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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Trumpisme et le populisme : que ferait Aristote ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Trumpisme-et-le-populisme-que-ferait-Aristote.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Trump</dc:subject>
		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Alternative politique</dc:subject>
		<dc:subject>Populisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nos soci&#233;t&#233;s ne vont pas bien sur de multiples plans, et doivent donc changer de cap en profondeur. Ceux qui sont attach&#233;s &#224; ce qu'on appelle pens&#233;e conservatrice au sens large, et plus profond&#233;ment &#224; la pens&#233;e politique classique, le savent depuis longtemps. Mais sur le plan concret, ce qui remet en cause aujourd'hui le syst&#232;me existant, c'est quelque chose d'assez diff&#233;rent, malgr&#233; certaines affinit&#233;s r&#233;elles : c'est ce qu'on appelle populisme. Trump est un exemple particuli&#232;rement d&#233;monstratif des questions que cela pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car les amalgames sont faciles, surtout &#224; notre &#233;poque o&#249; pr&#233;domine un mode de pens&#233;e binaire, et o&#249; la dialectique domine le d&#233;bat public. Le besoin de rupture qu'impose la situation et la d&#233;rive de nos soci&#233;t&#233;s conduit &#224; des actions souvent contestables et/ou condamn&#233;es &#224; l'&#233;chec, qui peuvent compromettre la transition vers la vraie transformation, porteuse d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de Trump le confirme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Idees-politiques-.html" rel="directory"&gt;Id&#233;es politiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Trump-+.html" rel="tag"&gt;Trump&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Conservatisme-+.html" rel="tag"&gt;Conservatisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Alternative-politique-+.html" rel="tag"&gt;Alternative politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Populisme-+.html" rel="tag"&gt;Populisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/aristotle-6381362_640.jpg?1787417293' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nos soci&#233;t&#233;s ne vont pas bien sur de multiples plans, et doivent donc changer de cap en profondeur. Ceux qui sont attach&#233;s &#224; ce qu'on appelle pens&#233;e conservatrice au sens large, et plus profond&#233;ment &#224; la pens&#233;e politique classique, le savent depuis longtemps. Mais sur le plan concret, ce qui remet en cause aujourd'hui le syst&#232;me existant, c'est quelque chose d'assez diff&#233;rent, malgr&#233; certaines affinit&#233;s r&#233;elles : c'est ce qu'on appelle populisme. Trump est un exemple particuli&#232;rement d&#233;monstratif des questions que cela pose.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un style violent et des id&#233;es peu claires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me pos&#233; par Trump, c'est non seulement un style particulier, exceptionnellement abrasif, et donc source de conflits plus que de paix ou de recherche commun du bien commun. Ce sont aussi et surtout des th&#232;mes ou des id&#233;es mises en avant, et des actions, qui se concilient mal avec une vision conservatrice au sens large, et encore moins avec la pens&#233;e classique, celle d'Aristote ou de saint Thomas. Le refus pur et simple d'une politique moralisante, comme pr&#233;tendait l'&#234;tre la politique am&#233;ricaine auparavant, d&#233;bouche notamment chez lui sur le refus de l'id&#233;e m&#234;me de r&#233;f&#233;rence au vrai et au bien, au profit du primat affich&#233; de l'int&#233;r&#234;t national non qualifi&#233;. Et ses options &#233;conomiques et sociales manquent &#224; l'&#233;vidence de clart&#233; et de coh&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, le choc produit par le trumpisme et les r&#233;actions n&#233;gatives que cela suscite, de fa&#231;on souvent l&#233;gitime, peuvent conduire &#224; des effets pr&#233;occupants pour qui est attach&#233; &#224; cette vision conservatrice au sens large et &#224; la pens&#233;e classique. Car les amalgames sont faciles, surtout &#224; notre &#233;poque o&#249; pr&#233;domine un mode de pens&#233;e binaire, et o&#249; la dialectique qui domine le d&#233;bat public utilise syst&#233;matiquement ce classement : on met dans la colonne du mal des gens ou des comportements inacceptables et on y assimile tout ce qu'on veut combattre. Vous n'&#234;tes pas de gauche et refusez la doxa dominante, donc vous &#234;tes fasciste, raciste, sexiste etc. Vous ne faite pas chorus avec toutes les condamnations du trumpisme, et donc vous &#234;tes un populiste revanchard et cynique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet est &#233;videment accentu&#233; dans le cas pr&#233;cis de Trump par son style personnel et son agressivit&#233; extravagante. Mais la question se pose bien au-del&#224; : c'est celle de ce qu'on appelle populisme au sens large. Et au-del&#224;, celle des choix concrets qu'impose l'histoire, notamment &#224; des &#233;poques de transition entre deux mondes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Besoin de rupture et dangers de l'amalgame&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans une telle situation de transition, un r&#233;gime politique vit sur des principes et r&#233;f&#233;rences contestables qu'il faut remplacer par d'autres ; et une partie appr&#233;ciable de la population souffre de cette &#233;tat de fait - en fait la majorit&#233;, et &#224; terme le pays en g&#233;n&#233;ral. Cette population est alors conduite &#224; remettre en cause les &#233;lites en place. Mais si la bonne r&#233;volution mentale ne s'est pas faite, ou pas assez, avec adoption de r&#233;f&#233;rences porteuses d'avenir, la r&#233;volte n'a pas de cadre autre que de revendications de base, ou de slogans. C'est alors dans le cadre de ce qu'on appelle populisme. Dans ce cas, le renversement de paradigme pouvant conduire &#224; une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur des principes diff&#233;rents n'est pas encore l&#224;. De fait aujourd'hui encore les id&#233;es dominantes restent celles qui inspirent nos soci&#233;t&#233;s depuis deux si&#232;cles, &#224; travers leurs multiples avatars - m&#234;me si cette domination donne des signes de faiblesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soi, ce qui est &#224; la base de ce populisme peut donc &#234;tre tout &#224; fait justifi&#233;. Mais il vient de la p&#233;riph&#233;rie. Et donc d'une part il ne s'appuie pas sur une conception politique alternative &#233;labor&#233;e. Et d'autre part il n'est pas pass&#233; par le filtre du savoir dont disposent les gens en place. S'y ajoute le fait que dans sa lutte pour parvenir au pouvoir, ce populisme doit passer &#224; travers les obstacles du r&#233;gime en place. D'o&#249; in&#233;vitablement un c&#244;t&#233; grossier et simpliste. Ensuite, pour gouverner il se heurte &#224; l'hostilit&#233; des structures, alors m&#234;me qu'il sait assez mal comment discerner ce qu'il a &#224; faire concr&#232;tement. D'o&#249; une vuln&#233;rabilit&#233; aux critiques, et un risque &#233;lev&#233; d'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, et c'est l&#224; notre point, ces limites finissent par toucher aussi leurs compagnons de route et plus largement tous ceux auxquels on les assimile, dans le cadre dialectique d&#233;crit ci-dessus, et notamment tous les critiques du r&#233;gime en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement, le besoin de rupture qu'impose la situation et la d&#233;rive de nos soci&#233;t&#233;s conduit &#224; des actions souvent contestables et/ou condamn&#233;es &#224; l'&#233;chec, qui peuvent compromettre la transition vers la vraie transformation, porteuse d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas Trump en est une bonne illustration, et cela m&#234;me en faisant la part de sa personnalit&#233; et de son comportement sp&#233;cifique. Il a en effet r&#233;uni sous son nom une coalition h&#233;t&#233;rog&#232;ne : MAGA isolationnistes, conservateurs traditionnels, chr&#233;tiens, libertariens, etc. sans parler des magnats de la Silicon Valley. Ce qui les r&#233;unit est un ennemi commun : la gauche woke pour simplifier, avec son effarante emprise ant&#233;rieure sur la vie publique et intellectuelle am&#233;ricaine. Et c'est Trump qui en est le liant, et qui donc est l'arbitre ultime de ses choix. Tout ce beau monde est donc embarqu&#233; avec lui, avec tous les risques correspondant. Cela n'emp&#234;che pas cette action d'avoir plusieurs dimensions tout &#224; fait utiles et positives. Mais le sch&#233;ma d'ensemble est passablement al&#233;atoire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que faire alors ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une telle situation est un fait. Elle ne saurait justifier l'inaction. Mais il n'y a &#233;videmment pas de solution miracle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que tout ce qui concerne le travail en profondeur, l'&#233;laboration d'un corpus d'id&#233;es, et leur diffusion, garde tout son sens. Corr&#233;lativement, le maintien d'une analyse critique, relevant les bons c&#244;t&#233;s ou m&#234;me l'utilit&#233; &#233;ventuelle du populisme tout en en critiquant les limites et les risques, continuer &#224; rester une besoin incontournable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste le fait m&#234;me du tour que prend le combat politique, le fait que les coups de boutoir qui &#233;branlent le r&#233;gime se font en dominante sous le signe du populisme, avec les limites qu'on a &#233;voqu&#233;es. On ne peut pas ne pas appuyer certaines de ces secousses ; et on ne doit en m&#234;me temps pas lui donner de blanc-seing. L'exercice &#224; conduire rel&#232;ve donc par certains c&#244;t&#233;s du pilotage &#224; vue, combin&#233; avec la fermet&#233; sur les principes essentiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, en prenant du recul, cela n'a rien de nouveau, ni d'exceptionnel. Une certaine clart&#233; sur les id&#233;es et principes politiques ne donne en g&#233;n&#233;ral pas pour autant un guide pratique s&#251;r pour l'action, car les situations r&#233;elles sont in&#233;vitablement opaques et embrouill&#233;es. Seuls ceux qui croient en un grand r&#233;cit progressiste, en un sens de l'histoire, s'imaginent qu'il y a un fil d'Ariane s&#251;r menant &#224; une soci&#233;t&#233; meilleure. Un Maurras s'&#233;tait battu avant 1914 pour l'id&#233;e que la monarchie &#233;tait le plus s&#251;r garant de la libert&#233; nationale ; il a tr&#232;s loyalement d&#233;fendu l'union sacr&#233;e en 14-18. Mais il a vu, juste apr&#232;s, s'effondrer la plus grande partie des monarchies europ&#233;ennes ; puis &#224; terme plus lointain, l'id&#233;e d&#233;mocratique r&#233;gner en ma&#238;tre sur le continent. Avait-il tort sur l'union sacr&#233;e en 14-18 ? Non sans doute. Mais le choix responsable dans une situation donn&#233;e est une chose, le r&#233;sultat en est une autre. Il y a trop de variables dans l'&#233;quation pour qu'on puisse agir &#224; coup s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e politique classique n'a jamais envisag&#233; quoi que ce soit de ce type. Elle sait que le politique est le royaume de l'inachev&#233; et de l'imparfait. Aristote avait d&#233;velopp&#233; une pens&#233;e extraordinairement puissante et novatrice. Peut-on dire que son &#233;l&#232;ve Alexandre l'a mise en &#339;uvre ? Et d'ailleurs, qu'aurait pens&#233; Aristote de Trump ? La r&#233;ponse est dans la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A para&#238;tre dans &lt;/i&gt; Politique magazine&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Parler de volont&#233; du peuple a-t-il un sens ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Le-peuple-a-t-il-une-volonte.html</link>
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		<dc:date>2025-09-11T07:07:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Avenir de la d&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;mocratie</dc:subject>
		<dc:subject>Volont&#233; du peuple</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En 2024 les Fran&#231;ais ont &#233;lu l'Assembl&#233;e nationale actuelle. Chacun a vot&#233; au moins au premier tour pour celui qu'il pr&#233;f&#233;rait, au moins relativement. Mais aucun n'a vot&#233; pour l'Assembl&#233;e telle que nous la connaissons ; aucun ne l'a voulue. Peut-on alors dire qu'elle refl&#232;te la volont&#233; du peuple ? Evidemment non. La m&#234;me remarque vaut pour pratiquement tout r&#233;sultat d'&#233;lection. A la rigueur, si une majorit&#233; absolue vote pour un candidat ou un parti, on pourra dire qu'une majorit&#233; de gens les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/ai-generated-9073523_640.jpg?1787417293' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 2024 les Fran&#231;ais ont &#233;lu l'Assembl&#233;e nationale actuelle. Chacun a vot&#233; au moins au premier tour pour celui qu'il pr&#233;f&#233;rait, au moins relativement. Mais aucun n'a vot&#233; pour l'Assembl&#233;e telle que nous la connaissons ; aucun ne l'a voulue. Peut-on alors dire qu'elle refl&#232;te la volont&#233; du peuple ? Evidemment non. La m&#234;me remarque vaut pour pratiquement tout r&#233;sultat d'&#233;lection. A la rigueur, si une majorit&#233; absolue vote pour un candidat ou un parti, on pourra dire qu'une majorit&#233; de gens les a choisis. Mais m&#234;me l&#224;, ce ne sera pas &#171; le peuple &#187; pris dans son ensemble qui aura choisi, juste un grand nombre de participants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a un ph&#233;nom&#232;ne apparemment analogue sur le march&#233;. Le processus d'agr&#233;gation des d&#233;cisions individuelles peut y conduire &#224; un r&#233;sultat que personne ne veut. Prenons un chanteur ou d'un footballeur qui gagne &#233;norm&#233;ment d'argent. Un libertarien dit : si des milliers de personnes acceptent de payer cher une place de concert, pourquoi les en emp&#234;cher ? Et pourquoi critiquer le fait que le chanteur gagne des sommes &#233;normes ? L'&#233;conomiste S. Zamagni r&#233;pond que l'achat individuel de places ne signifie pas approbation de la r&#233;sultante, &#224; savoir le niveau de revenu du chanteur. La m&#234;me libert&#233; de choix que les participants manifestent au niveau individuel pourrait les conduire &#224; pr&#233;f&#233;rer un autre r&#233;sultat collectif, si on leur avait pos&#233; sp&#233;cifiquement la question. Cela dit, sur un march&#233;, on peut expliquer que les clients ont eu ce qu'ils voulaient &#224; titre principal : la place au spectacle ; la richesse du chanteur ou du footballeur n'est qu'un effet collat&#233;ral. Par ailleurs, si les gens sont m&#233;contents de cet effet, on peut imaginer des dispositifs correctifs. Mais pour les &#233;lections, ce n'est pas possible, car la difficult&#233; ne r&#233;sulte pas d'un effet collat&#233;ral : c'est bien sur la composition de l'assembl&#233;e qu'on les interroge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une autre configuration &#233;conomique, si beaucoup de gens demandent un bien rare, son prix augmente ; et ce n'est pas n&#233;cessairement ce qu'ils voulaient. Mais la hausse du prix traduit de fa&#231;on indiscutable le fait que le bien est recherch&#233;, et notamment par les int&#233;ress&#233;s. Leur message n'est donc pas trahi ; le r&#233;sultat est coh&#233;rent avec leur action. Et ils ach&#232;tent s'ils veulent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc une certaine analogie entre les &#233;lections et les ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques &#233;voqu&#233;s, mais une diff&#233;rence majeure : avec ses limites, le march&#233; refl&#232;te assez directement un certain choix des gens ; en revanche, dans les &#233;lections, le r&#233;sultat peut surprendre tous les participants et les laisser insatisfaits, comme en 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons plus loin. D&#233;j&#224;, les processus &#233;lectoraux sont discutables en tant que mesure de la suppos&#233;e volont&#233; populaire. Si ces m&#234;mes &#233;lections de 2024 avaient eu lieu au Royaume Uni (scrutin majoritaire &#224; un tour), il y aurait eu un raz de mar&#233;e de d&#233;put&#233;s RN. A la proportionnelle, une assembl&#233;e sans majorit&#233;, mais o&#249; le RN aurait eu beaucoup plus d'&#233;lus. O&#249; est alors la volont&#233; populaire ? M&#234;me &#224; la proportionnelle, o&#249; on peut expliquer que cela refl&#232;te mieux l'opinion populaire, le r&#233;sultat n'aurait &#233;t&#233; voulu par personne. Certes, dans les pays &#224; proportionnelle, il y a une pratique de compromis qui permet &#224; un gouvernement de se d&#233;gager. Mais on ne peut pas dire que c'est la volont&#233; du peuple. Et quand il d&#233;bouche sur un syst&#232;me difficilement gouvernable, comme en France, cela a encore moins de sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, les votants ont exprim&#233; chacun une opinion : on peut parler d'une forme de volont&#233; (on ne regardera pas ici sur quoi elle est fond&#233;e). Mais on peut d&#233;j&#224; s'interroger sur les questions pos&#233;es (en cas de r&#233;f&#233;rendum), ou sur le choix des candidats et des partis, qui ne conviennent pas n&#233;cessairement aux &#233;lecteurs. Et surtout, ces millions de volont&#233;s sont ensuite agr&#233;g&#233;es selon certains proc&#233;d&#233;s. Ce qui se passe alors, en d&#233;finitive, c'est l'&#233;quivalent d'un filtrage &#224; partir des sentiments, opinions et pr&#233;f&#233;rences plus ou moins conscients des citoyens ; ce processus de filtrage permet d'obtenir des voix, qu'on compte ensuite, en fonction du syst&#232;me &#233;lectoral. Et on donne la victoire &#224; celui qui a le plus de voix. Certes, cela permet une certaine relation entre le r&#233;sultat et les sentiments ou opinions des citoyens. Par exemple, le r&#233;sultat du RN au premier tour de 2024 montre une pouss&#233;e en sa faveur, compar&#233; &#224; 2022 et a fortiori &#224; 2017. Mais d'autres ont vot&#233; autrement et il y a eu divergence ; le RN n'&#233;tait pas majoritaire, ni personne d'autre. Et donc on a une assembl&#233;e divis&#233;e et en l'esp&#232;ce ingouvernable Comment peut-on parler &#224; ce propos d'une volont&#233; populaire ? Qu'est-ce que le peuple est suppos&#233; avoir voulu ? En fait rien : aucune d&#233;cision n'en ressort et &#224; nouveau, personne n'avait voulu le r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre genre, le peuple am&#233;ricain a-t-il voulu M. Trump ? Les d&#233;mocrates s&#251;rement pas ; les autres ont tout au plus fait une pari sur cet homme, sans savoir au fond ce qui allait se passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire que le syst&#232;me est arbitraire ou trompeur ? Pas tout &#224; fait : c'est un moyen conventionnel pour permettre aux gens de s'exprimer par leur vote, et &#224; partir de l&#224; de b&#226;tir des organes de gouvernement et de l&#233;gislation, b&#233;n&#233;ficiant d'une part d'une certaine relation avec les opinions des gens, et d'autre part et surtout de l'aura de l&#233;gitimit&#233; que donne le respect de proc&#233;dures constitutionnelles accept&#233;es par tous et suppos&#233;es &#171; d&#233;mocratiques &#187;. Ce syst&#232;me a ses avantages et ses inconv&#233;nients, &#224; comparer avec ceux d'autres syst&#232;mes, si ceux -ci sont l&#233;gitimes. Mais ce qui est s&#251;r, c'est que les termes de &#171; volont&#233; du peuple &#187; ou de &#171; peuple souverain &#187; ne d&#233;crivent pas une r&#233;alit&#233;. Il est d'ailleurs symptomatique qu'on peut &#224; l'occasion s'asseoir tranquillement sur cette &#171; volont&#233; &#187; du &#171; peuple souverain &#187;, comme on l'a vu avec le r&#233;f&#233;rendum de 2005, en adoptant les dispositions refus&#233;es par une autre proc&#233;dure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui donne la vraie force op&#233;ratoire d'une d&#233;cision dans un pays d&#233;mocratique, c'est la l&#233;galit&#233; de la proc&#233;dure, pas une suppos&#233;e volont&#233; du peuple. Et comme la proc&#233;dure incorpore au d&#233;part un m&#233;canisme refl&#233;tant quelque chose de la volont&#233; des citoyens pris individuellement, lesdits citoyens ont le sentiment qu'ils sont pour quelque chose dans le r&#233;sultat, et qu'il est par l&#224; l&#233;gitime. Avec un autre avantage, qui est la flexibilit&#233; ; les gens en place peuvent avoir &#224; partir s'ils perdent les &#233;lections qui suivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, contrairement aux illusions des r&#233;volutionnaires de tout bord, dans le champ d&#233;mocratique il n'y a pas d'alternative cr&#233;dible &#224; ce m&#233;canisme de d&#233;gagement d'un r&#233;sultat qu'on pourra appeler d&#233;cision du peuple. La d&#233;mocratie directe est impraticable avec des millions de personnes, sauf par r&#233;f&#233;rendum, ce qui n'est possible que sur des questions pr&#233;cises, et ne donne pas une politique d'ensemble ou une &#233;quipe dirigeante. Quant aux comit&#233;s de citoyens, la pratique macronienne a montr&#233; qu'ils sont manipulables et n'ont pas beaucoup d'autorit&#233;. Reste la rue : l'&#233;meute, la r&#233;volution, mais chacun sait qu'elles sont le fait de minorit&#233;s nullement repr&#233;sentatives du peuple. M&#234;me quand apr&#232;s coup il ratifie les &#233;v&#232;nements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces consid&#233;rations &#233;clairent tristement la situation politique d&#233;sastreuse de la France &#224; ce jour. En fait, le peuple n'est certainement pas content, et dans leur majorit&#233; les gens rejettent le macronisme. On parle alors de d&#233;ni de d&#233;mocratie. Mais cela ne veut pas dire que ce peuple veut pr&#233;cis&#233;ment quelque chose d'autre. Au sens propre, il ne veut rien, en cela qu'il n'a pas une volont&#233; pr&#233;cise. Et concr&#232;tement, il r&#233;agira aux &#233;v&#233;nements, en fonction de ces &#233;v&#233;nements. La question est donc : qui proposera, &#224; un moment donn&#233;, ou plut&#244;t fera advenir, quelque chose qui se stabilisera et permettra de gouverner ; ce qui veut dire, en contexte d&#233;mocratique, qui recevra &#224; un moment ou un autre, une onction &#233;lectorale suffisante, souvent d'ailleurs a posteriori. Mais d'ici l&#224;, le m&#233;canisme est &#224; bout de souffle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Wokisme, d&#233;construction et bien commun</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Wokisme-deconstruction-et-bien-commun.html</link>
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		<dc:date>2023-05-14T15:49:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;rapage collectif</dc:subject>
		<dc:subject>Wokisme</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;construction</dc:subject>
		<dc:subject>Bien commun</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Maires et &#233;lus agress&#233;s, violences &#224; pr&#233;texte &#233;cologique, blocages de prises de parole tant par l'autorit&#233; que par des militants : l'actualit&#233; est pleine de sympt&#244;mes inqui&#233;tants pour la qualit&#233; du d&#233;bat et de la vie commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en accuse les r&#233;seaux sociaux, non sans raison. Mais d'autres facteurs sont &#224; l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et notamment les philosophies du soup&#231;on : cette id&#233;e que ce que dit quelqu'un n'est pas &#224; consid&#233;rer comme une proposition dont la v&#233;racit&#233; doit &#234;tre examin&#233;e en elle-m&#234;me, mais en fonction de celui qui parle et de sa position, tout en suspectant que derri&#232;re sa parole il n'y a qu'un volont&#233; de domination. Ce qui rend tout d&#233;bat impossible et conduit &#224; l'usage de la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le wokisme n'en est que la forme la plus r&#233;cente et la plus caricaturale. La victime principale en est en derni&#232;re analyse le bien commun, le bien de la vie en commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un ph&#233;nom&#232;ne frappant depuis quelques ann&#233;es est la d&#233;gradation du d&#233;bat public. On en accuse les r&#233;seaux sociaux : ils aboutiraient &#224; la tyrannie de l'&#233;motion, &#224; la disparition du langage commun et des r&#233;f&#233;rences communes, &#224; la division de la population en tribus qui n'&#233;coutent que ce qu'elles veulent entendre, et &#224; une absence de confiance dans le discours commun et cons&#233;quemment au complotisme etc. Ces ph&#233;nom&#232;nes sont bien r&#233;els. Mais si les r&#233;seaux sociaux y ont leur r&#244;le, ce n'est pas seulement de leur fait. On retrouve des traits analogues dans les grands m&#233;dias. D'autres facteurs sont donc &#224; l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord l&#224; aussi et plus profond&#233;ment le fruit d'une g&#233;n&#233;alogie intellectuelle tournant autour de l'id&#233;e du soup&#231;on. Cette attitude est bas&#233;e sur l'id&#233;e que ce que dit quelqu'un n'est pas &#224; consid&#233;rer comme une proposition, dont la v&#233;racit&#233; doit &#234;tre examin&#233;e en elle-m&#234;me, mais en fonction de celui qui parle et de sa position : son insertion sociale, sa sexualit&#233;, son appartenance ethnique ou raciale, son sexe ou genre etc. G&#233;n&#233;alogie qui remonte loin : on commence par Marx, Nietzsche et Freud, puis par vagues successives, on en vient &#224; l'id&#233;ologie de la d&#233;construction et ce qu'on appelle outre-Atlantique la&lt;i&gt; French theory&lt;/i&gt; (Foucault, Derrida et autres). L'id&#233;e est d&#233;sormais non seulement que la position de celui qui parle biaise son propos, mais surtout que tout langage est en r&#233;alit&#233; un acte de pouvoir, et que c'est pour assurer ou prolonger ce pouvoir que la personne parle. D&#232;s lors, en m&#234;me temps qu'on conteste ce pouvoir on remet en question ce qui est dit ind&#233;pendamment de son contenu. On retrouve un &#233;cho de ce soup&#231;on g&#233;n&#233;ralis&#233; en sociologie, avec la critique de la culture &#8216;bourgeoise' chez un Bourdieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Production intellectuelle qui a rencontr&#233; une &#233;volution sociologique concomitante : l'effondrement d'autorit&#233;s comme l'Eglise et de pratiques comme le mariage, ainsi que l'individualisme forcen&#233; de ce que Baumann a appel&#233; la soci&#233;t&#233; liquide. Certes, dira-t-on, si les gens ne vont plus &#224; l'&#233;glise et se marient moins, cela ne para&#238;t pas d&#251; &#224; Derrida. Mais c'est tr&#232;s largement le r&#233;sultat d'&#233;volutions ant&#233;rieures de la pens&#233;e collective. Et en outre bien s&#251;r, les intellectuels, qui en sont &#224; un stade plus avanc&#233; de la d&#233;construction, confortent &#224; chaque &#233;tape l'&#233;volution en cours, et pr&#233;parent la suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve bien s&#251;r dans cette &#233;volution le r&#244;le du paradigme relativiste qui a commenc&#233; &#224; structurer la pens&#233;e collective depuis le XVIIIe si&#232;cle, que j'&#233;voque par ailleurs (par exemple dans &lt;i&gt;Pour un grand retournement politique&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/POUR-UN-GRAND-RETOURNEMENT.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/POUR-UN-GRAN...&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne reste alors qu'un grand scepticisme relativiste, conduisant de fait les gens &#224; se raccrocher comme ils peuvent et chacun de son c&#244;t&#233; &#224; ce qu'ils tiennent comme des v&#233;rit&#233;s, &#8216;leur' v&#233;rit&#233; selon l'absurde expression actuelle, &#224; former une tribu autour de ces rep&#232;res communs, quitte &#224; expliquer les id&#233;es des autres par du complotisme. Ce qui d&#233;bouche sur une soci&#233;t&#233; profond&#233;ment divis&#233;e, incapable de tout d&#233;bat v&#233;ritable, violente verbalement - et de plus en plus physiquement. Car si le d&#233;bat est impossible, il ne reste que la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette conjonction entre les &#233;volutions sociologiques et les d&#233;veloppements de plus en plus d&#233;lirants de la sph&#232;re intellectuelle culmine actuellement dans les d&#233;rapages du wokisme et de la th&#233;orie du genre ; elle repr&#233;sente une &#233;tape particuli&#232;rement inqui&#233;tante dans ce processus de la d&#233;construction. La victime principale est en derni&#232;re analyse ce qu'on appelle le bien commun : le bien que nous avons en commun, et le bien de la communaut&#233;. C'est donc en fait une offensive nihiliste directement destructrice du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, et contrairement &#224; ce que beaucoup croient ou esp&#232;rent, une certain universalisme r&#233;publicain n'est pas la r&#233;ponse. Certes, il a l'avantage de reconna&#238;tre en th&#233;orie la possibilit&#233; de v&#233;rit&#233;s universelles, ce qui permet le d&#233;bat. Mais il ne va pas plus loin et reste finalement fond&#233; sur des r&#232;gles du jeu plus que sur une affirmation positive. Lui aussi reste donc marqu&#233; par le paradigme relativiste. Prenons la la&#239;cit&#233; par exemple, au sens r&#233;publicain actuel : elle consiste dans le fait que l'Etat, donc la plus grande autorit&#233;, celle exprimant la communaut&#233; tout enti&#232;re et la vie commune, proclame que la question de la religion n'est pas son affaire. Ce qui contrairement &#224; ce qu'elle affirme ne peut pas &#234;tre neutre et va bien au-del&#224; de la juste tol&#233;rance de la diversit&#233; : cela d&#233;value la religion comme telle, sans mettre autre chose &#224; la place, sauf un culte des r&#232;gles du jeu qui ne peut suffire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant donc l'existence de r&#232;gles de vie commune et de tol&#233;rance mutuelle est un bien, autant on ne peut en rester l&#224; : sans la reconnaissance du fait que la recherche du vrai et du bien et notamment du Bien commun est un imp&#233;ratif pour tous, la vie commune se d&#233;grade et se d&#233;compose.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pertinence maintenue de l'opposition droite-gauche</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Pertinence-maintenue-de-l-opposition-droite-gauche.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Pertinence-maintenue-de-l-opposition-droite-gauche.html</guid>
		<dc:date>2022-03-12T17:46:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Droite</dc:subject>
		<dc:subject>Droite et gauche</dc:subject>
		<dc:subject>Populisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'opposition droite-gauche structure la vie politique de nos d&#233;mocraties depuis le XIXe si&#232;cle au moins. Le contenu de ces deux termes a beaucoup vari&#233;, mais pas le r&#244;le structurant de cette opposition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains veulent pourtant y substituer d'autres clivages. Notamment entre peuple et &#233;lites, souverainistes et mondialistes, ou nomades et enracin&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme nous allons le voir, cela ne remet en r&#233;alit&#233; pas en question l'opposition droite-gauche&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a une diff&#233;rence essentielle de position dans ce qu'on appelle traditionnellement la droite et la gauche. La gauche est ce qui a un moment donn&#233; incarne le mouvement d'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, conform&#233;ment &#224; l'id&#233;ologie dominante. La droite est dans une large mesure d&#233;finie en contraste, de fa&#231;on n&#233;gative - et par la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La gauche et l'&#233;mancipation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche revendique une certaine moralit&#233;, m&#234;me si ce n'est pas la morale au sens traditionnel, car c'est une morale de l'&#233;mancipation, qui se veut neutre sur le fond et exalte l'autod&#233;termination. Son crit&#232;re principal et permanent est la recherche d'une &#233;mancipation de l'homme, compris comme lib&#233;ration &#224; l'&#233;gard de contraintes et de pr&#233;jug&#233;s, dans une perspective constructiviste o&#249; l'homme se fait lui-m&#234;me, car il n'y a pas v&#233;ritablement de nature humaine et donc de vrai ou de bien objectif. S'y ajoute l'id&#233;e que cette &#233;mancipation une fois amorc&#233;e progresse dans le temps. L'id&#233;e principale est de permettre cette auto-construction cumulative, de fa&#231;on progressiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui caract&#233;rise la gauche est donc dans une large mesure l'acceptation rapide et syst&#233;matique des effets de ce que je d&#233;finis dans &lt;i&gt;Pour un grand retournement politique&lt;/i&gt; comme le paradigme dominant la pens&#233;e et l'action collective depuis trois si&#232;cles : &#171; l'id&#233;e qu'il n'y a pas de v&#233;rit&#233; objective en mati&#232;re morale, politique et sociale, d'o&#249; le droit de chacun &#224; se d&#233;terminer comme il l'entend. Et qu'il est bon d'&#233;manciper les individus ou les soci&#233;t&#233;s, ce qui est compris comme la remise en cause des valeurs collectives, des r&#233;f&#233;rences au vrai et au bien jusque-l&#224; reconnues, et des autorit&#233;s correspondantes [&#8230;] jusqu'&#224; culminer dans le relativisme actuel, qu'on appelle maintenant post-moderne, pour qui la seule notion du bien est le droit de chacun &#224; d&#233;finir comme il l'entend ses valeurs et r&#233;f&#233;rences dans tous les domaines, sous r&#233;serve du droit &#233;quivalent du voisin. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais naturellement le contenu de la gauche ainsi comprise varie selon les &#233;poques, et selon les clivages dominants du moment. Bien entendu selon les cas les priorit&#233;s peuvent varier, ce qui explique qu'il y ait plusieurs gauches. On pourra par exemple &#234;tre pour ou contre l'Europe selon qu'on la voit comme instrument d'&#233;mancipation ou comme menace. Mais aujourd'hui les clivages dominants d&#233;finissant la gauche au sens actuel portent sur l'&#233;cologie, l'id&#233;ologie woke plus ou moins li&#233;e aux courants LGBT ou f&#233;ministes, et les migrants. En revanche le clivage de classe ou de revenu a perdu de sa force pour elle. Les gens dits de gauche sont clairement et unanimement en faveur de chacun des trois termes pr&#233;c&#233;dents (&#233;cologie, wokes et migrants), mais ce qu'on appelait nagu&#232;re la classe ouvri&#232;re a &#233;t&#233; largement d&#233;laiss&#233;. Ce qui fait que les ouvriers r&#233;els votent Le Pen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons que tout cela n'est pas totalement surprenant. Car ce qui caract&#233;rise la gauche n'est pas par nature le souci des masses populaires, notamment ouvri&#232;res comme on pouvait le penser vers 1960, mais l'id&#233;e d'&#233;mancipation. Elle a pu se relier au socialisme mais elle peut le d&#233;laisser. D'ailleurs un regard historique nous rappelle que le positionnement &#224; gauche du socialisme n'&#233;tait pas une n&#233;cessit&#233;. Actuellement c'est le populisme de droite qui r&#233;cup&#232;re le peuple. Ajoutons qu'il pourrait dans une certaine mesure en &#234;tre de m&#234;me de l'&#233;cologie, qui n'a a pas de raison en soi d'&#234;tre accapar&#233;e par le parti de gauche du m&#234;me nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un t&#233;moignage provenant d'un auteur de gauche relativement traditionnel dans son positionnement, Thomas Piketty, peut nous le confirmer. Comme il le montre dans&lt;i&gt; Capital et id&#233;ologie&lt;/i&gt; (2019), la gauche est pass&#233;e graduellement de parti des travailleurs (ce qu'elle &#233;tait en gros en 1946) &#224; celui de parti des &#233;lites intellectuelles, en tout cas des dipl&#244;m&#233;s. A l'&#233;poque l'&#233;lecteur votant &#224; droite &#233;tait plus &#233;duqu&#233; que celui votant &#224; gauche ; c'est l'inverse d&#233;sormais. Ce qui fait d'ailleurs qu'une partie de la gauche, celle qui donne l'inspiration, fait objectivement partie des privil&#233;gi&#233;s &#8211; gr&#226;ce au syst&#232;me &#233;ducatif. Bien entendu cela ne r&#233;sume pas &#224; ses yeux le clivage droite gauche, car inversement dit-il il y a une corr&#233;lation entre niveau de patrimoine et vote &#224; droite. Ainsi pour lui il y a aux Etats-Unis deux blocs &#233;litaires, l'&#233;lite dipl&#244;m&#233;e qui est plut&#244;t d&#233;mocrate, et l'&#233;lite du patrimoine plut&#244;t r&#233;publicaine. Selon Piketty toujours, les exemples de l'Inde et du Br&#233;sil montrent que le clivage classiste ne l'emporte que quand on a d&#233;pass&#233; le clivage identitaire. Or note-t-il, il y a une mont&#233;e du clivage identitaire et ethnoreligieux, et il est ant&#233;rieur au probl&#232;me des migrants. Cela r&#233;sulte notamment de l'abandon des classes populaires par les sociaux-d&#233;mocrates, ainsi que de la chute de URSS (qui a rendu la redistribution par l'Etat moins utile).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La droite h&#233;t&#233;rog&#232;ne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face, ce qu'on appelle droite comporte deux types assez diff&#233;rents de positions. En effet elle se relie soit &#224; l'affirmation d'une conception diff&#233;rente (classique ou conservatrice), soit au fait que quelqu'un ou un groupe se met en d&#233;calage sur un point ou un autre avec la pens&#233;e dominante d'o&#249; il vient, mais sans sortir de sa logique. D'o&#249; l'exemple bien connu des anciennes gauches refoul&#233;es sur la droite (bonapartisme, orl&#233;anisme). L'orl&#233;anisme ancien se retrouve maintenant avec ses origines, en rejoignant le macronisme, ou pas loin (LR). Le bonapartisme est devenu populisme de droite. Mais &#224; proprement parler la seule vraie droite, en cela qu'elle n'a jamais &#233;t&#233; de gauche, est la droite l&#233;gitimiste ou conservatrice (au sens doctrinal du terme) &#8211; qui n'a pas actuellement d'expression politique propre significative. Allant contre le paradigme dominant, elle rencontre le plus d'obstacle dans le syst&#232;me ambiant. Mais inversement, &#233;tant une pens&#233;e du r&#233;el, du sens commun, en un sens c'est la pens&#233;e naturelle, la tendance spontan&#233;e. L'emprise du paradigme relativiste et progressiste renverse cette tendance, mais elle tend &#224; resurgir en permanence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Permanence de l'opposition &#224; travers de nouveaux clivages&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me para&#238;t en tout cas clair que cette opposition droite-gauche, avec ses mutations historiques, reste un facteur majeur en politique, tant au niveau des id&#233;es qu'&#224; celui de la vie politique. Pourtant certains veulent pourtant y substituer d'autres clivages dans la vie politique. Notamment entre peuple et &#233;lites, entre souverainistes et mondialistes, ou entre nomades et enracin&#233;s (ou plusieurs de ceux-ci &#224; la fois). Notamment une th&#232;se r&#233;pandue voit cette opposition dans le clivage entre le macronisme et le populisme de droite (FN devenu RN). Qu'en est-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le macronisme est n&#233; dans une culture de gauche, au sens d&#233;fini ci-dessus, mais dans une variante qui est all&#233;e au bout de la sociald&#233;mocratie dans son acceptation du capitalisme. Au minimum c'est une forme att&#233;nu&#233;e de la gauche (actuelle), un peu comme le parti radical sous la IIIe R&#233;publique, devenu un centre sous influence de gauche. Peut s'y ajouter un usage instrumental de quelques r&#233;f&#233;rences de droite &#224; l'occasion, mais de fa&#231;on non essentielle. Cela dit, il peut &#234;tre per&#231;u comme de droite par ceux qui gardent l'impression r&#233;tinienne de la gauche comme ouvri&#232;re et anticapitaliste par essence (ce que le macronisme n'est &#233;videmment pas), ou par ceux qui confondent ce parti de gouvernement avec le parti de l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant au populisme, il se fonde sur un d&#233;calage entre peuple et &#233;lites. Il peut donc &#234;tre des deux c&#244;t&#233;s, gauche ou droite. Mais dans le contexte actuel, et notamment au vu des choix de la gauche, il tend &#224; &#234;tre principalement situ&#233; &#224; droite car il prend la forme d'un refus du mondialisme, des migrations et des id&#233;ologies progressistes que la gauche met en avant. Seuls les Insoumis y &#233;chappent en partie et pr&#233;sentent parfois un certain populisme de gauche, mais bien limit&#233;. Le populisme est donc pour l'essentiel d&#233;sormais l'apanage de la droite, et il est identifi&#233; dans le syst&#232;me dominant comme situ&#233; &#224; l'extr&#234;me-droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit donc, si le clivage entre peuple et &#233;lites, ou entre souverainistes et mondialistes, ou entre nomades et enracin&#233;s, existe dans une mesure importante, il ne remet pas en question l'opposition droite gauche.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Indig&#233;nisme, pens&#233;e d&#233;coloniale, intersectionnalit&#233; : les nouveaux dilemmes du progressisme</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Indigenisme-pensee-decoloniale-intersectionnalite-les-nouveaux-dilemmes-du.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Indigenisme-pensee-decoloniale-intersectionnalite-les-nouveaux-dilemmes-du.html</guid>
		<dc:date>2021-04-05T09:11:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Intersectionnalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;colonisation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un fait trouble beaucoup le d&#233;bat public : l'&#233;mergence r&#233;cente de ce qu'on appelle indig&#233;nisme, d&#233;colonialisme, Black Lives Matter, sans parler des diverses th&#233;ories du genre ou d'un certain f&#233;minisme, et des &#233;lucubrations de ce qu'on appelle intersectionnalit&#233;. C'est l'id&#233;e d'abord que des populations cens&#233;ment opprim&#233;es peuvent seules parler de ce qui est cens&#233; les opprimer ; et ensuite que l'ensemble de la culture et civilisation occidentale est coupable de ces oppressions, ce qui implique critique et &#233;puration. Et on censure les auteurs, on abat les statues, on colonise m&#233;dias et universit&#233;s pour imposer le discours unique etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; le d&#233;sarroi de l'opinion progressiste face &#224; cette nouvelle gauche, par rapport &#224; la vision universaliste (ou plut&#244;t se voulant telle) qu'elle avait du progr&#232;s et de la soci&#233;t&#233;. Apparemment l'opposition est frontale. Mais en r&#233;alit&#233; tous deux sont issus d'une source commune, ou plut&#244;t d'un paradigme fondateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un fait trouble beaucoup le d&#233;bat : l'&#233;mergence r&#233;cente dans l'espace public de ce qu'on appelle indig&#233;nisme, d&#233;colonialisme, Black Lives Matter, sans parler des diverses th&#233;ories du genre ou d'un certain f&#233;minisme, et des &#233;lucubrations de ce qu'on appelle intersectionnalit&#233;. C'est l'id&#233;e d'abord que des populations cens&#233;ment opprim&#233;es peuvent seules parler de ce qui est cens&#233; les opprimer ; et ensuite que l'ensemble de la culture et civilisation occidentale est coupable de ces oppressions, ce qui implique critique et &#233;puration. Et on censure les auteurs, on abat les statues, on colonise m&#233;dias et universit&#233;s pour imposer le discours unique etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; le d&#233;sarroi de l'opinion progressiste face &#224; cette nouvelle gauche, par rapport &#224; la vision universaliste (ou plut&#244;t se voulant telle) qu'elle avait du progr&#232;s et de la soci&#233;t&#233;. Apparemment l'opposition est frontale. Mais en r&#233;alit&#233; tous deux sont issus d'une source commune, ou plut&#244;t d'un paradigme fondateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je le montre dans un livre paru r&#233;cemment, Pour un grand retournement politique &#187; (Editions du Bien commun), ce paradigme domine notre culture depuis trois si&#232;cles. Un paradigme est ce qui structure la pens&#233;e ou son expression publique. C'est ici l'id&#233;e qu'il n'y a pas de v&#233;rit&#233; objective en mati&#232;re morale, politique et sociale, et que chacun se d&#233;termine comme il l'entend, sous r&#233;serve du droit &#233;quivalent du voisin &#8211; ce qu'on trouve dans la D&#233;claration des Droits de l'homme de 1789. Emerg&#233; au XVIIe si&#232;cle, il a fait progressivement sentir ses effets jusqu'&#224; culminer dans le relativisme actuel, pour qui la seule notion du bien que doit reconna&#238;tre la soci&#233;t&#233; est le droit absolu de chacun &#224; d&#233;finir comme il l'entend ses valeurs et r&#233;f&#233;rences, sous r&#233;serve du droit &#233;quivalent du voisin. D'o&#249; une lente d&#233;rive de nos soci&#233;t&#233;s, qui ronge petit &#224; petit ces biens communs essentiels qu'&#224; des degr&#233;s divers l'humanit&#233; avait rep&#233;r&#233;s ou construits au cours du temps. A chaque phase de l'histoire des pays d'Europe, les cons&#233;quences tir&#233;es de ce cadre de pens&#233;e ont &#233;volu&#233; dans le sens d'une radicalit&#233; croissante, selon un programme qui se veut d'&#233;mancipation. Le politiquement correct d'aujourd'hui e&#251;t &#233;t&#233; impensable il y a cinquante ans ; mais une fois-l&#224;, il s'impose : tol&#233;rant au d&#233;part, il conduit ensuite &#224; la condamnation de tout ce qui le contredit. Avec une constante : la remise en cause successive des &#233;l&#233;ments communs de la cit&#233;, des valeurs de bien ou de vrai, de toute id&#233;e de tradition ou de devoir objectif, ou m&#234;me de la communaut&#233; elle-m&#234;me. D'o&#249; la pratique forcen&#233;e de la d&#233;construction, et le relativisme postmoderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, on manque de rep&#232;res communs, et de plus en plus. Seul subsiste ce droit absolu &#224; d&#233;finir ses valeurs, ou &#224; se d&#233;finir soi-m&#234;me, ce qu'on organise dans un syst&#232;me de r&#232;gles du jeu, notamment autour de l'id&#233;e de d&#233;mocratie et de droits de l'homme. Et comme cela ne suffit &#233;videmment pas pour vivre ensemble, on compte d'une part sur des &#233;l&#233;ments plus traditionnels - mais que la d&#233;construction ronge toujours plus (comme on l'a vu pour la famille). Et d'autre part on recourt aux seuls &#233;l&#233;ments mat&#233;riels, car ils sont jug&#233;s indiscutables. D'o&#249; un mat&#233;rialisme foncier, un essai d'enr&#244;lement de la science, et l'obsession de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point important ici que si un paradigme structure la pens&#233;e, il n'en d&#233;termine pas le contenu ; il ne conduit pas &#224; une s&#233;rie de th&#233;or&#232;mes. Notamment en fonction des sujets et des approches de chacun : le paradigme les oriente et les conditionne, mais le contenu peut varier consid&#233;rablement. C'est encore plus vrai du paradigme actuel, fond&#233; sur l'id&#233;e que chacun se fabrique &#224; volont&#233; ses normes morales et sa v&#233;rit&#233; : in&#233;vitablement on va donc diverger selon les choix de chacun. Mais dans tous les cas on garde la matrice commune, et notamment le relativisme et la pratique de la d&#233;construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait qu'&#224; partir de cette m&#234;me matrice on ait pu avoir, &#224; gauche, successivement d'un c&#244;t&#233; des &#8216;r&#233;publicains' (ou &#8216;socialistes') attach&#233;s &#224; une loi abstraite appliqu&#233;e &#224; tous, &#224; un patriotisme constitutionnel, aux droits de l'homme etc. Et de l'autre ces revendications communautaristes ou particularistes, intersectionnelles, d&#233;coloniales et autres. Les secondes n'exaltent en rien les communaut&#233;s naturelles, l'enracinement, encore moins la loi morale objective, &#224; la fa&#231;on des classiques ou des conservateurs. Elles se situent bien dans le cadre dominant. Mais elles reprochent aux premiers d'ignorer ce qu'implique la situation de chacun, s'il est affect&#233; d'une sp&#233;cificit&#233; qui nous dit-on d&#233;bouche sur une oppression sociale, comme la couleur de peau, des m&#339;urs diff&#233;rentes, une religion mal vue, s'il est une femme etc. Au fond c'est la m&#234;me critique que faisaient les marxistes aux lib&#233;raux : superposer un homme abstrait et des droits th&#233;oriques &#224; la situation r&#233;elle du prol&#233;tariat. Mais ces nouvelles revendications s'inscrivent encore mieux dans le cadre du paradigme, puisqu'elles font appel au ressenti et &#224; la subjectivit&#233; de chacun. Dans un contexte relativiste, il n'est pas &#233;tonnant en outre qu'on en vienne &#224; refuser tout langage commun. Les &#8216;r&#233;publicains' s'en offusquent, mais na&#239;vement : ils ont raison d'&#234;tre r&#233;volt&#233;s par cette disparition de tout &#233;l&#233;ment de vie commune ; mais ils ont tort de ne pas voir la matrice qui est commune &#224; leurs principes et &#224; ces d&#233;veloppements nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sortira pas de ces dilemmes sans remettre en question cette matrice commune, qui est notre paradigme. Non, il n'y a pas de droit de chacun &#224; d&#233;finir comme il l'entend ce qui est vrai et ce qui est bien. Il y a une libre recherche en commun dans la soci&#233;t&#233;, dont les r&#233;sultats sont transmis aux g&#233;n&#233;rations suivantes. La culture h&#233;rit&#233;e peut donc &#234;tre enrichie et &#233;ventuellement relativis&#233;e au fil du temps, mais pas remise en cause comme telle, et au contraire transmise avec soin. Et le souci de la communaut&#233;, de sa vie commune aussi harmonieuse que possible, tourn&#233;e vers le bien commun, est un imp&#233;ratif essentiel. Tout ceci est compatible avec une pluralit&#233; d'options et de traditions, mais si elles s'inscrivent dans ce cadre commun, qui ne se limite en rien &#224; des r&#232;gles du jeu ou des principes abstraits. Dans un tel cadre on peut int&#233;grer le respect de la famille v&#233;ritable et une conception saine des droits de l'homme ; on peut se pencher sur la l&#233;gitimit&#233; des communaut&#233;s et cultures particuli&#232;res, int&#233;gr&#233;es dans la culture commune ; et on peut examiner les accusations de comportement oppressif, pour les redresser en faisant appel &#224; une morale commune. Bref, on peut aider chacun &#224; s'&#233;panouir et &#224; trouver sa place, dans une vraie maison elle aussi commune.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Que signifie &#234;tre conservateur aujourd'hui ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Que-signifie-etre-conservateur-aujourd-hui.html</link>
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		<dc:date>2021-01-17T10:12:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pens&#233;e classique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On parle beaucoup de conservatisme depuis quelques temps. C'est d&#251; en partie &#224; la situation politique : l'&#233;mergence d'Emmanuel Macron a fait &#233;clater la cohabitation ambigu&#235; des droites, lib&#233;rale, conservatrice et autres, au sein des R&#233;publicains. Et on a per&#231;u - un peu vite - les tentatives de F. Fillon ou de FX Bellamy comme signes de l'&#233;mergence de th&#232;mes conservateurs. Mais c'est aussi un th&#232;me &#233;ditorial, comme le montre le monumental dictionnaire du conservatisme. Mon propos ici sera de cerner quel sens authentique, c'est-&#224;-dire porteur de voies nouvelles, on peut lui donner aujourd'hui.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On parle beaucoup de conservatisme depuis quelques temps. C'est d&#251; en partie &#224; la situation politique : l'&#233;mergence d'E. Macron a fait &#233;clater la cohabitation ambigu&#235; des droites, lib&#233;rale, conservatrice et autres au sein des R&#233;publicains, et on a per&#231;u un peu vite les tentatives de F. Fillon ou de FX Bellamy comme signes de l'&#233;mergence de th&#232;mes conservateurs. Mais c'est aussi un th&#232;me &#233;ditorial, comme le montre le monumental dictionnaire du conservatisme. Mon propos ici sera de cerner quel sens authentique, c'est-&#224;-dire porteur de voies nouvelles, on peut lui donner aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quoi s'agit-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conservatisme est n&#233; en r&#233;action &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise ; il s'est positionn&#233; face &#224; elle et aux id&#233;es qu'elle repr&#233;sentait. N&#233; en Angleterre avec Burke, il s'est d&#233;velopp&#233; ensuite ailleurs, avec toutefois une difficult&#233; plus grande en France, du fait de l'emprise plus grande du fait r&#233;volutionnaire. D'autant que la r&#233;action en retour y a pris de Bonald &#224; Maurras des formes contre-r&#233;volutionnaires plus dures que le conservatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire simple, le conservateur oppose au projet r&#233;volutionnaire de reconstruction de la soci&#233;t&#233; &#224; partir d'une id&#233;ologie pos&#233;e au d&#233;part, une conception de la soci&#233;t&#233; politique fond&#233;e sur l'exp&#233;rience de l'histoire, empirique mais attentive &#224; d&#233;gager des r&#233;f&#233;rences morales ou sociales, ainsi que sur l'attachement &#224; des institutions issues de cette m&#234;me histoire et permettant la vie en commun, de la famille &#224; la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel quel, ses limites sont de deux ordres. D'un c&#244;t&#233;, l'empirisme peut le conduire &#224; admettre aujourd'hui ce qu'il refusait hier et donc &#224; &#234;tre &#224; la remorque d'une &#233;volution domin&#233;e par le camp d'en-face., d'autant que sa r&#233;serve &#224; l'&#233;gard de l'&#233;laboration th&#233;orique le conduit souvent &#224; rester flou et &#224; s'hybrider avec d'autres conceptions, comme le lib&#233;ralisme. D'un autre c&#244;t&#233;, la pr&#233;dominance d'un comportement en r&#233;action emp&#234;che de discerner et de proposer des directions d'action assur&#233;es et affirmatives, fond&#233;es sur des id&#233;es explicitement assum&#233;es. Certes, le XIXe si&#232;cle a donn&#233; des exemples de politiques de type conservateur hardies et r&#233;ussies dans leur genre, comme Disraeli ou Bismarck&#8211; malgr&#233; leurs d&#233;fauts. Mais c'est moins net au si&#232;cle suivant : Reagan et Mme Thatcher par exemple ont eu un r&#233;el succ&#232;s, mais leur positionnement &#233;tait hybride entre conservatisme et lib&#233;ralisme ; comme &#233;tait hybride le gaullisme, de fa&#231;on diff&#233;rente. L'ordo-lib&#233;ralisme allemand d'un Adenauer est en partie aussi un succ&#232;s conservateur, mais il ne se pr&#233;sentait pas comme tel et &#233;tait lui aussi hybride.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc dans le conservatisme une faiblesse constitutive, que le nom m&#234;me met en &#233;vidence : conserver peut &#234;tre une fonction noble, mais elle ne se suffit pas &#224; elle-m&#234;me et suppose un crit&#232;re du vrai ou du bien, afin de pouvoir reconna&#238;tre ce qui est bon et qu'on conserve, sans &#234;tre domin&#233; par une vision du temps dict&#233;e par ceux qu'on combat. Il appara&#238;t donc qu'un d&#233;veloppement sain du conservatisme suppose une r&#233;flexion et une &#233;laboration intellectuelles plus exigeantes et plus approfondies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pens&#233;e classique et paradigme relativiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'en r&#233;alit&#233; l'enjeu est fondamental, et va bien au-del&#224; d'une r&#233;action adapt&#233;e &#224; une conjoncture politique : ce contre quoi le conservatisme r&#233;agit, au-del&#224; des &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires, est en effet un paradigme dominant depuis trois si&#232;cles. C'est ce que je montre dans un livre qui vient de para&#238;tre, Pour un grand retournement politique . Un paradigme est ce qui structure la pens&#233;e et l'expression commune : ce paradigme, qu'on l'appelle lib&#233;ral ou relativiste, est fond&#233; sur le refus de la recherche commune du vrai et du bien, au profit d'un a priori de neutralit&#233; dans lequel l'homme &#233;mancip&#233; est cens&#233; se faire lui-m&#234;me. D&#232;s lors, la seule notion du bien que doit reconna&#238;tre la soci&#233;t&#233; est le droit de chacun &#224; d&#233;finir comme il l'entend ses valeurs et r&#233;f&#233;rences sous r&#233;serve du droit &#233;quivalent du voisin. Les cons&#233;quences de ce paradigme ne se sont fait sentir que progressivement : si on maintenait jusque vers 1960 bien des &#233;l&#233;ments traditionnels, on ne d&#233;ployait ce faisant pas tout le potentiel r&#233;volutionnaire inscrit d&#232;s 1789. En revanche l'&#233;poque actuelle en est une &#233;tape radicale, &#224; la suite du grand virage des ann&#233;es 60 et de ce qu'on appelle post-modernisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat est suppos&#233; r&#233;gner, mais dans les faits les r&#233;f&#233;rences communes se r&#233;duisent au minimum : le mat&#233;rialisme, l'argent et le politiquement correct. Il en r&#233;sulte une lente d&#233;rive qui ronge ces biens communs essentiels que l'humanit&#233; avait rep&#233;r&#233;s ou construits au cours de son histoire. On le voit avec la famille : peu touch&#233;e jusqu'en 68, elle fait maintenant l'objet d'une v&#233;ritable d&#233;construction, avec &#224; la base le refus de s'engager. Or son principe m&#234;me est l'engagement mutuel sur la dur&#233;e. Cela dit, dans la pratique elle subsiste : une proportion peut-&#234;tre majoritaire des personnes reste fid&#232;le &#224; son conjoint, &#233;l&#232;ve au mieux ses enfants, et est solidaire de ses parents. Et donc la sagesse ancienne, les r&#233;flexes naturels restent pr&#233;sents. Mais les gens ne savent pas articuler une pens&#233;e alternative, car la pens&#233;e et l'expression collective sont domin&#233;es par notre paradigme. C'est qu'&#233;chapper &#224; cette emprise n'est pas simple. Un paradigme n'est d&#233;pass&#233; que lorsqu'un autre &#233;merge, qui permet de r&#233;soudre les difficult&#233;s que le pr&#233;c&#233;dent ne r&#233;solvait pas. A d&#233;faut, la pens&#233;e reste conditionn&#233;e, et les mouvements contestataires se heurtent aux dominantes de la soci&#233;t&#233;. On l'a vu avec La &lt;i&gt;Manif pour tous&lt;/i&gt;, mobilisant paisiblement des millions de personnes, mais sans qu'il y ait &#233;coute de son message, m&#234;me hypocritement. Au contraire le mouvement a continu&#233; avec la PMA, bient&#244;t la GPA et l'euthanasie. Parce que c'est dans la logique du syst&#232;me de pens&#233;e dominant, et qu'inversement l'argumentation de la Manif pour tous, fond&#233;e sur une forme de loi naturelle, est irrecevable dans ce contexte de pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;flexion doit conduire &#224; reconna&#238;tre que le fondement conceptuel et moral d'un conservatisme bien compris doit &#234;tre cherch&#233; dans un corps de pens&#233;e plus fondamental, en l'occurrence la pens&#233;e classique, dont les conservateurs d&#233;veloppent en fait une forme pragmatique, m&#233;lang&#233;e avec des &#233;l&#233;ments allog&#232;nes. La pens&#233;e classique est notre grande tradition de pens&#233;e politique depuis Aristote et Thomas d'Aquin ; toujours vivante, elle se trouve de nos jours chez un Alasdair MacIntyre ou un Roger Scruton, malgr&#233; certaines limites. C'est elle qui nourrit la Doctrine sociale de l'Eglise. On y trouve le sens de l'objectivit&#233; du bien et du vrai - et l'importance centrale de la personne, qui ne peut exister et se d&#233;velopper qu'au sein de communaut&#233;s solidaires, gr&#226;ce &#224; une &#233;ducation humaniste tourn&#233;e vers le vrai et le bien. S'y ajoute la conscience que les soci&#233;t&#233;s sont des &#233;difices complexes, impliquant l'interaction de nombreuses personnes, qui se r&#233;git par des r&#232;gles de vie d&#233;gag&#233;es au cours du temps et int&#233;rioris&#233;es, et non &#224; partir de th&#233;ories &#233;difi&#233;es a priori. Une des forces de la pens&#233;e classique est de donner du recul. Cela permet de se moins perdre dans les miasmes du d&#233;bat politique, sans pour autant cesser d'esp&#233;rer et d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les impasses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets de notre paradigme sont d&#233;l&#233;t&#232;res. Derri&#232;re le d&#233;calage croissant entre les opinions et les &#233;lites, le d&#233;litement et l'&#233;clatement des partis ou la mont&#233;e de ce qu'on appelle populisme, il faut lire la sourde angoisse naissant de la d&#233;gradation du lien social et de la perte de rep&#232;res, sans parler de la mondialisation, des migrations ou de l'&#233;cologie. Face &#224; la mont&#233;e des interrogations, on ne se sent pas les ressources collectives pour les affronter ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le populisme est un sympt&#244;me majeur du d&#233;sarroi actuel : c'est une remise en question parfois brutale des &#233;lites dominantes, en qui une bonne partie de la population n'a plus confiance. Il peut avoir un impact r&#233;el, comme le montrent Trump, Johnson, ou Salvini. Mais il recouvre des r&#233;alit&#233;s tr&#232;s variables. Or pour &#234;tre une solution durable, un mouvement politique doit d&#233;boucher sur une vie commune profond&#233;ment renouvel&#233;e, ce qui implique une &#233;laboration intellectuelle appr&#233;ciable et l'&#233;mergence d'&#233;lites et de m&#339;urs nouvelles. Mais &#224; ce stade non seulement les divers populismes, &#224; commencer par le RN, ne proposent rien de tel, mais ils refusent ces t&#226;ches. D'o&#249; le risque soit de l'&#233;chec, soit d'une d&#233;rive. On l'a vu avec les Gilets jaunes : leur d&#233;rive a mis en &#233;vidence leur tentation anarchique et leur ind&#233;termination. Ils sont bien s&#251;r l'expression d'une souffrance r&#233;elle, et retrouvent souvent les pr&#233;occupations des conservateurs, mais ils n'offrent pas une solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois l'exemple majeur de l'emprise de la pens&#233;e dominante, et le plus porteur de menace, est son refus de reconna&#238;tre l'ampleur et la signification de l'immigration de masse que conna&#238;t l'Europe &#8211; alors m&#234;me qu'elle inqui&#232;te une bonne partie de la population. Car selon ce cadre de pens&#233;e qui v&#233;n&#232;re l'&#233;mancipation et le bouleversement de l'existant, le mal provient des cultures europ&#233;ennes, mais pas de l'arriv&#233;e de populations qu'il per&#231;oit comme minoritaires et opprim&#233;es (comme le prol&#233;tariat autrefois). Mais cela conduira le syst&#232;me &#224; une impasse d&#233;finitive, car les r&#233;f&#233;rences de ces migrants, notamment musulmans, sont contradictoires avec notre paradigme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que d'&#234;tre bloqu&#233;s entre l'islamisation et la d&#233;composition, et pris de vitesse, il faut se remuer. Mais retourner un paradigme est une op&#233;ration de grande ampleur, qui prend beaucoup de temps, au-del&#224; des p&#233;rip&#233;ties de la vie politique. Cela demande trois choses, que je d&#233;veloppe dans ce livre : reb&#226;tir une pens&#233;e politique ; agir &#224; la base dans les communaut&#233;s ; et ne pas d&#233;laisser le champ politique. J'ai &#233;voqu&#233; le premier point avec la pens&#233;e classique : l'enjeu n'est rien moins qu'une d&#233;colonisation des esprits, &#224; commencer par soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ensuite agir &#224; la base. Toutes les grandes transformations se sont faites d'abord de fa&#231;on capillaire. La soci&#233;t&#233; de demain se joue d'abord dans les familles et l'&#233;ducation. Puis dans les associations, les entreprises ou plus g&#233;n&#233;ralement l'innovation &#233;conomique et sociale dans des communaut&#233;s &#233;l&#233;mentaires qui sont plus libres et mobiles que l'appareil public et qu'il ne peut enti&#232;rement contr&#244;ler. Ces lieux o&#249; se combine une gratuit&#233; r&#233;elle et l'esprit d'entreprise, et o&#249; on peut reconstruire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'implique pas pour autant un repli communautaire. Car il faut aussi agir dans les structures politiques o&#249; cela s'av&#232;re possible malgr&#233; leurs limites, y compris europ&#233;ennes. Et avant tout au niveau national, car la nation reste la seule communaut&#233; politique vivante : c'est dans son cadre que nos soci&#233;t&#233;s s'organisent, en commen&#231;ant par le droit, la solidarit&#233; &#233;conomique et sociale et la d&#233;fense ; et le niveau de vie de la plupart des gens est d&#233;termin&#233; par leur appartenance nationale. Seul le principe national fait que des soldats meurent pour sauver des touristes en vadrouille. Mais cela ne veut pas dire que les menaces contre la nation ne soient pas consid&#233;rables. Citons-en deux : la s&#233;cession d'une partie des &#233;lites qui jouent le mondialisme, profitant des structures nationales mais en refusant les solidarit&#233;s. Et le r&#234;ve f&#233;d&#233;raliste europ&#233;en, qui poursuit la chim&#232;re d'un peuple europ&#233;en inexistant et en son nom paralyse les capacit&#233;s de r&#233;veil national. Or il y a de nombreuses mesures urgentes &#224; prendre sur des enjeux de survie : immigration, &#233;conomie, coop&#233;ration intra-europ&#233;enne (hors f&#233;d&#233;ralisme), d&#233;ficits etc. Sans parler des espaces de jeu &#224; &#233;largir, notamment pour l'&#233;ducation. Encore faut-il pour cela mettre une vraie comp&#233;tence au service d'une vraie cr&#233;ativit&#233; : ce n'est pas parce que les gens comp&#233;tents ou les intellos sont plut&#244;t de l'autre c&#244;t&#233; et ont dit bien des b&#234;tises, que l'on peut se passer de la comp&#233;tence ou de la r&#233;flexion. Et naturellement, comme dans toute action politique, cela d&#233;pend des circonstances et du jeu des personnes. Mais le champ est trop important pour &#234;tre abandonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A tr&#232;s court terme, beaucoup souhaitent une recomposition groupant conservateurs, souverainistes et populistes. Hors de France la formule prosp&#232;re, sous des formes diverses. Mais ce stade, ici c'est irr&#233;aliste : tant que les R&#233;publicains n'auront pas vu l'&#233;chec de leur retour &#224; l'UMP, que Marine Le Pen sera l&#224;, que les chapelles domineront, et qu'un leader ne se sera pas d&#233;tach&#233;. Le moment n'est donc pas propice. Il peut le devenir, et il faudra saisir l'occasion. Mais m&#234;me dans ce cas, il faut garder &#224; l'esprit la port&#233;e s&#233;culaire du renversement &#224; op&#233;rer. Cela &#233;vite les impatiences et les d&#233;sillusions, en cas d'&#233;chec comme en cas de succ&#232;s apparent. Car le vrai succ&#232;s ne se situe pas sur ce registre. Il faut donc prendre les al&#233;as &#233;lectoraux comme ce qu'ils sont : des p&#233;rip&#233;ties. Et garder tranquillement le cap sur le long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans la revue&lt;/i&gt; Le nouveau conservateur &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://lenouveauconservateur.org/rubriques/culture-civilisations/que-signifie-etre-conservateur-aujourdhui/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://lenouveauconservateur.org/r...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Loi naturelle, Valeurs universelles et diversit&#233; des cultures</title>
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		<dc:date>2020-09-27T09:26:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralisme et v&#233;rit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Valeurs universelles</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Droits de l'homme, d&#233;mocratie : des valeurs universelles, vraiment ? Le constat est en r&#233;alit&#233; bien plus ambigu. Malgr&#233; les proclamations plan&#233;taires, ONU &#224; l'appui. D'une part ces r&#233;f&#233;rences sont remises en cause par bien des pays ou cultures, notamment en Asie ou dans le monde islamique. D'autre part, dans le monde occidental m&#234;me elles subissent sans cesse des mutations profondes, alors m&#234;me qu'elles sont suppos&#233;es permanentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pose donc de fa&#231;on renouvel&#233;e la question de la nature et du fondement de toute pr&#233;tention &#224; l'universalit&#233; de valeurs morales communes. La seule r&#233;ponse rationnelle est la loi naturelle ; elle affirme l'existence de valeurs morales universelles, objectives, qui devraient s'imposer &#224; tous par leur v&#233;rit&#233; m&#234;me, et cela &#233;ventuellement en dehors de toute foi religieuse (m&#234;me si l'Eglise catholique la d&#233;fend). Mais c'est ce que le syst&#232;me dominant r&#233;cuse. Ce qui le conduit &#224; une forme de manich&#233;isme. La loi naturelle au contraire est recherche d'universalit&#233; v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons ce que tout cela peut impliquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Valeurs-universelles-+.html" rel="tag"&gt;Valeurs universelles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Constat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Des valeurs universelles, vraiment ? Le constat est bien ambigu. D'un c&#244;t&#233; on proclame universelles de telles valeurs, comme les d&#233;clarations de Droits de l'homme ou la d&#233;mocratie. Mais de l'autre, pour qui regarde autour de soi, on voit que ce sol glisse de plus en plus sous nos pieds. D'une part cette r&#233;f&#233;rence est remise en cause par bien des pays ou cultures, notamment en Asie ou dans le monde islamique, au nom d'une interpr&#233;tation locale diff&#233;rente ou m&#234;me par refus pur et simple (les &#171; valeurs asiatiques &#187;). D'autre part, dans leur lieu d'origine m&#234;me, dans le monde occidental ces r&#233;f&#233;rences m&#234;mes subissent des mutations profondes, alors m&#234;me qu'elles sont suppos&#233;es permanentes. La notion de Droits de l'homme par exemple recouvre aujourd'hui, sur des points comme la famille, des concepts totalement &#233;trangers &#224; la D&#233;claration universelle de 1948, dont on continue pourtant &#224; se r&#233;clamer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le christianisme de son c&#244;t&#233;, qui se reconna&#238;t dans une partie appr&#233;ciable de la d&#233;claration de 1948, diverge maintenant fortement de l'interpr&#233;tation dominante, reprise par l'ONU, sur des points importants comme l'avortement ou l'euthanasie. De ce fait, m&#234;me un texte applaudi m&#233;diatiquement comme Laudato Si, avec sa notion d'&#233;cologie int&#233;grale comprenant aussi le refus de l'avortement, contradictoire avec la pens&#233;e dominante sur ce point et sur d'autres, et on n'en accepte en r&#233;alit&#233; que la partie &#233;cologique au sens &#233;troit. Car il r&#233;affirme l'id&#233;e de nature humaine ; or si nos &#233;cologistes d&#233;fendent le respect moral de la nature, ils consid&#232;rent de fa&#231;on incoh&#233;rente que d&#232;s qu'il s'agit de l'homme, il peut se d&#233;finir comme il l'entend, car il n'y aurait pas de nature humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc admettre qu'il y a aujourd'hui une h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; appr&#233;ciable et croissante des valeurs, et qu'elle tend &#224; s'accro&#238;tre. D'un c&#244;t&#233;, l'affirmation &#233;conomique et politique des civilisations non occidentales facilite leur expression. De l'autre, l'instabilit&#233; du syst&#232;me occidental s'accentue, car il s'adonne &#224; un relativisme de plus en plus d&#233;brid&#233;. Sa pr&#233;tention &#224; l'universalit&#233; sera donc de plus en plus battue en br&#232;che.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se pose donc de fa&#231;on renouvel&#233;e la question de la nature et du fondement de toute pr&#233;tention &#224; l'universalit&#233;. En fait la seule r&#233;ponse coh&#233;rente est la loi naturelle ; elle affirme l'existence de valeurs morales universelles, objectives, qui devraient s'imposer &#224; tous par leur v&#233;rit&#233; m&#234;me, et cela &#233;ventuellement en dehors de toute foi religieuse. C'est celle traditionnellement donn&#233;e par l'Eglise catholique. Mais c'est ce que le syst&#232;me dominant r&#233;cuse. Voyons comment.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le fondement possible : la loi naturelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qui dit Droits de l'homme, et qui leur donne valeur universelle, affirme par-l&#224; la possibilit&#233; d'aboutir &#224; un consensus sur un ensemble de conclusions : d'une part sur ce qu'est l'homme, et d'autre part sur son bien, et par l&#224; sur ce qui est au fond un agir moral, qui peut et doit inspirer la loi. Car que veut dire un droit ? Cela consiste par exemple &#224; revendiquer la libert&#233; d'accomplir tel ou tel acte, plus la possibilit&#233; d'exiger des autres humains qu'ils respectent cette libert&#233;, et m&#234;me d'exiger ce respect devant les tribunaux. Cela n'a pas de sens s'il n'y a pas &#224; la base l'id&#233;e que c'est un bien, et donc qu'il y a l&#224; un devoir moral qui s'impose &#224; tous. Si on proclame la libert&#233; d'expression, c'est qu'on pense qu'il est bon que tout homme puisse s'exprimer sans contrainte injustifi&#233;e, et que le devoir de respecter ce bien s'impose moralement aux autres. Consid&#233;rer ces droits comme universels revient donc &#224; affirmer qu'il est possible de discerner au moins un noyau de base de telles exigences, qui sont morales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est exactement ce que fait la doctrine de la loi naturelle (o&#249; la nature est comprise au sens large, pas au sens mat&#233;rialiste qui domine aujourd'hui : c'est la nature des choses, ce qu'elles sont ou devraient &#234;tre). Elle estime en effet possible de discerner une telle morale universelle par la r&#233;flexion rationnelle et le d&#233;bat, sur la base d'une conception de la nature humaine. Si on accepte cette id&#233;e de loi naturelle, il est alors possible et logique de fonder les Droits de l'homme sur sa base, comme le fait la Doctrine sociale de l'Eglise. Mais inversement, si on r&#233;cuse toute notion de loi naturelle, les d&#233;clarations de droits courent grand risque d'&#234;tre pos&#233;es dans le vide, car on ne voit pas au nom de quoi on exige leur respect de la part des personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;clairage chr&#233;tien : la Doctrine sociale (DSE) et la loi naturelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les papes, notamment Jean-Paul II et Beno&#238;t XVI, ont beaucoup insist&#233; sur la r&#233;f&#233;rence &#224; la loi naturelle ; ils la voient comme non seulement vraie en soi, mais comme pont possible entre croyants et incroyants, car elle ne suppose pas n&#233;cessairement la foi. Cette loi morale se pr&#233;sente comme universelle ; mais cela n'exclut pas une &#233;volution dans le temps, de fa&#231;on coh&#233;rente, par approfondissement. En outre, on admet qu'elle puisse avoir une d&#233;clinaison variable dans la loi positive, selon les diversit&#233; des situations. Cette universalit&#233; de fond est donc compatible avec la diversit&#233; des cultures. Rappelons enfin que dans la tradition classique, l'objectivit&#233; de la loi morale ne fait pas disparaitre la sp&#233;cificit&#233; du jugement moral sur chaque situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces points sont rappel&#233;s dans le Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise, publi&#233;e en 2004. Le point central est qu'il y a, selon ce texte, un lien essentiel entre la libert&#233;, la v&#233;rit&#233; et la loi naturelle. Car (n&#176; 138) &#171; dans l'exercice de la libert&#233;, l'homme accomplit des actes moralement bons, constructifs de sa personne et de la soci&#233;t&#233;, quand il ob&#233;it &#224; la v&#233;rit&#233;, c'est-&#224;-dire quand il ne pr&#233;tend pas &#234;tre le cr&#233;ateur et le ma&#238;tre absolu de cette derni&#232;re, ainsi que des normes &#233;thiques. En effet, la libert&#233; n'a pas sa source absolue et inconditionn&#233;e en elle-m&#234;me, mais dans l'existence dans laquelle elle se situe et qui, pour elle, constitue &#224; la fois des limites et des possibilit&#233;s. &#187; D&#232;s lors (140) &#171; l'exercice de la libert&#233; implique la r&#233;f&#233;rence &#224; une loi morale naturelle, &#224; caract&#232;re universel, qui pr&#233;c&#232;de et unit tous les droits et les devoirs. &#187; &#171; Cette loi est appel&#233;e naturelle parce que la raison qui la promulgue appartient en propre &#224; la nature humaine. Elle est universelle, s'&#233;tend &#224; tous les hommes dans la mesure o&#249; elle est &#233;tablie par la raison &#187;. Elle est donc fond&#233;e sur la raison, qui reconna&#238;t par l&#224; qu'il y a une v&#233;rit&#233; objective sur le bien et le mal. Son respect est en outre indispensable &#224; la construction de la soci&#233;t&#233;, car (142) &#171; si l'on voile la perception de l'universalit&#233; de la loi morale naturelle, il est impossible d'&#233;difier une communion r&#233;elle et durable avec l'autre car quand une convergence vers la v&#233;rit&#233; et le bien fait d&#233;faut, de mani&#232;re responsable ou non, nos actes blessent la communion des personnes, au pr&#233;judice de tous. [&#8230;] Celui qui s'autoproclame mesure unique des choses et de la v&#233;rit&#233; ne peut pas vivre pacifiquement avec ses semblables et collaborer avec eux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un exemple non-europ&#233;en : le confucianisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette conception n'est-elle pas trop occidentale ? Dans cette forme d'&#233;laboration conceptuelle, oui sans doute ; mais ses id&#233;es de base sont plus universelles qu'il n'y para&#238;t au premier abord. J'en veux pour exemple le confucianisme, mais ce n'est pas le seul. Certes on ne peut pas dire qu'il d&#233;veloppe explicitement une conception de la loi naturelle ; mais son positionnement et les id&#233;es qu'il d&#233;veloppe vont tr&#232;s naturellement dans ce sens. Ce n'est donc pas par hasard que Matteo Ricci et ses compagnons le consid&#233;raient comme pr&#233;paration &#233;vang&#233;lique, justement parce qu'ils le voyaient comme une morale naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses caract&#233;ristiques principales sont l'insistance sur le d&#233;veloppement personnel, par la voie de la sagesse, d'un homme con&#231;u comme &#234;tre de relations et qui donc ne peut pleinement se d&#233;velopper qu'en contact avec les autres. Il n'y a pas d'au-del&#224; transcendant explicite, mais la reconnaissance d'une spiritualit&#233;, li&#233;e &#224; un &#8216;Ciel' compris commue r&#233;gulateur du flux d'ordre, d'harmonie et de cr&#233;ativit&#233; qui fait le monde et l'homme, lequel y est totalement immerg&#233;. On note en outre l'importance chez Confucius de la notion de ren, sens de l'humain ; le moi est vu comme point de convergence de rapports interpersonnels ; le lien moral est constitutif de tout &#234;tre humain. C'est un ordre intrins&#232;que des choses dans lequel il faut se replacer. Affirmer et &#233;lever plus haut sa propre humanit&#233; prime en outre par rapport &#224; tout autre devoir. Le concept central, celui de Voie du Ciel, vise au fond le comportement demand&#233; de chacun, par et pour l'ordre des choses ; c'est en quelque sorte la vocation de chacun, la recherche de la meilleure conduite &#224; adopter et &#224; laquelle on est sp&#233;cifiquement appel&#233;. C'est donc &#224; la fois sp&#233;cifique &#224; chacun (contrairement &#224; une morale de type kantien), ordonnateur de la vie enti&#232;re, et exigeant en ce qui concerne les attitudes possibles. C'est donc bien une morale objective dans son principe, et fond&#233;e sur la r&#233;alit&#233; des choses ; fondamentalement donc tr&#232;s proche de l'id&#233;e de loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'analyse intellectuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, m&#234;me largement pr&#233;sente dans les diverses cultures, la question subsiste du fondement philosophique et rationnel de la loi naturelle. On l'a dit, la Doctrine sociale la consid&#232;re accessible &#224; tout homme de bonne volont&#233; ; mais c'est sans le d&#233;montrer. Les analyses d'Alasdair MacIntyre montrent en revanche la possibilit&#233; &#224; notre &#233;poque aussi de retrouver par le raisonnement et l'exp&#233;rience les principes de la loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez cet auteur, dont l'influence et l'autorit&#233; dans le monde anglosaxon sont consid&#233;rables, on trouve, tant dans sa propre d&#233;marche personnelle que dans ses propositions, un soubassement intellectuel puissant &#224; l'id&#233;e que la raison peut retrouver les principes de la loi naturelle. Partant du marxisme, il a dans son premier ouvrage majeur, After Virtue, red&#233;couvert des &#233;l&#233;ments significatifs de la pens&#233;e aristot&#233;licienne, mais en les ins&#233;rant dans un contexte communautariste et une pluralit&#233; de traditions morales. Il a progressivement approfondi cette pens&#233;e pour pr&#233;cis&#233;ment retrouver le r&#244;le central d'une r&#233;f&#233;rence universelle, la loi naturelle, dans le cadre de la pens&#233;e thomiste. On le voit notamment dans un livre r&#233;cent sur ce sujet (Lawrence S. Cunningham (dir.), Intractable Disputes about the Natural Law, Notre Dame Indiana, University of Notre Dame Press, 2009), sous forme d'un d&#233;bat entre lui et d'autres. Certes, MacIntyre y rappelle lucidement que la logique de la loi naturelle devrait conduire &#224; un large accord, mais que c'est le contraire qu'on constate, surtout aujourd'hui ; ce qui, dit-il, est un &#233;chec incontestable de la raison pratique. MacIntyre donne plusieurs exemples de ces d&#233;saccords : l'avortement ; la morale sexuelle hors procr&#233;ation ; la question de l'existence d'un juste prix ou d'un juste salaire etc. Mais en m&#234;me temps, note-t-il, un point de vue peut &#234;tre rationnellement sup&#233;rieur sans que pour autant cela garantisse l'assentiment, m&#234;me de gens intelligents et attentifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MacIntyre propose plusieurs d&#233;monstrations de la l&#233;gitimit&#233; de la loi naturelle. Dans la premi&#232;re, il se base sur le principe m&#234;me de l'enqu&#234;te en commun. Elle implique qu'il y a un bien &#224; reconna&#238;tre comme tel, la v&#233;rit&#233;, comprise comme ad&#233;quation de la pens&#233;e et de la r&#233;alit&#233; - sinon aucune enqu&#234;te commune n'est possible. Mettant ce bien au-dessus des autres, on recherche une coh&#233;rence entre les exigences de v&#233;rit&#233; et les autres biens que nous poursuivons. On note alors que cela implique une forme d'asc&#233;tisme intellectuel et moral, et des r&#232;gles r&#233;gissant nos rapports mutuels. D'abord, qu'on n'ait pas &#224; craindre de celui avec qui on parle. Donc qu'on ne remette pas en cause la vie, la libert&#233; ou les biens les uns des autres. Ensuite que chacun dise la v&#233;rit&#233;, ne mente pas, que les engagements soient respect&#233;s, et qu'une autorit&#233; nous prot&#232;ge des menaces ext&#233;rieures. Mais, dit-il, nous retrouvons alors les principes de la loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre m&#233;thode qu'il propose est comparative : on regarde si l'approche d'une des traditions en pr&#233;sence donne une solution meilleure aux probl&#232;mes que rencontre une autre ; alors sa sup&#233;riorit&#233; relative sera claire, et c'est-dit-il le cas de la loi naturelle. Il rappelle plus g&#233;n&#233;ralement que la recherche du bien commun exige un d&#233;bat. Une id&#233;e qui diverge de la loi naturelle classique peut &#234;tre examin&#233;e rationnellement et on doit pouvoir donner une r&#233;ponse universellement valable au cas examin&#233;. Ce qu'il estime pouvoir d&#233;montrer dans le cas de l'avortement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les limites de cette r&#233;f&#233;rence &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on sait, dans les faits, cette conception de la loi naturelle est aujourd'hui principalement d&#233;fendue par l'Eglise catholique. D'o&#249; une confusion dans les esprits, car elle est de ce fait per&#231;ue comme confessionnelle, malgr&#233; des contributions comme celle de MacIntyre. Cela peut r&#233;sulter de l'insuffisance de l'argumentation propos&#233;e. Mais cela provient surtout de la pr&#233;dominance dans nos soci&#233;t&#233;s de ce que j'appelle le paradigme de neutralit&#233;, relativiste, qui structure notre pens&#233;e collective, et conduit &#224; n'admettre comme r&#232;gle commune que des r&#232;gles du jeu et un principe d'&#233;mancipation individualiste. Un tel cadre de pens&#233;e exclut a priori toute d&#233;marche du type de la loi naturelle. Elle y voit m&#234;me une attitude arrogante aboutissant &#224; imposer des vues aux autres &#8211; sans voir d'ailleurs que c'est en r&#233;alit&#233; ce qu'elle fait elle-m&#234;me avec son propre syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'analysais dans un ouvrage r&#233;cent &#8216;Pour un grand retournement politique, Editions du Bien commun, Paris, 2019) &#171; un paradigme, au sens de Kuhn, est ce qui structure la repr&#233;sentation des choses au niveau collectif, conduisant &#224; s&#233;lectionner certains modes de pens&#233;e et d'expression au d&#233;triment d'autres pourtant aussi l&#233;gitimes a priori. &#187; En l'esp&#232;ce, &#171; c'est l'id&#233;e qu'il n'y a pas de v&#233;rit&#233; objective en mati&#232;re morale, politique et sociale, d'o&#249; le droit de chacun &#224; se d&#233;terminer comme il l'entend. Et qu'il est bon d'&#233;manciper les individus ou les soci&#233;t&#233;s, ce qui est compris comme la remise en cause des valeurs collectives, des r&#233;f&#233;rences au vrai et au bien jusque-l&#224; reconnues, et des autorit&#233;s correspondantes. Cet objectif de neutralit&#233; &#233;merg&#233; au XVIIe si&#232;cle, a fait progressivement sentir ses effets jusqu'&#224; culminer dans le relativisme actuel, qu'on appelle maintenant post-moderne, pour qui la seule notion du bien est le droit de chacun &#224; d&#233;finir comme il l'entend ses valeurs et r&#233;f&#233;rences dans tous les domaines, sous r&#233;serve du droit &#233;quivalent du voisin. &#187; Or &#171; une telle attitude est sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire. Tous les syst&#232;mes de valeurs ant&#233;rieurs affichaient une conception ou une autre du bien, fond&#233;e en d&#233;finitive sur une id&#233;e de la nature humaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On ne comprend pas cette id&#233;e de neutralit&#233;, et le mat&#233;rialisme qui lui est sous-jacent, si on ne le compl&#232;te pas par la promesse d'&#233;mancipation qu'il contient. Car il ne s'agit pas seulement de proclamer n&#233;gativement l'absence de r&#233;f&#233;rence objective au bien ou &#224; la communaut&#233; ; il s'agit de proclamer le droit des individus ou des peuples &#224; s'affranchir de ces r&#232;gles et r&#233;f&#233;rences communes pour construire &#224; volont&#233; leur cadre et leur avenir, droit qui est de fait proclam&#233;, paradoxalement, comme une forme de bien ou plut&#244;t comme le seul &#8216;bien' collectivement reconnu. &#187; &#171; La l&#233;gitimit&#233; reposera alors &#224; la fois sur ce corpus id&#233;ologique et sur les proc&#233;dures qui d&#233;finissent les r&#232;gles du jeu. Les unes et les autres &#233;tant changeantes, la l&#233;gitimit&#233; est d&#233;sormais glissante au gr&#233; de ce qu'on per&#231;oit comme le sens de l'histoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mais il se r&#233;v&#232;le aussi plus que jamais une impasse, car la pluralit&#233; de fait des morales, valeurs et cultures etc., que cela g&#233;n&#232;re s'av&#232;re tr&#232;s difficile &#224; g&#233;rer, comme le montrent les turpitudes et limites du syst&#232;me, son incapacit&#233; croissante &#224; donner des r&#232;gles claires pour la vie commune, notamment dans la d&#233;limitation des droits r&#233;ciproques des uns et des autres - par exemple entre la lutte contre la p&#233;dophilie ou les autres abus sexuels, et la d&#233;ferlante pornographique. Et son nihilisme latent est au fond d&#233;sesp&#233;rant. D'o&#249; son recours sans cesse croissant &#224; des r&#233;glementations, dans tous les domaines, et donc &#224; une forme d'&#233;tatisation ; mais aussi l'impuissance croissante du politique &#187;. Le niveau extr&#234;me est ce relativisme des universit&#233;s am&#233;ricaines, cette exaltation de la diversit&#233; aboutissant &#224; disqualifier un discours tenu par quelqu'un parce qu'il est blanc ou masculin. Mais il est important de rappeler que son origine n'est pas dans une contestation ext&#233;rieure de la postmodernit&#233;, mais dans son exacerbation. Ce que ressent l'individu devient un absolu. Et toute id&#233;e d'universalit&#233; dispara&#238;t. Ou plus exactement il ne reste qu'en affirmation &#224; pr&#233;tention universelle, qui est au fond proc&#233;durale : l'affirmation de r&#232;gles du jeu social.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La remise en cause de la conception dominante&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De ce fait la conception dominante, occidentale, celle qui est doctrine officielle &#224; l'ONU, ne se fonde pas sur une r&#233;f&#233;rence commune objective, encore moins stable, par exemple des droits de l'homme ; mais sur des r&#232;gles du jeu. Mais alors il n'y a pas de limite intellectuelle &#224; la divergence des interpr&#233;tations, comme &#224; l'&#233;volution dans le temps. La probabilit&#233; est donc de divergences croissantes. Le recul de l'universalit&#233; ne provient donc pas seulement de l'arrogance occidentale, mais du fond m&#234;me de sa conception. Mais ce risque de divergence pousse aussi le monde occidental &#224; une tentation moralisante paradoxale, avec en pratique l'imposition id&#233;ologique (au moins dans les pays occidentaux) d'un r&#233;f&#233;rent politiquement correct. Inversement, la critique de cette conception occidentale ne r&#233;sulte pas seulement du fait qu'on affirme des valeurs alternatives, mais aussi, voire surtout, de la critique des limites de ce cadre de pens&#233;e dominant. Parmi celles-ci, on notera en particulier son absence du sens de la communaut&#233;, son refus de reconna&#238;tre l'homme comme &#234;tre de relations ins&#233;r&#233; dans des communaut&#233;s, ainsi que sa n&#233;gation des valeurs morales objectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;rapage du politiquement correct et les r&#233;actions qu'il suscite&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les analyses de Chantal Delsol (Le cr&#233;puscule de l'universel, Cerf, 2020) mettent en &#233;vidence les effets d&#233;l&#233;t&#232;res de l'&#233;volution r&#233;cente de cette conception. Ces droits, comme les notions de libert&#233; et d'&#233;galit&#233;, sont pos&#233;s comme principes permettant seuls la vie commune de personnes appel&#233;es &#224; s'&#233;manciper mais ayant des conceptions diff&#233;rentes. Mais en m&#234;me temps, ils sont pos&#233;s, et de plus en plus, comme un id&#233;al &#8216;moral', de plus en plus envahissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constatant la multiplicit&#233; des Chartes alternatives des Droits, Chantal Delsol oppose alors deux conceptions : d'un c&#244;t&#233;, l'individu abstrait ainsi d&#233;fini par sa libert&#233; individuelle ; et de l'autre la &#171; personne inscrite dans groupes d'appartenance, sujet inclus et assujetti des soci&#233;t&#233;s holistes &#187;. Cette analyse tend &#224; faire un bloc de tous ceux qui critiquent la conception dominante, en regroupant sous le nom de holisme l'id&#233;e d'une forme d'ordre impliquant des liens et une solidarit&#233; s'imposant &#224; tous dans une soci&#233;t&#233; o&#249; l'individu doit se fondre. Elle voit d&#233;j&#224; dans le nazisme une &#171; premi&#232;re tentative politique &#187; &#171; pour abolir l'esprit moderne et revenir aux sources de la soci&#233;t&#233; holiste &#187;, r&#233;cusant l'individualisme et l'universalisme, l'&#233;galit&#233;, les Droits de l'homme. Mais elle englobe aussi sous cette &#233;tiquette tout un ensemble de conceptions (pourtant radicalement diff&#233;rentes du nazisme), comme les r&#233;f&#233;rences asiatiques d'inspiration confuc&#233;enne, l'Islam ou la Russie actuelle ; elle note m&#234;me des affinit&#233;s entre ce holisme et le capitalisme rh&#233;nan et l'ordo-lib&#233;ralisme allemand (ce qui en bonne logique finirait implicitement par viser aussi la Doctrine sociale de l'Eglise). On constate m&#234;me, dit-elle, un glissement ou une convergence, puisque dit-elle des rangs entiers de la droite conservatrice ou des catholiques occidentaux admirent Poutine. Outre la r&#233;f&#233;rence holiste, elle voit aussi dans tout cela l'effet d'une tendance g&#233;n&#233;rale r&#233;cemment &#233;merg&#233;e &#224; &#171; suivre sa propre voie &#187;. On d&#233;construit par principe l'universalisme, et on &#233;tablit des ponts vers Vico, Herder et le romantisme allemand. Ce n'est alors pas un simple relativisme, mais une conception plurielle des civilisations. Ainsi en Asie, de Xi Jinping &#224; Lee Kuan Yew. D'o&#249; les &#8216;valeurs asiatiques'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors dit-elle aujourd'hui &#171; le conflit des paradigmes oppose un centre europ&#233;en de plus en plus mondialiste et individualiste, et des p&#233;riph&#233;ries souffrant de d&#233;sappartenance, aspirant &#224; des enracinements plus spiritualistes &#187;. L'Occident ne s'en attriste pas, dit-elle : il voit m&#234;me cela comme un progr&#232;s ; de toute fa&#231;on chez lui il y a &#171; d&#233;valorisation assum&#233;e de l'h&#233;ro&#239;sme et de la grandeur &#187;. Les gens n'y savent plus pour quoi ils accepteraient de mourir ; on y r&#233;cuse les grands r&#233;cits et efface les causes sacrificielles. L'Occident a en outre la sp&#233;cificit&#233; de la repentance, qu'on ne voit pas chez les autres : ni chez Erdogan, ni chez Poutine qui r&#233;habilite Staline, ni chez Xi Jinping qui excuse Mao (comme n'ayant fait que de simples erreurs).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La diversit&#233; des alternatives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette position doit &#224; mon sens &#234;tre nuanc&#233;e. Il convient notamment d'&#233;viter de mettre dans le m&#234;me panier toutes les oppositions &#224; la conception occidentale actuelle, messianique et sans cesse plus intol&#233;rante. Car si leur opposition les r&#233;unit, ces id&#233;es alternatives sont en r&#233;alit&#233; assez profond&#233;ment diff&#233;rentes entre elles ; les r&#233;unir sous l'&#233;tiquette commune du &#8216;holisme' est contestable. Nous avons vu l'exemple de la th&#233;orie de la loi naturelle, d&#233;fendue par l'Eglise catholique et th&#232;me majeur de la tradition de pens&#233;e occidentale ant&#233;rieurement aux Lumi&#232;res ; elle se distingue clairement de la conception occidentale actuellement dominante ; mais elle n'a &#233;videmment rien &#224; voir avec des conceptions comme celle de Xi Jinping aujourd'hui, ou a fortiori avec le nazisme, et elle diff&#232;re tr&#232;s sensiblement des id&#233;es islamistes. Il n'y a donc pas deux p&#244;les possibles, la postmodernit&#233; d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre le reste, suppos&#233; holiste et non universel. Ce &#8216;reste' recouvre en r&#233;alit&#233; une grande diversit&#233; d'approches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour reprendre cet exemple, la pens&#233;e classique, centr&#233;e autour de la loi naturelle, me para&#238;t &#234;tre par excellence le p&#244;le alternatif &#224; la modernit&#233; ou postmodernit&#233;, au sein de la tradition occidentale. Elle se veut non seulement aussi universaliste que la pens&#233;e dominante, mais elle m&#233;rite ce terme bien plus que celle-ci, qui n'a d'universaliste que sa pr&#233;tention, et organise en r&#233;alit&#233; une cacophonie des valeurs, dissolvant la notion m&#234;me de valeur en la r&#233;duisant &#224; des r&#232;gles du jeu. Mais si on part de cette polarit&#233; entre modernit&#233; et pens&#233;e classique, on va classer de fa&#231;on tr&#232;s diff&#233;rente les id&#233;es en pr&#233;sence. Le nazisme par exemple se r&#233;v&#232;le alors &#234;tre un avatar monstrueux de la modernit&#233;, exaltant &#224; la fois un pr&#233;tendu soubassement scientifique, et la volont&#233; de puissance d'un groupe humain particulier : c'est en fait une des formes que peut prendre l'exacerbation de l'affirmation du moi, qui est sous-jacente &#224; la modernit&#233;. Et par ailleurs l'id&#233;e de &#171; suivre sa propre voie &#187; sans qualification est tout &#224; fait &#233;trang&#232;re &#224; la pens&#233;e classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me dans la diversit&#233; des voies actuellement explor&#233;es ou mises en avant. Il est important de rappeler la vari&#233;t&#233; des cultures sous-jacentes en pr&#233;sence de nos jours, que le d&#233;veloppement va conduire &#224; voir s'affirmer de plus en plus. Par exemple, l'Asie (le monde sinis&#233;) hors Chine a eu une r&#233;action au coronavirus bien diff&#233;rente des Occidentaux ; la discipline, le sens de la soci&#233;t&#233; et de la communaut&#233; y sont bien plus forts ; et on accepte un degr&#233; plus &#233;lev&#233; d'intrusion. Mais cela ne veut pas dire que la Cor&#233;e ou le Japon soient purement et simplement holistes, ni n'implique de leur part une renonciation &#224; l'universalit&#233;. On l'a vu, la tradition confuc&#233;enne peut &#234;tre ici interrog&#233;e sur le plan doctrinal : la personne humaine n'y dispara&#238;t pas dans le tout, m&#234;me si on comprend d'abord l'homme comme &#234;tre de relations et non de fa&#231;on individualiste. En revanche, dans la &#8216;pens&#233;e Xi Jinping', officielle dans la Chine actuelle, la r&#233;f&#233;rence au confucianisme appara&#238;t largement rh&#233;torique, appel&#233;e au service d'un syst&#232;me hybride combinant en r&#233;alit&#233; un mat&#233;rialisme &#224; la fois marxiste et capitaliste (et donc occidental d'origine), et une tradition autoritaire chinoise violente, qui doit bien plus &#224; ceux qu'on appelait dans la Chine ancienne les L&#233;gistes qu'&#224; Confucius. En outre, si Xi Jinping insiste sur la sp&#233;cificit&#233; des &#8216;couleurs' chinoises de son socialisme, m&#234;me dans son cas cela n'implique pas en soi renoncement &#224; toute universalit&#233;, tant s'en faut : le pays se veut en effet exemplaire au niveau mondial. Il est donc plus totalitaire que holiste, et pas si local que cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, cette Asie chinoise n'est pas la seule : outre le bouddhisme, pr&#233;sent dans la m&#234;me culture chinoise, les mondes indien et islamique sont tous deux porteurs de r&#233;f&#233;rences propres, qu'on ne peut pas r&#233;duire &#224; un qualificatif global comme &#8216;holisme'. Ces mondes savent qu'ils ont &#233;t&#233; de grandes civilisations ; ils ont perdu historiquement beaucoup de terrain par rapport &#224; l'Occident, mais ils sont en pleine remont&#233;e sur les plans &#233;conomique et politique (m&#234;me si le monde musulman est ici moins convaincant). D'o&#249; des &#233;volutions vari&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle en cours en Inde tourne autour d'une hindutva centr&#233;e sur l'hindouisme : elle est donc ind&#233;niablement tr&#232;s particulariste et communautaire. Mais par un paradoxe apparent cet exemple, qui correspond le mieux au sch&#233;ma particulariste et holiste de Chantal Delsol, est aussi celui du seul grand pays dans cette zone &#224; garder vivante une d&#233;mocratie &#224; l'occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Islam est un autre exemple caract&#233;ristique de cette diversit&#233;. Il n'est pas &#233;vident que le terme de &#8216;holisme' s'applique &#224; lui et que l'individu s'y dissolve dans la communaut&#233; : il y a en Islam un sens fort de la communaut&#233; islamique (Umma) mais la r&#233;f&#233;rence n'est pas dans la communaut&#233;, c'est dans le Coran, r&#233;f&#233;rence commune. Et surtout il se veut universel et non pas local ; il a m&#234;me &#233;tabli une d&#233;claration des droits alternative. On tend en Occident &#224; passer cela sous silence, de fa&#231;on g&#234;n&#233;e, consid&#233;rant qu'une d&#233;claration de droits qui se r&#233;f&#232;re &#224; une tradition qu'on juge particuli&#232;re ne peut pr&#233;tendre &#234;tre universelle, et ne se situe donc pas au m&#234;me niveau que les textes occidentaux. Mais cela pose un probl&#232;me conceptuel majeur : il est en soi logique que si on introduit dans la r&#233;flexion un &#233;l&#233;ment non partag&#233; comme le Coran, le r&#233;sulte diverge. En r&#233;alit&#233;, le Coran aussi est &#224; pr&#233;tention universelle ; les musulmans acceptent donc le principe d'une d&#233;claration de droits, mais pour eux elle n'a de sens que compl&#233;t&#233;e et corrig&#233;e par la charia. Il y a donc conflit et contradiction entre les deux conceptions, occidentales et islamiques ; d&#232;s lors l'une des deux au moins est fausse. Mais ce n'est pas par manque d'universalit&#233; ; cela veut dire qu'on n'&#233;chappera pas &#224; un choix sur le fond, &#224; la question de la v&#233;rit&#233; de l'un ou de l'autre, et notamment pas en tentant de recourir &#224; une &#233;thique proc&#233;durale &#224; l'occidentale, qui ne donne pas de r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;sir de s'affirmer et de ne plus &#234;tre &#224; la remorque de l'Occident, s'ajoute en outre dans tous ces cas, comme on l'a dit, une sinc&#232;re hostilit&#233; envers les formes de plus en plus caricaturales que prend la pens&#233;e postmoderne occidentale, laquelle risque d'emporter dans le refus la partie pourtant justifi&#233;e et universelle de la modernit&#233; occidentale. Evidemment, toutes ces affirmations apparaissent particularistes si on les lit &#224; travers le prisme de lecture occidental actuel, et on tend &#224; les r&#233;cuser en bloc &#224; ce titre. On risque alors de tomber dans le pi&#232;ge d'une dichotomie entre les pays dits vraiment &#8216;d&#233;mocratiques' et les autres. Mais ce n'est pas la seule coupure possible : on l'a dit, l'Islam par exemple est pour ses tenants une proposition universelle, conduisant &#224; une polarit&#233; diff&#233;rente, mais tout aussi dichotomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel manich&#233;isme, caract&#233;risant les uns et les autres, est fondamentalement diff&#233;rent de la d&#233;marche de la pens&#233;e classique, celle qui est &#224; l'origine de l'id&#233;e de loi naturelle, qu'on voit mal structurant le monde en deux camps oppos&#233;s, puisqu'elle vise au contraire &#224; d&#233;gager une id&#233;e morale commune. Un pr&#233;alable &#224; tout progr&#232;s est donc de sortir de ces oppositions binaires et au fond simplistes, mais sans pour autant cesser d'affirmer ce qui appara&#238;t comme de valeur universelle, et la possibilit&#233; de telles valeurs universelles. On pourra ne pas &#234;tre d'accord (ainsi sur l'avortement), mais sans enfermer l'autre dans un sch&#233;ma (sauf s'il le fait lui-m&#234;me). Ni relativisme, ni manich&#233;isme, l'enjeu est la mise en &#233;vidence, chaque fois que possible, par un travail commun, de ce qui a r&#233;ellement et objectivement, valeur universelle, parce que relevant du vrai, du beau et du bien. Et pour le reste, de traiter au mieux, dans la respect de principes civilis&#233;s et moraux, des &#234;tres qui sont diff&#233;rents de nous et qui ne partagent pas nos vues, ou pas toutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'apr&#232;s mon intervention au Colloque 2020 de l'AIESC (Th&#232;me g&#233;n&#233;ral :&lt;/i&gt; Valeurs universelles et valeurs locales/ particuli&#232;res : compl&#233;mentarit&#233;s et confrontations)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un grand retournement se pr&#233;pare, en travaillant les alternatives</title>
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		<description>&lt;p&gt;Interview par Michel Janva pour le Salon Beige, 6 novembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un retournement politique en profondeur suppose aussi, &#224; c&#244;t&#233; des mouvements dans la soci&#233;t&#233;, le recours &#224; une pens&#233;e forte et construite, enracin&#233;e dans le r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Interview par Michel Janva pour le Salon Beige, 6 novembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lesalonbeige.fr/un-grand-retournement-se-prepare-en-travaillant-les-alternatives/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.lesalonbeige.fr/un-gran...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre de Lauzun (X et ENA), ancien directeur g&#233;n&#233;ral de la F&#233;d&#233;ration bancaire fran&#231;aise et d&#233;l&#233;gu&#233; g&#233;n&#233;ral de l'Association fran&#231;aise des march&#233;s financiers (AMAFI), vient de publier &#8220;Pour un grand retournement politique. Faces aux impasses du paradigme actuel&#8220;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous l'avons interrog&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans votre ouvrage, vous proposez &#8220;un grand retournement politique&#8221; sur les bases de la pens&#233;e classique. Mais pensez-vous que notre soci&#233;t&#233; puisse sortir de ce que vous nommez &#8220;le paradigme actuel&#8221; ? Suffira-t-il de cr&#233;er des m&#233;dias alternatifs, des &#233;coles libres, de manifester massivement&#8230; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un paradigme, c'est ce qui structure la pens&#233;e collective et son expression publique. Le paradigme actuel date de plus de trois si&#232;cles, mais il n'a atteint le plein d&#233;veloppement qui est d&#233;sormais le sien que dans les ann&#233;es 60-70 du si&#232;cle dernier &#8211; notamment dans ce m&#233;lange de relativisme au niveau des id&#233;es, de reniement de la culture collective et de l'attachement national, et de sape en mati&#232;re de m&#339;urs, qui caract&#233;rise d&#233;sormais notre vie publique. Le &#8216;politiquement correct' qui domine nos m&#233;dias (et de plus en plus nos lois) en est une expression. Mais changer de paradigme est une op&#233;ration lourde, un grand retournement, et cela suppose la constatation collective explicite de son &#233;chec. Nous n'en sommes pas encore l&#224;. Mais ce qui est s&#251;r, c'est que ce grand retournement se pr&#233;pare, en travaillant les alternatives. Notamment &#224; deux niveaux. Le culturel d'abord, et l'&#233;ducation et l'&#233;cole sont ici essentiels, car il faut des outils de pens&#233;e et des r&#233;f&#233;rences pour remplacer celles qui dominent. Et le politique, plus exactement les batailles politiques, m&#234;me quand la pr&#233;dominance du paradigme rend la victoire difficile &#8211; comme on le voit avec le mariage pour tous ou la PMA. Car par l&#224; au minimum la prise de conscience se renforce, on mesure la profondeur de ce qui s&#233;pare une soci&#233;t&#233; saine de celle qui s'&#233;tale sous nos yeux, et donc l'ampleur du changement n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi je plaide dans ce livre pour le retour &#224; la pens&#233;e politique classique, celle d'Aristote et de Thomas d'Aquin. Non seulement parce que c'est la pens&#233;e la plus &#233;quilibr&#233;e et la plus juste pour comprendre le fonctionnement sain des soci&#233;t&#233;s humaines. Mais surtout parce qu'un retournement de pens&#233;e en profondeur suppose aussi, &#224; c&#244;t&#233; des mouvements dans la soci&#233;t&#233;, le recours &#224; une pens&#233;e forte et construite, enracin&#233;e dans le r&#233;el. D'autant qu'une telle pens&#233;e civilis&#233;e aide &#224; &#233;viter d'autres d&#233;rives, plus ou moins barbares, que l'&#233;chec probable &#224; terme de nos soci&#233;t&#233;s peut tout aussi bien susciter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Au vu de l'immigration, ne pensez-vous pas que nous risquons de sortir du paradigme actuel pour tomber aux mains de l'islam ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un des points les plus inqui&#233;tants de notre situation actuelle. On peut &#234;tre tent&#233; de trouver long le temps n&#233;cessaire &#224; la reconversion en profondeur des esprits qui est &#224; mon sens n&#233;cessaire, si on le compare avec l'acc&#233;l&#233;ration des mouvements migratoires et de leurs effets. Selon J. Fourquet de l'IFOP, notre pays compte environ 20% de personnes suffisamment peu assimil&#233;es pour donner &#224; leur enfant un pr&#233;nom arabo-islamique. Ce pourcentage &#233;tait n&#233;gligeable il y a 30-40 ans. Une simple extrapolation des donn&#233;es actuelles conduirait &#224; pr&#233;voir une majorit&#233; d'enfants similaires dans un peu plus d'une g&#233;n&#233;ration. D'autant que l'explosion d&#233;mographique africaine combin&#233;e &#224; une bien plus grande familiarisation des candidats avec la situation de nos pays a bien des chances d'acc&#233;l&#233;rer les migrations. Or dans le cas de la France les pays de d&#233;part sont en majorit&#233; musulmans. Ce sont des extrapolations mais elles sont assez suggestives pour montrer l'importance d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais inversement on voit bien que sans changement en profondeur de nos priorit&#233;s collectives, de notre esprit public, nous sommes hors d'&#233;tat de r&#233;agir. Comme d'ailleurs de proposer une v&#233;ritable assimilation &#224; la partie des immigr&#233;s qui voudrait s'orienter en ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, les migrations bouleverseront de fa&#231;on croissante la probl&#233;matique de nos soci&#233;t&#233;s et la position de notre paradigme relativiste. Les migrants viennent d'une horizon radicalement diff&#233;rent ; l'id&#233;ologie dominante chez nous ne vient &#233;videmment pas d'eux, m&#234;me si elle favorise leur arriv&#233;e tout en inhibant tout r&#233;flexe de d&#233;fense. Mais au fur et &#224; mesure que la proportion s'&#233;l&#232;vera et que les probl&#232;mes se multiplieront, la contradiction &#233;clatera entre l'id&#233;ologie actuellement dominante et cette population nouvelle qui lui est totalement &#233;trang&#232;re. En clair, dans la figure limite d'une France qui s'islamiserait largement, nos progressistes auraient de moins en moins de place. L'Islam leur fera la peau. Leur contradiction est totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement, la question de la migration est le cas le plus &#233;vident de l'&#233;chec de ce paradigme &#224; r&#233;soudre un probl&#232;me majeur. Or c'est comme cela que de tels paradigmes sont historiquement d&#233;pass&#233;s : quand on a compris qu'ils m&#232;nent &#224; des impasses, et qu'il faut chercher ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En exposant la diversit&#233; des r&#233;gimes politiques, vous &#233;crivez qu'un peuple peut retirer le pouvoir &#224; quelqu'un qui l'exerce mal. A l'heure des gilets jaunes et des grandes contestations &#8220;populistes&#8221;, pensez-vous que cette situation soit actuelle ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux choses sont vraies en m&#234;me temps, que la pens&#233;e classique a toujours soulign&#233;es. D'un c&#244;t&#233;, la m&#233;thode r&#233;volutionnaire pour changer de r&#233;gime politique s'est av&#233;r&#233;e historiquement contre-productive et souvent catastrophique. D'un autre c&#244;t&#233;, la l&#233;gitimit&#233; ultime, m&#234;me des r&#233;gimes monarchiques, est dans le peuple, non au niveau des votes mais dans la conviction que ce peuple a de la l&#233;gitimit&#233; du r&#233;gime politique, lui reconnaissant pleinement le droit d'exercer son pouvoir. Quand la situation se d&#233;grade au point que le r&#233;gime en place n'a plus les ressources pour assurer les services qu'on attend de lui, il est alors normal et justifi&#233; d'envisager de la changer. Mais dans la pens&#233;e classique cela suppose, comme pour la guerre juste, non seulement d'&#234;tre s&#251;r de sa cause, mais aussi qu'on soit convaincu que le changement apportera une am&#233;lioration r&#233;elle, avec des chances &#233;lev&#233;es de succ&#232;s. Ce qui suppose une alternative cr&#233;dible et construite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manifestement les Gilets jaunes n'&#233;taient pas dans ce cas de figure. Outre leur relative ambigu&#239;t&#233; sur le fond, le point central est leur refus obstin&#233; et structurel, d&#232;s le d&#233;but, de se construire comme mouvement politique. Ce n'&#233;tait donc pas une alternative cr&#233;dible. Quant aux populismes, leur faiblesse dans l'analyse, les programmes et les politiques propos&#233;es ne leur permettent pas, ou pas encore, d'&#234;tre une alternative d'ensemble. Du moins en Europe occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous n'h&#233;sitez pas &#224; effectuer un rapprochement entre nazisme et transhumanisme. Cette analyse ne p&#234;che-t-elle pas par exc&#232;s (le fameux point Godwin) ou faut-il vraiment s'inqui&#233;ter du militantisme en faveur d'une nouvelle race sup&#233;rieure ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapprochement n'est &#233;videmment que partiel : il s'agit notamment de mettre en &#233;vidence ce qu'on refuse commun&#233;ment de voir, &#224; savoir la profonde modernit&#233; du nazisme dans ses c&#244;t&#233;s les plus monstrueux. Certes sa pr&#233;tendue base scientifique &#233;tait inconsistante. Mais il adh&#233;rait &#224; l'id&#233;e d'un usage massif de la science pour cr&#233;er une humanit&#233; nouvelle. Ce faisant il n'&#233;tait pas isol&#233; : par exemple l'eug&#233;nisme, la s&#233;lection orient&#233;e de l'esp&#232;ce humaine, &#233;tait populaire &#224; l'&#233;poque, notamment dans une partie de la gauche qui se voulait &#8216;progressiste'. D'o&#249; aussi l'euthanasie, pi&#232;ce majeure du dispositif nazi, commune &#224; ce r&#233;gime et &#224; cette gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le transhumanisme part &#233;videmment d'un base historique et politique radicalement diff&#233;rente par bien des aspects. Mais lui aussi ambitionne d'agir par des moyens qui se veulent scientifiques afin de transformer l'esp&#232;ce humaine, comprise essentiellement comme un fait biologique. L'affinit&#233; avec le nazisme est sur ce plan r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur le lib&#233;ralisme, vous appelez au discernement en distinguant lib&#233;ralisme philosophique, par nature relativiste, et le lib&#233;ralisme &#233;conomique, avec lequel nous pouvons &#234;tre parfois en accord. Vous vous d&#233;marquez ainsi d'une analyse qui estime que l'on ne peut pas s&#233;parer ces deux aspects du lib&#233;ralisme, lequel doit donc &#234;tre rejet&#233; en bloc. Ou alors y a-t-il plusieurs lib&#233;ralismes &#233;conomiques ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est d'abord ici de vocabulaire. Le lib&#233;ralisme philosophique se fonde sur le refus de la v&#233;rit&#233; et du bien objectifs qui sont au c&#339;ur de la pens&#233;e classique, et il glisse naturellement vers le relativisme : chacun se fabrique ses v&#233;rit&#233;s et ses valeurs comme il l'entend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En politique comme en &#233;conomie la situation est en partie diff&#233;rente. Il y a un lib&#233;ralisme politique qui est la cons&#233;quence dans ce champ du lib&#233;ralisme philosophique dans un sens relativiste. Ainsi dans la PMA et la GPA. Mais il y a aussi un usage du mot lib&#233;ral en politique qui recouvre des r&#233;alit&#233;s positives, comme l'&#233;tat de droit ou le souci des libert&#233;s. Un Tocqueville est tr&#232;s repr&#233;sentatif de ce positionnement interm&#233;diaire, qui se dit lib&#233;ral, mais qui est tr&#232;s proche des classiques par certains traits. De m&#234;me, un certain lib&#233;ralisme &#233;conomique, refusant tout souci &#233;thique ou culturel en &#233;conomie, toute action politique, et pr&#233;tendant n'avoir pour seul guide que le jeu du march&#233;, prolonge &#233;videmment dans ce champ le lib&#233;ralisme &#233;conomique. Mais on peut aussi dans le langage usuel parler d'&#233;conomie lib&#233;rale pour d&#233;signer une &#233;conomie d'entreprise fond&#233;e sur l'initiative des personnes et leur confrontation sur des march&#233;s, admettant une certaine r&#233;gulation publique et surtout la n&#233;cessaire orientation des choix &#233;conomiques en r&#233;f&#233;rence &#224; des valeurs &#233;thiques et culturelles. Comme celle que promeut la Doctrine sociale de l'Eglise : Jean-Paul II avait d'ailleurs tr&#232;s bien fait la distinction. Critiquer &#8216;le' lib&#233;ralisme suppose donc de s'assurer qu'on s'est bien compris : la critique d'un corpus id&#233;ologique d'ensemble se justifie &#224; condition de ne pas &#234;tre entra&#238;n&#233; par le vocabulaire &#224; rejeter des biens essentiel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Interview dans l'Incorrect sur &#034;Pour un grand retournement politique&#034;</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Interview-dans-l-Incorrect-sur-Pour-un-grand-retournement-politique.html</link>
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		<dc:date>2019-11-01T11:02:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Alternative politique</dc:subject>
		<dc:subject>Grand retournement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Interview par Beno&#238;t Dumoulin paru sur l'Incorrect au sujet de mon livre &#034;Pour un grand retournement politique&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arrimer notre action politique &#224; la pens&#233;e politique classique afin de sortir de l'impasse du paradigme progressiste.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Idees-politiques-.html" rel="directory"&gt;Id&#233;es politiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Grand-retournement-+.html" rel="tag"&gt;Grand retournement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Article paru sur l'Incorrect 30 Octobre 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://lincorrect.org/pierre-de-lauzun-pour-un-grand-retournement-politique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://lincorrect.org/pierre-de-la...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Beno&#238;t Dumoulin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Haut-fonctionnaire &#233;m&#233;rite, essayiste et ancien d&#233;l&#233;gu&#233; g&#233;n&#233;ral de l'Association Fran&#231;aise des March&#233;s Financiers, Pierre de Lauzun vient de publier Pour un grand retournement politique (&#233;ditions du bien commun, 2019), essai dans lequel il propose d'arrimer notre action politique &#224; la pens&#233;e politique classique afin de sortir de l'impasse du paradigme progressiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous parlez de la n&#233;cessit&#233; de revenir &#224; la pens&#233;e politique classique. Comment la d&#233;finiriez-vous et &#224; quoi s'oppose-t-elle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e politique classique commence avec Aristote, se d&#233;veloppe avec saint Thomas d'Aquin et se retrouve encore en bonne partie dans la pens&#233;e conservatrice. Elle allie une d&#233;marche assez pragmatique sur la mani&#232;re dont les soci&#233;t&#233;s fonctionnent &#8211; comme interaction assez complexe d'&#234;tres humains qu'il faut arriver &#224; agencer au mieux &#8211; avec, de l'autre c&#244;t&#233;, une exigence de recherche de la v&#233;rit&#233; ou du bien commun, consid&#233;r&#233; comme le moyen d'obtenir le meilleur r&#233;sultat possible dans un contexte donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e politique classique s'oppose &#224; ce que j'appelle le paradigme de neutralit&#233;, qui &#233;merge au XVIIe si&#232;cle, avec notamment Hobbes et Locke en Grande-Bretagne ainsi que la philosophie des Lumi&#232;res au XVIIIe si&#232;cle. Apr&#232;s la guerre des religions, penser le vrai et le bien devient trop compliqu&#233; dans une Europe qui s'est d&#233;chir&#233;e au sujet de la v&#233;rit&#233; religieuse. On r&#233;duit donc le bien commun au plus petit d&#233;nominateur commun en partant du principe que chacun fait ce qu'il veut sans nuire &#224; son voisin, l'&#201;tat ou le march&#233; &#233;tant charg&#233; d'arbitrer entre les diff&#233;rentes volont&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette philosophie qui triomphe avec la d&#233;claration des droits de l'homme et du citoyen dont l'article 4 proclame que &#171; la libert&#233; consiste &#224; pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas &#224; autrui &#187;. On est alors tout &#224; fait dans le paradigme de l'individualisme lib&#233;ral. Dans le socialisme, enfin, on retrouve, combin&#233;e avec l'id&#233;e de solidarit&#233;, cette m&#234;me id&#233;e r&#233;volutionnaire selon laquelle l'homme se construit et se d&#233;finit lui-m&#234;me sans r&#233;f&#233;rence &#224; un ordre naturel pr&#233;existant. Le socle de cette modernit&#233; politique est donc la destruction du bien comme recherche commune de la communaut&#233; politique, au profit des droits individuels ou collectifs auto-construits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment passe-t-on du modernisme au post-modernisme &#224; partir des ann&#233;es 60 ? Y a-t-il rupture ou continuit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu un grand virage dans les ann&#233;es 60 avec le post-modernisme, mais il trouve ses racines dans le modernisme lui-m&#234;me. En effet, les modernes avaient maintenu au XIXe si&#232;cle un certain nombre d'&#233;l&#233;ments classiques et traditionnels, comme par exemple une conception de la famille ou de la morale encore calqu&#233;e sur l'ordre classique, l'instituteur la&#239;c enseignant sur ce plan &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me chose que le cur&#233;. C'est d'ailleurs ce que disait Jules Ferry pour rassurer la soci&#233;t&#233; inqui&#232;te de la d&#233;christianisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela s'op&#233;rait sur la base d'une incoh&#233;rence doctrinale. Car ces r&#233;publicains maintenaient des &#233;l&#233;ments classiques sans savoir pourquoi. Ils ne d&#233;ployaient pas totalement le potentiel r&#233;volutionnaire inscrit dans les principes de 1789. La conception de la famille au moment de la R&#233;volution &#233;tait strictement lib&#233;rale &#8211; un contrat entre deux individus &#8211; mais au XIXe si&#232;cle on &#233;tait revenu &#224; une vision plus traditionnelle &#8211; disons interm&#233;diaire &#8211; de la famille qui maintenait beaucoup d'acquis de la pens&#233;e classique, tout en s'inspirant de la doxa r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les combats men&#233;s dans le domaine soci&#233;tal ont, pour l'instant, &#233;t&#233; perdus politiquement par ceux qui les ont men&#233;s, le paradigme lib&#233;ral ne permettant pas de combattre &#224; armes &#233;gales avec les tenants du progressisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans les ann&#233;es 60 que l'histoire s'est r&#233;acc&#233;l&#233;r&#233;e jusqu'&#224; aboutir aux batailles anthropologiques sur la PMA et la GPA, qui sont finalement dans la droite ligne de la pens&#233;e moderne. C'est ce qui explique que tous les combats men&#233;s dans le domaine soci&#233;tal ont, pour l'instant, &#233;t&#233; perdus politiquement par ceux qui les ont men&#233;s ; le paradigme lib&#233;ral ne permettant pas de combattre &#224; armes &#233;gales avec les tenants du progressisme. C'est comme si vous deviez combattre sur un ring de boxe avec des r&#232;gles fix&#233;es par l'adversaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment lutter contre le paradigme lib&#233;ral ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, il faut savoir le nommer et le rep&#233;rer. Par exemple dans cette objection consistant pour les &#171; lib&#233;raux &#187; &#224; r&#233;pondre &#224; tous ceux qui veulent limiter l'hypertrophie des droits individuels : &#171; en quoi ces avanc&#233;es soci&#233;tales vous g&#234;nent-elles ? Elles ne vous enl&#232;vent aucun droit mais nous en procurent un de notre c&#244;t&#233; &#187;. R&#233;flexe parfaitement lib&#233;ral qui ignore la notion m&#234;me d'un bien commun qui transcende la libert&#233; de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il faut pouvoir remettre en cause le paradigme dominant tout en agissant &#224; l'int&#233;rieur de ce syst&#232;me tant qu'il pr&#233;domine. Un changement de paradigme s'inscrit dans le temps long, mais il faut pouvoir en pr&#233;parer les conditions. Je pense par exemple &#224; la question de l'enseignement libre. La libert&#233; scolaire devient d'autant plus capitale que la soci&#233;t&#233; post-moderniste diverge de plus en plus de la pens&#233;e classique. C'est pourquoi il faut des &#238;lots de r&#233;sistance &#224; la pens&#233;e dominante, sans sombrer non plus dans le communautarisme qui est le contraire du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pouvoir remettre en cause le paradigme dominant tout en agissant &#224; l'int&#233;rieur de ce syst&#232;me tant qu'il pr&#233;domine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; un niveau plus large, c'est un probl&#232;me de masse critique et de changement qui ne peut s'op&#233;rer que parce qu'une pens&#233;e a commenc&#233; &#224; infuser en profondeur les esprits et provoquer un point de basculement de la soci&#233;t&#233;. Ceci est affaire de circonstances. Regardez les chr&#233;tiens sous l'empire romain : ils ne s'opposaient pas au pouvoir de l'empereur mais juste au paradigme idol&#226;trique selon lequel les pouvoirs religieux et politique sont confondus. Il fallait donc sacrifier aux idoles, ce qu'ils refusaient. D'o&#249; leur pers&#233;cution jusqu'au moment o&#249; une masse critique de chr&#233;tiens a pu inverser le cours de l'histoire. Il ne tient qu'&#224; nous de nous inspirer de leur action capillaire pour renverser le paradigme progressiste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Face &#224; la d&#233;rive de nos soci&#233;t&#233;s, revenons &#224; Aristote et Saint Thomas &#187;</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Face-a-la-derive-de-nos-societes-revenons-a-Aristote-et-Saint-Thomas.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Face-a-la-derive-de-nos-societes-revenons-a-Aristote-et-Saint-Thomas.html</guid>
		<dc:date>2019-09-23T10:07:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Populisme</dc:subject>
		<dc:subject>Grand retournement</dc:subject>
		<dc:subject>Avenir de la d&#233;mocratie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien Figaro Vox sur &#034;Pour un grand retournement politique&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire face aux probl&#232;mes de notre temps et pour &#233;viter les apories de la confrontation entre &#171; conservateurs &#187; et &#171; lib&#233;raux &#187;, l'essayiste et ancien haut fonctionnaire Pierre de Lauzun entend revenir &#224; la pens&#233;e classique d'Aristote &#224; Thomas d'Aquin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Pour faire face aux probl&#232;mes de notre temps et pour &#233;viter les apories de la confrontation entre &#171; conservateurs &#187; et &#171; lib&#233;raux &#187;, l'essayiste et ancien haut fonctionnaire Pierre de Lauzun entend revenir &#224; la pens&#233;e classique d'Aristote &#224; Thomas d'Aquin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lefigaro.fr/vox/politique/face-a-la-derive-de-nos-societes-revenons-a-aristote-et-saint-thomas-20190920&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.lefigaro.fr/vox/politiqu...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou lire le texte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1)	Vous vous proposez, dans votre dernier livre, d'effectuer un &#171; grand retournement politique &#187; qui consisterait &#224; r&#233;habiliter la &#171; pens&#233;e classique &#187;. Pouvez-vous pr&#233;ciser ce que vous entendez par l&#224; ? Qu'est-ce que la pens&#233;e classique, et &#224; quoi l'opposez-vous ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pars d'un constat, celui d'une profonde d&#233;rive dans nos soci&#233;t&#233;s. La perte d'&#233;l&#233;ments essentiels de notre culture et de nos raisons de vivre ensemble. J'en vois la cause dans le relativisme qui domine l'esprit public, relativisme issu d'un paradigme &#224; l'&#339;uvre de fa&#231;on croissante depuis trois si&#232;cles. C'est cette id&#233;e que le seul bien que doit reconna&#238;tre la soci&#233;t&#233; est le droit de chacun &#224; d&#233;finir comme il l'entend ce qu'il appelle vrai ou bien, sous r&#233;serve du droit &#233;quivalent du voisin. D'o&#249; un individualisme ravageur, qui mine potentiellement les biens communs b&#226;tis patiemment au cours des si&#232;cles, qui en outre se contredit en condamnant aujourd'hui ceux qui s'y opposent, au nom du politiquement correct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alternative, c'est la pens&#233;e classique, n&#233;e avec Aristote, Cic&#233;ron et Thomas d'Aquin et toujours vivante. Contrairement &#224; l'image qu'on en donne, elle est avant tout pragmatique : elle sait que les soci&#233;t&#233;s humaines r&#233;sultent de l'interaction complexe et &#233;motionnelle de personnes libres au cours du temps, et qu'on ne peut les manipuler &#224; volont&#233; &#224; partir de th&#233;ories abstraites, contradictoires et changeantes. La pens&#233;e classique est une immense r&#233;flexion sur notre exp&#233;rience de si&#232;cles de vie en commun. Elle est attach&#233;e &#224; des principes essentiels comme la recherche du bien et du vrai objectifs, le r&#244;le central de la personne, le besoin pour elle de communaut&#233;s solidaires et d'une &#233;ducation humaniste. C'est cela qui en fait une pens&#233;e incarn&#233;e, proche de la r&#233;alit&#233; v&#233;cue des gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2)	Vous insistez sur la n&#233;cessit&#233; de rechercher la v&#233;rit&#233;, &#224; rebours du relativisme moderne. Mais est-il encore possible aujourd'hui de parler de v&#233;rit&#233; ? La d&#233;construction op&#233;r&#233;e dans de nombreux champs des sciences humaines n'a-t-elle pas montr&#233; qu'en fait de v&#233;rit&#233;s objectives, les v&#233;rit&#233;s qui structurent l'ordre social sont le plus souvent le fruit d'un rapport de forces ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; un pr&#233;jug&#233; typique du paradigme de neutralit&#233;. Comme on a pos&#233; qu'on ne pouvait pas atteindre le vrai ou le bien, on se rabat sur ce qui est imm&#233;diatement accessible : le mat&#233;rialisme pour les uns, les rapports de force pour les autres. La d&#233;construction, grand sport des intellectuels depuis deux si&#232;cles, est devenue pathologique avec la postmodernit&#233; depuis les ann&#233;es 60. Curieusement le d&#233;constructeur ne se demande jamais d'o&#249; vient sa propre pens&#233;e, quel est le processus inconscient, &#233;conomique, physicochimique ou autre qui a g&#233;n&#233;r&#233; son soup&#231;on et sa d&#233;construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment une communaut&#233; d'hommes peut-elle vivre et cr&#233;er ensemble si elle n'a pas en commun des r&#233;f&#233;rences essentielles, sans lesquelles la confiance n'est pas possible ? Et si des forces cherchent &#224; manipuler cette recherche du bien et du vrai, il a fallu d'abord que chacun croie possible, y compris les chantres du soup&#231;on, de discerner un certain vrai ou un certain bien qui ne soit pas le seul fruit de l'oppression, mais une croyance qui s'impose &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3)	En l'absence de communaut&#233;s et de r&#233;f&#233;rences communes, c'est l'argent, dites-vous, qui devient &#171; le seul &#233;l&#233;ment d'arbitrage &#187;. Pourquoi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argent a une propri&#233;t&#233; essentielle, il est m&#234;me fait pour cela : il est en soi neutre. Pour faire une op&#233;ration avec, il faut un acheteur et un vendeur d'accord sur la chose et le prix. Point. Nul besoin de vrai ou de bien, de communaut&#233;, de relation humaine. Dans une soci&#233;t&#233; relativiste, c'est l'outil id&#233;al. Nous ne sommes d'accord sur rien ? Tant pis : si nous avons confiance dans la monnaie, nous pouvons toujours faire une transaction. Ou r&#233;clamer une subvention...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;4)	L'&#233;conomie semble &#234;tre une science dans laquelle les enseignements de la pens&#233;e classique se font plus rares&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de l'&#233;conomie est &#233;tonnante. Elle est n&#233;e du souci moral de confesseurs m&#233;di&#233;vaux, qui ont &#233;tudi&#233; l'activit&#233; des marchands pour voir ce qui y &#233;tait bon ou mauvais. Depuis, l'obsession de l'&#233;conomie est d'appara&#238;tre comme une science et de se d&#233;gager de tout jugement de valeur, surtout moral. A vrai dire, cette belle assurance bat un peu de l'aile : outre sa difficult&#233; &#224; faire des pr&#233;visions, il appara&#238;t de plus en plus que l'&#233;conomie &#233;tant un fait humain, l'analyse des valeurs qui animent les hommes en est une composante essentielle. Et que si on ne se pose pas la question des finalit&#233;s &#233;thiques, le r&#233;sultat a toutes chances de ne pas &#234;tre bon. Ce que l'homme de la rue comprend, malgr&#233; son peu de connaissance technique, peut-&#234;tre parce que sans le savoir il est plus en phase avec la pens&#233;e classique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;5)	Comment un classique peut-il lutter contre la place de plus en plus d&#233;mesur&#233;e que prend l'Etat dans nos vies quotidiennes ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire simple, il y a deux grands moyens de tourner l'action des hommes vers un bien. Le premier est la coercition : la puissance publique. Le second est la conduite int&#233;rieure : les m&#339;urs, &#233;thique ou morale. La vraie libert&#233; repose sur celle-ci, car c'est une pl&#233;nitude int&#233;rieure, qui suppose d'&#234;tre orient&#233;e vers le bien. Mais dans un contexte relativiste, elle est rong&#233;e par l'ambiance dominante. On recourt donc encore plus au premier. Quand l'ins&#233;curit&#233; r&#232;gne parce que certains se croient tout permis, on met plus de police et de cam&#233;ras de surveillance ; d&#232;s qu'un incident se produit, on fait de nouvelles lois ; d&#232;s qu'un besoin &#233;merge, on augmente les imp&#244;ts etc. D'autant que les exigences &#224; l'&#233;gard de l'Etat, h&#233;t&#233;roclites, augmentent sans cesse, puisqu'on est tous victimes et responsables de rien. C'est le contraire de la pens&#233;e classique qui propose &#224; chacun de faire siennes la morale, les normes, la pens&#233;e de si&#232;cles d'exp&#233;rience humaine pour devenir une personne pleinement responsable et autonome, capable de soutenir et accomplir la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui veut dire qu'on n'en sortira pas principalement par des changements politiques, par la puissance publique, m&#234;me s'ils doivent y contribuer : c'est &#224; une r&#233;forme en profondeur de nos valeurs et priorit&#233;s personnelles qu'il faut s'atteler, en commen&#231;ant par soi et autour de soi, par une action &#224; la base, par l'&#233;ducation et par l'exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;6)	Que voulez-vous dire lorsque vous reprochez au conservatisme ses &#171; ambigu&#239;t&#233;s &#187; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot est ambigu par son &#233;tymologie : conserver ce qui existe ne vaut que si c'est bon. Bien s&#251;r, la pens&#233;e classique est pragmatique, et pr&#233;f&#232;re dans le doute ne pas intervenir pour bouleverser la soci&#233;t&#233; au risque de faire pire. Elle conservera alors ce qui existe : c'est son c&#244;t&#233; &#171; conservateur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224;, ce qu'on appelle &#171; conservatisme &#187; en politique, au sens que lui donnent les Anglo-saxons, pr&#233;sente bien des traits de la pens&#233;e classique dont il est souvent l'expression. Mais avec une limite majeure : ce conservatisme donne moins d'importance &#224; la recherche du vrai ou du bien objectifs, et il tend &#224; composer avec les id&#233;es dominantes. Aux Etats-Unis, de nos jours, un conservateur sera suppos&#233; ultralib&#233;ral en &#233;conomie, ce qui est contraire &#224; la tradition conservatrice, m&#234;me am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;7)	Dans un entretien r&#233;cent au Figaro, Mark Lilla oppose la figure du conservateur &#224; celle du lib&#233;ral, qui ne se situe pas dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e mais consid&#232;re l'individu d&#233;tach&#233; de toute communaut&#233;. Cette vision du lib&#233;ralisme est-elle r&#233;ductrice ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mot lib&#233;ral est encore plus pi&#233;g&#233;. Cela peut viser un lib&#233;ralisme philosophique qui est un relativisme ; mais cela peut aussi se r&#233;f&#233;rer &#224; l'&#233;tat de droit et aux libert&#233;s, ou &#224; l'&#233;conomie de march&#233;. A notre &#233;poque o&#249; on adore mettre des &#233;tiquettes sur les gens pour ne pas les &#233;couter, cette h&#233;sitation dans la d&#233;finition permet toutes les manipulations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mark Lilla parle du lib&#233;ralisme philosophique : il vise &#171; l'individu porteur de droits d&#233;tach&#233; de la soci&#233;t&#233; &#187;. Et il l'oppose au conservatisme, attach&#233; &#224; la transmission de la culture et des traditions tout en &#233;tant pragmatique, face &#224; un monde compliqu&#233; et impr&#233;visible. M&#234;me si Lilla lui-m&#234;me se r&#233;clame ensuite d'un &#171; lib&#233;ralisme mod&#233;r&#233; &#187;, celui de Tocqueville par exemple, qui pr&#233;sente bien des traits conservateurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est s&#251;r pour le classique est que &#171; l'individu porteur de droits d&#233;tach&#233; de la soci&#233;t&#233; &#187; est une chim&#232;re. C'est dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e, avec ses lois et surtout ses m&#339;urs, sa culture, sa recherche collective du vrai et du bien au cours des si&#232;cles, que la personne humaine et ses droits peuvent s'&#233;panouir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;8)	Au fond, un classique est quelqu'un qui consid&#232;re que l'&#233;mancipation n'est pas l'accomplissement ultime de la personne.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, pas n&#233;cessairement. Le mot accomplissement contient l'id&#233;e de compl&#233;tude : cela veut dire qu'on a atteint la pleine r&#233;alisation de ce que l'on pouvait &#234;tre de mieux. Par d&#233;finition, l'accomplissement suppose la recherche du bien. Et au d&#233;part, l'&#233;mancipation veut dire qu'on n'est plus sous tutelle. C'est le cas de l'homme adulte qui a atteint son plein &#233;panouissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand de nos jours on comprend l'&#233;mancipation dans un sens relativiste, celui de notre paradigme actuel, on cherche &#224; se d&#233;gager de toute id&#233;e de bien ou de vrai objectifs, de toute communaut&#233;, et on croit que l'id&#233;al est que chacun se fabrique ses valeurs comme il l'entend, l&#224; o&#249; il veut, comme il veut. Non seulement c'est illusoire, mais cela n'a rien &#224; voir avec un accomplissement. C'est m&#234;me la recette de l'&#233;chec, ou de l'infantilisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vraie &#233;mancipation, c'est de devenir un adulte accompli, dans la communaut&#233;. Exactement ce que nous propose la pens&#233;e classique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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