224; du refuge il y a la possibilit&#233; de l'immigration. En d'autres termes, les vrais r&#233;fugi&#233;s chez nous deviennent tr&#232;s vite des migrants &#233;conomiques. Ce n'est certainement pas un reproche. Mais ce n'est pas un droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc prendre le probl&#232;me dans son ensemble et &#224; sa racine, en r&#233;fl&#233;chissant rationnellement sans se laissant emporter par des &#233;motions ais&#233;ment manipulables. Soit en effet on admet que l'immigration puisse &#234;tre illimit&#233;e. Dans ce cas il est scandaleux de se contenter de r&#233;cup&#233;rer des rescap&#233;s en mer : il faut aller au bout de la logique et organiser un pont a&#233;rien ou maritime permanent pour faire entrer sans risque tous les candidats. Position logique en soi, mais ultra-minoritaire et qui se heurterait &#224; l'opinion r&#233;solue des peuples europ&#233;ens. Et qui n'est pas celle de l'Eglise d'ailleurs, car on l'a vu le pape Fran&#231;ois admet la l&#233;gitimit&#233; de limites, quoiqu'il ait tendance &#224; ne voir que la limite &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit donc on admet des limites ; peut-&#234;tre plus haute que ce qui est accept&#233; aujourd'hui mais des limites quand m&#234;me. Ce qui est d'ailleurs logique car les candidats en question se chiffreraient vite en centaines de millions. Mais dans ce cas il y aura in&#233;vitablement des gens qu'on n'acceptera pas, donc qu'on refoulera. Et qui tenteront de passer quand m&#234;me. Donc exactement notre probl&#232;me actuel. Passages clandestins en M&#233;diterran&#233;e, sans-papiers etc. Il ne sert donc &#224; rien de s'apitoyer sans traiter la question &#224; la base. La base, c'est d'abord de faire comprendre aux candidats qu'au-del&#224; d'un certain seuil il n'y aura pas d'entr&#233;e : &lt;i&gt;No Way&lt;/i&gt; comme disent les Australiens. Et d'agir &#224; la source, en Libye notamment, et ailleurs, pour casser le mouvement qui s'est emball&#233; il y a 5 ans, et pendre les trafiquants. Plus bien s&#251;r un renforcement massif mais intelligent de l'aide aux pays de d&#233;part. Sachant que le d&#233;veloppement par lui-m&#234;me ne r&#233;duira la pression migratoire qu'&#224; terme ; il peut m&#234;me l'accro&#238;tre dans un premier temps, en solvabilisant les candidats &#224; la migration. Mais c'est un devoir incontestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; encore, dans les pays d'accueil la seule solution humainement viable pour les entrants admis est l'assimilation. Non pas l'int&#233;gration, mais l'assimilation. L'Eglise nous parle du droit &#224; la culture d'origine, mais elle rappelle en m&#234;me temps que la culture du pays d'arriv&#233;e doit &#234;tre respect&#233;e. A une certaine dose, il y a l&#224; une contradiction intenable. Des migrants accept&#233;s ont droit &#224; garder leur culture d'origine telle quelle s'ils ne sont l&#224; que de fa&#231;on provisoire. S'ils veulent rester et devenir citoyens, ils deviennent des immigrants. Or un immigrant, &#231;&#224; s'assimile. Ce qui n'exclut pas des emprunts culturels &#224; ces personnes, mais en maintenant la coh&#233;rence d'une culture commune dans laquelle tous les citoyens puissent se reconna&#238;tre. S'il n'y a plus cette culture en commun, il n'y a plus de bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mythologie du christianisme suppos&#233; religion de migrants d&#232;s ses origines&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus profond&#233;ment on rencontre ce p&#233;ch&#233; mignon, qui est celui de th&#233;ologiens plut&#244;t que du discours pastoral dominant, mais il affleure &#224; l'occasion dans ce dernier. On vous explique que le peuple juif s'est fond&#233; sur un mouvement permanent, de la mission d'Abraham &#224; l'exode et &#224; l'occupation de la Palestine, suivies de l'exil &#224; Babylone. Sans parler de la diaspora. On voit m&#234;me le pape parler de J&#233;sus comme migrant, alors qu'il a &#233;t&#233; tout au plus r&#233;fugi&#233; en Egypte sur une br&#232;ve p&#233;riode. L&#224; encore, deux confusions superpos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est la confusion entre de tels mouvements subis, en outre pour la plupart extr&#234;mement violents, et la question pos&#233;e aujourd'hui. Seule la mission d'Abraham, qui en restait au niveau personnel, a &#233;t&#233; paisible et volontaire. L'exode d'Egypte, la conqu&#234;te violente de la Palestine, l'exil &#224; Babylone sont des ph&#233;nom&#232;nes dont il est difficile de faire des mod&#232;les en tant qu'&#233;v&#233;nements collectifs. Bien s&#251;r, comme le dit la Bible, le rappel de cette position historique comme vrais r&#233;fugi&#233;s qu'a connue le peuple juif dans ces &#233;pisodes dramatiques implique le souci de la solidarit&#233; avec l'&#233;tranger dans le besoin. Mais cela n'a rien &#224; voir avec une migration de masse comme nous la connaissons aujourd'hui, encore moins avec un m&#233;tissage g&#233;n&#233;ralis&#233;. Le souci constant de tout l'Ancien testament, qui imbibe tout le Livre, &#233;tait au contraire le maintien de l'int&#233;grit&#233; du peuple d'Isra&#235;l et sa pr&#233;servation &#224; l'&#233;gard de m&#233;langes qui pouvaient conduire &#224; la perte de son identit&#233; sp&#233;cifique comme peuple &#233;lu. On demandait certes de traiter convenablement l'&#233;tranger admis, mais sans lui donner les m&#234;mes droits qu'aux Juifs, notamment en mati&#232;re politique et fonci&#232;re, et il s'agissait de populations assez limit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Evangile a introduit l&#224; une nouveaut&#233; majeure. Dans la mesure o&#249; l'Eglise prolonge Isra&#235;l, c'est bien s&#251;r en accueillant tous les hommes qui d&#233;sirent la rejoindre, quelle que soit leur origine. Mais sans perdre sa sp&#233;cificit&#233; non plus ! C'est la conversion qui fait le chr&#233;tien. Et sans que cela implique un statut personnel ou politique identique pour tous les int&#233;ress&#233;s. La fameuse phrase de saint Paul (il n'a plus Juifs et Grecs, hommes et femmes etc.) ne dit pas autre chose. Elle ne parle pas du statut juridique et politique des juifs, des femmes etc. Quant aux P&#232;res de l'Eglise dont on a fait des livres entiers pour souligner leur appel &#224; l'hospitalit&#233; sans acception de personnes, il en est de m&#234;me : on y parle de personnes pris isol&#233;ment, pas de peuples entiers. D'autant que contrairement &#224; ce qu'on raconte ici ou l&#224; ils n'ont pas connu de migration de masse. Les grandes invasions sont venues apr&#232;s, puis la conqu&#234;te guerri&#232;re musulmane qui a d'ailleurs conduit &#224; l'&#233;radication plus ou moins compl&#232;te du christianisme l&#224; o&#249; elle a r&#233;ussi. Difficile d'&#233;voquer alors un devoir d'hospitalit&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me confusion est entre la probl&#233;matique de la migration et l'appel adress&#233; au chr&#233;tien de ne pas s'&#233;tablir dans une situation qu'il jugerait stable et acquise, et pire encore due &#224; ses m&#233;rites, pour lui rappeler en permanence qu'il est en chemin, voyageur temporaire sur cette terre, et appel&#233; &#224; rencontrer son prochain dans la charit&#233;. Cela conduit certains &#224; parler d'une &#171; marque migratoire du christianisme comme foi et comme r&#233;alit&#233; historique &#187; (G. M&#233;devielle) ; laquelle nous explique ainsi que &#171; en fait, une &#233;thique des migrations appelle une authentique conversion &#224; l'autre, et nous contraint &#224; nous reconna&#238;tre &#233;trangers &#224; notre tour, autre de l'autre. &#187; Ce qui est d&#233;j&#224; une mani&#232;re de parler assez curieuse au niveau interpersonnel, bien que l'intention soit compr&#233;hensible. La seule vraie conversion est au Christ. Elle peut et doit souvent passer par la rencontre de l'autre personne, qui est effectivement au c&#339;ur de la foi chr&#233;tienne, ce qui peut impliquer une transformation de nous-m&#234;mes, mais cela n'implique pas de devenir autre en tant que personne comme l'autre est autre pour moi, encore moins &#233;tranger &#224; soi-m&#234;me, sauf dans ce don de soi : si on meurt &#224; soi-m&#234;me c'est pour et dans le Christ. Mais surtout, de telles consid&#233;rations ne justifient en rien une immigration de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains disent que Dieu et l'Eglise ne regardent pas l'immigration de masse mais chaque migrant. Mais &#224; nouveau c'est tomber dans l'erreur de nier la sp&#233;cificit&#233; de dimension collective, sociale et politique de la question. Les m&#234;mes d'ailleurs qui recommandent que leur pays accueille des millions de migrants n'envisagent pas un instant de leur donner un acc&#232;s illimit&#233; &#224; leur propre maison. Tout au plus de rares bonnes &#226;mes accueillent un migrant ou deux &#224; l'occasion ; ce qui est a priori louable, mais incommensurable avec le probl&#232;me collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le suppos&#233; royaume des cieux r&#233;alis&#233; par la mondialisation migrante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que la sp&#233;cificit&#233; de ce que nous connaissons aujourd'hui est historiquement totale. D&#233;j&#224; en termes de nombres : les grandes invasions &#233;taient quantitativement bien plus faibles. Mais aussi de signification : contrairement &#224; ce qu'on raconte, la composition de la population europ&#233;enne a &#233;t&#233; tr&#232;s stable pendant plus de mille ans. Alors qu'aujourd'hui en France, selon Jerome Fourquet de l'IFOP, plus de 18 % des nouveau-n&#233;s ont un pr&#233;nom musulman, et les arriv&#233;es continuent. Autre sp&#233;cificit&#233; : c'est la premi&#232;re migration de masse sans conqu&#234;te militaire. Ce qui la rend apparemment indolore. Mais ne l'emp&#234;che pas d'&#234;tre puissante &#8211; bien au contraire. Il faut donc traiter ce ph&#233;nom&#232;ne unique comme il le m&#233;rite, sans le banaliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais de l&#224; &#224; voir dans cet aspect de la mondialisation une &#233;tape majeure dans l'unification de l'humanit&#233;, comme le font plusieurs documents pontificaux (plut&#244;t avant le pape Fran&#231;ois) il y a un pas. D'autant que J&#233;sus a bien rappel&#233; que son Royaume n'&#233;tait pas de ce monde. Une telle na&#239;vet&#233; pourrait &#224; la rigueur se comprendre s'il y avait parall&#232;lement un mouvement appr&#233;ciable de conversion au christianisme. Mais c'est le contraire qui se produit : la foi chr&#233;tienne s'est effondr&#233;e, au moins en Europe. S'il y a unification des esprits, c'est sur le politiquement correct (que combat l'Eglise par ailleurs). Et peut-&#234;tre un jour l'Islam. Bien s&#251;r une certaine mondialisation est un fait irr&#233;sistible. Mais cela ne doit en aucune mani&#232;re emp&#234;cher de tenter d'y trier ce qu'il y a de bon et de mauvais. Et surtout, d'&#233;vang&#233;liser. Ce qui suppose certes la charit&#233; au sens imm&#233;diat et mat&#233;riel ; mais surtout la charit&#233; la plus grande : l'appel &#224; la conversion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Note :&lt;/strong&gt; sur un tel sujet on cite toujours le livre de Laurent Dandrieu &lt;i&gt;&#201;glise et immigration, le grand malaise&lt;/i&gt;. Ce livre remarquable et tr&#232;s document&#233; ne doit pas &#234;tre trait&#233; &#224; la l&#233;g&#232;re ; il a eu le grand m&#233;rite de poser ce grave probl&#232;me. Mais &#224; c&#244;t&#233; de ces qualit&#233;s il souffre de deux d&#233;fauts. Le premier est d'aplatir la position des pontifes en affirmant une continuit&#233; totale entre eux dans le culte de la migration. Elle existe certes dans une certaine mesure. Mais il y a n&#233;anmoins une &#233;tape nouvelle avec le pape Fran&#231;ois, non seulement parce qu'il est beaucoup plus radical et v&#233;h&#233;ment dans l'acceptation de l'immigration, dont il a fait un combat personnel. Mais surtout parce qu'il para&#238;t en faire une v&#233;ritable cat&#233;gorie th&#233;ologique, bien au-del&#224; de ses pr&#233;d&#233;cesseurs. Le deuxi&#232;me d&#233;faut est l'id&#233;e que la le&#231;on &#233;vang&#233;lique et surtout &#233;thique ne concerne que les relations interpersonnelles, alors que le domaine du politique y &#233;chapperait. Ce qui est le contraire de l'enseignement constant de l'Eglise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le chr&#233;tien et la paix dans un monde h&#233;t&#233;rog&#232;ne et instable</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Le-chretien-et-la-paix-dans-un-monde-heterogene-et-instable.html</link>
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		<dc:date>2018-09-11T13:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Recherche de la paix</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et violence</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans certains domaines, comme les relations internationales, l'enseignement de l'Eglise a une tendance croissante &#224; devenir id&#233;aliste et quelque peu utopique, notamment au vu des dures r&#233;alit&#233;s du monde d'aujourd'hui. La tendance ne date pas du pape Fran&#231;ois, comme on va le voir sur la base du Compendium de la doctrine sociale, qui est de 2005. Ceci malgr&#233; la pr&#233;sence de nombreux &#233;l&#233;ments de r&#233;alisme. De sorte que le propos oscille entre moralit&#233; r&#233;aliste et utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la difficult&#233; relative &#224; en tirer des conclusions pratiques, notamment en vue de la recherche de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Christianisme-et-violence-+.html" rel="tag"&gt;Christianisme et violence&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que dit le Compendium sur la communaut&#233; internationale et la paix ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise, de 2005, est l'instrument id&#233;al pour faire le point : largement compos&#233; de textes issus des enseignements pontificaux, il est officiel et repr&#233;sentatif des prises de parole du magist&#232;re sur ces questions, y compris dans une large mesure celui subs&#233;quent du pape Fran&#231;ois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La paix en Dieu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e premi&#232;re est que le fondement de la paix en Dieu. A partir d'un enseignement biblique montrant l'unit&#233; du genre humain et la diversit&#233; des peuples (N&#176; 429 sqq.), le 488 rappelle que &#171; la paix est avant tout un attribut essentiel de Dieu &#187;. Et donc (493) &#171; l'action pour la paix n'est jamais dissoci&#233;e de l'annonce de l'&#201;vangile, qui est pr&#233;cis&#233;ment la &#8216;bonne nouvelle de la paix' [&#8230;] adress&#233;e &#224; tous les hommes &#187;. La dimension th&#233;ologique est donc centrale : la seule vraie paix est celle que donne Dieu, et elle suppose de se tourner vers Lui. On pourrait en d&#233;duire que dans un monde comme le n&#244;tre, o&#249; la foi est plut&#244;t secondaire, la paix risque d'&#234;tre &#233;lusive. Mais le Compendium ne va pas dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La paix entre les nations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de (433) &#171; construire une vraie communaut&#233; internationale dont l'organisation doit tendre au v&#233;ritable bien commun universel &#187; ; or &#171; l'unit&#233; de la famille humaine n'est encore pas r&#233;alis&#233;e, car elle est entrav&#233;e par des id&#233;ologies mat&#233;rialistes et nationalistes qui nient les valeurs dont est porteuse la personne consid&#233;r&#233;e int&#233;gralement, dans toutes ses dimensions. &#187;. Il y aurait donc une aspiration de fond (bien au-del&#224; de la foi), mais entrav&#233;e par des id&#233;ologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son approche est d'abord morale et r&#233;aliste. Ainsi il consid&#232;re au 434 que &#171; la communaut&#233; internationale est une communaut&#233; juridique fond&#233;e sur la souverainet&#233; de chaque &#201;tat membre, sans liens de subordination qui nient ou limitent son ind&#233;pendance &#187;. Cela dit &#171; la souverainet&#233; nationale n'est toutefois pas un absolu. Les nations peuvent renoncer librement &#224; l'exercice de certains de leurs droits en vue d'un objectif commun, avec la conscience de former une &#8216;famille', o&#249; doivent r&#233;gner la confiance et le soutien r&#233;ciproques, ainsi que le respect mutuel &#187;. Comment doivent alors s'organiser les rapports entre elles ? Par le droit et la morale. Au 436 : &#171; pour r&#233;aliser et consolider un ordre international qui garantisse efficacement la coexistence pacifique entre les peuples, la m&#234;me loi morale qui r&#233;git la vie des hommes doit &#233;galement r&#233;gler les rapports entre les &#201;tats &#187;. Et (437) &#171; la r&#233;flexion juridique et th&#233;ologique, ancr&#233;e dans le droit naturel, a formul&#233; &#8216;des principes universels, qui sont ant&#233;rieurs et sup&#233;rieurs au droit interne des &#201;tats', comme l'unit&#233; du genre humain, l'&#233;gale dignit&#233; de chaque peuple, le refus de la guerre pour r&#233;gler les diff&#233;rends, l'obligation de coop&#233;rer en vue du bien commun, l'exigence de respecter les engagements souscrits &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans une deuxi&#232;me temps le Compendium va sensiblement plus loin car il estime (439) que &#171; de m&#234;me qu'&#224; l'int&#233;rieur des &#201;tats (...) le syst&#232;me de la vengeance priv&#233;e et des repr&#233;sailles a &#233;t&#233; remplac&#233; par l'autorit&#233; de la loi, de m&#234;me il est maintenant urgent qu'un semblable progr&#232;s soit r&#233;alis&#233; dans la communaut&#233; internationale &#187;. Cela va (441) jusqu'&#224; &#171; la n&#233;cessit&#233; d'instituer &#8216;une autorit&#233; publique universelle, reconnue par tous, qui jouisse d'une puissance efficace, susceptible d'assurer &#224; tous la s&#233;curit&#233;, le respect de la justice et la garantie des droits' &#187;. Sachant qu'il &#171; est essentiel que cette autorit&#233; soit le fruit d'un accord et non d'une imposition, et qu'elle ne soit pas comprise comme &#8216;un super-&#201;tat mondial' &#187;, car &#171; il n'appartient pas &#224; l'autorit&#233; de la communaut&#233; mondiale de limiter l'action que les &#201;tats exercent dans leur sph&#232;re propre, ni de se substituer &#224; eux. &#187; Subsidiaire donc, elle n'est pas impos&#233;e aux nations ; mais c'est une autorit&#233;, capable de d&#233;cider et d'imposer ses d&#233;cisions. Le propos ne donne pas une id&#233;e claire de ce que cela signifierait dans la pratique. Mais comme on le voit, on est pass&#233; ici &#224; un niveau qui au moins dans l'&#233;tat actuel des choses est clairement utopique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors de ce cadre juridique, il est rappel&#233; que la paix (494) &#171; n'est pas simplement l'absence de guerre ni m&#234;me un &#233;quilibre stable entre des forces adverses, mais elle se fonde sur une conception correcte de la personne humaine et requiert l'&#233;dification d'un ordre selon la justice et la charit&#233; [&#8230;] La paix est en danger quand l'homme se voit nier ce qui lui est d&#251; en tant qu'homme, quand sa dignit&#233; n'est pas respect&#233;e et quand la coexistence n'est pas orient&#233;e vers le bien commun &#187;. Pour cela &#171; la d&#233;fense et la promotion des droits de l'homme sont essentielles &#187;. D'o&#249; l'id&#233;e que la cause principale des guerres est l'injustice, le non-respect des droits, fr&#233;quente dans les interventions pontificales, notamment du pape Fran&#231;ois. Pourtant s'il est clair que l'injustice est un facteur majeur de conflit, la corr&#233;lation entre de telles injustices pr&#233;alables et les guerres n'est pas d&#233;montr&#233;e : il y a &#233;norm&#233;ment d'injustices sans guerre, et bien des guerres ne sont pas li&#233;es directement d'abord &#224; une injustice au sens pr&#233;c&#233;dent. Apr&#232;s tout, le p&#233;ch&#233; existe aussi, et la volont&#233; de puissance, l'avidit&#233;, la haine etc. Mais plus loin il est expliqu&#233; (498) : &#171; la recherche des causes &#224; l'origine d'une guerre est donc essentielle, surtout celles li&#233;es &#224; des situations structurelles d'injustice, de mis&#232;re, d'exploitation, sur lesquelles il faut intervenir dans le but de les &#233;liminer : &#8216;C'est pourquoi l'autre nom de la paix est le d&#233;veloppement' &#187;. Ce qui laisse penser que le d&#233;veloppement, bien orient&#233;, permettrait l'&#233;limination de la violence et donc de la guerre. L'affirmation para&#238;t pour le moins hardie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;chec de la paix : la guerre et la l&#233;gitime d&#233;fense&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup la violence est condamn&#233;e radicalement : (496) elle &#171; ne constitue jamais une r&#233;ponse juste [&#8230;], est inacceptable comme solution aux probl&#232;mes, [&#8230;] pas digne de l'homme [&#8230;]. La violence d&#233;truit ce qu'elle pr&#233;tend d&#233;fendre : la dignit&#233;, la vie, la libert&#233; des &#234;tres humains &#187;. Et donc &#171; ceux qui renoncent &#224; l'action violente et sanglante [&#8230;] rendent t&#233;moignage &#224; la charit&#233; &#233;vang&#233;lique &#187;. En m&#234;me temps, tout ceci vaut, dit le texte &#171; pourvu que cela se fasse sans nuire aux droits et obligations des autres hommes et des soci&#233;t&#233;s &#187;. Ce &#8216;pourvu' est lourd de restrictions, car il implique qu'on puisse recourir &#224; la violence pour faire respecter ces droits, au moins en dernier recours ; or on vient de dire que la cause principale des guerres est le non-respect des droits. L'apparente non-violence absolue est donc &#224; nuancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le texte envisage ensuite l'&#233;limination de la guerre. Au 497 la guerre &#171; ne constitue jamais un moyen appropri&#233; pour r&#233;soudre les probl&#232;mes qui surgissent entre les nations [&#8230;] car elle engendre des conflits nouveaux et plus complexes. &#187;. Notamment &#224; l'&#233;poque moderne, car (498) &#171; la puissance terrifiante des moyens de destruction, [&#8230;] ainsi que les relations toujours plus &#233;troites existant entre les peuples de toute la terre, rendent la limitation des cons&#233;quences d'un conflit tr&#232;s ardue ou pratiquement impossible &#187;. Ce qui incidemment ne va pas de soi (l'histoire contemporaine est riche de conflits rest&#233;s locaux et qui ont &#233;t&#233; donc contr&#244;l&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps et &#224; nouveau le texte permet aussi la possibilit&#233; de guerre dans certains cas. C'est d'abord le cas d'une guerre d&#233;fensive (500) : &#171; une guerre d'agression est intrins&#232;quement immorale. Dans le cas tragique o&#249; elle &#233;clate, les responsables d'un &#201;tat agress&#233; ont le droit et le devoir d'organiser leur d&#233;fense en utilisant notamment la force des armes. &#187; Plus largement le texte estime que la force peut parfois &#234;tre justifi&#233;e, et &#233;num&#232;re les conditions : &#171; pour &#234;tre licite, l'usage de la force doit r&#233;pondre &#224; certaines conditions rigoureuses : que le dommage inflig&#233; par l'agresseur &#224; la nation ou &#224; la communaut&#233; des nations soit durable, grave et certain ; que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient r&#233;v&#233;l&#233;s impraticables ou inefficaces ; que soient r&#233;unies les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s ; que l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer. [&#8230;] &#187; C'est la &#171; doctrine traditionnelle de la &#8216;guerre juste' &#187;. Et &#171; l'appr&#233;ciation de ces conditions de l&#233;gitimit&#233; morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun &#187;. Dans certaines conditions, on peut aller jusqu'&#224; une guerre pr&#233;ventive, malgr&#233; les risques (501) : &#171; seule une d&#233;cision des organismes comp&#233;tents, sur la base de v&#233;rifications rigoureuses et de motivations fond&#233;es, peut donner une l&#233;gitimation internationale &#224; l'usage de la force arm&#233;e, en identifiant des situations d&#233;termin&#233;es comme une menace contre la paix et en autorisant une ing&#233;rence dans la sph&#232;re r&#233;serv&#233;e d'un &#201;tat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire pour &#233;viter la guerre (outre le d&#233;veloppement et le respect des droits) ? Pour le 508 l'objectif est un &#171; d&#233;sarmement g&#233;n&#233;ral, &#233;quilibr&#233; et contr&#244;l&#233; &#187;. On retrouve donc ici la veine utopique. M&#234;me la dissuasion &#171; appelle de s&#233;v&#232;res r&#233;serves morales &#187;. &#171; Les politiques de dissuasion nucl&#233;aire, typiques de la p&#233;riode de la guerre froide, doivent &#234;tre remplac&#233;es par des mesures concr&#232;tes de d&#233;sarmement, bas&#233;es sur le dialogue et sur les n&#233;gociations multilat&#233;rales &#187;. Car (509) : &#171; les armes de destruction de masse - biologiques, chimiques et nucl&#233;aires - repr&#233;sentent une menace particuli&#232;rement grave &#187;. D'o&#249; l'importance de la non-prolif&#233;ration des armes nucl&#233;aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un &#233;quilibre instable ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, sur cette question, la Doctrine oscille entre deux tendances. D'un c&#244;t&#233;, le r&#233;alisme et le principe de subsidiarit&#233; la conduisent &#224; reconna&#238;tre que la base de la vie commune internationale, ce sont les nations. On admet aussi que la vraie paix suppose une orientation appropri&#233;e, qui est loin de r&#233;gner partout. D&#232;s lors, l'usage de la force n'est pas totalement &#233;cart&#233;, m&#234;me s'il n'est admis que sous des conditions strictes. Cela para&#238;t d&#233;boucher sur une attitude prudente et moralement responsable (r&#233;alisme moral).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'un autre c&#244;t&#233;, on observe une tendance &#224; aspirer contre vents et mar&#233;e &#224; un type de rapports internationaux nouveau, fond&#233;s sur le d&#233;sarmement et la r&#233;solution exclusivement pacifique des conflits. Et &#224; envisager l'&#233;mergence d'une autorit&#233; internationale r&#233;ellement capable d'imposer ses d&#233;cisions. Au fond para&#238;t-on dire le dilemme serait lev&#233; si l'humanit&#233; &#233;tait unifi&#233;e sous une autorit&#233; unique, de fa&#231;on pacifique, quoique dans le respect des nations ; le tout moyennant un degr&#233; suffisant de d&#233;veloppement &#233;conomique et de respect des droits de l'homme. En revanche, et malgr&#233; le pr&#233;ambule, il n'est pas mis de pr&#233;alable religieux (conversion g&#233;n&#233;rale au Christ) : c'est l'humanit&#233; pr&#233;sente qui para&#238;t pouvoir s'engager dans cette voie de la pacification g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Entre le souhait de faire au mieux dans les circonstances que nous connaissons, par la conversion des uns et les efforts de tous, mais en admettant la dure r&#233;alit&#233; de certains conflits, et une utopie g&#233;n&#233;reuse mais assez peu r&#233;aliste, dont les conditions de r&#233;alisation ne sont d'ailleurs pas d&#233;crites, le discours balance donc. Mais la tonalit&#233; du texte fait la part belle &#224; une pure &#233;thique de conviction. Si elle autorise de faire au mieux avec les r&#233;alit&#233;s de notre temps, elle introduit en permanence l'id&#233;e que les actions r&#233;alistes m&#234;me morales restent en de&#231;&#224; d'un id&#233;al dont on laisse entendre qu'il serait r&#233;alisable moyennant la bonne volont&#233; de tous. La mise en pratique de ces pr&#233;ceptes n'est donc pas ais&#233;e. L'exemple du Proche Orient et de la Palestine suffisent &#224; nous le confirmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant donc les exigences morales pos&#233;es par la Doctrine sont incontournables, autant le guidage pratique reste ambigu. Dans un monde comme le n&#244;tre, fort peu spirituel, aussi marqu&#233; par le p&#233;ch&#233; que les &#233;poques ant&#233;rieures, et o&#249; la perspective d'une autorit&#233; internationale forte est utopique, il para&#238;trait naturel d'en d&#233;duire que la t&#226;che &#224; accomplir sera de faire au mieux, avec prudence et dans un esprit de paix lucide, dans la mesure de nos moyens. C'est un aspect du texte. Mais il est loin de l'id&#233;al pos&#233; par ailleurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;alit&#233; de notre monde&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la recherche de la paix suppose au pr&#233;alable une &#233;valuation des donn&#233;es du probl&#232;me : quelles sont les caract&#233;ristiques de notre monde et notamment de la situation internationale, aujourd'hui et dans l'avenir pr&#233;visible, et que peut-on y faire ? Or le monde dans lequel nous vivons r&#233;ellement s'&#233;loigne sensiblement de la trajectoire d'unification paisible sous-jacente aux aspirations utopiques qu'on vient d'&#233;voquer, notamment au niveau des &#8216;autorit&#233;s' internationales, mais aussi de la culture commune. Ce monde (voir mon livre : Pierre de Lauzun Guide de survie dans un monde instable, h&#233;t&#233;rog&#232;ne, non r&#233;gul&#233; Paris TerraMare 2018) de plus en plus interconnect&#233; est, et de plus en plus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un monde h&#233;t&#233;rog&#232;ne, avec l'&#233;mergence de puissances nouvelles issues de contextes et de cultures tr&#232;s diff&#233;rents de la matrice europ&#233;enne &#224; laquelle nous sommes habitu&#233;s, et plut&#244;t plus divergentes malgr&#233; l'effet apparent de la mondialisation. Il suffit de rappeler ici l'&#233;mergence de puissances grandes et moyennes dont l'Asie est actuellement le th&#233;&#226;tre ; m&#234;me si le plein effet militaire, strat&#233;gique et diplomatique de cette &#233;mergence ne devrait se faire sentir que dans une g&#233;n&#233;ration au plus t&#244;t. Mais il se fera sentir, de fa&#231;on aujourd'hui peu pr&#233;visible et encore moins contr&#244;lable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un monde marqu&#233; par des crises d&#233;stabilisatrices qui se multiplient et s'amplifient plus qu'elles ne s'apaisent : finances, migrants, &#233;cologie, en sont des exemples &#233;vidents que je ne peux que citer ici, mais ils sont familiers &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un monde faiblement et de moins en moins r&#233;gul&#233;, car la puissance encore dominante (les Etats-Unis), avec ses qualit&#233;s et ses d&#233;fauts, le sera de moins en moins, et les organisations internationales ne sauraient prendre le relais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un monde id&#233;ologiquement appel&#233; &#224; &#234;tre de moins en moins h&#233;g&#233;monis&#233; par la pens&#233;e politique occidentale actuellement encore pr&#233;dominante - quoique de moins en moins (m&#234;me si elle cherche &#224; accro&#238;tre son emprise en mati&#232;re de m&#339;urs, ou de style de vie) ; les cas de la Chine et du monde musulman en t&#233;moignent, mais l'&#233;mergence d'autres pays et civilisations, &#224; un degr&#233; d'affirmation plus assur&#233; qu'aujourd'hui, les y conduira &#233;galement (l'Inde d&#233;j&#224; par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un monde menac&#233; d&#232;s lors dans un avenir non imm&#233;diat mais pr&#233;visible par une recrudescence de conflits, &#224; basse intensit&#233; pour l'instant, mais qui ont toutes chances de conna&#238;tre une intensit&#233; plus forte &#224; terme, du fait de cette &#233;mergence de puissances multiples plus riches et mieux &#233;quip&#233;es &#8211; et moins contr&#244;l&#233;es par une superpuissance ; ainsi que des nombreuses occasions de crises. Et faut-il le dire, les motifs de conflits ne manqueront pas, m&#234;me en faisant abstraction des in&#233;galit&#233;s et injustices (qui ne paraissent pas en voie de r&#233;sorption).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce monde h&#233;t&#233;rog&#232;ne et instable enfin, le facteur national joue un r&#244;le majeur voire croissant. A l'exception toutefois de l'Europe. Mais l'Europe est selon de multiples crit&#232;res une aberration dans le paysage mondial (en bien ou en mal). La nation est en effet &#224; notre &#233;poque et &#224; vue humaine la seule communaut&#233; humaine organis&#233;e et l&#233;gitime au niveau politique, le seul lieu de solidarit&#233; et d'identification structur&#233;. Certes il se peut que dans ce r&#244;le elle soit un jour d&#233;pass&#233;e, si elle n'est pas &#224; la hauteur des d&#233;fis nouveaux qui la menacent (mondialisation, in&#233;galit&#233;s et migrations). Mais cela a alors toutes chances de l'&#234;tre par la recrudescence d'empires d'un nouveau type, car l'empire est la forme politique la plus adapt&#233;e &#224; des soci&#233;t&#233;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes. On l'a vu, le Compendium reconna&#238;t ce r&#244;le de la nation ; mais il est en m&#234;me temps tiraill&#233; par ses aspirations &#224; la paix hic et nunc, notamment au moyen d'une Autorit&#233; internationale et d'un d&#233;sarmement g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question de la paix&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une recherche patiente et non l'application d'une id&#233;ologie moralisante&lt;br class='autobr' /&gt;
En tout cas, il para&#238;t se d&#233;duire de tout ceci que la recherche de la paix sera plus que jamais une t&#226;che difficile. Elle n'implique ni de rejeter la dimension nationale seul fondement des communaut&#233;s politiques et seul facteur v&#233;ritable de solidarit&#233; active entre les hommes ; ni d'abandonner la probl&#233;matique de la guerre juste, dont on a vu encore la pertinence au Moyen Orient en 2003. En m&#234;me temps elle pousse &#224; rester conscient des limites de cette communaut&#233; de nations qu'est la sc&#232;ne internationale, et des risques que peuvent pr&#233;senter tant le nationalisme que la passion id&#233;ologique, ou simplement la volont&#233; de puissance, voire l'engrenage des affrontements. Mais cela ne doit pas conduire &#224; se confier &#224; un id&#233;alisme na&#239;f inspir&#233; par une &#233;thique de conviction d&#233;sincarn&#233;e. Concr&#232;tement cette forme de paix qui est &#224; notre port&#233;e suppose de prendre en compte la r&#233;alit&#233; des faits, et non pas de parachuter des jugements moraux et des analyses abstraites sur des situations humaines complexes. Il faut notamment souligner les effets pervers des emballements id&#233;ologiques occidentaux. On l'a vu &#224; nouveau avec les printemps arabes. Le probl&#232;me n'est pas qu'on cherche &#224; aider les soci&#233;t&#233;s &#224; &#233;voluer dans un sens meilleur. Il est dans l'attitude id&#233;ologique qui plaque un sch&#233;ma de lecture irr&#233;el sur d'autres soci&#233;t&#233;s qui peuvent facilement basculer dans une violence incontr&#244;l&#233;e. Le plus difficile n'est pas d'affirmer le besoin de paix, car il est admis par la plupart, mais de discerner dans chaque situation comment l'assurer au mieux. Ce qui suppose d'envisager lucidement la possibilit&#233; qu'il existe des conflits, et d'en prendre en compte la logique, cela en vue m&#234;me de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La qu&#234;te pr&#233;caire et lucide de la paix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me pour l'id&#233;e de la paix par l'action d'une autorit&#233; internationale. En t&#233;moignent les difficult&#233;s apparues &#224; l'occasion des op&#233;rations de &#8216;maintien de la paix', men&#233;es sous l'&#233;gide de l'Onu. Ce qui frappe dans ces interventions, c'est le faible r&#244;le propre de l'Onu. Dans la plupart des conflits elle n'a pas &#233;t&#233; capable d'agir. Outre la facilitation de n&#233;gociations ou un r&#244;le d'interposition, utiles &#224; l'occasion mais limit&#233;s, son r&#244;le militaire direct a &#233;t&#233; rare, et il n'a &#233;t&#233; possible que quand la force principale a &#233;t&#233; fournie par les Etats-Unis ; c'&#233;tait alors une intervention occidentale l&#233;gitim&#233;e. En outre, m&#234;me dans les cas rares o&#249; une guerre a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e, il arrive souvent qu'aucune vraie paix ne s'instaure. Ainsi entre Arabes et Isra&#233;liens ou en Cor&#233;e. Le terme de &#8216;l&#233;galit&#233; internationale' est donc trompeur, car la situation est tr&#232;s diff&#233;rente de ce qu'on appelle l&#233;galit&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'un Etat. L'Onu ne peut d'ailleurs prendre position que s'il y a majorit&#233; au Conseil de s&#233;curit&#233;. Et surtout si aucun membre permanent ne s'y oppose. D&#232;s lors elle est souvent paralys&#233;e ; et il est exclu qu'elle agisse contre une grande puissance. Et elle n'a pas par elle-m&#234;me de moyens d'ex&#233;cution, hors appui am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pendant ce temps le risque de conflit subsiste. La paralysie de l'Onu ne doit pas enrayer toute possibilit&#233; de r&#233;action face &#224; une menace r&#233;elle. Autant la concertation dans ce cadre est &#224; encourager, autant il est l&#233;gitime, lorsqu'elle a &#233;t&#233; &#233;puis&#233;e, qu'un pays prenne ses responsabilit&#233;s si la situation le justifie. Ce qui suppose bien entendu que la guerre puisse &#234;tre consid&#233;r&#233;e &#8216;juste'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle solution peut-on alors envisager &#224; la question de la paix ? Le Compendium lui-m&#234;me le reconnait de fait : il est na&#239;f de croire qu'&#224; notre &#233;poque toute guerre est exclue, ou peut &#234;tre limit&#233;e &#224; un niveau local. Et donc m&#234;me s'il va de soi qu'il faille &#233;viter le plus possible et le cas &#233;ch&#233;ant contr&#244;ler les guerres, il y a des guerres qui doivent &#234;tre men&#233;es, parce qu'il n'y a pas d'autre solution. Se donner comme seul but l'&#233;limination totale des guerres est utopique, et peut conduire &#224; courir un risque plus &#233;lev&#233;. Quant au droit, ce qu'on appelle droit en la mati&#232;re est trop souvent incertain ou id&#233;ologique ; m&#234;me quand il est d&#233;fini, il ne comporte pas en lui-m&#234;me de capacit&#233; &#224; s'imposer. Cela ne veut pas dire qu'il faille y renoncer ; mais ses limites ne sont que trop &#233;videntes. Il n'y a pas de l&#233;galit&#233; internationale nette et univoque ; il y a tout au plus des &#233;l&#233;ments de l&#233;galit&#233;. En d'autres termes l'harmonie et la cohabitation sont des objectifs moraux et respectables ; mais il faut les chercher pragmatiquement, sans se fixer sur la pierre philosophale d'une id&#233;ologie ou d'une utopie qui, loin de fournir une solution, peuvent cr&#233;er ou aggraver les probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, la paix ne r&#233;side pas dans une formule politique comme la d&#233;mocratisation, ni dans une l&#233;galit&#233; internationale appuy&#233;e ou non sur l'Onu, ni dans des aventures militaires &#224; pr&#233;tentions moralisantes, mais dans un travail patient et sans cesse menac&#233;, fond&#233; sur une analyse de la situation r&#233;elle. Sauf &#224; accepter la paix tr&#232;s particuli&#232;re que procure un empire, il faut rechercher un certain &#233;quilibre entre les pouvoirs, selon un mod&#232;le proche de celui du XVIIIe si&#232;cle. Il faut ensuite disposer de proc&#233;dures de r&#233;solution des conflits, et c'est l&#224; qu'interviennent les institutions internationales malgr&#233; leurs limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut enfin un esprit de paix, qui se cultive, et l&#224; on retrouve le Compendium. C'est le devoir de tout homme de bonne volont&#233; &#8211; mais avec lucidit&#233;, et donc sans substituer arbitrairement un id&#233;al utopique &#224; la r&#233;alit&#233; des faits. En particulier, tant qu'appara&#238;tront des dirigeants sans scrupule, agressifs, tirant avantage du fait que les autres sont pacifiques, il faudra envisager, apr&#232;s &#233;puisement des voies de paix, la possibilit&#233; d'un usage raisonn&#233; de la force militaire, notamment s'ils agressent les autres. Plus profond&#233;ment, comme le note le Magist&#232;re, un v&#233;ritable esprit de paix suppose la reconnaissance de valeurs morales objectives, universelles, ind&#233;pendantes de tout dessein politique particulier, et d&#233;passant le mirage dangereux des id&#233;ologies comme le simple jeu de r&#232;gles de cohabitation. Ce qui est peu coh&#233;rent avec le relativisme qui nous domine. Sauf conversion g&#233;n&#233;rale, la Civilisation de l'Amour ch&#232;re aux Papes contemporains n'est pas la tendance spontan&#233;e de notre &#233;poque (pas plus que des autres). Elle supposerait une v&#233;ritable conversion, qui devrait &#234;tre d'ordre spirituel, et donc ne se d&#233;cr&#232;te pas : cela suppose la foi. En bonne logique pour le croyant la paix v&#233;ritable suppose donc l'&#233;vang&#233;lisation. Nous retrouvons la premi&#232;re id&#233;e du Compendium, et la Bible. Mais nous en sommes loin&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Extrait d'une intervention lors des Rencontres internationales de l'Association internationale pour l'enseignement social chr&#233;tien (1er septembre 2018).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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