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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Transmettre : le cas des tr&#232;s grandes fortunes</title>
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		<dc:date>2026-02-07T15:58:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Fortune</dc:subject>
		<dc:subject>Tr&#232;s riches</dc:subject>
		<dc:subject>H&#233;ritage</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On a beaucoup d&#233;battu r&#233;cemment le cas des tr&#232;s grandes fortunes. Faut-il les r&#233;duire ? Peut-on les transmettre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions se posent en termes tr&#232;s diff&#233;rents dans leur cas, car ce qui est d&#233;tenu ou transmis repr&#233;sente non seulement une valeur financi&#232;re appr&#233;ciable, mais conf&#232;re un vrai pouvoir et un r&#244;le dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question pr&#233;alable qui se pose alors est celle de la signification de ces fortunes dans la soci&#233;t&#233; ; cela permet ensuite de s'interroger sur leur d&#233;tention et transmission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Ma communication au colloque de janvier 2026 de l'Association des &#233;conomistes catholiques, consacr&#233; &#224; la Transmission)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Fortune-et-inegalites-.html" rel="directory"&gt;In&#233;galit&#233;s, fortune&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Fortune-+.html" rel="tag"&gt;Fortune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Tres-riches-+.html" rel="tag"&gt;Tr&#232;s riches&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Heritage-+.html" rel="tag"&gt;H&#233;ritage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/load-line-188952_640.jpg?1787417301' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question de la transmission de biens se pose en termes tr&#232;s diff&#233;rents dans le cas des v&#233;ritables fortunes, lorsque ce qui est transmis repr&#233;sente non seulement une valeur financi&#232;re appr&#233;ciable, mais conf&#232;re un vrai pouvoir et un r&#244;le dans la soci&#233;t&#233;. La question pr&#233;alable qui se pose alors est celle de la signification de ces fortunes dans la soci&#233;t&#233; ; cela permet ensuite de s'interroger sur leur transmission. A partir de l&#224;, on &#233;voquera bri&#232;vement la transmission de fortunes plus petites.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les tr&#232;s grandes fortunes : position de la question&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qu'un tr&#232;s riche ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord un fait simple : &#234;tre riche est d'abord une question de pouvoir. Il n'en est pas de m&#234;me pour les autres patrimoines. Selon une d&#233;finition r&#233;cemment propos&#233;e, on dit en France que quelqu'un est &#8216;riche' &#224; partir de 500 000 &#8364; de patrimoine, soit moins de 3 fois le patrimoine m&#233;dian brut qui est de 177 200 &#8364; en France (2022). Mais c'est absurde au vu de la perception spontan&#233;e du mot : on dira plut&#244;t de cette personne qu'elle est ais&#233;e. Un Parisien qui a un bel appartement, un bon revenu, des actifs financiers et une r&#233;sidence secondaire ou deux m&#232;ne une vie a priori bien plus confortable que le Fran&#231;ais moyen, mais son r&#244;le socio&#233;conomique n'est pas structurellement diff&#233;rent. Plus pr&#233;cis&#233;ment, ce qui permet de vivre d'une certaine mani&#232;re est d'abord le revenu, et on peut vivre bien sans patrimoine. Comme on sait d'ailleurs, les in&#233;galit&#233;s de patrimoine sont bien plus fortes que celles de revenu. Le patrimoine peut &#234;tre source de s&#233;curit&#233;, mais cela reste limit&#233; et sans grand effet sur le reste de la soci&#233;t&#233;. Il ne commence &#224; peser que s'il produit un revenu cons&#233;quent : la diff&#233;rence commence donc avec la capacit&#233; &#224; vivre de ses rentes sans manger son capital (20 millions d'euros ?). Mais encore au-del&#224;, le vrai riche est celui dont le patrimoine est suffisant pour lui donner un vrai pouvoir, notamment par ses investissements ; c'est ce qu'on appellera alors une fortune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on regarde les 10 premi&#232;res fortunes mondiales actuelles, on trouve des sommes d&#233;passant les 100 milliards de dollars ; ce sont tous des propri&#233;taires d'entreprises. Ils sont pour la plupart dans la tech : 8 sur 10. La situation par secteur d'activit&#233; est plus diversifi&#233;e si regarde en dessous, dans les 500 premiers mondiaux, o&#249; tous d&#233;passent les 5 milliards. Cela dit, hors les 10 premiers, ils sont loin d'&#234;tre principalement am&#233;ricains, ni m&#234;me occidentaux. En outre, si l'h&#233;ritage y a jou&#233; son r&#244;le, c'est de fa&#231;on plut&#244;t secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait objecter que ceci est d&#251; en partie &#224; une conjoncture boursi&#232;re fragile (un effet de bulle), et que cette distribution peut donc &#234;tre remise en cause de fa&#231;on importante. C'est vrai, mais cela ne fait pas dispara&#238;tre la question. M&#234;me &#233;ventuellement corrig&#233;e, l'&#233;volution est incontestablement &#224; l'&#233;tablissement croissant de tr&#232;s grandes fortunes au niveau mondial, et il s'agit pour la grande majorit&#233; de fortunes nouvelles. C'est entre autres un effet massif de la mondialisation, qui a permis et permet une croissance consid&#233;rable des entreprises multinationales, combin&#233;e avec la technologie, qui a fait &#233;merger la majorit&#233; des nouveaux venus, notamment dans les 10 plus riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon une estimation de la CNUCED, 80 % du commerce mondial est le fait de compagnies transnationales et de leurs cha&#238;nes d'approvisionnement ; il en est probablement de m&#234;me pour au moins 80 % de l'investissement direct. Certaines estimations conduisent &#224; consid&#233;rer que leur valeur ajout&#233;e cumul&#233;e serait de 21 % &#224; 25 % du PIB mondial, et pas loin de la moiti&#233; si on tenait compte en outre de leurs cha&#238;nes d'approvisionnement et de distribution. En regard, pour arriver &#224; une valeur ajout&#233;e comparable, il faut mettre ensemble (en commen&#231;ant par les plus pauvres en termes de revenu par t&#234;te) la grande majorit&#233; des pays. De m&#234;me, ces grandes entreprises cumulent une proportion majoritaire de la capitalisation boursi&#232;re mondiale ; alors que celles de la tr&#232;s grande majorit&#233; des pays les moins dot&#233;s, cumul&#233;es, sont en comparaison n&#233;gligeables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une injustice au d&#233;part ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc des gens tr&#232;s riches, donc puissants, et au niveau mondial cela atteint des sommes consid&#233;rables. Le montant &#233;lev&#233; des chiffres permet &#224; certaines ONG de beaux effets de manche. Selon Oxfam (d&#232;s 2014) pr&#232;s de la moiti&#233; des richesses mondiales est d&#233;tenue par 1 % de la population. Ou encore, la moiti&#233; la moins riche de la population mondiale poss&#232;de la m&#234;me richesse que les 85 personnes les plus riches du monde. Depuis, Oxfam insiste sur l'&#233;volution et explique que depuis 2020 ces 1 % les plus riches ont &#8216;accapar&#233;' 63 % des &#8216;richesses' nouvelles cr&#233;&#233;es (en fait de l'augmentation de valeur des patrimoines, essentiellement boursiers). On peut discuter la m&#233;thodologie suivie sur des points importants, mais pour notre propos ici l'important est ailleurs. Il est &#233;vident que la fortune d&#233;tenue par les tr&#232;s riches est colossalement sup&#233;rieure au patrimoine d&#233;tenu par les plus pauvres sur la plan&#232;te ; et il est clair que dans la p&#233;riode r&#233;cente, la hausse substantielle des march&#233;s financiers et immobiliers a massivement profit&#233; &#224; ceux qui d&#233;tenaient de la fortune, et &#233;videmment pas aux d&#233;munis d'Afrique ou d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, l'argumentation en termes d'accaparement n'est pas tr&#232;s logique. Les fondateurs des GAFAM ou de leurs &#233;quivalents n'ont rien vol&#233; directement &#224; qui que ce soit (hors comportements non-concurrentiels). Quand on explique qu'environ 65 milliardaires poss&#232;dent autant qu'un milliard de personnes, cela n'a donc pas de sens direct : certes, ce milliard de personnes, en grande partie africain ou sud-asiatique, ne poss&#232;de rien, ou des terrains et objets sans valeur marchande appr&#233;ciable ; mais d'un autre c&#244;t&#233; les Musk, Gates, Bezos ou autres ne leur ont rien pris ; ils ont cr&#233;&#233; des entreprises qui se sont appr&#233;ci&#233;es en Bourse parce que leur potentiel de gain s'est av&#233;r&#233; &#233;norme &#8211; et aussi parce que ce sont des monopoles naturels. Cette situation pose un gros probl&#232;me en termes de pouvoir, comme on le reverra, et par ailleurs les d&#233;tenteurs de ces fortunes ont une responsabilit&#233; majeure envers la soci&#233;t&#233;. Mais dans ces cas il n'y a pas de lien direct et g&#233;n&#233;ral entre leur richesse et la pauvret&#233; des autres &#233;voqu&#233;s ici. Ce n'est donc pas un angle pertinent pour appr&#233;cier la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;tention des grands patrimoines &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs il est une question pr&#233;alable essentielle &#224; poser &#224; propos de tels patrimoines, qui est celle de la propri&#233;t&#233; des actifs &#233;conomiques. Sauf &#224; les donner pour l'essentiel &#224; l'Etat, ils sont propri&#233;t&#233; de quelqu'un. Dans cette situation, la tendance &#224; une forte in&#233;galit&#233; est in&#233;vitable, m&#234;me si on peut tenter de la corriger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on faire disparaitre cette in&#233;galit&#233; ? Si on regarde les faits en perspective historique, la question appara&#238;t difficile. Un panorama historique a &#233;t&#233; dress&#233; par Walter Scheidel . Il montre qu'au cours de l'histoire les in&#233;galit&#233;s n'ont &#233;t&#233; vraiment r&#233;duites qu'au prix de violences consid&#233;rables et exceptionnelles (grandes guerres, r&#233;volutions radicales etc.) Et encore dans tous les cas leurs effets ont toujours fini par s'&#233;roder. En revanche, Scheidel montre que les autres voies pour &#233;galiser sont d'effet limit&#233; - qu'il s'agisse du d&#233;veloppement &#233;conomique, de la d&#233;mocratisation, ou encore d'une action politique volontariste. L'in&#233;galit&#233; para&#238;t donc &#234;tre un fait quasi permanent, que seule une violence radicale peut r&#233;duire, et pour peu de temps. Plus exactement, cela a pu am&#233;liorer le sort de la majorit&#233;, parfois consid&#233;rablement, mais une forte in&#233;galit&#233; a subsist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est pourtant que les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes connaissent aujourd'hui encore un niveau d'in&#233;galit&#233; plut&#244;t mod&#233;r&#233; selon les crit&#232;res historiques. Mais outre qu'une in&#233;galit&#233; appr&#233;ciable subsiste, cette situation remonte aux deux guerres mondiales et aux crises de l'&#233;poque, qui ont provoqu&#233; une r&#233;duction, voire une liquidation sans pr&#233;c&#233;dent des avantages de revenus et de fortunes consid&#233;rables qui pr&#233;valaient avant 1914 (par la fiscalit&#233;, et par la ruine directe, due &#224; l'effondrement de la valeur de bien des classes d'actifs). Il en est r&#233;sult&#233; surtout une fiscalit&#233; tr&#232;s &#233;lev&#233;e, justifi&#233;e au d&#233;part par l'effort de guerre ou ses s&#233;quelles, puis r&#233;utilis&#233;e apr&#232;s la guerre pour la redistribution. Mais c'&#233;tait dans le cadre d'&#233;conomies relativement ferm&#233;es. Or comme on sait, cette situation particuli&#232;re n'a pas dur&#233;, du fait de l'ouverture des fronti&#232;res et de la mise en concurrence des capitalismes, m&#234;me si la redistribution a en partie appr&#233;ciable subsist&#233;, et la fiscalit&#233; correspondante. Depuis lors, le sch&#233;ma est soumis &#224; de fortes pressions, et tend &#224; s'&#233;roder ; parall&#232;lement les in&#233;galit&#233;s remontent. Notons en outre que pour la partie la plus pauvre de la population, il y a eu am&#233;lioration tr&#232;s r&#233;elle en termes de revenus et de droits sociaux - mais pas en termes de patrimoine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela montre les limites d'une r&#233;duction frontale et radicale des in&#233;galit&#233;s. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a rien &#224; faire, mais cela pousse &#224; ne pas s'illusionner sur l'utopie d'une &#233;galit&#233; g&#233;n&#233;rale ou m&#234;me relative. Seule une &#233;conomie sovi&#233;tis&#233;e ferait disparaitre ces in&#233;galit&#233;s de fortunes &#8211; mais d'ailleurs pas celles de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cons&#233;quences pour la soci&#233;t&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les responsabilit&#233;s des grandes fortunes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant la question subsiste, et a plusieurs dimensions. Elle l'est d'autant plus que l'&#233;mergence actuellement constat&#233;e de tr&#232;s grandes fortunes n'est historiquement pas si fr&#233;quente &#224; un tel niveau, m&#234;me dans les p&#233;riodes tr&#232;s capitalistes comme le XIXe si&#232;cle. Elle est porteuse d'effets consid&#233;rables, bien au-del&#224; du pur effet d'in&#233;galit&#233;. Il est &#233;vident d&#233;j&#224; que cette concentration de moyens donne un pouvoir &#233;conomique consid&#233;rable aux int&#233;ress&#233;s, comme d'ailleurs elle le donne &#224; un moindre degr&#233; aux dirigeants de tr&#232;s grandes entreprises lorsque la d&#233;tention en est diffuse (actionnariat dispers&#233;). En soi, ce pouvoir ne diff&#232;re pas de tout pouvoir exerc&#233; par un d&#233;tenteur quelconque de moyens financiers en &#233;conomie capitaliste ou de march&#233;. Mais cette observation ne dispense pas d'examiner si dans leur cas ce pouvoir est excessif. Au minimum, par examen des conditions de leur prosp&#233;rit&#233;, par exemple en termes de concurrence : c'est la question que posent notamment les monopole de fait des GAFAM. Ou en analysant leur contribution fiscale aux pays o&#249; les entreprises correspondantes sont actives. Ou m&#234;me en mesurant l'impact de leurs d&#233;cisions sur la vie &#233;conomique et sociale des pays d'implantation. En d'autres termes se pose une question de responsabilit&#233; sociale plus que d'in&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus particuli&#232;rement, le risque naissant de ces fortunes consid&#233;rables (ou de ces tr&#232;s grandes entreprises) peut appara&#238;tre aussi sur le terrain politique, soit par pression directe, soit par financement de la vie politique : c'est ce qu'on observe aux Etats-Unis , o&#249; ce financement n'est pas plafonn&#233;. Notons cependant qu'il s'y est exerc&#233; traditionnellement plut&#244;t au profit des d&#233;mocrates, suppos&#233;s &#234;tre de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre probl&#233;matique li&#233;e aux grandes fortunes et &#224; leur responsabilit&#233; envers la soci&#233;t&#233;, moins soulign&#233;e, est celle du pouvoir social et culturel que donne potentiellement le fait d'&#234;tre pourvu d'une vraie fortune. C'est en un sens la question des &#233;lites, dans sa dimension &#233;conomique. Ce qui sera alors important est la culture de ces &#233;lites : leur syst&#232;me de valeurs et leur action effective. Une approche &#233;thique conduit naturellement &#224; souligner leurs devoirs correspondants, &#224; l'&#233;vidence consid&#233;rables. Historiquement, &#224; c&#244;t&#233; des pouvoirs publics et de l'Eglise, les d&#233;tenteurs de moyens importants ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans le d&#233;veloppement de la civilisation, notamment des arts et lettres, mais aussi de l'&#233;conomie et d'autres causes. Mais ils &#233;taient &#233;duqu&#233;es, et ils avaient dans les soci&#233;t&#233;s de l'&#233;poque une forme d'exigence sociale, d'&#233;thique personnelle, sinon de vanit&#233; bien orient&#233;e, qui leur imposait un devoir qualitatif, dont les effets ont &#233;t&#233; historiquement immenses, et positifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en est plus de m&#234;me maintenant. Trop de ces nouveaux riches n'aspirent qu'&#224; ne plus &#234;tre visibles, ou consid&#232;rent que le niveau de leurs imp&#244;ts les dispense de tout effort au service de la communaut&#233; - ce qui est une aberration profonde. D'autres en revanche utilisent leur argent pour des fondations, parfois de grandes envergure, mais la question se pose alors des objectifs poursuivis par ces fondations. L'enjeu est &#233;norme. D'un c&#244;t&#233;, on ne peut pas dire que la &#171; culture &#187; de ces &#171; &#233;lites &#187; soit particuli&#232;rement impressionnante, pour parler aimablement. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, ils n'ont jamais eu autant de moyens, disposant de sommes immenses leur permettant d'orienter la soci&#233;t&#233; dans un sens ou un autre, soit par leurs investissements, soit par leurs dons, soit par leur activit&#233; (Facebook, Twitter etc.). Certes, il est en soi bon que des riches investissent et donnent. Mais ici les sommes sont exceptionnelles. Or les orientations de leurs d&#233;tenteurs, quand ils en ont, sont principalement domin&#233;es par l'id&#233;ologie de l'&#233;poque, par le politiquement correct, plus que par la recherche du beau et du bien. Pour d'autres (rentiers du p&#233;trole) ce sera en faveur d'une propagande islamiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps, ce n'est a priori pas une autorit&#233; mondiale qui y mettra bon ordre quand le besoin appara&#238;t. Ici encore, s'il y a un niveau de moralit&#233; possible (toute relative, et variable selon les r&#233;alit&#233;s locales), c'est &#224; ce jour encore au niveau national, &#233;ventuellement dans la coop&#233;ration entre nations. Mais encore faut-il en &#234;tre conscient, et agir comme il le faut, car &#224; nouveau les enjeux sont consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La solution des fondations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#233;voquer ici un point sp&#233;cifique mais tr&#232;s important : le r&#244;le des fondations dans la d&#233;tention des grandes fortunes. Comme on le verra, elle a un lien particulier avec la question de l'h&#233;ritage. Elle substitue une forme d'institution priv&#233;e soumise &#224; des r&#232;gles aux choix personnel d'un individu richissime. C'est donc une forme de d&#233;tention priv&#233;e, non &#233;tatique, donc de pouvoir, mais qui n'est pas remise &#224; une personne. Ce peut &#234;tre la meilleure des choses, mais ce peut aussi &#234;tre contestable. Comme on sait, une fondation re&#231;oit une donation d'une personne fortun&#233;e, et la g&#232;re ensuite en fonction de r&#232;gles &#233;tablies &#224; l'avance, dont un conseil compos&#233; de fiduciaires ou &#8216;trustees' v&#233;rifie la mise en &#339;uvre. L'usage de l'argent est donc pr&#233;&#233;tabli, et non arbitraire. Mais cela peut rester un pouvoir consid&#233;rable, m&#234;me si le jugement &#224; porter sur l'action men&#233;e se r&#233;f&#232;rera d&#233;sormais &#224; ces r&#232;gles et non plus au propri&#233;taire initial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc bien en soi (si ces instructions sont bien orient&#233;es) : cela peut en particulier servir de soutien &#224; une charte d'entreprise orient&#233;e vers le bien commun, en rendant une OPA difficile ou impossible. Sous un autre angle, cela peut donner des ressources &#224; une &#339;uvre d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Mais compte tenu de la rigidit&#233; des r&#232;gles d'usage, ce peut aussi &#234;tre un facteur important de blocage de l'&#233;conomie s'il y en a trop, un facteur de rigidit&#233; ou de manque de d&#233;cision voire d'ambition : les trustees n'ont pas la libert&#233; de d&#233;cision de vrais propri&#233;taires. Ce n'est donc pas une panac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les actions possibles &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les propositions des radicaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses propositions sont r&#233;guli&#232;rement faites pour r&#233;pondre &#224; cette &#233;volution, notamment de la part d'ONG ou d'&#233;conomistes de gauche. Elles tournent presque toutes autour de l'id&#233;e d'un imp&#244;t mondial sur la fortune, soit annuel (permanent) soit sur les successions, et en g&#233;n&#233;ral les deux. On parle ici d'imp&#244;ts nouveaux sp&#233;cifiques ; &#224; nouveau, cette question doit &#234;tre distingu&#233;e de la question de l'&#233;vasion fiscale des tr&#232;s riches, question importante mais d'un autre ordre. Nous ne pouvons ici les examiner dans le d&#233;tail. Les uns veulent des mesures lourdes (Oxfam, Piketty et autres) : imp&#244;t sur la fortune de 5 %, taxation &#224; 90% des grosses successions etc. Ceci repr&#233;senterait une vraie r&#233;volution, aboutissant &#224; la disparition &#224; terme de tous les patrimoines un tant soit peu significatifs. Mais faire une r&#233;volution pour rapporter un produit que ces auteurs &#233;valuent &#224; 5 % du revenu national n'a pas de sens sur le plan fiscal. Dit autrement, on confisque pour assurer une &#233;galit&#233; absolue et non pas parce qu'on a collectivement un vrai besoin de l'argent. Dans ces conditions, il n'y aurait plus &#224; ce niveau de richesse qu'une propri&#233;t&#233; temporaire, d'autant que les &#8216;outils de travail' seraient pleinement inclus. Logiquement, une telle machinerie de r&#233;duction syst&#233;matique des in&#233;galit&#233;s d&#233;boucherait donc sur une &#233;conomie &#233;tatis&#233;e. D'autres, plus mod&#233;r&#233;s (Abhijit V. Banerjee et Esther Duflo par exemple) &#233;voquent un imp&#244;t sur la fortune qui se situerait &#224; 2% au-dessus de 50 M$ et &#224; 3 % au-dessus du milliard. Mais il ne rapporterait selon leur analyse que 1% du PIB. Cela aurait donc un effet appr&#233;ciable sur les int&#233;ress&#233;s, mais tr&#232;s peu d'int&#233;r&#234;t pour les finances publiques. Ce serait a fortiori le cas de la taxe Zucman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut faire une remarque analogue pour la proposition d'Oxfam, qui voudrait redistribuer la fortune des milliardaires aux pauvres de la plan&#232;te. En reprenant tels quels leurs chiffres, on les comparera &#224; l'aide publique au d&#233;veloppement soit 204 MM en 2022, 0.36% du PNB. Le chiffre qu'Oxfam en attend repr&#233;sente 3 % environ du PNB. Mais autant une taxation g&#233;n&#233;rale des fortunes &#224; 5 % serait une v&#233;ritable r&#233;volution au sens plein du terme, autant une augmentation de l'aide publique au d&#233;veloppement passant &#224; 3 % du PNB serait en soi faisable techniquement, les ponctions fiscales publiques sur les &#233;conomies &#233;tant d&#233;j&#224; de l'ordre de 30 &#224; 50 % selon les pays. M&#234;me si &#233;videmment c'est parfaitement utopique politiquement, ce calcul montre que la cr&#233;ation d'un imp&#244;t sur la fortune, mondial et massif, et celle d'une r&#233;duction de l'in&#233;galit&#233; en faveur des plus pauvres sont deux questions distinctes. A nouveau, on ne taxe pas au nom de la ressource fiscale, mais uniquement pour des motifs &#233;galitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; donc, toutes les propositions ci-dessus &#233;voqu&#233;es visent uniquement &#224; remettre en question le principe m&#234;me des grandes fortunes plut&#244;t qu'&#224; proposer une solution &#224; la pauvret&#233;. On ne peut plus g&#233;n&#233;ralement pas mettre en face un patrimoine et une d&#233;pense. Et comme chacun sait, ce sont encore moins des mesures r&#233;alistes dans le contexte mondial existant. Par ailleurs, &#224; nouveau, cela ne r&#233;pond pas &#224; la question centrale de la propri&#233;t&#233; des entreprises. Qui en effet d&#233;tiendrait les entreprises ? M&#234;me si on distribuait les titres dans la population, soit chacun voudrait vendre d&#232;s que possible ses titres, mais qui ach&#232;terait ? Soit cette d&#233;tention serait bloqu&#233;e, la propri&#233;t&#233; restant divis&#233;e et de ce fait aux mains des gestionnaires de fond, &#233;tant entendu que le seul actionnaire important serait l'Etat. Outre que cela retirerait &#224; l'effort de chacun une de ses motivations majeures, cela donnerait dans les faits &#224; l'Etat un pouvoir quasi absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons en outre que ces propositions sont particuli&#232;rement brutales en mati&#232;re d'h&#233;ritage, comme si une certaine tol&#233;rance (toute relative) subsistait pour les cr&#233;ateurs de ces fortunes &#8211; mais en aucun cas pour leurs h&#233;ritiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, ce qui vient d'&#234;tre dit porte sur les propositions visant &#224; une r&#233;duction marqu&#233;e des in&#233;galit&#233;s et en l'esp&#232;ce des grands fortunes. Tout autre est la consid&#233;ration de la juste participation des plus ais&#233;s, notamment des plus riches, au financement des charges communes par l'imp&#244;t, logiquement plus &#233;lev&#233;e compte tenu de leur capacit&#233; contributive, et indiscutable dans son principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alternatives possibles au niveau politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste cependant la question de la surpuissance des tr&#232;s grandes fortunes. Que peut-on faire, sans aller jusqu'aux mesures &#233;voqu&#233;es &#224; l'instant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait d&#233;j&#224; imaginer des solutions l&#233;g&#232;rement plus mod&#233;r&#233;es, par exemple si on interdisait les fortunes au-del&#224; d'un certain niveau tr&#232;s &#233;lev&#233;, sous peine d'imp&#244;t. Le surplus serait alors soit donn&#233; ou soit confisqu&#233;. Logiquement cela d&#233;boucherait sur une expansion massive des fondations. Le jugement port&#233; sur la mesure d&#233;pendrait alors du statut de ces fondations. L'avantage serait d'avoir des sommes &#233;normes mises au services d'objectifs cens&#233;s &#234;tre orient&#233;s vers une forme de bien commun. L'inconv&#233;nient serait le gel croissant d'une partie appr&#233;ciable du capital dans des strat&#233;gies rigides. Si cette voie n'&#233;tait pas praticable, resterait la possibilit&#233; d'une diffusion dans le public. Mais l&#224; aussi la majorit&#233; des gens vendrait assez vite leurs titres. Cela reviendrait au fond &#224; favoriser la dispersion du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, cela pose donc la question du contr&#244;le des grandes entreprises. S'il n'y a pas de grande fortune, ni de fondation, c'est soit un capital dispers&#233;, soit l'Etat. Mais il n'est pas d&#233;montr&#233; que la dispersion du capital soit un net progr&#232;s, tant s'en faut. Remettant le pouvoir soit aux dirigeants d'entreprise, soit plus encore aux soci&#233;t&#233;s de gestion, ne garantit en rien un progr&#232;s dans l'utilisation des moyens &#233;conomiques. L'exp&#233;rience r&#233;cente montre m&#234;me qu'il y a un risque &#233;lev&#233; d'une gestion &#224; beaucoup plus court terme. Y a-t-il un vrai int&#233;r&#234;t &#224; ce que LVMH (d&#233;tenu actuellement par Bernard Arnault et sa famille) ait un capital dispers&#233; ? Y a-t-il un sens &#224; ce qu'elle soit propri&#233;t&#233; de l'Etat (sauf &#224; jouer le basculement en &#233;conomie socialiste) ? Quel est le progr&#232;s en termes de pouvoir ? Implicitement est ainsi pos&#233;e la question de la diff&#233;rence entre un pouvoir dont dispose un particulier et un pouvoir r&#233;sultant d'un processus politique. Qu'est-ce qui garantit que le second est meilleur, dans le cas d'une entreprise ou d'une fortune ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a toutefois des hypoth&#232;ses o&#249; cela peut s'imposer. Par exemple si le pouvoir priv&#233; est &#224; la fois tr&#232;s grand, et exerc&#233; de fa&#231;on nocive. Dans ce cas, on peut par exemple avoir &#224; le fractionner sans pour autant tout remettre &#224; l'Etat. A un niveau encore plus mod&#233;r&#233;, et anormalement n&#233;glig&#233;, il y a la m&#233;thode de l'antitrust : le fait d'obliger au morcellement d'entit&#233;s soit monopolistes, soit trop puissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble en d&#233;finitive qu'au niveau politique la question doive faire l'objet d'un jugement cas par cas. Le point central est que tout d&#233;pend finalement de la mani&#232;re dont le pouvoir qu'on a &#233;voqu&#233; est utilis&#233; par ses d&#233;tenteurs. S'il y a exc&#232;s de pouvoir, ou utilisation vraiment contestable de l'argent, une intervention muscl&#233;e peut se justifier. Sinon, ses avantages ne sont pas &#233;vidents, malgr&#233; les apparences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En perspective chr&#233;tienne, notamment catholique, la question s'&#233;claire d'une notion essentielle, ce qu'on appelle la destination universelle des biens, le fait que toute propri&#233;t&#233; nous est confi&#233;e pour &#234;tre utilis&#233;e au service du bien commun. Et naturellement, cette responsabilit&#233; est d'autant plus grande que la fortune est plus vaste. Autant le pape Pie XI a pu montrer les effets b&#233;n&#233;fiques possibles de la vertu de magnificence, c'est-&#224;-dire l'utilisation g&#233;n&#233;reuse de moyens importants au service du bien commun, autant le riche qui utilise mal les moyens dont il dispose d&#233;tourne-t-il ce pour quoi sa richesse est faite. Qu'il ne s'&#233;tonne pas alors si elle est remise en cause&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les grandes fortunes et l'h&#233;ritage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant de fa&#231;on plus sp&#233;cifiques comme se pose la question de l'h&#233;ritage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La transmission de grandes fortunes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu que si de l'argent est investi dans des actifs, il est d&#233;tenu par quelqu'un, et si ce n'est pas uniquement par des institutions publiques (l'Etat et les autres), il l'est par des personnes, directement ou non. A nouveau, il y a donc naturellement et l&#233;gitimement une fonction de d&#233;tention priv&#233;e d'actifs importants, investies dans des biens de production, et si possible activement g&#233;r&#233;es dans le sens du bien commun. Or ces fortunes ont en partie importante une dimension familiale. Une des raisons de leur constitution est de permettre aux g&#233;n&#233;rations futures de disposer de moyens qui leur permette d'agir et, dans le cas optimal, &#224; leur tour de faire du bien, l&#224; aussi dans le sens du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains estiment cependant qu'il n'est pas juste de faire h&#233;riter ses enfants. Dans le cadre fran&#231;ais, cela explique en partie le niveau relativement &#233;lev&#233; des droits de succession actuels. Mais on ne voit pas le progr&#232;s collectif qui r&#233;sulterait de la disparition de fortunes priv&#233;es au profit du seul Etat, donc on constate chaque jour les limites en mati&#232;re tant de cr&#233;ation &#233;conomique que d'inclusion sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte am&#233;ricain, un courant diff&#233;rent est lui aussi r&#233;ticent &#224; l'&#233;gard de l'h&#233;ritage, mais ce n'est pas pour le donner &#224; l'Etat. Ce peut &#234;tre pour en doter des fondations, qui comme on l'a dit peinent &#234;tre de bonnes institutions pour affecter une certaine fortune &#224; un objectif de bien commun (m&#234;me si le dispositif est parfois d&#233;tourn&#233; et si, comme on l'a dit aussi, il a ses limites). D'autres prennent le probl&#232;me autrement : pour Frank Hann, qui a &#233;crit un livre int&#233;ressant sur le bon usage de son argent , l&#233;guer &#224; ses enfants n'est pas n&#233;cessairement le bon moyen pour contribuer au bien commun. Il pr&#233;f&#232;re que chacun prenne pendant sa vie la responsabilit&#233; de son propre argent, celui qu'il a gagn&#233; lui-m&#234;me. Il propose donc &#224; chacun de se donner un programme, bas&#233; sur son esp&#233;rance de vie, visant &#224; avoir donn&#233; la totalit&#233; de sa richesse non essentielle au moment de sa mort. Il explique en outre que si nous ne sommes pas en &#233;tat d'utiliser au mieux notre richesse, notamment si nous en avons h&#233;rit&#233; et ne savons pas l'utiliser dans le prolongement des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes, il nous faut transf&#233;rer cette richesse &#224; ceux qui sont mieux &#224; m&#234;me de l'utiliser - et le faire vite, car c'est aujourd'hui que les n&#233;cessiteux en ont besoin. Se d&#233;barrasser de la richesse excessive est, dit-il, une &#233;cole de vertu. Par rapport &#224; l'approche &#233;tatique &#224; la fran&#231;aise, cette conception a l'avantage de laisser l'initiative aux personnes, et de garder la possibilit&#233; de fortunes priv&#233;es, tourn&#233;es vers le bien commun, notamment par le biais de cet outil que sont les fondations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'oblige cependant &#224; aller n&#233;cessairement dans cette direction, sauf appel particulier, analogue &#224; celui du jeune homme riche des &#233;vangiles. Car cette conception m&#233;conna&#238;t la l&#233;gitimit&#233; de la communaut&#233; familiale, ainsi que de la responsabilit&#233; qu'elle peut se reconna&#238;tre et assumer envers certains actifs. En outre, on ne voit pas pourquoi, a priori, la propri&#233;t&#233; qu'une individu a sur des biens ne peut s'&#233;tendre au-del&#224; de sa vie. Enfin, on l'a dit, il faut dans une &#233;conomie d&#233;centralis&#233;e que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e assume la gestion d'actifs importants, si on ne veut pas tout &#233;tatiser. Et on l'a vu, on ne peut pas tout faire par des fondations. D'o&#249; le besoin de fortunes priv&#233;es. Mais sauf constitution rapide dans sa vie d'une fortune appr&#233;ciable, ce qui ne peut &#234;tre tr&#232;s fr&#233;quent, cela suppose parall&#232;lement l'existence de fortunes h&#233;rit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vouloir l&#233;guer &#224; ses enfants (ou d'autres) un patrimoine est donc en soi un objectif l&#233;gitime &#8211; mais &#224; une condition majeure : qu'on les ait &#233;duqu&#233;s pour pouvoir bien l'utiliser. Dit autrement, il y a priorit&#233; au bon usage de la richesse par rapport &#224; sa distribution, et doc &#224; ce que la soci&#233;t&#233; soit organis&#233;e pour canaliser la cuture des puissants. Or cet usage vertueux s'apprend notamment en famille. Mais, naturellement, si la solution familiale ou l'h&#233;ritage a des chances de ne pas donner un r&#233;sultat satisfaisant, il peut &#234;tre bon voire n&#233;cessaire de l&#233;guer &#224; quelqu'un d'autre, si la loi le permet : salari&#233;s, fondations ou autres. Encore faudrait-il que la loi ne l'emp&#234;che pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas plus g&#233;n&#233;ral de la transmission de la fortune&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les remarques ci-dessus valent aussi pour les fortunes de rang inf&#233;rieur : l&#233;gitimit&#233; de la transmission, injustice de la confiscation. L&#224; aussi la question de la formation &#224; un usage vertueux est majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons cependant que se pose ici de fa&#231;on particuli&#232;rement aigu&#235; la question du maintien de l'int&#233;grit&#233; du patrimoine, lorsque celui-ci comporte une entit&#233; &#233;conomique importante et formant un tout. La question n'est alors pas seulement celle des droits de mutations, mais aussi, dans un pays comme la France, de la r&#232;gle du partage presque &#233;gal (hors quotit&#233; disponible) entre les h&#233;ritiers. Si cela oblige &#224; c&#233;der le contr&#244;le de cet actif, ou &#224; le morceler (terres par exemple), cela rompt le lien entre cette famille et l'actif qu'elle a en g&#233;n&#233;ral constitu&#233; et dont elle se sent responsable. Il y aurait donc int&#233;r&#234;t &#224; constituer ce qu'on a appel&#233; un majorat : la possibilit&#233; pour un tel actif (s'il a une valeur &#233;conomique ou culturelle et que la division impliquerait une cession) &#224; &#234;tre transmis enti&#232;rement ou en large part &#224; un h&#233;ritier plut&#244;t qu'aux autres, voire &#224; une personne ext&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma communication au colloque de janvier 2026 de l'Association des &#233;conomistes catholiques, consacr&#233; &#224; la Transmission&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La question des tr&#232;s riches</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-question-des-tres-riches.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Fortune</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Tr&#232;s riches</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il y a des gens tr&#232;s riches, donc puissants, et au niveau mondial cela atteint des sommes consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela permet des effets de manche &#224; certaines ONG, et de lancer de grands projets d'imp&#244;t sur la fortune mondiale. La r&#233;alit&#233; est un peu plus complexe, les possibilit&#233;s d'action plus encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela n'enl&#232;ve rien au principe de responsabilit&#233; qui concerne les grandes fortunes plus que tout autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Fortune-et-inegalites-.html" rel="directory"&gt;In&#233;galit&#233;s, fortune&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Fortune-+.html" rel="tag"&gt;Fortune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Inegalites-+.html" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Tres-riches-+.html" rel="tag"&gt;Tr&#232;s riches&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Qu'est-ce qu'un riche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etre riche est d'abord une question de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en est pas de m&#234;me pour les autres patrimoines. Selon une d&#233;finition r&#233;cemment propos&#233;e, on dit que quelqu'un est &#8216;riche' &#224; partir de 500 000 &#8364; de patrimoine : moins de 3 fois le patrimoine m&#233;dian brut qui est de 177 200 &#8364; en France (2022). Mais c'est absurde au vu de la perception spontan&#233;e du mot : on dira plut&#244;t de cette personne qu'elle est ais&#233;e. Un Parisien qui a un bel appartement, un bon revenu, des actifs financiers et des r&#233;sidences secondaires m&#232;ne une vie a priori bien plus confortable que le Fran&#231;ais moyen, mais son r&#244;le socio&#233;conomique n'est pas structurellement diff&#233;rent. Plus pr&#233;cis&#233;ment, ce qui permet de vivre d'une certaine mani&#232;re est d'abord le revenu, et on peut vivre tr&#232;s bien sans patrimoine. Comparer les patrimoines comme s'il s'agissait de revenus peut donc &#234;tre trompeur. Comme on sait d'ailleurs, les in&#233;galit&#233;s de patrimoine sont bien plus fortes que celles de revenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le patrimoine est une autre question : en dehors de celui qui est directement utilis&#233;e par son d&#233;tenteur (maisons notamment), il peut &#234;tre source de s&#233;curit&#233;, mais cela reste limit&#233; et sans effet sur le reste de la soci&#233;t&#233;. Il ne commence &#224; peser que s'il produit un revenu cons&#233;quent, et surtout s'il est &#224; l'origine d'une forme de pouvoir. La diff&#233;rence commence donc avec la capacit&#233; &#224; vivre de ses rentes sans manger son capital (20 millions d'euros ?). Mais encore au-del&#224;, le vrai riche est celui dont le patrimoine est suffisant pour lui donner un vrai pouvoir, notamment par ses investissements ; c'est ce qu'on appellera alors une fortune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les tr&#232;s riches&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des gens tr&#232;s riches, donc puissants, et au niveau mondial cela atteint des sommes consid&#233;rables. Le montant &#233;lev&#233; des chiffres permet &#224; certaines ONG de beaux effets de manche. Selon Oxfam (2014) pr&#232;s de la moiti&#233; des richesses mondiales est d&#233;tenue par 1 % de la population. Ou encore, la moiti&#233; la moins riche de la population mondiale poss&#232;de la m&#234;me richesse que les 85 personnes les plus riches du monde. Depuis, Oxfam insiste surtout sur l'&#233;volution et explique que depuis 2020 ces 1 % les plus riches ont accapar&#233; 63 % des &#8216;richesses' nouvelles cr&#233;&#233;es (en fait de l'augmentation de valeur des patrimoines, essentiellement boursiers).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut discuter la m&#233;thodologie suivie sur des points importants, mais pour notre propos ici l'important est ailleurs. Il est &#233;vident que la fortune d&#233;tenue par les tr&#232;s riches est colossalement sup&#233;rieure au patrimoine d&#233;tenu par les plus pauvres sur la plan&#232;te ; et il est clair que dans la p&#233;riode r&#233;cente, la hausse substantielle des march&#233;s financier et immobilier a massivement profit&#233; &#224; ceux qui d&#233;tenaient de la fortune, et pas aux d&#233;munis d'Afrique ou d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait, si on regarde les 10 premiers fortunes mondiales actuelles, on trouve des sommes d&#233;passant les 96 milliards de dollars ; ce sont tous des propri&#233;taires d'entreprises. Ils sont pour la plupart dans la tech, sauf Warren Buffett (finance), Bernard Arnault (luxe) et Gautam Adani (op&#233;rations portuaires). La situation est plus diversifi&#233;e si regarde en dessous, dans les 500 premiers mondiaux, quoique tous d&#233;passent les 5 milliards. Et ils sont loin d'&#234;tre principalement am&#233;ricains, ni m&#234;me occidentaux. L'h&#233;ritage y a jou&#233; son r&#244;le, mais de fa&#231;on plut&#244;t secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait objecter que ceci est d&#251; en partie &#224; une conjoncture boursi&#232;re fragile (un effet de bulle), et que l'&#233;volution en question peut &#234;tre remise en cause de fa&#231;on importante ; c'est vrai mais cela ne fait pas dispara&#238;tre la question. M&#234;me &#233;ventuellement corrig&#233;e, l'&#233;volution est incontestablement &#224; l'&#233;tablissement croissant de tr&#232;s grandes fortunes au niveau mondial. C'est entre autres un effet massif de la mondialisation, qui a permis et permet une croissance consid&#233;rable des entreprises multinationales, combin&#233;e avec les effets de la technologie qui a fait &#233;merger la majorit&#233; des nouveaux venus dans la liste des 10 plus riches. Selon une estimation de la CNUCED, 80 % du commerce mondial est le fait de compagnies transnationales et de leurs cha&#238;nes d'approvisionnement ; il en est probablement de m&#234;me pour au moins 80 % de l'investissement direct. On peut donc faire sur le r&#244;le de ces entreprises dans l'&#233;conomie mondiale des raisonnements tout &#224; fait analogues &#224; ceux qui viennent d'&#234;tre faits sur les grandes fortunes, m&#234;me si les unes et les autres ne co&#239;ncident que partiellement. Certaines estimations conduisent &#224; consid&#233;rer que leur valeur ajout&#233;e cumul&#233;e serait de 21 % &#224; 25 % du PIB mondial, et pas loin de la moiti&#233; si on tenait compte en outre de leurs cha&#238;nes d'approvisionnement et de distribution. En regard, pour arriver &#224; une valeur ajout&#233;e comparable, il faut mettre ensemble (en commen&#231;ant par les plus pauvres en termes de revenu par t&#234;te) la grande majorit&#233; des pays. De m&#234;me, ces grandes entreprises cumulent une proportion majoritaire de la capitalisation boursi&#232;re mondiale ; alors que celles de la tr&#232;s grande majorit&#233; de ceux des pays les moins dot&#233;s, cumul&#233;es, sont en comparaison n&#233;gligeables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;voquerai ici la question de l'existence m&#234;me de ces tr&#232;s grandes fortunes, pas celle souvent &#233;voqu&#233;e de leur capacit&#233;, r&#233;elle mais choquante, &#224; &#233;chapper &#224; l'imp&#244;t normalement d&#251; par tous. Cette derni&#232;re est une question tr&#232;s importante, mais d'un autre ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Richesse et pauvret&#233; au niveau mondial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re question &#224; &#233;voquer &#224; propose de tels patrimoines est celle de la propri&#233;t&#233; des actifs &#233;conomiques. Sauf &#224; les donner pour l'essentiel &#224; l'Etat, ils sont propri&#233;t&#233; de quelqu'un. Dans cette situation, la tendance &#224; une forte in&#233;galit&#233; est in&#233;vitable, m&#234;me si on peut tenter de la corriger. Et si, sur la longue dur&#233;e, on peut rappeler que le pouvoir d'accumulation est plafonn&#233; par la croissance de l'&#233;conomie, d'une part l'&#233;conomie mondiale est justement en croissance, et d'autre part, les effets d'accumulation peuvent &#234;tre &#233;normes et cela peut d&#233;boucher sur une concentration qu'on peut juger excessive en termes de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, les fondateurs des GAFAM ou de leurs &#233;quivalents n'ont rien vol&#233; directement &#224; qui que ce soit (hors comportements non-concurrentiels). Quand on vous explique que 65 milliardaires poss&#232;dent autant qu'un milliard de personnes, cela n'a donc pas de sens direct : certes, ce milliard de personnes, en grande partie africain ou indien, ne poss&#232;de rien, ou des terrains et objets sans valeur marchande appr&#233;ciable ; mais d'un autre c&#244;t&#233; les Gates, Bezos ou autres ne leur ont rien pris ; ils ont cr&#233;&#233; des entreprises qui se sont appr&#233;ci&#233;es en Bourse parce que leur potentiel de gain s'est av&#233;r&#233; &#233;norme &#8211; et aussi parce que ce sont des monopoles naturels. Cette situation pose un gros probl&#232;me en termes de pouvoir, comme on le reverra, et par ailleurs les d&#233;tenteurs de ces fortunes ont une responsabilit&#233; majeure envers la soci&#233;t&#233;. Mais dans ces cas il n'y a pas de lien direct et g&#233;n&#233;ral entre leur richesse et la pauvret&#233; des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous un autre angle et de fa&#231;on analogue on peut faire observer que le patrimoine m&#233;dian en France est de 177 200 &#8364; (2022). Ridicule par rapport aux chiffres &#233;voqu&#233;s, il est &#233;norme par rapport &#224; celui de la moiti&#233; la plus pauvre de la plan&#232;te. Et malgr&#233; le sentiment qu'ont beaucoup de Fran&#231;ais de s'appauvrir, la grande majorit&#233; fait partie des 10% les plus riches du monde. Mais cet argent est pour l'essentiel l'effet d'une richesse accumul&#233;e, et donc d'une forme de travail. Il n'a pas &#233;t&#233; vol&#233; aux masses africaines ou autres, contrairement &#224; ce que certains racontent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire ? Perspective longue.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on faire disparaitre cette in&#233;galit&#233; ? Si on regarde les faits en perspective historique, la question appara&#238;t difficile. Un panorama historique a &#233;t&#233; dress&#233; par Walter Scheidel en 2017 : &lt;i&gt;The Great Leveler ; Violence and the history of inequality from the stone age to the twenty-first century&lt;/i&gt;. Il montre qu'au cours de l'histoire les in&#233;galit&#233;s n'ont &#233;t&#233; vraiment r&#233;duites qu'au prix de violences consid&#233;rables et exceptionnelles (grandes guerres, r&#233;volutions radicales etc.) Et encore dans tous les cas leurs effets ont toujours fini par s'&#233;roder. En revanche Scheidel montre que les autres voies pour &#233;galiser sont d'effet limit&#233; - qu'il s'agisse du d&#233;veloppement &#233;conomique, de la d&#233;mocratisation, ou encore d'une action politique volontariste. L'in&#233;galit&#233; para&#238;t donc &#234;tre un fait quasi permanent, que seule une violence radicale peut r&#233;duire, et pour peu de temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus exactement, cela a pu am&#233;liorer le sort de la majorit&#233;, parfois consid&#233;rablement, mais une forte in&#233;galit&#233; subsiste. Le fait est que les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes connaissent aujourd'hui encore un niveau d'in&#233;galit&#233; plut&#244;t mod&#233;r&#233; selon les crit&#232;res historiques. Mais outre le fait qu'une in&#233;galit&#233; appr&#233;ciable subsiste, cette situation remonte aux deux guerres mondiales et aux crises de l'&#233;poque, qui ont provoqu&#233; une r&#233;duction, voire une liquidation sans pr&#233;c&#233;dent des avantages de revenus et de fortunes consid&#233;rables qui pr&#233;valaient avant 1914 (par la fiscalit&#233;, et par la ruine directe, due &#224; l'effondrement de la valeur de plusieurs classes d'actifs). Il en est r&#233;sult&#233; une fiscalit&#233; tr&#232;s &#233;lev&#233;e, justifi&#233;e au d&#233;part par l'effort de guerre ou ses s&#233;quelles, puis r&#233;utilis&#233;e apr&#232;s la guerre pour la redistribution. Mais c'&#233;tait dans le cadre d'&#233;conomies relativement ferm&#233;es. Or comme on sait cette situation particuli&#232;re n'a pas dur&#233;, du fait de l'ouverture des fronti&#232;res et de la mise en concurrence des capitalismes, m&#234;me si la redistribution a en partie appr&#233;ciable subsist&#233;, et la fiscalit&#233; correspondante. Depuis lors, le sch&#233;ma est soumis &#224; de fortes pressions du fait de la mondialisation, et tend &#224; s'&#233;roder ; parall&#232;lement les in&#233;galit&#233;s remontent. Notons en outre que pour la partie la plus pauvre de la population, m&#234;me alors il y a eu am&#233;lioration en termes de revenus et de droits sociaux, mais pas de patrimoine (contrairement aux classes moyennes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela montre les limites d'une r&#233;duction frontale et radicale des in&#233;galit&#233;s. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a rien &#224; faire, mais cela pousse &#224; ne pas s'illusionner sur l'utopie d'une &#233;galit&#233; g&#233;n&#233;rale ou m&#234;me relative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le pouvoir &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant la question subsiste, et a plusieurs dimensions. Elle l'est d'autant plus que l'&#233;mergence actuellement constat&#233;e de tr&#232;s grandes fortunes n'est historiquement pas si fr&#233;quente &#224; un tel niveau, m&#234;me dans les p&#233;riodes tr&#232;s capitalistes comme le XIXe si&#232;cle. Elle est porteuse d'effets consid&#233;rables, bien au-del&#224; du pur effet d'in&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'embl&#233;e &#233;vident d&#233;j&#224; que cette concentration de moyens donne un pouvoir &#233;conomique consid&#233;rable aux int&#233;ress&#233;s, comme d'ailleurs elle le donne aux dirigeants de grandes entreprises m&#234;me lorsque la d&#233;tention en est diffuse (actionnariat dispers&#233;). En soi, ce pouvoir ne diff&#232;re pas de tout pouvoir exerc&#233; par un d&#233;tenteur quelconque de moyens financiers en &#233;conomie capitaliste ou de march&#233;. Mais cette observation ne dispense pas d'examiner si dans leur cas ce pouvoir est excessif. Au minimum, par examen des conditions de leur prosp&#233;rit&#233;, par exemple en termes de concurrence : c'est la question que posent notamment les monopoles de fait des GAFAM. Ou en analysant leur contribution fiscale aux pays o&#249; les entreprises correspondantes sont actives. Ou m&#234;me en mesurant l'impact de leurs d&#233;cisions sur la vie &#233;conomique et sociale des pays d'implantation. En d'autres termes se pose une question de responsabilit&#233; sociale plus que d'in&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus particuli&#232;rement, le risque naissant de ces fortunes consid&#233;rables (ou de ces tr&#232;s grandes entreprises) peut appara&#238;tre aussi sur le terrain politique, soit par pression directe, soit par financement de la vie politique : c'est ce qu'on observe aux Etats-Unis , o&#249; ce financement n'est pas plafonn&#233;. Notons cependant qu'il s'y exerce plut&#244;t au profit des d&#233;mocrates, suppos&#233;s &#234;tre de gauche&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous ces cas, si on consid&#232;re qu'il faut agir, une intervention publique est le seul moyen d'action, avec ses limites et d&#233;fauts ; on &#233;voquera ci-apr&#232;s ce qu'on peut en attendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Influence sur la soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre probl&#233;matique li&#233;e aux grandes fortunes et &#224; leur responsabilit&#233; envers la soci&#233;t&#233;, moins soulign&#233;e, est celle du pouvoir social et culturel que donne potentiellement le fait d'&#234;tre pourvu d'une vraie fortune. C'est en un sens la question des &#233;lites, dans sa dimension &#233;conomique. Ce qui sera alors important est la culture de ces &#233;lites : leur syst&#232;me de valeurs et leur action effective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une approche &#233;thique conduit naturellement &#224; souligner leurs devoirs correspondants, &#224; l'&#233;vidence consid&#233;rables. Historiquement, &#224; c&#244;t&#233; des pouvoirs publics et de l'Eglise, les d&#233;tenteurs de moyens importants ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans le d&#233;veloppement de la civilisation, notamment des arts et lettres, mais aussi de l'&#233;conomie et d'autres causes. Mais ils avaient &#224; l'&#233;poque une forme d'exigence sociale, d'&#233;thique personnelle, sinon de vanit&#233; bien orient&#233;e, qui leur imposait un devoir qualitatif, dont les effets ont &#233;t&#233; historiquement immenses, et plut&#244;t positifs sur ce plan. Il n'en est plus de m&#234;me maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de ces nouveaux riches aspirent &#224; ne plus &#234;tre visibles, ou consid&#232;rent que le niveau de leurs imp&#244;ts les dispense de tout effort au service de la communaut&#233; - ce qui est une aberration profonde. D'autres en revanche utilisent leur argent pour des fondations, parfois de grandes envergure, mais la question se pose alors des objectifs poursuivis par ces fondations. L'enjeu est &#233;norme. D'un c&#244;t&#233;, on ne peut pas dire que la &#171; culture &#187; de ces &#171; &#233;lites &#187; soit particuli&#232;rement impressionnante, pour parler aimablement. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, ils n'ont jamais eu autant de moyens, disposant de sommes immenses leur permettant d'orienter la soci&#233;t&#233; dans un sens ou un autre, soit par leurs investissements, soit par leurs dons, soit par leur activit&#233; (Facebook, Twitter etc.). Certes, il est en soi bon que des riches investissent et donnent. Mais ici les sommes sont exceptionnelles. Or les orientations de leurs d&#233;tenteurs, quand ils en ont, sont principalement domin&#233;es par l'id&#233;ologie de l'&#233;poque, par le politiquement correct, plus que par la recherche du beau et du bien. Pour d'autres (rentiers du p&#233;trole) ce sera en faveur d'une propagande islamiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps, ce n'est a priori pas une autorit&#233; mondiale qui y mettra bon ordre quand le besoin appara&#238;t. Ici encore, s'il y a un niveau de moralit&#233; possible (toute relative, et variable selon les r&#233;alit&#233;s locales), c'est &#224; ce jour encore au niveau national, &#233;ventuellement dans la coop&#233;ration entre nations. Mais encore faut-il en &#234;tre conscient, et agir comme il le faut, car &#224; nouveau les enjeux sont consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; &#233;voquer un point sp&#233;cifique mais tr&#232;s important : le r&#244;le des fondations. Ce peut &#234;tre la meilleure des choses, mais ce peut &#234;tre aussi tr&#232;s contestable. Comme on sait, une fondation re&#231;oit une donation d'une personne fortun&#233;e, et la g&#232;re ensuite en fonction de r&#232;gles &#233;tables &#224; l'avance, sous le contr&#244;le de personnes li&#233;es par ces r&#232;gles. L'usage de l'argent est pr&#233;&#233;tabli, et non arbitraire. Mais cela peut rester un pouvoir consid&#233;rable, m&#234;me si le jugement &#224; porter sur l'action men&#233;e se r&#233;f&#232;rera d&#233;sormais &#224; ces r&#232;gles et non plus au propri&#233;taire initial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les propositions des radicaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses propositions sont r&#233;guli&#232;rement faites pour r&#233;pondre &#224; cette &#233;volution, notamment de la part d'ONG ou d'&#233;conomistes de gauche. Elles tournent presque toutes autour de l'id&#233;e d'un imp&#244;t mondial sur la fortune. On parle ici d'imp&#244;ts nouveaux sp&#233;cifiques ; &#224; nouveau, cette question doit &#234;tre distingu&#233;e de la question de l'&#233;vasion fiscale des tr&#232;s riches, question importante mais d'un autre ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Oxfam par exemple, un imp&#244;t sur la fortune de 5 % (rapportant selon eux 1700 MM$ par an) ferait sortir de la pauvret&#233; les 2 milliards les plus pauvres. Les partisans de la &#8216;d&#233;mocratie de propri&#233;taires' (Meade et Rawls), souhaitant g&#233;n&#233;raliser la propri&#233;t&#233;, proposent eux aussi une taxation de la fortune syst&#233;matique, tant annuelle qu'au moment des successions, afin de plafonner le montant accumulable, tout en assurant &#224; chacun une dotation de d&#233;part en actions. De fa&#231;on analogue, Thomas Piketty, dans &lt;i&gt;Capital et id&#233;ologie&lt;/i&gt; (2019), proposait un imp&#244;t sur la propri&#233;t&#233; annuel et sur les successions rapportant 5% du revenu national. Il porterait sur des patrimoines pesant plus de 10 fois le patrimoine moyen (environ 0.2 M&#8364;), au taux de 5% annuel plus 60% en cas de succession, port&#233;s &#224; 90% pour les tr&#232;s gros patrimoines (10000 fois la moyenne). Il estime que cela permettrait une dotation en capital pour tous de 120 000 &#8364; ; de ce fait, chacun commencerait sa vie professionnelle avec 60% du patrimoine moyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux chiffres de 5 % (en base de taxation, et en produit fiscal annuel rapport&#233; au PNB) peuvent para&#238;tre bas, mais ces propositions sont en r&#233;alit&#233; radicales, conformes &#224; une analyse qui insiste sur l'&#233;galit&#233;, prise comme crit&#232;re ultime absolu. Cela repr&#233;senterait en effet une vraie r&#233;volution, aboutissant &#224; la disparition &#224; terme de tous les patrimoines un tant soit peu significatifs. Or faire une r&#233;volution pour rapporter 5 % du revenu national n'a pas de sens sur le plan fiscal. Dit autrement, on confisque pour assurer une &#233;galit&#233; absolue et non pas parce qu'on a besoin de l'argent. Dans ces conditions, il ne s'agirait plus que d'une propri&#233;t&#233; temporaire, d'autant que les &#8216;outils de travail' seraient pleinement inclus. Toute accumulation de patrimoine un tant soit peu significative serait de fait impossible. D&#233;j&#224;, 5 % est sensiblement plus &#233;lev&#233; que le rendement r&#233;el du capital, sauf exception ; cela exclut donc qu'un patron d'entreprise en soit propri&#233;taire, et cela d&#232;s le niveau PME - hors toutes petites. Tr&#232;s logiquement, une telle machinerie de r&#233;duction syst&#233;matique des in&#233;galit&#233;s d&#233;boucherait donc sur une &#233;conomie totalement &#233;tatis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus mod&#233;r&#233;s, Abhijit V. Banerjee et Esther Duflo (Economie utile pour des temps difficiles, 2020) &#233;voquent un imp&#244;t sur la fortune qui se situerait &#224; 2% au-dessus de 50 M$ et &#224; 3 % au-dessus du milliard. Mais il ne rapporterait selon leur analyse que 1% du PIB. Cela aurait donc un effet appr&#233;ciable sur les int&#233;ress&#233;s, mais peu d'int&#233;r&#234;t pour les finances publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut faire une remarque analogue pour la proposition d'Oxfam, qui voudrait redistribuer la fortune des milliardaires aux pauvres de la plan&#232;te. En reprenant tels quels leurs chiffres, on les comparera &#224; l'aide publique au d&#233;veloppement soit 204 MM en 2022, 0.36% du RNB. Donc le chiffre Oxfam repr&#233;sente 3 % environ du PNB. Mais autant une taxation g&#233;n&#233;rale des fortunes &#224; 5 % serait une v&#233;ritable r&#233;volution au sens plein du terme, autant une augmentation de l'aide publique au d&#233;veloppement passant &#224; 3 % serait en soi faisable techniquement, les ponctions fiscales publiques sur les &#233;conomies &#233;tant d&#233;j&#224; de l'ordre de 30 &#224; 50 % selon les pays. M&#234;me si &#233;videmment c'est parfaitement utopique politiquement, ce calcul montre que la cr&#233;ation d'un imp&#244;t sur la fortune mondial et massif, et celle d'une r&#233;duction de l'in&#233;galit&#233; en faveur des plus pauvres sont deux questions distinctes. Un tel transfert serait en fait une ponction sur les pays riches, financ&#233; par un imp&#244;t particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; donc, toutes les propositions ci-dessus &#233;voqu&#233;es visent essentiellement &#224; remettre en question le principe des grandes fortunes plut&#244;t qu'&#224; proposer une solution &#224; la pauvret&#233;. On ne peut pas mettre en face un patrimoine et une d&#233;pense. Et comme chacun sait, ce sont encore moins des mesures r&#233;alistes dans le contexte mondial existant. Par ailleurs, cela ne r&#233;pond pas &#224; des questions centrales pour l'organisation de la soci&#233;t&#233;. Qui en effet d&#233;tiendrait les entreprises ? M&#234;me si on distribuait les titres dans la population, soit chacun voudrait vendre d&#232;s que possible ses titres, mais qui ach&#232;terait ? Soit cette d&#233;tention serait bloqu&#233;e, la propri&#233;t&#233; restant divis&#233;e et de ce fait aux mains des gestionnaires de fond, &#233;tant entendu que le seul actionnaire important en serait l'Etat. Outre que cela retirerait &#224; l'effort de chacun une de ses motivations majeures, cela donnerait dans les faits &#224; l'Etat un pouvoir quasi absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alternatives possibles au niveau politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste cependant la question de la surpuissance des tr&#232;s grandes fortunes. Que peut-on faire, sans aller jusqu'aux mesures &#233;voqu&#233;es &#224; l'instant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait d&#233;j&#224; imaginer des solutions plus mod&#233;r&#233;es, par exemple si on interdisait les fortunes au-del&#224; d'un certain niveau tr&#232;s &#233;lev&#233;, sous peine d'imp&#244;t. Le surplus serait alors donn&#233; ou confisqu&#233;. Logiquement cela d&#233;boucherait sur une expansion massive des fondations. Le jugement port&#233; sur la mesure d&#233;pendrait alors du statut de ces fondations. L'avantage serait d'avoir des sommes &#233;normes mises au services d'objectifs cens&#233;s &#234;tre orient&#233;s vers une forme de bien commun. L'inconv&#233;nient serait le gel croissant d'une partie appr&#233;ciable du capital dans des strat&#233;gies rigides. Si cette voie n'&#233;tait pas praticable, resterait la possibilit&#233; d'un diffusion dans le public. Mais l&#224; aussi la majorit&#233; des gens vendrait assez vite leurs titres. Et &#224; d&#233;faut, resterait &#224; nouveau l'hypoth&#232;se d'une large &#233;tatisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement, tout cela pose la question du contr&#244;le des grandes entreprises. S'il n'y a pas de grande fortune, ni de fondation, c'est soit un capital dispers&#233;, soit l'Etat. Mais il n'est pas d&#233;montr&#233; que la dispersion du capital soit un net progr&#232;s, tant s'en faut. Remettant le pouvoir soit aux dirigeants d'entreprise, soit plus encore aux soci&#233;t&#233;s de gestion, cela ne garantit en rien un progr&#232;s dans l'utilisation des moyens &#233;conomiques. L'exp&#233;rience r&#233;cente montre m&#234;me qu'il y a un risque &#233;lev&#233; d'une gestion &#224; beaucoup plus court terme. Y a-t-il un vrai int&#233;r&#234;t &#224; ce que LVMH (d&#233;tenu actuellement par Bernard Arnault et sa famille) ait un capital dispers&#233; ? Y a-t-il un sens &#224; ce que cela soit propri&#233;t&#233; de l'Etat (sauf &#224; jouer le basculement en &#233;conomie socialiste) ? Quel est le progr&#232;s en termes de pouvoir ? Implicitement est ainsi pos&#233;e la question de la diff&#233;rence entre un pouvoir dont dispose un particulier et un pouvoir r&#233;sultant d'un processus politique. Qu'est-ce qui garantit que le second est meilleur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A une diff&#233;rence pr&#232;s : si le pouvoir priv&#233; est trop grand, et/ou exerc&#233; de fa&#231;on r&#233;ellement nocive, on peut le fractionner sans pour autant tout remettre &#224; l'Etat. A un niveau plus mod&#233;r&#233;, et anormalement n&#233;glig&#233;, reste en effet la m&#233;thode de l'antitrust : le fait d'obliger au morcellement d'entit&#233;s soit monopolistes, soit trop puissantes. On n'y recourt plus comme on le devrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble en conclusion qu'au niveau politique la question doive faire l'objet d'un jugement cas par cas. Tout d&#233;pend finalement de la mani&#232;re dont le pouvoir qu'on a &#233;voqu&#233; est utilis&#233; par ses d&#233;tenteurs. S'il y a exc&#232;s de pouvoir, ou utilisation vraiment contestable de l'argent, une intervention peut se justifier, et sans h&#233;siter. Sinon, ses avantages ne sont pas &#233;vidents, malgr&#233; les apparences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perspective chr&#233;tienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En perspective chr&#233;tienne, notamment catholique, la question s'&#233;claire d'une notion essentielle, ce qu'on appelle la destination universelle des biens, le fait que toute propri&#233;t&#233; nous est confi&#233;e pour &#234;tre utilis&#233;e au service du bien commun. Et naturellement, cette responsabilit&#233; est d'autant plus grande que la fortune est plus vaste. Autant le pape Pie XI a pu montrer les effets b&#233;n&#233;fiques possibles de la vertu de magnificence, c'est-&#224;-dire l'utilisation g&#233;n&#233;reuse de moyens importants au service du bien commun, autant le riche qui utilise mal les moyens dont il dispose d&#233;tourne-t-il ce pour quoi sa richesse est faite. Qu'il ne s'&#233;tonne pas alors si elle est remise en cause&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ecouter sur ce sujet mon intervention radio du 24 janvier 2024 sur RCF Belgique&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.rcf.fr/culture/1617?episode=445487&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.rcf.fr/culture/1617?epi...&lt;/a&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Compl&#233;ment juillet 2025&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La taxe dite Zucman actuellement d&#233;battue ici ou l&#224; en France a un objectif diff&#233;rent de ce qui est d&#233;battu dans cet article, qui vise l'existence m&#234;me des tr&#232;s riches et l'appr&#233;ciation de leur contribution &#224; la soci&#233;t&#233;. Ce projet de taxe, lui, se pr&#233;sente comme une mesure purement fiscale visant &#224; s'assurer que les tr&#232;s riches contribuent de fa&#231;on &#233;quitable &#224; l'effort fiscal. Le taux de 2% est d&#233;j&#224; appr&#233;ciable pour les int&#233;ress&#233;s ; mais comme on l'a not&#233; ci-dessus cela ne bouleverserait pas les finances publiques : les auteurs attendent 20 milliards, ce qui est beaucoup en soi, mais les d&#233;penses publiques sont de 1670 milliards dont 670 pour l'Etat seul, le d&#233;ficit de ce dernier &#233;tant de 157 milliards. Et bien entendu, ces 20 milliards sont probablement optimistes et supposent peu de fuites de capitaux. Un tel imp&#244;t n'est pas en soi &#224; exclure, mais il faut mesurer avec pr&#233;cision les donn&#233;es fiscales du d&#233;bat (comment mesurer l'assiette ? comment tenir compte de l'imp&#244;t sur les soci&#233;t&#233;s ? que faire lorsque l'entreprise ne d&#233;gage pas de liquidit&#233;s ? comment limiter les fuites et d&#233;localisations ? comment comparer avec l'imp&#244;t du citoyen moyen ? etc.).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les in&#233;galit&#233;s et la justice sociale (troisi&#232;me article) : in&#233;galit&#233;s et participation &#224; la soci&#233;t&#233;</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Les-inegalites-et-la-justice-sociale-troisieme-article-inegalites-et.html</link>
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		<dc:date>2020-12-20T10:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Participation &#224; la soci&#233;t&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s sociales, la question obsessionnelle dans nos soci&#233;t&#233;s. Que devons-nous faire ? Qu'est-ce qui est un devoir moral, qu'est-ce qui est utopique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose ici trois articles : un sur les in&#233;galit&#233;s de revenus, un sur les patrimoines, et un troisi&#232;me sur ce qui est sans doute la vraie question : quelle est la participation de chacun &#224; la soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce troisi&#232;me article, deux id&#233;es de base. L'une, que la fameuse &#233;galit&#233; des chances, outre qu'elle est partiellement utopique, ne r&#233;sout pas la question : avoir perdu dans la comp&#233;tition ne dit pas quelle est votre place dans la soci&#233;t&#233;, et le sens que celle-ci a pour vous. La deuxi&#232;me, que la concentration du regard sur le besoin d'aider chacun &#224; trouver sa place, reconnue, dans la soci&#233;t&#233;, est bien plus essentielle que l'&#233;galitarisme, et peut conduire &#224; r&#233;orienter de fa&#231;on consid&#233;rable les efforts collectifs pour aider chacun de nous, et notamment ceux qui en ont le plus besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Fortune-et-inegalites-.html" rel="directory"&gt;In&#233;galit&#233;s, fortune&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Inegalites-+.html" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Participation-a-la-societe-+.html" rel="tag"&gt;Participation &#224; la soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On l'a dit dans les pr&#233;c&#233;dents articles, en termes d'in&#233;galit&#233;s une perspective plus f&#233;conde que le raisonnement arithm&#233;tique, est sans doute de prendre la question dans l'autre sens, c'est-&#224;-dire du rapport des personnes &#224; la soci&#233;t&#233; : quelle est leur place, qu'est-ce qu'ils donnent et re&#231;oivent, et surtout quel sens cela prend pour eux. Cela conduit &#224; r&#233;fl&#233;chir sur les fondements politico-culturels de la soci&#233;t&#233; concern&#233;e, et sur ses priorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;cole bien repr&#233;sent&#233;e centre justement son approche sur la capacit&#233; de tous &#224; participer au jeu social. Le lien avec les id&#233;es du prix Nobel Amartya Sen est ici &#233;vident : plus que la distribution, c'est l'exercice des &#8216;capabilit&#233;s' qui compte (capacit&#233;s en bon fran&#231;ais), et plus profond&#233;ment de r&#233;alisation de soi. La privation de cette capacit&#233; est distincte de la privation &#233;conomique ; et il est manifestement plus important de l'accro&#238;tre que d'accro&#238;tre les subventions (sauf pour ce qui est indispensable &#224; la satisfaction des besoins de base).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;galit&#233; des chances et ses limites&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans cette perspective, la recherche de l'&#233;galit&#233; des conditions de d&#233;part (&#233;galit&#233; des chances) n'est d'embl&#233;e pas la solution principale. M&#234;me si elle fonctionnait parfaitement, elle ne ferait que nourrir encore plus le ressentiment, car ceux qui se trouveraient au bout du compte en bas y seraient alors parce qu'ils auraient &#233;chou&#233; dans la comp&#233;tition, et la faute reposerait enti&#232;rement sur eux, d'une fa&#231;on qui est en fait humainement injuste. La discrimination faite sur la base de l'efficacit&#233; est aussi pesante qu'une autre, et elle est source d'exclusion elle aussi. Dit autrement, le fait qu'un autre soit choisi et pas vous pour une position avantageuse, m&#234;me si le choix est justifi&#233; et que vous avez eu vos chances, laisse entier le probl&#232;me de savoir comment vous vous situez dans la soci&#233;t&#233;. Au contraire, il faut viser si possible &lt;i&gt;la possibilit&#233; de d&#233;veloppement, d'autonomie et de responsabilit&#233; de tous pendant toute la vie,&lt;/i&gt; notamment active. Et pour cela, il n'est ni n&#233;cessaire ni suffisant que les gens aient eu des chances &#233;gales au d&#233;part (m&#234;me si l'&#233;galit&#233; peut y contribuer beaucoup).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sandel et la m&#233;ritocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'&#233;galit&#233; des chances pose celle de la m&#233;ritocratie. Elle a &#233;t&#233; r&#233;cemment trait&#233;e avec lucidit&#233; par Michael Sanders (&lt;i&gt;The Tyranny of Merit&lt;/i&gt;). Comme il le note dans la ligne des r&#233;flexions pr&#233;c&#233;dentes, le probl&#232;me de base de toute m&#233;ritocratie est d'abord qu'elle induit chez le gagnant l'id&#233;e que ce qu'il a obtenu r&#233;sulte de ses seuls efforts ; et inversement pour le perdant qu'on doit imputer ses &#233;checs &#224; soi-m&#234;me. Il n'y a alors plus d'al&#233;a ou de chance : on a ce qu'on nous devait. Ce n'est m&#234;me plus d&#251; &#224; notre vertu morale : nous avons gagn&#233; parce que nous sommes meilleurs dans une comp&#233;tition. Mais &#224; nouveau, pour les perdants, c'est pire que tout : ils sont mauvais en soi, alors que dans les r&#233;gimes ant&#233;rieurs, le pauvre pouvait garder sa dignit&#233;, car rien ne prouvait qu'il &#233;tait en soi inf&#233;rieur. Sans parler de la corr&#233;lation limit&#233;e entre des r&#233;sultats &#233;conomiques et la mesure r&#233;elle du bien commun ; ou entre les r&#233;sultats acad&#233;miques et la vraie contribution &#224; la soci&#233;t&#233;. R&#233;sultat d'autant plus paradoxal que le bilan depuis 40 ans de ces &#8216;&#233;lites' n'est pas convaincant - d'o&#249; la r&#233;volte populiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan &#233;conomique, comme le notait Hayek lui-m&#234;me, le r&#233;sultat du march&#233; n'a rien &#224; voir avec la r&#233;mun&#233;ration d'un m&#233;rite : son verdict r&#233;sulte simplement de l'agencement des pr&#233;f&#233;rences collectives. En fait, pour &#234;tre compl&#233;tement &#233;quitable, il faudrait juger les go&#251;ts qui s'expriment sur le march&#233;. Plus profond&#233;ment, m&#234;me si comme Rawls on voudrait que le m&#233;rite des gagnants prenne en compte leur contribution &#224; la situation des autres (en supposant que ce soit possible), on garderait ce faisant une comp&#233;tition m&#233;ritocratique, m&#234;me si ce serait avec d'autres crit&#232;res. Pas plus que le march&#233;, Rawls ne m&#232;ne de consid&#233;ration sur le bien : il ne raisonne que sur des droits, et au fond sur un m&#233;canisme. Or, dit Sandel, m&#234;me si celui qui gagne beaucoup plus l'a r&#233;ellement m&#233;rit&#233; parce qu'il a &#339;uvr&#233; pour la soci&#233;t&#233;, cela ne r&#233;sout pas le probl&#232;me pour le perdant, qui est le vrai dilemme m&#233;ritocratique ; cela pourrait cr&#233;er tout autant de ressentiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait dit Sandel, ce qui manque est le sens de la communaut&#233;. La conception civique du bien commun suppose notamment une r&#233;flexion sur le &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt;, car c'est par l&#224; que nous contribuons &#224; la soci&#233;t&#233;. Or la contribution au bien commun est essentielle pour donner un sens &#224; notre vie. Pourquoi alors, dit-il, ce th&#232;me n'&#233;merge-t-il pas dans le d&#233;bat ? Ce n'est pas seulement du fait de notre culte effr&#233;n&#233; de la consommation ; c'est dit-il plut&#244;t li&#233; au pluralisme des valeurs : on n'est pas d'accord sur ce qui signifie un vrai d&#233;veloppement personnel. Pour &#233;mettre les choses en ordre, ajoute-t-il, reconna&#238;tre la dignit&#233; du travail est quand m&#234;me un bon point de d&#233;part. Mais il reconna&#238;t que si on va dans cette logique on remet en cause la globalisation, au moins en partie, ainsi que la financiarisation, car une partie appr&#233;ciable de cette activit&#233; nuit plus qu'elle n'aide. Et comme l'activit&#233; &#233;conomique aboutit in&#233;vitablement &#224; ce que certains gagnent de l'argent sans v&#233;ritable m&#233;rite au sens qualitatif du terme, on doit remettre en cause l'id&#233;e ambiante que ce qu'on gagne refl&#232;te son m&#233;rite : ce gain peut &#234;tre l&#233;gal, il n'est pas le signe d'une sup&#233;riorit&#233;. En d'autres termes, il pose la question de l'estimation par la soci&#233;t&#233; de ce qui est le vrai bien commun, ainsi que des valeurs collectives, m&#234;me s'il ne d&#233;veloppe pas assez ce point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sortir de l'obsession de l'&#233;galit&#233; des chances&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, contrairement &#224; un conception bas&#233;e sur le bien commun, dans un syst&#232;me o&#249; une &#233;galit&#233; des chances serait suppos&#233;e r&#233;alis&#233;e, ceux qui r&#233;ussissent consid&#233;reront volontiers leur position comme un d&#251; et ils tendront &#224; ne se reconna&#238;tre aucun devoir correspondant. Ainsi les &#233;lites cosmopolites qui dominent actuellement. Or m&#234;me si leur m&#233;rite est r&#233;el (ce qui n'est pas exact), il est aussi d&#251; en partie &#224; la soci&#233;t&#233; &#8211; et &#224; la chance. D'o&#249; la question de ce que les gagnants doivent aux autres. Cela implique au minimum qu'ils rendent &#224; la soci&#233;t&#233;, &#224; la communaut&#233;, dans la mesure de leurs moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoute la question des in&#233;galit&#233;s r&#233;sultats de l'&#233;ducation, notamment entre les familles. Dans le contexte moderne, on note des diff&#233;rences croissantes dans les niveaux &#233;ducatifs des familles, car les familles d'en-haut s'occupent beaucoup plus qu'autrefois de leurs enfants et y investissent beaucoup plus que les autres. Cela avantage m&#234;me les peu dou&#233;s de ces familles privil&#233;gi&#233;es. Sur ce plan-l&#224; aussi, les analyses montrent la persistance des in&#233;galit&#233;s, y compris sur la tr&#232;s longue p&#233;riode, tant en haut qu'en bas. C'est d&#251; semble-t-il pour l'essentiel &#224; la culture familiale. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, et contrairement &#224; ce que dit l'id&#233;ologie dominante, en soi il n'est pas du tout mauvais que ces talents soient transmis au sein des familles ; c'est m&#234;me excellent et socialement b&#233;n&#233;fique. A condition qu'on s'occupe aussi des autres ; et pour cela l'&#233;galit&#233; des chances formelle ne veut pas dire grand-chose. Ni d'ailleurs la suppression stupide et destructive de la culture g&#233;n&#233;rale qu'on pratique actuellement, au pr&#233;texte qu'elle favoriserait les bourgeois. Car &lt;i&gt;quels que soient les termes de la comp&#233;tition, les mieux dot&#233;s s'organiseront pour la gagner.&lt;/i&gt; D'un c&#244;t&#233;, on se fonde trop sur la s&#233;lection. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, s'il y a s&#233;lection, qu'au moins elle se fasse sur la base de vrais valeurs, d'une vraie culture, d'une vraie &#233;ducation. I&lt;i&gt;l faut aider les moins avantag&#233;s et non d&#233;truire la transmission et l'&#233;ducation l&#224; o&#249; elle existe.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Albino Barrera ajoute que du fait des exigences de l'&#233;conomie de la connaissance, le co&#251;t d'entr&#233;e &#224; la participation au march&#233; s'est relev&#233; pour tous. En outre, notre place dans la soci&#233;t&#233; d&#233;pend du chemin que nous avons emprunt&#233; au cours de notre vie. Les handicaps dont d&#232;s lors cumulatifs. Ce qui implique un risque &#233;lev&#233; que se constitue une sous-classe permanente de d&#233;favoris&#233;s. L'&#233;galit&#233; formelle des chances n'est pas ici une r&#233;ponse, m&#234;me s'il est l&#233;gitime de la rechercher. Il faut donc l&#224; aussi une aide sp&#233;cifique aux plus d&#233;favoris&#233;s, de la part de la soci&#233;t&#233; au sens large (pas seulement de l'Etat), pour leur permettre de participer, surtout s'il y a comp&#233;tition, et ouverture mondialis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Justice et participation &#224; la soci&#233;t&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mener une vie qui soit bonne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'approche en termes de capacit&#233;s vise &#224; donner une r&#233;ponse &#224; tout cela, mais elle ne suffit pas, car il reste en sous-jacent une forme de comp&#233;tition m&#233;ritocratique. Il faut donc &#233;largir la question. Dans la tradition de pens&#233;e classique, Mary Hirschfeld reconna&#238;t par exemple la pertinence de l'interrogation sur les in&#233;galit&#233;s excessives dans nos soci&#233;t&#233;s, mais elle rappelle que si on se limite &#224; la seule dimension mon&#233;taire, on ne r&#233;pond pas vraiment &#224; la question de ce que peut &#234;tre la vie de chacun, et on laisse m&#234;me entendre que c'est le niveau mat&#233;riel qui seul importe. Que veut dire en fait une vie d&#233;cente ? C'est, dit-elle, un point essentiel pour analyser la justice &#233;conomique. Le point qu'elle souligne est que les biens mat&#233;riels sont instrumentaux : ils servent &#224; autre chose qu'&#224; eux-m&#234;mes, et notamment &#224; mener une &lt;i&gt;vie bonne&lt;/i&gt;. On raisonne trop souvent sur la croissance des in&#233;galit&#233;s en fonction des seuls moyens mat&#233;riels. Certes, une in&#233;galit&#233; mat&#233;rielle trop forte a plusieurs d&#233;fauts graves, outre le fait de mal utiliser les ressources en en privant certains : elle donne un r&#244;le excessif &#224; l'argent qui appara&#238;t alors comme socialement d&#233;cisif ; elle accro&#238;t l'influence des riches dans la soci&#233;t&#233; et sur le pouvoir politique ; elle peut m&#234;me d&#233;stabiliser l'&#233;conomie ; enfin, elle accro&#238;t la s&#233;gr&#233;gation spatiale entre riches et pauvres et r&#233;duit d'autant la solidarit&#233;. Face &#224; ce probl&#232;me r&#233;el, dit-elle, la redistribution des revenus (notamment par la fiscalit&#233;) peut &#234;tre un bien, mais elle ne suffit pas &#224; r&#233;gler le probl&#232;me, et elle risque elle aussi d'accr&#233;diter l'id&#233;e que seul l'argent compte. Et comme on l'a dit, l'&#233;galit&#233; des chances en soi ne r&#233;sout pas la question. En outre, ce faisant on ne redonne pas leur dignit&#233; aux professions jug&#233;es plus humbles que d'autres (&#233;boueurs par exemple). La crise du coronavirus a montr&#233; &#224; nouveau l'importance cruciale de ces professions pour la vie commune, d'autant que ces travailleurs se sont souvent trouv&#233;s plus expos&#233;s au risque que les autres (y compris les transporteurs, caissi&#232;res, ouvriers, agriculteurs bien s&#251;r etc.). Et on ne r&#233;glera pas non plus cette question uniquement en les payant plus &#8211; m&#234;me si la question se pose &#233;videmment aussi sous cet angle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La question doit donc &#234;tre &#233;largie. Car au fond, notamment dans l'optique de la justice distributive, &lt;i&gt;la question v&#233;ritable est d'abord la juste participation de tous &#224; la vie commune&lt;/i&gt;, ce qui inclut la juste reconnaissance de ce r&#244;le, de ce qu'on donne comme de ce qu'on re&#231;oit ; et c'est ensuite et plus encore celle de la &lt;i&gt;qualit&#233; de cette vie commune, et les perspectives d'am&#233;lioration et de r&#233;alisation v&#233;cue que chacun rencontre&lt;/i&gt;. Une telle participation &#224; la soci&#233;t&#233; repose en derni&#232;re analyse sur la nature sociale de la personne humaine : le bien commun est le bien de tous, et il est n&#233;cessaire au plein d&#233;veloppement de chacun. Il y a donc de ce point de vue ce qu'on pourrait appeler une &#8216;&lt;i&gt;justice participative&lt;/i&gt;' (partie elle aussi de la justice g&#233;n&#233;rale). L'oppos&#233; en est la marginalisation, l'exclusion, qui ne se limite pas aux plus pauvres. Cette justice est un d&#233;veloppement de la justice distributive, si on comprend par distribution ce que la soci&#233;t&#233; donne &#224; chacun. Mais le terme de &#8216;participatif' y ajoute une nuance importante : le fait qu'&lt;i&gt;en participant, chacun non seulement re&#231;oit, mais donne, et donc &#233;change avec la communaut&#233;&lt;/i&gt;. A notre &#233;poque, on sera tent&#233; d'exprimer cela dans le langage des droits de l'homme, mais ce faisant on ne saisira pas l'objet du d&#233;bat, qui n'est pas d'abord une revendication de droits, mais la recherche de la participation optimale de tous, dans le cadre de ce qu'on appelle au sens propre le bien commun. En un sens, on pourrait dire que pour cette forme de justice, l'organisation collective est injuste si elle marginalise la personne et la prive du bienfait de la soci&#233;t&#233; humaine, ou d'une partie de celui-ci, y compris d'ailleurs en amoindrissant ce que produit et offre cette soci&#233;t&#233;. Et ce qui contribue &#224; cette participation ne se limite pas &#224; l'activit&#233; &#233;conomique, mais est aussi d'ordre social et personnel. Inversement, l'in&#233;galit&#233; &#233;conomique est bienvenue, et m&#234;me n&#233;cessaire, si elle d&#233;veloppe le bien commun, donc ce qui est disponible, permettant aussi une forme enrichie de participation. Les gens acceptent la richesse des autres si elle r&#233;sulte d'une vraie cr&#233;ation, et qu'elle apporte quelque chose &#224; la soci&#233;t&#233;. Mais pas si le gagnant rafle tout, et ne se reconna&#238;t aucun devoir sp&#233;cifique d&#233;coulant de cette position. Et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; s'il pille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Participation et propri&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'angle purement mat&#233;riel, un des moyens pour cela (mais &#233;videmment pas suffisant) est la diffusion de la propri&#233;t&#233;. C'est ici qu'on peut &#233;voquer la piste ouverte par un courant de pens&#233;e tournant autour de l'id&#233;e de diffusion de la propri&#233;t&#233;, la propri&#233;t&#233; de sa maison et surtout celle des moyens de production. Ainsi dans le &#8216;distributisme' anglais de H. Belloc et G. K. Chesterton, d'inspiration catholique, recommandant comme alternative au socialisme et au capitalisme la diffusion la plus large possible de la propri&#233;t&#233; directe des moyens de production. Ces id&#233;es ne sont toutefois pas tr&#232;s pr&#233;cises, au-del&#224; de ce principe. Cela consiste par exemple en un &#233;loge appuy&#233; de la paysannerie d'une part, ainsi que de l'artisanat ou du petit commerce. Et d'autre part, dans le cas des entreprises, par une action volontariste, et notamment un avantage donn&#233; dans la loi et la fiscalit&#233; &#224; la petite entreprise, et &#224; la propri&#233;t&#233; directe. Cela peut prendre par exemple la forme de taxe en cas de vente de la petite propri&#233;t&#233; &#224; la grande, de mesures pour favoriser l'&#233;clatement de celle-ci, la protection de l'exp&#233;rimentation ou de la cr&#233;ation dans la petite propri&#233;t&#233; ; plus bien s&#251;r une lutte renforc&#233;e contre les monopoles ou l'abus de pouvoir et de position, et la recr&#233;ation de la responsabilit&#233; des d&#233;tenteurs. Belloc admet que tout cela va contre des tendances &#233;conomiques naturelles, li&#233;es soit &#224; la plus grande efficacit&#233; de la concentration, soit &#224; son pouvoir. Mais le b&#233;n&#233;fice social lui para&#238;t nettement sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'angle qui nous concerne ici, cette diffusion n'a de sens que si la personne devient vraiment par-l&#224; plus ma&#238;tre de son destin. L'id&#233;e de restauration d'un vraie paysannerie a des affinit&#233;s avec les tendances &#233;cologiques actuelles ; il serait bon de la favoriser, mais on peut douter que cela puisse devenir un ph&#233;nom&#232;ne significatif dans nos soci&#233;t&#233;s, sauf grande crise ou mutation majeure. Quant &#224; des mesures visant &#224; favoriser les petites entreprises ou l'artisanat, ainsi que les coop&#233;ratives vraies, ou &#224; les prot&#233;ger par rapport au plus grandes, ainsi qu'&#224; lutter contre les monopoles et concentrations excessives etc., elle est en soi attractive et m&#233;rite d'&#234;tre approfondie. Mais cela ne r&#233;soudrait l&#224; aussi que partiellement la question de la plupart des entreprises et donc du gros de l'&#233;conomie. Comme on voit mal comment les morceler syst&#233;matiquement, la seule voie possible est en effet alors la d&#233;tention plus diffuse d'actions, notamment dans le personnel. Mais une telle propri&#233;t&#233; serait alors trop divis&#233;e pour assurer un vrai contr&#244;le personnel, individuel, des moyens de production, comme le voudraient les distributistes. C'est bien, mais ce ne peut donc &#234;tre qu'une voie partielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Participation de tous, progr&#232;s technique et emploi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une large mesure, dans nos soci&#233;t&#233;s participer &#224; la soci&#233;t&#233; signifie d'abord avoir un &lt;i&gt;emploi&lt;/i&gt;. Comme on sait, cela n'a pas toujours &#233;t&#233; le cas ; dans les soci&#233;t&#233;s ant&#233;rieures, malgr&#233; leurs limites, l'id&#233;e de communaut&#233; &#233;tait centrale ; la situation normale &#233;tait l'insertion dans la communaut&#233;, le travail de chacun &#233;tait attendu mais ne se reliait pas &#224; ce que nous appelons de nos jours un emploi. Il serait &#224; l'&#233;vidence hautement souhaitable que se reconstituent au moins de fa&#231;on partielle ces solidarit&#233;s communautaires. Mais cette question d&#233;passe l'&#233;conomie : elle est un de ces nombreux exemples o&#249; l'&#233;conomie n'a pas la r&#233;ponse, parce qu'elle n'a de sens que comme partie d'une r&#233;flexion sociale, culturelle et politique au sens large. Ajoutons que la question n'est pas seulement financi&#232;re : donner &#224; quelqu'un de quoi vivre ne suffit pas en soi pour l'ins&#233;rer dans la soci&#233;t&#233;. Il reste cependant qu'en g&#233;n&#233;ral un emploi est n&#233;cessaire (ou l'&#233;quivalent), donnant la possibilit&#233; de se r&#233;aliser ou au moins de contribuer par son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui peut conduire, pour l'assurer, &#224; utiliser des moyens sortant du cadre &#233;conomique habituel, par exemple par emploi volontariste de personnes difficilement recrut&#233;es par l'&#233;conomie au sens habituel du terme. Ce qui suppose aussi des moyens, et pas d'abord publics, mais notamment par solidarit&#233; ou don. Ajoutons que cette importance cruciale du travail prend une acuit&#233; particuli&#232;re dans le contexte actuel, avec le double effet de la mondialisation et du d&#233;veloppement technique, notamment de l'intelligence artificielle (IA). La seconde peut devenir un facteur majeur de d&#233;structuration s'il s'av&#232;re plus destructrice que cr&#233;atrice d'emploi. On dit que par le pass&#233; le progr&#232;s technique a toujours &#233;t&#233; cr&#233;ateur d'emplois, ce qui est en gros vrai ; mais cela ne veut pas dire que ce sera toujours le cas, surtout dans le contexte de la mondialisation, et en tout cas pas n&#233;cessairement tout de suite. Inversement les m&#234;mes d&#233;veloppements peuvent cr&#233;er d'autres emplois, ce &#224; quoi on peut ajouter les emplois issus de la conversion &#233;cologique, ainsi que des services &#224; la personne. La question d&#233;passe notre propos ici, mais elle est majeure, et elle peut conduire &#224; revoir en profondeur notre conception de l'emploi, c'est-&#224;-dire de l'insertion de la plupart des personnes dans l'&#233;conomie ; insertion qui est en tout &#233;tat de cause une priorit&#233; absolue. Il s'agit alors de favoriser une cr&#233;ation d'activit&#233; socialement b&#233;n&#233;fique, et &#224; la r&#233;mun&#233;rer de fa&#231;on ad&#233;quate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'emploi lui-m&#234;me ne suffit pas : beaucoup de personnes trouveront un sens dans la vie dans d'autres formes d'expression, notamment associative, ou dans le cadre de solidarit&#233;s comme la famille ; le tout supposant une soci&#233;t&#233; moins obs&#233;d&#233;e par la seule activit&#233; &#233;conomique au sens &#233;troit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin nous avons &#233;voqu&#233; surtout les aspects &#233;conomiques, mais d'autres questions essentielles seraient &#224; &#233;voquer dans cette perspective. On ne citera que celle, fondamentale, de l'&#233;ducation, qui doit s'arracher &#224; l'obsession de la comp&#233;tition, tout &#233;tant exigeante et tourn&#233;e vers la qualit&#233;, comme elle l'a &#233;t&#233; &#224; une &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, en conclusion, la question de la participation de tous &#224; la soci&#233;t&#233; conduit &#224; changer notre regard en profondeur. Non que la lutte contre les in&#233;galit&#233;s excessives, ou mal orient&#233;es, ou pour une plus grande &#233;galit&#233; des chances, n'ait pas son sens ; mais elle n'est pas la r&#233;ponse principale. Celle-ci doit &#234;tre orient&#233;e vers ce que les personnes apportent &#224; la soci&#233;t&#233; et ce qu'elles en en retirent effectivement. L&#224; aussi, cela appelle un grand retournement politique (pour reprendre le titre d'une de mes livres r&#233;cents). Politique, mais aussi culturel et mental.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les in&#233;galit&#233;s et la justice sociale (deuxi&#232;me article) : les in&#233;galit&#233;s de patrimoine </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Les-inegalites-et-la-justice-sociale-deuxieme-article-les-inegalites-de.html</link>
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		<dc:date>2020-12-16T10:17:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Fortune</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Patrimoine</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s sociales, la question obsessionnelle dans nos soci&#233;t&#233;s. Que devons-nous faire ? Qu'est-ce qui est un devoir moral, qu'est-ce qui est utopique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose ici trois articles : un sur les in&#233;galit&#233;s de revenus, un sur les patrimoines, et un troisi&#232;me sur ce qui est sans doute la vraie question : quelle est la participation de chacun &#224; la soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce deuxi&#232;me article porte sur les in&#233;galit&#233;s de patrimoine, ou de fortune. Deux id&#233;es de base : une &#233;conomie non totalement &#233;tatis&#233;e implique une propri&#233;t&#233; priv&#233;e, laquelle ne peut &#234;tre &#233;galitaire. On peut certes avoir &#224; r&#233;guler ces in&#233;galit&#233;s, mais vouloir les faire disparaitre est une utopie d&#233;vastatrice. Deuxi&#232;me id&#233;e : il est essentiel de regarder les motivations et priorit&#233;s des d&#233;tenteurs de fortune ou de patrimoine, grands ou petits. On agira donc envers eux en tenant compte de ces motivations. Surtout &#224; notre &#233;poque o&#249; leur culture esth&#233;tique et morale est pour dire le moins assez peu d&#233;velopp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que la seule in&#233;galit&#233;, ce qui compte est donc la question de la participation des personnes &#224; la soci&#233;t&#233; qu'un troisi&#232;me article examinera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Fortune-et-inegalites-.html" rel="directory"&gt;In&#233;galit&#233;s, fortune&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Fortune-+.html" rel="tag"&gt;Fortune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Inegalites-+.html" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Patrimoine-+.html" rel="tag"&gt;Patrimoine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;In&#233;galit&#233;s et patrimoine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cas des patrimoines&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes concentr&#233;s dans un article pr&#233;c&#233;dent sur les revenus. des une deuxi&#232;me question, assez diff&#233;rente, est celle des in&#233;galit&#233;s de patrimoine. Mais on pourrait objecter que dans ce cas, les raisonnements propos&#233;s pour les revenus, notamment en termes de r&#233;mun&#233;ration d'un service r&#233;el, sont relativement en d&#233;faut. D'un c&#244;t&#233; en effet, certains peuvent accumuler des fortunes r&#233;ellement &#233;normes qu'on peut juger disproportionn&#233;es - le cas extr&#234;me de nos jours &#233;tant celui des (jeunes) propri&#233;taires des GAFAM (Google Amazon Facebook Apple Microsoft). D'un autre c&#244;t&#233;, les in&#233;galit&#233;s de patrimoine sont en partie appr&#233;ciable h&#233;rit&#233;es : ce n'est alors pas le d&#233;tenteur qui a fourni le service, qui une fois r&#233;mun&#233;r&#233; puis &#233;pargn&#233;, s'est accumul&#233; en patrimoine transmis ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re question &#224; &#233;voquer &#224; propose des patrimoines est d'abord celle de la propri&#233;t&#233; des biens et notamment des actifs &#233;conomiques. Sauf &#224; les donner pour l'essentiel &#224; l'Etat, ils sont propri&#233;t&#233; de quelqu'un. Dans ce cas la tendance &#224; une forte in&#233;galit&#233; est in&#233;vitable, m&#234;me si on peut tenter de la corriger. Les fondateurs des GAFAM n'ont d'ailleurs rien vol&#233; &#224; qui que ce soit (hors cas de comportements non-concurrentiels). Quand Oxfam vous explique que 65 milliardaires poss&#232;dent autant qu'un milliard de personnes, cela n'a pas de sens direct : certes, ce milliard de personnes, en grande partie africain ou indien, ne poss&#232;de rien, ou des terrains et objets sans valeur marchande appr&#233;ciable ; mais d'un autre c&#244;t&#233; les Gates, Bezos ou autres ne leur ont rien pris ; ils ont imagin&#233; des formules et par l&#224; des entreprises, qui se sont appr&#233;ci&#233;es en Bourse parce que leur potentiel de gain s'est av&#233;r&#233; &#233;norme. Cette situation pose un gros probl&#232;me en termes de pouvoir, comme on le reverra, et ils ont du fait de leur fortune des devoirs immenses. Mais ce n'est pas &#224; proprement parler injuste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on plus fondamentale, une soci&#233;t&#233; d&#233;centralis&#233;e est une soci&#233;t&#233; o&#249; la propri&#233;t&#233; n'est pour l'essentiel pas entre des mains uniques, y compris celles de l'Etat ; car la soci&#233;t&#233; existe en dehors de l'Etat et avant lui. J'ai &#233;voqu&#233; cette question dans L&lt;i&gt;'Argent Ma&#238;tre ou serviteur&lt;/i&gt; (les citations ci-apr&#232;s sont de ce livre). Comme je le relevais, &#224; nouveau, si de l'argent est investi dans des actifs, il est d&#233;tenu par quelqu'un, et normalement ce n'est pas que par des institutions publiques (Etat et autres), et donc il est l'est par des personnes, directement ou non. Il y a donc naturellement et l&#233;gitimement une fonction de d&#233;tention priv&#233;e d'actifs importants, de ce qu'on appelle des fortunes, investies dans des biens de production, et si possible activement g&#233;r&#233;es dans le sens du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de l'h&#233;ritage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, un propri&#233;taire transmet normalement ses biens librement. Ce faisant, il ne contrevient en soi ni &#224; la justice commutative, ni &#224; la distributive. Il est l&#233;gitime que quelqu'un veuille l&#233;guer sa propri&#233;t&#233;, sinon le terme de propri&#233;t&#233; a peu de sens : avoir un bien veut dire pouvoir en disposer. En outre ces fortunes ont en partie importante une dimension familiale. D'abord une des raisons de leur constitution est de permettre aux g&#233;n&#233;rations futures de disposer de moyens qui leur permette d'agir et &#224; leur tour de faire du bien, l&#224; aussi dans le sens du bien commun. Certains estiment cependant qu'il n'est pas juste de faire h&#233;riter ses enfants. Mais on ne voit pas le progr&#232;s collectif qui r&#233;sulterait de la disparition de fortunes priv&#233;es au profit du seul Etat, donc on constate chaque jour les limites en mati&#232;re tant de cr&#233;ation &#233;conomique que d'inclusion sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte am&#233;ricain, certains contestent l'h&#233;ritage, mais ne remettent pas en question la libre disposition de ses biens ; mais ce n'est pas pour les donner &#224; l'Etat. Ce peut &#234;tre pour en doter des fondations, qui sont en soi de bonnes institutions pour affecter une certaine fortune &#224; un objectif de bien commun (m&#234;me si le dispositif est parfois d&#233;tourn&#233;). Pour d'autres, l&#233;guer &#224; ses enfants n'est pas le bon moyen pour contribuer au bien commun. Ils pr&#233;f&#232;rent que chacun prenne la responsabilit&#233; de l'argent qu'il a gagn&#233;, et donne d'autres la totalit&#233; de leur richesse. Cette conception a l'avantage de laisser l'initiative aux personnes, et de garder la possibilit&#233; de fortunes priv&#233;es, tourn&#233;es vers le bien commun, notamment par le biais de cet excellent outil que sont les fondations. Mais elle m&#233;conna&#238;t la l&#233;gitimit&#233; de la communaut&#233; familiale. En outre, on l'a dit, il faut dans une &#233;conomie d&#233;centralis&#233;e que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e assume la gestion d'actifs importants, si on ne veut pas tout &#233;tatiser. On ne peut pas tout faire par des fondations, car la logique d'une fondation implique que des instructions pr&#233;cises leur soient donn&#233;es au moment de leur constitution, dont un conseil compos&#233; de fiduciaires ou &#8216;trustees' v&#233;rifie la mise en &#339;uvre. C'est tr&#232;s bien en soi (si ces instructions sont bien orient&#233;es) mais ce peut &#234;tre un facteur important de blocage de l'&#233;conomie s'il y en a trop, de rigidit&#233;. D'o&#249; le besoin de fortunes priv&#233;es. Et sans h&#233;ritage, celles-ci resteront limit&#233;es : l'Etat raflera l'essentiel &#224; chaque g&#233;n&#233;ration. Vouloir l&#233;guer &#224; ses enfants un patrimoine est donc en soi un objectif l&#233;gitime &#8211; sachant &#233;videment que cela suppose qu'on les ait &#233;duqu&#233;s pour pouvoir bien l'utiliser. Dit autrement, il y a priorit&#233; au bon usage de la richesse par rapport &#224; sa distribution. Et cet usage vertueux qui s'apprend notamment en famille. Si on comprend bien ce que veut dire la d&#233;tention d'une telle fortune sur le plan moral, si on la prend comme une responsabilit&#233; qui vous est confi&#233;e personnellement, lourde mais passionnante, ce peut &#234;tre tr&#232;s positif pour la soci&#233;t&#233; et surtout cela rend des services irrempla&#231;ables. L'&#233;tude de l'histoire montre qu'aucun des progr&#232;s qu'a fait l'humanit&#233; dans les sciences, les techniques ou la culture, n'aurait &#233;t&#233; possible sans de riches personnes qui en ont assum&#233; les risques. Celui qui est dans cette situation doit donc en assumer consciemment et r&#233;solument les cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rappels factuels sur le long terme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut objecter que cela d&#233;bouche sur des in&#233;galit&#233;s consid&#233;rables &#224; terme, ce qui para&#238;t &#224; nouveau justifier une certaine redistribution. C'est vrai et on y reviendra. Mais il ne faut pas croire que l'objectif d'une d&#233;tention &#233;galitaire soit r&#233;aliste. Quand on regarde les faits en perspective historique, la question appara&#238;t bien plus intraitable que tous les plans d'action ne le laissent supposer. D&#233;j&#224;, la mobilit&#233; sociale r&#233;elle est en g&#233;n&#233;ral relativement faible, comme le montrent les analyses ; elle peut varier mais sans jamais devenir consid&#233;rable, et elle demande plusieurs g&#233;n&#233;rations. Un panorama historique fouill&#233; de l'in&#233;galit&#233; a &#233;t&#233; dress&#233; par Walter Scheidel. Je l'ai &#233;voqu&#233; dans un pr&#233;c&#233;dent article (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Reduire-les-inegalites-une-chimere.html)&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Reduire-les-...&lt;/a&gt;. Il montre qu'au cours de l'histoire les in&#233;galit&#233;s n'ont &#233;t&#233; r&#233;duites de fa&#231;on r&#233;ellement forte qu'au prix ou &#224; l'occasion de violences consid&#233;rables et exceptionnelles, qu'il range dans quatre familles : les guerres totales du XXe si&#232;cle ; les r&#233;volutions radicales (notamment communistes) au m&#234;me moment ; un effondrement des structures &#233;tatiques (comme la chute de l'Empire romain) ; et enfin des pand&#233;mies exceptionnelles comme la peste noire. Et encore, dit-il, leurs effets finissent toujours par s'&#233;roder plus ou moins rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le fait est que les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes connaissent aujourd'hui encore un niveau d'in&#233;galit&#233; plut&#244;t mod&#233;r&#233; selon les crit&#232;res historiques. Mais cette situation remonte aux deux guerres mondiales et aux crises de l'&#233;poque, qui ont provoqu&#233; une r&#233;duction, voire parfois une liquidation sans pr&#233;c&#233;dent des avantages de revenus et de fortunes consid&#233;rables qui pr&#233;valaient avant 1914 (par la fiscalit&#233;, et par la ruine directe, due &#224; l'effondrement de la valeur de plusieurs classes d'actifs). Il en est r&#233;sult&#233; en outre une fiscalit&#233; tr&#232;s &#233;lev&#233;e, justifi&#233;e au d&#233;part par l'effort de guerre ou ses s&#233;quelles, puis r&#233;utilis&#233;e pour la redistribution. En outre, toujours du fait des guerres, des &#233;conomies autocentr&#233;es sur base nationale se sont mises en place, permettant une autre innovation majeure de l'&#233;poque, qu'on a appel&#233;e selon l'optique fordisme ou sociald&#233;mocratie, caract&#233;ris&#233;e non seulement par une redistribution importante, mais surtout par une politique de salaires &#233;lev&#233;s, largement sous contr&#244;le public. D'o&#249; d'ailleurs les Trente glorieuses de croissance fort apr&#232;s-guerre. Mais le tout n'a &#233;t&#233; possible que parce que les &#233;conomies &#233;taient devenues fortement autocentr&#233;es, apr&#232;s la crise de 1929 et les guerres. Or comme on sait cette situation n'a pas dur&#233;, notamment du fait de l'ouverture des fronti&#232;res et de la mise en concurrence des capitalismes. Depuis lors, le sch&#233;ma est soumis actuellement &#224; de fortes pressions du fait de la mondialisation, et tend &#224; s'&#233;roder ; parall&#232;lement les in&#233;galit&#233;s remontent. En revanche, Scheidel montre de fa&#231;on convaincante que les effets vraiment &#233;galisateurs d'une politique publique de temps de paix sont relativement limit&#233;s, s'ils ne sont pas accompagn&#233;s comme on l'a dit d'un choc tr&#232;s violent, interne ou externe. Cela ne les condamne pas, mais cela montre leur limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'analyse de Piketty&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est trait&#233;e avec des conclusions diff&#233;rentes par Thomas Piketty (&lt;i&gt;Le capital au XXIe si&#232;cle&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Capital et id&#233;ologie&lt;/i&gt;), dont l'analyse de r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s se concentre sur l'exp&#233;rience du XXe si&#232;cle (ses analyses sur les &#233;poques ant&#233;rieures portent plut&#244;t sur l'id&#233;ologie. Il montre lui aussi la concentration consid&#233;rable des patrimoines dans tous les pays d&#233;velopp&#233;s avant 1914 (ce qui met d'ailleurs en &#233;vidence l'&#233;chec de la R&#233;volution dans l'&#233;galisation des propri&#233;t&#233;s), et sa consid&#233;rable r&#233;duction &#224; partir de la guerre, et jusque vers 1980. Son analyse souligne, plus que l'effet directeur des guerres ou la baisse de valeur des actifs - sur lesquels il insiste peu, le r&#244;le des mesures politiques prises notamment imm&#233;diatement apr&#232;s les deux guerres ainsi que dans les ann&#233;es 30. Il s'agit essentiellement des imp&#244;ts sur le revenu et sur les successions, faibles avant 1913 (toujours moins de 10%) et qui passent ensuite &#224; des taux maximum allant jusqu'&#224; plus de 80%, notamment aux Etats-Unis et en Grande Bretagne. Plus des mesures &#233;conomiques comme les blocages de loyer ; ou encore les nationalisations. Il note que cela a financ&#233; l'Etat social et &#233;ducatif, pass&#233; de 10% &#224; entre 30 et 50% du revenu national. Cela a r&#233;duit les in&#233;galit&#233;s sensiblement, sans toutefois les faire dispara&#238;tre : en France la part de revenu des 10% les plus &#233;lev&#233;s &#233;tait de 20 fois celle des 50% les plus bas avant 1913, mais encore de 8 fois vers 2010. Il admet cependant qu'on est revenu depuis &#224; 20% aux Etats-Unis, et cela dit-il essentiellement au d&#233;triment des 50% les plus pauvres et au profit du centi&#232;me le plus pourvu. En Europe en revanche la hausse des in&#233;galit&#233;s apr&#232;s 1980, r&#233;elle, est rest&#233;e relativement contenue, notamment en France ; d'apr&#232;s lui ce n'est pas d&#251; &#224; la redistribution fiscale, mais aux revenus primaires, rest&#233;s moins in&#233;gaux qu'aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Piketty d&#233;duit de tout ceci que la r&#233;duction massive des in&#233;galit&#233;s est r&#233;alisable et b&#233;n&#233;fique. Nous reviendrons ci-apr&#232;s sur ses propositions. Mais son analyse est contestable. D'une part il se base essentiellement sur une exp&#233;rience tr&#232;s particuli&#232;re, celle du premier XXe si&#232;cle (guerres mondiales et r&#233;volutions) qu'on vient de citer, et il la confond avec une possibilit&#233; g&#233;n&#233;rale ; et d'autre part il lui attribue des bienfaits indus. Mettant en avant les seules mesures fiscales, li&#233;es pourtant &#224; la conjecture tr&#232;s particuli&#232;re de deux guerres mondiales ravageuses, sans parler de la crise de 1929, il n&#233;glige la formidable impulsion qu'elles ont donn&#233; &#224; l'emprise de l'Etat sur la vie des pays concern&#233;s et leurs &#233;conomies - sans compter la peur du communisme, apr&#232;s la R&#233;volution d'Octobre. De plus, dans son analyse de la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s il n&#233;glige le r&#244;le de l'effondrement de la valeur de la plupart des actifs, tant du fait de l'inflation et des guerres que de la crise : elles ont pourtant un r&#244;le central dans la disparition des rentiers. Quant aux bienfaits de ces mesures, il tend &#224; les exag&#233;rer aussi : ni l'&#233;ducation populaire, ni la s&#233;curit&#233; sociale, ni le suffrage universel n'en r&#233;sultent (comme le montre l'Allemagne bismarckienne) du moins dans leur principe. M&#234;me si, notamment sur le plan social, cette fiscalit&#233; tr&#232;s renforc&#233;e leur a permis de prendre des proportions consid&#233;rables. En r&#233;sum&#233;, l'analyse de Piketty elle-m&#234;me montre le r&#244;le tr&#232;s particulier jou&#233; par les circonstances de l'&#233;poque, et notamment l'extr&#234;me violence qui a secou&#233; les soci&#233;t&#233;s d'alors. Sur ce point l'analyse de Scheidel para&#238;t plut&#244;t confirm&#233;e. D&#232;s lors la possibilit&#233; de mesures aussi radicales &#224; l'avenir para&#238;t al&#233;atoire, hors crise majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question prend une importance particuli&#232;re &#224; notre &#233;poque, qui comme on l'a dit voit une baisse relative de la part des classes moyennes, et une augmentation sensible de la part des plus riches, notamment les 1% voire m&#234;me les seuls 0, 1 % les plus favoris&#233;s. L'&#233;volution future risque d'accentuer ces tendances, avec la mont&#233;e des pays &#233;mergents et le d&#233;veloppement de la num&#233;risation, notamment de ce qu'on appelle intelligence artificielle (IA). Ces tendances lourdes peuvent &#234;tre en partie orient&#233;es ou contr&#233;es par les politiques publiques, soit de redistribution, soit plus encore de positionnement dans la comp&#233;tition internationale et de plus ou moins grande protection, mais comme on vient de le voir, en partie seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces analyses n'invalident pas les efforts raisonnables faits pour limiter les in&#233;galit&#233;s en assurant un certain niveau de redistribution. En t&#233;moigne le fait que la situation des pays d&#233;velopp&#233;s depuis 1970, si elle va partout dans le sens d'une plus grande in&#233;galit&#233;, le fait de fa&#231;on variable, les pays anglosaxons &#233;tant devenus les plus in&#233;gaux, d'autres comme les Scandinaves ou la France ayant sensiblement att&#233;nu&#233; le ph&#233;nom&#232;ne. L'avenir dira si c'est tenable sur la dur&#233;e. Mais il n'en reste pas moins que les efforts pour contenir les in&#233;galit&#233;s ne doivent pas &#234;tre confondus avec une transformation en profondeur de la r&#233;alit&#233; sociale, laquelle n'est en g&#233;n&#233;ral r&#233;alisable que par des r&#233;volutions aux effets d&#233;sastreux, ou des chocs d'une violence comparable. Dans la pratique, l'extraordinaire &#233;nergie politique qu'exige un tel bouleversement n'est normalement pas disponible dans la soci&#233;t&#233;, les avantages &#233;ventuelles &#233;tant a priori douteux pour la plupart des gens en regard de l'incertitude et des risques associ&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La redistribution : perspectives utopiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas &#233;vident que la redistribution massive de la propri&#233;t&#233; soit une voie vraiment efficace en termes de patrimoine ; de plus, outre les consid&#233;rations g&#233;n&#233;rales sur la justice d&#233;j&#224; expos&#233;es, il n'est pas non plus prouv&#233; qu'elle serait justifi&#233;e ou b&#233;n&#233;fique, m&#234;me si elle &#233;tait tentable. Mais que proposent les r&#233;formateurs radicaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un expert bien connu comme Atkinson propose par exemple une dotation en capital pour tous (10 000 &#8364; ?) financ&#233;e par les droits sur l'h&#233;ritage. La justification en est la constitution d'un capital de d&#233;part. Mais il est douteux que cela donne une base consistante pour d&#233;marrer efficacement. Pour la plupart, ce sera tr&#232;s insuffisant, tandis que d'autres le gaspilleront. Et cela resterait vrai m&#234;me si on augmentait le chiffre. On sait que certains vont bien plus loin, comme les partisans de la &#8216;d&#233;mocratie de propri&#233;taires' (Meade et Rawls). Souhaitant g&#233;n&#233;raliser la propri&#233;t&#233;, ils proposent une taxation de la fortune syst&#233;matique, tant annuelle qu'au moment des successions, afin de plafonner le montant accumulable, tout en assurant &#224; chacun une dotation de d&#233;part. Mais cela reste peu pr&#233;cis, et ne r&#233;pond pas &#224; des questions centrales pour l'organisation de la soci&#233;t&#233;. Qui d&#233;tiendrait les entreprises ? Soit chacun voudrait vendre d&#232;s que possible ses titres pour faire autre chose que d&#233;tenir de l'argent, mais qui ach&#232;terait ? Soit cette d&#233;tention serait bloqu&#233;e, la propri&#233;t&#233; restant divis&#233;e et de ce fait aux mains des gestionnaires de fond, &#233;tant entendu que le seul actionnaire important en serait l'Etat. Outre que cela retirerait &#224; l'effort de chacun une de ses motivations majeures, cela donnerait dans les faits &#224; l'Etat un pouvoir quasi absolu. Mais sans faire dispara&#238;tre le probl&#232;me central des priorit&#233;s que se donnent les propri&#233;taires, qui est essentielle pour l'orientation de l'&#233;conomie et donc pour le bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#234;mes remarques valent pour les propositions de Thomas Piketty, qui s'inscrivent dans cette ligne. Elles sont malgr&#233; les apparences tr&#232;s radicales, conformes &#224; une analyse qui met certes en avant la &#171; justice comme participation et d&#233;lib&#233;ration &#187;, mais en r&#233;alit&#233; insiste surtout sur l'&#233;galit&#233; comprise comme le crit&#232;re ultime absolu. Si en effet il propose un imp&#244;t sur le revenu (rempla&#231;ant en outre les cotisations sociales) et deux imp&#244;ts sur le patrimoine tr&#232;s alourdis par rapport &#224; la situation actuelle, le premier est suppos&#233; rapporter 45% du revenu national et les deux autres 5% seulement. Si le premier est tr&#232;s sensiblement alourdi par rapport &#224; la situation actuelle, et plus redistributif, il ne change pas massivement la r&#233;alit&#233; ; en revanche le second repr&#233;senterait une vraie r&#233;volution, aboutissant &#224; la disparition &#224; terme de tous les patrimoines un tant soit peu significatifs. Or faire une r&#233;volution pour 5 % du revenu national n'a pas de sens fiscal ; il n'est propos&#233; que parce qu'on s'inspire d'une id&#233;ologie &#233;galitaire absolue. Dit autrement, on confisque pour assurer une &#233;galit&#233; absolue et non pas parce qu'on a besoin de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son bar&#232;me indicatif, sur un patrimoine repr&#233;sentant un multiple de 10 fois le patrimoine moyen (lequel est de 200 000 &#8364; environ) on pr&#233;l&#232;verait 5% annuellement et 60% en cas de succession. Sur les patrimoines repr&#233;sentant 10 000 fois le niveau moyen (donc environ 2 milliards), ce serait 90% chacun. Dans ces conditions, comme il l'indique d'ailleurs, il ne s'agirait plus que d'une propri&#233;t&#233; temporaire. D'autant que les &#8216;outils de travail' seraient pleinement inclus. C'est donc bien une r&#233;volution radicale : toute accumulation de patrimoine un tant soit peu significative serait de fait impossible. D&#233;j&#224;, 5 % est sensiblement plus &#233;lev&#233; que le rendement r&#233;el du capital sauf exception ; cela exclut donc qu'un patron d'entreprise en soit propri&#233;taire, d&#232;s le niveau PME - hors toutes petites. Piketty justifie cela notamment en consid&#233;rant d'une part que la constitution d'un patrimoine d&#233;pend en partie de la soci&#233;t&#233;, et pas seulement de l'int&#233;ress&#233;, et d'autre part qu'un patrimoine doit contribuer aux charges communes. Ce qui est exact, mais cela ne justifie pas les mesures confiscatoires qu'il propose, que seule la passion &#233;galitaire explique. L'intention nivelante est confirm&#233;e par le fait qu'il compl&#232;te ces mesures par une taxation progressive des &#233;missions carbone (cens&#233;ment pour prot&#233;ger les plus pauvres de l'impact) ; ainsi que par des quota d'acc&#232;s au syst&#232;me &#233;ducatif sup&#233;rieur, r&#233;serv&#233; aux citoyens les plus pauvres. Tr&#232;s logiquement une telle machinerie de r&#233;duction syst&#233;matique des in&#233;galit&#233;s d&#233;boucherait sur une &#233;conomie totalement &#233;tatis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces mesures fiscales permettraient dans son plan une dotation en capital de 120 000 &#8364; &#224; chacun, bien plus consistante que celle d'Atkinson. Donc dit-il chacun commencerait sa vie professionnelle avec 60% du patrimoine moyen, et cela contribuerait enfin &#224; doter les 50% les plus pauvres d'un patrimoine, ce qui n'a jamais &#233;t&#233; le cas. Notons cependant que le co&#251;t annuel d'une telle mesure serait de l'ordre de 100 milliards. L&#224; encore la volont&#233; &#233;galitaire est manifeste. Sachant que la plupart des gens soient d&#233;penseraient la dotation soit ach&#232;teraient un logement : c'est sympathique, mais cela ne r&#233;sout rien sur la propri&#233;t&#233; de l'&#233;conomie ; et cela enl&#232;verait toute signification &#224; l'id&#233;e d'&#233;pargne, ou de constitution de patrimoine du fait de ses efforts au cours de sa vie. Les cailles vous tomberaient toutes r&#244;ties. Mais inversement si vous r&#233;alisez quelque chose dans le champ &#233;conomique, on vous le confisquerait. Pourquoi alors se remuer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour expliquer que son plan est r&#233;alisable sans effondrement de la croissance, Piketty met en avant l'exemple de l'apr&#232;s-guerre comme d'un succ&#232;s montrant qu'un redistribution forte est favorable &#224; la croissance. Mais outre qu'il va sensiblement plus loin que les bar&#232;mes pourtant &#233;lev&#233;s de l'&#233;poque, il n&#233;glige d'examiner l'ensemble des syst&#232;mes fiscaux de ce temps, et notamment les moyens non n&#233;gligeables existant alors pour tourner les taux maxima, auxquels seuls il s'int&#233;resse. Par ailleurs, l'apr&#232;s-guerre &#233;tait une &#233;poque de reconstruction (en Europe) et de supr&#233;matie totale (aux Etats-Unis), extr&#234;mement particuli&#232;re. La croissance &#233;tait alors autrement plus ais&#233;e &#224; r&#233;aliser. Cela d'autant plus qu'elle &#233;tait en outre largement autarcique, et donc que le sch&#233;ma vertueux social-d&#233;mocrate fonctionnait (augmenter le revenu des salari&#233;s augmentait d'autant la demande adress&#233;e aux entreprises). Ce qui est devenu faux avec la mondialisation. Reconnaissant cependant que cette mondialisation a instaur&#233; &#224; la fois une comp&#233;tition fiscale entre Etats, et une mont&#233;e des id&#233;ologies identitaires au sens large, Piketty admet que ce qu'il propose suppose un degr&#233; tr&#232;s &#233;lev&#233; de coop&#233;ration internationale, confirmant l'id&#233;e qu'une &#233;conomie un tant soit peu ouverte rend tr&#232;s difficile (en fait impossible) une r&#233;duction forte des in&#233;galit&#233;s. Or cette coop&#233;ration est actuellement totalement hors de port&#233;e. Le sch&#233;ma est donc largement utopique (en supposant d'ailleurs qu'il soit d&#233;sirable).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion partielle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, &#224; nouveau, le point central est que la logique m&#234;me du fonctionnement d'une soci&#233;t&#233; d&#233;centralis&#233;e &#233;conomiquement est qu'il y ait une certaine concentration des fortunes. On peut la limiter dans une certaine mesure, mais jusqu'&#224; un certain point, apr&#232;s lequel on passe dans une &#233;conomie administr&#233;e et une soci&#233;t&#233; &#233;tatis&#233;e, potentiellement totalitaire. Dit autrement, si on admet comme nous le faisons ici qu'une soci&#233;t&#233; sera meilleure s'il y a une grande libert&#233; et d&#233;centralisation, les fortunes ne peuvent &#234;tre &#233;gales. Mais bien entendu cela ne justifie ni telle ou telle r&#233;partition donn&#233;e dans une situation bien pr&#233;cise, si elle a des effets tellement n&#233;gatifs qu'il vaut mieux que l'autorit&#233; publique intervienne pour la rectifier (malgr&#233; la violence que cela implique) ; et cela n'exclut pas une redistribution fiscale, selon une logique proche de ce que nous avons vu pour les r&#233;mun&#233;rations. Des r&#233;formes agraires bien men&#233;es peuvent donc &#234;tre justifi&#233;es cas par cas (propri&#233;t&#233;s sous-utilis&#233;es, ou exploitants agricoles comp&#233;tents mais exploit&#233;s par des propri&#233;taires parasitaires) etc.) ; il peut en &#234;tre de m&#234;me en cas de pouvoir excessif de certains (voir ci-apr&#232;s). En outre une certaine &#233;rosion des vraies fortunes peut se justifier si la distribution est vraiment trop in&#233;gale, sans b&#233;n&#233;fice public. Mais on en reste alors dans la r&#233;gulation, on ne change pas le fait de base de cette distribution des richesses en soi in&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, l'objectif ne peut pas et doit pas &#234;tre une soci&#233;t&#233; &#233;galitaire, qui n'a jamais exist&#233; et n'a en d&#233;finitive pas beaucoup de sens. Mais surtout cela implique un erreur de perspective. L'objectif est d'&#339;uvrer pour plus de justice, et au-del&#224; de la justice, pour plus de solidarit&#233;, au vrai sens du terme. Or la justice ne se confond pas avec l'&#233;galit&#233; arithm&#233;tique maximale. C'est &#233;vident de la justice commutative, ne serait-ce qu'au vu de la diversit&#233; des talents. Mais c'est vrai aussi de la justice distributive, qui vise fondamentalement notre rapport &#224; la soci&#233;t&#233; : ce que nous en retirons, et ce que nous lui apportons. Or il est &#233;videmment in&#233;gal dans les deux cas. On peut m&#234;me consid&#233;rer que sans in&#233;galit&#233;, c'est-&#224;-dire sans concentration des moyens sur quelques-uns, le progr&#232;s n'aurait jamais &#233;t&#233; possible au cours de l'histoire. Mais bien s&#251;r, en m&#234;me temps, une part appr&#233;ciable des in&#233;galit&#233;s constat&#233;es peut &#234;tre choquante et contre-productive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous rappelle en outre &#224; nouveau deux points centraux. Tout d'abord, ce qui importe n'est pas principalement la r&#233;partition de ces pouvoirs que sont les propri&#233;t&#233;s, mais dans une large mesure l'orientation des propri&#233;taires, quels qu'ils soient : c'est ce que les gens ou les institutions font des moyens qu'ils ont. Ce qui pose directement la question de la responsabilit&#233; sociale des propri&#233;taires, et de l'investissement socialement responsable, que j'&#233;voque dans d'autres articles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, du point de vue des personnes et notamment des plus modestes, une analyse quantitative, en in&#233;galit&#233;s de fortune ou de revenus, a son importance, mais le crit&#232;re ultime n'est pas l'&#233;galit&#233;, assez largement utopique ou totalitaire, et vite injuste, mais la consid&#233;ration de la place de chacun dans la soci&#233;t&#233;, de ce qu'ils y font ou peuvent faire. Je reviendrai sur ce point essentiel dans mon troisi&#232;me article.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;In&#233;galit&#233;s et pouvoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une autre probl&#233;matique li&#233;e aux in&#233;galit&#233;s est celle du pouvoir, du pouvoir que donne le fait d'&#234;tre pourvu d'une vrai fortune. Une approche &#233;thique conduit naturellement d'abord comme on l'a vu &#224; souligner leurs devoirs correspondants, &#224; l'&#233;vidence consid&#233;rables. S'agissant de leurs d&#233;penses, j'ai &#233;voqu&#233; le sujet plus en d&#233;tails dans d'autres livres (notamment &lt;i&gt;L'Evangile le Chr&#233;tien et l'Argent&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;L'argent ma&#238;tre ou serviteur ?&lt;/i&gt;). Historiquement, &#224; c&#244;t&#233; des pouvoirs publics et de l'Eglise, les d&#233;tenteurs de moyens importants ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans le d&#233;veloppement de la civilisation, notamment des arts et lettres, mais aussi de l'&#233;conomie et d'autres causes. Mais ils avaient &#224; l'&#233;poque une forme de devoir social, d'&#233;thique personnelle, sinon de vanit&#233; bien orient&#233;e, qui leur imposait un devoir qualitatif, dont les effets ont &#233;t&#233; historiquement immenses, et plut&#244;t positifs. Il n'en est plus de m&#234;me maintenant. Beaucoup d'entre eux aspirent &#224; ne plus &#234;tre visibles, ou consid&#232;rent que le niveau de leurs imp&#244;ts les dispense de tout effort au service de la communaut&#233;. Ce qui est une aberration profonde. L&#224; encore on d&#233;passe la taille de ce court article, et le champ de l'&#233;conomie ; mais cela n'en interpelle pas moins celle-ci, car c'est par elle qu'ils ont obtenu ce potentiel consid&#233;rable, qu'ils n'utilisent pas ou mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question se pose &#233;galement en termes de pouvoir sur la soci&#233;t&#233;. On entre ici en partie dans un champ qui est plus politique qu'&#233;conomique, mais il est important. A partir du moment o&#249; des gens, seuls ou en groupes, ou tous ensembles, jouissent de moyens importants, ils exercent un pouvoir. Il est donc essentiel dans l'analyse du rapport des personnes &#224; la soci&#233;t&#233; de mesurer, dans chacune de ces soci&#233;t&#233;s, ce qu'est ce pouvoir, comment il s'exerce, et dans quel sens. C'est en un sens la question des &#233;lites, dans sa dimension &#233;conomique. Une dimension plus proprement politique sera &#233;videmment les modes d'exercice de ce pouvoir. Mais tout aussi importante sera &#224; nouveau la culture de ces &#233;lites : leur syst&#232;me de valeurs et leur action effective. Autrefois, on l'a dit, les &#233;lites avaient au moins un sens aigu de l'importance de la culture au sens propre, arts, sciences, litt&#233;ratures. D'o&#249; leur apport historique. Or c'est tr&#232;s important pour mesurer ce que chacun retire de la soci&#233;t&#233;, objet de ce chapitre, car pour retirer quelque chose, il faut qu'il y ait cr&#233;ation et apport par d'autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'enjeu est aujourd'hui &#233;norme. D'un c&#244;t&#233;, on ne peut pas dire que la culture de nos &#233;lites soit particuli&#232;rement impressionnante, pour parler aimablement. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, ils n'ont jamais eu autant de moyens. Relevons &#224; ce sujet un fait important, qui concerne les fortunes priv&#233;es et leur nouveau pouvoir. Notre &#233;poque fait en effet appara&#238;tre un risque bien plus important qu'il y a 30 ans ou plus : la r&#233;&#233;mergence de fortunes consid&#233;rables, mais pas n&#233;cessairement bien orient&#233;es, donnant un pouvoir sans pr&#233;c&#233;dent. Je parle ici de ce probl&#232;me mondial qu'est l'apparition d'une classe surpuissante et tr&#232;s privil&#233;gi&#233;e de multimilliardaires : ces immenses fortunes issues soit de la cr&#233;ation de nouvelles entreprises, essentiellement apr&#232;s la vague internet (notamment, &#224; nouveau, les GAFAs) ; soit de la rente mini&#232;re, surtout p&#233;troli&#232;re (p&#233;ninsule arabique, etc.) ; soit d'ailleurs, ainsi celle de sp&#233;culateurs financiers comme Georges Soros. Une telle &#233;mergence, rapide et &#233;norme, n'est historiquement pas si fr&#233;quente &#224; un tel niveau, m&#234;me dans les p&#233;riodes capitalistes. Elle est porteuse d'effets consid&#233;rables, bien au-del&#224; du pur effet d'in&#233;galit&#233; d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; (mais qui est ici massif). Car le fait le plus important est que ces personnes disposent de sommes immenses leur permettant d'orienter la soci&#233;t&#233; dans un sens ou un autre, soit par leurs investissements, soit par leurs dons, soit par leur activit&#233; (Facebook, Twitter etc.). Certes, on l'a dit, il est en soi bon que des riches investissent et donnent. Mais ici les sommes sont exceptionnelles. Or les orientations de leurs d&#233;tenteurs, quand ils en ont, sont principalement domin&#233;es par l'id&#233;ologie de l'&#233;poque, qui n'est pas bonne. Par exemple, en faveur de m&#339;urs choquantes pour les uns, de propagande islamiste pour les autres, de politiquement correct pour la plupart. Il y a l&#224; un vrai danger collectif, qui est consid&#233;rablement sous-estim&#233;. Or l'impact sur la vie collective peut en &#234;tre massif. Mais en m&#234;me temps, ce n'est a priori pas une autorit&#233; mondiale qui y mettra bon ordre. Ici encore, s'il y a un niveau de moralit&#233; possible (toute relative, et variable selon les r&#233;alit&#233;s locales), c'est &#224; ce jour encore au niveau national, et dans la coop&#233;ration entre nations. Mais encore faut-il en &#234;tre conscient, et agir comme il le faut, car &#224; nouveau les enjeux sont consid&#233;rables. Comme en outre les entreprises qu'ils sont fond&#233;es sont &#224; tendance monopolistique, une intervention publique peut s'av&#233;rer n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Rappel : un troisi&#232;me article examinera la question &#224; mon sens d&#233;terminante, celle de la participation des personnes &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Les in&#233;galit&#233;s et la justice sociale (premier article) : les in&#233;galit&#233;s de revenu </title>
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		<dc:date>2020-12-12T10:20:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Revenu</dc:subject>
		<dc:subject>Justice</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s sociales, la question obsessionnelle dans nos soci&#233;t&#233;s. A la fois justifi&#233;e, et compl&#233;tement fauss&#233;e. In&#233;galit&#233; il y a, et pauvret&#233;. Mais en m&#234;me temps reste la question : que devons-nous faire ? Qu'est-ce qui est un devoir moral, qu'est-ce qui est utopique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose ici trois articles : un sur les in&#233;galit&#233;s de revenus, un sur les patrimoines, et un troisi&#232;me sur ce qui est sans doute la vraie question : quelle est la participation de chacun &#224; la soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier article : sur les in&#233;galit&#233;s de revenus (et sur la pauvret&#233;). Deux id&#233;es de base : la question de la pauvret&#233; et celle des in&#233;galit&#233;s sont tr&#232;s diff&#233;rentes et doivent &#234;tre distingu&#233;es. L'une concerne une fraction limit&#233;e mais prioritaire de la soci&#233;t&#233;, l'autre l'ensemble des rapports au sein de celle-ci. Deuxi&#232;me id&#233;e : la justice consiste &#224; rendre &#224; chacun ce qui lui est d&#251;. Justice commutative des &#233;changes, et justice distributive dans la soci&#233;t&#233;. Tous nous avons des droits ; mais tous ne contribuent pas &#233;galement. Une perspective qui n'est donc ni &#233;galitaire, ni satisfaite des abus. Qu'un grand patron gagne beaucoup plus que moi est normal. Qu'il per&#231;oive un revenu princier alors que sa gestion est m&#233;diocre ou nocive , en outre sans &#234;tre tenu responsable sur ses deniers, est scandaleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Fortune-et-inegalites-.html" rel="directory"&gt;In&#233;galit&#233;s, fortune&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Inegalites-+.html" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Revenu-+.html" rel="tag"&gt;Revenu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Justice-+.html" rel="tag"&gt;Justice&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pauvret&#233; et marginalit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Traitons d'embl&#233;e un point : la pauvret&#233;. Urgent, mais particulier. On tend trop souvent &#224; voir cette question de la pauvret&#233; en termes d'in&#233;galit&#233;. Le lien existe &#233;videmment, mais les questions de la pauvret&#233; et des in&#233;galit&#233;s sont tr&#232;s diff&#233;rentes et doivent &#234;tre distingu&#233;es. L'une concerne la partie d&#233;munie de la soci&#233;t&#233; ; l'autre, l'ensemble des rapports au sein de celle-ci, vus sous l'angle de la r&#233;partition des revenus ou des patrimoines. Une r&#233;ponse &#224; chacune de ces questions peut conduire &#224; des positions et des actions tr&#232;s diff&#233;rentes, ne serait-ce qu'au niveau des priorit&#233;s : doit-on par exemple rechercher l'&#233;galit&#233; maximale entre tous, ou privil&#233;gier le souci du pauvre ? Je commence par la premi&#232;re question, de la pauvret&#233;. On verra ensuite l'in&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de la pauvret&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me s'il n'est pas le seul, le chr&#233;tien est par excellence &#224; l'&#233;coute du message biblique et plus particuli&#232;rement &#233;vang&#233;lique portant sur les pauvres. Certes, le propos selon lequel la croissance &#233;conomique ne profite pas aux pauvres est &#224; la fois vrai, et quelque peu d&#233;s&#233;quilibr&#233;. Certes, il est faux de pr&#233;tendre qu'il y a automatiquement diffusion vers le bas de la richesse et r&#233;duction de l'exclusion. Mais il est erron&#233; de ne pas reconna&#238;tre qu'il y a des retomb&#233;es significatives de l'activit&#233; &#233;conomique concurrentielle ; trop souvent, on ne voit que l'hypocrisie (bien r&#233;elle) de ceux qui s'en drapent pour justifier la loi de la jungle. C'est pourtant un fait qu'une grande partie de l'humanit&#233; a r&#233;ellement et massivement progress&#233; mat&#233;riellement (m&#234;me si on peut estimer que ce n'est pas durable du fait des contraintes &#233;cologiques), notamment depuis 30 ans, et que des milliards d'hommes sont sortis de la mis&#232;re. De la m&#234;me fa&#231;on, si l'in&#233;galit&#233; cro&#238;t manifestement selon plusieurs crit&#232;res, en revanche affirmer que seule une minorit&#233; s'enrichit et que la majorit&#233; s'appauvrit ne correspond pas aux faits, au moins pour une grande partie de l'humanit&#233;. Dit autrement, on ne para&#238;t pas vraiment voir la puissance de cr&#233;ation de richesse de l'&#233;conomie, et sa capacit&#233; &#224; en faire profiter un grand nombre. Or cette capacit&#233; existe, m&#234;me si elle a ses limites, et notamment avec l'exclusion, point sur lequel sa critique est indiscutable &#8211; d'o&#249; le besoin de solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les degr&#233;s de solidarit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue moral ou &#233;thique, il est manifestement immoral de refuser ou marginaliser le pauvre comme tel, et de nier toute solidarit&#233; avec lui. Inclure les pauvres et ne pas cr&#233;er des exclus sont d'un point de vue &#233;thique des priorit&#233;s &#233;videntes et incontournables pour tous, y compris pour les acteurs de la vie &#233;conomique, voire notamment pour eux. Le refus de ce principe peut avoir une dimension pathologique (peur de la personne du pauvre, ou peur de manquer soi-m&#234;me de ressources). Mais d'autres se r&#233;fugient derri&#232;re des th&#233;ories pour mettre des limites &#224; cette exigence de solidarit&#233;. L'&#233;conomiste am&#233;ricain Tiemstra (Stories economists tell, Pickwick Publications, Eugene Oregon, 2012) critique ainsi trois id&#233;es selon lui r&#233;pandues dans la droite am&#233;ricaine, et il y r&#233;pond terme &#224; terme. Le premier est de d&#233;finir la pauvret&#233; en termes absolus (ceux qui sont en manque total) &#8211; et de ne pas aider les autres (ceux qui ne sont qu'en manque relatif). Or la pauvret&#233; est d'abord relative &#224; la position du pauvre par rapport &#224; la soci&#233;t&#233;, et cette pauvret&#233; relative cr&#233;e des probl&#232;mes sociaux observables. Le second consiste &#224; distinguer les pauvres &#224; aider et les autres : cela peut &#234;tre en excluant les pauvres qui travaillent, ou au contraire ceux qui ne font rien. Or l'obligation morale d'aider les pauvres ne se relie pas &#224; un m&#233;rite de leur part, mais &#224; leur besoin (m&#234;me s'il est bon qu'on les encourage ou aide &#224; travailler le cas &#233;ch&#233;ant). Le troisi&#232;me consiste &#224; renvoyer l'aide aux pauvres &#224; la seule initiative priv&#233;e. Mais le gouvernement est l&#224; pour instaurer la justice dans la soci&#233;t&#233;, et il n'est pas &#233;vident que les structures priv&#233;es soient toujours plus comp&#233;tentes ou appropri&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait ajouter inversement qu'on ne peut pas non plus tout attendre des seules institutions publiques. Car la cr&#233;ation de richesse et d'emploi et la logique &#233;conomique sont d'abord le fait des acteurs priv&#233;s. Ces points sont incontestables. La solidarit&#233; avec les pauvres se r&#233;f&#232;re &#224; un besoin de ceux-ci ; elle ne se limite pas &#224; des besoins fondamentaux comme la faim, et ne se base pas sur les m&#233;rites du pauvre. Et rien n'implique que le niveau politique n'y joue pas son r&#244;le. En r&#233;sum&#233;, il faut une action publique, au moins d&#232;s qu'on constate que l'action priv&#233;e ne suffit pas. Mais il est vrai aussi que l'aide priv&#233;e, interpersonnelle, est premi&#232;re, et probablement plus efficace quand elle existe. En outre, quelle que soit l'organisation de la solidarit&#233; sociale et de l'&#233;conomie, il y aura toujours des personnes en situation de besoin, et la demande &#233;thique d'aide et de solidarit&#233; subsistera, s'adressant &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;In&#233;galit&#233;s et revenus&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, la question des in&#233;galit&#233;s est distincte de la question de la pauvret&#233; : elle se r&#233;f&#232;re &#224; la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral, alors que la pauvret&#233; et l'exclusion ne se r&#233;f&#232;rent qu'&#224; une partie de la population, aux besoins plus urgents mais aujourd'hui relativement limit&#233;e, au moins dans les pays d&#233;velopp&#233;s. La question concr&#232;te est ensuite : sur quelle base faut-il appr&#233;cier le degr&#233; d'in&#233;galit&#233; dans la soci&#233;t&#233;, et, si on juge qu'il faut la r&#233;duire, comment le faire sans cr&#233;er d'autres maux ? Contrairement &#224; la pauvret&#233;, cette question n'a pas de r&#233;ponse de principe imm&#233;diate, en morale commune comme d'un point de vue chr&#233;tien. Les conceptions en pr&#233;sence sont d&#232;s lors vari&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justice commutative et justice distributive&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une large mesure, le d&#233;bat tourne autour de la notion de justice. Mais de quelle justice parle-t-on ? La justice consiste &#224; donner &#224; chacun ce qui lui revient. Dans le cadre de la pens&#233;e classique, le point central est l'existence de deux types fondamentaux de justice : la commutative et la distributive &#8216;saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae II-II q 61 : De partibus iustitiae). Dans le premier cas, on vise les rapports d'une personne &#224; une autre. Il s'agit donc de relations entre deux parties de la soci&#233;t&#233;. Cette justice &#8216;commutative' r&#233;git les &#233;changes. L'&#233;change doit &#234;tre &#8216;&#233;gal'. Dans le second cas, on consid&#232;re la relation de la partie au tout, donc de la personne &#224; la soci&#233;t&#233;. Cette justice &#8216;distributive' consid&#232;re la &#8216;distribution', au sens le plus large, des choses communes aux membres de la soci&#233;t&#233;. La distinction est importante, car dans chacun de ces cas le terme de comparaison par lequel on mesure la justice est diff&#233;rent. Dans la justice commutative, on compare les choses &#233;chang&#233;es (ou la r&#233;mun&#233;ration d'un acte) ; ainsi dans un achat ou une vente. Extorquer un prix &#233;lev&#233;, m&#234;me consenti, c'est vendre ce qu'on n'a pas, donc injuste. Et prendre &#224; quelqu'un quelque chose qu'il a gagn&#233; est aussi une injustice : ce qui met incidemment une limite &#233;vidente &#224; l'imp&#244;t. L'&#233;galit&#233; entre les termes y est donc centrale : l'&#233;change met en rapport deux volont&#233;s, &#233;gales comme telles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le second cas, la justice distributive, on consid&#232;re la relation de la personne &#224; la soci&#233;t&#233;. La soci&#233;t&#233; consid&#232;re ce que chacun est en droit de recevoir d'elle comme membre, en fonction de sa place et de son r&#244;le. Implicitement ou non, cela contient une appr&#233;ciation de ce que chacun apporte &#224; la soci&#233;t&#233; ou y signifie. Sur le plan &#233;conomique, ce d&#251; peut r&#233;sulter du fonctionnement du syst&#232;me, ou &#234;tre octroy&#233; par la soci&#233;t&#233;, qui puise dans les ressources communes, ou bien encore provenir d'autres participants, dont c'est le devoir. Ainsi de nos jours une prestation sociale est vers&#233;e directement par la soci&#233;t&#233;, alors que le SMIC est pay&#233; par les employeurs priv&#233;s, mais exig&#233; par la loi. Le d&#251; peut &#234;tre mon&#233;taire ou non (honneurs, statut, instruction, emploi etc.) &#8211; ce dernier facteur &#233;tant plus rare de nos jour (&#224; tort). Selon quel crit&#232;re ce d&#251; est-il &#233;tabli ? Cela d&#233;pend &#224; l'&#233;vidence de la soci&#233;t&#233;. En effet, contrairement &#224; la justice commutative, le terme de comparaison n'est pas l'&#233;galit&#233; entre deux choses, mais une proportion : ce qui est d&#251; sera proportionnel &#224; ce que sont, ou font, les personnes en question, d'un fa&#231;on qui d&#233;pend directement de la logique particuli&#232;re de construction de la soci&#233;t&#233; en question : si une personne est, ou fait, plus qu'une autre selon ces crit&#232;res, il en sera de m&#234;me de ce qu'elle re&#231;oit. Notons d'ores et d&#233;j&#224; que de ce point de vue il est &#233;quitable (juste) que chacun re&#231;oive un niveau de prestations qu'on peut appeler de base, &#224; laquelle il peut pr&#233;tendre comme personne humaine, membre de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons le raisonnement : la justice est une relation entre deux termes. Et cette relation, tout en s'imposant aux parties au moment o&#249; le probl&#232;me se pose, n'est pas fix&#233;e pour toujours dans un empyr&#233;e quelconque. Dans un cas, cela d&#233;pend de l'&#233;change et notamment des sp&#233;cificit&#233;s d'une transaction. Dans l'autre, cela d&#233;pend des conditions particuli&#232;res de l'organisation sociale consid&#233;r&#233;e, qui peut varier. En outre, ces deux grandes conceptions de la justice peuvent se heurter dans la pratique. Et selon les cas on peut avoir &#224; donner l'avantage &#224; l'une ou &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que dans la perspective classique, la recherche de justice s'inscrit n&#233;cessairement dans le cadre du bien commun, car elle est un des moyens les plus importants pour &#339;uvrer dans son sens, et ne se comprend pas pleinement sans cette finalit&#233;. On est donc dans un contexte qui n'est pas individualiste, ni moralement neutre, mais reconna&#238;t des finalit&#233;s, aux personnes et &#224; la soci&#233;t&#233;. On ne pose donc au d&#233;part ni a priori lib&#233;ral, ni &#233;galitariste (et on est tr&#232;s loin de John Rawls). Mais on consid&#232;re ce que dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e il faut attendre de chacun et donner &#224; chacun, pour aboutir au bien commun de cette soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les in&#233;galit&#233;s, la justice sociale et la redistribution&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne d&#233;velopperai pas les th&#232;ses en pr&#233;sence sur cet immense sujet des in&#233;galit&#233;s, qui ont fait l'objet d'une litt&#233;rature abondante. Je me concentrerai en outre ici sur l'in&#233;galit&#233; des revenus : celle des patrimoines sera &#233;voqu&#233;e dans un autre article. Un premier ensemble de positions regroupe celles qu'on peut qualifier de gauche ou social-d&#233;mocrate, pour qui l'in&#233;galit&#233; est en soi mauvaise et doit &#234;tre contenue, voire &#233;limin&#233;e, essentiellement par une intervention publique. Ce peut &#234;tre en critiquant l'in&#233;galit&#233; comme injustice, les hommes &#233;tant &#233;gaux, ou comme obstacle &#224; le participation de tous &#224; la soci&#233;t&#233;. Cela peut conduire aussi &#224; refuser le dilemme entre efficacit&#233; et in&#233;galit&#233;, et l'id&#233;e qu'une certaine in&#233;galit&#233; favorise le bon d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; (cela peut m&#234;me mener aussi &#224; soutenir que les in&#233;galit&#233;s sont nocives pour l'environnement). On souligne alors que la contribution des personnes ayant de hauts revenus n'est pas socialement toujours utile ; qu'en outre, leur productivit&#233; apparente d&#233;pend largement de leur insertion dans un contexte social de production, qui, dit-on alors, explique la plus grande partie des r&#233;sultats qu'ils obtiennent, de sorte qu'il est arbitraire de pr&#233;tendre justifier par-l&#224; leurs hautes r&#233;mun&#233;rations. En r&#233;sumer, on estime qu'il faut reconsid&#233;rer le syst&#232;me lui-m&#234;me, qui doit &#234;tre ordonn&#233; au service des pauvres et de la majorit&#233;. Ces conceptions voient alors la justice distributive de fa&#231;on radicale, comme redistribution directe maximale de richesse, avec priorit&#233; absolue &#224; la d&#233;pense publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens inverse, d'autres soulignent le degr&#233; &#233;lev&#233; d'intrusion dans la vie des personnes et de leurs associations ou soci&#233;t&#233;s que cette action suppose ; et ils s'interrogent sur l'am&#233;lioration qu'on peut r&#233;ellement obtenir par elle du sort des non-riches. On ajoute que l'existence d'une in&#233;galit&#233; ne justifie pas &#224; elle seule la redistribution, qu'il faudrait motiver par exemple par un dol quelconque ; car il n'est pas juste non plus que des gens soient priv&#233;s de ressources qu'ils ont l&#233;galement acquises, notamment par leur activit&#233;, et &#224; laquelle ils ont droit par justice commutative. J'ai le droit, dit Meredith, de voler du sucre pour soulager un diab&#233;tique que j'ai sous mes yeux et qui est en manque ; mais pas de voler syst&#233;matiquement tout le sucre que je rencontre pour le distribuer &#224; tous les diab&#233;tiques possibles. En outre, on n'&#233;value pas la d&#233;sincitation que cela entra&#238;ne : or il n'est pas bon qu'un revenu soit d&#233;coupl&#233; de toute contribution de la part de celui qui le re&#231;oit ; c'est m&#234;me l&#224; encore parfaitement injuste, sauf motif particulier. En d'autres termes, on n&#233;glige la mesure de l'impact de la redistribution sur les personnes, au nom d'une notion abstraite du revenu qui est d&#233;coupl&#233;e de la r&#233;alit&#233; &#233;conomique et sociale pourtant &#224; l'origine de la cr&#233;ation de richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus profond&#233;ment, l'in&#233;galit&#233; voulant dire que certains ont moins que d'autres, la premi&#232;re question n'est pas d'abord d'enlever aux uns pour le donner aux autres, mais surtout de faire en sorte, si c'est justifi&#233;, que ces derniers aient plus. Cela peut se faire par redistribution, mais c'est alors un jeu &#224; somme nulle, et &#233;ventuellement n&#233;gative si cela alt&#232;re n&#233;gativement le fonctionnement social sans apporter comparativement &#224; ceux qui sont dans le besoin. Le moyen le plus naturel, quand il est possible, est l'accroissement de la richesse globale. De fait, la pauvret&#233; relative ou le manque d&#233;pendent avant tout du niveau de la richesse collective , et non de l'in&#233;galit&#233;. Supprimer les maharajas, disait Fourasti&#233;, augmenterait le revenu nominal des Indiens, mais pas la quantit&#233; de riz disponible. En revanche, la croissance augmente la richesse de tous et m&#234;me diminue les &#233;carts. Autrement dit, c'est bien ce que le syst&#232;me apporte de mieux &#224; chacun qui compte, et non le carcan d'un coefficient de Gini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, il y a en soi deux moyens pour des pouvoirs publics de r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s : agir sur les revenus bruts et leur niveau, ou pr&#233;lever par l'imp&#244;t (ou des cotisations sociales fonctionnant comme des imp&#244;ts). Le premier est en soi plus conforme aux exigences de justice commutative comme redistributive, mais cela suppose qu'on puisse d&#233;montrer que cette justice a &#233;t&#233; viol&#233;e, c'est-&#224;-dire que des gens re&#231;oivent plus que ceux &#224; quoi ils ont raisonnablement droit. Mais la recherche &#224; tout prix de l'&#233;galit&#233; ne constitue pas en soi un argument de justice. C'est donc situation par situation qu'il faut juger. Mais cela ne doit pas emp&#234;cher d'agir et nous allons y venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la redistribution fiscale, c'est une mesure globale qui ne prend pas en compte le degr&#233; de justice des revenus eux-m&#234;mes ; en termes de justice, elle rencontre donc ses limites. Elle ne peut se justifier que de deux mani&#232;res : l'une est la capacit&#233; contributive aux charges communes, l'autre la volont&#233; comme on dit de &#8216;r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s'. La premi&#232;re est &#233;videmment plus &#233;lev&#233;e chez les plus ais&#233;s et para&#238;t &#233;quitable en termes notamment de justice distributive ; mais dans sa logique m&#234;me elle ne permet pas un pr&#233;l&#232;vement excessif : avoir une capacit&#233; contributive plus grande ne peut impliquer se voir confisquer une bonne partie de cette capacit&#233;. Ou alors on bascule dans le deuxi&#232;me argument. Mais alors se pose la motivation en termes de justice : si on n'intervient pas sur les revenus bruts, c'est qu'on les accepte comme justes ; et alors il n'y pas de raison de redistribuer, du moins sous cet angle. On justifie ensuite la redistribution en quelque sorte comme mesure balai : on ne sait pas trop comment agir sur les revenus bruts, mais comme on est contre une trop grande disparit&#233;, on rabote ce qui d&#233;passe. Ce qui introduit une contradiction dans le fonctionnement de la soci&#233;t&#233; : on vous laisse gagner ce que vous pouvez mais on le confisque ensuite, de fa&#231;on en outre assez grossi&#232;re et impr&#233;cise. Une telle mesure a donc ses limites, c'est celle de la social-d&#233;mocratie classique. On peut ajouter que la redistribution fiscale peut soulever de s&#233;rieux probl&#232;mes sociaux ou &#233;conomiques. Il est notamment tr&#232;s difficile de situer le niveau optimal de redistribution, et donc de pr&#233;l&#232;vement &#224; effectuer sur le revenu des autres. Il y a par exemple de consid&#233;rables d&#233;bats sur l'&#233;lasticit&#233; du taux marginal possible de l'imp&#244;t sur le revenu et les imp&#244;ts analogues (le seuil &#224; partir duquel il devient contre-productif) : un sp&#233;cialiste social-d&#233;mocrate partisan d'une forte redistribution comme Anthony B. Atkinson parle de 65%. Mais il n'est pas &#233;vident qu'un seuil d&#233;passant les 50 % ne doive pas d&#233;j&#224; &#234;tre jug&#233; confiscatoire. En r&#233;alit&#233; m&#234;me ce niveau de 50% remet en cause la logique de la constitution des revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive donc, et sauf &#224; agir sur les revenus bruts si effectivement ils sont injustes, un objectif purement &#233;galitaire obtenu par une fiscalit&#233; lourde va contre les exigences de la justice commutative, les prestations des uns et des autres &#233;tant diff&#233;rentes, mais aussi de la justice distributive, la soci&#233;t&#233; reposant sur des r&#244;les et des responsabilit&#233;s diff&#233;rents. En revanche une redistribution premi&#232;re &#171; raisonnable &#187;, c'est-&#224;-dire coh&#233;rente avec la libert&#233; des personnes et le bon fonctionnement de la soci&#233;t&#233;, est bienvenue, notamment en termes de justice distributive, dans la mesure surtout o&#249; elle permet &#224; chacun de participer &#224; la soci&#233;t&#233; en tant que personne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle justice dans les r&#233;mun&#233;rations ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justice et r&#233;mun&#233;rations : la justice commutative&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons donc l'importance majeure de la justice au niveau des revenus bruts, avant redistribution. Quelles cons&#233;quences peut-on tirer de ces consid&#233;rations ? Reprenons les crit&#232;res classiques, justice commutative et distributive. En justice commutative, on l'a dit l'exigence principale est la justice dans les &#233;changes ; elle implique que les abus de pouvoir des riches soient s&#233;v&#232;rement contr&#244;l&#233;s, et a fortiori tout ce qui est corruption et abus de pouvoir. Mais elle ne s'oppose pas &#224; l'in&#233;galit&#233; des revenus s'ils sont justement acquis, et consid&#233;rera m&#234;me injuste une redistribution fiscale excessive. On objectera que bien des hauts revenus sont le fruit d'un rapport de force et non de prestations ; c'est vrai (mais pas toujours, loin de l&#224;) ; mais si on remet en cause pour ce motif un revenu &#233;lev&#233;, ce sera parce qu'il n'est pas m&#233;rit&#233;, pas pour des motifs &#233;galitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re observation s'applique notamment aux revenus des dirigeants d'entreprise, souvent d&#233;mesur&#233;s, lorsque la prestation n'est pas l&#224;, ou n'est pas suffisante pour justifier le revenu en question. C'est malheureusement tr&#232;s souvent le cas - quoique pas toujours. Car, contrairement &#224; ce qu'on pr&#233;tend ici ou l&#224;, il se peut qu'un patron cr&#233;e un effet de richesse collective majeur, et il est alors juste qu'il en ait sa part : dans ce cas, elle peut m&#234;me repr&#233;senter en toute justice des sommes tr&#232;s importantes. De m&#234;me pour des personnes ayant une comp&#233;tence rare et tr&#232;s utile. Lorsque qu'on nous dit qu'on pourrait par exp&#233;rience de pens&#233;e supprimer les patrons et ne pas voir la soci&#233;t&#233; s'effondrer, alors que la disparition instantan&#233;e de tous les &#233;boueurs ou policiers serait catastrophique, on confond les probl&#232;mes. En fait, on pourra trouver des gens qui pourront assez vite faire le travail d'un &#233;boueur (dire cela n'enl&#232;ve rien &#224; la dignit&#233; de ce dernier et notamment &#224; sa tr&#232;s grande utilit&#233; pour la soci&#233;t&#233;, mise en lumi&#232;re si besoin est par la crise du coronavirus) ; mais un dirigeant de talent est r&#233;ellement rare, et fort utile. En outre, la prestation du second est dans une grande mesure elle aussi appr&#233;ciable, voire mesurable, contrairement &#224; ce que pr&#233;tend notre auteur. Et dans ce cas la justice commutative validera une in&#233;galit&#233; potentiellement &#233;lev&#233;e, qui est en outre socialement b&#233;n&#233;fique. Mais rappelons que la r&#233;alit&#233; de nos soci&#233;t&#233;s est loin de cet id&#233;al : bien des hautes r&#233;mun&#233;rations sont en r&#233;alit&#233; tout &#224; fait injustifi&#233;es. Les r&#233;mun&#233;rations salariales tr&#232;s &#233;lev&#233;es, notamment manag&#233;riales, sont les grands gagnants des 30 derni&#232;res ann&#233;es, bien plus que les actionnaires. C'est &#233;videmment aussi le cas des gains r&#233;sultant de la sp&#233;culation sur les actifs. Dans les banques d'investissement, les bonus issus de cette activit&#233; peuvent d'ailleurs m&#234;me d&#233;passer les dividendes. Une r&#233;action r&#233;solue s'impose donc, de la part des actionnaires et des pouvoirs publics. Et probablement une taxation diff&#233;renci&#233;e, voire une r&#233;glementation. Il faut en particulier d&#233;connecter les r&#233;mun&#233;ration des dirigeants de crit&#232;res de court terme, notamment des cours de Bourse, pour privil&#233;gier les prestations &#224; long terme, consid&#233;r&#233;es selon une vari&#233;t&#233; de crit&#232;res. Et donc revenir sur 30 ans d'&#233;volution erron&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On faut aussi mentionner ici la probl&#233;matique des m&#233;tropoles, source majeure d'in&#233;galit&#233;s mais largement n&#233;glig&#233;e (voir Paul Collier, The Future of Capitalism). Il y a plus encore que par le pass&#233; une avantage &#233;norme &#224; la concentration de talents qu'elles r&#233;alisent, dont Londres et New York (mais aussi Paris) sont des exemples majeurs. Comme le note Collier, la valeur ajout&#233;e qui en r&#233;sulte, et l'effet de rente induit, est partag&#233; entre les propri&#233;taires fonciers et les professionnels &#224; talent (moiti&#233; moiti&#233; selon son calcul). Les premiers n'y ont aucun m&#233;rite, et les seconds en partie seulement, car le m&#234;me juriste sp&#233;cialis&#233; bas&#233; &#224; Londres est beaucoup profitable que s'il &#233;tait en province. Il propose donc une taxation sp&#233;cifique des uns et des autres, au b&#233;n&#233;fice du reste de la communaut&#233; nationale, sans laquelle la m&#233;tropole n'existerait pas, mais qui n'en b&#233;n&#233;ficie que peu. Cela para&#238;t dans son principe justifi&#233;. De fa&#231;on analogue, on sait enfin qu'en g&#233;n&#233;ral les salaires d&#233;pendent de la prosp&#233;rit&#233; de l'employeur autant que du talent r&#233;el des collaborateurs. Les firmes les plus profitables payent de plus hauts salaires.et les monopolistes encore plus. Les secr&#233;taires sont bien mieux pay&#233;es dans la finance que dans le transport. C'est en partie in&#233;vitable, mais justifier cela par le jeu du march&#233; n'a pas de sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justice et r&#233;mun&#233;rations : la justice distributive&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En justice distributive, et a fortiori participative, la consid&#233;ration est diff&#233;rente : on cherche &#224; faire autant que possible en sorte que chacun re&#231;oive de la soci&#233;t&#233; ce qu'on estime juste qu'il re&#231;oive (sans cr&#233;er par ailleurs un mal plus grand que le bien qu'on veut obtenir) : cela d&#233;pend donc essentiellement ce qu'il fait ou est pour la soci&#233;t&#233;, mais cela suppose &#233;videmment que la personne puisse effectivement apporter &#224; la soci&#233;t&#233; (ce qui me conduit &#224; mettre ici la justice participative). Mais l&#224; aussi, on l'a rappel&#233;, l'&#233;galitarisme ne refl&#232;te pas la r&#233;alit&#233;, car les r&#244;les et apports des uns et des autres sont &#233;videmment diff&#233;rents. Le fait d'&#234;tre une personne humaine et d'&#234;tre citoyen donne un certain droit indubitable &#224; ce titre, mais ne justifie pas un objectif &#233;galitaire, tant s'en faut. Prenons ici quelques exemples concrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord celui d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; des patrons, qui ont une responsabilit&#233; importante et utile, ce qui fait que, m&#234;me en justice distributive, il est normal que leur r&#233;mun&#233;ration soit &#233;lev&#233;e. Mais justement, comme on l'a not&#233; elle doit alors se juger sur les r&#233;sultats de l'entreprise sur une dur&#233;e assez longue, appr&#233;ci&#233;s non seulement en termes actionnariaux ou comptables, mais aussi de responsabilit&#233; sociale. En outre, on doit pouvoir en r&#233;cup&#233;rer tout ou partie, si on constate ult&#233;rieurement que des erreurs ont &#233;t&#233; commises. Or c'est souvent bien apr&#232;s qu'on le voit. Et en cas d'injustice, on doit pouvoir contester leur r&#233;mun&#233;ration : en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, ou par la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de la dimension collective, S. Zamagni souligne les limites du processus d'agr&#233;gation des d&#233;cisions individuelles sur un march&#233;. C'est le cas par exemple d'un chanteur ou d'un footballeur qui gagne &#233;norm&#233;ment d'argent. Un libertarien am&#233;ricain connu, Nozick, nous dit : si des milliers de personnes acceptent de payer cher une place de concert, pourquoi les en emp&#234;cher ? Et alors, pourquoi critiquer le fait que le chanteur gagne des sommes &#233;normes ? Zamagni r&#233;pond que l'achat individuel de places ne signifie pas approbation de la r&#233;sultante, &#224; savoir le niveau de revenu du chanteur. En d'autres termes, dans un tel syst&#232;me l'effet d'ensemble ne fait l'objet d'aucun examen ; alors que la m&#234;me libert&#233; de choix que les participants manifestent au niveau individuel pourrait les conduire &#224; influencer dans un autre sens le r&#233;sultat collectif. C'est la main invisible qui est ici en d&#233;faut. Certes, les gens qui ont pay&#233; les places ou la musique ont accept&#233; un prix &#233;lev&#233; (ce qui est peut-&#234;tre acceptable en justice commutative). Mais ils n'ont pas accept&#233; ipso facto que la somme de ces paiements aboutisse &#224; une fortune. En justice distributive, on peut consid&#233;rer qu'il y a exc&#232;s. Soit pour le condamner moralement. Soit pour exiger un geste g&#233;n&#233;reux de l'int&#233;ress&#233;. Soit enfin pour les surtaxer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On prendra enfin le cas de magistrats ou de militaires, actuellement mal pay&#233;s. En justice commutative, on pourrait peut-&#234;tre tol&#233;rer que ces fonctionnaires soient recrut&#233;s &#224; un niveau de salaire modeste. Mais en justice distributive, l'importance de leurs responsabilit&#233;s, et la gravit&#233; de leur t&#226;che, imposent une r&#233;mun&#233;ration exprimant la reconnaissance de ce r&#244;le par la soci&#233;t&#233;. Et donc bien plac&#233;e dans l'&#233;chelle des revenus. On peut citer aussi ici le r&#244;le de tous ces acteurs de la vie &#233;conomique, de l'&#233;boueur au livreur, dont la crise sanitaire nous a fait percevoir l'importance ; sans parler, a fortiori, des soignants, infirmi&#232;res en t&#234;te, dont on ne peut voir la r&#233;mun&#233;ration comme le faisait la soci&#233;t&#233; auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A un niveau plus g&#233;n&#233;ral, on pourrait rappeler ici le principe catholique (mais compr&#233;hensible par tous) de la destination universelle des biens : il s'applique normalement d'abord &#224; la propri&#233;t&#233;, mais il peut avoir son sens en mati&#232;re de r&#233;partition des r&#233;mun&#233;rations. Ce ne sera alors &#224; nouveau pas dans un sens &#233;galitaire, mais pour que chacun obtienne dans la mesure du possible la possibilit&#233; de se d&#233;velopper, d'apporter &#224; la soci&#233;t&#233; et d'en recevoir un juste retour ; c'est une id&#233;e qu'expriment les notions de bien commun et de participation. Cela d&#233;bouche alors sur les consid&#233;rations &#233;voqu&#233;es ci-dessus sur le souci permanent et essentiel d'aider les personnes (par des moyens priv&#233;s et publics) &#224; participer activement &#224; la soci&#233;t&#233; et avec fruit. Mais cela ne m&#232;ne pas &#224; l'&#233;galitarisme, ni &#224; une fiscalit&#233; d&#233;vorante. En revanche, cela met l'accent au moins sur un besoin vital : l'&#233;ducation, et plus largement la culture. Bien entendu, une in&#233;galit&#233; excessive peut avoir un effet de rupture du lien social, surtout si les plus riches n'utilisent pas leur argent au service du bien commun. Mais l'envie non plus ne fonde pas le lien social, bien au contraire. Ce qui fait que l'action &#224; mener va varier selon les soci&#233;t&#233;s, et qu'une certaine redistribution est normalement n&#233;cessaire ; elle peut &#234;tre significative, quoique jamais punitive. Et surtout que la satisfaction que les personnes tirent de la soci&#233;t&#233; ne repose pas uniquement ni m&#234;me principalement sur des facteurs mat&#233;riels, encore qu'ils soient indispensables et importants, mais que la culture collective y joue un r&#244;le essentiel. Ici encore l'&#233;conomie doit &#234;tre r&#233;ins&#233;r&#233;e dans un cadre plus large pour trouver sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour illustrer notre d&#233;bat, reprenons un exemple emprunt&#233; &#224; Amartya Sen. Une fl&#251;te a &#233;t&#233; fabriqu&#233;e par Carla, mais Bob est pauvre, et Anne sait en jouer : &#224; qui la donner ? Ma r&#233;ponse serait ici la suivante : la fl&#251;te est &#224; Carla, qui l'a fabriqu&#233;e et a donc droit au fruit de son travail. Mais comme elle n'en joue pas, elle va la vendre, &#224; un juste prix : cela rel&#232;ve de la justice commutative. Il est naturel qu'alors Anne l'ach&#232;te, mais cela suppose qu'elle le puisse ; si elle ne peut pas, mais poss&#232;de un vrai talent, on peut avoir &#224; l'aider (des donateurs, ou la collectivit&#233;) ; encore faut-il pour cela que le r&#244;le de la musique soit socialement reconnu &#8211; et que des gens soient incit&#233;s &#224; fabriquer de bonnes fl&#251;tes ! Quant &#224; Bob, il n'a rien &#224; voir avec les fl&#251;tes ; mais il peut &#234;tre n&#233;cessaire qu'on l'aide pour lui assurer le minimum vital d'un c&#244;t&#233;, une capacit&#233; propre &#224; contribuer &#224; la soci&#233;t&#233; de l'autre &#8211; mais pas dans les fl&#251;tes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un article suivant examinera la question de l'in&#233;galit&#233; des patrimoines, et un autre celui de la participation de chacun &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;duire les in&#233;galit&#233;s : une chim&#232;re ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Reduire-les-inegalites-une-chimere.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Reduire-les-inegalites-une-chimere.html</guid>
		<dc:date>2019-04-08T12:51:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Fortune</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;out le monde parle de r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s. Et on s'offusque de leur remont&#233;e depuis 30 ans, effectivement frappante dans la plupart des pays - quoique moins en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qu'on fait rarement, c'est regarder les faits en perspective historique. La question appara&#238;t alors bien plus difficile que toutes les bonnes intentions ne le laissent supposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; dans L'incorrect N&#176; 19 avril 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Fortune-et-inegalites-.html" rel="directory"&gt;In&#233;galit&#233;s, fortune&lt;/a&gt;

/ 
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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Inegalites-+.html" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s, le scandale par excellence. Tout le monde en parle. Et s'offusque de leur remont&#233;e depuis 30 ans. Un ph&#233;nom&#232;ne effectivement frappant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il y ait une in&#233;galit&#233; massive partout et au niveau mondial est ind&#233;niable. M&#234;me si les chiffres impressionnants qu'on cite ne veulent pas dire grand-chose de concret. Comparer comme le fait Oxfam les dizaines de milliards d'actifs d&#233;tenus par Bill Gates et ses comp&#232;res, qui sont tout simplement propri&#233;taires de l'entreprise qu'ils ont cr&#233;&#233;e, avec les milliards de pauvres qui ont au plus un coin de brousse sans valeur marchande en Afrique ou ailleurs, tout cela n'a pas beaucoup de sens, th&#233;orique ou pratique. L'hyperpuissance que ces milliards donne aux uns est &#233;videmment pr&#233;occupante, mais il est difficile de pr&#233;tendre qu'ils ont vol&#233; leur fortune aux autres, et cela ne nous avance pas beaucoup. En outre, ce qu'on ne rappelle pas aux lecteurs fran&#231;ais qui ont le sentiment de s'appauvrir, c'est qu'avec de tels calculs la grande majorit&#233; d'entre eux fait partie des 10% les plus riches du monde. Sont-ils des voleurs ? M&#234;me si la question de l'in&#233;galit&#233; subsiste en soi, ces calculs ne sont donc pas tr&#232;s conclusifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, ce qu'on fait rarement, c'est regarder les faits en perspective historique. Car alors la question se complique. Un panorama historique fouill&#233; a &#233;t&#233; dress&#233; par Walter Scheidel dans un livre de 2017 : &lt;i&gt;The Great Leveler ; Violence and the history of inequality from the stone age to the twenty-first century&lt;/i&gt;. Il montre qu'au cours de l'histoire les in&#233;galit&#233;s n'ont &#233;t&#233; vraiment r&#233;duites qu'au prix de ph&#233;nom&#232;nes d'une violence consid&#233;rable et exceptionnelle. Il les range en quatre familles : les guerres totales du XXe si&#232;cle ; les r&#233;volutions radicales, communistes ; l'effondrement de structures &#233;tatiques comme la chute de l'empire romain ; et enfin les pand&#233;mies exceptionnelles - la Peste noire m&#233;di&#233;vale. Et encore dans tous cas leur effet de nivellement a fini par s'&#233;roder. L'in&#233;galit&#233;, la grande in&#233;galit&#233;, para&#238;t donc &#234;tre un fait quasi permanent, que seule une violence radicale peut r&#233;duire, et pour peu de temps. En revanche Scheidel montre que les autres voies utilis&#233;es pour obtenir une &#233;galisation relative sont d'effet tr&#232;s limit&#233;, et tr&#232;s peu au profit des plus pauvres - qu'il s'agisse du d&#233;veloppement &#233;conomique, de la d&#233;mocratisation, ou encore d'une action politique volontariste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consid&#233;r&#233;es avec cet arri&#232;re-plan, les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes actuelles ont un niveau d'in&#233;galit&#233; somme toute mod&#233;r&#233;. Mais cela n'a pour l'essentiel rien &#224; voir avec une action politique paisible et bien intentionn&#233;e : c'est d&#251; enti&#232;rement aux deux guerres mondiales, qui ont provoqu&#233; une r&#233;duction sans pr&#233;c&#233;dent des &#233;normes diff&#233;rences de revenus et de fortunes pr&#233;valant avant 1914. Outre les destructions directes, l'effort de guerre, radical et sans pr&#233;c&#233;dent, a justifi&#233; alors une fiscalit&#233; tr&#232;s &#233;lev&#233;e, utilis&#233;e ensuite pour la redistribution des revenus. Pour finir l'inflation a lamin&#233; la plupart des fortunes. Mais comme on sait, les in&#233;galit&#233;s remontent depuis, et la redistribution fiscale est soumise &#224; de fortes pressions du fait de la mondialisation. Cela confirme la fragilit&#233; de la situation que nous connaissons. A bien des points de vue, c'est un paradoxe historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;duire les in&#233;galit&#233;s est donc difficile et hasardeux, et les effets de cette action sont limit&#233;s. Et cela a toute chance de s'aggraver dans le monde o&#249; nous sommes. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a rien &#224; faire, loin de l&#224;, mais cela pousse &#224; ne pas s'illusionner sur l'utopie d'une &#233;galit&#233; g&#233;n&#233;rale ou m&#234;me d'une faible &#233;chelle des revenus. D'autant que l'on continuerait &#224; se comparer, et que ce n'est pas le moyen d'&#234;tre plus heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela conduit &#224; se demander si le rabotage doit &#234;tre l'obsession principale, et plus encore si la justice se confond avec l'&#233;galit&#233; arithm&#233;tique. Ce qu'il faut rechercher n'est-il pas plut&#244;t ce que dans la pens&#233;e classique on appelait justice distributive, qui vise &#224; ce que chacun re&#231;oive son d&#251; dans la soci&#233;t&#233;, qui n'est pas le m&#234;me pour tous, et de fa&#231;on telle que tous s'y retrouvent. En d'autres termes, regarder comment assurer les solidarit&#233;s n&#233;cessaires afin que chacun ait autant que possible les moyens de son &#233;panouissement - sans oublier les d&#233;sh&#233;rit&#233;s dans le reste du monde. Et donc pour que dans la mesure du possible tous trouvent dans la soci&#233;t&#233; ce qui rend leur vie digne et pleine de sens. Sans se comparer en permanence au voisin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans L'Incorrect N&#176; 19 avril 2019&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://lincorrect.org/reduire-les-inegalites/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://lincorrect.org/reduire-les-...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sortir les hauts salaires du code du travail </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Sortir-les-hauts-salaires-du-code-du-travail.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Sortir-les-hauts-salaires-du-code-du-travail.html</guid>
		<dc:date>2016-08-31T12:14:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Hauts salaires</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans bien des m&#233;tiers les tr&#232;s hauts salaires s'envolent, et la comp&#233;tition internationale entretient cette pouss&#233;e. C'est m&#234;me selon Thomas Piketty une des sources majeures de la croissance des in&#233;galit&#233;s. Il n'est donc pas facile de contr&#244;ler cette tendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est &#233;trangement une question simple qu'on ne pose pas : pourquoi en France les hauts salaires rel&#232;vent-ils du code du travail, construit au d&#233;part pour prot&#233;ger les ouvriers et employ&#233;s, puis &#233;largi aux cadres ? Une protection inutile, au fond injuste pour les autres salari&#233;s, et lourde pour les entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi donc ne pas sortir les tr&#232;s hauts salaires du code du travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans bien des m&#233;tiers les tr&#232;s hauts salaires s'envolent, et la comp&#233;tition internationale entretient cette pouss&#233;e. C'est m&#234;me selon Thomas Piketty une des sources majeures de la croissance des in&#233;galit&#233;s. Il n'est donc pas facile de contr&#244;ler cette tendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est &#233;trangement une question simple qu'on ne pose pas : pourquoi en France les hauts salaires rel&#232;vent-ils du code du travail, construit au d&#233;part pour prot&#233;ger les ouvriers et employ&#233;s, puis &#233;largi aux cadres ? Une protection inutile, au fond injuste pour les autres salari&#233;s, et lourde pour les entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi donc ne pas sortir les tr&#232;s hauts salaires du code du travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le code du travail est comme on sait un r&#233;gime extr&#234;mement complexe donc l'objectif affich&#233; est la protection des salari&#233;s contre des employeurs per&#231;us comme beaucoup plus puissants qu'eux. Mon propos n'est pas d'&#233;voquer ce sujet en g&#233;n&#233;ral mais de poser une question simple : pourquoi ce r&#233;gime s'applique-t-il &#224; tous les salari&#233;s, m&#234;me lorsque leur r&#233;mun&#233;ration est extr&#234;mement &#233;lev&#233;e ? Ce ne sont &#233;videmment alors pas des prol&#233;taires, mais des gens capables justement d'imposer ces r&#233;mun&#233;rations consid&#233;rables &#224; leur employeur. Pr&#233;cisons : j'appelle r&#233;mun&#233;ration tr&#232;s &#233;lev&#233;e celle qui permet de faire fortune, de gagner assez pour se mettre autant que possible &#224; l'abri du besoin. Pour prendre un chiffre &#224; affiner, disons que cela peut commencer par exemple &#224; 500 000 &#8364; annuels. D'autres diront plus : peu importe &#224; ce stade, regardons le raisonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assujettissement au code du travail leur donne des droits consid&#233;rables, notamment en termes de licenciement, de droits sociaux, de retraite etc. Mais on peut se demander si les int&#233;ress&#233;s en ont vraiment besoin. Il est m&#234;me tr&#232;s choquant de voir des salari&#233;s invoquer une protection qui a &#233;t&#233; con&#231;ue pour des personnes autrement moins privil&#233;gi&#233;es et influentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inversement ces droits sont des charges lourdes pour les entreprises. Ce qui veut dire qu'ils constituent un obstacle important, un handicap au niveau international pour la localisation en France des activit&#233;s dans lesquelles ces revenus sont nombreux et cruciaux pour la comp&#233;tition : si&#232;ges de multinationales, grands avocats, finance, mais aussi chirurgie, sport etc. et bien s&#251;r tous les patrons et autres mandataires sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition que je soumets ici est simple : on sort du droit du travail et du salariat la totalit&#233; des personnes dont les revenus concern&#233;s d&#233;passent 0,5 M&#8364;. Leur relation &#224; l'employeur d&#233;pendra alors du code civil et &#233;ventuellement du code du commerce. C'est-&#224;-dire d'un pur contrat au sens vrai du terme, fond&#233; sur l'&#233;galit&#233; juridique des parties et leur droit &#224; contracter librement. Pas de cotisation ni de droit sociaux, sauf l'assurance maladie qui resterait obligatoire toutes choses &#233;gales par ailleurs (par solidarit&#233;, et au RSI). Pas de participation aux &#233;lections syndicales. Les retraites se font alors par capitalisation, &#224; l'initiative de l'int&#233;ress&#233;. Etc. D&#232;s que le seuil est pr&#233;vu contractuellement comme devant &#234;tre atteint par un salari&#233;, ou l'a &#233;t&#233; de fait (du fait de bonus), son r&#233;gime salarial tombe d'office.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233; on gagne &#224; la fois en logique, en &#233;quit&#233;, et en attractivit&#233; internationale. Au programme pour 2017 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-161210-sortir-les-hauts-salaires-du-code-du-travail-2032958.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.lesechos.fr/idees-debats...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand une r&#233;mun&#233;ration de dirigeant peut-elle &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme juste ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Quand-une-remuneration-de-dirigeant-peut-elle-etre-consideree-comme-juste.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Quand-une-remuneration-de-dirigeant-peut-elle-etre-consideree-comme-juste.html</guid>
		<dc:date>2016-04-08T12:27:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;mun&#233;rations</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La r&#233;mun&#233;ration des grands patrons fait r&#233;guli&#232;rement pol&#233;mique. Un t&#233;moignage comme pr&#233;sident de la commission &#233;thique financi&#232;re des Entrepreneurs et Dirigeants Chr&#233;tiens.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Fortune-et-inegalites-.html" rel="directory"&gt;In&#233;galit&#233;s, fortune&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Inegalites-+.html" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Remunerations-+.html" rel="tag"&gt;R&#233;mun&#233;rations&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;mun&#233;ration des grands patrons fait r&#233;guli&#232;rement pol&#233;mique. Un t&#233;moignage comme pr&#233;sident de la commission &#233;thique financi&#232;re des Entrepreneurs et Dirigeants Chr&#233;tiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lefigaro.fr/vox/economie/2016/04/07/31007-20160407ARTFIG00097-quand-une-remuneration-de-dirigeant-peut-elle-etre-consideree-comme-juste.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.lefigaro.fr/vox/economie...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Que faire des in&#233;galit&#233;s de fortune ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Que-faire-des-inegalites-de-fortune.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Que-faire-des-inegalites-de-fortune.html</guid>
		<dc:date>2016-03-07T13:29:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Fortune</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de la hausse des in&#233;galit&#233;s de revenus, un point qui attire r&#233;guli&#232;rement les gros titres des journaux est l'in&#233;galit&#233; des fortunes. On nous dit que 60 ou 80 personnes poss&#232;dent autant que la moiti&#233; de l'humanit&#233;. L'&#233;normit&#233; de la disproportion fait mouche. Mais au-del&#224; de l'&#233;motion, que faut-il en penser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, dans une soci&#233;t&#233; de propri&#233;t&#233; priv&#233;e, qui n'est pas &#233;tatis&#233;e, il est in&#233;vitable que les fortunes soient in&#233;gales. D'ailleurs est-il injuste qu'un cr&#233;ateur d'entreprise fasse fortune ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, cette fortune n'&#233;tait pas possible sans la soci&#233;t&#233;. Ses d&#233;tenteurs ont donc des devoirs envers elle, &#224; commencer par celui de solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la vraie question est celle de l'usage de la fortune. L'imp&#244;t y a son r&#244;le, mais cela n'&#233;puise pas la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de la hausse des in&#233;galit&#233;s de revenus, un point qui attire r&#233;guli&#232;rement les gros titres des journaux est l'in&#233;galit&#233; des fortunes. On nous dit que 60 ou 80 personnes poss&#232;dent selon les ann&#233;es autant que la moiti&#233; de l'humanit&#233;. L'&#233;normit&#233; de la disproportion fait mouche. Mais au-del&#224; de l'&#233;motion, que fait-il en penser ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une in&#233;galit&#233; en soi pr&#233;visible&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Selon Oxfam (2014) pr&#232;s de la moiti&#233; des richesses mondiales est maintenant d&#233;tenues par seulement 1 % de l'humanit&#233;. La moiti&#233; la moins riche de la population mondiale poss&#232;de la m&#234;me richesse que les 60 ou 80 personnes les plus riches du monde (cela varie selon les ann&#233;es). Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais est-ce aussi radicalement contraire &#224; la justice qu'on le dit ? Est-il scandaleux que mon voisin soit riche et moi pas ? Voyons les arguments de la d&#233;fense. Et d'abord, n'est-ce pas pr&#233;visible ? Si nous sommes dans une &#233;conomie d&#233;centralis&#233;e, une &#233;conomie o&#249; ce sont les personnes qui d&#233;cident et sont responsables de leurs d&#233;cisions, il y a propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Chacun reconna&#238;t alors l&#233;gitime que quelqu'un garde le produit de son activit&#233;. Si ce produit est une entreprise, et si elle devient &#233;norme, &#233;ventuellement avec des capitalisations de plusieurs centaines de milliards de dollars atteintes en peu d'ann&#233;es (comme Microsoft, Google, Apple ou Facebook), in&#233;vitablement quelques individus poss&#233;deront plus que la totalit&#233; des habitants de bien des pays pauvres. Dans ces derniers en outre les actifs ont une valeur marchande tr&#232;s faible, surtout si elle est appr&#233;ci&#233;e au niveau mondial : une maison dans la brousse africaine est localement un vrai actif ; mais son prix marchand ne permet pas d'acheter quoi que ce soit aux Etats-Unis. Il n'est donc pas &#233;tonnant que quelques individus ici poss&#232;dent autant chacun que des centaines de millions d'autres l&#224;-bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on voulait d'ailleurs &#233;galiser ces fortunes, poursuit la d&#233;fense, il faudrait confisquer la plus grande partie de ces entreprises &#224; ceux qui les ont construites, pour les donner &#224; ceux qui objectivement ne sont pour rien dans cette r&#233;alisation. Et qui n'en sont en outre pas les victimes. Pour reprendre le vocabulaire classique, la justice commutative, celle qui pr&#233;vaut aux &#233;changes, mais aussi la partie de la justice distributive qui regarde le r&#244;le et la contribution de chacun &#224; la soci&#233;t&#233;, n'y auraient certainement pas leur compte : elles demandent tout au contraire qu'on laisse &#224; quelqu'un une propri&#233;t&#233; qu'il a cr&#233;&#233;e. Etant entendu bien s&#251;r que l'argument ne vaut que si la fortune a &#233;t&#233; acquise de fa&#231;on raisonnablement correcte : pas de vol, de fraude, de violence, d'abus de position etc. ; des produits qui sont un vrai apport ; des entreprises humaines etc. On peut en discuter cas par cas : mais le raisonnement subsiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;fense ajoutera que les in&#233;galit&#233;s de fortune sont par nature beaucoup plus fortes que les in&#233;galit&#233;s de revenus. Dans nos soci&#233;t&#233;s, un cadre d&#233;butant par exemple n'a aucun actif, sauf h&#233;ritage ; en revanche il gagne de quoi vivre convenablement. Le rapport entre sa fortune et celle qu'il aura en fin de vie, quand il aura achet&#233; sa maison, est peut-&#234;tre de 1 &#224; 50 ; le rapport des revenus plut&#244;t de 1 &#224; 3. Ce qui fait notre vie est d'abord notre revenu. On obtient donc un effet facile en parlant des fortunes ; mais la r&#233;alit&#233; de la vie des personnes, ce sont les revenus. La question de la fortune se pose diff&#233;remment.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce qui est d&#251; &#224; la communaut&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci est dans l'ensemble vrai. Est-ce &#224; dire qu'on doive s'en arr&#234;ter l&#224; ? S&#251;rement pas. Car la justice distributive nous rappelle aussi que nous appartenons &#224; des communaut&#233;s, au sein desquelles r&#232;gne une solidarit&#233;. Rappelons tout d'abord que ces communaut&#233;s jouent un r&#244;le important dans la cr&#233;ation et le d&#233;veloppement des entreprises et plus g&#233;n&#233;ralement de tous les actifs, qui ne seraient pas possibles sans leurs lois, leurs administrations, leur stock de savoir et de culture, le capital accumul&#233; disponible et bien s&#251;r le travail de milliers de personnes etc. En d'autres termes, pour que nos entrepreneurs aient pu faire ce qu'ils ont fait, il a fallu que la soci&#233;t&#233; leur ait permis de participer &#224; un h&#233;ritage commun, une propri&#233;t&#233; commune, et que d'autres les aient aid&#233;s. La justice implique alors que ces personnes fortun&#233;es aient leur juste part &#224; la constitution et au renouvellement de cet h&#233;ritage commun. Contribution n&#233;cessairement en relation avec leur capacit&#233;, et elle est &#233;videmment tr&#232;s grande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la soci&#233;t&#233; a besoin de cette contribution, notamment pour permettre &#224; tous ses membres de prosp&#233;rer autant qu'ils le peuvent : in&#233;galement certes, mais en y participant tous, au mieux du possible. On dira : pour cela il y a l'imp&#244;t sur le revenu, qui frappe la part de richesse nouvelle cr&#233;&#233;e que la personne re&#231;oit. Sauf que cela n'inclut pas la valorisation du capital (tant qu'il n'y a pas cession), et c'est la source principale des diff&#233;rences de fortunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci montre la n&#233;cessit&#233; que cette richesse constitu&#233;e profite &#224; la communaut&#233;. Mais attention : cela n'implique pas n&#233;cessairement que c'est &#224; l'Etat de s'assurer de cette redistribution dans sa totalit&#233;, au moyen de l'imp&#244;t. Dans l'Antiquit&#233;, cela prenait la forme de l'&#233;verg&#233;tisme, ou m&#233;c&#233;nat : les riches devaient payer (tr&#232;s cher) des manifestations et activit&#233;s d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. A c&#244;t&#233; de l'imp&#244;t, le principe garde son int&#233;r&#234;t. Les dons massifs que font certains milliardaires surtout am&#233;ricains &#224; des fondations ne sont pas a priori une mauvaise chose (sauf si c'est un moyen de tourner l'imp&#244;t), d'autant que ces fondations peuvent agir de fa&#231;on souvent plus efficace que les bureaucraties publiques. Ils peuvent par la concentration de moyens dont ils disposent r&#233;aliser des choses de grande ampleur qui ne seraient pas possibles sinon : c'est la vertu de magnificence que rappelait Pie XI, qui s'exerce tant dans la cr&#233;ation d'activit&#233; que dans le soutien aux arts et &#224; la culture, ou les actions charitables. Avant la R&#233;volution fran&#231;aise, les fondations ou des r&#233;alit&#233;s analogues jouaient un r&#244;le essentiel dans de nombreux domaines. Seul probl&#232;me, mais il est grave en l'esp&#232;ce : les causes qu'ils d&#233;fendent aujourd'hui ne sont pas toujours les meilleures, loin de l&#224;. Ils donnent &#224; fond dans les id&#233;es dominantes, y compris les plus contestables. Mais les Etats ne font pas mieux, dans une &#233;poque troubl&#233;e comme la n&#244;tre. Il y a un vrai probl&#232;me de valeurs collectives ; modifier la r&#233;partition des propri&#233;t&#233;s n'y changera rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point mis &#224; part, &#224; partir du moment o&#249; il y a une certaine in&#233;galit&#233; de fortunes, ce qui importe est de faire en sorte que ces moyens tr&#232;s importants soient plut&#244;t bien orient&#233;s et par l&#224; sources de bienfaits (et non pas de cons&#233;quences nocives). La communaut&#233; nationale doit ici proc&#233;der empiriquement et par subsidiarit&#233; : plus la fortune est bien utilis&#233;e, moins on a &#224; intervenir. Mais si on doit intervenir, un imp&#244;t sur la fortune peut &#234;tre justifi&#233;. Y compris avec le dispositif astucieux qui en France dispense d'une partie de cet imp&#244;t ceux qui font des dons &#224; des fondations d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral (75 %) ou investissent dans des PME (50%) : plus que la suppression, il faudrait donc &#233;largir de tels dispositifs (notamment en retirant le plafond). Et &#233;largir l'exemption au titre de l'outil de travail &#224; tout le groupe de contr&#244;le d'une entreprise familiale ou d'un patrimoine analogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me principe conduit &#224; consid&#233;rer que si une propri&#233;t&#233; (m&#234;me acquise l&#233;gitimement) est massivement sous-utilis&#233;e, la propri&#233;t&#233; pose question. C'est l'exemple classique des latifundios. Dans ce cas limite, cela peut justifier l'expropriation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;In&#233;galit&#233;s et pouvoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une consid&#233;ration doit en outre &#234;tre donn&#233;e &#224; un des effets majeurs de la concentration de richesse : le pouvoir. Celui qui a une fortune a acquis par l&#224; le moyen d'agir de fa&#231;on puissante, et il peut avoir un impact marqu&#233; sur la soci&#233;t&#233;. Ce peut &#234;tre en mati&#232;re &#233;conomique. Mais ce peut &#234;tre en mati&#232;re politique, comme on le voit notamment aux Etats-Unis. Je ne dis pas que le pouvoir est en soi mauvais. Le pouvoir de financer des fondations d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, ou de cr&#233;er de nouvelles entreprises, est bon en soi, on l'a vu. Il est m&#234;me indispensable, si on veut progresser collectivement, qu'une concentration de moyens existe, si c'est en de bonnes mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est donc ici double. D'un c&#244;t&#233;, comment contr&#244;ler l'utilisation de ce pouvoir lorsqu'elle est nocive ; exemple typique : les campagnes &#233;lectorales. La transparence s'impose ici. Et de l'autre : comment faire en sortent que les gens qui ont de l'argent et du pouvoir l'utilisent au mieux. Il y a en principe pour cela trois moyens : la culture collective et donc le syst&#232;me de valeurs de la soci&#233;t&#233; : c'est l'id&#233;al mais nous en sommes loin ; c'est pourtant l&#224; que se fait la diff&#233;rence entre une soci&#233;t&#233; civilis&#233;e et une soci&#233;t&#233; en voie de barbarisation. Il y a ensuite une fiscalit&#233; incitative : on en a parl&#233;. Et enfin &#224; l'extr&#234;me la coercition. Mais l'essentiel de notre probl&#232;me n'est pas l&#224; : il est dans les valeurs collectives.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question de l'h&#233;ritage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons raisonn&#233; implicitement surtout sur la propri&#233;t&#233; acquise. Que dire alors de l'h&#233;ritage ? Le premier angle &#224; consid&#233;rer ici est purement factuel : il n'y a pas de syst&#232;me de propri&#233;t&#233; priv&#233;e efficace, c'est-&#224;-dire assurant que les d&#233;cisions &#233;conomiques sont prises pour l'essentiel par des personnes responsables de leurs biens, s'il n'y a pas d'h&#233;ritage. En effet, le nombre de ceux qui peuvent &#224; partir de rien cr&#233;er une fortune est infime. En dehors d'eux, si chacun partait de z&#233;ro il ne pourrait constituer sauf rares exceptions (entreprise nouvelle r&#233;ussissant exceptionnellement) qu'un capital modeste, qui ne permettrait pas d'action &#233;conomique (ou de m&#233;c&#233;nat) efficace. Et donc l'Etat contr&#244;lerait tout. On a vu ce que cela donnait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me angle est le point de vue du testateur. Il a des biens, dont il dispose pendant sa vie ; avec l'h&#233;ritage cela se prolonge dans la possibilit&#233; de choisir leur transmission. Pourquoi cela serait-il ill&#233;gitime ? Cela ne prive personne d'autre d'une fa&#231;on qui serait injuste pour ce tiers. On l'a vu, il peut l&#233;guer &#224; des fondations, et c'est en soi une bonne chose. Mais ce peut &#234;tre aussi &#224; des personnes qu'il choisit. Notamment afin de constituer ou de transmettre &#224; son tour un patrimoine, ce qui permet &#224; une famille de se prolonger dans l'avenir, et d'assumer un r&#244;le qui n'aurait pas &#233;t&#233; possible sans cela. De ce point de vue la libert&#233; de tester, tr&#232;s &#233;troite en France, devrait &#234;tre beaucoup plus grande. Il faut en outre distinguer entre les biens. Si on parle de biens personnels, de maisons, cela doit &#233;choir naturellement &#224; la famille. Si c'est une entreprise, une consid&#233;ration essentielle est la vie de cette entreprise. Il vaut sans doute mieux qu'elle reste la responsabilit&#233; de la famille, si elle est capable de l'assumer, plut&#244;t que d'&#234;tre vendue &#224; une entit&#233; plus grande &#8211; ce qui serait in&#233;vitable si les droits de mutation sont trop lourds, ou l'h&#233;ritage impossible. Ce peut &#234;tre vraie aussi d'une propri&#233;t&#233; porteuse d'une signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle fiscalit&#233; alors sur les successions ? Il faut distinguer. Il n'y a pas de raison en soi de frapper automatiquement et fortement tous les h&#233;ritages, d'autant qu'on a admis un imp&#244;t sur la fortune. J'aurais tendance &#224; distinguer trois cat&#233;gories, ce que la loi ne fait pas ou tr&#232;s peu. Il y a d'abord les biens &#224; caract&#232;re personnel (maisons comprises) auxquels j'ajoute les biens &#224; signification familiale (propri&#233;t&#233; familiale) : ils devraient &#234;tre exempt&#233;s. Il y a ensuite les biens de production, entreprise en premier lieu, exploitation agricole (directe) : la transmission &#224; qui l'assume, en prend la responsabilit&#233;, devrait assez libre et &#234;tre peu ou plut&#244;t pas tax&#233;e. Il y a enfin ce qui n'entre pas dans ces cat&#233;gories : les fortunes qui ne sont que des fortunes. L&#224; un dispositif progressif a sa place. Sauf si l'argent va &#224; des &#339;uvres d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Accumulation du capital et solidarit&#233; nationale : les le&#231;ons &#224; tirer de Piketty</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Accumulation-du-capital-et-solidarite-nationale-les-lecons-a-tirer-de-Piketty.html</link>
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		<dc:date>2015-06-01T12:39:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Accumulation du capital</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans son livre &#224; succ&#232;s Le capital au XXIe si&#232;cle Thomas Piketty a fait sensation en expliquant, statistiques massives &#224; l'appui, que le capital tendait &#224; s'accumuler irr&#233;sistiblement au cours de l'histoire, car son rendement est toujours sup&#233;rieur &#224; la croissance de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon lui la soci&#233;t&#233; de rentiers qui pr&#233;valait avant 1914 a beau avoir &#233;t&#233; pulv&#233;ris&#233;e par les guerres, le ph&#233;nom&#232;ne a repris depuis ; il conduit &#224; l'&#233;mergence de nouvelles classes profitant de revenus et de pouvoirs rapidement croissants. D'o&#249; un vrai probl&#232;me politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut contester certaines donn&#233;es ou analyses de notre auteur. Ceci dit, il appara&#238;t ind&#233;niable que la soci&#233;t&#233; nouvelle &#233;merg&#233;e depuis 30 ans, en symbiose avec la mondialisation, pr&#233;sente sur ce plan un d&#233;fi majeur pour les communaut&#233;s humaines et notamment pour la solidarit&#233; nationale. La question m&#233;rite donc d'&#234;tre pos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Accumulation du capital et solidarit&#233; nationale : le&#231;ons de Piketty&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une th&#232;se &#224; v&#233;rifier, mais une vraie question&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se principale du livre &#224; succ&#232;s de Thomas Piketty, Le capital au XXIe si&#232;cle , est comme on sait que le capital tend &#224; s'accumuler au cours de l'histoire, car son rendement est sup&#233;rieur &#224; la croissance de l'&#233;conomie. D&#232;s lors le capital tend sur la dur&#233;e &#224; repr&#233;senter un stock croissant en proportion du revenu national ; en outre ses d&#233;tenteurs jouissent ainsi d'une proportion appr&#233;ciable de ce m&#234;me revenu. Cette situation avait conduit avant 1914 &#224; une soci&#233;t&#233; de rentiers : une partie relativement appr&#233;ciable de la population, au moins les 10 % les plus avantag&#233;s, poss&#233;dait une proportion extr&#234;mement &#233;lev&#233;e du stock de capital et pouvaient vivre de son produit ; ces fameuses rentes &#233;taient &#224; l'&#233;poque un moyen bien plus s&#251;r de parvenir &#224; un revenu &#233;lev&#233; que des r&#233;mun&#233;rations salariales, m&#234;me les plus hautes. Cette soci&#233;t&#233; a &#233;t&#233; pulv&#233;ris&#233;e au XXe si&#232;cle, du fait des guerres et des secousses induites ; mais selon son analyse le processus d'accumulation a repris depuis, m&#234;me si c'est avec des caract&#233;ristiques un peu diff&#233;rentes, posant potentiellement des probl&#232;mes sociaux et politiques consid&#233;rables. En m&#234;me temps, il reste manifeste dans les constatations de notre auteur que l'in&#233;galit&#233;, &#233;ventuellement simplement frein&#233;e, ou r&#233;orient&#233;e, est un fait permanent. Quitte &#224; ce qu'une classe en remplace un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre est ind&#233;niablement de grande qualit&#233;, agr&#233;able &#224; lire et remarquablement bien document&#233;. Aux Etats-Unis ce pav&#233; fut pendant des mois un bestseller. Je ne vais pas examiner ici la validit&#233; des s&#233;ries statistiques et des analyses techniques de l'auteur. Ni sa vision politique, d'ailleurs bien moins &#233;labor&#233;e que ses remarquables analyses &#233;conom&#233;triques, et pour tout dire un peu simpliste. Mais les observations faites sont suffisamment plausibles pour m&#233;riter r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une exp&#233;rience historique somme toute limit&#233;e malgr&#233; les apparences&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;videmment s'interroger sur la validit&#233; sur le long terme de l'hypoth&#232;se d'un rendement du capital tr&#232;s sup&#233;rieur &#224; la croissance (m&#234;me si l'analyse de notre auteur &#233;tait confirm&#233;e sur les p&#233;riodes qu'il analyse). Si en effet le revenu du capital n'est pas consomm&#233; suffisamment, et que donc il s'accumule, en bonne logique il devrait finir par atteindre un plafond, ne serait-ce que le revenu total du pays consid&#233;r&#233;, et son rendement devrait finir par d&#233;cro&#238;tre. Quitte &#224; ce que cela se fasse par purges violentes comme au XXe si&#232;cle. C'est une premi&#232;re limite historique de l'analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en ajouter une autre, qui est socio-politique. Dans les soci&#233;t&#233;s anciennes, ce qu'il voit comme une pure rente avait un sens assez diff&#233;rent. Tout d'abord le revenu du capital &#233;tait en grande partie consomm&#233; par les suppos&#233;s &#8216;rentiers' et donc non accumul&#233;, ce qui peut expliquer que le rendement du capital puisse rester &#233;lev&#233;. Mais surtout, avant la r&#233;volution industrielle, les termes de rente et de rendement du capital ne rendent pas compte de la r&#233;alit&#233; sociale et politique du ph&#233;nom&#232;ne. Car on avait affaire &#224; un pr&#233;l&#232;vement qui n'&#233;tait qu'en partie &#233;conomique et qui correspondait &#224; un r&#244;le diff&#233;rent des classes dirigeantes, notamment aristocratiques, r&#244;le qui &#233;tait politique et culturel. Ce n'&#233;tait pas la &#8216;rente' qui d&#233;finissait le f&#233;odal ou m&#234;me le noble. M&#234;me si la base &#233;conomique pouvait &#234;tre techniquement semblable, ces soci&#233;t&#233;s et ces classes dirigeantes avaient une base de l&#233;gitimit&#233; ou de pouvoir tr&#232;s diff&#233;rente du rentier fa&#231;on 1900, qui lui n'avait pour motif &#224; ses revenus que la propri&#233;t&#233;. C'est a fortiori vrai si on prend en compte le r&#244;le de l'Eglise, propri&#233;taire tr&#232;s important alors, mais qui assurait des fonctions sp&#233;cifiques consid&#233;rables, notamment d'&#233;ducation et de solidarit&#233;. Les rentiers du XIXe si&#232;cle, qui n'&#233;taient sociologiquement que des rentiers, &#233;taient donc sur ce plan un ph&#233;nom&#232;ne bien particulier et historiquement sp&#233;cifique, limit&#233; en outre &#224; une &#233;poque exceptionnelle par la stabilit&#233; de la monnaie et des structures sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui au XXe si&#232;cle a produit la chute de ces rentiers ? Une cause commune : la guerre - mais peu par effet direct. Elle a conduit surtout &#224; une radicalisation du pouvoir d'Etat, qui d'une part a mobilis&#233; des ressources sans pr&#233;c&#233;dent, et d'autre part a recouru &#224; des politiques h&#233;t&#233;rodoxes, notamment par manipulation de la monnaie, blocage des prix, inflation, imp&#244;ts, nationalisations ou confiscations etc. Le bouleversement de la guerre a donc permis la remise en cause &#224; grande &#233;chelle des &#233;quilibres &#233;conomiques et sociaux ant&#233;rieurs ; l'exemple de l'imp&#244;t sur le revenu est ici tr&#232;s parlant - n&#233;gligeable avant, il est devenu d'un coup consid&#233;rable, et l&#233;gitim&#233;. Ce qui apparente cette mutation &#224; une forme de r&#233;volution par des moyens diff&#233;rents. D'o&#249; une conclusion pratique essentielle : l'accumulation du capital est tr&#232;s vuln&#233;rable &#224; une crise si elle est assez grave pour conduire le politique &#224; des mesures drastiques, et &#224; prendre l'argent l&#224; o&#249; il est. Du moins lorsque la d&#233;tention de ce capital ne repose que sur une propri&#233;t&#233; abstraite, sans base de l&#233;gitimit&#233; autre, et sans pouvoir direct, politique ou &#233;conomique &#8211; car elle s'av&#232;re alors tr&#232;s vuln&#233;rable aux bouleversements. Car que signifie concr&#232;tement la concentration du patrimoine ? D'un c&#244;t&#233; il donne un revenu ; d'un autre c&#244;t&#233; il donne un pouvoir. Ces deux questions sont socialement et politiquement importantes mais assez diff&#233;rentes. Plus importante que l'accumulation est la double question de la l&#233;gitimit&#233; de la structure &#233;conomique et sociale, et du pouvoir, &#233;conomique ou autre. Le rentier 1900 n'avait pas le m&#234;me r&#244;le politique et social, ni le m&#234;me pouvoir que l'aristocrate jusqu'au XVIIe si&#232;cle, ni d'ailleurs que le propri&#233;taire d'entreprise : en cas de secousse, il &#233;tait donc plus vuln&#233;rable politiquement. Un cr&#233;ancier pur est toujours tr&#232;s vuln&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que la situation d&#233;crite correspondait &#224; une p&#233;riode relativement courte de l'histoire. On ne peut donc pas extrapoler. D'autant que, &#224; nouveau, la probabilit&#233; que l'accumulation du capital dure ind&#233;finiment est peu plausible. Mais cela n'emp&#234;che pas de poser la question pour notre &#233;poque. Car le m&#233;canisme peut fonctionner au moins un temps, et en outre il a montr&#233; qu'il pouvait d&#233;boucher sur une rupture. Il est donc judicieux de s'en pr&#233;occuper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La nouvelle classe : les cadres sup&#233;rieurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soci&#233;t&#233; actuelle comme le note Piketty le terme de rentier est devenu p&#233;joratif. Les formes de justification sont donc d&#233;sormais diff&#233;rentes ; la principale est l'entreprise, tant comme employeur que comme lieu d'investissement. Concr&#232;tement, selon l'analyse de notre auteur, la nouveaut&#233; dans la p&#233;riode r&#233;cente a &#233;t&#233; l'&#233;mergence d'une classe de hauts revenus salariaux, suffisamment pr&#233;pond&#233;rante pour que ce soit elle qui p&#232;se socialement. En termes num&#233;riques, le d&#233;cile sup&#233;rieur des hauts revenus n'est plus compos&#233; de rentiers mais de salari&#233;s. Il en est autrement du millime sup&#233;rieur, mais dit-il il n'est pas assez nombreux pour peser comme classe. En termes de revenus, l'h&#233;g&#233;monie sociale voire culturelle des rentiers est donc remplac&#233;e par cette classe de cadres au sens large, professions lib&#233;rales, artistes et autres compris. Ce nouveau mode de s&#233;lection est plus favorable au travailleur comp&#233;titif et il en exalte les qualit&#233;s ; il est coh&#233;rent avec la mise en avant de l'entreprise et de la performance. Mais du coup il est humiliant pour les autres, ceux qui ont &#233;chou&#233; dans la course, car dans la logique ambiante ils ne peuvent s'en prendre qu'&#224; eux-m&#234;mes et sont en un sens culpabilis&#233;s. Tout ceci est en outre beaucoup plus marqu&#233; aux Etats-Unis, ce qui donne un horizon de r&#233;f&#233;rence partag&#233; aux supersalari&#233;s en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En compl&#233;ment, on voit &#233;merger une classe moyenne sup&#233;rieure de propri&#233;taires, qui relativise le monopole sur le contr&#244;le du capital des tr&#232;s hauts patrimoines. D'o&#249; corr&#233;lativement un retour partiel des revenus du capital, et m&#234;me de l'h&#233;ritage, voire de la rente, d'autant que l'immobilier joue un r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant dans ce retour du capital. Mais on l'a dit cela ne conduit pas au retour d'une large classe de rentiers comme auparavant. Dans le processus qui a conduit &#224; emp&#234;cher qu'&#233;merge une telle classe, nous dit l'auteur, l'imp&#244;t joue un r&#244;le important car m&#234;me s'il s'est r&#233;duit par rapport &#224; l'apr&#232;s-guerre il reste plus &#233;lev&#233; qu'en 1900. D'o&#249; dit-il l'int&#233;r&#234;t d'un imp&#244;t mod&#233;r&#233; pour r&#233;guler ou att&#233;nuer les effets d'accumulation, que ce soit du capital ou des revenus. M&#234;me s'il est rendu plus difficile par la mondialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajoute que culturellement tout cela s'accompagne d'une h&#233;g&#233;monie des valeurs &#233;conomiques dans la soci&#233;t&#233;, et d'une relativisation des valeurs culturelles au sens large. Elles comptaient encore de fa&#231;on appr&#233;ciable pour le rentier, au moins en affichage ; c'&#233;tait un h&#233;ritage de la tradition aristocratique. Outre l'effet de l'h&#233;donisme actuel, cette &#233;volution accentue la dimension mat&#233;rialiste de notre &#233;poque. A cela s'ajoute le fait que cette nouvelle classe manag&#233;riale tend &#224; diminuer de fa&#231;on croissante sa solidarit&#233; avec son pays d'origine, ce qui peut la fragiliser politiquement &#8211; m&#234;me si la mondialisation joue en leur faveur, puisqu'elle affaiblit la prise que la soci&#233;t&#233; a sur eux. En bref, autant cette classe peut snober ceux qui ne lui appartiennent pas, en soulignant qu'ils ont perdu dans une comp&#233;tition r&#233;put&#233;e l&#233;gitime et en mettant en avant ses propres performances, autant elle a r&#233;duit plus encore ses liens avec sa communaut&#233; support ; ce qui peut &#234;tre un facteur de fragilit&#233; politique, malgr&#233; ses performances. Et notamment si ces derni&#232;res s'av&#232;rent contestables, &#224; l'occasion d'une crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La superclasse capitaliste mondiale, minuscule en ombre mais surpuissante &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant il y a nous dit Piketty un autre ph&#233;nom&#232;ne et un autre danger : l'&#233;mergence d'une classe de supercapitalistes, importants non par leur nombre, qui est bien plus faible que celui des rentiers d'autrefois, mais par leur pouvoir immense, et sans cesse croissant. Si leur r&#244;le est significatif, ce n'est pas comme classe, assez nombreuse pour &#234;tre sociologiquement visible, mais par l'autre effet possible de la concentration de patrimoine : le pouvoir. D'autant qu'eux non seulement ne consomment pas leur revenu, qui est bien trop &#233;lev&#233; pour cela, mais ils obtiennent des rendements de leur capital bien plus &#233;lev&#233;s que les autres, et donc tr&#232;s fortement cumulatif. Un tel ph&#233;nom&#232;ne se combine au niveau mondial avec des rentes collectives d&#233;mentielles, notamment celles obtenues par les pays p&#233;troliers du Moyen Orient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l&#224; un effet de concentration de richesse et de pouvoir au niveau plan&#233;taire qui pose des questions majeures et in&#233;dites, s&#251;rement pour le fonctionnement des march&#233;s, mais bien plus encore pour celui de la soci&#233;t&#233; internationale. Remarquons d'ailleurs que cela ne joue pas qu'au profit d'individus : outre les Etats rentiers, on citera les universit&#233;s am&#233;ricaines dont il souligne la puissance financi&#232;re. L'effet d'accumulation peut donc &#234;tre collectif, mais sans &#234;tre social. Face &#224; cela, la proposition de Piketty (un imp&#244;t mondial sur le capital) est &#224; la fois coh&#233;rente avec son propos, et tout &#224; fait irr&#233;alisable &#8211; ne serait-ce que par l'absence de consensus comme d'un pouvoir capable de mettre cela en &#339;uvre au niveau mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perspectives - au-del&#224; de Piketty&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Au-del&#224; des analyses de notre auteur, la question de la secousse qui &#224; terme peut remettre en cause ces d&#233;s&#233;quilibres consid&#233;rables est directement pos&#233;e. Elle se pose en termes in&#233;dits, puisque de tels effets &#233;chappent au pouvoir politique &#224; un degr&#233; inconnu des deux derniers si&#232;cles. D'o&#249; un certain paradoxe : alors que le pouvoir politique n'a eu de cesse depuis la fin de la guerre d'accro&#238;tre son emprise sur la soci&#233;t&#233;, ou plus exactement le niveau de ses d&#233;penses, parall&#232;lement les nouvelles classes de supercadres d'un c&#244;t&#233;, des nouvelles puissances du capital de l'autre, ont une capacit&#233; croissante &#224; lui &#233;chapper. Cela doit conduire le politique &#224; une r&#233;vision en profondeur de ses priorit&#233;s. S'il veut maintenir ses fonctions essentielles, il est en effet amen&#233; in&#233;luctablement &#224; ruser avec ces ph&#233;nom&#232;nes qu'il ne peut ma&#238;triser que de fa&#231;on partielle. L'analyse pr&#233;c&#233;dente conduit &#224; souligner deux r&#233;visions majeures au moins, parmi bien d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233; la capacit&#233; de l'Etat &#224; lever l'imp&#244;t atteint manifestement ses limites, &#224; un niveau de pr&#233;l&#232;vement d'ailleurs historiquement tr&#232;s &#233;lev&#233;. Simultan&#233;ment il doit se pr&#233;occuper de la capacit&#233; de la communaut&#233; nationale &#224; garder une certaine ma&#238;trise de son destin. D'o&#249; des r&#233;visions d&#233;chirantes. D&#233;j&#224;, le r&#234;ve social-d&#233;mocrate d'une soci&#233;t&#233; enti&#232;rement r&#233;gul&#233;e par l'Etat, du berceau &#224; la tombe, se confirme d&#233;finitivement hors de port&#233;e, en supposant qu'il ait jamais &#233;t&#233; souhaitable. Il faut donc maintenir un niveau &#233;lev&#233; de solidarit&#233;, bien s&#251;r, mais beaucoup plus concentr&#233; : sur les besoins les plus sensibles, et sur ce qui est vraiment facteur de communaut&#233;, famille en t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233; et de fa&#231;on essentielle, le politique devrait porter une bien plus grande attention au r&#244;le du vrai capital, c'est-&#224;-dire des actions, car c'est le facteur principal d'exercice du pouvoir et donc d'orientation de l'&#233;conomie. Outre la cr&#233;ation d'entreprises qui est une priorit&#233; manifeste, cela devrait conduire &#224; r&#233;duire drastiquement le r&#244;le de la dette, notamment de la dette publique qui est g&#233;n&#233;ralement parasitaire. Mais surtout &#224; souligner le besoin d'instruments collectifs d'accumulation et de d&#233;tention de ce capital, pour peser face aux masses &#233;normes disponibles au niveau international. Pour ne citer que trois outils majeurs pour ce faire, fonds de pension, fonds souverains et fondations, devraient faire l'objet tous trois d'un effort collectif prioritaire et donc d'avantages juridiques et fiscaux &#224; la hauteur de l'enjeu. Sans parler de la diffusion d'une vision plus v&#233;ritablement &#233;thique de l'orientation de ces investissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble implique une r&#233;vision profonde de l'image que la collectivit&#233; se fait d'elle-m&#234;me et de ses priorit&#233;s. Mais surtout un effort de longue haleine. Urgents tous deux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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