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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Relations transatlantiques : le tournant majeur n'est pas celui qu'on croit</title>
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		<dc:date>2026-02-21T17:00:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Trump</dc:subject>
		<dc:subject>Etats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie occidentale</dc:subject>
		<dc:subject>Syst&#232;me international</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Avec la pr&#233;sidence Trump, la divergence entre Europe et Etats-Unis occupe la sc&#232;ne avec fracas : Groenland, Ukraine. C&#244;t&#233; Europ&#233;en, de graves accusations sont port&#233;es, de rupture du lien transatlantique, de remise en cause de l'alliance Parall&#232;lement on constate un effet de pouss&#233;e f&#233;d&#233;raliste en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mesurer la signification de ces &#233;v&#233;nements, il faut prendre du recul et d&#233;passer les aspects conjoncturels ; parmi ceux-ci, la personnalit&#233; m&#234;me de Donald Trump &#8211; or il n'est pas &#233;ternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait de base est que les relations transatlantiques sont &#224; un vrai tournant. Pas la divergence id&#233;ologique, m&#234;me si elle n'est pas n&#233;gligeable. Mais l'&#233;volution g&#233;opolitique, avec la marginalisation relative de l'Europe. Pour la France, elle n'est pas la r&#233;ponse principale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Trump-+.html" rel="tag"&gt;Trump&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Etats-Unis-+.html" rel="tag"&gt;Etats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Ideologie-occidentale-+.html" rel="tag"&gt;Id&#233;ologie occidentale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Systeme-international-+.html" rel="tag"&gt;Syst&#232;me international&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Europe-379-+.html" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/wikiimages-earth-11048_1280.jpg?1787417305' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la pr&#233;sidence Trump, la divergence entre Europe et Etats-Unis occupe la sc&#232;ne avec fracas ; les questions du Groenland et dans une moindre mesure de l'Ukraine en t&#233;moignent actuellement. C&#244;t&#233; Europ&#233;en, de graves accusations sont port&#233;es, de rupture du lien transatlantique, de remise en cause de l'alliance et potentiellement de la r&#233;alit&#233; de l'OTAN. Parall&#232;lement on constate un effet de pouss&#233;e f&#233;d&#233;raliste en Europe. Qu'en est-il r&#233;ellement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Id&#233;ologie et g&#233;opolitique : la grande divergence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mesurer la signification de ces &#233;v&#233;nements, il faut prendre du recul et d&#233;passer les aspects conjoncturels ; parmi ceux-ci, le plus important est la personnalit&#233; m&#234;me de Donald Trump. Elle est &#233;videmment tr&#232;s importante pour d&#233;terminer le flux des &#233;v&#233;nements pendant les 4 ann&#233;es de son mandat ; mais ce qui est d'embl&#233;e certain est qu'il ne sera plus l&#224; dans 3 ans ; il pourrait m&#234;me &#234;tre significativement affaibli dans moins d'un an, si les mid-terms lui sont d&#233;favorables. Or son successeur, m&#234;me proche politiquement, a peu de chance d'avoir le m&#234;me temp&#233;rament et mode de comportement, et peut-&#234;tre pas le m&#234;me ascendant sur la coalition h&#233;t&#233;roclite qu'il dirige. Voyons donc plut&#244;t les &#233;l&#233;ments structurels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier fait de base, celui qui frappe le plus l'Europe officielle, est la dualit&#233; id&#233;ologique, entre lib&#233;raux ou sociaux-d&#233;mocrates d'un c&#244;t&#233;, et populistes, conservateurs ou nationalistes de l'autre. Actuellement, dans leur perception, cela co&#239;ncide pour l'essentiel avec l'opposition entre eux et l'Am&#233;rique de Trump. Mais en r&#233;alit&#233;, ces deux courants sont pr&#233;sents des deux c&#244;t&#233;s ; c'est un &#233;l&#233;ment commun sp&#233;cifique &#224; ce qu'on appellera pour simplifier le monde occidental. Toute r&#233;flexion sur l'avenir conduit d&#232;s lors &#224; se poser deux questions : quelle peut &#234;tre l'&#233;volution de cette opposition et de ces deux camps, des deux c&#244;t&#233;s de l'Atlantique ? Qu'est-ce que cela entra&#238;ne pour l'Europe d'un c&#244;t&#233;, ses relations avec les Etats-Unis de l'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre &#233;l&#233;ment essentiel, d'arri&#232;re-plan, est bien s&#251;r la configuration g&#233;opolitique et son &#233;volution possible. L&#224;, la divergence entre les Am&#233;ricains et les Europ&#233;ens est beaucoup plus significative, et intrins&#232;que. Le fait de base est &#233;videmment la mont&#233;e de la Chine, et par l&#224; la priorit&#233; am&#233;ricaine de plus en plus affirm&#233;e &#224; la confrontation avec elle et plus g&#233;n&#233;ralement aux questions asiatiques et indopacifiques, dans lesquelles le r&#244;le possible des Europ&#233;ens est faible et p&#233;riph&#233;rique &#8211; m&#234;me s'ils peuvent en &#234;tre affect&#233;s. Cela vise aussi la recomposition des relations mondiales, notamment l'&#233;volution de la mondialisation, d&#233;sormais muscl&#233;e et quelque peu mercantiliste, avec le r&#244;le d&#233;sormais reconnu strat&#233;gique des mati&#232;res premi&#232;res, et celui du transport maritime. Ce &#224; quoi s'ajoute le d&#233;calage de puissance, d'avance technologique (IA et autres), et de richesse mat&#233;rielle de plus en plus marqu&#233; entre Am&#233;ricains et Europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que m&#234;me une Am&#233;rique qui serait id&#233;ologiquement proche des Europ&#233;ens ne pourrait pas ne pas &#234;tre fondamentalement concentr&#233;e d'abord sur ces questions vitales, ne voyant alors potentiellement dans l'Europe, malgr&#233; les souvenirs ou l'origine commune, et ce qui y reste de richesse et de puissance, qu'un suppl&#233;tif utile mais faible, strat&#233;giquement limit&#233; &#224; un r&#244;le finalement local sur un bout de l'Eurasie. On dira que c'est caricatur&#233;, et il est vrai que ce stade n'est pas encore atteint ; mais c'est vers cela que l'on va.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sc&#233;narios possibles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de la confrontation de ces deux s&#233;ries de donn&#233;es que le retour pur et simple aux relations transatlantiques du pass&#233; est improbable. La divergence est latente depuis plusieurs ann&#233;es, comme le &#171; pivot &#187; d'Obama vers l'Asie en t&#233;moigne. Mais cette r&#233;alit&#233; &#233;tait encore d&#233;guis&#233;e sous Biden : la brutalit&#233; de Trump a d&#233;chir&#233; le voile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette divergence ira de soi si on prend un sc&#233;nario, cr&#233;dible, o&#249; Trump subsiste trois ans, mais surtout est remplac&#233; par un proche, J. D. Vance ou un autre, et que c&#244;t&#233; europ&#233;en les dominantes actuelles se maintiennent. Ce dont on r&#234;ve c&#244;t&#233; Europe est une acc&#233;l&#233;ration de la construction europ&#233;enne dans un sens f&#233;d&#233;ral, avec priorit&#233; &#224; la d&#233;fense. Mais en r&#233;alit&#233;, il est improbable que cela d&#233;bouche sur quoi que ce soit de concret dans un horizon pr&#233;visible. Sans m&#234;me rappeler qu'il n'y a pas de peuple europ&#233;en ou de nation europ&#233;enne, sans quoi on ne voit pas comment une arm&#233;e europ&#233;enne v&#233;ritable serait possible, il n'est pas faisable dans un d&#233;lai de 10 &#224; 20 ans de construire une arm&#233;e europ&#233;enne cr&#233;dible capable, sans appui am&#233;ricain, de se mesurer &#224; la Russie. Or d'ici l&#224;, les besoins sont l&#224; ; et la menace russe est en outre d&#233;crite par le syst&#232;me comme terrifiante et imminente. Il en r&#233;sulte que pour nombre de pays europ&#233;ens, &#224; commencer &#233;videmment par les Baltes et les Polonais, la protection vient d'abord et essentiellement des Etats-Unis. D'o&#249; aussi les achats massifs de F-35 des uns et des autres. Mais bien entendu, cette priorit&#233; &#224; la survie imm&#233;diate rend encore plus difficile la construction d'une d&#233;fense europ&#233;enne autonome et cr&#233;dible. L'irritation caus&#233;e par les agissements de Trump (Groenland, droits de douane) ne saurait renverser ces faits de base, d'autant qu'il n'est pas &#233;ternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela resterait encore plus vrai dans un sc&#233;nario o&#249; on suppose en revanche qu'aux Etats-Unis les d&#233;mocrates reviennent aux affaires en 2028. Comme on peut le penser, cela rendrait le besoin d'autonomisation des Europ&#233;ens moins pressant, et la tentation sera forte de chercher &#224; faire revivre la fraternit&#233; id&#233;ologique transatlantique, dont l'Europe officielle garde la nostalgie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre sc&#233;nario encore, actuellement peu plausible mais concevable, la minorit&#233; qu'on appellera pour simplifier populiste ou de droite dure devient majoritaire en Europe. Mais il n'est pas s&#251;r que cela changerait massivement ces conclusions. En bonne logique, il serait en effet surprenant de voir les politiques de ces tendances se battre pour une int&#233;gration f&#233;d&#233;raliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A fortiori, si l'Europe &#233;tait divis&#233;e, et sans majorit&#233; politique, on voit mal une grande ambition se mettre en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas donc, la probabilit&#233; n'est pas &#224; l'&#233;dification d'un d&#233;fense europ&#233;enne cr&#233;dible, mais &#224; un compromis plus ou moins boiteux entre des vell&#233;it&#233;s au mieux partielles, et le maintien d'une importante d&#233;pendance de l'Europe par rapport aux Etats-Unis, qui eux, au contraire, auront de plus en plus l'&#339;il tourn&#233; ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire alors&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, les impr&#233;cations cens&#233;ment moralisantes de go&#251;t europ&#233;en ne servent pas &#224; grand-chose. Et le risque majeur pour un pays comme la France est de voir les moyens subsistants de son autonomie inutilement g&#226;ch&#233;s dans une tentative de f&#233;d&#233;ralisme militaire sans espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que les relations transatlantiques sont &#224; un vrai tournant, mais ce n'est pas celui qu'y voit l'Europe officielle. Au-del&#224; m&#234;me de l'idiosyncrasie de M. Trump, le fait de base n'est pas la divergence id&#233;ologique, m&#234;me si elle n'est pas n&#233;gligeable, car depuis maintenant un certain temps, et de plus en plus, l'id&#233;ologie occidentale de ces derni&#232;res ann&#233;es n'est pas la r&#233;ponse aux questions du jour, notamment g&#233;opolitiques ; et elle passe mal dans le reste du monde. C'est l'&#233;volution g&#233;opolitique, et le fait que face &#224; ces questions nouvelles, l'Europe elle-m&#234;me, comme construction, n'est pas une r&#233;ponse &#8211; m&#234;me si en soi la coop&#233;ration europ&#233;enne est une bonne chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule puissance nucl&#233;aire en Europe, seule puissance ayant gard&#233; une certaine cr&#233;dibilit&#233; et une certaine exp&#233;rience malgr&#233; son format militaire miniaturis&#233;, poss&#233;dant un domaine maritime immense, c'est la France elle-m&#234;me qui est la r&#233;ponse essentielle &#224; la question de sa d&#233;fense.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Mai 1945 : 80 ans d&#233;j&#224;. 80 ans d'illusions ?</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Mai-1945-80-ans-deja-80-ans-d-illusions.html</link>
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		<dc:date>2025-05-04T16:37:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>1945</dc:subject>
		<dc:subject>Avenir impr&#233;visible</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On va c&#233;l&#233;brer avec solennit&#233; les 80 ans de 1945. Et pourtant 1945 est bien loin. Le monde de l'&#233;poque est extraordinairement loin du n&#244;tre, apr&#232;s 80 ans de mutations radicales dans tous les domaines. On est pass&#233; d'un monde d&#233;truit et apparemment simple &#224; la soci&#233;t&#233; de consommation, &#224; la r&#233;volution des m&#339;urs de 1968 et &#224; la redistribution des cartes entre puissances ; d'un monde occidental &#224; un monde multipolaire, d'un monde en blanc et noir &#224; un monde &#233;clat&#233;, relativiste et inquiet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et s'il y continuit&#233; sur cette p&#233;riode, c'est dans cette prolif&#233;ration d'id&#233;ologies et d'illusions multiples qui a &#233;t&#233; sa marque constante, des d&#233;lires soixante-huitards aux illusions de la soci&#233;t&#233; d'abondance, du n&#233;olib&#233;ralisme au wokisme, etc. ; pour finir avec les proph&#233;ties cr&#233;pusculaires des tenants de la catastrophe &#233;cologique. Toutes productions occidentales d'ailleurs, alors m&#234;me que peu &#224; peu le monde devient moins occidental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui suivra demain sera donc tr&#232;s diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/grave-2721910_1920.jpg?1787417299' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cela fait 80 ans qu'on nous ressasse la Seconde guerre mondiale. L'anniversaire de mai 1945 n'y &#233;chappera sans doute pas. Pourtant, cette &#233;poque appara&#238;t extraordinairement loin de nous, sous tous les angles envisageables. Seule la volont&#233; r&#233;currente de la gauche de brandir le th&#232;me de l'antifascisme, qui l'arrange bien, donne une ombre de consistance &#224; ce souvenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car tant d'eau est pass&#233;e sous les ponts depuis. D&#233;j&#224;, entre un monde sous le coup d'un guerre g&#233;n&#233;rale atroce et d&#233;vastatrice, et un monde qui a eu tout le temps de se reconstruire et d'&#233;voluer. Mais surtout parce que trois mutations d'importance historique sont intervenues dans l'intervalle, nullement pr&#233;visibles en 1945. L'explosion de la soci&#233;t&#233; de consommation, d'abord occidentale, puis g&#233;n&#233;ralis&#233;e &#224; de nombreux pays. La mutation culturelle radicale des ann&#233;es 60 et celle des m&#339;urs, poursuivies ensuite. Et enfin, apr&#232;s le tournant de la d&#233;colonisation, la redistribution de la richesse et du pouvoir sur la plan&#232;te ; notamment au profit de l'Asie, d'o&#249; la spectaculaire mont&#233;e de la Chine au rang de superpuissance, l'Inde tentant de la suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons cela de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'un monde binaire &#224; un monde &#233;clat&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'international, que vaut le souvenir de Yalta ? Le Royaume Uni n'est plus une grande puissance, l'URSS a disparu. L'affrontement id&#233;ologique Est-Ouest qui &#233;mergeait alors, communisme contre capitalisme, s'est &#233;vanoui. Certes, d'aucuns ressuscitent le spectre d'un choc des d&#233;mocraties contre les r&#233;gimes autoritaires ; mais c'est bien simpliste. La r&#233;alit&#233; actuelle est celle d'un monde multipolaire, intens&#233;ment interconnect&#233; et domin&#233; par des rapports de force multiples, qui ne saurait &#234;tre r&#233;gi par une discussion en direct entre 2 ou 3 superpuissances. Monde o&#249; la culture europ&#233;enne au sens large, avec ses d&#233;riv&#233;s am&#233;ricain et russe, domine de moins en moins. Et donc, si on peut avoir parfois l'impression d'un retour aux puissances du XIXe si&#232;cle, elles ne sont plus culturellement homog&#232;nes, ce qui change profond&#233;ment la probl&#233;matique de leurs rapports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan militaire, si le nucl&#233;aire garde sa force, c'est de fa&#231;on bien plus partag&#233;e qu'en 1945, o&#249; c'&#233;tait un monopole am&#233;ricain. Corr&#233;lativement, la d&#233;faite de l'Allemagne et du Japon est le dernier exemple d'une capitulation sans conditions. Depuis, tous les essais pour viser une victoire totale ont &#233;chou&#233; &#8211; sauf d&#233;fensivement. Et il est bien plus difficile militairement de faire la loi chez les autres. Ce qui renforce la multipolarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans nos pays, l&#224; encore le paysage n'a pas grand-chose &#224; voir avec celui de 1945. La ruine de l'Europe a fait place d'abord &#224; une extraordinaire prosp&#233;rit&#233; populaire, maintenant quelque peu remise en cause. Et on a eu le ph&#233;nom&#232;ne &#233;trange de la construction europ&#233;enne, improbable en 1945, en acc&#233;l&#233;ration &#224; partir de 1958 : constamment au milieu du gu&#233;, elle reste prise entre sa logique f&#233;d&#233;rale sous-jacente mais jamais avou&#233;e, et la r&#233;alit&#233; nationale et d&#233;mocratique. Mais en 1945, les pays europ&#233;ens &#233;taient encore les grandes puissances d'avant, ruin&#233;es certes et domin&#233;es, mais encore debout, au moins apparemment. Elles savaient qui elles &#233;taient, ou croyaient le savoir. L'Europe, elle, n'en sait rien, hors programme id&#233;ologique. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'un monde de certitudes oppos&#233;es &#224; la mac&#233;doine des id&#233;ologies&lt;br class='autobr' /&gt;
La sc&#232;ne id&#233;ologique enfin a radicalement chang&#233; : on est pass&#233; d'une emprise marxiste ici ou l&#224;, consolid&#233;e par des partis staliniens puissants et oppos&#233;e &#224; un monde occidental en r&#233;sistance, &#224; un postmodernisme erratique et anarchique, puis &#224; l'id&#233;ologie woke et ses avatars. Ces nouvelles variantes sont moins consistantes intellectuellement, mais tout aussi capables d'un terrorisme intellectuel envahissant. La r&#233;surgence du n&#233;olib&#233;ralisme n'&#233;tait pas plus pr&#233;visible, ni la mont&#233;e r&#233;cente du populisme sous ses formes diverses - qui n'a rien de commun avec le fascisme d'avant-guerre. On y ajoutera l'effondrement historique de la religion chr&#233;tienne ; et l'&#233;mergence de l'&#233;cologisme, alors inconnu. Ou du f&#233;minisme sous toutes ses formes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Corr&#233;lativement, on est pass&#233; d'une exaltation de la politique familiale &#224; la dislocation de la famille et des m&#339;urs, et &#224; l'effondrement de la natalit&#233;. Et se diffuse, au moins dans les pays occidentaux, un pessimisme sourd, une crainte profonde de l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Na&#239;vet&#233;s et simplifications&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc &#224; frais nouveaux qu'il faut tenter de penser le monde actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le recul, ce qui domine dans notre souvenir de 1945 est l'impression que le monde d'alors se caract&#233;risait par des id&#233;es simples et claires. Et, de fa&#231;on paradoxale apr&#232;s un tel d&#233;sastre, par une certain optimisme - contrairement &#224; l'&#233;poque actuelle, o&#249; r&#232;gnent plut&#244;t flou et sinistrose. Bien entendu, on peut &#224; raison contester cette vision de r&#233;troviseur, n&#233;cessairement r&#233;ductrice. Mais cela refl&#232;te une certaine r&#233;alit&#233;. D&#232;s lors, les multiples mutations que nous avons &#233;voqu&#233;es peuvent appara&#238;tre comme des n&#233;gations de ce monde de 1945. Apr&#232;s la simplification brutale de la guerre, le monde d'alors reposait sur un grand nombre d'illusions. Et parmi ces illusions se trouvait justement cette id&#233;e qu'on pouvait repartir &#224; z&#233;ro, remettre les choses en place par quelques r&#233;f&#233;rences simples, une vision du bien et du mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; regarder de plus pr&#232;s, dans une large mesure, c'est aussi ce qui caract&#233;risera toutes les exp&#233;rimentations qui ont suivi. Le point ultime de la na&#239;vet&#233; n'a-t-il pas &#233;t&#233; atteint dans les ann&#233;es 1991, avec le th&#232;me de la &#8216;fin de l'histoire', presque comique avec le recul ? Mais non moins na&#239;fs en leur genre &#233;taient les d&#233;lires soixante-huitards (il est interdit d'interdire, le sexe comme lib&#233;ration etc.). Ou le r&#234;ve du pilotage de l'&#233;conomie, keyn&#233;sien puis n&#233;olib&#233;ral. Ou celui de la mondialisation heureuse, &#233;conomique et culturelle. Tout cela pour d&#233;boucher sur le monde actuel, bien plus complexe et divers que ce que tout un chacun pouvait imaginer, non seulement en 1945, mais &#224; tout moment en cours de route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que la p&#233;riode r&#233;cente qui pourrait se caract&#233;riser par un peu plus de lucidit&#233; ; mais h&#233;las, dans un contexte de relative d&#233;sillusion. Evolution qu'on pourrait corr&#233;ler avec la tendance &#224; la d&#233;soccidentalisation de ce monde, encore partielle, mais d&#233;sormais manifeste. L'usine &#224; id&#233;ologies qu'a &#233;t&#233; le monde &#8216;occidental' para&#238;t fatigu&#233;e, moins prolifique et plus caverneuse ; les derni&#232;res productions en date, l'&#233;cologisme catastrophique et le wokisme &#233;tant quelque peu cr&#233;pusculaires. D'autres prendront-elles le relais ? Ce n'est pas visible pour le moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Impr&#233;visibilit&#233; de l'histoire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; est sans doute la principale le&#231;on : on le savait depuis longtemps, il est impossible de pr&#233;voir l'&#233;volution des soci&#233;t&#233;s humaines. Et plus encore lorsque des bouleversements majeurs sont &#224; l'&#339;uvre, voulus ou subis. Cette relative &#233;vidence, du moins pour qui garde un minimum de sang-froid, a &#233;t&#233; r&#233;guli&#232;rement ni&#233;e lorsque le prurit id&#233;ologique offrait ses solutions superficiellement s&#233;duisantes. Or, en aggravant la complexit&#233; et par l&#224; l'ind&#233;termination des soci&#233;t&#233;s, elles ont eu pour principal effet de remettre justement en cause ce qui est &#224; leur source m&#234;me, cette foi na&#239;ve dans des solutions ma&#238;trisables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce genre de d&#233;rapage n'est pas nouveau : il rappelle la floraison des h&#233;r&#233;sies ou r&#233;voltes mill&#233;naristes qui ont ponctu&#233; notre Moyen Age &#224; son apog&#233;e, culminant avec le cher Joachim de Flore et son annonce du r&#232;gne de l'Esprit. Mais &#224; l'&#233;poque, avec tous ses d&#233;fauts, l'Eglise m&#233;di&#233;vale tenait plus ou moins la barre. Rien de tel aujourd'hui. Tant qu'&#224; poursuivre la comparaison, il nous reste &#224; esp&#233;rer que nous ne conna&#238;trons pas les affres du XIVe si&#232;cle, entre peste noire, famine et guerre de Cent ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais justement, rien n'est &#233;crit ; la vie continue. Et en tout cas, nous savons que ce qui nous suivra sera tr&#232;s diff&#233;rent d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine. &lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/produit/politique-magazine-n-246/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/produi...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La probabilit&#233; de crises : sur quelques facteurs de vuln&#233;rabilit&#233; g&#233;opolitique majeure &#224; court ou long terme</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-probabilite-de-crises-sur-quelques-facteurs-de-vulnerabilite-geopolitique.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/La-probabilite-de-crises-sur-quelques-facteurs-de-vulnerabilite-geopolitique.html</guid>
		<dc:date>2024-05-06T14:54:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Vuln&#233;rabilit&#233;s g&#233;opolitiques</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La crise du Covid puis les guerres d'Ukraine et de Gaza ont fait irruption brusquement et r&#233;v&#233;l&#233; des sources de fragilit&#233; majeures dans la plupart des pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A titre d'exercice mental, il peut &#234;tre int&#233;ressant d'&#233;voquer plusieurs des causes de vuln&#233;rabilit&#233;, rep&#233;rables d&#232;s maintenant, m&#234;me si par d&#233;finition cette liste ne peut &#234;tre exhaustive. Au programme : d&#233;mographie, finance, &#233;cologie, transports maritimes et mondialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur effet peut &#234;tre selon les cas subit, ou au contraire tr&#232;s progressif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de G&#233;opragma&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Monde-multipolaire-.html" rel="directory"&gt;Monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Crise-+.html" rel="tag"&gt;Crise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Geopolitique-+.html" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Vulnerabilites-geopolitques-+.html" rel="tag"&gt;Vuln&#233;rabilit&#233;s g&#233;opolitiques&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La crise du Covid puis les guerres d'Ukraine et de Gaza ont fait irruption brusquement et r&#233;v&#233;l&#233; des sources de fragilit&#233; majeures dans la plupart des pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A titre d'exercice mental, il peut &#234;tre int&#233;ressant d'&#233;voquer quelques vuln&#233;rabilit&#233;s futures rep&#233;rables d&#232;s maintenant, m&#234;me si par d&#233;finition cette liste ne peut &#234;tre exhaustive. Leur effet peut d'ailleurs &#234;tre selon les cas proche, ou au contraire sur le long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;mographie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mographie d'abord. Rien n'est autant &#224; long terme, et rien n'est plus lent &#224; s'infl&#233;chir. On peut sans grand risque d'erreur anticiper la poursuite d'une natalit&#233; faible (voire encore plus en baisse) dans la plupart des pays du monde et notamment les pays les plus avanc&#233;s, notamment en Asie de l'Est (Chine comprise) et en Europe.&lt;br class='autobr' /&gt;
En partie compens&#233;e d&#233;mographiquement par l'immigration en Europe, mais au prix d'une h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; croissante de la population. C'est moins aigu en Am&#233;rique du Nord, d'autant que les migrants y sont bien plus assimilables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels en sont les effets ? On tend en g&#233;n&#233;ral &#224; mettre l'accent sur la question des retraites, non sans motif, mais les cons&#233;quences vont bien plus loin. C'est d'abord la question directe du recrutement des arm&#233;es (notamment dans des pays d&#233;sormais &#224; enfant unique ou presque). Cela jouera ensuite sur l'&#233;conomie et notamment la main d'&#339;uvre. Un livre r&#233;cent (Goodhart et Pradhan, &lt;i&gt;The Great Demographic Reversal&lt;/i&gt;), y voit m&#234;me un tournant majeur : la p&#233;riode des 40 derni&#232;res ann&#233;es s'av&#232;re avoir &#233;t&#233; exceptionnelle, caract&#233;ris&#233;e au niveau plan&#233;taire par une main d'&#339;uvre abondante et plut&#244;t capable (les baby-boomers et leur successeurs imm&#233;diats, ce &#224; quoi s'est surtout ajout&#233;e l'irruption de l'immense Chine) ; cela a &#233;t&#233; un facteur majeur de contr&#244;le de l'inflation. Mais d&#233;sormais lui succ&#233;derait une p&#233;riode de rar&#233;faction durable de cette force de travail ; ce qui impliquerait de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale un ralentissement marqu&#233; de la croissance et une forte inflation. Cela suppose naturellement que les facteurs allant en sens inverse (&#233;conomie d'emplois gr&#226;ce &#224; l'IA, main d'&#339;uvre indienne voire africaine) ne suffisent pas &#224; corriger cet effet. Cela toucherait l'ensemble des pays notamment d&#233;velopp&#233;s, sous la r&#233;serve partielle de l'immigration, mais avec les probl&#232;mes que celle-ci implique, notamment en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233; la d&#233;mographie africaine (subsaharienne) restera au contraire tr&#232;s forte, et par inertie jusqu'au si&#232;cle prochain m&#234;me s'il s'y produit une transition d&#233;mographique comme ailleurs. D'o&#249; d'&#233;normes probl&#232;mes de d&#233;veloppement, et une tendance &#224; des migrations massives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Finance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finance ensuite. La tendance r&#233;currente &#224; des crises financi&#232;res para&#238;t &#234;tre un caract&#232;re structurel de nos soci&#233;t&#233;s, par combinaison de deux facteurs. L'endettement d'abord, signe clair d'incapacit&#233; politique &#224; choisir ou &#224; faire accepter des choix difficiles par la population. La nature de la monnaie ensuite, d&#233;sormais sans lien avec une r&#233;alit&#233; objective et cens&#233;ment r&#233;gul&#233;e par des banques centrales ind&#233;pendantes, mais dont l'exp&#233;rience montre qu'elles donnent syst&#233;matiquement la priorit&#233; au souci d'&#233;viter les crises imm&#233;diatement, bien plus qu'&#224; la solidit&#233; de la monnaie. D'o&#249; une cr&#233;ation forte de monnaie et des taux d'int&#233;r&#234;ts trop bas, facteurs &#224; leur tour de mauvais investissements, de bulles financi&#232;res et donc de krachs, et bien entendu d'un endettement en boule de neige. Certes, on est actuellement dans une phase de correction relative (mauvaise pour les tr&#232;s endett&#233;s), mais elle reste tr&#232;s relative : les taux d'int&#233;r&#234;ts r&#233;els restent tr&#232;s bas. Et la tendance lourde subsiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui dit crise dit d'abord des secousses violentes se traduisant &#224; l'occasion politiquement. Et &#233;ventuellement &#224; terme une dislocation progressive d'outils communs, internationaux, comme le r&#244;le du dollar - avec toutes ses limites. Disruption aggrav&#233;e par des d&#233;cisions aberrantes, comme les sanctions mon&#233;taires sur la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; c&#244;t&#233; des crises globales, notamment d'origine am&#233;ricaine comme en 2007, on peut avoir des crises r&#233;gionales majeures chez d'autres grands acteurs comme l'Europe (disloqu&#233;e entre le bloc germanique et le reste, notamment au sud). Ou la Chine, dont les pratiques financi&#232;res et notamment bancaires apparaissent pour le moins hasardeuses : le volontarisme est dig&#233;rable si la croissance est tr&#232;s forte et la mar&#233;e &#233;conomique mondiale porteuse, mais on n'a pas vu le syst&#232;me &#224; l'&#233;preuve d'un vraie crise. En regard, les Etats-Unis, source de graves probl&#232;mes pour les autres, montrent jusqu'ici une capacit&#233; plut&#244;t meilleure &#224; surmonter les crises, comme on l'a vu encore apr&#232;s 2008, mais &#224; trop tenter le diable, on court des risques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ecologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cologie et notamment la question du r&#233;chauffement ne sont pas des sciences aussi s&#251;res qu'on le dit ; mais on ne peut pas ne pas y identifier des sources potentielles majeures de disruptions. Mais les effets en seront tr&#232;s variables selon les zones - ce qu'on souligne bien trop peu. En particulier, tout indique que la lutte contre le r&#233;chauffement ne sera pas &#224; la hauteur de ce que demande la doxa dominante, plus ou moins consensuelle ; et donc, si on admet que ses pr&#233;visions sont fiables, il y aura r&#233;chauffement, et les effets adverses ne manqueront pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair alors que dans un sens plus positif la diversit&#233; des climats sera un facteur de r&#233;silience (US ?), de m&#234;me un positionnement au Nord g&#233;ographique (Russie). Inversement, le d&#233;sastre serait &#224; nouveau pour les pays chauds, Afrique en premier lieu. Et l'Europe serait plut&#244;t n&#233;gativement affect&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Transports maritimes et mondialisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les transports maritimes : on y pense moins, mais ils pourraient &#234;tre &#224; l'origine sinon de crises, du moins de mutations importantes. Un livre am&#233;ricain &#224; succ&#232;s (Peter Zeihan &lt;i&gt;The end of the world is just the beginning&lt;/i&gt;, HarperCollins, 2022) se livre &#224; cet exercice en prenant pour base l'hypoth&#232;se d'un &#233;croulement de la mondialisation, du fait d'un d&#233;sengagement naval des Am&#233;ricains, tant par isolationnisme que par co&#251;t &#233;lev&#233;. Dans un tel cas le transport maritime serait gravement affect&#233; par une r&#233;elle difficult&#233; &#224; mater les attaques (les Houthis au centuple). Cela impliquerait une disruption des &#233;changes et en particulier de la s&#233;curit&#233; des transports, sans doute &#233;tal&#233;e sur pas mal de temps. Mais sans aller jusqu'&#224; des hypoth&#232;ses aussi radicales, la possibilit&#233; d'une forte r&#233;duction du transport maritime, par ins&#233;curit&#233; ou co&#251;t &#233;lev&#233;, est tout &#224; fait concevable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, un ralentissement marqu&#233; de la mondialisation est imaginable, ajoutant au facteur pr&#233;c&#233;dent des troubles locaux, l'accentuation des tensions, la mont&#233;e d'une politique de pr&#233;caution pour assurer la s&#233;curit&#233; des approvisionnements etc. D'o&#249; un risque de baisse de la production agricole, l&#224; o&#249; elle est trop d&#233;pendante des engrais et d'autres inputs, et donc des risques de famine. Et une diff&#233;renciation des cha&#238;nes de production industrielle. Plus une lutte encore plus sauvage pour le contr&#244;le des mati&#232;res premi&#232;res, notamment sur la base de la proximit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet en serait variable selon les zones, mais Zeihan conclut &#224; une assez grande autosuffisance de l'Am&#233;rique du Nord, r&#233;elle ou potentielle ; et en revanche &#224; un grave probl&#232;me en Chine, accentu&#233; par les effets d&#233;mographiques et financiers ; ce qui est possible mais non certain, car le r&#233;gime a montr&#233; une capacit&#233; de rebond non n&#233;gligeable. L'Europe serait plut&#244;t n&#233;gativement affect&#233;e ; selon lui la Russie aussi - mais cela para&#238;t peu cr&#233;dible. Et l&#224; aussi l'Afrique serait sans doute plut&#244;t sinistr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;El&#233;ments de r&#233;flexion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que conclure de ce rapide exercice mental, avec toutes ses limites ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord qu'il est absurde pour des pays de se confier comme on l'a fait depuis 50 ans &#224; une esp&#232;ce de deus ex machina, qu'il soit progressiste, lib&#233;ral d&#233;mocratique ou autre, politique ou &#233;conomique, qui nous aurait fait entrer dans une nouvelle &#232;re plus s&#251;re. La probabilit&#233; de crises majeures reste tr&#232;s forte, et donc quasiment certaine dans un domaine ou un autre, notamment &#224; terme. Ce n'est pas d'ailleurs nouveau dans l'histoire&#8230; mais on a tendu &#224; l'oublier, notamment en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pays par pays, on tend plut&#244;t &#224; conclure que les Etats-Unis partent dans des conditions plut&#244;t robustes (mais cela peut &#234;tre temp&#233;r&#233; par leurs profondes divisions internes) ; que l'Europe, en outre h&#233;t&#233;rog&#232;ne, est beaucoup plus expos&#233;e ; la Chine &#233;ventuellement aussi, mais pour d'autres raisons ; et l'Afrique l&#224; encore mal partie. Le cas de l'Inde (et des autres pays) para&#238;t moins &#233;vident, avec des forces et des faiblesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela conduirait en cons&#233;quence &#224; rendre plausible ou du moins pas si absurde un n&#233;o-isolationnisme am&#233;ricain, face aux &#233;ventuels d&#233;sastres ext&#233;rieurs ; la tentation d'un nouvel interventionnisme pouvant n&#233;anmoins subsister. On peut imaginer c&#244;t&#233; chinois un durcissement face &#224; un environnement in&#233;vitablement moins favorable qu'il ne l'a &#233;t&#233; pour eux dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente, s'ajoutant aux limites du syst&#232;me s'il ne parvient pas &#224; trouver un point d'&#233;quilibre. Il y a par ailleurs un risque assez &#233;lev&#233; de dislocation europ&#233;enne, le continent &#233;tant en outre mentalement mal pr&#233;par&#233; pour des perspectives de rupture. Et de tr&#232;s gros probl&#232;mes en Afrique &#8211; par ailleurs aux portes de l'Europe, ce qui aggrave la situation de celle-ci. A nouveau, le d&#233;bat reste ouvert pour le reste (Am&#233;rique latine et reste de l'Asie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'il en soit, la diversit&#233; des situations face &#224; de telles crises para&#238;t a priori consid&#233;rable. Et donc la multipolarit&#233; &#224; venir se fera tr&#232;s probablement en ambiance tendue&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de G&#233;opragma&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/la-probabilite-de-crises-sur-quelques-facteurs-de-vulnerabilite-majeure-a-court-ou-long-terme/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/la-probabilite...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le Grand Sud mondial : une r&#233;alit&#233; pragmatique et mouvante</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Le-Grand-Sud-mondial-une-realite-pragmatique-et-mouvante.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Le-Grand-Sud-mondial-une-realite-pragmatique-et-mouvante.html</guid>
		<dc:date>2024-03-02T16:04:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Ordre international</dc:subject>
		<dc:subject>Monde fragment&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie dominante</dc:subject>
		<dc:subject>BRICS</dc:subject>
		<dc:subject>Grand sud</dc:subject>
		<dc:subject>Occident</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Y a-t-il &#233;mergence d'un &#8216;Grand Sud' s'opposant au monde occidental ? Certains faits paraissent aller dans ce sens : ainsi l'&#233;largissement des BRICS. Ou les prises de positions sur la guerre en Ukraine : le refus de la quasi-totalit&#233; des pays non-occidentaux de prendre des sanctions contre la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant le terme de Grand Sud reste trompeur, car ce qui caract&#233;rise l'&#233;poque dans les zones concern&#233;es est le pragmatisme et l'opportunisme, pas les grandes alliances strat&#233;giques ou id&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Y a-t-il &#233;mergence d'un &#8216;Grand Sud' s'opposant au monde occidental ? Certains faits paraissent aller dans ce sens : ainsi l'&#233;largissement des BRICS. Ou les prises de positions sur la guerre en Ukraine ; en particulier le refus de la quasi-totalit&#233; des pays non-occidentaux de prise de sanctions contre la Russie, malgr&#233; les fortes pressions occidentales, ce qui a comme on sait vid&#233; ces sanctions d'une bonne part de leur efficacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant le terme de Grand Sud reste trompeur, car ce qui caract&#233;rise l'&#233;poque dans les zones concern&#233;es est le pragmatisme et l'opportunisme, pas les grandes alliances strat&#233;giques ou id&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les organisations : BRICS et OCS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardons d'abord les organisations significatives &#224; vis&#233;e mondiale et non occidentales, au moins les plus notables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les BRICS (Br&#233;sil Russie Inde Chine Afrique du Sud) incluent d&#233;sormais l'Arabie Saoudite, l'Egypte, les Emirats, l'Ethiopie et l'Iran ; l'Argentine a failli entrer mais s'est r&#233;cus&#233;e depuis sa derni&#232;re pr&#233;sidentielle. L'ouverture s'est donc faite surtout au Moyen Orient. Les BRICS datent de 2009 et ont tenu 15 sommets annuels. &#192; ce jour il semble que 23 autres pays de taille variable aient demand&#233; de les rejoindre. Ce sont des &#233;conomies &#224; forte croissance ; leur PIB cumul&#233;s d&#233;passent clairement ceux du G7. Mais la Chine est dans une position dissym&#233;trique, pesant &#233;conomiquement plus que tous les autres ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les BRICS ont lanc&#233; en 2015 leur &#8216;Nouvelle banque de d&#233;veloppement', dont le si&#232;ge est &#224; Shanghai. Elle peut accorder jusqu'&#224; 350 milliards de pr&#234;ts, en principe non assortis de conditions contraignantes. On voit la volont&#233; claire d'alternative aux deux institutions de Bretton Woods, FMI et Banque mondiale, dont les pays concern&#233;s font partie mais qui sont nettement sous contr&#244;le occidental. Ils en demandent d'ailleurs la r&#233;forme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les BRICS constituent un assemblage assez h&#233;t&#233;rog&#232;ne, r&#233;uni surtout par la volont&#233; de cr&#233;er ou trouver des alternatives au monde &#8216;occidental', notamment dans le champ &#233;conomique et financier, mais sans n&#233;cessairement le r&#233;cuser. La pr&#233;sence simultan&#233;e de pays rivaux comme Arabie Saoudite et Iran (malgr&#233; le rapprochement r&#233;cent sous &#233;gide chinoise), et plus encore de l'Inde &#224; c&#244;t&#233; de la Chine, montre les limites de la signification politique de ce groupement, au-del&#224; du domaine &#233;conomique et financier. La dimension opportuniste est importante, comme le montre &#224; nouveau l'exemple de l'Inde, qui m&#232;ne par ailleurs des relations suivies avec les Etats-Unis, y compris strat&#233;giques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre organisation plus restreinte est l'Organisation de coop&#233;ration de Shanghai (2001), groupant aussi Chine Russie, Inde et Iran, mais aussi divers pays d'Asie centrale et le Pakistan. Plus ramass&#233;e g&#233;ographiquement, son orientation s&#233;curitaire est plus affirm&#233;e : lutte contre le terrorisme et les s&#233;paratismes, paix en Asie centrale, etc. En outre c'est un cadre pour l'expression de la relation &#233;troite entre Chine et Russie. Par contraste avec les positions occidentales (d&#233;mocratie et droits de l'homme, libre-&#233;change) on y met l'accent sur les souverainet&#233;s nationales, l'ind&#233;pendance, la non-ing&#233;rence dans les affaires int&#233;rieures, l'&#233;galit&#233; entre les &#201;tats membres etc. Mais il n'y a pas d'organisation structur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, il y a d'&#233;vidence, et malgr&#233; ses limites, un p&#244;le alternatif Russie-Chine, fortement renforc&#233; depuis la guerre d'Ukraine et le pivotement spectaculaire des relations &#233;conomiques de la Russie, et il joue un r&#244;le appr&#233;ciable dans la structuration d'alternatives au monde occidental. Mais le point essentiel pour la plupart des autres pays para&#238;t &#234;tre la recherche d'alternatives &#224; des relations &#233;conomiques dissym&#233;triques et &#224; des institutions internationales per&#231;ues comme trop occidentales, d'esprit et de direction - bien plus que la constitution d'une forme ou d'une autre d'alliance globale, de fait actuellement inexistante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rappel strat&#233;gique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;l&#233;ments r&#233;cents sur le plan strat&#233;gique confirment cette analyse. La guerre d'Ukraine a bien s&#251;r consid&#233;rablement durci les relations de la Russie et des Occidentaux, notamment du fait des sanctions ; mais sans effet d'entra&#238;nement sur d'autres pays. Les pays suppos&#233;s du Sud global restent tout &#224; fait &#224; l'ext&#233;rieur et y voient une affaire locale qui les concerne peu, sauf par les effets induits n&#233;gatifs (hausse des prix notamment). Economiquement ils coop&#232;rent all&#233;grement avec la Russie - et &#233;videmment aussi avec les Occidentaux. Plus, le gel et la menace de confiscation des actifs (ceux de la banque de Russie comme ceux des oligarques) ont eu un effet d&#233;vastateur : pour les dirigeants du monde entier, l'argent n'est plus en s&#233;curit&#233; en Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'autre extr&#233;mit&#233; du continent, le durcissement de la tension entre la Chine et un certain nombre de ses voisins se poursuit, notamment sur le plan maritime, ce qui les rapproche des Etats-Unis ; mais l&#224; aussi, il n'y a pas de r&#233;percussion ailleurs, ou au-del&#224; de cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin une certaine reprise du contr&#244;le am&#233;ricain n'est manifeste qu'en Europe : ailleurs, leur influence potentielle (au-del&#224; des zones vassalis&#233;es) reste li&#233;e &#224; des circonstances locales, comme le prouve l'attitude de l'Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Afrique, la pouss&#233;e russe est frappante, notamment r&#233;cemment dans le Sahel ; elle s'ajoute &#224; la p&#233;n&#233;tration chinoise pour &#233;largir la gamme des alternatives disponibles pour les pouvoirs locaux, &#233;largissement qui s'&#233;tend d'ailleurs sporadiquement aux Etats-Unis ou &#224; d'autres. Mais on ne voit pas en quoi cela nourrirait un front d'ensemble anti-occidental un tant soit peu manifeste. Par ailleurs, la friction venimeuse entre la plaque europ&#233;enne et la plaque africaine, du fait des migrations, ne para&#238;t pas non plus structurante au niveau global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mutatis mutandis&lt;/i&gt; il en est de m&#234;me pour l'Am&#233;rique latine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un mot, il ne faut pas confondre le durcissement de l'&#238;le du monde dans son c&#339;ur russo-chinois, ainsi que ses tensions aux deux extr&#233;mit&#233;s, avec plusieurs ph&#233;nom&#232;nes dans le reste du monde, qui se confirment mais restent de nature tr&#232;s diff&#233;rente : &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la recherche assez g&#233;n&#233;rale d'opportunit&#233;s plus diversifi&#233;es (&#233;conomiques ou militaires) ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; la volont&#233; des pays dit du Sud d'accro&#238;tre leur poids (ou plut&#244;t celui des plus puissants d'entre eux) dans les institutions et les m&#233;canismes internationaux ; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; et enfin la lassitude g&#233;n&#233;rale devant les pr&#234;ches id&#233;ologiques occidentaux, ressentis en outre largement comme hypocrites, voire contestables (l'id&#233;ologie LGBT ne passe pas en Afrique par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cela, on ne retrouve pas des sch&#233;mas connus du pass&#233;, comme la guerre froide et sa bipolarit&#233; franche, dont le Tiers-Monde d'alors cherchait &#224; s'&#233;chapper. Encore moins les probl&#233;matiques europ&#233;ennes de l'&#233;poque des Puissances, avec leurs jeux d'alliances complexes et mouvants. Quant &#224; l'&#233;lection possible de D. Trump, elle ne remettrait pas en cause ces constatations, sauf &#233;ventuellement en Europe, mais cela ne passionnera pas n&#233;cessairement le suppos&#233; Sud global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tout cela ne rend pas la situation nouvelle &#233;trange ou d&#233;routante, sauf pour des id&#233;ologues attard&#233;s. Sa fluidit&#233; r&#233;sulte du fait que, comme je l'ai not&#233; par ailleurs, la course au d&#233;veloppement et &#224; l'affirmation de ceux des pays &#233;mergents qui peuvent r&#233;ussir renvoie sans doute les grandes restructurations ou man&#339;uvres strat&#233;giques &#224; un horizon plus lointain (20-30 ans ?). D'ici l&#224;, pragmatisme et opportunisme dominent. C'est ce que dans mon &lt;i&gt;Guide de survie dans une monde instable complexe et non r&#233;gul&#233;&lt;/i&gt; (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Guide-de-survie.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.com/Guid...&lt;/a&gt;), j'ai appel&#233; l'&#339;il du cyclone. Mais cela comporte cependant, dans l'intervalle, et comme je l'indiquais alors, la possibilit&#233; - d&#233;sormais confirm&#233;e en Ukraine - de guerres classiques ici ou l&#224;, et plus g&#233;n&#233;ralement, de disruptions locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une tel contexte, il appara&#238;t particuli&#232;rement peu indiqu&#233; de s'enfermer dans une vision monolithique (les d&#233;mocraties contre le reste), mais au contraire adopter le pragmatisme dominant. Mais cela en restant lucide sur les menaces de d&#233;flagration locale toujours possibles. Ce qui rend d'autant plus urgente la restauration d'une capacit&#233; de d&#233;fense autrement plus muscl&#233;e, dont, dans le cas de la France &#224; l'immense domaine maritime (et situ&#233; dans ce fameux &#8216;Sud' en plein mouvement), une capacit&#233; navale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma&lt;i&gt;, le 26 f&#233;vrier 2024&lt;/i&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Guide-de-survie-dans-un-monde-instable-heterogene-et-non-regule.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Guide...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quel avenir aux empires ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Quel-avenir-aux-empires.html</link>
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		<dc:date>2023-01-10T17:08:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Monde fragment&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Ordre multipolaire</dc:subject>
		<dc:subject>Empire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous sommes tellement convaincus que la d&#233;mocratie est l'&#233;tape finale de l'histoire que nous n'envisageons pas un instant que celle-ci puisse aller dans un autre sens. Mais il y a bien d'autres configurations possibles, comme l'histoire l'a montr&#233;. Et notamment les empires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'actualit&#233; met en outre les projecteurs sur la coupure en cours entre les d&#233;mocraties occidentales et ce qu'on per&#231;oit comme une alternative russo-chinoise, vue comme autoritaire, agressive et, pr&#233;cis&#233;ment, imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel avenir pour les empires ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(paru sur le site de G&#233;opragma)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Monde-multipolaire-.html" rel="directory"&gt;Monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Empire-+.html" rel="tag"&gt;Empire&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous sommes tellement convaincus que la d&#233;mocratie &#224; l'occidentale est l'&#233;tape finale de l'histoire que nous n'envisageons pas un instant que celle-ci puisse aller dans un autre sens. Cela r&#233;sulte du fait que la d&#233;mocratie &#233;tant sacralis&#233;e dans nos soci&#233;t&#233;s comme le bien par excellence, on ne voit d'alternative que dans ce qui parait &#234;tre le mal absolu, et qu'on croit &#234;tre l'oppos&#233; exact de la d&#233;mocratie, le totalitarisme. Mais il y a d'autres configurations possibles, comme l'histoire l'a montr&#233;. Et notamment les empires. L'actualit&#233; met en outre les projecteurs sur la coupure en cours entre les d&#233;mocraties occidentales et ce qu'on per&#231;oit comme une alternative russo-chinoise, vue comme autoritaire, agressive et, pr&#233;cis&#233;ment, imp&#233;riale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parle donc beaucoup d'empires. Mais avec beaucoup d'impr&#233;cision. Il y en a eu des formes vari&#233;es dans l'histoire, mais le terme n'a son sens plein que pour d&#233;signer un pouvoir autoritaire, direct, sur un territoire vaste et relativement h&#233;t&#233;rog&#232;ne, d&#233;passant l'horizon d'une nation. C'est le sens qui sera retenu ici. Au sens strict il n'y a en plus vraiment aujourd'hui, tout au plus partiellement : le langage courant parle d'empire am&#233;ricain, pour ce qu'il est plus pr&#233;cis d'appeler une h&#233;g&#233;monie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire qu'il n'y en aura plus &#224; l'avenir ? Non, et le contraire est m&#234;me probable. Nous sommes en effet dans une p&#233;riode de transition : nos syst&#232;mes donnent bien des signes de faiblesse, les brassages de peuples s'intensifient notamment dans les pays avanc&#233;s, de nouvelles puissances montent, et la guerre r&#233;appara&#238;t l&#224; o&#249; on ne l'attendait plus. L'histoire va donc se remettre en mouvement. Or dans une p&#233;riode troubl&#233;e et &#233;volutive, la formule imp&#233;riale a toutes ses chances. Ce qui ne veut pas dire que cela soit souhaitable&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qu'un empire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le terme d'empire d&#233;fini comme ci-dessus s'oppose &#224; celui de nation. Ce qui caract&#233;rise sauf rares exceptions une nation est son homog&#233;n&#233;it&#233; ethnoculturelle. L'empire, lui, est plurinational, m&#234;me si une ethnie ou nation y domine. La probl&#233;matique de l'empire se d&#233;finit d&#232;s lors largement par rapport &#224; la question nationale. Un des aspects de cette opposition est la question de la d&#233;mocratie. Comme je l'ai montr&#233; ailleurs (Les Nations et leur destin), le syst&#232;me d&#233;mocratique exige normalement de s'appliquer &#224; une nation, homog&#232;ne, ayant la m&#234;me langue et la m&#234;me culture. Une nation peut &#234;tre d&#233;mocratique (au sens large) ou pas, un empire normalement pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un empire est en g&#233;n&#233;ral le fruit d'une conqu&#234;te militaire, et le rapport de forces en reste une dimension essentielle. Certains sont plus ou moins &#233;ph&#233;m&#232;res, et sans trace historique ult&#233;rieure. Car ils durent en g&#233;n&#233;ral moins que les nations au sens large, parce que plus complexes, et faute du support objectif que ces derni&#232;res trouvent dans le fait national. Mais on a des cas d'empires qui ont dur&#233; longtemps et jou&#233; un r&#244;le significatif, ainsi Rome, ou la Chine imp&#233;riale. Toutes deux se sont av&#233;r&#233;es capables d'offrir une possibilit&#233; r&#233;elle d'assimilation aux populations conquises et d'abord &#224; leurs dirigeants. Par-l&#224; de tels empires ont adopt&#233; certains des traits d'une nation, et notamment une certaine unit&#233; linguistique. Et ils ont dur&#233; plus longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience de l'Europe est tout &#224; fait diff&#233;rente. L'histoire europ&#233;enne n'a pas fourni de cas d'unification imp&#233;riale et s'est m&#234;me caract&#233;ris&#233;e par son &#233;loignement de ce mod&#232;le, qui impr&#233;gnait pourtant les esprits encore au Moyen &#194;ge. Cette grande fragmentation politique sur une base largement nationale est sp&#233;cifique &#224; l'Europe. Quant aux empires coloniaux europ&#233;ens &#224; partir du XIXe, ils &#233;taient clairement distingu&#233;s de leurs m&#233;tropoles. Celles-ci &#233;taient des d&#233;mocraties au moins partielles, nationales, et leurs empires non.Ils ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif pour modeler la plan&#232;te telle que nous la connaissons. Mais fond&#233;s qu'ils &#233;taient sur des principes contradictoires et sur un rapport de force transitoire, sans v&#233;ritable assimilation, ils ont tr&#232;s peu dur&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Empires et nations : forces et faiblesses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, l'empire est une entit&#233; vaste, complexe, r&#233;unissant des parties h&#233;t&#233;rog&#232;nes. L'Etat-nation, lui, raisonne sur un seul peuple, un seul territoire, une seule communaut&#233; politique. La nation tend &#224; homog&#233;n&#233;iser et exclure ce qui n'entre pas dans son sch&#233;ma, l'empire lui traite diff&#233;remment les diff&#233;rents peuples. Il accepte la diff&#233;rence comme telle, moyennant soumission ; l'Etat-nation cherche &#224; la d&#233;passer. Cette h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; possible permet &#224; un empire de gouverner, du moins un temps, des ensembles plus vastes et diversifi&#233;s, ce que la base nationale exclut. Les empire sont d'ailleurs souvent pragmatiques et flexibles, tant que leur pouvoir n'est pas remis en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'existence de sous-communaut&#233;s est relativement compatible avec les syst&#232;mes autoritaires et donc les empires. Mais c'est contradictoire avec une d&#233;mocratie. Celle-ci suppose en effet que les &#233;lections se fassent sur la base d'un vote sur des options diverses, au sein d'une population suffisamment coh&#233;rente et homog&#232;ne pour que la minorit&#233; accepte la loi de la majorit&#233; comme repr&#233;sentative d'un peuple auquel tous s'identifient. Si ce n'est pas le cas, la d&#233;mocratie sera remise en cause et, au-del&#224; d'elle, la vie commune et la solidarit&#233; qu'elle comporte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; une cons&#233;quence importante : l'empire (ou un autre syst&#232;me autoritaire) peut donner une r&#233;ponse &#224; la d&#233;sagr&#233;gation de syst&#232;mes politiques, notamment d&#233;mocratiques, si leur h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; notamment culturelle ou ethnique devient ing&#233;rable. Ce qui nous conduit &#224; une interrogation importante pour notre &#233;poque. Au vu de l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; et des fragilit&#233;s croissantes de nos constructions politiques, l'id&#233;e vient &#224; l'esprit que les chances des empires &#224; l'avenir sont loin d'&#234;tre nulles, malgr&#233; leur limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des exemples d'empires d&#232;s aujourd'hui ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; en est-on aujourd'hui ? Si nous n'avons actuellement plus d'empire au sens retenu ici, certaines situations m&#233;ritent attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord actuellement plusieurs exemples interm&#233;diaires, de pays en soi pluriethniques ou plurinationaux, mais o&#249; l'une de ces nations ou ethnies est nettement majoritaire et structure l'Etat. Des exemples &#233;vidents en sont l'Iran, la Turquie, certains pays d'Am&#233;rique latine Ces minorit&#233;s fortes subsistent, mais elles sont en position d'inf&#233;riorit&#233; nette ; et donc cela peut durer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas russe est &#224; mettre &#224; part. Il y a toujours eu dans l'empire russe comme en URSS une majorit&#233; russe, mais les minorit&#233;s y &#233;taient importantes. A l'&#233;poque, le pouvoir avait su se maintenir par une m&#233;lange d'autoritarisme et d'int&#233;gration habile d'&#233;lites locales, qui trouvaient une place dans le syst&#232;me imp&#233;rial. Cet empire s'est d&#233;sagr&#233;g&#233;. Reste aujourd'hui une situation confuse. Il y a en Russie m&#234;me des minorit&#233;s appr&#233;ciables, notamment musulmanes. En cela, elle se rangerait plut&#244;t dans la s&#233;rie pr&#233;c&#233;dente. Mais le cas russe en diff&#232;re &#224; deux titres, le premier &#233;tant la pr&#233;sence de minorit&#233;s russes &#224; l'ext&#233;rieur, question sensible et reli&#233;e au pass&#233; imp&#233;rial. Le deuxi&#232;me est que la Russie ne consid&#232;re pas ce qui relevait de l'empire russe ou de l'URSS comme compl&#232;tement ext&#233;rieur. D'une certaine fa&#231;on, sa conception de soi et ses fronti&#232;res ne sont pas clarifi&#233;es. D'o&#249; la question d'une permanence imp&#233;riale dans la probl&#233;matique russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Chine pr&#233;sente des traits analogues, avec ses minorit&#233;s tib&#233;taines, ou&#239;goures etc., mais en moins marqu&#233; : la pr&#233;pond&#233;rance de l'ethnie chinoise y est massive ; en outre son territoire correspond tr&#232;s largement &#224; celui de l'ancien empire et elle a peu de revendications historiques &#224; faire valoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A terme, la r&#233;&#233;mergence d'empires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un empire &#224; l'ancienne suppose la conqu&#234;te militaire par un pays de ses voisins. A premi&#232;re vue, il para&#238;t ne pas y avoir de base pour cela dans le monde que nous connaissons aujourd'hui. En outre le maintien de l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine dans des zones majeures de la plan&#232;te rend l'exercice difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une exception possible, on l'a vu : la Russie. Mais en regardant de pr&#232;s, la r&#233;ponse ne para&#238;t pas non plus assur&#233;e. On note d'abord dans ce pays une h&#233;sitation entre le mod&#232;le imp&#233;rial et un mod&#232;le national russe : l'invasion de l'Ukraine est-elle motiv&#233;e par la remise en cause de sa r&#233;alit&#233; comme Etat, au profit d'une vision imp&#233;riale ; ou n'assiste-t-on pas, de fa&#231;on pas n&#233;cessairement consciente c&#244;t&#233; russe, &#224; une affirmation ethnico-nationale proprement russe ? En tout cas l'agression a eu pour effet de souder un sentiment national ukrainien jusqu'ici flou, appel&#233; &#224; durer au moins dans la partie centre et ouest. De ce point de vue, l'invasion aura probablement ce r&#233;sultat a priori paradoxal d'y faire basculer la probl&#233;matique dans un sens national homog&#232;ne, comme l'ont fait les nettoyages ethniques post-yougoslaves. S'agissant des autres minorit&#233;s russes ou russophones de la p&#233;riph&#233;rie imm&#233;diate, on pourrait imaginer une agression russe dans les pays baltes (mais la Russie se heurterait ici directement &#224; l'Otan), ou au Kazakhstan. Mais l&#224; encore cela ne d&#233;boucherait pas sur un empire, et par certains c&#244;t&#233;s au contraire : on s'&#233;loignerait de ce mod&#232;le pour se rapprocher d'une logique purement nationale (agressive en l'occurrence). Tout autre est la question des &#233;ventuelles ambitions russes au-del&#224; de ce p&#233;rim&#232;tre russophone, notamment dans sa zone de domination anciennement sovi&#233;tique (Caucase, Asie centrale, etc.). Mais en supposant que la Russie en ait l'intention, elle ne para&#238;t en &#233;tat d'aller bien loin, au vu des limites de l'arm&#233;e russe apparues en Ukraine, sans parler de celles de l'&#233;conomie et de la d&#233;mographie ; et elle se heurterait assez vite &#224; d'autres puissances (Otan, et m&#234;me Chine). Et ce serait a fortiori le cas au-del&#224; de ces zones. D&#232;s lors, la perspective v&#233;ritablement imp&#233;riale appara&#238;t dans les ann&#233;es qui viennent plut&#244;t limit&#233;e pour ce pays, au-del&#224; d'une forme d'h&#233;g&#233;monie sur une partie de l'ancienne URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perspective imp&#233;riale est en revanche bien plus plausible &#224; terme plus ou moins &#233;loign&#233; dans le monde arabo-musulman, surtout avec le recul de l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine. Ainsi dans le monde arabe o&#249; les Etats restent assez artificiels, et souvent sans base nationale propre suffisante. Par ailleurs, Turquie et Iran, en partie h&#233;t&#233;rog&#232;nes, ont &#233;t&#233; de vrais empires et s'en souviennent. La Turquie notamment, avec sa nostalgie ottomane soigneusement entretenue par R. Erdogan et la constitution progressive d'un r&#244;le international qui pourrait assez vite tourner &#224; l'empire. Mais un Iran d&#233;passant l'impasse actuelle pourrait aussi entrer dans ce sch&#233;ma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, la possibilit&#233; d'empires est tout &#224; fait concevable &#224; terme en Asie, notamment avec l'impressionnante &#233;mergence de puissances comme la Chine ou l'Inde. Certes, cela ne para&#238;t pas &#234;tre leur priorit&#233; dans l'imm&#233;diat, car elles sont pour l'essentiel ax&#233;es sur leur mont&#233;e en puissance, m&#234;me si elles ne d&#233;daignent pas d'exercer une forme d'h&#233;g&#233;monie. Mais la situation pourrait &#233;voluer &#224; terme plus long. Et leur surpuissance par rapport aux pays voisins sera alors consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une forme nouvelle d'empire : l'Europe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant d'&#233;largir le d&#233;bat au-del&#224; des empires classiques, construits sur une base guerri&#232;re. A notre &#233;poque on peut en effet envisager des processus diff&#233;rents d'&#233;volution vers des formes politiques de type imp&#233;rial. A terme plus ou moins long, dans un contexte instable o&#249; la confiance deviendrait tr&#232;s difficile, des formules robustes comme celle-l&#224; peuvent alors avoir leurs chances. La remarque vaut bien s&#251;r d'abord pour les empires &#233;ventuels qu'on vient d'&#233;voquer, des h&#233;g&#233;monies pouvant devenir tellement pr&#233;gnantes qu'elles ressemblent &#224; des empires ; on pense alors naturellement d'abord &#224; la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la question m&#233;rite d'&#234;tre pos&#233;e dans le cas de l'Europe. En fait, &#233;l&#233;ment militaire mis &#224; part, l'Union europ&#233;enne ressemble quelque peu &#224; un empire : ce n'est pas une nation mais elle est compos&#233;e de nations vari&#233;es ; elle constitue un pouvoir supranational en surplomb, qui se fonde certes en principe sur les d&#233;mocraties nationales, mais tend &#224; consid&#233;rer le niveau national comme subalterne, historiquement d&#233;pass&#233;, &#224; r&#233;guler par en-haut. Ce pouvoir n'est pas &#233;lu directement comme un pouvoir politique national ; le &#8216;parlement' est &#233;lu sur la base d'&#233;lections qui se font en fait sur des listes nationales ; l'ex&#233;cutif n'est pas &#233;lu. Le pouvoir politique europ&#233;en n'est donc pas v&#233;ritablement responsable devant des &#233;lecteurs. Ce pouvoir reste toutefois limit&#233; &#224; certains domaines, m&#234;me s'ils sont de plus en plus vastes ; on reste donc dans une situation interm&#233;diaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut-il &#233;voluer ? Il ne peut pas se construire politiquement comme une d&#233;mocratie nationale : il n'y a pas de peuple europ&#233;en, ni de vie politique europ&#233;enne. Il pourrait &#233;videmment se reb&#226;tir sur un projet diff&#233;rent, fond&#233; sur ses nations, mais il ne prend pas ce chemin. Il peut bien s&#251;r continuer de stagner dans un entre-deux b&#226;tard sous h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine : c'est le plus probable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, hors une dislocation possible, on peut imaginer un autre sc&#233;nario, surtout en cas de crise grave. Dans un contexte de fragilisation des syst&#232;mes politiques et &#233;conomiques nationaux, dont les bases d'identification nationale ont &#233;t&#233; &#233;rod&#233;es, ce &#224; quoi s'ajoute l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; croissante des populations vivant en Europe, avec une immigration massive qui peut encore s'acc&#233;l&#233;rer, on peut imaginer, lors d'une crise tr&#232;s grave, un transfert de pouvoir massif, plus ou moins consensuel des &#233;tats membres &#224; Bruxelles, qui deviendrait t&#234;te d'un sorte d'empire. Cela dit, cet empire resterait un peu bizarre, du fait que militairement il est a priori peu probable &#224; ce stade qu'il se d&#233;tache de l'Otan et donc de l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine. C'est donc un sc&#233;nario, mais pas la plus forte probabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/quel-avenir-aux-empires/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/quel-avenir-au...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Monde multipolaire et conflits id&#233;ologiques : o&#249; la Russie brouille quelque peu les cartes</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Monde-multipolaire-et-conflits-ideologiques-ou-la-Russie-brouille-quelque-peu.html</link>
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		<dc:date>2022-10-30T17:19:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Russie</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre des d&#233;mocraties</dc:subject>
		<dc:subject>Ordre multipolaire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le fait que nous vivons dans un monde multipolaire est de plus en plus reconnu comme une r&#233;alit&#233;. En outre, il est revendiqu&#233; dans son principe par la Chine, l'Inde, la Russie et bien d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'en pose pas moins de nombreuses questions, une des principales &#233;tant son articulation avec la dimension id&#233;ologique, source d'oppositions qui peuvent assez naturellement devenir au contraire bipolaires. On le voit avec la guerre d'Ukraine. O&#249; l'action de la Russie brouille quelque peu les cartes de la multipolarit&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le fait que nous vivons dans un monde multipolaire est de plus en plus reconnu comme une r&#233;alit&#233;. En outre, il est revendiqu&#233; dans son principe par la Chine, l'Inde, la Russie et bien d'autres. Mais il n'en pose pas moins de nombreuses questions, une des principales &#233;tant son articulation avec la dimension id&#233;ologique, source d'oppositions qui peuvent assez naturellement devenir au contraire bipolaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit entre Russie et Ukraine est sur ce plan caract&#233;ristique : le qualifier de grand conflit id&#233;ologique tend &#224; &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une &#233;vidence par les Occidentaux. La r&#233;action du reste du monde est beaucoup plus nuanc&#233;e. Ils n'approuvent en g&#233;n&#233;ral pas la Russie, et tendent &#224; d&#233;sapprouver l'agression russe et les annexions ; certains restent r&#233;serv&#233;s, &#233;ventuellement en faisant percevoir un certain malaise publiquement comme r&#233;cemment l'Inde et la Chine. Mais ils n'en d&#233;duisent pas qu'ils aient &#224; s'enr&#244;ler dans la grande croisade occidentale et notamment en mettant en place des sanctions. Ce qui &#233;videmment r&#233;duit beaucoup l'efficacit&#233; de ces derni&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fait a frapp&#233; les observateurs et effectivement il signale une baisse d'influence appr&#233;ciable de l'Occident sous l'angle id&#233;ologique et politique. Soit par refus de ses exc&#232;s divers (m&#339;urs, agitation woke etc.) ; soit surtout du fait de sa combinaison avec un interventionnisme &#233;ventuellement militaire, notamment de la part des Am&#233;ricains ; soit par une critique du double langage occidental, condamnant certains cas et en tol&#233;rant d'autres. Mais outre que subsiste une ind&#233;niable attrait pour le style de vie occidental, au niveau politique cela ne signifie pas qu'il y ait passage &#224; une alternative id&#233;ologique. De fait, la revendication multipolaire tend au contraire &#224; accr&#233;diter l'id&#233;e d'un monde o&#249; chacun est ma&#238;tre chez soi et o&#249; chacun a sa vision de la soci&#233;t&#233; et ses valeurs fondamentales. C'est ce qu'affiche notamment la Chine (rappelons que Taiwan n'est pas pour elle une exception, car en droit la quasi-totalit&#233; de la plan&#232;te admet qu'elle est chinoise).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, le discours de V. Poutine prononc&#233; &#224; l'occasion des annexions marque une positionnement quelque peu diff&#233;rent, qui peut &#234;tre source d'ambigu&#239;t&#233; pour les tiers : si la d&#233;nonciation de &#171; l'imp&#233;rialisme &#187; occidental, de son &#171; agressivit&#233; &#187; ou de son &#171; colonialisme &#187; peut rencontrer un &#233;cho appr&#233;ciable dans le monde hors Occident, c'est moins le cas du paysage qu'il dessine en m&#234;me temps de l'affrontement entre deux id&#233;ologies, l'occidentale et celle cens&#233;ment plus conservatrice qu'il dit d&#233;fendre (ce sur quoi il y aurait d'ailleurs beaucoup &#224; dire, ne serait-ce que du fait de l'h&#233;ritage sovi&#233;tique bien pr&#233;sent chez lui). D'une certaine fa&#231;on, il tend ici &#224; mimer ce qu'il reproche aux Occidentaux. En outre, le lien qu'il fait entre ces th&#232;mes et la guerre en Ukraine est pour le moins t&#233;nu. &lt;br class='autobr' /&gt;
Par ailleurs, autant l'id&#233;e d'une menace occidentale sur son pays peut avoir une certaine consistance, autant le discours russe souffre d'une faiblesse id&#233;ologique, qui porte sur sa vision normative des relations internationales et sur la place de la Russie. D'o&#249; le flou sur ses buts de guerre. Remet-il en cause les fronti&#232;res en g&#233;n&#233;ral ? Celles seules issues de la d&#233;composition de l'URSS ? Celles de la seule Ukraine, jug&#233;e Etat inconsistant (et pourquoi ?) Est-il nationaliste russe, visant au rassemblement de toutes les zones o&#249; se trouvent des Russes ? Ou vise-t-il la constitution d'une zone suppos&#233;e l&#233;gitime d'influence, au titre de l'histoire, de son statut de puissance, ou de sa s&#233;curit&#233; ? Quelle est la bonne m&#233;thode pour changer un statu quoi ? La guerre ? les r&#233;f&#233;rendums ? Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, cette ind&#233;termination relative n'exclut pas qu'il y ait des succ&#232;s russes dans d'autres zones ici ou l&#224;, notamment l&#224; o&#249; la question id&#233;ologique ne peut pas se poser en ces termes (et o&#249; la situation est diff&#233;rente et complexe : Moyen Orient), soit peut &#234;tre r&#233;duite par certains &#224; un sch&#233;ma anticolonialiste (Sahel et Afrique noire en g&#233;n&#233;ral). Mais au niveau global ce flou relatif contraste avec la coh&#233;rence de la vision chinoise affich&#233;e, mettant en avant un monde de cohabitation harmonieuse autour de l'influence bienfaisante de la Chine, selon le sch&#233;ma originellement confuc&#233;en du &#171; monde sous le ciel &#187; - quelle que soit bien s&#251;r la r&#233;alit&#233; des vis&#233;es chinoises &#224; terme et le pragmatisme de son action r&#233;elle. Vision chinoise qui ne peut que mettre mal &#224; l'aise ce pays devant les coups de boutoirs russes, et notamment au vu de leur impr&#233;cision &#8211; et des r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une impression qui peut &#234;tre partag&#233;e par la plupart des pays. En effet, et comme je l'ai d&#233;velopp&#233; depuis quelques ann&#233;es et notamment dans mon livre &lt;i&gt;Guide de survie dans un monde instable, h&#233;t&#233;rog&#232;ne et non r&#233;gul&#233;&lt;/i&gt;, ces pays, y compris voire surtout les nouvelles puissances comme la Chine et l'Inde, sont dans une phase de rattrapage et d'accumulation, notamment sur le plan &#233;conomique. Dans cette phase, les aventures guerri&#232;res, les incertitudes, les entraves au d&#233;veloppement, sont mal venues et ind&#233;sirables. La multipolarit&#233; qu'ils d&#233;sirent est donc une cohabitation, qui doit de ce point de vue s'&#233;tendre au moins sur une ou plusieurs g&#233;n&#233;rations &#8211; ce qui ne pr&#233;juge pas de leur attitude sur le vrai long terme, qui pourra devenir beaucoup plus ambitieuse et par l&#224; mena&#231;ante. L'imp&#233;rialisme id&#233;ologique occidental, cette manie de vouloir dire &#224; la plan&#232;te ce qui est le bien et le mal, souvent avec arrogance et incoh&#233;rence, les heurte donc, outre la menace que cela pourrait repr&#233;senter pour leurs &#233;quilibres internes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il reste que pour eux, le nouveau visage de la Russie qui &#233;merge depuis 2022 n'est pas id&#233;al. Bien s&#251;r, la Chine par exemple n'en maintient pas moins son soutien relatif pour de nombreuses raisons, mais avec prudence et une certaine r&#233;serve. Et les autres ne vont ni sanctionner la Russie ni l'approuver &#8211; du moins &#224; ce stade, d'autant qu'elle ne les menace pas &#224; horizon visible (contrairement aux Am&#233;ricains, au moins potentiellement et dans leur vision). Mais la situation peut &#233;voluer si l'escalade se poursuit, notamment avec usage du nucl&#233;aire, et en cas de r&#233;action am&#233;ricaine plus muscl&#233;e. Cela dit, m&#234;me dans un tel cas ils tendront tr&#232;s certainement &#224; vouloir &#233;viter l'enr&#244;lement dans une grande croisade et r&#233;agiront cas par cas avec autant de retenue que possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour compl&#233;ter ce bref descriptif enfin, est-il besoin d'ajouter que dans ce paysage l'Europe, France comprise, est inexistante, et r&#233;duite &#224; l'image de vassaux des Am&#233;ricains ? Malgr&#233; la multipolarit&#233; croissante, elle tend m&#234;me &#224; s'effacer plus encore. Et on ne voit pas &#224; ce stade les forces ou les facteurs qui en son sein pourraient vraiment la faire &#233;voluer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;Politique Magazine&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/monde/monde-multipolaire-et-conflits-ideologiques-russie-et-occident-ou-en-est-on/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/monde/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La diss&#233;mination nucl&#233;aire apr&#232;s la guerre d'Ukraine : le&#231;ons pour les pays tiers</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-dissemination-nucleaire-apres-la-guerre-d-Ukraine-lecons-pour-les-pays-tiers.html</link>
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		<dc:date>2022-10-19T16:21:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Dissuasion nucl&#233;aire</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On reparle beaucoup du nucl&#233;aire militaire &#224; l'occasion de la guerre d'Ukraine. On l'avait un peu oubli&#233;. Or les &#233;v&#233;nements d'Ukraine remettent cette question au centre de l'attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Car s'il y a bien une premi&#232;re conclusion &#233;vidente &#224; tirer de cette guerre, c'est l'int&#233;r&#234;t de l'arme nucl&#233;aire pour un pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On reparle beaucoup du nucl&#233;aire militaire &#224; l'occasion de la guerre d'Ukraine. On l'avait un peu oubli&#233;. Or les &#233;v&#233;nements d'Ukraine remettent cette question au centre de l'attention. Je ne parlerai pas ici de la guerre d'Ukraine elle-m&#234;me, mais de l'impact qu'elle a sur la r&#233;flexion sur le nucl&#233;aire, et notamment sur la diss&#233;mination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Car s'il y a bien une premi&#232;re conclusion &#233;vidente &#224; tirer de cette guerre, c'est l'int&#233;r&#234;t de l'arme nucl&#233;aire. On sait que l'Ukraine &#233;tait une composante majeure de l'URSS, y compris sur le plan militaire, et en son sein, du nucl&#233;aire sovi&#233;tique. Pourtant lors de la dissolution de l'URSS, devenant ind&#233;pendante elle a renonc&#233; &#224; l'arme nucl&#233;aire, qu'elle pouvait sans difficult&#233; technique d&#233;tenir et d&#233;velopper. Nul doute que si elle avait fait le choix inverse, la question de la guerre actuelle ne se serait pas pos&#233;e, ou tr&#232;s diff&#233;remment. Peut-&#234;tre pas pour les &#233;v&#233;nements pr&#233;c&#233;dant cette ann&#233;e, car la constitution des r&#233;publiques du Donbass restait possible et l'aide militaire que leur apportait la Russie. En revanche les donn&#233;es de l'invasion russe de 2022 aurait &#233;t&#233; tr&#232;s diff&#233;rentes ; et il est raisonnable de penser qu'elle ne se serait pas produite ou en tout cas de fa&#231;on beaucoup plus limit&#233;e. Or m&#234;me si l'Ukraine finissait par l'emporter, le co&#251;t humain et &#233;conomique de la guerre aura &#233;t&#233; ravageur pour elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour tous les pays tiers, m&#234;me s'il est clair depuis longtemps que la d&#233;tention de cette arme est un facteur majeur d'ind&#233;pendance nationale (sachant qu'il n'est pas d&#233;montr&#233; que cela soit une garantie totale), la pr&#233;sente guerre illustre de fa&#231;on spectaculaire la validit&#233; de ce raisonnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoute une autre consid&#233;ration. Cette guerre est la premi&#232;re guerre de type classique qu'on connaisse depuis longtemps, si on appelle classique une guerre qui ne soit pas clairement dissym&#233;trique (comme celles en Iraq, Afghanistan ou Vietnam, ou dans une moindre mesure les guerres isra&#233;lo-arabes), c'est-&#224;-dire qui fasse s'affronter deux arm&#233;es non pas n&#233;cessairement &#233;gales, mais du m&#234;me genre, dans un affrontement proprement militaire. Pour trouver un &#233;quivalent, sans remonter &#224; la guerre de Cor&#233;e, il faut remonter &#224; la guerre entre Iran et Iraq ou aux guerres indo-pakistanaises. Mais outre que cela nous ram&#232;ne avant 1980-1990, cela ne mettait pas aux prises des arm&#233;es aussi avanc&#233;es qu'aujourd'hui, les niveaux de technologies &#233;tant alors bien plus bas et beaucoup plus anciens. Surtout, &#224; l'&#233;poque il n'y avait pas de grande puissance en lice (l'Inde le devient progressivement depuis) et notamment pas nucl&#233;aires. Or cette fois nous avons non seulement une guerre classique, d&#233;j&#224; relativement longue, mais surtout men&#233;e par une grande puissance nucl&#233;aire, elle-m&#234;me sanctuaris&#233;e par le fait m&#234;me. Nul doute que la prudence m&#234;me relative des Am&#233;ricains dans leur aide aux Ukrainiens, tient grand compte de ce facteur, &#233;vitant notamment sauf exceptions toute atteinte &#224; la Russie elle-m&#234;me. Il y a donc une dissym&#233;trie, au d&#233;part d&#233;savantageuse pour le pays le plus faible. Pour les pays tiers, c'est encore un argument en faveur du nucl&#233;aire : si mon agresseur se prot&#232;ge ainsi, j'ai le plus grand int&#233;r&#234;t &#224; faire de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; am&#233;ricain, la position traditionnelle, hostile &#224; la diss&#233;mination nucl&#233;aire (notamment des administrations d&#233;mocrates), ne devrait en revanche pas &#234;tre remise en cause. Etant en g&#233;n&#233;ral le pays le plus interventionniste sur le plan militaire, les Etats-Unis n'ont aucun int&#233;r&#234;t &#224; ce que les cibles possibles se h&#233;rissent de nucl&#233;aire. De plus, le fait qu'un pays qui leur est alli&#233; n'ait pas cette arme le rend &#233;videmment beaucoup plus d&#233;pendant de leur aide, dont on a vu en Ukraine la redoutable efficacit&#233; &#224; l'occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre facteur nouveau apparu en Ukraine est l'annexion par la Russie de territoires pr&#233;c&#233;demment ukrainiens, ce qui du point de vue russe fait passer ces zones dans le cadre de la d&#233;fense du territoire russe. Et donc potentiellement (selon l'&#233;tat de la doctrine et son emploi) sous leur protection nucl&#233;aire. On voit &#233;videmment l'attrait du nucl&#233;aire pour un pays ayant des revendications ou des vis&#233;es sur un territoire voisin. Certes, on ne connait pas &#224; ce stade ce qu'il adviendra de ces zones dans le pr&#233;sent cas, selon les d&#233;veloppements de la guerre en cours. Mais le raisonnement subsistera dans son principe. Si l'Iraq avait eu l'arme nucl&#233;aire, peut-&#234;tre aurait-il gard&#233; le Kowe&#239;t en 1990. En r&#233;sum&#233; donc, l'avantage que cette d&#233;tention donne &#224; un pays ayant des ambitions ext&#233;rieures sur un voisin qui n'aurait pas l'arme atomique est appr&#233;ciable. Bien entendu ce n'est qu'en aspect de la question car d'autres dimensions entreraient en compte (sanctions etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question plus technique pos&#233;e actuellement est celle de l'usage possible du nucl&#233;aire tactique (arme de plus petit calibre, en principe utilis&#233;e contre des forces militaires). Son utilisation &#233;ventuelle en Ukraine soul&#232;ve des questions complexes, qu'on n'&#233;voquera pas ici. Mais de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale le fait d'en disposer peut repr&#233;senter lui aussi un avantage potentiel, ne serait-ce que comme option interm&#233;diaire, en th&#233;orie disponible, entre la guerre classique et le nucl&#233;aire strat&#233;gique. Notamment contre une autre puissance nucl&#233;aire, sans que le niveau strat&#233;gique se d&#233;clenche automatiquement. La Cot&#233;e du Nord pr&#233;tend par exemple d&#233;sormais en disposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut relever enfin un point important : le secret. La d&#233;tention de l'arme nucl&#233;aire ne suppose pas n&#233;cessairement qu'elle prenne une forme publique, visible et revendiqu&#233;e &#8211; pourvu que les adversaires &#233;ventuels croient qu'elle existe. Mais si la d&#233;tention de l'arme offre une s&#233;curit&#233; consid&#233;rable, m&#234;me si elle n'est pas totale, en revanche son d&#233;veloppement est plein de risques pour un pays qui a d&#233;j&#224; un ennemi puissant Car ce dernier sera alors fortement incit&#233; &#224; d&#233;clencher une guerre pr&#233;ventive, classique ou nucl&#233;aire, pour pr&#233;cis&#233;ment bloquer ce d&#233;veloppement. Ce risque appara&#238;t &#233;videmment par exemple dans le cas de l'Iran (avec Isra&#235;l, voire les Etats-Unis) ; mais aussi de la Cor&#233;e du Sud (avec son cher voisin du Nord). D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t majeur d'un d&#233;veloppement aussi secret que possible, selon la voie qu'a explor&#233;e Isra&#235;l en son temps et avec succ&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoutent pour les pays amis des Etats-Unis les questions que pose justement la protection attendue de ces derniers. Pensons d&#233;j&#224; &#224; nouveau &#224; la Cor&#233;e du Sud, au Japon et &#224; Taiwan. La premi&#232;re question est la validit&#233; d'un &#233;ventuel parapluie nucl&#233;aire am&#233;ricain : rien ne prouve qu'il serait mis en &#339;uvre, notamment par rapport &#224; une puissance nucl&#233;aire. Et si leur attitude en Ukraine montre qu'il savent &#224; l'occasion &#234;tre tr&#232;s efficaces dans leur aide classique, cela ne permet &#233;videmment pas d'&#233;viter la catastrophe que pr&#233;sente de toute fa&#231;on une guerre conventionnelle pour le pays qui la subit. Il y a donc &#224; nouveau de puissants arguments pour ces pays pour d&#233;velopper l'arme nucl&#233;aire ; mais &#224; l'isra&#233;lienne, en n'en faisant &#233;tat qu'une fois le pas franchi - tout au plus. On sait que Taiwan avait commenc&#233; un tel d&#233;veloppement, mais avait abandonn&#233; sous pression am&#233;ricaine : il peut s'en mordre les doigts, car ce ne serait probablement plus possible aujourd'hui, la Chine s'en apercevant tr&#232;s probablement s'il essayait, et r&#233;agissant aussit&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question se pose sans doute moins en ces termes en Europe, pour les pays non nucl&#233;aires. Il y a &#224; cela au moins une premi&#232;re raison simple et imm&#233;diate : l'exp&#233;rience ukrainienne a montr&#233; les limites de l'arm&#233;e russe, qui n'est manifestement &#224; ce stade pas celle d'une vraie grande puissance &#8211; en dehors de son arsenal nucl&#233;aire. En outre, pour les pays qui peuvent se sentir encore menac&#233;s (toujours hors nucl&#233;aire) l'Otan offre une r&#233;ponse, qui a beaucoup regagn&#233; en cr&#233;dibilit&#233; du fait de la guerre en cours. Inversement, les Etats-Unis ne tol&#233;rerait pas un d&#233;veloppement nucl&#233;aire dans un de leur alli&#233;s. Le seul vrai motif pour ces derniers serait donc de tenter de parer &#224; une attaque nucl&#233;aire russe, selon la logique de l'&#233;quilibre de la terreur. Mais il faudrait pour cela d&#233;velopper un armement puissant et performant, et assumer politiquement la dissuasion, en interne et face aux Am&#233;ricains : on voit tr&#232;s mal un pays europ&#233;en s'engager dans cette voie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche d'autres candidats seraient assez naturels ailleurs. Ainsi au Moyen Orient, dans la lign&#233;e d'Isra&#235;l ou &#224; l'instar de l'Inde et du Pakistan tout proches. Outre l'Iran (mais il est tr&#232;s surveill&#233;), on a &#233;videmment la Turquie, et certains autres dans la p&#233;ninsule arabique&#8230; Et l&#224; aussi, la voie du secret est d&#233;sormais la seule s&#251;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tout renforcera encore, &#233;videmment, la voie maintenant in&#233;luctable vers la multipolarit&#233;. Mais une multipolarit&#233; clairement hi&#233;rarchis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru sur le site de &lt;i&gt;G&#233;opragma&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/la-dissemination-nucleaire-apres-la-guerre-dukraine-quelques-lecons-pour-les-pays-tiers/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/la-disseminati...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Apr&#232;s la guerre d'Ukraine, un monde fragment&#233;. L'aspect mon&#233;taire et financier. </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Apres-la-guerre-d-Ukraine-un-monde-fragmente-L-aspect-monetaire-et-financier.html</link>
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		<dc:date>2022-06-15T12:17:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Syst&#232;me mon&#233;taire</dc:subject>
		<dc:subject>Monde fragment&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Faire la guerre, ou soutenir un effort de guerre est un acte &#224; la fois co&#251;teux et risqu&#233;. D'o&#249; l'importance centrale des buts de guerre. Or en l'esp&#232;ce, au-del&#224; d'un point de d&#233;part &#233;vident (soutenir un Etat agress&#233; et envahi), l'&#233;volution des buts de guerre occidentaux pose bien des questions, car elle remet en question l'architecture m&#234;me du monde que ces m&#234;mes Occidentaux et notamment les Am&#233;ricains pr&#233;tendent construire, c'est-&#224;-dire une architecture commune &#224; la plan&#232;te. Nous allons le voir sous l'angle mon&#233;taire, car les d&#233;cisions prises conduisent &#224; un monde fragment&#233; et sur ce plan sans pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Publi&#233; sur le site de G&#233;opragma)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Monde-multipolaire-.html" rel="directory"&gt;Monde&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Guerre-Ukraine-+.html" rel="tag"&gt;Guerre Ukraine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Systeme-monetaire-+.html" rel="tag"&gt;Syst&#232;me mon&#233;taire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Monde-fragmente-+.html" rel="tag"&gt;Monde fragment&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Faire la guerre, ou &#224; un degr&#233; plus limit&#233;, soutenir l'effort de guerre de quelqu'un, est un acte &#224; la fois co&#251;teux et risqu&#233;. D'o&#249; l'importance centrale des buts de guerre. Or en l'esp&#232;ce, au-del&#224; d'un point de d&#233;part &#233;vident (soutenir un Etat agress&#233; et envahi), l'&#233;volution des buts de guerre occidentaux pose bien des questions, car elle remet sur certains points en question l'architecture m&#234;me du monde que ces m&#234;mes Occidentaux et notamment les Am&#233;ricains pr&#233;tendent construire. Nous allons le voir sous l'angle mon&#233;taire et financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;rive id&#233;ologique occidentale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; ce sujet par ailleurs (Aide &#224; l'Ukraine : quels sont nos buts de guerre ? &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Aide-a-l-Ukraine-quels-sont-nos-buts-de-guerre.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Aide-...&lt;/a&gt;). Je distingue trois grands types de buts de guerre : id&#233;ologiques, imp&#233;rialistes et patriotiques. Je note que les deux premiers types favorisent les options guerri&#232;res, la premi&#232;re notamment, car une id&#233;ologie n'admet pas de compromis et tend &#224; classer le monde entre bons et m&#233;chants. Ce faisant, on favorise l'ascension aux extr&#234;mes que le processus de la guerre tend par ailleurs &#224; produire. La guerre en Ukraine est sur ce plan particuli&#232;rement symptomatique. C&#244;t&#233; occidental, surtout am&#233;ricain, la dimension id&#233;ologique a pris de plus en plus le dessus, dans un grand r&#233;cit de lutte des d&#233;mocraties contre les r&#233;gimes autoritaires. Cette attitude est dangereuse, notamment au vu de ce que cela signifie pour le monde de demain. Concr&#232;tement, sauf issue militaire improbable, la Russie fera partie du paysage international de demain. On peut &#233;videmment d&#233;sirer que l'issue de la guerre sera le moins favorable possible pour elle, et agir en ce sens. Mais sans de ce fait prendre de risque excessif, sans nourrir l'ascension aux extr&#234;mes, et sans d&#233;truire des liens utiles ou des actifs. D&#233;j&#224; il &#233;tait irrationnel de d&#233;manteler toutes les positions des entreprises occidentales en Russie, ou de boycotter sportifs et artistes russes. A fortiori de mettre en place des embargos dont les Europ&#233;ens souffrent au moins autant que les Russes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un monde nouveau fragment&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, au-del&#224; de ces faits imm&#233;diats, ce qui frappe le plus est l'absence de vraie vision &#224; terme, hors improbable r&#233;alisation du sc&#233;nario dans lequel les d&#233;mocraties, aidant les Ukrainiens &#224; bouter les Russes hors de leur territoire, provoqueraient un changement de r&#233;gime &#224; Moscou, montrant par l&#224; au reste de la plan&#232;te qu'il n'y a qu'une voie gagnante pour l'avenir. Nous ne savons pas comment se terminera cette aventure (ind&#233;niablement absurde et condamnable dans le cas russe) ; mais nous pouvons voir que, d'ores et d&#233;j&#224;, les moyens d&#233;ploy&#233;s par les Occidentaux, y compris &#224; travers les sanctions, fa&#231;onnent en partie appr&#233;ciable ce monde de demain. Et c'est vrai aussi en mati&#232;re &#233;conomique et financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait d&#233;j&#224; avant cette guerre une forte pouss&#233;e de remise en cause de la conception ant&#233;rieure, qu'on peut appeler de mondialisme ouvert, notamment du fait de la Covid. Avec la mise en &#233;vidence des risques appr&#233;ciables qu'on pouvait courir, au niveau de la s&#233;curit&#233; des approvisionnements, du fait de tels &#233;v&#233;nements naturels, et cela tant au niveau national qu'&#224; celui des entreprises. Mais avec les sanctions contre la Russie, un pas nouveau majeur a &#233;t&#233; accompli, car cette fois l'interruption r&#233;sulte d'une volont&#233; politique. et elle bouleverse la logique ant&#233;rieure tant des &#233;changes que des investissements. Du jour au lendemain, l'approvisionnement p&#233;trolier et gazier d'origine russe s'est trouv&#233; anath&#232;me ; de m&#234;me la pr&#233;sence de la Soci&#233;t&#233; g&#233;n&#233;rale ou de Renault en Russie. Pour les entreprises, cela veut dire que pour l'avenir, quand vous investissez &#224; quelque part, ou que vous vous y approvisionnez, si vous &#234;tes occidental vous devrez inclure un facteur majeur de risque politique, non plus seulement par changement politique local comme par le pass&#233;, mais du fait de d&#233;cisions des autorit&#233;s de votre pays d'origine (ou de ses alli&#233;s). Bien s&#251;r on en avait eu un petit avant-go&#251;t avec l'Iran. Mais les enjeux restaient alors limit&#233;s : d&#232;s lors, on pouvait consid&#233;rer que ce n'&#233;tait qu'un cas particulier et que le reste de l'activit&#233; ob&#233;issait toujours aux r&#232;gles ant&#233;rieures. Ce n'est d&#233;sormais plus le cas, car l'exemple russe est trop massif, trop porteur de pr&#233;c&#233;dents. Dit autrement, si le pays avec qui vous travaillez peut d'une fa&#231;on ou d'une autre d&#233;plaire gravement &#224; Washington, vous courez un risque &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ciproquement, du point de vue des dits pays, la possibilit&#233; de telles ruptures est d&#233;sormais av&#233;r&#233;e. D&#233;j&#224; significatif pour le pays moyen, le virage prend un sens tout particulier dans le cas de la Chine, en outre proche de la Russie. En bonne logique, la jurisprudence russe pourra s'appliquer demain &#224; elle, et elle le sait. Elle ne peut qu'en tenir compte pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dilemme mon&#233;taire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est en outre un domaine o&#249; ces consid&#233;rations remettent tout particuli&#232;rement en cause les id&#233;es et les usages, qui est le domaine mon&#233;taire. On parle depuis longtemps et non sans motif du privil&#232;ge exorbitant du dollar. Mais il reposait sur une id&#233;e implicite : que tout le monde pouvait investir et payer en dollar, et que le dollar &#233;tait s&#251;r, du moins politiquement. Or voici que non seulement les banques russes ont &#233;t&#233; exclues du syst&#232;me (et notamment des paiements par Swift, sauf exception), ou que les actifs d'une liste de personnages sont bloqu&#233;s, mais surtout, les r&#233;serves m&#234;mes de la Banque de Russie (en dollars et en euros, situ&#233;es dans les pays occidentaux) ont &#233;t&#233; bloqu&#233;es. Si on admet un ordre de grandeur de plus de 630 milliards (dont 40% au moins &#233;taient dans les pays occidentaux en 2021), on voit l'importance de l'enjeu (le Financial Times parle de 300 milliards bloqu&#233;s). Il est vrai que la Russie avait en partie pr&#233;venu le coup en transf&#233;rant ses ressources hors d'Occident (o&#249; elles &#233;taient &#224; plus de 80 % en 2014) et en augmentant massivement son stock d'or, &#233;valu&#233; &#224; quelque 140 milliards de dollars, ce qui laisse au r&#233;gime une marge de man&#339;uvre, d'autant que le prix de l'or augmente. Mais d&#233;sormais toute la plan&#232;te sait que la s&#233;curit&#233; des r&#233;serves d'un pays d&#233;tenues dans un pays occidental n'est pas garantie. Certes on en reste &#224; ce stade au blocage. Mais les fonds ne sont d&#232;s lors plus utilisables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disruption serait bien entendu a fortiori encore plus grave si, comme certains le proposent (Josep Borrell par exemple), les Occidentaux dans leur escalade d&#233;cidaient non plus simplement de bloquer, mais de confisquer ces actifs. Or si la chose est compliqu&#233;e pour les oligarques (soci&#233;t&#233;s &#233;cran, questions judiciaires de responsabilit&#233; etc.), c'est &#224; premi&#232;re vue plus facile pour les avoirs de la Banque centrale : ce sont des avoirs du pays, et ce pays en a agress&#233; un autre, en lui infligeant des destructions massives. Quoi de plus simple politiquement que de financer en bonne partie la reconstruction de l'Ukraine (ce pour quoi les Ukrainiens par exemple &#233;voquent jusqu'&#224; 5 ou 600 milliards voire plus) avec l'argent de la Banque de Russie ? En clair, on fa&#231;onne donc un monde dans lequel avoir des r&#233;serves dans une devise occidentale n'est plus une question purement mon&#233;taire ; ces r&#233;serves sont politiquement &#224; risque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me remarque vaut pour les transactions en dollars elles-m&#234;mes. Les Etats-Unis ont d&#233;cid&#233; de bloquer les paiements par les Russes des &#233;ch&#233;ances de leur dette ext&#233;rieure (modeste il est vrai, qui s'&#233;l&#232;ve &#224; environ 50 milliards de dollars) - du moins si le cr&#233;ancier (ou sa banque) est am&#233;ricain. Certes, on savait d&#233;j&#224; qu'il n'&#233;tait pas innocent de faire de simples transactions en dollar : BNPP par exemple avait r&#233;cemment d&#251; payer une amende &#233;norme pour des financements impliquant le Soudan, qui &#233;tait alors sous embargo am&#233;ricain mais non europ&#233;en. Pourtant aucune des parties n'&#233;tait am&#233;ricaine ; mais la monnaie &#233;tait le dollar (donc avec en bout de cha&#238;ne une compensation &#224; New York). L&#224; encore on pouvait esp&#233;rer que cela resterait limit&#233;. Nous n'en sommes plus l&#224;. Maintenant quelqu'un qui a emprunt&#233; en dollars peut &#234;tre d&#233;clar&#233; en d&#233;faut de paiement (avec tout ce que cela entra&#238;ne) non pas parce qu'il n'a pas l'argent ou ne veut pas payer, mais parce que les Etats-Unis lui interdisent de payer !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, c'est le sens m&#234;me de ce qu'est une monnaie internationale qui change de sens. Ces monnaies (dollar et peut-&#234;tre euro) ne sont plus neutres m&#234;me dans leur usage par celui qui les d&#233;tient. Elles sont en fait dans les mains du pouvoir politique du pays dont elles sont la monnaie, et il peut vous priver de vos actifs si vous lui d&#233;plaisez. En un sens, ce ne sont donc plus pleinement des monnaies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vais pas d&#233;battre ici du bienfond&#233; de ces d&#233;marches, ni de leur efficacit&#233;. Je voudrais noter qu'on est l&#224; dans la construction d'un monde pour demain qui, hors le sc&#233;nario improbable de la victoire totale, sera un monde plus fragment&#233; et politiquement polaris&#233;, soit le contraire exact du monde d&#233;fendu par ailleurs par les Occidentaux, Am&#233;ricains en t&#234;te. On risque alors de r&#233;p&#233;ter la situation de 1945 : les d&#233;marches s'inscrivant pendant la guerre dans une logique de victoire ont alors d&#233;bouch&#233; sur un rideau de fer - que les Alli&#233;s ne voulaient pas. De m&#234;me ici : Russes et Chinois, et &#224; leur suite bien d'autres, vont comprendre qu'ils ne pouvaient se fier aux outils communs que les Occidentaux pr&#233;sentaient comme mondiaux. Ils ont d&#232;s lors un int&#233;r&#234;t majeur &#224; d&#233;velopper les leurs, le plus d&#233;coupl&#233;s possible du reste. Quitte &#224; continuer &#224; jouer par ailleurs avec ces derniers lorsque le risque est jug&#233; acceptable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;tention universaliste de l'id&#233;ologie d&#233;bouche donc sur l'effet contraire, celui d'un monde fragment&#233;, qui en mati&#232;re mon&#233;taire est sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma : &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/apres-la-guerre-dukraine-un-monde-fragmente-laspect-monetaire-et-financier/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/apres-la-guerr...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les crises financi&#232;res ont-elles un impact g&#233;opolitique ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Les-crises-financieres-ont-elles-un-impact-geopolitique.html</link>
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		<dc:date>2020-01-20T10:54:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Crise financi&#232;re</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les crises financi&#232;res frappent les imaginations. D'un seul coup, des r&#233;alit&#233;s de base de la vie quotidienne se trouvent remises en cause. Intuitivement, on tend &#224; en d&#233;duire qu'elles doivent avoir aussi un effet majeur sur les &#233;quilibres politiques et sur les relations entre puissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'examen toutefois, c'est loin d'&#234;tre si &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; le 20 janvier 2020 sur G&#233;opragma :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://geopragma.fr/les-crises-financieres-ont-elles-un-impact-geopolitique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://geopragma.fr/les-crises-fina...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les crises financi&#232;res frappent les imaginations. D'un seul coup, des r&#233;alit&#233;s de base de la vie quotidienne, &#224; commencer par les emplois, la monnaie et les prix se trouvent remise en cause. D'o&#249; bien s&#251;r beaucoup de souffrances et de troubles. Intuitivement, on tend &#224; en d&#233;duire qu'elles doivent avoir aussi un effet majeur sur les &#233;quilibres politiques et sur les relations entre puissances. Et comme de nos jours la possibilit&#233; d'une nouvelle grande crise est un th&#232;me r&#233;current, non sans motifs, on s'interroge volontiers sur ce que sera l'&#233;tat de la plan&#232;te apr&#232;s, surtout si les autorit&#233;s ne parviennent pas &#224; la canaliser comme ils l'ont fait en 2008.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A l'examen toutefois, c'est loin d'&#234;tre si &#233;vident. Il y a &#233;videmment un exemple illustre : la terrifiante crise de 1929. Sans parler du ch&#244;mage de masse, elle est li&#233;e dans l'esprit public avec la mont&#233;e au pouvoir d'Hitler, et donc &#224; des faits g&#233;opolitiques majeurs. Mais avant d'en parler plus en d&#233;tail, remarquons un fait simple : il n'y a pas d'autre exemple vraiment convainquant de crise financi&#232;re majeur ayant eu un impact politique ou g&#233;opolitique r&#233;ellement significatif. On peut remonter aux 16 faillites successives de la monarchie espagnole entre XVIe et XVIIe si&#232;cle, &#224; la bulle des tulipes hollandaise, &#224; la banqueroute de Law, &#224; la bulle des Mers du Sud anglaise, &#224; la banqueroute fran&#231;aise sous la R&#233;volution, partout la m&#234;me conclusion : un grand feu d'artifice, bien des gens ruin&#233;s, mais pas d'effet majeur sur le jeu politique, national ou international. Poursuivons au XIXe si&#232;cle : pas de crise syst&#233;mique, de nombreuses crises violentes dans la sph&#232;re financi&#232;re - notamment li&#233;es &#224; des faillites bancaires, mais l&#224; encore les effets de bord hors du champ &#233;conomique sont mineurs. Rien de plus d'ailleurs entre 1929 et nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire que le financier (et l'&#233;conomique derri&#232;re) est sans importance ? Que non pas ! Mais ce qui va compter et peser, c'est l'&#233;volution sur la dur&#233;e, la lente d&#233;rive ou au contraire la mont&#233;e en puissance. Ainsi de l'invention de la finance en Italie du XIIIe au XVIe si&#232;cles, du relais pris ensuite par les Flandres puis les Pays-Bas, et surtout ensuite par l'Angleterre, dont la domination progressive de la finance mondiale a &#233;t&#233; une composante essentielle de la puissance, sch&#233;ma relay&#233; &#224; sa fa&#231;on par les Etats-Unis aujourd'hui. En sens inverse, une finance fragile ou malsaine a montr&#233;e sur le long terme ses effets d&#233;l&#233;t&#232;res, ainsi dans l'Espagne de l'&#226;ge d'or, confondant la mar&#233;e de l'or et de l'argent des Am&#233;riques avec une vraie richesse, ou la gestion fantaisiste des finances fran&#231;aises fin XVIIIe, qui n'est pas pour rien dans la R&#233;volution. Mais on parle ici de ph&#233;nom&#232;nes lents, pas de crises. Les crises seraient donc finalement plus spectaculaires que significatives, au moins dans le cas g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais 1929 ? De fait cette crise a &#233;t&#233; dans son domaine exceptionnelle, en outre aggrav&#233;e par les erreurs commises &#224; l'&#233;poque par les dirigeants. G&#233;opolitiquement, son effet le plus rep&#233;rable est la d&#233;gradation massive de la situation sociale allemande, qui n'est &#233;videmment pas pour rien dans la venue au pouvoir d'Hitler. On peut d&#233;battre l'importance relative des causes enchev&#234;tr&#233;es de celle-ci, pas nier l'impact. Mais regardons de plus pr&#232;s : d'une part, malgr&#233; l'ampleur de la d&#233;tresse &#233;conomique, tr&#232;s peu de pays ont connu du fait de cette crise des bouleversements politiques d'une ampleur comparable. Il y a donc une sp&#233;cificit&#233; allemande (et dans une bien moindre mesure japonaise). Sp&#233;cificit&#233; qui ne se comprend pas si on ne rappelle pas l'effondrement de l'Empire en 1918, le choc violent du trait&#233; de Versailles, l'affaire des r&#233;parations, et la faible l&#233;gitimit&#233; de Weimar. En d'autres termes, 1929 n'a eu dans ce pays d'impact politique majeur que du fait de sa situation politique et g&#233;opolitique alors exceptionnelle. Autrement dit, ce n'est pas la crise qui a cr&#233;&#233; l'effet : elle a, selon les points de vue, fortement acc&#233;l&#233;r&#233; ou d&#233;clench&#233; un processus dont les d&#233;terminants premiers lui pr&#233;existaient et &#233;taient d'ordre essentiellement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aujourd'hui ? Malgr&#233; les mesures significatives prises apr&#232;s 2008, une grande crise financi&#232;re reste possible, en fait tr&#232;s probable un jour ou l'autre. Notre syst&#232;me ne vit pas sans crises, et on a bien des raisons de craindre que l'une d'elles sera syst&#233;mique. La mont&#233;e spectaculaire et quasi universelle de l'endettement en t&#233;moigne : toutes les crises syst&#233;miques sont en effet dans une large mesure des crises de l'endettement, qui nourrit les effets en domino et les rend syst&#233;miques ; en outre, la cr&#233;ation mon&#233;taire d&#233;brid&#233;e a engendr&#233; une bulle des actifs, &#224; l'&#233;vidence mena&#231;ante. Le tout sur arri&#232;re-fond de poursuite du r&#233;&#233;quilibrage des rapports de force &#233;conomiques, avec la mont&#233;e de plus en plus assur&#233;e des pays dits &#233;mergents, qui sont d&#233;sormais de plus en plus de vraies puissances. Bien s&#251;r, la prochaine crise sera peut-&#234;tre elle aussi ma&#238;tris&#233;e et noy&#233;e dans la cr&#233;ation mon&#233;taire et les d&#233;ficits - aggravant d'ailleurs &#224; nouveau la crise suivante. Mais prenons l'hypoth&#232;se, probable, d'une crise qui finalement un jour ne sera plus ma&#238;tris&#233;e. Quel pourra en &#234;tre l'effet g&#233;opolitique ? Si l'on en croit les le&#231;ons historiques, ce qu'il faudra alors guetter, c'est la situation &#224; l'allemande : une impasse politique et g&#233;opolitique majeure, que la crise pr&#233;cipiterait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; donc ? Au risque de d&#233;cevoir le lecteur, je n'en vois pas dans l'imm&#233;diat. Mais j'admets qu'il y a tellement de barils de poudre qu'il est facile de se tromper. A terme en revanche (20 ans, ou plus), c'est une autre paire de manches. Le risque sera autrement s&#233;rieux. Nos &#233;mergents seront alors des vraies puissances, m&#234;me inachev&#233;es, mais de r&#233;ussite variable, pas toujours stabilis&#233;es ; et leurs ambitions auront eu l'occasion de se mesurer et &#233;ventuellement de se heurter, entre elles et avec les actuels nantis. La conjonction d'une d&#233;rive interne, nourrie &#233;ventuellement par des frustrations &#233;conomiques mais plus encore politiques, avec une impasse g&#233;opolitique, pourra alors conduire l'un ou l'autre de ces pays (ex-&#233;mergent ou nanti) &#224; l'option allemande : la fuite en avant dans une politique de puissance, si une grande crise pousse d'un coup ces passions &#224; leur paroxysme. Je vous laisse mettre des noms&#8230;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Relations internationales et antagonismes id&#233;ologiques</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Relations-internationales-et-antagonismes-ideologiques.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Relations-internationales-et-antagonismes-ideologiques.html</guid>
		<dc:date>2019-11-06T11:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie occidentale</dc:subject>
		<dc:subject>Islamisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; du sch&#233;ma des relations internationales classique depuis les trait&#233;s de Westphalie, fond&#233; sur des rapports entre entit&#233;s plus ou moins souveraines, d'autres facteurs sont r&#233;guli&#232;rement venus colorer ces relations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;voque ici un type d'opposition caract&#233;ristique de l'&#233;poque moderne au sens large : les conflits id&#233;ologiques. Islam, Chine, populisme : o&#249; en est-on ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est ce que cela signifie pour l'avenir de l'id&#233;ologie occidentale dominante ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article publi&#233; sur G&#233;opragma&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Islamisme-+.html" rel="tag"&gt;Islamisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Publi&#233; initialement par G&#233;opragma, comme Billet du lundi du 04/11/2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://geopragma.fr/index.php/2019/11/04/relations-internationales-et-antagonismes-ideologiques/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://geopragma.fr/index.php/2019/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; du sch&#233;ma des relations internationales classique depuis les trait&#233;s de Westphalie, fond&#233; sur des rapports entre entit&#233;s plus ou moins souveraines, d'autres facteurs sont r&#233;guli&#232;rement venus colorer ces relations. On peut citer ici les conflits de civilisations chers &#224; S. Huntington, bien qu'historiquement on trouve peu d'exemples o&#249; un conflit significatif oppose ce qu'on peut d&#233;crire comme deux aires de civilisation (voir un billet pr&#233;c&#233;dent). M&#234;me si des diff&#233;rences culturelles profondes ont souvent contribu&#233; &#224; renforcer les antagonismes et &#224; les radicaliser : les conflits &#233;taient et sont en g&#233;n&#233;ral d'abord des conflits entre puissances. Ce n'est que dans le cas de l'Islam que ce terme pouvait acqu&#233;rir plus de vraisemblance, dans son opposition avec le monde chr&#233;tien d'un c&#244;t&#233;, le monde hindou de l'autre. Mais justement l'Islam est sp&#233;cifique par l'association &#233;troite qu'il fait entre religion et politique, et donc sa proximit&#233; potentielle avec une id&#233;ologie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous conduit &#224; mettre en lumi&#232;re une autre type d'opposition, plus caract&#233;ristique de l'&#233;poque moderne au sens large, qui sont les conflits id&#233;ologiques. La guerre froide vient imm&#233;diatement ici &#224; l'esprit, mais la seconde guerre mondiale dans une tr&#232;s large mesure aussi ; voire la premi&#232;re, du moins si on prend au pied de la lettre la propagande de l'&#233;poque. Comme si, &#224; l'&#233;poque d&#233;mocratique tout particuli&#232;rement, il fallait justifier les conflits par autre chose que les simples oppositions de puissance : par des oppositions entre un bien et un mal, moyennant bien s&#251;r simplification &#233;ventuellement caricaturale de la r&#233;alit&#233;. Cette opposition id&#233;ologique n'oblit&#232;re &#233;videmment pas la dimension de conflit de puissance, &#233;vidente dans tous ces cas, mais elle lui donne une caract&#232;re et une intensit&#233; toutes particuli&#232;res ; elle peut en outre orienter les d&#233;cisions prises, du fait de sa logique propre. C'est cette &#233;poque qu'on a pu croire un bref instant termin&#233;e en 1991 avec la fin de l'URSS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il aujourd'hui ? Apparemment la domination de ce qu'on peut appeler l'id&#233;ologie occidentale, est consid&#233;rable sinon massive : elle donne sa substance au discours international de tout c&#244;t&#233;, depuis les d&#233;bats de l'ONU jusqu'aux argumentaires donn&#233;s par les faucons am&#233;ricains, en Iraq et ailleurs. Id&#233;ologie utilis&#233;e abondamment pour justifier des politiques, et notamment des interventions ici ou l&#224;, militaires ou non. Mais sans qu'il y ait d&#233;sormais un adversaire id&#233;ologique clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tentatives pour dresser une protestation, ou un d&#233;but d'alternative, sinc&#232;re ou pas, contre cette id&#233;ologie dominante sont timides et locales. C'est m&#234;me vrai dans le cas de l'islamisme, sous ses diff&#233;rentes formes. Certes il repr&#233;sente un ph&#233;nom&#232;ne majeur. Soit comme pr&#233;texte &#224; intervention, soit comme boutefeu, il peut jouer un r&#244;le important dans les &#233;v&#232;nements. Mais il ne se situe pas &#224; ce stade au niveau des grands rapports de force entre puissances, car il faudrait pour cela qu'une vraie puissance l'incarne. Sur la sc&#232;ne internationale il s'exprime en fait surtout sous la forme sp&#233;cifique du terrorisme, dont la connexion avec de vraies puissances reste limit&#233;e. Certes un certain islamisme militant est revendiqu&#233; sous des formes diverses et souvent antagonistes par l'Arabie saoudite, l'Iran, et d'autres comme de plus en plus la Turquie. La premi&#232;re r&#233;pand sa version rigide et extr&#234;me de l'Islam, &#224; coups de dizaines de milliards, depuis plus de 50 ans (avec ses amis ou rivaux du Golfe), mais sans f&#233;d&#233;rer un v&#233;ritable camp structur&#233; comme tel. L'&#233;ventail de ses amis est pour le moins &#233;clectique. Le second a su rassembler et mobiliser les communaut&#233;s chiites dans un arc traversant tout le Moyen Orient, qui a actuellement le vent en poupe, mais sans sortir de ce cousinage par nature limit&#233;. Le chiisme reste fort peu missionnaire. La Turquie, importante comme puissance r&#233;gionale, est peu suivie comme leader et reste &#224; dominante nationaliste. Dans les faits donc, m&#234;me si l'id&#233;ologie conditionne ces antagonismes et d'autres, le conflit de puissances reste pr&#233;pond&#233;rant au niveau des relations de pouvoir. Reste que la r&#233;surgence ind&#233;niable de l'islamisme est un fait g&#233;opolitique majeur, qui peut l'&#234;tre plus encore &#224; l'avenir, si elle conduit &#224; une modification suffisante des &#233;quilibres internes, et par l&#224; des priorit&#233;s des pays concern&#233;s. C'est donc dans la patte humaine des pays musulmans qu'est l'enjeu, avant les relations internationales entre puissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre source majeure d'alternative id&#233;ologique, potentiellement plus massive et plus significative, est l'&#233;volution possible de la Chine. Au stade actuel, l'ancien antagonisme entre marxistes et occidentaux ne joue plus de r&#244;le significatif au niveau mondial. Mais la Chine reste fond&#233;e sur des principes ind&#233;niablement diff&#233;rents et antagonistes de ceux qui constituent la doxa internationale, notamment am&#233;ricaine. A ce stade, cela ne prend pas chez elle la forme d'un programme id&#233;ologique conqu&#233;rant. On peut m&#234;me avancer que sa situation id&#233;ologique interne n'est elle-m&#234;me pas stabilis&#233;e : il est clair que le r&#233;gime cherche une justification &#224; ce niveau, mais pour r&#233;ussir il faudrait que cela prenne une forme diff&#233;rente et surtout plus &#233;labor&#233;e. Elle pourrait tourner autour de l'id&#233;e actuellement latente d'un r&#233;gime &#171; &#233;clair&#233; &#187;, poss&#233;dant une vision &#224; long terme, qui est d&#233;gag&#233;e et mise en &#339;uvre par des &#233;lites intellectuelles et sociales elles-m&#234;mes s&#233;lectionn&#233;es &#224; partir du peuple par le tamis du parti : on m&#234;lerait ainsi une certain h&#233;ritage l&#233;niniste plus ou moins mao&#239;ste (cher au pr&#233;sident chinois actuel) avec des &#233;l&#233;ments de confucianisme r&#233;cup&#233;r&#233; (l'id&#233;e ancienne d'une &#233;lite suppos&#233;e vertueuse au service du peuple, mue par le culte de la moralit&#233; publique). Mais la formalisation th&#233;orique de cela reste &#224; ce stade limit&#233;e et d&#233;ficiente, et non exportable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce stade donc la Chine n'est pas m&#251;re pour jouer un r&#244;le international significatif &#224; ce niveau, m&#234;me si dans son mode d'intervention on voit l'impact de la diff&#233;rence avec les pays occidentaux, notamment dans son indiff&#233;rence affich&#233;e &#224; toute &#171; d&#233;mocratisation &#187; dans les pays qu'elle aide. Ajoutons que la tradition chinoise s&#233;culaire &#233;tait plus introvertie que messianique ; m&#234;me si la Chine ancienne avait progressivement assimil&#233; des zones vastes, gr&#226;ce &#224; son mod&#232;le culturel et politique attractif pour ses voisins ou les pays domin&#233;s. Mais outre qu'elle n'a plus cette puissance d'attraction &#224; ce stade, sous cette forme cela ne donnerait de r&#233;ponse que pour les pays de son environnement imm&#233;diat, culturellement proches (Japon, Cor&#233;e, Vietnam) &#8211; et ce n'est en rien le cas actuellement. En bref la Chine actuelle commence &#224; faire sentir sa puissance, mais elle rayonne bien plus par son pragmatisme que par son mod&#232;le ou ses id&#233;es. Elle n'a en outre aucune exp&#233;rience historique des relations de puissance. Mais le temps travaille pour elle. Et &#224; terme, on ne peut pas exclure qu'elle construise un mod&#232;le alternatif plus puissant, id&#233;ologiquement rival du mod&#232;le am&#233;ricain ou occidental. On peut par ailleurs trouver dans la tradition chinoise ancienne, si elle est quelque peu revisit&#233;e, un mod&#232;le politique fort, et m&#234;me des motifs &#224; interventionnisme, y compris sur base moralisante ; ainsi chez Mencius, successeur principal de Confucius, qui justifiait la guerre s'il s'agit d'&#233;liminer des &#171; tyrans &#187; opprimant leur peuple. La situation reste donc mouvante et pourrait nous surprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres sources encore peuvent &#233;merger &#224; terme long : pensons &#224; une civilisation ancienne comme celle de l'Inde, d&#233;sormais en voie d'affirmation politique elle aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'est pas inint&#233;ressant de consid&#233;rer un autre cas beaucoup plus d'actualit&#233;, quoique bien moins dramatique que les exemples cit&#233;s : celui des populismes. Bien entendu les mouvements ou personnages class&#233;s comme tels sont cens&#233;s faire partie du monde des d&#233;mocraties &#224; l'occidentale. En outre, ils sont h&#233;t&#233;rog&#232;nes, et ne constituent ni un front ni m&#234;me une alliance. Rien ne dessine &#224; ce stade un antagonisme d'ensemble entre eux et les autres r&#233;gimes se disant d&#233;mocratiques. N&#233;anmoins la mani&#232;re dont ils sont per&#231;us, tant par les m&#233;dias que par la diplomatie de ces autres pays, pr&#233;sente des traits caract&#233;ristiques, o&#249; la dimension id&#233;ologique (en l'esp&#232;ce de r&#233;probation) est manifestement pr&#233;gnante : PIS polonais, Orban, Lega de Salvini, Brexiters &#224; la Boris Johnson, personnages comme Trump ou Bolsonaro sont fondamentalement ressentis dans le discours dominant comme des anomalies moralement condamnables, dans leur discours m&#234;me. On les rapproche parfois m&#234;me d'un autre r&#233;prouv&#233; comme V. Poutine, malgr&#233; les diff&#233;rences &#233;videntes &#8211; mais justement ce rapprochement est symptomatique. Certes, le ph&#233;nom&#232;ne n'en est qu'&#224; ses d&#233;buts, et peut faire long feu. Le succ&#232;s ou l'&#233;chec du Brexit, l'avenir politique de D. Trump, l'&#233;volution de l'Est de l'Europe ou de l'Italie seront ici des tournants importants, parmi d'autres. Certes, m&#234;me si le ph&#233;nom&#232;ne subsiste, la possibilit&#233; d'un front de tout ou partie de ces dirigeants para&#238;t plut&#244;t improbable &#224; ce stade. Mais on ne pourrait pas exclure qu'une fracture durable s'installe dans la belle unanimit&#233; ant&#233;rieure, colorant alors les relations internationales de fa&#231;on appr&#233;ciable, vu l'importance des pays concern&#233;s. Le consensus id&#233;ologique occidental pourrait se trouver alors fortement alt&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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