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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Dilexi te : r&#233;flexions sur l'aspect &#233;conomique</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Dilexi-te-reflexions-sur-l-aspect-economique.html</link>
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		<dc:date>2025-11-11T16:40:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Dilexit nos</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;on XIV</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Doctrine sociale de l'Eglise DSE</dc:subject>
		<dc:subject>Pauvret&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans son premier texte majeur, Dilexi Te, L&#233;on XIV s'inscrit dans les pas du pape Fran&#231;ois, dont il reprend d'ailleurs le projet. Le message principal est la demande de conversion adress&#233;e au chr&#233;tien, et le r&#244;le essentiel qu'y joue le rapport au pauvre. Il y a donc une dimension &#233;conomique majeure, m&#234;me si le propos principal est dans le changement profond du regard et des pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de ce point essentiel, le pape d&#233;nonce &#224; grands traits la persistance d'une pauvret&#233; r&#233;elle, qui contraste avec la richesse qui s'accumule. Mais il n'est pas explicite sur les mesures qu'il conviendrait d'adopter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Inegalites-+.html" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Doctrine-sociale-de-l-Eglise-DSE-+.html" rel="tag"&gt;Doctrine sociale de l'Eglise DSE&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Pauvrete-+.html" rel="tag"&gt;Pauvret&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/ai-generated-8592550_640.jpg?1787417293' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur la base de ce texte, j'ai publi&#233; un article dans l'Osservatore Romano du 20 f&#233;vrier 2026, qu'on trouvera ci joint &#224; la suite du texte (voir page 7) ainsi que la version fran&#231;aise.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son premier texte majeur, &lt;i&gt;Dilexi Te&lt;/i&gt;, L&#233;on XIV s'inscrit dans les pas du pape Fran&#231;ois, dont il reprend le projet, mais aussi dans une longue tradition de l'Eglise, remontant aux Evangiles. Le message principal est la demande de conversion adress&#233;e au chr&#233;tien : s'il veut &#234;tre disciple du Christ, il ne peut pas ne pas prioritairement regarder le pauvre, non seulement comme une personne dans le besoin et &#224; aider, mais comme une part essentielle de sa foi, une pr&#233;sence et une manifestation du Christ lui-m&#234;me. Le pape revient plusieurs fois sur ce point central. Ainsi au 39 : &#171; les P&#232;res de l'&#201;glise ont reconnu dans les pauvres un moyen privil&#233;gi&#233; d'acc&#233;der &#224; Dieu, une mani&#232;re particuli&#232;re de le rencontrer. &#187; Car (79) &#171; les plus pauvres ne sont pas seulement objet de notre compassion, mais des ma&#238;tres d'&#201;vangile. Il ne s'agit pas de &#8216;leur apporter' Dieu, mais de le rencontrer en eux. &#187;. (110) &#171; Pour les chr&#233;tiens, les pauvres ne sont pas une cat&#233;gorie sociologique, mais la chair m&#234;me du Christ. [&#8230;] Pour entrer v&#233;ritablement dans ce myst&#232;re [l'incarnation], il faut pr&#233;ciser que le Seigneur s'est fait chair, qu'il a faim, qu'il a soif, qu'il est malade et emprisonn&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle question d&#233;passe consid&#233;rablement la seule dimension &#233;conomique qui est notre propos ici. Cela dit, le sens premier reste central : la pauvret&#233; comprise comme insuffisance de ressources d'une personne, par comparaison avec ce qui est n&#233;cessaire pour mener une vie humaine d&#233;cente dans le monde o&#249; on est ins&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On rappellera d'abord quels sont les th&#232;mes principaux de l'exhortation, pris sous l'angle &#233;conomique, pour proposer ensuite quelques remarques et r&#233;flexions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les th&#232;mes principaux de l'exhortation, sous l'angle &#233;conomique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un rappel de donn&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un constat d'abord : cette pauvret&#233; subsiste, nous dit le pape, (12) &#171; pr&#233;occup&#233; par les conditions difficiles dans lesquelles vivent nombre de personnes en raison d'un manque de nourriture et d'eau [&#8230;] dans les pays riches &#233;galement. [&#8230;] On constate de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale une augmentation des diff&#233;rentes manifestations de la pauvret&#233;. Celle-ci ne se pr&#233;sente plus comme une condition unique et homog&#232;ne, mais se d&#233;cline sous de multiples formes d'appauvrissement &#233;conomique et social, refl&#233;tant un ph&#233;nom&#232;ne d'in&#233;galit&#233;s croissantes, m&#234;me dans des contextes g&#233;n&#233;ralement prosp&#232;res. &#187; Et encore (13, citation de Fratelli tutti)) &#171; &#8216;la richesse a augment&#233;, mais avec des in&#233;galit&#233;s ; et ainsi, il se fait que de nouvelles pauvret&#233;s apparaissent. Lorsqu'on affirme que le monde moderne a r&#233;duit la pauvret&#233;, on le fait en la mesurant avec des crit&#232;res d'autres temps qui ne sont pas comparables avec la r&#233;alit&#233; actuelle. En effet, par exemple, ne pas avoir acc&#232;s &#224; l'&#233;nergie &#233;lectrique n'&#233;tait pas autrefois consid&#233;r&#233; comme un signe de pauvret&#233; ni comme un motif d'anxi&#233;t&#233;. La pauvret&#233; est toujours analys&#233;e et comprise dans le contexte des possibilit&#233;s r&#233;elles d'un moment historique concret' &#187;. (9) En m&#234;me temps, &#171; il existe en effet de nombreuses formes de pauvret&#233; &#187; : outre &#171; ceux qui n'ont pas les moyens de subvenir &#224; leurs besoins mat&#233;riels &#187;, les marginalis&#233;s, &#171; la pauvret&#233; morale et spirituelle, la pauvret&#233; culturelle &#187;, les situations &#171; de faiblesse ou de fragilit&#233; &#187; ; &#171; ceux qui n'ont pas de droits, pas de place, pas de libert&#233; &#187;. Le pape ajoute (88) avec Beno&#238;t XVI (&lt;i&gt;Caritas in veritate&lt;/i&gt;) &#171; que &#8216;la faim ne d&#233;pend pas tant d'une carence de ressources mat&#233;rielles, que d'une carence de ressources sociales, la plus importante d'entre elles &#233;tant de nature institutionnelle. Il manque en effet un ensemble d'institutions &#233;conomiques qui soit en mesure aussi bien de garantir un acc&#232;s &#224; la nourriture et &#224; l'eau [&#8230;], de faire face aux n&#233;cessit&#233;s li&#233;es aux besoins primaires et aux urgences des v&#233;ritables crises alimentaires, provoqu&#233;es par des causes naturelles ou par l'irresponsabilit&#233; politique nationale ou internationale' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or cette r&#233;alit&#233; est trop souvent occult&#233;e, notamment, dit-il, par une &#233;lite. C'est que (11) &#171; l'illusion d'un bonheur qui d&#233;coulerait d'une vie ais&#233;e pousse nombre de personnes &#224; avoir une vision de l'existence ax&#233;e sur l'accumulation de richesses et la r&#233;ussite sociale &#224; tout prix, y compris au d&#233;triment des autres et en profitant d'id&#233;aux sociaux et de syst&#232;mes politico-&#233;conomiques injustes qui favorisent les plus forts. Ainsi, dans un monde o&#249; les pauvres sont de plus en plus nombreux, nous assistons paradoxalement &#224; la croissance de certaines &#233;lites riches qui vivent dans une bulle de conditions tr&#232;s confortables et luxueuses, presque dans un autre monde par rapport aux gens ordinaires. &#187;. Or (14) &#171; les pauvres ne sont pas l&#224; par hasard ni en raison d'un destin aveugle et amer &#187;. La pauvret&#233; n'est pas pour la plupart un choix, ni un manque de m&#233;rite pour leur majorit&#233;, &#171; selon cette fausse vision de la m&#233;ritocratie o&#249; seuls ceux qui ont r&#233;ussi dans la vie semblent avoir des m&#233;rites &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors (107) il nous faut &#171; &#8216;prendre conscience d'une grave lacune dans nos soci&#233;t&#233;s et m&#234;me dans nos communaut&#233;s chr&#233;tiennes. [&#8230;] Comme nous sommes tous obnubil&#233;s par nos propres besoins, voir quelqu'un souffrir nous d&#233;range, nous perturbe, parce que nous ne voulons pas perdre notre temps &#224; r&#233;gler les probl&#232;mes d'autrui. Ce sont les sympt&#244;mes d'une soci&#233;t&#233; qui est malade parce qu'elle cherche &#224; se construire en tournant le dos &#224; la souffrance' (citation de Fran&#231;ois) &#187;. Pourtant (109) &#171; ce sont pr&#233;cis&#233;ment les pauvres qui nous &#233;vang&#233;lisent. [&#8230;] les pauvres nous font r&#233;fl&#233;chir sur l'inconsistance de cet orgueil agressif avec lequel nous affrontons souvent les difficult&#233;s de la vie. En substance, ils r&#233;v&#232;lent notre pr&#233;carit&#233; et la vacuit&#233; d'une vie en apparence prot&#233;g&#233;e et s&#251;re. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rappel de principes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape rappelle un point fondamental de la Doctrine sociale, citant le Concile (86) : &#171; &#8216;Dieu a destin&#233; la terre et tout ce qu'elle contient &#224; l'usage de tous les hommes et de tous les peuples, en sorte que les biens de la cr&#233;ation doivent &#233;quitablement affluer entre les mains de tous [...]. C'est pourquoi l'homme, dans l'usage qu'il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu'il poss&#232;de l&#233;gitimement comme n'appartenant qu'&#224; lui, mais les regarder aussi comme communes : en ce sens qu'elles puissent profiter non seulement &#224; lui, mais aussi aux autres. [...] Par sa nature m&#234;me, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e a aussi un caract&#232;re social, fond&#233; dans la loi de commune destination des biens' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous un autre angle, (16) la Doctrine enseigne l'option pr&#233;f&#233;rentielle pour les pauvres. &#171; Cette &#8216;pr&#233;f&#233;rence' n'indique pas une exclusion ou une discrimination envers d'autres groupes, qui seraient impossibles en Dieu. Elle entend souligner l'action de Dieu qui est pris de compassion pour la pauvret&#233; et la faiblesse de l'humanit&#233; tout enti&#232;re et qui, voulant relever et inaugurer un R&#232;gne de justice, de fraternit&#233; et de solidarit&#233;, a particuli&#232;rement &#224; c&#339;ur ceux qui sont discrimin&#233;s et opprim&#233;s, demandant &#224; nous aussi, son &#201;glise, un choix d&#233;cisif et radical en faveur des plus faibles &#187;. (87)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me th&#232;me majeur est celui des pauvres comme sujets. C'est (100) &#171; la n&#233;cessit&#233; de consid&#233;rer les communaut&#233;s marginalis&#233;es comme des sujets capables de cr&#233;er leur propre culture, plut&#244;t que comme des objets de bienfaisance. [&#8230;] L'exp&#233;rience de la pauvret&#233; leur donne la capacit&#233; de reconna&#238;tre des aspects de la r&#233;alit&#233; que d'autres ne r&#233;ussissent pas &#224; voir, et c'est pourquoi la soci&#233;t&#233; a besoin de les &#233;couter &#187;. D&#232;s lors (101) &#171; &#8216;cette attention aimante est le d&#233;but d'une v&#233;ritable pr&#233;occupation pour sa personne, &#224; partir de laquelle je d&#233;sire chercher effectivement son bien. Cela implique de valoriser le pauvre dans sa bont&#233; propre, avec sa mani&#232;re d'&#234;tre, avec sa culture, avec sa fa&#231;on de vivre la foi. [&#8230;] C'est seulement &#224; partir de cette proximit&#233; r&#233;elle et cordiale que nous pouvons les accompagner comme il convient sur leur chemin de lib&#233;ration' (citation de Fran&#231;ois) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire alors ? Il y a ici deux dimensions &#224; consid&#233;rer. La premi&#232;re est personnelle, prolong&#233;e par l'action collective et associative ; la seconde est politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'aspect personnel et associatif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'abord l'ouverture au don et &#224; la gratuit&#233;. (27) &#171; Les &#339;uvres de mis&#233;ricorde sont recommand&#233;es comme signes de l'authenticit&#233; du culte qui, tout en rendant gloire &#224; Dieu, a pour t&#226;che de nous ouvrir &#224; la transformation que l'Esprit peut op&#233;rer en nous, afin que nous devenions tous des images du Christ et de sa mis&#233;ricorde envers les plus faibles. En ce sens, la relation avec le Seigneur, qui s'exprime dans le culte, vise &#233;galement &#224; nous lib&#233;rer du risque de vivre nos relations dans une logique de calcul et d'int&#233;r&#234;t, pour nous ouvrir &#224; la gratuit&#233; qui existe entre ceux qui s'aiment et qui, par cons&#233;quent, mettent tout en commun. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc essentiel d'agir et de donner. (29) &#171; La Lettre de Jacques consacre beaucoup de place au probl&#232;me des relations entre riches et pauvres, mais elle lance aussi aux croyants deux appels tr&#232;s forts qui mettent en question leur foi : &#8216;&#8216;&#192; quoi cela sert-il, mes fr&#232;res, que quelqu'un dise : &#8216;J'ai la foi', s'il n'a pas les &#339;uvres ? La foi peut-elle le sauver ? Si un fr&#232;re ou une s&#339;ur sont nus, s'ils manquent de leur nourriture quotidienne, et que l'un d'entre vous leur dise : &#8216;Allez en paix, chauffez-vous, rassasiez-vous', sans leur donner ce qui est n&#233;cessaire &#224; leur corps, &#224; quoi cela sert-il ? Ainsi en est-il de la foi : si elle n'a pas les &#339;uvres, elle est tout &#224; fait morte'' &#187; (Jc 2, 14-17) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bon pour le donateur lui-m&#234;me : (33) &#171; &#192; ceux d'entre nous qui sont peu enclins aux gestes gratuits et n'y portent aucun int&#233;r&#234;t, la Parole de Dieu indique que la g&#233;n&#233;rosit&#233; envers les pauvres est un v&#233;ritable bien pour ceux qui l'exercent : en agissant ainsi, nous sommes aim&#233;s de Dieu d'une mani&#232;re particuli&#232;re &#187;. &#171; Les promesses bibliques adress&#233;es &#224; ceux qui donnent g&#233;n&#233;reusement sont nombreuses : &#8216;Qui fait la charit&#233; au pauvre pr&#234;te au Seigneur qui paiera le bienfait de retour' (Pr 19, 17). En fait, il s'agit d'une &#339;uvre de justice : (42) saint Jean Chrysostome affirme que &#171; ne pas donner &#224; la pauvret&#233; ce qui vient de nos propres biens, c'est voler les pauvres et les priver de leur vie : ce ne sont pas nos biens, mais les leurs, que nous gardons pour nous &#187;. De m&#234;me, saint Ambroise (43) : &#171; &#8216;tu ne donnes pas &#224; un pauvre en prenant sur ce qui t'appartient, mais tu lui rends en prenant sur ce qui lui appartient. En effet, ce qui a &#233;t&#233; donn&#233; pour l'usage commun, toi seul te l'appropries'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape fait d&#232;s lors un &#233;loge appuy&#233; de l'aum&#244;ne, qui n'est en rien alternative &#224; l'action politique. (115) L'aum&#244;ne &#171; n'a pas bonne r&#233;putation aujourd'hui, souvent m&#234;me parmi les croyants. Non seulement elle est rarement pratiqu&#233;e, mais elle est parfois m&#234;me m&#233;pris&#233;e &#187;. Certes, &#171; l'aide la plus importante &#224; une personne pauvre consiste &#224; l'aider &#224; trouver un bon travail, afin qu'elle puisse gagner sa vie de mani&#232;re plus conforme &#224; sa dignit&#233; en d&#233;veloppant ses capacit&#233;s et en offrant ses efforts personnels &#187;. Mais d'autre part, si cette possibilit&#233; concr&#232;te n'existe pas encore, nous ne devons pas courir le risque de laisser une personne abandonn&#233;e &#224; son sort, sans ce qui est indispensable pour vivre dignement. Et donc, l'aum&#244;ne reste, entre-temps, un moment n&#233;cessaire de contact, de rencontre et d'identification &#224; la condition d'autrui &#187;. Et donc (116) : &#171; l'aum&#244;ne ne d&#233;gage pas les autorit&#233;s comp&#233;tentes de leurs responsabilit&#233;s, ni n'&#233;limine l'engagement organisationnel des institutions, ni ne remplace la lutte l&#233;gitime pour la justice. Mais elle invite au moins &#224; s'arr&#234;ter et &#224; regarder la personne pauvre en face, &#224; la toucher et &#224; partager avec elle quelque chose de soi-m&#234;me. &#187;. Le point irrempla&#231;able est la relation &#224; la personne : (119) &#171; L'amour et les convictions les plus profondes doivent &#234;tre nourris, et cela se fait par des gestes. [...]. Pour cette simple raison, en tant que chr&#233;tiens, ne renon&#231;ons pas &#224; l'aum&#244;ne. Un geste qui peut &#234;tre fait de diff&#233;rentes mani&#232;res, et que nous pouvons essayer de faire de la mani&#232;re la plus efficace possible, mais nous devons le faire. Et il vaudra toujours mieux faire quelque chose que ne rien faire. Dans tous les cas, cela touchera notre c&#339;ur. Ce ne sera pas la solution &#224; la pauvret&#233; dans le monde, qui doit &#234;tre recherch&#233;e avec intelligence, lutte et engagement social. Mais nous avons besoin de nous exercer &#224; l'aum&#244;ne pour toucher la chair souffrante des pauvres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, il ne s'agit pas uniquement de charit&#233; personnelle ; cela peut et doit prendre un caract&#232;re collectif, associatif ou eccl&#233;sial. Par exemple, (49) dans le soin des malades et des souffrants &#187;, (52) &#171; dans les h&#244;pitaux catholiques, dans les centres de soins ouverts dans des r&#233;gions recul&#233;es, dans les missions sanitaires op&#233;rant dans les for&#234;ts, dans les centres d'accueil pour toxicomanes et dans les h&#244;pitaux de campagne en zones de guerre. &#187; De m&#234;me (61) le pape voit un prolongement actuel &#224; ces ordres que se consacraient autrefois au rachat des captifs. D'o&#249; aussi (75) le rappel de l'action envers les migrants, citant le pape Fran&#231;ois pour qui &#171; &#8216;la r&#233;ponse au d&#233;fi pos&#233; par les migrations contemporaines peut se r&#233;sumer en quatre verbes : accueillir, prot&#233;ger, promouvoir et int&#233;grer.' &#187;. Et le pape L&#233;on ajoute &#171; L&#224; o&#249; le monde voit des menaces, elle voit des fils ; l&#224; o&#249; l'on construit des murs, elle construit des ponts&#8230; dans tout migrant rejet&#233;, le Christ lui-m&#234;me frappe &#224; la porte de la communaut&#233; &#187;. Nous sommes ici &#224; la transition avec le niveau politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'aspect social et politique &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste donc l'action sur le terrain de la vie commune, sociale et politique. Le pape rappelle ici le d&#233;veloppement de la Doctrine sociale. (83) Dans &lt;i&gt;Rerum novarum&lt;/i&gt;, &#171; L&#233;on XIII aborda la question du travail en d&#233;non&#231;ant la situation intol&#233;rable de nombreux ouvriers de l'industrie et proposant l'instauration d'un ordre social juste &#187;. Et saint Jean XXIII, dans &lt;i&gt;Mater et Magistra&lt;/i&gt;, &#171; se fit le promoteur d'une justice &#224; dimension mondiale : les pays riches ne peuvent rester indiff&#233;rents face aux pays opprim&#233;s par la faim et la mis&#232;re ; ils sont appel&#233;s &#224; les secourir g&#233;n&#233;reusement avec tous leurs biens &#187;. Enfin (84) &#171; le Concile Vatican II repr&#233;sente une &#233;tape fondamentale dans le discernement eccl&#233;sial sur les pauvres &#224; la lumi&#232;re de la R&#233;v&#233;lation &#187; : &#171; une &#201;glise plus semblable &#224; son Seigneur qu'aux puissances mondaines, d&#233;termin&#233;e &#224; stimuler dans toute l'humanit&#233; un engagement concret pour la r&#233;solution du grand probl&#232;me de la pauvret&#233; dans le monde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il souligne le besoin d'action politique. (112) &#171; On constate parfois dans certains mouvements ou groupes chr&#233;tiens un manque, voire une absence, d'engagement pour le bien commun de la soci&#233;t&#233; et, en particulier, pour la d&#233;fense et la promotion des plus faibles et des plus d&#233;favoris&#233;s &#187;. Or &#171; la religion, en particulier la religion chr&#233;tienne, ne peut se limiter &#224; la sph&#232;re priv&#233;e comme si elle n'avait pas &#224; se pr&#233;occuper des probl&#232;mes touchant la soci&#233;t&#233; civile et les &#233;v&#233;nements qui int&#233;ressent les citoyens. &#187; Et il fait l'&#233;loge des &#8216;Mouvements populaires' (les citations sont du pape Fran&#231;ois) (80) : &#171; nous devons &#233;galement reconna&#238;tre que, tout au long des si&#232;cles de l'histoire chr&#233;tienne, l'aide aux pauvres et la lutte pour leurs droits n'ont pas seulement concern&#233; des individus, certaines familles, les institutions ou les communaut&#233;s religieuses. Il y a eu, et il y a encore, des mouvements populaires vari&#233;s, constitu&#233;s de la&#239;cs et guid&#233;s par des leaders populaires, souvent soup&#231;onn&#233;s et m&#234;me pers&#233;cut&#233;s. &#187; Or (81) &#171; Ces leaders populaires savent que la solidarit&#233; &#8216;c'est &#233;galement lutter contre les causes structurelles de la pauvret&#233;, de l'in&#233;galit&#233;, du manque de travail, de terre et de logement, de la n&#233;gation des droits sociaux et du travail. C'est faire face aux effets destructeurs de l'empire de l'argent' &#187;. &#171; C'est pourquoi lorsque les institutions r&#233;fl&#233;chissent aux besoins des pauvres, il est n&#233;cessaire qu'elles &#8216;incluent les mouvements populaires et animent les structures de gouvernement locales, nationales et internationales, avec le torrent d'&#233;nergie morale qui na&#238;t de la participation des exclus &#224; la construction d'un avenir commun'. Les mouvements populaires invitent en effet &#224; d&#233;passer &#8216;cette id&#233;e des politiques sociales con&#231;ues comme une politique vers les pauvres, mais jamais avec les pauvres, jamais des pauvres, et encore moins ins&#233;r&#233;e dans un projet r&#233;unissant les peuples' &#187;. Le pape reviendra d'ailleurs peu apr&#232;s et plus en d&#233;tails sur ce sujet lors de son discours aux participants &#224; la rencontre mondiale des mouvements populaires le 23 octobre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont alors ces facteurs structurels en cause ? Le pape cite ici &#224; nouveau abondamment le pape Fran&#231;ois. Il nous dit (92) : &#171; il est donc n&#233;cessaire de continuer &#224; d&#233;noncer la &#8216;dictature d'une &#233;conomie qui tue' et de reconna&#238;tre qu' &#8216;alors que les gains d'un petit nombre s'accroissent exponentiellement, ceux de la majorit&#233; se situent d'une fa&#231;on toujours plus &#233;loign&#233;e du bien-&#234;tre de cette minorit&#233; heureuse. Ce d&#233;s&#233;quilibre proc&#232;de d'id&#233;ologies qui d&#233;fendent l'autonomie absolue des march&#233;s et la sp&#233;culation financi&#232;re. Par cons&#233;quent, ils nient le droit de contr&#244;le des &#201;tats charg&#233;s de veiller &#224; la pr&#233;servation du bien commun'. &#187; Et L&#233;on XIV ajoute : &#171; bien qu'il existe diff&#233;rentes th&#233;ories qui tentent de justifier l'&#233;tat actuel des choses ou d'expliquer que la rationalit&#233; &#233;conomique exige que nous attendions que les forces invisibles du march&#233; r&#233;solvent tout, la dignit&#233; de toute personne humaine doit &#234;tre respect&#233;e maintenant, pas demain, et la situation de mis&#232;re de tant de personnes &#224; qui cette dignit&#233; est refus&#233;e doit &#234;tre un rappel constant &#224; notre conscience &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment (93) : &#171; dans l'encyclique &lt;i&gt;Dilexit nos&lt;/i&gt;, le Pape Fran&#231;ois a rappel&#233; que le p&#233;ch&#233; social prend forme comme &#8216;structure de p&#233;ch&#233;' dans la soci&#233;t&#233;, qui &#8216;est souvent ancr&#233;e dans une mentalit&#233; dominante qui consid&#232;re normal ou rationnel ce qui n'est rien d'autre que de l'&#233;go&#239;sme et de l'indiff&#233;rence'. [...]. Le choix semble raisonnable d'organiser l'&#233;conomie en demandant des sacrifices au peuple pour atteindre certains objectifs qui concernent les puissants. Pendant ce temps, seules les &#8216;miettes' qui tomberont sont promises aux pauvres jusqu'&#224; ce qu'une nouvelle crise mondiale les ram&#232;ne &#224; leur situation ant&#233;rieure. C'est une v&#233;ritable ali&#233;nation qui conduit &#224; ne trouver que des excuses th&#233;oriques et &#224; ne pas chercher &#224; r&#233;soudre aujourd'hui les probl&#232;mes concrets de ceux qui souffrent &#187;. Et donc (94) &#171; nous devons nous engager davantage &#224; r&#233;soudre les causes structurelles de la pauvret&#233;. C'est une urgence qui &#8216;ne peut attendre, [...]. pour la gu&#233;rir d'une maladie qui la rend fragile et indigne, et qui ne fera que la conduire &#224; de nouvelles crises. Les plans d'assistance qui font face &#224; certaines urgences devraient &#234;tre consid&#233;r&#233;s seulement comme des r&#233;ponses provisoires'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de rappeler avec Fran&#231;ois ce qui est ici en cause (95) : &#171; il arrive que &#8216;dans le mod&#232;le actuel de &#8216;&#8216;succ&#232;s'' et de &#8216;&#8216;droit priv&#233;'', il ne semble pas que cela ait un sens de s'investir afin que ceux qui restent en arri&#232;re, les faibles ou les moins pourvus, puissent se faire un chemin dans la vie'. [...] La r&#233;ponse que nous apportons &#224; ces questions d&#233;termine la valeur de nos soci&#233;t&#233;s et donc notre avenir. Soit nous reconqu&#233;rons notre dignit&#233; morale et spirituelle, soit nous tombons dans un puits d'immondices &#187;. Sinon nous continuerons &#171; &#224; &#8216;l&#233;gitimer le mod&#232;le de distribution actuel o&#249; une minorit&#233; se croit le droit de consommer dans une proportion qu'il serait impossible de g&#233;n&#233;raliser, parce que la plan&#232;te ne pourrait m&#234;me pas contenir les d&#233;chets d'une telle consommation' &#187;. D&#232;s lors, conclut le pape (97) : &#171; les structures d'injustice doivent &#234;tre reconnues et d&#233;truites par la force du bien, par un changement de mentalit&#233;s, mais aussi, avec l'aide des sciences et de la technique, par le d&#233;veloppement de politiques efficaces pour la transformation de la soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Remarques et r&#233;flexions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le pape L&#233;on s'inspire tr&#232;s largement de son pr&#233;d&#233;cesseur, qu'il d&#233;signe comme auteur premier d'une partie appr&#233;ciable du texte et en valide l'analyse au travers de citations explicites abondantes. Cela dit, son charisme propre ressort &#224; plusieurs occasions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La conversion du regard et de l'action&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'abord bien s&#251;r dans son insistance sur la dimension spirituelle, la conversion qui nous tourne vers le pauvre et qu'apporte la rencontre du pauvre. On retrouve l&#224; un th&#232;me cher au pape L&#233;on, et cela d&#232;s son &#233;lection : la primaut&#233; de la conversion spirituelle et du rapport au Christ. On pourrait objecter qu'on sort ce faisant du champ de l'&#233;conomie. Mais ce n'est que partiellement vrai. En effet, que ce soit au niveau individuel ou collectif, le jeu de l'&#233;conomie ne donnera pas le m&#234;me r&#233;sultat selon les priorit&#233;s des acteurs, leurs orientations et leur regard. C'est d&#233;j&#224; le cas du march&#233;, qui par nature refl&#232;te les priorit&#233;s des participants, comme Beno&#238;t XVI l'avait bien soulign&#233; dans &lt;i&gt;Caritas in Veritate&lt;/i&gt;. L'&#233;conomie politique classique tend &#224; mettre cet aspect entre parenth&#232;ses, consid&#233;rant les priorit&#233;s des gens comme une donn&#233;e ext&#233;rieure et se concentrant sur la mani&#232;re dont elles sont prises en compte. Mais il est pourtant &#233;vident que ces priorit&#233;s sont essentielles pour d&#233;terminer le r&#233;sultat r&#233;el d'un syst&#232;me &#233;conomique donn&#233;. Ce qui est vrai du march&#233; est vrai aussi de l'intervention publique, des dirigeants, et du tiers secteur, associatif et caritatif. Toute priorit&#233; r&#233;ellement donn&#233;e &#224; une cause, et donc en particulier aux pauvres, se traduit donc n&#233;cessairement dans le champ &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224;, le changement du regard apport&#233; par le souci des pauvres et leur rencontre contribue &#224; modifier le r&#244;le que nous donnons dans nos vies &#224; l'&#233;conomie, trop souvent comprise comme un pur calcul d'int&#233;r&#234;t, ou de plaisirs et peines &#224; la fa&#231;on utilitariste. Une telle conception donne une argumentation apparemment rationnelle en faveur du mode de vie de privil&#233;gi&#233;s &#224; la fois indiff&#233;rents humainement et anesth&#233;si&#233;s par leur richesse et leurs plaisirs. Ce qui concerne non seulement une &#233;lite minoritaire, m&#234;me si son r&#244;le est central, mais plus largement beaucoup de gens dans nos soci&#233;t&#233;s. Une telle conversion ne peut manquer de changer nos comportements, non seulement sur les march&#233;s, ou en faisant nos courses, mais aussi comme investisseur (l'investissement &#233;thique), ou encore comme coll&#232;gue ou dirigeant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;f&#233;rence essentielle suite &#224; cette conversion est &#233;videmment la destination universelle des biens, qui ne fait pas dispara&#238;tre le principe de propri&#233;t&#233; priv&#233;e, mais l'oriente et la responsabilise. Combin&#233; avec l'option pr&#233;f&#233;rentielle pour les pauvres, cela fait de la modification des priorit&#233;s un imp&#233;ratif. Au niveau personnel, cela se traduit notamment par la g&#233;n&#233;rosit&#233; : on notera l'insistance particuli&#232;re du pape en faveur de l'aum&#244;ne, dont il montre le besoin absolu ; on pourrait aussi rappeler l'importance du b&#233;n&#233;volat et de l'initiative en mati&#232;re associative. Les citations sont ici rares : c'est la voix personnelle du pape. C'est notamment par r&#233;action &#224; une compr&#233;hension d&#233;form&#233;e qui mettrait en avant les seuls facteurs sociopolitiques et les r&#233;formes correspondantes : le pape en souligne l'importance, mais il rappelle d'une part que l'aum&#244;ne est indispensable, dans l'intervalle ; et d'autre part, qu'elle comporte un rapport direct et personnel avec le pauvre, vital pour les deux c&#244;t&#233;s. Comme on l'a vu en outre, ce changement du regard porte aussi sur la perception du r&#244;le possible du pauvre : non seulement le pape rappelle qu'en g&#233;n&#233;ral ce n'est pas lui qui est le responsable de sa pauvret&#233;, mais aussi, voire surtout, qu'il est essentiel d'agir non seulement pour lui, mais avec lui : le pauvre comme sujet, source d'initiative et de cr&#233;ativit&#233;. Comment ne pas y voir aussi une affinit&#233; avec le th&#232;me &#233;conomique de l'entreprenariat ? La notion, classique dans la Doctrine sociale, de &#8216;subsidiarit&#233;' n'est pas dans le texte, mais elle est sous-jacente &#224; cette analyse : son &#233;tymologie (subsidium) implique l'id&#233;e d'une aide, mais son message principal est celui de l'autonomie recherch&#233;e pour la personne et au plus pr&#232;s de la personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pauvret&#233; et le jeu du march&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau collectif, une question que suscite le texte est l'id&#233;e d'une augmentation du nombre des pauvres. Or si les in&#233;galit&#233;s ont ind&#233;niablement augment&#233;, cela ne veut pas dire que la majorit&#233; de la population mondiale se soit appauvrie, comme certains passages notamment de Fran&#231;ois paraissent l'affirmer : c'est le contraire qu'on constate. Plus nuanc&#233; dans son appr&#233;ciation, le pape L&#233;on n'&#233;voque pourtant pas non plus la contribution de l'&#233;conomie au recul de la pauvret&#233;, contribution qui est pourtant la premi&#232;re composante de la lutte contre celle-ci. En outre, on peut avoir l'impression que face &#224; une poign&#233;e de riches, le reste de l'humanit&#233; est du c&#244;t&#233; des victimes. Or, sans &#233;vacuer la question des super-riches, la grande majorit&#233; a vu sa richesse augmenter sensiblement, et ne peut donc &#234;tre d&#233;douan&#233;e du souci du pauvre. En fait la distinction n'est pas faite entre la question de la pauvret&#233; et celle des in&#233;galit&#233;s. Or celles-ci peuvent s'accro&#238;tre, notamment au profit d'une minorit&#233; r&#233;duite, sans que la majorit&#233; bascule dans la pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, le message principal du pape est dans le rappel de la r&#233;alit&#233; non moins persistante d'une pauvret&#233; significative (au sens v&#233;ritable du terme) et sur les cons&#233;quences &#224; en tirer, ce qui est incontestable. C'est &#224; cette lumi&#232;re qu'on doit consid&#233;rer son rappel des positions de Fran&#231;ois sur les d&#233;s&#233;quilibres de nos soci&#233;t&#233;s, notamment la persistance d'une pauvret&#233;, et sur le fait que les seuls m&#233;canismes automatiques du march&#233; ne peuvent la r&#233;sorber par eux-m&#234;mes. En d&#233;finitive donc, si le r&#244;le de l'&#233;conomie de march&#233; dans la sortie de pauvret&#233; de centaines de millions d'hommes, voire de milliards, est ind&#233;niable, cela ne saurait justifier l'inaction tant des personnes que des pouvoirs publics face &#224; cette pauvret&#233;, que le syst&#232;me ne r&#233;sorbe qu'en partie et parfois suscite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remarque incidente : le pape cite un fameux passage de l'Evangile (4) : &#171; les disciples de J&#233;sus [en fait notamment Judas] critiqu&#232;rent la femme qui avait vers&#233; sur sa t&#234;te une huile parfum&#233;e tr&#232;s pr&#233;cieuse : &#8216;&#192; quoi bon ce gaspillage ? &#8211; disaient-ils &#8211; Cela pouvait &#234;tre vendu bien cher et donn&#233; &#224; des pauvres !'. Mais le Seigneur leur dit : &#8216;Les pauvres, vous les aurez toujours avec vous' (Mt 26, 8-9.11) &#187;. Le pape souligne d'abord l'importance d'un geste d'affection ; puis interpr&#232;te la phrase en disant que pr&#233;cis&#233;ment c'est J&#233;sus qui sera toujours avec nous, &#224; travers les pauvres. Ce qui est bien s&#251;r juste ; mais cela n'&#233;puise pas la question que pose cette phrase surprenante, qui prise litt&#233;ralement para&#238;t non seulement dire que les pauvres ne sont pas la seule priorit&#233;, mais m&#234;me annoncer que la pauvret&#233; ne dispara&#238;tra jamais. Ce qui sans doute rappelle notre pauvret&#233; &#224; nous, qui implique en priorit&#233; de nous tourner humblement vers le Seigneur (comme le fait la femme du r&#233;cit), et d'agir en sachant que notre monde restera toujours loin de la perfection : nous restons des &#171; serviteurs inutiles &#187;. Et le Royaume n'est pas de ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question du syst&#232;me &#233;conomique et des r&#233;formes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me aspect &#224; consid&#233;rer est la question du syst&#232;me &#233;conomique et des r&#233;formes. Dans ce domaine, le pape suit plus &#233;troitement son pr&#233;d&#233;cesseur, qu'il cite abondamment. Il r&#233;sulte de ce rappel le besoin d'une action d'ordre politique, et notamment des pouvoirs publics, pour redresser ce que le pape appelle &#171; les causes structurelles de la pauvret&#233; &#187;. Cela s'inscrit dans un cadre constant dans la Doctrine sociale : la responsabilit&#233; ultime du politique envers le bien commun de la communaut&#233;. En effet, on ne peut attendre la r&#233;alisation du bien commun du jeu automatique de m&#233;canismes comme celui du march&#233;. C'est a fortiori vrai s'agissant de &#171; la d&#233;fense et la promotion des plus faibles et des plus d&#233;favoris&#233;s &#187; : une action sp&#233;cifique correctrice ou r&#233;gulatrice s'impose alors. Mais cela ne dit pas en quoi consistent ces r&#233;formes, m&#234;me si on comprend qu'au minimum cela implique que soit assur&#233; par l&#224; un ensemble de besoins de base. Une mise en perspective aurait son sens aussi &#224; l'&#233;gard des &#8216;mouvements populaires', dont il faudrait sans doute expliciter le statut au-del&#224; de l'exp&#233;rience latino-am&#233;ricaine. Manifestations de l'initiative et donc de l'affirmation des pauvres eux-m&#234;mes, ce dont on a vu l'importance, il importerait de pr&#233;ciser leur r&#244;le par rapport au niveau politique, ou au reste de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, si le pape L&#233;on XIV n'est pas tr&#232;s explicite sur les mesures qu'il conviendrait d'adopter, c'est non seulement parce qu'elles rel&#232;vent pour la plupart de l'autonomie des choses terrestres, dont la responsabilit&#233; incombe aux la&#239;cs, mais parce que son propos principal dans ce texte n'est pas de cet ordre : il est dans le changement profond du regard et des pratiques, sans lequel le r&#233;sultat ne peut &#234;tre que partiel et frustrant, et risque de faire passer &#224; c&#244;t&#233; de la rencontre avec le pauvre, essentielle pour le salut de tous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Laudate Deum : un cri d'alerte dans la ligne de Laudato si'</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Laudate-Deum-un-cri-d-alerte-dans-la-ligne-de-Laudato-si.html</link>
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		<dc:date>2023-10-04T14:47:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Laudato si</dc:subject>
		<dc:subject>Laudate Deum</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois propose ici un nouveau texte, pr&#233;sent&#233; comme faisant suite &#224; Laudato si'. Mais c'est un texte court, v&#233;h&#233;ment, concentr&#233; sur une question sp&#233;cifique : le r&#233;chauffement climatique. C'est sur ce point pr&#233;cis un cri d'alerte, une piq&#251;re de rappel &#224; Laudato si', dont il reprend plusieurs th&#232;mes majeurs comme le &#8216;paradigme technocratique, mais sans nouveaut&#233; majeure dans l'analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; remarquer que l'essentiel du message du texte se r&#233;f&#232;re &#224; des r&#233;alit&#233;s non sp&#233;cifiquement chr&#233;tiennes : analyse du r&#233;chauffement, critique du &#8216;paradigme technocratique' et &#233;valuation politico-diplomatique. La r&#233;f&#233;rence &#224; la foi n'appara&#238;t qu'&#224; la fin, comme une source de motivation suppl&#233;mentaire et comme cadre global, mais qui ne modifie pas l'analyse de base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-politique-et-economie-.html" rel="directory"&gt;Religion et &#233;conomie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Laudato-si-+.html" rel="tag"&gt;Laudato si&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Laudate-Deum-60-+.html" rel="tag"&gt;Laudate Deum&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois propose ici un nouveau texte (&lt;a href=&#034;https://www.vatican.va/content/francesco/fr/apost_exhortations/documents/20231004-laudate-deum.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.vatican.va/content/fran...&lt;/a&gt;), pr&#233;sent&#233; comme faisant suite &#224; &lt;i&gt;Laudato si'.&lt;/i&gt; Mais c'est un texte court, v&#233;h&#233;ment, concentr&#233; sur une question sp&#233;cifique : le r&#233;chauffement climatique. C'est sur ce point pr&#233;cis un cri d'alerte, une piq&#251;re de rappel &#224; &lt;i&gt;Laudato si'&lt;/i&gt;, dont il reprend plusieurs th&#232;mes majeurs comme le &#8216;paradigme technocratique, mais sans nouveaut&#233; majeure dans l'analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; remarquer que l'essentiel du message du texte se r&#233;f&#232;re &#224; des r&#233;alit&#233;s non sp&#233;cifiquement chr&#233;tiennes : analyse du r&#233;chauffement, critique du &#8216;paradigme technocratique' et &#233;valuation politico-diplomatique. La r&#233;f&#233;rence &#224; la foi n'appara&#238;t qu'&#224; la fin, comme une source de motivation suppl&#233;mentaire et comme cadre global, mais qui ne modifie pas l'analyse de base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les points principaux de diagnostic : le consensus des experts&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point de d&#233;part est alarmiste : (2) &#171; nos r&#233;actions sont insuffisantes alors que le monde qui nous accueille s'effrite et s'approche peut-&#234;tre d'un point de rupture &#187;. En effet, (15) &#171; certaines manifestations de cette crise climatique sont d&#233;j&#224; irr&#233;versibles pour des centaines d'ann&#233;es au moins, comme l'augmentation de la temp&#233;rature globale des oc&#233;ans, leur acidification et leur appauvrissement en oxyg&#232;ne &#187; ou (16) &#171; la diminution des glaces continentales &#187;. Certes (17) &#171; certains diagnostics apocalyptiques semblent souvent peu rationnels ou insuffisamment fond&#233;s. Cela ne doit pas nous faire ignorer que la possibilit&#233; de parvenir &#224; un point critique est r&#233;elle. Des changements mineurs peuvent provoquer des changements plus grands, impr&#233;vus et peut-&#234;tre d&#233;j&#224; irr&#233;versibles, en raison de facteurs d'inertie &#187;. Suit une analyse de la &#171; crise climatique globale &#187; : (5) &#171; les signes du changement climatique sont l&#224;, toujours plus &#233;vidents &#187; notamment des ph&#233;nom&#232;nes extr&#234;mes ; or &#171; certains changements climatiques provoqu&#233;s par l'humanit&#233; augmentent consid&#233;rablement la probabilit&#233; d'&#233;v&#233;nements extr&#234;mes de plus en plus fr&#233;quents et intenses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, poursuit-il (6) &#171; ces derni&#232;res ann&#233;es, de nombreuses personnes ont tent&#233; de se moquer de ce constat. Elles font appel &#224; des donn&#233;es suppos&#233;es scientifiquement solides, comme le fait que la plan&#232;te a toujours connu et conna&#238;tra toujours des p&#233;riodes de refroidissement et de r&#233;chauffement. Elles oublient de mentionner un autre fait pertinent : ce &#224; quoi nous assistons aujourd'hui est une acc&#233;l&#233;ration inhabituelle du r&#233;chauffement &#187;. Or (11) &#171; on ne peut plus douter de l'origine humaine, - &#8220;anthropique&#8221; - du changement climatique &#187; notamment au vu de sa soudainet&#233;. C'est que (13) &#171; il n'est pas possible de dissimuler la co&#239;ncidence entre ces ph&#233;nom&#232;nes climatiques mondiaux et la croissance acc&#233;l&#233;r&#233;e des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre, en particulier depuis le milieu du XX&#232;me si&#232;cle. Cette corr&#233;lation est d&#233;fendue par une &#233;crasante majorit&#233; de sp&#233;cialistes du climat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur tous ces sujets, centraux dans le message du texte, le point essentiel est que le constat rel&#232;ve enti&#232;rement et exclusive d'une analyse d'ordre scientifique ; il n'a en soi rien de religieux ni m&#234;me d'&#233;thique. Or comme je l'ai d&#233;velopp&#233; ailleurs (voir &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Catholicisme-Du-bon-usage-du-magistere.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Catho...&lt;/a&gt;), l'autorit&#233; du magist&#232;re catholique porte sur ce qui concerne la foi et les m&#339;urs (la morale) ; mais en aucune fa&#231;on la science. Le r&#244;le totalement central donn&#233; ici &#224; des constatations d'ordre scientifique est en un sens une faiblesse pour un texte doctrinal, m&#234;me si en l'esp&#232;ce il y a un assez grand consensus des sp&#233;cialistes : que le pape rejoigne leur analyse n'ajoute rien &#224; celle-ci. En revanche bien s&#251;r, si ce consensus est fond&#233;, il rel&#232;ve de la morale de dire : vous devez r&#233;agir, cette situation est vraiment dangereuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des aspects sociaux et &#233;conomiques rappel&#233;s mais peu &#233;labor&#233;s ici&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ces aspects sont pr&#233;sents, comme dans &lt;i&gt;Laudato si'&lt;/i&gt;, avec les m&#234;mes termes, mais sans insister ; ainsi la nocivit&#233; des grandes entreprises, que d&#233;cid&#233;ment le pape n'aime pas (non sans quelque motif) mais dont il ne per&#231;oit pas qu'elles peuvent aussi &#224; l'occasion participer de la solution : (13) &#171; malheureusement, la crise climatique n'est pas vraiment un sujet d'int&#233;r&#234;t pour les grandes puissances &#233;conomiques, soucieuses du plus grand profit au moindre co&#251;t et dans les plus brefs d&#233;lais possibles. &#187; Ou, plus incontestable, la dimension sociale (3) : &#171; il s'agit d'un probl&#232;me social global qui est intimement li&#233; &#224; la dignit&#233; de la vie humaine &#187;, notamment du fait que &#171; les effets du changement climatique sont support&#233;s par les personnes les plus vuln&#233;rables, que ce soit chez elles ou dans le monde entier &#187;. Avec un th&#232;me nouveau, l'emploi (10) : &#171; on dit aussi souvent que les efforts visant &#224; att&#233;nuer le changement climatique [&#8230;] entra&#238;neront une r&#233;duction des emplois. En r&#233;alit&#233;, des millions de personnes perdent leur travail en raison des diverses cons&#233;quences du changement climatique [&#8230;] Par ailleurs, la transition vers des formes d'&#233;nergies renouvelables bien g&#233;r&#233;es, ainsi que les efforts d'adaptation aux dommages du changement climatique, sont capables de cr&#233;er d'innombrables emplois dans diff&#233;rents secteurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mographie est &#233;voqu&#233;e aussi, mais de fa&#231;on &#233;trange (9) : &#171; certains attribuent la responsabilit&#233; aux pauvres parce qu'ils ont beaucoup d'enfants, et ils cherchent m&#234;me &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me en mutilant les femmes des pays les moins d&#233;velopp&#233;s &#187;. &#171; Mais la r&#233;alit&#233; est qu'un faible pourcentage des plus riches de la plan&#232;te pollue plus que les 50% plus pauvres de la population mondiale, et que les &#233;missions par habitant des pays les plus riches sont tr&#232;s sup&#233;rieures &#224; celles des pays les plus pauvres. &#187; A vrai dire il n'y a pas beaucoup de monde qui accuse les pauvres du r&#233;chauffement ! Mais en se limitant &#224; cet aspect, le th&#232;me de la d&#233;mographie, trait&#233; superficiellement par Laudato si', l'est encore moins ici. Or c'est un point de divergence majeur entre l'Eglise et une bonne partie du courant &#233;cologique : il est tr&#232;s regrettable qu'en fois de plus cette question ne soit pas trait&#233;e s&#233;rieusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une cause majeure : le &#8216;paradigme technocratique' et la volont&#233; de puissance sous-jacente&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre th&#232;me en revanche repris plus en d&#233;tails de &lt;i&gt;Laudato si'&lt;/i&gt; est celui du &#8216;paradigme technocratique', qui &#233;tait d&#233;j&#224; un d&#233;veloppement majeur de cette encyclique, et un de ses apports originaux. Comme dit le pape (20) &#171; j'ai donn&#233; dans &lt;i&gt;Laudato si'&lt;/i&gt; une br&#232;ve explication du paradigme technocratique qui se trouve derri&#232;re le processus actuel de d&#233;gradation de l'environnement. C'est &#8216;une mani&#232;re de comprendre la vie et l'activit&#233; humaine qui a d&#233;vi&#233; et qui contredit la r&#233;alit&#233; jusqu'&#224; lui nuire'. Au fond, il consiste &#224; penser &#8216;comme si la r&#233;alit&#233;, le bien et la v&#233;rit&#233; surgissaient spontan&#233;ment du pouvoir technologique et &#233;conomique lui-m&#234;me'. &#187; (21) &#171; Au cours des derni&#232;res ann&#233;es, nous avons pu confirmer ce diagnostic tout en assistant &#224; une nouvelle avanc&#233;e du paradigme en question &#187;. C'est que (22) &#171; les ressources naturelles n&#233;cessaires &#224; la technologie, comme le lithium, le silicium et bien d'autres, ne sont certes pas illimit&#233;es, mais le plus grand probl&#232;me est l'id&#233;ologie qui sous-tend une obsession : accro&#238;tre au-del&#224; de l'imaginable le pouvoir de l'homme, face auquel la r&#233;alit&#233; non humaine est une simple ressource &#224; son service. Tout ce qui existe cesse d'&#234;tre un don qu'il faut appr&#233;cier, valoriser et prot&#233;ger, et devient l'esclave, la victime de tous les caprices de l'esprit humain et de ses capacit&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui pose une question de pouvoir : (23) &#171; il est effrayant de constater que les capacit&#233;s accrues de la technologie donnent &#171; &#224; ceux qui ont la connaissance, et surtout le pouvoir &#233;conomique d'en faire usage, une emprise impressionnante sur l'ensemble de l'humanit&#233; et sur le monde entier. Jamais l'humanit&#233; n'a eu autant de pouvoir sur elle-m&#234;me et rien ne garantit qu'elle s'en servira bien, surtout si l'on consid&#232;re la mani&#232;re dont elle est en train de l'utiliser [&#8230;]. En quelles mains se trouve et pourrait se trouver tant de pouvoir ? Il est terriblement risqu&#233; qu'il r&#233;side en une petite partie de l'humanit&#233; &#187;. La remarque sur ce pouvoir de l'humanit&#233; est bien s&#251;r tout &#224; fait fond&#233;e, mais notons &#224; nouveau, comme pour les &#8216;puissances' &#233;conomiques, cette tendance &#224; mettre toute la responsabilit&#233; sur les seuls puissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc, poursuit-il, &#171; repenser notre usage du pouvoir &#187;. (24) &#171; Toute augmentation de pouvoir n'est pas forc&#233;ment un progr&#232;s pour l'humanit&#233; &#187;. Mais c'est un risque toujours pr&#233;sent, car &#171; l'immense progr&#232;s technologique n'a pas &#233;t&#233; accompagn&#233; d'un d&#233;veloppement de l'&#234;tre humain en responsabilit&#233;, en valeurs, en conscience [&#8230;]. L'homme est nu, expos&#233; &#224; son propre pouvoir toujours grandissant, sans avoir les &#233;l&#233;ments pour le contr&#244;ler. Il peut disposer de m&#233;canismes superficiels, mais nous pouvons affirmer qu'il lui manque aujourd'hui une &#233;thique solide, une culture et une spiritualit&#233; qui le limitent r&#233;ellement et le contiennent dans une abn&#233;gation lucide &#187;. Et (25) &#171; contrairement &#224; ce paradigme technocratique, nous affirmons que le monde qui nous entoure n'est pas un objet d'exploitation, d'utilisation d&#233;brid&#233;e, d'ambitions illimit&#233;es. Nous ne pouvons m&#234;me pas dire que la nature serait un simple &#8216;cadre' o&#249; nous d&#233;velopperions nos vies et nos projets, car &#8216;nous sommes inclus en elle, nous en sommes une partie, et nous sommes enchev&#234;tr&#233;s avec elle' &#187;. (28) &#171; Nous avons fait des progr&#232;s technologiques impressionnants et stup&#233;fiants, et nous ne nous rendons pas compte que, dans le m&#234;me temps, nous sommes devenus extr&#234;mement dangereux, capables de mettre en danger la vie de beaucoup d'&#234;tres ainsi que notre propre survie &#187;. Diagnostic peu contestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on retombe alors dans l'unilat&#233;ralit&#233; de l'accusation : (29) &#171; La d&#233;cadence &#233;thique du pouvoir r&#233;el est d&#233;guis&#233;e par le marketing et les fausses informations, qui sont des m&#233;canismes utiles aux mains de ceux qui disposent de plus de ressources afin d'influencer l'opinion publique &#187; (un exemple en est donn&#233; au 30). (31) &#171; La logique du profit maximum au moindre co&#251;t, d&#233;guis&#233;e en rationalit&#233;, en progr&#232;s et en promesses illusoires, rend impossible tout souci sinc&#232;re de la Maison commune et toute pr&#233;occupation pour la promotion des laiss&#233;s-pour-compte de la soci&#233;t&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui refl&#232;te &#233;videmment une r&#233;alit&#233; ; mais pas toute la r&#233;alit&#233;. Car le paradigme technocratique en question est aussi populaire : il sert bien souvent &#224; am&#233;liorer r&#233;ellement le niveau de vie des gens ; peut-&#234;tre de fa&#231;on illusoire sur la dur&#233;e, mais n&#233;anmoins r&#233;elle au moins pendant un temps. Ce qui explique que dans la r&#233;sistance aux mesures &#233;cologiques, on trouve tr&#232;s souvent des forces populaires, et ce n'est pas, ou pas seulement, parce qu'elles seraient manipul&#233;es. Il est dommage d'occulter ce fait pour accabler les seuls &#8216;puissants', m&#234;me si ces derniers ont &#233;videmment une responsabilit&#233; majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous un autre angle il est dommage de ne pr&#233;senter la technologie que sous l'angle n&#233;gatif d'une certaine id&#233;ologie, alors qu'elle est un &#233;l&#233;ment essentiel de notre futur : si on veut sortir des gaz &#224; effet de serre, il faut de la technologie car nous avons besoin d'&#233;nergie et les &#233;nergies dites renouvelables ne suffiront pas, dans leur &#233;tat actuel au moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La faiblesse de la politique internationale et les Conf&#233;rences sur le climat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape analyse ensuite ce qui a &#233;t&#233; fait et pourrait &#234;tre fait &#224; ce niveau. Il en appelle &#224; (35) &#171; &#8216;des organisations mondiales plus efficaces, dot&#233;es d'autorit&#233; pour assurer le bien commun mondial, l'&#233;radication de la faim et de la mis&#232;re ainsi qu'une r&#233;elle d&#233;fense des droits humains fondamentaux'. &#187; Suit une analyse des COP successives et de celle &#224; venir, la COP28 de Duba&#239;. L&#224; aussi, dit-il (52) &#171; les accords n'ont &#233;t&#233; que peu mis en &#339;uvre parce qu'aucun m&#233;canisme ad&#233;quat de contr&#244;le, de r&#233;vision p&#233;riodique et de sanction en cas de manquement, n'a &#233;t&#233; &#233;tabli. &#187;. Et donc (59) &#171; si l'on veut sinc&#232;rement que la COP28 soit historique, qu'elle nous honore et nous ennoblisse en tant qu'&#234;tres humains, on ne peut qu'attendre des formes contraignantes de transition &#233;nerg&#233;tique qui pr&#233;sentent trois caract&#233;ristiques : efficaces, contraignantes et facilement contr&#244;lables &#187;. On peut douter que cela soit r&#233;aliste, mais la demande peut se comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, et de fa&#231;on caract&#233;ristique dans la ligne des remarques pr&#233;c&#233;dentes, le pape ajoute (38) que &#171; &#224; moyen terme, la mondialisation favorise les &#233;changes culturels spontan&#233;s, une plus grande connaissance mutuelle et des chemins d'int&#233;gration des populations qui finissent par conduire &#224; un multilat&#233;ralisme &#8216;d'en bas' et pas seulement d&#233;cid&#233; par les &#233;lites du pouvoir &#187;. &#171; On peut esp&#233;rer qu'il en sera ainsi concernant la crise climatique &#187;. (43) &#171; Dans ce cadre, des espaces de conversation, de consultation, d'arbitrage, de r&#233;solution des conflits et de supervision sont n&#233;cessaires, bref, une sorte de plus grande &#8216;d&#233;mocratisation' dans la sph&#232;re mondiale pour exprimer et int&#233;grer les diff&#233;rentes situations &#187;. A nouveau la base, le bon peuple est innocent&#233;, et vu comme source de progr&#232;s, tandis que tout le mal vient d'en-haut. Ce qui, admettons-le, est quelque peu na&#239;f. M&#234;me tendance d'ailleurs au (71) &#171; l'effort des m&#233;nages pour polluer moins, r&#233;duire les d&#233;chets, consommer avec retenue, cr&#233;e une nouvelle culture. Ce seul fait de modifier les habitudes personnelles, familiales et communautaires nourrit l'inqui&#233;tude face aux responsabilit&#233;s non prises des secteurs politiques et l'indignation face au d&#233;sint&#233;r&#234;t des puissants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les motivations spirituelles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles n'apparaissent qu'&#224; la fin, en outre sans &#234;tre sp&#233;cifiquement chr&#233;tiennes : (61) &#171; je ne veux pas manquer de rappeler aux fid&#232;les catholiques les motivations qui naissent de leur foi. J'encourage les fr&#232;res et s&#339;urs des autres religions &#224; faire de m&#234;me, car nous savons que la foi authentique donne non seulement des forces au c&#339;ur humain, mais qu'elle transforme toute la vie, transfigure les objectifs personnels, &#233;claire la relation avec les autres et les liens avec toute la cr&#233;ation &#187;. On n'insistera pas sur cette tendance &#224; mettre toutes les religions sur le m&#234;me plan, sur lequel il y aurait beaucoup &#224; dire, mais ce n'est pas le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelant au 62 et 63 les fondements bibliques de notre responsabilit&#233; envers la terre, le pape souligne en revanche de fa&#231;on pertinente (67) que &#171; la vision jud&#233;o-chr&#233;tienne du cosmos d&#233;fend la valeur particuli&#232;re et centrale de l'&#234;tre humain au milieu du concert merveilleux de tous les &#234;tres, mais aujourd'hui nous sommes oblig&#233;s de reconna&#238;tre que seul un &#8216;anthropocentrisme situ&#233;' est possible. Autrement dit, reconna&#238;tre que la vie humaine est incompr&#233;hensible et insoutenable sans les autres cr&#233;atures &#187;. Car (68) &#171; Dieu nous a unis si &#233;troitement au monde qui nous entoure, que la d&#233;sertification du sol est comme une maladie pour chacun ; et nous pouvons nous lamenter sur l'extinction d'une esp&#232;ce comme si elle &#233;tait une mutilation &#187;. &#171; Ainsi, nous mettons fin &#224; l'id&#233;e d'un &#234;tre humain autonome, tout-puissant et illimit&#233;, et nous nous repensons pour nous comprendre d'une mani&#232;re plus humble et plus riche &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive (70) &#171; ce qui compte est une chose moins quantitative : rappeler qu'il n'y a pas de changement durable sans changement culturel, sans maturation du mode de vie et des convictions des soci&#233;t&#233;s, et il n'y a pas de changement culturel sans changement chez les personnes &#187;. Et surtout (73) &#171; &#8216;Louez Dieu' est le nom de cette lettre. Parce qu'un &#234;tre humain qui pr&#233;tend prendre la place de Dieu devient le pire danger pour lui-m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est incontestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, le texte est d'abord un cri d'alerte, sans d&#233;veloppement nouveau majeur. Plusieurs des th&#232;mes favoris du pape Francois s'y retrouvent, notamment celui, stimulant, du &#8216;paradigme technocratique'. Mais aussi certaines de ses marottes et limites, comme on a pu le voir. C'est donc l&#224;, au-del&#224; du cri d'alerte, plus un texte de confort et de rappel qu'un vrai d&#233;veloppement de la pens&#233;e, qui e&#251;t &#233;t&#233; pourtant utile sur plusieurs points.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Des saints dans l'activit&#233; &#233;conomique ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Des-saints-dans-l-activite-economique.html</link>
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		<dc:date>2023-07-28T14:53:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Saintet&#233; et &#233;conomie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;J'ai soulign&#233; &#224; plusieurs reprises l'affinit&#233; surprenante qui existait entre le christianisme et le champ d'activit&#233; &#233;conomique, perceptible d&#232;s les Evangiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui souligne par contraste le tr&#232;s faible nombre des mod&#232;les chr&#233;tiens offerts aux personnes actives dans la vie &#233;conomique, de saint (reconnu par l'Eglise) ayant eu une activit&#233; &#233;conomique au sens moderne et canonis&#233; comme tel. Le seul qui correspond v&#233;ritablement &#224; la description est un marchand m&#233;di&#233;val, Homebon de Cr&#233;mone. Il vaut la peine de l'&#233;voquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-politique-et-economie-.html" rel="directory"&gt;Religion et &#233;conomie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Saintete-et-economie-+.html" rel="tag"&gt;Saintet&#233; et &#233;conomie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai soulign&#233; &#224; plusieurs reprises l'affinit&#233; surprenante qui existait entre le christianisme et le champ d'activit&#233; &#233;conomique : perceptible d&#232;s les Evangiles qui utilisent massivement des arguments tir&#233;s du champ &#233;conomique pour illustrer ses enseignements (ce qu'aucun autre texte religieux ne fait), puis dans le r&#244;le massif de la pens&#233;e scolastique m&#233;di&#233;vale dans la nuisance de la r&#233;flexion &#233;conomique, et jusqu'&#224; plus r&#233;cemment la Doctrine sociale de l'Eglise, sans &#233;quivalent ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui souligne par contraste le tr&#232;s faible nombre et les limites des mod&#232;les offerts par la tradition chr&#233;tienne aux personnes actives dans la vie &#233;conomique. Notamment, il n'existe pratiquement pas de saint (reconnu par l'Eglise) ayant eu une activit&#233; &#233;conomique au sens moderne, et canonis&#233; comme tel. Le seul qui correspond v&#233;ritablement &#224; la description est un marchand m&#233;di&#233;val, Homebon de Cr&#233;mone (1) (Omobono Tucenghi). Un personnage int&#233;ressant, un vrai entrepreneur, r&#233;ussissant semble-t-il dans ses affaires (&#224; mi-chemin &#224; l'&#233;poque entre le commerce et la finance), mort pauvre en 1197 non par d&#233;faut dans ses affaires, mais parce qu'il donnait beaucoup, notamment aux pauvres. Ce qui d'ailleurs ne plaisait pas toujours &#224; son entourage, sa femme notamment. A sa mort, le peuple de Cr&#233;mone, et l'&#233;v&#234;que Sicard, convaincus de sa saintet&#233;, ont imm&#233;diatement demand&#233; sa canonisation, ce qui a &#233;t&#233; accord&#233; presque imm&#233;diatement par le grand pape Innocent III (le m&#234;me qui a reconnu saint Fran&#231;ois d'Assise). Mais il est rest&#233; surtout connu en Italie. Hors d'Italie, entre autres, une confr&#233;rie de n&#233;gociants s'est cr&#233;&#233;e &#224; Lyon au XVIIe sous la protection de saint Hommebon, approuv&#233;e par une bulle de 1668, avec indulgences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 24 juin 1997 saint Jean-Paul II &#233;voquait cette figure dans une lettre &#224; l'&#233;v&#234;que de Cr&#233;mone, Mgr Nicolini, qui avait d&#233;cid&#233; dans son dioc&#232;se une ann&#233;e Omobono (Hommebon) : &lt;a href=&#034;https://www.vatican.va/content/john-paul-ii/it/letters/1997/documents/hf_jp-ii_let_19970624_nicolini.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.vatican.va/content/john...&lt;/a&gt;. Le pape soulignait qu'il &#233;tait, en dehors des martyrs, le premier chr&#233;tien canonis&#233; qui ne soit ni membre du clerg&#233;, ni de famille royale ou princi&#232;re. Et il rappelait que la vie de ce saint &#233;tait parlante pour notre temps, car il avait v&#233;cu l'Evangile dans son activit&#233; &#233;conomique, &#224; une &#233;poque de changements &#233;conomiques et sociaux majeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il le donnait en outre comme exemple de saintet&#233; pouvant &#234;tre atteinte par tous. De fait, cet exemple est de loin le premier de la canonisation d'un chr&#233;tien non-martyr ayant v&#233;cu une vie ordinaire dans le monde. Et il n'est pas inint&#233;ressant de souligner que c'&#233;tait un entrepreneur, et en un sens un homme d'argent. M&#234;me si les textes de l'&#233;poque soulignaient la difficult&#233; de parvenir &#224; la saintet&#233; en exer&#231;ant ces activit&#233;s, ils montraient aussi, en utilisant cet exemple, que pr&#233;cis&#233;ment c'est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est &#233;tonnant, c'est que ce premier et admirable exemple n'ait pas &#233;t&#233; suivi, du moins en termes de canonisation. Sauf erreur, je ne connais pas d'exemple comparable depuis. Ce qui contraste avec les politiques (et les princes), qui sont eux tr&#232;s nombreux. Bien entendu, on peut facilement citer des saints qui ont &#233;t&#233; &#233;conomiquement actifs ; mais leur saintet&#233; ne s'y relie pas directement. Le meilleur exemple en est saint Joseph, artisan (et J&#233;sus avant sa vie publique). Mais ce sont des cas tr&#232;s particuliers, qui d&#233;passent infiniment la seule perspective &#233;conomique. Et pour d'autres la vie &#233;conomique appara&#238;t comme accessoire et p&#233;riph&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement, l'Eglise ne nous propose pas (&#224; ma connaissance) d'autre mod&#232;le d'une personne ordinaire qui s'est sanctifi&#233;e en accomplissant une t&#226;che typique de l'&#233;conomie au sens actuel du terme, et plus particuli&#232;rement d'un entrepreneur, un commer&#231;ant ou un financier. Or comme on l'a dit d&#232;s cette &#233;poque, et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; dans la p&#233;riode r&#233;cente avec Vatican II, il est possible de se sanctifier dans toute position. D'autre part, l'&#233;poque en a besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appel &#224; candidatures&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1)	Paul J. Voss &lt;i&gt;Saint Omobono of Cremona Merchant on Page and Stage&lt;/i&gt;, Journal of Markets and Morality Volume 21, Nr 2 (Fall 2018) pp. 331 sqq. &lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Marie-Sauveur Gorini &lt;i&gt;Les Saints Marchands : Saint Hommebon etc.&lt;/i&gt; Valence Mar Aurel 1857. R&#233;imprim&#233; sans date.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#201;vangile parle-t-il d'&#233;conomie et de finance ?</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/L-Evangile-parle-t-il-d-economie-et-de-finance.html</link>
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		<dc:date>2021-12-01T14:52:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement &#233;thique chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Condamnation de l'usure</dc:subject>
		<dc:subject>Evangile et argent</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Publi&#233; dans Al&#233;teia&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finance, qui a un r&#244;le essentiel dans l'&#233;conomie, requiert une r&#233;gulation collective et une orientation morale de ceux qui en sont responsables. Sur la base des &#201;vangiles et de la doctrine sociale de l'&#201;glise, les chr&#233;tiens devraient jouer un r&#244;le central dans cette r&#233;flexion et cette pratique.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-politique-et-economie-.html" rel="directory"&gt;Religion et &#233;conomie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Condamnation-de-l-usure-+.html" rel="tag"&gt;Condamnation de l'usure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Evangile-et-argent-+.html" rel="tag"&gt;Evangile et argent&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La finance, qui a un r&#244;le essentiel dans l'&#233;conomie, requiert une r&#233;gulation collective et une orientation morale de ceux qui en sont responsables. Sur la base des &#201;vangiles et de la doctrine sociale de l'&#201;glise, les chr&#233;tiens devraient jouer un r&#244;le central dans cette r&#233;flexion et cette pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.aleteia.org/2021/11/28/levangile-parle-t-elle-deconomie-et-de-finance/?fbclid=IwAR16G1QjPcN46Q0sIpavPpva1po97COeKYIv99CiTMb5AJMKhhaOB2srFes&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.aleteia.org/2021/11/28/l...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce que l'on pense souvent, l'&#201;vangile parle d'&#233;conomie et de de finances, et utilise abondamment la r&#233;alit&#233; &#233;conomique et financi&#232;re. En fait, J&#233;sus est le seul &#171; fondateur de religion &#187; qui utilise abondamment le langage &#233;conomique pour expliquer et figurer des r&#233;alit&#233;s spirituelles. C'est tr&#232;s parlant dans toute soci&#233;t&#233;, o&#249; l'on exerce des activit&#233;s &#233;conomiques, car cela se r&#233;f&#232;re &#224; des r&#233;alit&#233;s de tous les jours (&#233;changes de biens et des services, pr&#233;vision budg&#233;taire, calculs de prix, probl&#232;mes de dettes, rapport &#224; l'argent, etc.). Ceci se retrouve par exemple dans la parabole des talents, qui parle de faire fructifier l'argent, et o&#249; le ma&#238;tre reproche &#224; celui qui avait re&#231;u un seul talent de ne pas l'avoir fait fructifier, pour le donner &#224; celui qui avait re&#231;u dix talents et qui les avait fait fructifier. Bien entendu, cela ne veut pas dire que le message &#233;vang&#233;lique soit purement &#233;conomique et financier, tout au contraire. Mais le Christ, seul de toutes les religions, utilise fr&#233;quemment le langage de l'&#233;conomie et de la finance pour transmettre des v&#233;rit&#233;s ; m&#234;me si celles-ci sont essentiellement d'ordre spirituel, cela nous dit quelque chose sur ces r&#233;alit&#233;s. Ce qui n'est pas &#233;tonnant dans une religion de l'Incarnation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#201;vangile s'appuie sur des raisonnements &#233;conomiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on doit analyser les finances ou l'&#233;conomie en suivant la Parole de Dieu, il faut distinguer deux niveaux. Le premier est celui de la vie naturelle et le second celui de la vie spirituelle. Les paraboles utilisent le premier niveau et lui donnent par l&#224; une certaine validit&#233;, souvent de simple bon sens. Ainsi, quand elles expliquent qu'il faut calculer pour b&#226;tir une tour, ou mettent en sc&#232;ne celui qui ach&#232;te, pas cher, un champ, car il a l'information privil&#233;gi&#233;e qu'il contient un tr&#233;sor. Mais elles d&#233;passent vite ce niveau pour introduire un autre facteur, infini, celui de la vie &#233;ternelle. Ce qui change la conclusion du m&#234;me raisonnement &#233;conomique : le vrai tr&#233;sor est alors ce facteur infini, par-l&#224; infiniment pr&#233;f&#233;rable &#224; tout tr&#233;sor mat&#233;riel. Si donc nous introduisons ce facteur spirituel dans notre vie &#233;conomique, nous changeons notre attitude. Plus pr&#233;cis&#233;ment, les tr&#233;sors naturels sont p&#233;rissables et temporaires, tandis que les tr&#233;sors spirituels sont imp&#233;rissables et infinis (la vie &#233;ternelle qui se construit chaque jour en nous). Sur la base d'un raisonnement &#233;conomique, on nous recommande donc d'investir dans le tr&#233;sor spirituel, qui nous offre un horizon infiniment plus grand. De fa&#231;on analogue, il nous est dit : si vous donnez &#224; un riche, le riche vous le rendra, c'est-&#224;-dire que l'op&#233;ration est blanche ; mais lorsque que vous pr&#234;tez &#224; un pauvre, il ne pourra pas vous le rendre, et c'est Dieu qui vous le rendra et Il vous rendra au centuple. Et donc, en un sens, vous faites une bonne op&#233;ration en pr&#234;tant &#224; un pauvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une conception &#233;labor&#233;e de l'&#233;conomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette base, s'est &#233;labor&#233;e une conception pouss&#233;e de l'&#233;conomie, toujours ins&#233;r&#233;e dans un souci moral et spirituel. Quand on consid&#232;re les affaires d'argent et d'&#233;conomie, il faut le faire &#224; deux niveaux : le niveau naturel (y compris le calcul financier), mais en l'ins&#233;rant sous le niveau spirituel, dont l'horizon est infiniment plus large. Ce double niveau est sous-jacent &#224; la perception de la vie &#233;conomique en g&#233;n&#233;ral et de la vie financi&#232;re en particulier, dans toute l'histoire de l'&#201;glise. Il y a eu en effet dans toute ses grandes p&#233;riodes de d&#233;veloppement doctrinal une attention particuli&#232;re aux r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques et financi&#232;res, comprenant &#224; la fois un effort de compr&#233;hension fine de ces r&#233;alit&#233;s, et une critique s&#233;v&#232;re de ce qui en elles s'oppose &#224; la perspective spirituelle, et notamment &#224; la charit&#233; ou &#224; la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a &#233;t&#233; particuli&#232;rement &#233;labor&#233; par l'&#201;glise m&#233;di&#233;vale. Les th&#233;ologiens et les moralistes de l'&#233;poque ont r&#233;fl&#233;chi &#224; la moralit&#233; de la vie &#233;conomique alors en pleine renaissance, et ont &#233;labor&#233; une perception tr&#232;s avanc&#233;e de l'&#233;conomie. C'est sur cette base qu'a pu na&#238;tre l'&#233;conomie politique &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle. Ces principes trouvent leurs racines dans les &#201;vangiles ; ils ne sont pas d&#233;velopp&#233;s de cette mani&#232;re dans d'autres religions, et notamment de fa&#231;on comparable &#224; ce qu'ont fait les m&#233;di&#233;vaux (on mettra &#224; part l'islam, qui a une approche diff&#233;rente, juridique, de la question). Ces m&#233;di&#233;vaux voyaient sous leurs yeux le d&#233;veloppement de l'&#233;conomie et de la finance, naissantes &#224; leur &#233;poque. Il ne faut pas oublier que le vocabulaire de d&#233;part de la banque et de finance est fait de mots italiens, du fait que ces activit&#233;s ont trouv&#233; leur origine chez des Italiens, catholiques. Cette perspective comporte une analyse purement technique de l'&#233;conomie et de la finance, mais au service d'une orientation morale. D'un c&#244;t&#233;, ils avaient reconnu que le jugement moral suppose une analyse en profondeur de la r&#233;alit&#233; &#224; laquelle il s'applique. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, ils visaient &#224; ne pas d&#233;velopper l'&#233;conomie et la finance uniquement sous un angle technique, mais en la comprenant comme conduite par la morale. Ce sera un point d'opposition permanent entre la doctrine socio-&#233;conomique de l'&#201;glise et la doctrine &#233;conomique courante. Pour l'&#201;glise, l'homme est fondamentalement un &#234;tre moral et spirituel, et donc ce qu'on fait dans le domaine &#233;conomique doit prendre en compte toutes les dimensions de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La condamnation de l'usure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a conduit nos m&#233;di&#233;vaux &#224; une remarquable analyse des r&#233;alit&#233;s de base de la vie &#233;conomique, par exemple le march&#233; et la formation des prix. Le seul point technique o&#249; leur analyse s'&#233;carte des modernes, c'est la condamnation du taux d'int&#233;r&#234;t. Ce que dans le langage m&#233;di&#233;val on appelle usure, c'est le taux d'int&#233;r&#234;t, per&#231;u &#224; l'occasion d'un pr&#234;t. Investir en achetant des parts dans une soci&#233;t&#233; n'a jamais pos&#233; de probl&#232;me moral en soi. En revanche, l'id&#233;e que l'argent produit quelque chose de lui-m&#234;me, l'int&#233;r&#234;t, a pos&#233; un probl&#232;me. L'id&#233;e de l'&#233;poque &#233;tait que l'argent en tant que tel ne peut rien produire et qu'il &#233;tait consomm&#233; dans l'op&#233;ration, comme lorsqu'on pr&#234;te un pain ; on en d&#233;duisait que, quand on pr&#234;te, on ne devrait pas recevoir de r&#233;mun&#233;ration. Et donc l'int&#233;r&#234;t &#233;tait en principe interdit. Cette conception &#233;tait fortement relativis&#233;e dans la pratique. Notamment, on admettait une r&#233;mun&#233;ration lorsque le pr&#234;teur perdait de ce fait un gain identifi&#233; (ce qu'on appelait lucrum cessans), ou encourait un dommage (damnum emergens), ou prenait un risque (periculum sortis), etc. Mais on n'a pas eu de changement th&#233;orique du principe, sauf &#224; partir d'une p&#233;riode relativement r&#233;cente, au XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; mon sens, ce raisonnement comporte une erreur technique et une v&#233;rit&#233; morale. On a fait une erreur, parce que celui qui pr&#234;te de l'argent, qu'il aurait pu utiliser ailleurs, perd de ce fait une opportunit&#233;, presque syst&#233;matiquement (et non pas dans le seul cas du n&#233;gociant qui renonce &#224; une op&#233;ration pr&#233;cise), et il est normal de compenser cette perte : il aurait pu par exemple investir dans des actions et percevoir des dividendes (ce qui a toujours &#233;t&#233; consid&#233;r&#233; licite) ou acheter un bien immobilier et percevoir un loyer (de m&#234;me licite), etc. En outre, il rend ind&#233;niablement un service &#224; celui qui prend cet argent, lequel n'est pas consomm&#233; dans l'op&#233;ration mais utilis&#233; comme repr&#233;sentation d'un actif. Ce n'est que lorsque l'on pr&#234;te &#224; un pauvre dans le besoin que le taux d'int&#233;r&#234;t est contestable, pour d'autres raisons li&#233;es &#224; la destination universelle des biens (c'&#233;tait le cas vis&#233; par l'interdiction de l'int&#233;r&#234;t dans la loi de Mo&#239;se).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#202;tre responsable de son argent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, l'investissement en actions n'a jamais &#233;t&#233; condamn&#233; par l'&#201;glise, car dans ce genre d'investissement on s'associe au risque de la soci&#233;t&#233; financ&#233;e. C'est le loyer de l'argent qui posait probl&#232;me. Mais par exemple quelqu'un qui n'a pas d'argent mais qui a un projet est content de s'associer avec celui qui a l'argent, ou de lui emprunter. Dans les deux cas, c'est un service rendu. Si un jeune couple ach&#232;te un r&#233;frig&#233;rateur &#224; cr&#233;dit, l'argent aurait pu &#234;tre utilis&#233; pour autre chose mais va &#234;tre orient&#233; vers ce r&#233;frig&#233;rateur. Il est normal que l'emprunteur paye un int&#233;r&#234;t pour cela. Remettre en question le taux d'int&#233;r&#234;t aujourd'hui est donc une erreur. Mais cela ne justifie pas n'importe quel niveau de dette, ou d'int&#233;r&#234;t. Comme on le verra, le niveau d'endettement est aujourd'hui excessif, que ce soit dans le public ou dans le priv&#233;. Et le taux d'int&#233;r&#234;t peut-&#234;tre trop bas ou trop haut. Mais, &#224; nouveau, il faut bien garder &#224; l'esprit les motivations des m&#233;di&#233;vaux : on est responsable de son argent ; cet argent ne cr&#233;e pas de b&#233;n&#233;fice par lui-m&#234;me ; les b&#233;n&#233;fices de l'argent sont l&#224; parce qu'on en fait un usage collectif ; notre responsabilit&#233; varie en fonction de la position qu'on occupe dans la soci&#233;t&#233; et aussi de sa vocation. Ces principes restent valables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on a pu faire une erreur th&#233;orique, l'intuition &#233;tait bonne, c'est-&#224;-dire l'id&#233;e que l'argent par lui-m&#234;me ne produit rien. L'argent produit quand il s'associ&#233; &#224; un travail, une initiative humaine. La consid&#233;ration de l'usage de l'argent doit toujours &#234;tre ins&#233;r&#233;e dans son contexte social, et il y a toujours une responsabilit&#233; morale dans cet usage. Celui qui investit son argent ou qui le pr&#234;te le fait au sein d'une communaut&#233; ; ce sont les personnes qui la composent qui cr&#233;ent la richesse ; l'argent sans travail d'autres hommes ne produit pas de richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fonction premi&#232;re de la finance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est des finances au sens actuel, la position de l'&#201;glise (dans ce qu'on appelle la doctrine sociale de l'&#201;glise) reste relativement peu d&#233;velopp&#233;e ; il n'y a pas beaucoup de textes qui en parlent sp&#233;cifiquement, les plus &#233;labor&#233;s &#233;tant ceux de Beno&#238;t XVI et notamment l'encyclique Caritas in veritate (2009). La question de la finance devra donc faire l'objet d'&#233;tudes et d'&#233;laborations ult&#233;rieures. Cependant, on peut, sur la base de l'enseignement plus g&#233;n&#233;ral que donne l'&#201;glise, se former une appr&#233;ciation de la mani&#232;re dont la finance devrait fonctionner. Pour cela il faut revenir &#224; la fonction premi&#232;re de la finance, son utilit&#233;, qui est de collecter l'argent &#233;pargn&#233; par les uns pour financer les activit&#233;s cr&#233;atrices des autres, leurs projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re mani&#232;re pour ce faire est l'investissement direct : on apporte des fonds propres (des actions, qui sont une part de propri&#233;t&#233; dans une entreprise), on pr&#234;te de l'agent par des obligations (&#224; l'&#201;tat ou &#224; des entreprises), on ach&#232;te de l'immobilier, etc. Dans une partie importante des cas, des march&#233;s existent, permettant d'acheter des titres repr&#233;sentatifs de cet investissement (march&#233; financier, march&#233; immobilier) et &#233;ventuellement de les revendre, en cas de besoin pour l'investir ailleurs. L'int&#233;r&#234;t du march&#233; est de permettre une confrontation large des offres et des demandes, et d'assurer une liquidit&#233; (possibilit&#233; de vendre ou d'acheter). La deuxi&#232;me mani&#232;re consiste &#224; pr&#234;ter l'argent &#224; une banque, qui pr&#234;te &#224; son tour l'argent qu'elle emprunte &#224; d'autres, ces pr&#234;ts comportant un certain degr&#233; de risque. Les deux m&#233;thodes ne sont pas bonnes ou mauvaises par elles-m&#234;mes ; elles peuvent avoir des avantages et des inconv&#233;nients. La doctrine sociale de l'&#201;glise les admet toutes. &#192; partir de ces r&#233;alit&#233;s, on peut porter un jugement moral en situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; Les crit&#232;res d'un bon investissement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'investisseur chr&#233;tien ne peut se borner au seul calcul financier et il doit prendre en compte le comportement de l'entreprise o&#249; il investit. Un premier probl&#232;me que peut poser la finance est le cas o&#249; elle se r&#233;duit &#224; la seule dimension du calcul financier. Ce dernier est bien s&#251;r n&#233;cessaire pour analyser la rentabilit&#233; et la long&#233;vit&#233; d'un projet. Mais le risque est qu'on ne regarde qu'une seule dimension de l'op&#233;ration &#233;conomique, alors qu'elle est par nature plus complexe et plus riche. Dans la pens&#233;e de l'&#201;glise, la personne qui investit a une responsabilit&#233; dans l'usage de son argent envers les communaut&#233;s int&#233;ress&#233;es et les personnes qui les composent : l'entreprise concern&#233;e, et la soci&#233;t&#233; dans son ensemble. Dans l'expression de ses pr&#233;f&#233;rences, elle doit inclure toutes ces dimensions humaines et morales, sans croire comme l'usurier m&#233;di&#233;val qu'elle se fait de l'argent avec son argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le march&#233; financier est une confrontation d'ordres d'achat et de vente, r&#233;sultant des analyses et des priorit&#233;s de ses acteurs. D&#232;s lors, il va donner des r&#233;sultats diff&#233;rents selon les orientations et les priorit&#233;s de ces acteurs. Un march&#233; ne doit pas &#234;tre consid&#233;r&#233; comme purement neutre, car ici intervient la consid&#233;ration morale : d'une part dans le fonctionnement m&#234;me du march&#233; (son organisation) ; et d'autre part dans les priorit&#233;s des investisseurs, qui doivent &#234;tre socialement responsable, en prenant en compte le respect par l'entreprise de ses collaborateurs, clients et fournisseurs, de son r&#244;le dans les soci&#233;t&#233;s o&#249; elle intervient, du d&#233;veloppement durable, etc. Les investisseurs chr&#233;tiens doivent donc avoir une vue beaucoup plus large que des investisseurs qui r&#233;duisent tout &#224; un pur calcul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sp&#233;culation et juste prix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;rateur chr&#233;tien face au march&#233; doit &#339;uvrer pour qu'il fonctionne au mieux et donne un prix aussi juste que possible. Un autre aspect &#224; consid&#233;rer est le bon fonctionnement des professionnels et des op&#233;rateurs, qui ach&#232;tent et vendent sur les march&#233;s et, dit-on, &#171; sp&#233;culent &#187;. Pour certains, la sp&#233;culation est condamnable en soi. Mais le terme de sp&#233;culation peut avoir plusieurs sens : bon et mauvais. Le bon sens est celui o&#249; l'op&#233;rateur investit quand le prix est &#224; son avis objectivement bas, et d&#233;sinvestit quand le prix est objectivement trop haut : il envoie donc au march&#233; un signal pour indiquer dans quelle direction le prix devrait selon lui aller s'il doit refl&#233;ter la valeur r&#233;elle du titre. Ce qui correspond au r&#244;le du march&#233; et est collectivement utile. Le mauvais sens de la sp&#233;culation vise le cas o&#249; on joue la hausse (ou baisse) du march&#233; alors qu'il n'y a pas de raison valable pour que les prix montent (ou baissent), mais parce qu'on parie sur un mouvement collectif irrationnel comme il y en a fr&#233;quemment (bulles financi&#232;res), ou pire encore qu'on op&#232;re sur des march&#233;s mal organis&#233;s, qu'on manipule, par exemple en rar&#233;fiant un produit tr&#232;s demand&#233; (ce qu'on appelait autrefois un accapareur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, il ne faut pas idol&#226;trer le march&#233;. La pens&#233;e dominante dit que les march&#233;s sont automatiquement efficients, mais ce n'est pas vrai : le bon sens et l'&#201;glise rappellent leurs limites, leur besoin d'organisation et de r&#233;gulation, et surtout qu'ils donneront un bien meilleur r&#233;sultat si les participants cherchent l'int&#233;r&#234;t de la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dimension du don&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces m&#234;mes consid&#233;rations valent pour l'investisseur personnel, celui qui se demande que faire de bien avec son argent. Je suis responsable de l'usage de mon argent. Soit pour l'investir, comme on l'a vu. Soit pour le donner, recommandation essentielle dans la Bible. Celui qui dispose de moyens doit prendre un pourcentage de son argent pour aider la communaut&#233;. La dimension du don est importante dans le domaine moral, mais aussi dans la vie courante, parce que dans la vie tout ne peut &#234;tre calcul&#233;. Il faut &#224; un moment donn&#233; arr&#234;ter les calculs et donner. M&#234;me dans la vie d'une entreprise, sous forme de coup de main &#224; son voisin. C'est notamment le don qui cr&#233;e le tissu social. Cela dit, le fait de donner ne signifie pas qu'on doit gaspiller l'argent ; donner, c'est aussi faire un bon usage, positif, intelligent de l'argent, mais cette fois sans attendre de l'argent en retour. Ce peut &#234;tre mal utilis&#233; si l'intention qui motive cette action n'est pas bonne. Donner de l'argent pour financer quelque chose qui ne va pas dans le bon sens n'est pas bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contr&#244;ler les exc&#232;s de la finance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point important pour l'appr&#233;ciation port&#233;e sur la finance est la question des r&#233;mun&#233;rations. En soi, lorsqu'un op&#233;rateur fait une op&#233;ration l&#233;gale, il n'est pas injuste qu'il re&#231;oive une r&#233;mun&#233;ration non n&#233;gligeable si elle est r&#233;ussie et que son entreprise ou l'investisseur gagne beaucoup d'argent. Cependant, les r&#233;mun&#233;rations de ceux qui travaillent dans le domaine financier d&#233;pendent de plusieurs &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs qui peuvent &#234;tre anormalement favorables. Le probl&#232;me le plus important se pose quand le secteur financier fait de fa&#231;on permanente des profits &#233;lev&#233;s, excessifs par rapport au service rendu. C'est le signe d'un rapport malsain entre la finance et le reste de l'&#233;conomie, qui pose des questions de concurrence et de r&#233;glementation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les op&#233;rations financi&#232;res se font avec des risques, puisqu'elles portent sur l'avenir. Mais la difficult&#233; est que les cons&#233;quences de ces risques peuvent n'&#234;tre visibles que bien apr&#232;s que les profits soient enregistr&#233;s comptablement, et que les r&#233;mun&#233;rations des op&#233;rateurs aient &#233;t&#233; distribu&#233;s. On l'a vu par exemple &#224; grande &#233;chelle lors de la crise financi&#232;re de 2007-2008. Par cons&#233;quent, certaines personnes peuvent gagner de l'argent qu'ils n'auraient jamais d&#251; gagner, en mettant ensuite la soci&#233;t&#233; en crise du fait de risques qu'ils n'auraient pas d&#251; prendre. Ce qui est immoral et dangereux. Il est donc essentiel de responsabiliser les acteurs beaucoup plus efficacement qu'on ne l'a fait, y compris par rattrapage sur leurs gains pass&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le danger de l'endettement irresponsable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'endettement joue un r&#244;le majeur dans nos soci&#233;t&#233;s. L'analyse que l'&#201;glise faisait au Moyen &#194;ge &#233;tait, on l'a vu, trop n&#233;gative &#224; l'&#233;gard du taux d'int&#233;r&#234;t ; mais l'intuition garde n&#233;anmoins sa valeur. Une dette est une cr&#233;ance et un droit juridique ; vous avez le droit de demander votre argent devant un tribunal. Quand j'ach&#232;te des actions, j'ai droit &#224; quelque chose si l'entreprise fait des profits ; s'il n'y a pas de b&#233;n&#233;fices, je n'ai droit &#224; rien ; si elle est en difficult&#233;, je perds tout. Il y a donc une forme de solidarit&#233; avec l'entreprise. Mais si la soci&#233;t&#233; en question emprunte de l'argent et que l'affaire ne marche pas, elle doit rembourser. La solidarit&#233; est alors bien plus faible. En outre, quand le pr&#234;teur a lui-m&#234;me emprunt&#233; l'argent qu'il pr&#234;te, comme c'est le cas des banques, la faillite d'un d&#233;biteur peut le g&#234;ner lui-m&#234;me dans son remboursement, et ainsi de suite. Si c'est avec une ampleur suffisante, cela cr&#233;e un effet domino dans l'&#233;conomie, ce qui est la cause imm&#233;diate des grandes crises financi&#232;res comme encore en 2007-2008. L'endettement devrait donc &#234;tre limit&#233; et contr&#244;l&#233; ; c'est la responsabilit&#233; des acteurs, mais aussi des pouvoirs publics. Mais nos soci&#233;t&#233;s font exactement le contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas plus difficile de l'endettement public&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d&#233;velopp&#233;e par la th&#233;orie financi&#232;re est que l'endettement public est un endettement sans risque. Ce qui est souvent faux : il y a des crises et des d&#233;faillances d'&#201;tats souverains. Mais, plus profond&#233;ment, la dette publique n'a de sens que si elle finance quelque chose qui soit en mesure de la rembourser. Si, comme la France, vous financez &#224; cr&#233;dit des d&#233;penses courantes, vous n'avez rien cr&#233;&#233; qui permette de rembourser la dette. Vous reportez le poids sur les g&#233;n&#233;rations futures &#8212; &#224; moins que vous ne cherchiez &#224; spolier les &#233;pargnants &#224; terme. Mis &#224; part des situations exceptionnelles, a &#8212; comme les guerres &#8212; ou particuli&#232;res &#8212; comme des investissements rentables &#8211;, la dette publique n'a donc pas de sens. On ne devrait jamais financer des d&#233;penses publiques courantes avec l'endettement. C'est pourtant la situation de la plupart des pays occidentaux depuis trente ans. La solution est soit de baisser les d&#233;penses, soit d'augmenter les imp&#244;ts. Pas de continuer en poussant la boule de neige.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#244;le de la parole chr&#233;tienne&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un chr&#233;tien, la finance est assur&#233;ment une activit&#233; utile, mais elle doit &#234;tre exerc&#233;e avec un grand souci de moralit&#233;, et avec la conscience de la responsabilit&#233; de celui qui op&#232;re. Elle doit &#234;tre organis&#233;e collectivement, ce qui veut dire qu'elle ne se fait pas par elle-m&#234;me, elle n'atteint pas par elle-m&#234;me son point d'&#233;quilibre. Les professions et les pouvoirs publics sont responsables de la fa&#231;on d'organiser les modalit&#233;s de cette interaction. La finance doit &#234;tre &#224; la fois bien orient&#233;e et bien r&#233;gul&#233;e. Compte tenu de ce qui pr&#233;c&#232;de et des principes d&#233;velopp&#233;s dans la doctrine sociale de l'&#201;glise, le chr&#233;tien a un r&#244;le majeur &#224; fournir dans cet effort.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Saint Thomas d'Aquin et l'&#233;conomie</title>
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		<dc:date>2021-03-07T15:05:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Juste prix</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Condamnation de l'usure</dc:subject>
		<dc:subject>Usure</dc:subject>
		<dc:subject>Saint Thomas d'Aquin</dc:subject>
		<dc:subject>Saint Thomas d'Aquin et l'&#233;conomie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Je viens de publier dans la Revue thomiste un article fourni sur Saint Thomas et l'&#233;conomie (T. CXX n&#176; IV octobre-d&#233;cembre 2020). Je reprends ici les principaux points sous forme abr&#233;g&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de cet article est de faire le point sur les passages de saint Thomas qui visent des questions que nous voyons de nos jours comme &#233;conomiques, et d'examiner quelles le&#231;ons peuvent en &#234;tre tir&#233;es. Il va de soi que cette cat&#233;gorie n'existait pas comme telle du temps de Thomas. En revanche, comme on le verra, il a apport&#233; sa pierre de fa&#231;on significative dans l'immense effort alors accompli par la scolastique, posant les bases de ce qui sera plus tard l'&#233;conomie politique. Mais en menant cette analyse dans une perspective &#233;thique, celle de la recherche du bien&#8230;. Ce qui s'av&#232;re tout &#224; fait pertinent dans l'&#233;conomie d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Saint-Thomas-d-Aquin-et-l-economie-197-+.html" rel="tag"&gt;Saint Thomas d'Aquin et l'&#233;conomie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je viens de publier dans la Revue thomiste un article fourni sur saint Thomas d'Aquin et l'&#233;conomie (T. CXX n&#176; IV octobre-d&#233;cembre 2020). Je reprends ici les principaux points sous forme abr&#233;g&#233;e, sans une partie des d&#233;veloppements et sans r&#233;f&#233;rences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de cet article est de faire le point sur les passages de saint Thomas qui visent des questions que nous voyons de nos jours comme &#233;conomiques, et d'examiner quelles le&#231;ons peuvent en &#234;tre tir&#233;es. Il va de soi que cette cat&#233;gorie n'existait pas comme telle du temps de Thomas. En outre, l'&#233;tat d'avancement de l'&#233;conomie &#233;tait bien s&#251;r &#233;loign&#233; de ce que nous connaissons depuis, ce qui limitait la contribution qu'il lui &#233;tait possible d'apporter. En revanche, comme on le verra, il a apport&#233; sa pierre de fa&#231;on significative dans l'immense effort alors accompli par la scolastique, posant les bases de ce qui sera plus tard l'&#233;conomie politique&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point pr&#233;alable. L'&#233;conomie a pour objet ce qu'on appelle des biens, vus sous l'angle des moyens &#224; d&#233;ployer pour les produire ou les obtenir, ce qui suppose qu'on les d&#233;sire d'une fa&#231;on ou d'une autre, en les int&#233;grant &#224; un ordre de fins. Or saint Thomas distingue trois sortes de biens, en relation avec l'homme : le bien honn&#234;te (aim&#233; en lui-m&#234;me et pour lui-m&#234;me, la v&#233;rit&#233; par exemple), le bien d&#233;lectable, et le bien utile. Ce dernier est recherch&#233; en vue d'un autre bien, de fa&#231;on instrumentale ; parmi eux, on trouve notamment les biens n&#233;cessaires &#224; notre vie mat&#233;rielle. Ces biens ne sont que des auxiliaires dans la mesure o&#249; l'abondance mat&#233;rielle ne peut &#234;tre la fin ultime de l'homme. Les biens mat&#233;riels rel&#232;vent de l'analyse &#233;conomique. Si pour chercher Dieu je vais faire une retraite dans un monast&#232;re, donc en vue du bien par excellence, je vais d&#233;ployer des moyens &#233;conomiques : train, frais de s&#233;jour, achat de livres etc. Ce n'est pas le bien vis&#233; qui entre dans le champ de l'&#233;conomie : ce sont les biens utiles qui sont l&#233;gitimement recherch&#233;s pour l'obtenir. Ceci &#233;claire la tentation que l'&#233;conomie peut exercer : la consid&#233;ration exclusive de ces biens utiles, voire surtout la consid&#233;ration de tous les biens comme si c'&#233;taient des biens utiles. On rappellera ici le r&#244;le central de l'utilitarisme dans le champ de l'&#233;conomie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois familles de th&#232;mes &#233;conomiques font l'objet d'analyses de saint Thomas : 1) des notions g&#233;n&#233;rales ayant une dimension &#233;conomique (la propri&#233;t&#233;, la justice, le travail), 2) la question de la justice des &#233;changes, 3) la question du taux d'int&#233;r&#234;t ou usure. Ces analyses ont un objectif fondamentalement normatif, mais elles ont le m&#233;rite d'&#233;tudier les faits &#233;conomiques sous-jacents, avant de se prononcer sur le plan moral. La notion de justice est au centre de cette r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1)	La justice commutative et les biens&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La justice consiste &#224; rendre &#224; quelqu'un ce qui lui est d&#251;. Thomas reprend la distinction classique entre justice commutative et justice distributive ; mais il d&#233;veloppe moins les aspects &#233;conomiques de la seconde qui est d'ordre plut&#244;t politique. S'agissant de la premi&#232;re, on parle dit-il de justice commutative dans le cas d'une vente, d'un pr&#234;t ou d'un d&#233;p&#244;t &#8211; mais pas d'un don car cela ne rel&#232;ve pas de la justice. Le principe pos&#233; alors est celui de l'&#233;galit&#233;, c'est-&#224;-dire que quelque chose est rendu de fa&#231;on commensurable, notamment au moyen de la monnaie&#8230;. L'&#233;galit&#233; est au fondement de la justice commutative, alors que la distributive est mesur&#233;e par la proportionnalit&#233;. L'explication para&#238;t en &#234;tre que la premi&#232;re met face &#224; face deux personnes, qui sont &#233;gales en tant que sujets ; alors que la distributive confronte la personne &#224; la soci&#233;t&#233; dans leur rapport de la partie au tout, du bien de chacun au bien commun de la soci&#233;t&#233;... Dans le premier cas, toute op&#233;ration faite sur des biens mat&#233;riels visera &#224; pr&#233;server l'&#233;galit&#233; des choses dans les mains de chaque propri&#233;taire. On y reviendra avec le juste prix.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2)	La propri&#233;t&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re &#233;conomique, le d&#251; pr&#233;suppose ce qu'on appelle la propri&#233;t&#233;, puisque c'est par la propri&#233;t&#233; que quelqu'un acquiert un droit particulier sur un objet. Il faut donc que la propri&#233;t&#233; soit fond&#233;e. Notamment contre ceux qui soutiennent que, Dieu &#233;tant l'origine de toutes choses, Il est le seul propri&#233;taire. Pour ce faire, Thomas distingue entre le pouvoir sur la nature des choses qui d&#233;coule de la cr&#233;ation et n'appartient donc qu'&#224; Dieu, et le pouvoir sur l'usage des choses cr&#233;&#233;es. Par sa raison et sa volont&#233; l'homme peut utiliser les choses ext&#233;rieures pour son utilit&#233;, consid&#233;rant qu'elles sont comme faites pour lui, car les r&#233;alit&#233;s moins parfaites sont faites pour celles qui le sont davantage. Sachant qu'il doit reconna&#238;tre qu'elles ne sont pas &#224; lui comme s'il ne les avait pas re&#231;ues de Dieu. Ce faisant Thomas ne donne pas purement et simplement raison aux tenants d'un droit de propri&#233;t&#233; absolu. Car on peut objecter qu'en droit naturel les choses sont communes &#224; tous, et que ce qui est offert &#224; tous ne peut &#234;tre appropri&#233; par quelqu'un. Saint Thomas r&#233;pond en distinguant le pouvoir de g&#233;rer et de r&#233;partir les choses, de l'usage (ultime) de ces choses. Le premier est, dit-il, l&#233;gitimement allou&#233; sp&#233;cifiquement &#224; quelqu'un (c'est la propri&#233;t&#233;) pour trois raisons : d'abord parce que chacun se soucie plus de ce qui lui revient que de ce qui est commun, car alors on pr&#233;f&#232;re laisser le travail correspondant &#224; d'autres. Ensuite parce que cela nous dit de fa&#231;on plus claire et plus ordonn&#233;e &#224; qui le souci doit en incomber, contrairement au cas o&#249; la confusion r&#232;gne &#224; ce sujet. Enfin parce que la paix r&#232;gne si chacun se contente de ce qu'il a en propre. On le voit a contrario, dit-il, par les disputes qui se soul&#232;vent lorsque les choses sont poss&#233;d&#233;es en commun&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa mise en &#339;uvre en revanche, la propri&#233;t&#233; ne rel&#232;ve pas du droit naturel mais d'un accord entre les hommes, qui rel&#232;ve du droit positif et qui est une cr&#233;ation de la raison humaine. La norme positive doit en r&#233;guler l'usage mais l'homme ne doit pas poss&#233;der ces choses comme propres mais comme communes, afin de subvenir aux besoins des autres. C'est ce qu'on appellera plus tard le principe de destination universelle des biens, devenue un pilier de la Doctrine sociale de l'Eglise&#8230; A contrario, le vol va contre la justice qui attribue &#224; chacun ce qui lui revient. Mais cela ne s'applique ni &#224; celui qui trouve une chose qui n'appartenait &#224; personne, ni &#224; celui qui s'approprie quelque chose sous l'empire de la n&#233;cessit&#233;. Car en cas de besoin, on en revient au droit naturel, tout est commun pour subvenir aux besoins de tous. Ceux qui ont des biens en surabondance doivent subvenir volontairement aux besoins des pauvres. Toutefois, si le besoin des pauvres est pressant (menace imm&#233;diate pour leur vie) ils peuvent agir prendre ce qui leur est n&#233;cessaire, ce qui n'est pas moralement du vol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve apparemment le principe de propri&#233;t&#233; &#224; la base de l'&#233;conomie dite capitaliste ou lib&#233;rale. Avec deux diff&#233;rences majeures : l'une est l'exception qu'on a &#233;voqu&#233;e de l'appropriation en cas de besoin vital ; l'autre, bien plus significative et lourde de cons&#233;quences, est la destination de ces biens. La propri&#233;t&#233; est, pas moins que la destination universelle, de droit naturel. Il faut donc qu'il y ait un ordre entre les deux, que l'on pourrait &#233;noncer ainsi : la destination universelle ne peut se r&#233;aliser que dans la propri&#233;t&#233; ; mais la propri&#233;t&#233; d'un bien mat&#233;riel est finalis&#233;e par l'usage, et l'usage est subordonn&#233; au bien commun. Le propri&#233;taire, et lui seul, d&#233;cide ce qu'il fait de ses biens, y compris les acheter et les vendre. Mais il supporte ce que Jean-Paul II appellera bien plus tard une hypoth&#232;que : la destination universelle des biens. Une grande partie de ce qui sera la Doctrine sociale est en germe dans ces quelques paragraphes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3)	Le travail&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On le voit principalement &#233;voqu&#233;, de fa&#231;on un peu surprenante pour nous dans la Somme de th&#233;ologie, IIa-IIae q. 187, a. 3, sur ce que peuvent et doivent faire les religieux, mais en des termes pertinents aussi pour les la&#239;cs. Au centre est l'affirmation du pr&#233;cepte du travail qui a, dit-il, quatre finalit&#233;s : gagner son pain (m&#234;me si cela n'oblige que celui qui a effectivement besoin de travailler pour vivre) ; &#233;viter l'oisivet&#233; qui est m&#232;re des vices ; pratiquer une forme d'asc&#232;se ; et faire des aum&#244;nes (et plus g&#233;n&#233;ralement faire le bien). Saint Thomas pr&#233;cise que l'expression &#171; travailler de ses mains &#187; recouvre tout travail, m&#234;me intellectuel. Par ailleurs, &#8230;il admet la diversit&#233; des fonctions, d'o&#249; une l&#233;gitime division des t&#226;ches, ainsi que la possibilit&#233; de passer sa vie dans la pr&#233;dication ou d'autres activit&#233;s religieuses, sans travail au sens &#233;troit. Reconnu comme partie essentielle de notre pr&#233;sence dans ce monde, n&#233;cessaire au bien commun, le travail a donc une place bien sup&#233;rieure &#224; celle que lui reconnaissait l'Antiquit&#233;. On reste cependant en de&#231;&#224; des consid&#233;rations ult&#233;rieures que d&#233;veloppera la DSE, notamment en termes de vocation ou de r&#233;alisation de la personne (comme chez Jean-Paul II). Comme dans le cas de la propri&#233;t&#233;, la perspective de ces textes est strictement morale, mettant au centre la pr&#233;occupation d'ordonner efficacement la vie commune ainsi que le progr&#232;s personnel.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4)	Le juste prix&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a)	Un juste prix objectif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse du juste prix a &#233;t&#233; souvent mal comprise. Elle porte sur quatre questions bien distingu&#233;es. En premier lieu se pose la question du prix : peut-on vendre quelque chose plus que cela ne vaut ? Certains invoquaient en ce sens les lois civiles, d'autres la convenance de l'acheteur (s'il est en grand besoin) ou du vendeur (s'il veut faire plaisir). L'argument en sens contraire est que l'Evangile nous dit de ne pas faire &#224; quelqu'un ce que nous ne voudrions pas qu'il nous fasse ; or personne ne veut payer quelque chose plus que cela ne vaut. On doit en tirer les cons&#233;quences morales : il faut acheter et vendre ce que cela vaut, au juste prix. Les lois civiles offrent souvent plus de souplesse car elles doivent &#234;tre tol&#233;rantes, mais elles ne peuvent elles-m&#234;mes admettre d'exc&#232;s manifeste. Il reste que la loi divine est plus stricte, n'admettant que la marge d'impr&#233;cision dans l'&#233;valuation du juste prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, l'achat et la vente servent l'utilit&#233; commune des parties (l'un a besoin d'une chose qu'a l'autre et inversement) ce qui suppose de ne pas peser sur l'un plus que sur l'autre. En outre la monnaie a &#233;t&#233; invent&#233;e pour mesurer les quantit&#233;s en cause ; si donc on en demande trop ou n'en donne pas assez, il y a rupture de l'&#233;galit&#233; demand&#233;e par la justice. Cela dit, il admet le cas o&#249; le vendeur a grand besoin de la chose. Dans ce cas on peut nuancer, car le juste prix est &#233;tabli en tenant compte non seulement de la chose, mais aussi du dommage que souffre le vendeur. En revanche, dans la situation inverse o&#249; c'est l'acheteur qui est tr&#232;s d&#233;sireux, mais le vendeur sans besoin particulier, ce dernier n'a pas le droit de vendre plus cher. Autrement dit, le crit&#232;re subjectif n'est pas suffisant : le raisonnement suppose qu'il y a un prix objectif (&#224; pr&#233;ciser) et pose que les deux contractants ne doivent pas s'en &#233;carter, sauf s'il s'agit de compenser un vrai dommage (c&#244;t&#233; vendeur) ; mais pas pour jouer sur l'intensit&#233; du d&#233;sir de l'acheteur. Car cette intensit&#233; du d&#233;sir de l'autre n'est pas quelque chose que le vendeur produit ; il n'a donc pas &#224; la facturer&#8230; On notera en outre que Thomas ne pr&#233;voit pas que ce prix objectif soit fix&#233; par la loi, sinon d'une part la question ne se poserait normalement pas et d'autre part sa remarque sur la loi civile n'aurait pas de sens. Le prix existe donc objectivement &#8211; on y reviendra &#8211; ; il est une donn&#233;e pour les parties, mais seule la morale exige de le respecter. Les transactions, elles, sont libres...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b)	Les d&#233;fauts&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'article 2 est &#233;voqu&#233;e la question des d&#233;fauts et vices des produits &#233;chang&#233;s. La r&#233;ponse est claire s'il y a fraude car on ne doit ni mentir, ni nuire &#224; autrui, ni s'enrichir par ruse. La m&#234;me vaut d'ailleurs pour un acheteur face &#224; un vendeur dans l'erreur&#8230; Faut-il pour autant que le vendeur indique les d&#233;fauts de la chose vendue, m&#234;me si l'acheteur ne para&#238;t pas les voir ? Sa r&#233;ponse est n&#233;gative, car le vendeur est libre et doit prendre ses pr&#233;cautions, et en parlant des d&#233;fauts du produit il pourrait remettre en danger la vente envisag&#233;e. Reste qu'on ne doit pas mettre en danger autrui, ni lui nuire sauf si le vice est manifestement visible, ou le prix manifestement bas. L'acheteur ne peut en outre pas exercer son jugement notamment s'il lui manque une information, comme c'est le cas avec un vice cach&#233;. Le vendeur n'a pas &#224; proclamer ces d&#233;fauts partout et toujours (et encore moins s'ils sont &#233;vidents), mais s'ils ne sont pas manifestes il doit les expliquer &#224; son acheteur pour lui donner tous les &#233;l&#233;ments permettant un choix &#233;clair&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; fait diff&#233;rent, et directement pertinent pour notre sujet, est le cas d'une diff&#233;rence de prix &#224; deux endroits : par exemple, un marchand de bl&#233; sait que d'autres vendeurs vont venir en nombre l&#224; o&#249; il y a disette et o&#249; il compte vendre. S'il donne publiquement cette information, le prix baissera et il vendra moins cher. Certains arguent que ce probl&#232;me est le m&#234;me que lorsqu'on cache des d&#233;fauts mat&#233;riels de la marchandise. Mais saint Thomas fait ici une distinction majeure : les d&#233;fauts mat&#233;riels en question sont l&#224; d&#232;s maintenant, et donc il faut les expliciter (sauf on l'a vu si ces vices sont &#233;vidents). Alors que dans le cas du diff&#233;rentiel de prix, c'est &#224; l'avenir qu'on s'attend &#224; une baisse de prix, laquelle reste donc al&#233;atoire. Le vendeur qui vend au prix &#171; qu'il trouve &#187; dans l'endroit concern&#233; n'agit donc pas contre la justice s'il ne dit rien concernant cet avenir possible. Et donc il ne p&#232;che pas. M&#234;me si naturellement il e&#251;t &#233;t&#233; plus &#8216;vertueux' de le dire, ou de baisser son prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce point est capital. Le prix en question appara&#238;t comme un prix d&#233;rivant de conditions locales et fluctuant, notamment en termes modernes selon l'offre et la demande (puisqu'il est suppos&#233; baisser si un arrivage de marchandise se produit, et qu'il d&#233;pend des besoins). C'est donc un prix de march&#233;, celui du march&#233; local. Pour autant, les remarques pr&#233;c&#233;dentes viennent temp&#233;rer la conception que nous avons aujourd'hui du march&#233; puisque le processus d'&#233;tablissement du prix ne doit pas &#234;tre soumis &#224; des pressions, manipulations, sp&#233;culations etc. ; il ne doit pas non plus r&#233;sulter d'un exc&#232;s de besoin chez les acheteurs (cas de famine). C'est un prix qui se d&#233;gage d'un processus commun de confrontation des besoins (indigentia) et des quantit&#233;s, celui du march&#233; s'il fonctionne honn&#234;tement, ce qui en fait une v&#233;ritable estimation commune... Et s'il est bon d'int&#233;grer dans ce prix des faits futurs al&#233;atoires, m&#234;me probables, ce n'est pas une obligation de justice... Il est &#224; noter que la norme de justice prend comme &#233;talon un fait social fluctuant. Ce point est important sur le plan th&#233;orique. Ce fait social est tout simplement celui des relations humaines, si elles sont de bonne foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, le juste prix selon la Somme ne s'&#233;tablit ni &#224; partir d'une caract&#233;ristique intrins&#232;que de la chose, ni de la situation personnelle de l'acheteur ou du vendeur, ni de leur relation ; mais des circonstances locales et de la confrontation des besoins humains d'un c&#244;t&#233;, des r&#233;alit&#233;s de fait de l'autre (quantit&#233;s disponibles, priorit&#233;s). C'est le prix tel qu'il s'&#233;tablit dans une r&#233;gion donn&#233;e, en fonction des caract&#233;ristiques locales du march&#233;, qui d&#233;pend de l'offre et de la demande, comme on le voit dans l'exemple du bl&#233;. A condition que la confrontation en question se fasse honn&#234;tement&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c)	Le cas du commer&#231;ant&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; commerciale vient ensuite. Tout en reconnaissant le risque propre r&#233;sultant du fait que cette activit&#233; utilise de l'argent pour gagner de l'argent, saint Thomas soutient que ce m&#233;tier de marchand peut &#234;tre tout &#224; fait honorable, allant contre Aristote et contre nombre de P&#232;res de l'Eglise (mais en s'autorisant de saint Augustin)&#8230; Il estime que la recherche du gain n'est certes pas en soi noble, mais il la juge en fonction de la finalit&#233; de ce gain. S'il reste mod&#233;r&#233;, rien n'emp&#234;che de le finaliser &#224; quelque n&#233;cessit&#233; ou activit&#233; vertueuse : subvenir &#224; sa famille par exemple, aider les indigents, ou procurer des ressources &#224; son pays (notion int&#233;ressante qui implique la reconnaissance du r&#244;le du commerce au service du bien commun). Rapport&#233; &#224; un autre but que lui-m&#234;me, le gain devient un moyen, et vient r&#233;mun&#233;rer un effort. On notera que de ce fait appara&#238;t une grande diff&#233;rence entre cette conception et le lib&#233;ralisme moderne, diff&#233;rence qui se situe dans la conscience morale du marchand : celui-ci doit viser un but moral, c'est-&#224;-dire un bien r&#233;el apport&#233; &#224; quelqu'un d'autre, ou &#224; la communaut&#233;. Ce qui suppose que l'apport &#224; la communaut&#233; soit v&#233;rifi&#233;&#8230; Par ailleurs, pour vendre plus haut que ce qu'on a achet&#233;, il faut qu'il y ait un mouvement conduisant &#224; un changement de prix. Plusieurs causes de ce changement sont l&#233;gitimes : le fait que le marchand ait attendu, qu'il ait am&#233;lior&#233; la chose, qu'il ait pris des risques et encouru des frais en le transportant etc. Et, directement pertinent pour notre propos, le prix a pu changer parce que le lieu a chang&#233; ou que du temps s'est &#233;coul&#233; (on retrouve le point pr&#233;c&#233;dent)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;d)	Compl&#233;ment&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve ces d&#233;veloppements dans les commentaires sur l'Ethique d'Aristote&#8230;Cela le conduit &#224; une r&#233;flexion sur le fondement ultime des prix... Une premi&#232;re solution consiste &#224; baser le prix sur le travail. Si dit-il on &#233;change une maison ou de la nourriture contre des chaussures, il n'y aura pas d'&#233;change si le ma&#231;on ou l'agriculteur ne re&#231;oivent pas de quoi couvrir en quoi leur travail et leurs d&#233;penses d&#233;passent ceux du cordonnier. L'exemple choisi peut para&#238;tre un peu &#233;trange et il est exprim&#233; de fa&#231;on tr&#232;s ramass&#233;e ; il rappelle les conditions de tout &#233;change, qui est une compensation jug&#233;e suffisante entre les deux termes, et il donne une r&#233;f&#233;rence : le travail engag&#233; et les d&#233;penses subies. Mais on aurait tort de voir l&#224; une th&#233;orie de la valeur travail. Tout d'abord il parle &#224; la fois du travail et des d&#233;penses : comment alors mesurer celles-ci, qui ne sont pas du travail ? Ensuite et surtout, le reste de la le&#231;on propose justement un autre crit&#232;re, celui du besoin. En r&#233;alit&#233; ce paragraphe dit simplement que le ma&#231;on ou l'agriculteur doivent recevoir une valeur suffisante en chaussures pour que cela couvre le travail et les d&#233;penses incorpor&#233;s dans leur propre prestation. Sans quoi on n'aura pas d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas ajoute aussit&#244;t qu'il faut une raison commune &#224; ces mesures, et cela se fait par la monnaie. La monnaie n'est pas un fait de nature mais une convention sociale r&#233;sultant des besoins de l'&#233;change. Ce qui mesure tout selon la v&#233;rit&#233; des choses est dit-il le besoin (indigentia) : tout &#233;change se rapporte au besoin humain ; on n'appr&#233;cie pas les choses selon la dignit&#233; de leur nature, mais selon le besoin des hommes et l'usage qu'ils en font (une souris est situ&#233;e plus haut dans la hi&#233;rarchie des &#234;tres qu'une perle car c'est un &#234;tre anim&#233;, mais &#233;conomiquement elle vaut beaucoup moins)... Thomas indique par ailleurs qu'une des raisons d'&#234;tre de la monnaie est de conserver la valeur, en pr&#233;vision d'un besoin &#224; venir dont il faudra assurer la contrepartie. Il est possible qu'on ne trouve pas toujours l'exacte contrepartie, et que l'argent ne maintienne pas la valeur initiale ; mais il doit &#234;tre institu&#233; pour le faire mieux que tout autre instrument. Il confirme que l'on ne pourrait pas &#233;changer les choses si on les mesurait selon leur v&#233;rit&#233; propre ; mais qu'on parvient &#224; une unicit&#233; de mesure en prenant comme crit&#232;re le besoin (ou d&#233;sir), exprim&#233; par cette convention qu'est la monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;e) La justice dans l'&#233;change : analyse d'ensemble&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les biens mat&#233;riels &#233;tant des biens utiles, ils ont vocation non seulement &#224; &#234;tre &#233;chang&#233;s pour le bien commun, mais aussi &#224; &#234;tre mesur&#233;s par l'utilit&#233; et le besoin. Si donc l'utilit&#233; et le besoin sont la base des &#233;changes et donc des prix, ils sont en ce sens &#8216;subjectifs', et la valeur le sera aussi. Le prix sera mouvant et variable comme les besoins. Certains y voient une difficult&#233;, car on prend comme crit&#232;re du juste quelque chose qui ne r&#233;sulte pas d'un choix clair et lucide, mais d'une confrontation variable de besoins : le relativisme des prix contraste avec l'ordre du monde pris&#233; par ailleurs par les m&#233;di&#233;vaux. Cette objection ne rend toutefois pas compte du niveau auquel se situe s. Thomas. D'abord, il constate des faits sociaux : la soci&#233;t&#233; et son fonctionnement r&#233;el. Il y a un processus de d&#233;termination collectif du prix, d&#233;pendant de la confrontation des besoins, et r&#233;gi par les lois civiles. C'est un fait. Or c'est sur cette r&#233;alit&#233; concr&#232;te que s'exerce le jugement moral. Il prend en r&#233;f&#233;rence le prix pratiqu&#233; en un lieu et &#224; un moment ; par rapport &#224; ce prix, dans la soci&#233;t&#233;, j'ai &#224; me d&#233;terminer ; je ne p&#232;che pas contre la justice si je prends ce prix comme base. Mais cela ne me dispense pas de rechercher la justice par un acte conscient. Et cela n'&#233;rige pas non plus le prix du march&#233; local ainsi obtenu en absolu moral. Tout cela fait justice des id&#233;es h&#233;las r&#233;pandues selon lesquelles la conception thomiste du juste prix n'aurait rien &#224; voir avec un march&#233;, en particulier celles selon lesquelles ce sont les prix d&#233;termin&#233;s par des autorit&#233;s ou des experts qui font le juste prix. La d&#233;termination des prix se fait manifestement sur la base d'une situation locale o&#249; on confronte des besoins, id&#233;alement avec un souci de justice et o&#249; il n'y a de transaction que si chacun s'y retrouve. Cela ne veut pas dire qu'il y a confrontation sauvage de choix arbitraires, car la recherche de la justice est toujours pr&#233;sente en arri&#232;re-plan. Ecartons donc l'id&#233;e fausse d'un juste prix parachut&#233; d'on ne sait quel empyr&#233;e, ou encore celle de la valeur travail prise isol&#233;ment, comme facteur central. Le juste prix r&#233;sulte d'une confrontation qui est en fait celle du march&#233;, si celui-ci fonctionne convenablement. Il est d'ailleurs notable que dans un autre document Thomas parle de &#171; prix trouv&#233; sur le march&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on constate donc chez saint Thomas est une prise de conscience lucide et raisonn&#233;e de ces r&#233;alit&#233;s que nous appelons &#233;conomiques, vues de fa&#231;on fondamentalement positive, et sur bien des points en rupture avec les conceptions antiques, notamment dans l'appr&#233;ciation morale. Loin d'&#234;tre neutres moralement, ces r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques constituent une r&#233;f&#233;rence objective, sur la base de laquelle le jugement moral d'esp&#232;ce (au niveau de la simple justice) peut s'op&#233;rer. La justice est encastr&#233;e dans le jeu social, qui inclut une forme de march&#233;, laissant ouverte la possibilit&#233; d'aller au-del&#224; de la justice tout en r&#233;ordonnant la recherche du gain vers la v&#233;ritable finalit&#233; des &#233;changes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5) Le taux d'int&#233;r&#234;t ou usure&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question de l'usure est plus d&#233;licate et les conclusions de saint Thomas plus &#233;loign&#233;es de notre compr&#233;hension de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;a)	L'usure comme p&#233;ch&#233; dans la Somme th&#233;ologique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passe ici sur l'analyse des Ecritures (loi mosa&#239;que, ou le c&#233;l&#232;bre texte de Luc VI &#8216;pr&#234;tez sans rien attendre en retour'). On remarquera cependant qu'y manque &#233;trangement toute &#233;vocation des textes pouvant justifier la perception d'int&#233;r&#234;ts, principalement la parabole des talents (ne serait-ce que pour tenter de montrer qu'elle n'est pas pertinente), &#233;vocation qu'on aurait naturellement attendue ici... Cela dit, aucune de ces r&#233;f&#233;rences n'est en soi d&#233;cisive. Le fond de la position thomasienne tourne autour de l'id&#233;e qu'avec l'int&#233;r&#234;t, on vend ce qui n'existe pas (ou on vend deux fois la m&#234;me chose). &#8216;Utiliser' du pain ou du vin et le consommer sont une seule et m&#234;me chose : si on en vend, on ne peut vendre s&#233;par&#233;ment le pain et l'usage du pain. Le cas d'une maison est diff&#233;rent : on peut rester propri&#233;taire et conc&#233;der l'usage de la maison &#224; quelqu'un ; d'o&#249; la possibilit&#233; de distinguer le prix de la maison et son loyer. Mais l'argent, lui, a &#233;t&#233; fait pour faciliter les transactions, et son usage r&#233;side dans sa consommation. Comme pour le pain, on ne peut donc pas facturer s&#233;par&#233;ment l'argent et l'usage de l'argent...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Saint Thomas d&#233;veloppe ces points comme suit. Il y a plusieurs mani&#232;res de consid&#233;rer l'int&#233;r&#234;t, qui semblent en justifier la pratique : une compensation pour la privation que subit le pr&#234;teur ou pour le remercier en esp&#232;ces ; la comparaison avec le gain l&#233;gitime d'un commer&#231;ant, ou avec le produit que peut procurer un gage donn&#233; en garantie du pr&#234;t, ou encore la n&#233;cessit&#233; de tenir compte des fluctuations de prix qui peuvent se produire &#224; l'occasion d'un pr&#234;t. Honn&#234;tement avanc&#233;es, ces diff&#233;rentes objections sont int&#233;ressantes en ce qu'elles soulignent l'acuit&#233; du regard &#233;conomique de saint Thomas : elles r&#233;sultent manifestement d'observations r&#233;elles sur des transactions, ce qui rend par contraste sa r&#233;ponse d'autant plus frappante : un non absolu, qui balaye toutes ces remarques et repose sur l'interdit de l'usure pos&#233; de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale. Bien s&#251;r dit-il toute expression de gratitude est admissible, mais du moment que d'une mani&#232;re ou d'une autre un gain p&#233;cuniaire est stipul&#233; dans l'accord de pr&#234;t, il y a usure. On notera en particulier que s. Thomas accepte explicitement qu'il y ait compensation d'un dommage effectif r&#233;sultant du pr&#234;t, mais &#224; condition que ce dommage ne consiste pas dans le seul fait de ne pas gagner de l'argent avec son argent : ceci para&#238;t refuser &#224; l'avance ce qu'on appellera apr&#232;s lui &#8216;lucrum cessans', le manque &#224; gagner du commer&#231;ant qui parce qu'il a pr&#234;t&#233; ne dispose plus de son argent pour gagner sa vie, qu'il faut alors compenser. On a consid&#233;r&#233; apr&#232;s Thomas qu'il &#233;tait licite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens inverse, et le point est tr&#232;s important, il distingue clairement le pr&#234;t (o&#249; il y a transfert de propri&#233;t&#233;) de l'investissement en capital, qu'il consid&#232;re tout &#224; fait licite et qui peut donc &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233;, car il y a dit-il apport de la propri&#233;t&#233; &#224; une soci&#233;t&#233; : on reste propri&#233;taire de la part correspondant &#224; ce qu'on investit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le&lt;i&gt; De Malo&lt;/i&gt; Thomas &#233;voque &#224; nouveau la question et en revient &#224; l'absolu de la condamnation &#8230;, avec quelques remarques suppl&#233;mentaires. Par exemple, il admet que le droit civil puisse tol&#233;rer l'usure si son interdiction serait source de plus de mal pour la communaut&#233;, de m&#234;me que Dieu admet certains maux en vue d'un bien plus grand. En revanche, il r&#233;fute l'argument de la libert&#233; de l'emprunteur en consid&#233;rant qu'il subit toujours une violence (comme celui qui doit payer un prix abusif), et m&#234;me une contrainte. L'obligation qu'il a contract&#233;e de payer un int&#233;r&#234;t &#233;tant naturellement injuste ne le lie pas. S. Thomas balaye &#233;galement l'argument du d&#233;triment &#233;ventuel subi par le pr&#234;teur en expliquant que m&#234;me si c'est le cas, et sauf retard dans le remboursement, ce n'est pas &#224; l'emprunteur &#224; compenser le pr&#234;teur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;b)	Analyse &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons rapidement sur les donn&#233;es scripturaires, qui sont les m&#234;mes chez Thomas que chez ses contemporains : les textes mosa&#239;ques, avec le probl&#232;me de l'usure autoris&#233;e avec les non-juifs ; et le texte de saint Luc, avec la question de savoir s'il s'agit d'un pr&#233;cepte ou d'un conseil. Mais, outre que pour notre propos on sort alors de l'analyse &#233;conomique, ces bases sont plut&#244;t faibles. Les textes mosa&#239;ques opposent le pr&#234;t &#224; un fr&#232;re isra&#233;lite dans le besoin, qui doit &#234;tre gratuit, au pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t &#224; un &#233;tranger, licite au moins pour le Deut&#233;ronome, ce qui semble autoriser au moins une certaine tol&#233;rance des pratiques usuraires par les lois positives, et une certaine souplesse dans l'appr&#233;ciation de la gravit&#233; du p&#233;ch&#233; d'usure. Et le texte de Luc remis dans son contexte appara&#238;t non comme un pr&#233;cepte r&#233;gissant la vie &#233;conomique, mais comme une recommandation d'attitude g&#233;n&#233;rale. Le P. Spicq souligne m&#234;me que ce passage de Luc implique en la mati&#232;re qu'on doit accepter m&#234;me de ne pas recevoir la somme pr&#234;t&#233;e ; il tire ensuite la conclusion g&#233;n&#233;rale que dans le raisonnement on ne peut pas se baser sur les seules &#201;critures, d'autant qu'elles ne regardent que le pr&#234;t &#224; la consommation et se situent dans le contexte d'une &#233;conomie primitive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argumentation de Thomas se base donc essentiellement sur le raisonnement. Ces arguments sont d'ordre moral, mais se font sur la base d'une analyse qui se veut factuelle, en l'esp&#232;ce juridique et &#233;conomique. Notons d'ores et d&#233;j&#224; que sur certains points Thomas n'anticipe pas ou peu les analyses ult&#233;rieures. Par exemple, il utilise peu les arguments li&#233;s au temps, l'id&#233;e qu'avec l'int&#233;r&#234;t on pr&#233;tend vendre du temps, alors m&#234;me que certaines de ses remarques incidentes pourraient montrer une certaine sensibilit&#233; &#224; la valeur du temps. Il ne d&#233;veloppe pas non plus l'id&#233;e populaire &#224; l'&#233;poque m&#233;di&#233;vale que bien utiliser l'argent c'est le faire circuler de fa&#231;on utile ou cr&#233;ative, notamment dans de vrais investissements... De fa&#231;on analogue, on ne trouve chez lui que de fa&#231;on embryonnaire, ou pas du tout, les notions de droit romain reprises ensuite qui ont permis de conceptualiser la l&#233;gitimit&#233; de paiements visant &#224; d&#233;dommager de ce qui aurait pu &#234;tre gagn&#233; ailleurs avec l'argent qui a &#233;t&#233; pr&#234;t&#233; (lucrum cessans, qu'il para&#238;t m&#234;me exclure), ou &#224; donner une indemnit&#233; pour le risque pris (periculum sortis) &#8211; en revanche il mentionne comme motif licite ce qui est perdu par le pr&#234;teur dans le processus (damnum emergens). En d'autres termes sa condamnation comporte peu d'&#233;chappatoires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d'aborder le c&#339;ur de son argumentation, rappelons les le&#231;ons que l'on peut tirer de l'&#233;volution ult&#233;rieure. La prise en compte de facteurs comme ceux qu'on vient de citer, et notamment le lucrum cessans, a conduit &#224; multiplier les cas o&#249;, pour un commer&#231;ant pr&#234;teur, on a consid&#233;r&#233; que le fait de soustraire de l'argent de son activit&#233; impliquait un manque &#224; gagner qu'il convenait de compenser. Le point est particuli&#232;rement important du fait que l'Eglise, sans modifier au moins explicitement sa position de principe, a progressivement admis la possibilit&#233; d'un int&#233;r&#234;t raisonnable. Ce que la plupart des commentateurs modernes ont interpr&#233;t&#233; comme une sorte de g&#233;n&#233;ralisation du lucrum cessans : dans notre &#233;conomie, il est possible &#224; tout instant et ais&#233;ment d'investir dans une activit&#233; &#233;conomique et d'&#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233;, et donc celui qui pr&#234;te sans r&#233;mun&#233;ration choisit par construction de renoncer &#224; un tel produit&#8230; De telles consid&#233;rations, qui sont dans la ligne de l'&#233;volution de la pens&#233;e scolastique apr&#232;s saint Thomas, ne paraissent pas imm&#233;diatement coh&#233;rentes avec ses textes &#224; lui, puisqu'il se montre r&#233;ticent envers le lucrum cessans. On pourrait toutefois consid&#233;rer que le reproche qu'il lui faisait (l'incertitude sur le gain que l'argent aurait permis de faire) ne s'applique pas &#224; la situation actuelle, puisqu'on peut montrer et de fa&#231;on certaine, au moment de la conclusion du pr&#234;t, le gain possible par un placement alternatif. Situation qui n'a rien &#224; voir avec celle du marchand m&#233;di&#233;val qui expliquait qu'il aurait pu gagner de l'argent par telle ou telle op&#233;ration hypoth&#233;tique, et a priori risqu&#233;e. Cet argument ne manque pas de poids, et pourrait conduire &#224; faire l'hypoth&#232;se que s. Thomas aurait accept&#233; une forme de lucrum cessans dans un environnement comme le n&#244;tre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le fond, on a vu que le c&#339;ur de l'argumentation de saint Thomas portait sur la nature m&#234;me de l'op&#233;ration de pr&#234;t. Ce raisonnement est valid&#233; par plusieurs commentateurs importants, mais rarement critiqu&#233;, y compris par ceux, pr&#233;dominants aujourd'hui, qui justifient un int&#233;r&#234;t mod&#233;r&#233; par les caract&#233;ristiques de l'&#233;conomie moderne et notamment le lucrum cessans. La question a un int&#233;r&#234;t th&#233;orique consid&#233;rable. Le raisonnement propos&#233; repose au fond sur trois affirmations. La premi&#232;re : dans une op&#233;ration de pr&#234;t il y a transfert de propri&#233;t&#233;, &#224; la suite de quoi l'argent est consomm&#233;, comme du pain. La deuxi&#232;me : lorsqu'un pr&#234;t porte sur un produit ainsi consomm&#233;, on n'est tenu qu'&#224; rendre ce produit tel quel, m&#234;me si du temps s'est &#233;coul&#233;. Corr&#233;lativement, on affirme qu'un pr&#234;t ne comporte pas de dimension de service rendu, qui pourrait &#234;tre factur&#233; s&#233;par&#233;ment. La troisi&#232;me : l'argent ne poss&#232;de aucune forme de dimension productive, justifiant une r&#233;mun&#233;ration. Ces points heurtent directement les perceptions actuelles, ind&#233;pendamment du relativisme de l'&#233;conomie moderne. Voyons-les successivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier argument affirme que l'argent utilis&#233; (d&#233;pens&#233;) est consomm&#233; comme le pain ou le vin. Mais si je pr&#234;te un pain pour &#234;tre mang&#233;, il dispara&#238;t. Si je pr&#234;te de l'argent, l'emprunteur a l'argent ; et il peut ensuite le th&#233;sauriser, l'investir, ou encore acheter quelque chose, qui peut &#224; son tour &#234;tre consomm&#233; ou &#234;tre conserv&#233; ou utilis&#233; avec profit. L'argent n'est donc pas v&#233;ritablement consomm&#233;. Mesure de toute marchandise ou bien &#233;conomique, il subsiste dans l'op&#233;ration et peut continuer &#224; jouer son r&#244;le. Certes le pr&#234;teur perd la propri&#233;t&#233; de cet argent, mais il ne perd pas toute propri&#233;t&#233; : il obtient en &#233;change une cr&#233;ance sur le d&#233;biteur, cr&#233;ance qui est un actif et d'ailleurs bien souvent consid&#233;r&#233; comme un quasi-&#233;quivalent de l'argent (notre monnaie actuelle est une forme de cr&#233;dit). Par ailleurs si l'argent &#233;tait consomm&#233; dans un pr&#234;t, il le serait aussi dans un investissement, dont saint Thomas et ses successeurs consid&#232;rent la r&#233;mun&#233;ration licite. Dans un investissement comme dans un pr&#234;t, je me dessaisis de l'argent, que l'entreprise ou l'entrepreneur utilise comme il veut, dont il est ensuite pleinement propri&#233;taire, et j'&#233;change cet argent contre un titre, celui d'associ&#233; ou d'actionnaire, ou celui de cr&#233;ancier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, on peut contester l'id&#233;e m&#234;me que dans un pr&#234;t on doive rendre la chose ou plut&#244;t son &#233;quivalent, ni plus ni moins. Cela suppose une &#233;quivalence totale entre la possession d'un bien ou d'un capital aujourd'hui ou par exemple dans un an. Mais cela ne va pas de soi : si une banque pr&#234;te &#224; un jeune couple de quoi s'acheter un r&#233;frig&#233;rateur, le jeune couple verra &#233;videmment une diff&#233;rence entre le fait d'avoir l'appareil tout de suite et celui d'attendre d'avoir &#233;pargn&#233; 2 ou 3 ans avant de pouvoir en jouir. Un pr&#234;t est vraiment un service puisqu'il apporte &#224; quelqu'un des ressources rares dont il ne dispose pas et dont il a besoin. On ne voit pas au nom de quoi on ne pourrait pas facturer ce service (en dehors &#233;videmment du cas du n&#233;cessiteux), a fortiori bien s&#251;r dans une soci&#233;t&#233; o&#249; le pr&#234;teur se d&#233;fait d'un argent dont il pourrait avoir un autre usage, au minimum d'investir. Certes dans une perspective de charit&#233; il serait mieux de ne pas le faire ; mais le raisonnement que faisait saint Thomas avec le juste prix para&#238;t pouvoir s'appliquer : ce qui serait plus vertueux n'est pas d&#251; en stricte justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En troisi&#232;me lieu, s'il est exact que l'argent &#224; lui seul n'est pas productif, et que seul le travail humain au sens large permet de le faire fructifier, il serait pour autant erron&#233; de nier la contribution du capital dans cette production. Un ouvrier sans machine produit massivement moins qu'un ouvrier avec machine. C'est ce que la notion de lucrum cessans prendra en compte : l'argent investi permet une production, une cr&#233;ation de richesse, dont la r&#233;mun&#233;ration est licite. On dit que dans un tel cas cela se fait avec risque. Mais il n'est pas n&#233;cessaire que ce soit un risque d'entreprise, ce peut &#234;tre un risque assez mineur (et en un sens tout cr&#233;ancier prend un risque). Le pr&#234;teur aurait pu aussi utiliser l'argent pour investir dans une part de soci&#233;t&#233; immobili&#232;re et en retirer un loyer (reconnu licite par Thomas), ce qui ne pr&#233;sente pas plus de risque qu'un pr&#234;t d'argent... Il est notable que s. Thomas admet que la loi civile puisse autoriser le pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t, non seulement au nom des limites intrins&#232;ques de cette loi civile, mais parce que cette autorisation peut &#234;tre source d'un certain bien : mais comment est-ce possible si c'est en soi injuste ?... On pourrait objecter que ceci ne justifie que le pr&#234;t avec int&#233;r&#234;t &#224; une activit&#233; productive. Mais rappelons que le r&#244;le normal de l'&#233;pargne, c'est l'investissement. Si donc je distrais une partie de cette &#233;pargne pour pr&#234;ter &#224; mon jeune couple de quoi s'acheter un r&#233;frig&#233;rateur, je perds ce que l'investissement aurait produit. Nous retrouvons le lucrum cessans, sans parler des arguments pr&#233;c&#233;dents sur le service r&#233;el rendu et le r&#244;le du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;c)	Le&#231;ons&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle conclusion tirer de ceci ? L'analyse de s. Thomas doit &#234;tre inscrite dans le contexte de son temps : un risque majeur repr&#233;sent&#233; par l'usure, alors un vrai fl&#233;au social, un petit nombre d'investissements productifs, le sentiment que tout emprunteur agit sous la contrainte, etc. Davantage et plus pr&#233;cis&#233;ment le risque repr&#233;sent&#233; par l'argent, qui est justement relev&#233; par les &#201;vangiles : l'argent idol&#226;tr&#233;, de fa&#231;on insatiable. Cette insatiabilit&#233; peut &#234;tre encourag&#233;e par la pratique de la finance puisqu'il n'y a plus de limite naturelle &#224; son d&#233;veloppement. Il est donc compr&#233;hensible que saint Thomas ait tranch&#233; rigoureusement en la mati&#232;re, parfois au-del&#224; de ses successeurs scolastiques, ce qui fait contraste avec la subtilit&#233; et la richesse de son approche &#233;conomique. Corriger les limites de cette analyse ne doit donc pas conduire &#224; oublier cette le&#231;on essentielle : la st&#233;rilit&#233; de l'argent hors travail humain, et plus largement hors association ou solidarit&#233;, et en dehors de tout lien, m&#234;me indirect, avec une activit&#233; productrice. Il est vrai qu'un pr&#234;teur est bien moins solidaire de l'emprunteur qu'un actionnaire ou un associ&#233;, puisqu'il peut exiger de lui la somme, y compris devant les tribunaux. Il se borne donc &#224; transf&#233;rer momentan&#233;ment une propri&#233;t&#233;, celle d'une somme d'argent, contre la propri&#233;t&#233; d'un titre ex&#233;cutoire. &#192; chaque crise financi&#232;re, cette rigidit&#233; du cr&#233;dit pr&#233;sente des risques majeurs. Il est donc l&#233;gitime de donner au cr&#233;dit une dignit&#233; &#233;thique moindre qu'&#224; l'investissement direct en capital.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Peut-on consid&#233;rer que saint Thomas a eu l'intuition de ce champ que nous appelons &#233;conomie ? Il a certainement vu avec un degr&#233; de pr&#233;cision appr&#233;ciable bien des questions de base concernant les marchands. Son analyse des prix est f&#233;conde et toujours pertinente. Mais ce qui est remarquable est l'id&#233;e que la justice se d&#233;termine en fonction d'un &#233;valuation &#233;thique des rapports sociaux r&#233;els, et non d'a priori. C'est le jeu r&#233;el de la soci&#233;t&#233; qu'il faut appr&#233;cier, et qu'il a essay&#233; d'analyser. C'est ce qui explique que m&#234;me si on peut remettre en question certains aspects de cette analyse, comme dans le cas de l'usure, l'essentiel de ses le&#231;ons conservent leur valeur et sont toujours d'actualit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Crise et apr&#232;s-crise : un regard chr&#233;tien sur l'&#233;conomie</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Crise-et-apres-crise-un-regard-chretien-sur-l-economie.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Crise-et-apres-crise-un-regard-chretien-sur-l-economie.html</guid>
		<dc:date>2020-05-27T14:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Covid</dc:subject>
		<dc:subject>Crise</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Note de l'Acad&#233;mie catholique de France sur les effets &#233;conomiques et sociaux de la pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;daction collective sous ma responsabilit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;lire...&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-politique-et-economie-.html" rel="directory"&gt;Religion et &#233;conomie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Pandemie-Covid-+.html" rel="tag"&gt;Covid&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Crise-202-+.html" rel="tag"&gt;Crise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;ACAD&#201;MIE CATHOLIQUE DE FRANCE&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;NOTE SUR LES EFFETS &#201;CONOMIQUES ET SOCIAUX DE LA PAND&#201;MIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sente Note est la premi&#232;re d'une s&#233;rie que l'Acad&#233;mie catholique de France a initi&#233;e concernant les principaux domaines de r&#233;alit&#233;s et de savoirs affect&#233;s par la Pand&#233;mie : socio-&#233;conomique, g&#233;opolitique, historico-th&#233;ologique et spirituel et scientifico-m&#233;dical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacune d'elles r&#233;sulte d'une r&#233;flexion coll&#233;giale men&#233;e par les membres de notre Corps acad&#233;mique, sp&#233;cialistes des questions ici trait&#233;es. Elles auront &#233;t&#233; successivement diffus&#233;es entre le 25 mai et le 10 juin 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur int&#233;r&#234;t, outre l'&#233;cart m&#233;thodologique qu'elles &#233;tablissent vis-&#224;-vis des flux informatifs aussi divers que contradictoires sur des probl&#232;mes complexes et sensibles, tient &#224; ce que l'analyse des effets &#224; laquelle elles proc&#232;dent, articule de mani&#232;re raisonn&#233;e les registres du descriptif et du prospectif. Nous voulons esp&#233;rer que comme telles, elles fourniront autant d'&#233;l&#233;ments contributifs au devoir d'&#233;clairage sur une trajectoire de bouleversements et d'interpellations fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que leurs signataires re&#231;oivent ici l'expression de notre gratitude pour leur engagement dans l'&#233;criture qualifi&#233;e des chapitres de nos r&#233;flexions collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, le 25 mai 2020&lt;br class='autobr' /&gt;
P&#232;re doyen Philippe CAPELLE-DUMONT&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident de l'Acad&#233;mie catholique France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Prologue&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Crise d'abord sanitaire, et douloureuse pour des millions de personnes, la crise que nous subissons est tout autant &#233;conomique, et c'est sur ce plan une crise exceptionnelle, comparable &#224; la seule crise de 1929 - qui a eu des effets d&#233;sastreux. Il importe donc de bien r&#233;agir. Nous faisons face &#224; un triple danger : le danger &#233;motionnel, conduisant &#224; de mauvaises d&#233;cisions politiques, h&#226;tives et mal consid&#233;r&#233;es. Le danger d'actions d&#233;cid&#233;es localement, mais mal articul&#233;es entre elles. Et le danger d'agir au mauvais rythme, soit trop vite soit trop lentement. Pourtant nous devons agir, et &#233;nergiquement, &#233;tant donn&#233; la gravit&#233; de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e chr&#233;tienne a d&#233;gag&#233; des rep&#232;res pour l'action qui s'av&#232;rent pr&#233;cieux ici. Le premier, dont nous mesurons plus que jamais la centralit&#233;, est le bien commun. Le bien de chacun n'existe pas sans le bien de tous. Quoi de plus pertinent, pour rappeler ce principe, que la solidarit&#233; physique que cr&#233;e l'&#233;pid&#233;mie, coupl&#233;e avec l'&#233;vidente interd&#233;pendance de tous sur cette plan&#232;te, dans ce terrible jeu que nous subissons ? Et comment sortir au mieux de cette &#233;preuve, sinon par le souci de tous tourn&#233; vers le bien de tous donc de chacun ? Un deuxi&#232;me ensemble de principes, imm&#233;diatement parlants dans ce que nous vivons, est le couple solidarit&#233; et subsidiarit&#233;. Solidarit&#233; bien s&#251;r : nous sommes &#224; l'&#233;vidence dans le m&#234;me bateau et nous nous sortirons ensemble de cette &#233;preuve. Subsidiarit&#233; aussi, &#224; savoir le recours maximal &#224; l'initiative et &#224; la cr&#233;ativit&#233; de chacun et des groupes interm&#233;diaires, car les grands appareils centralis&#233;s nous ont &#233;t&#233; terriblement d&#233;ficients. Ce &#224; quoi nous pouvons ajouter le rappel du principe de participation, car l'effort immense fourni par tant d'hommes et de femmes implique reconnaissance de leur contribution essentielle &#224; l'effort commun. Le tout dans le respect de ces autres valeurs &#233;galement mises en exergue par la pens&#233;e chr&#233;tienne : v&#233;rit&#233;, libert&#233;, et justice - toutes trois bien malmen&#233;es dans cette &#233;preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore faut-il ne pas perdre de vue les autres grands probl&#232;mes ant&#233;rieurement existant de notre humanit&#233; : environnement, dette et d&#233;s&#233;quilibres financiers, injustices, et migrations. Car loin d'&#234;tre relativis&#233;s par cette crise, ils sont exacerb&#233;s par elle. L&#224; aussi, en un sens, tout est li&#233;. Encore faut-il faire surtout un diagnostic juste de ce qui s'est pass&#233;, sans projeter sur les &#233;v&#233;nements, qui ont surpris la plupart des participants, des id&#233;es pr&#233;con&#231;ues quelles qu'elles soient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat est ouvert, mais les faits suivants nous paraissent av&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question centrale de l'Etat et de la d&#233;pense publique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une crise externe &#224; la sph&#232;re &#233;conomique et financi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait premier est que la crise actuelle n'a rien &#224; voir directement ni avec la finance, ni avec la sp&#233;culation, ni avec l'&#233;conomie de march&#233; en g&#233;n&#233;ral. Ce n'est pas 2008. Cela ne d&#233;douane pas ces r&#233;alit&#233;s de leurs d&#233;fauts et limites, mais nous sommes devant le cas d'un crise &#233;conomique majeure qui n'est pas d'origine &#233;conomique ou financi&#232;re. Bien s&#251;r, elle a mis en &#233;vidence les fragilit&#233;s de cette &#233;conomie, notamment sur le plan financier avec l'endettement g&#233;n&#233;ralis&#233;. Elle a montr&#233; aussi les limites de la mondialisation commerciale et industrielle, avec son culte des flux tendus et des d&#233;localisations et ses concentrations de production en Chine, qui nous ont laiss&#233;s terriblement d&#233;munis. Cela nous permet de prendre conscience (si cela n'a pas &#233;t&#233; le cas auparavant) du fait qu'un ph&#233;nom&#232;ne comme la mondialisation, qui a eu des bienfaits consid&#233;rables, tant pour les consommateurs des pays avanc&#233;s que pour les producteurs des pays en d&#233;veloppement, peut aussi &#234;tre source de terribles vuln&#233;rabilit&#233;s. Une premi&#232;re le&#231;on en d&#233;coule, qui est le besoin de ne pas se fier &#224; des slogans abstraits ou des id&#233;ologies toutes faites. Une seconde le&#231;on est que l'&#233;conomie doit &#234;tre r&#233;encastr&#233;e dans le contexte des communaut&#233;s qui en vivent, ceci incluant la responsabilit&#233; politique des dirigeants pour la protection de leurs peuples, pour le Bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une d&#233;faillance majeure des politiques publiques, dans leur priorit&#233;s et modes de gestion plus que dans les moyens d&#233;ploy&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un th&#232;me fr&#233;quemment &#233;voqu&#233; a &#233;t&#233; celui des restrictions op&#233;r&#233;es dans de nombreux pays dans les politiques publiques en mati&#232;re de sant&#233;. Ce th&#232;me peut avoir son sens ici ou l&#224;, mais ce n'est pas le plus pertinent en l'esp&#232;ce : les restrictions budg&#233;taires ont pu &#233;videment conduire &#224; une moindre capacit&#233; &#224; soigner, ce qui est en soi tr&#232;s important ; mais la taille des budgets sant&#233; n'est en aucune fa&#231;on corr&#233;l&#233;e avec les r&#233;sultats obtenus dans la lutte contre ce fl&#233;au. Le point central n'est donc en g&#233;n&#233;ral pas d'abord de d&#233;penser plus, mais d'une part de mieux d&#233;penser, et d'autre part de r&#233;agir vite et courageusement. La France par exemple a un nombre de morts par habitants parmi les plus &#233;lev&#233;s, et a subi un gel dramatique de son &#233;conomie. Pourtant les d&#233;penses fran&#231;aises de sant&#233; sont bien plus &#233;lev&#233;es que celles de la Cor&#233;e, pour un r&#233;sultat bien plus m&#233;diocre : 11.2% du PIB contre 8%, sans parler de Taiwan. Et ce n'est pas un probl&#232;me de taille du secteur priv&#233;. Tant &#224; Taiwan qu'en Cor&#233;e, autour de 90% des h&#244;pitaux et des &#171; cliniques &#187; (centres de premier accueil des patients) d&#233;pendent du secteur priv&#233;. Les d&#233;penses publiques de sant&#233; repr&#233;sentaient 4,8% du PIB en Cor&#233;e en 2018 et 9,3% en France. De m&#234;me, l'Allemagne voisine d&#233;pense autant que nous en proportion, avec un syst&#232;me nettement plus privatis&#233;, beaucoup plus de lits d'h&#244;pital, plus de tests, et de bien meilleurs r&#233;sultats. Paradoxe enfin des pays comme le Portugal et la Gr&#232;ce, qui ont subi des politiques de rigueur s&#233;v&#232;res, qui ont affect&#233; douloureusement leur offre de soin, mais qui se tirent bien mieux de la crise sanitaire que la France. Preuve que la qualit&#233; de la d&#233;cision a plus import&#233; en l'esp&#232;ce que la masse des budgets : cela ne justifie &#233;videmment pas toutes les coupes, mais cela souligne l'importance d&#233;cisive de la d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de la France, parler d'un d&#233;mant&#232;lement du service public est donc quantitativement erron&#233;. Si les d&#233;penses publiques de sant&#233; en France ont l&#233;g&#232;rement baiss&#233; en 2018 (9,3%) par rapport &#224; 2016 (9,5%), elles sont toujours plus &#233;lev&#233;es qu'il y a vingt ans (7,6% en 1998). Surtout, quel que soit le gouvernement, nous souffrons de la mani&#232;re fran&#231;aise de r&#233;duire les d&#233;penses m&#233;caniquement, qui est la m&#233;thode budg&#233;taire, alors qu'il faudrait tailler durement certaines d&#233;penses, et en augmenter d'autres. On r&#233;duit trop souvent l&#224; o&#249; c'est plus facile, c'est-&#224;-dire l&#224; o&#249; il y a le moins de protestations, et non selon les vraies priorit&#233;s, parce qu'on est trop souvent incapable d'investir sur l'avenir, parce qu'on comprend la pr&#233;caution comme le blocage de ce qui est nouveau, et non comme la prise de pr&#233;caution pour l'avenir. A cela se sont ajout&#233;es des attitudes d'autoritarisme bureaucratique, li&#233;es en partie au manque de subsidiarit&#233;, conduisant par exemple &#224; nier contre toute &#233;vidence l'utilit&#233; des masques et des tests. Outre l'erreur ainsi commise, et l'absence de mobilisation que cela a induit pour leur production, l'impact sur la confiance a &#233;t&#233; d&#233;vastateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons de fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale que la France a parmi les pays d&#233;velopp&#233;s le record des d&#233;penses publiques dans le PIB, 56% environ. Nous d&#233;pensons donc beaucoup, mais &#224; l'&#233;vidence mal. En cela nous sommes &#224; l'oppos&#233; du principe de subsidiarit&#233;. Au-del&#224; des options politiques des uns ou des autres, il convient donc de s'interroger sur le mode de d&#233;cision collectif. La tradition centralis&#233;e et bureaucratique qui nous caract&#233;rise n'est pas le seul mode de fonctionnement possible pour un service public, encore moins pour la mise en &#339;uvre du bien commun. Ajoutons que sur le plan global le souci d'un contr&#244;le des d&#233;ficits publics et donc de la dette publique est une bonne pr&#233;caution. C'est pr&#233;cis&#233;ment quand on &#233;vite d'&#234;tre endett&#233; par temps calme qu'on a une plus grande capacit&#233; de lever de l'argent au moment d'une crise. Il faut de la rigueur en temps normal, et des mesures d'exception quand la situation l'exige. Les fourmis germaniques partent donc bien mieux que les cigales latines, ou anglo-saxonnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour de l'Etat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On a salu&#233; dans cette crise le retour de l'Etat, et &#224; raison. C'est une diff&#233;rence majeure par rapport &#224; 2008, o&#249; les banques centrales &#233;taient en premi&#232;re ligne. Ce qui a une cons&#233;quence b&#233;n&#233;fique, qui est de rappeler l'importance du r&#244;le des Etats : la DSE leur reconna&#238;t la responsabilit&#233; ultime du bien commun, et en cas de crise cela implique une intervention forte et d&#233;termin&#233;e de leur part. Mais ne perdons pas de vue la motivation profonde : le bien commun. Il ne justifierait en rien une extension massive du r&#244;le de l'Etat, au d&#233;triment du principe &#233;galement fondamental de la subsidiarit&#233;, c'est-&#224;-dire de l'autonomie et de la libert&#233; responsable de la personne et des formes d'action collective proches d'elle, celles de corps interm&#233;diaires. Car ce dont on aurait eu besoin, c'est d'un Etat plus fort et plus ambitieux, certes, mais aussi bien plus concentr&#233; sur ses missions fondamentales, faisant plus confiance aux citoyens et aux corps interm&#233;diaires, et moins bureaucratique. La question de la d&#233;centralisation, permettant de prendre les d&#233;cisions, m&#234;me publiques, &#224; un niveau plus proche de la r&#233;alit&#233;, est sous-jacente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un risque serait d&#232;s lors ici qu'on ait une pression encore plus forte en faveur de la d&#233;pense publique, alors m&#234;me que nos Etats sont tr&#232;s endett&#233;s, et le seront plus encore apr&#232;s l'effort exceptionnel et justifi&#233; de soutien de l'&#233;conomie pendant la crise. Et donc que les tendances d&#233;j&#224; malsaines &#224; l'&#339;uvre depuis des d&#233;cennies se trouvent aggrav&#233;es. Un autre risque corr&#233;l&#233; serait la tentation des ateliers nationaux, des emplois cr&#233;&#233;s sur fonds publics, pourtant rarement efficaces ; au contraire, la d&#233;centralisation des centres de d&#233;cision d'une &#233;conomie ouverte sur l'initiative priv&#233;e ou associative favorise ses capacit&#233;s d'adaptation. De m&#234;me la tentation des nationalisations : justifi&#233;es &#224; l'occasion par l'urgence ou les sp&#233;cificit&#233;s de l'activit&#233;, elles sont rarement convaincantes sur la dur&#233;e, sauf &#224; nouveau cas sp&#233;cifiques. La vuln&#233;rabilit&#233; de nos &#233;conomies est r&#233;elle, mais n'est pas sp&#233;cifique au secteur priv&#233;. Ce que cela prouve est donc le besoin d'une action publique (politique de pr&#233;vention et de pr&#233;caution) plus que d'un secteur public (m&#234;me s'il peut avoir un r&#244;le &#233;videmment majeur) ; subsidiarit&#233; &#224; nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autonomie et interd&#233;pendance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre le&#231;on de la crise, souvent relev&#233;e elle aussi, est la remise en cause des exc&#232;s de la mondialisation de la production et du commerce. L'id&#233;e g&#233;n&#233;rale est claire pour l'opinion ; mais la r&#233;alisation demande une r&#233;flexion &#224; la fois &#233;nergique et responsable. D'une part en effet, il n'est pas acceptable que des pays avanc&#233;s de la stature du n&#244;tre se trouvent aussi caricaturalement d&#233;pendants de la production &#224; l'&#233;tranger de produits d&#233;cisifs dans une crise comme celle-ci (a fortiori quand il s'agit de pays totalitaires, qui peuvent se server de cette d&#233;pendance &#224; des fins politiques ou diplomatiques) : sans parler de productions aussi banales que les masques ou les composants des tests, nous nous trouvons d&#233;pourvus de nombreux produits pharmaceutiques que seuls certains autres produisent, notamment la Chine. On incrimine ici le jeu spontan&#233; d'une &#233;conomie ouverte qui favorise les productions partag&#233;es, et les flux tendus ; et sur ce plan on a raison. Mais la faute est au moins autant celle des responsables publics, qui ont adopt&#233; sans regard critique une version idyllique de la r&#233;alit&#233; des rapports internationaux. Or ils sont responsables de leur peuple, du bien commun de leur peuple. Les op&#233;rateurs &#233;conomiques comme ceux des march&#233;s n'ont pas moralement le droit de se d&#233;sint&#233;resser de ce bien commun ; mais la responsabilit&#233; ultime c'est le pouvoir politique qui l'a ; et il a d&#233;failli, depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps aussi, il convient d'&#234;tre conscient que si on peut et doit r&#233;duire notre vuln&#233;rabilit&#233; et rapatrier des lignes de production essentielles, ou se munir de la capacit&#233; &#224; les recr&#233;er tr&#232;s vite, il est exclu de faire dispara&#238;tre toute d&#233;pendance. Une certaine richesse de la nation est n&#233;cessaire pour qu'elle puisse d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts strat&#233;giques et sa souverainet&#233;, dans un monde de confrontations ; mais ce n'est pas par un repli protectionniste qu'on a de chance d'atteindre le niveau de richesse requis. L&#224; aussi, nous sommes tous li&#233;s : nous avons besoin de mati&#232;res premi&#232;res que nous n'avons pas, et nous ne pouvons produire tous les composants, chimiques, m&#233;caniques ou &#233;lectroniques, ni d'ailleurs tout inventer tout le temps. Nous avons donc besoin d'une action publique &#233;nergique, ordonn&#233;e &#224; la notion d'activit&#233; strat&#233;gique : &#224; savoir s&#233;curiser autant que possible toutes les activit&#233;s indispensables &#224; la vie collective, notamment en temps de crise, et disposer d'une capacit&#233; &#224; r&#233;agir vite et fort ; mais sans cultiver le phantasme de l'autarcie ou de l'invuln&#233;rabilit&#233;. De la m&#234;me mani&#232;re, une action r&#233;solue pour s'assurer d'une r&#233;duction majeure de nos &#233;l&#233;ments de vuln&#233;rabilit&#233; ne doit pas r&#233;duire notre effort de coop&#233;ration externe, europ&#233;enne ou internationale, tout au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dette et monnaie : les dilemmes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, pour une fois la crise ne provient pas de la sph&#232;re financi&#232;re ni m&#234;me de l'&#233;conomie au sens large. Mais notre &#233;conomie se caract&#233;rise par un degr&#233; exceptionnellement &#233;lev&#233; d'endettement, bien sup&#233;rieur &#224; ce qu'il &#233;tait en 2008. C'est la dette qui transforme une crise sur un march&#233; en crise syst&#233;mique, car elle cr&#233;e un effet domino par d&#233;pendance des acteurs les uns des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, sans mesure correctrice et m&#234;me avec elles, l'&#233;conomie non-financi&#232;re ne peut que souffrir &#233;norm&#233;ment des mesures de confinement et du recul de l'activit&#233;, et cela se traduira dans la sph&#232;re financi&#232;re. La perte de production devrait &#234;tre telle que le PNB annuel recule de fa&#231;on massive, sans pr&#233;c&#233;dent depuis 1929. De ce fait, les gouvernements ont pris et continueront &#224; prendre des mesures correctrices consid&#233;rables pour soutenir l'activit&#233;, pour aider les entreprises &#224; traverser la p&#233;riode, et pour permettre la poursuite du cr&#233;dit bancaire. Tout cela aidera les entreprises concern&#233;es, m&#234;me si la souffrance restera consid&#233;rable, et par l&#224; leurs cr&#233;anciers, rendant un peu moins probable une crise financi&#232;re. Il ne nous incombe pas ici de porter un jugement sur ces mesures, ou sur l'ampleur exacte du risque de crise, mais de souligner le risque majeur que nos soci&#233;t&#233;s prennent avec leur niveau d'endettement. Car ce faisant l'Etat s'endettera encore plus, et massivement. On peut discuter les modalit&#233;s, l'urgence est l&#224;. Mais il est utile en effet de r&#233;fl&#233;chir parall&#232;lement aux questions de fond, sur la dur&#233;e. Que faire de cette dette ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; la question est celle m&#234;me des d&#233;ficits publics, presque permanents en France depuis 45 ans, comme dans bien des pays. Acceptables s'ils finan&#231;aient des investissements g&#233;n&#233;rant une capacit&#233; de remboursement, ils ne sont pas &#233;thiques s'ils financent des d&#233;penses courantes (sauf &#233;ventuellement &#224; titre temporaire et r&#233;versible). De telles d&#233;penses doivent &#234;tre soit r&#233;duites soit financ&#233;es par l'imp&#244;t. Qu'elles soient renvoy&#233;es sur les g&#233;n&#233;rations suivantes est un grave signe de d&#233;g&#233;n&#233;rescence du processus politique, par manque de solidarit&#233; des uns et d'irresponsabilit&#233; des autres - ici aussi, la pens&#233;e chr&#233;tienne nous rappelle l'importance de la prise en compte des g&#233;n&#233;rations &#224; venir. Le syst&#232;me financier a contribu&#233; paradoxalement &#224; cette d&#233;rive, en fournissant &#224; l'Etat, depuis les r&#233;formes de 1983, un financement r&#233;gulier, massif et peu co&#251;teux, mais qui devient tr&#232;s dangereux en cas de crise, comme l'exemple de la Gr&#232;ce nous l'a rappel&#233;. Nous retrouvons ici la question que posait la d&#233;pense de sant&#233;, qui est dans une large mesure la question de la bonne d&#233;pense. En d&#233;finitive, en r&#233;gime de croisi&#232;re, le bien commun demande que l'Etat g&#232;re de fa&#231;on responsable les ressources qu'il se procure par l'imp&#244;t et les emploie au mieux, d'une mani&#232;re que les citoyens comprennent et approuvent, sans s'endetter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est ensuite erron&#233; de croire qu'on puisse financer durablement des d&#233;ficits publics par appel &#224; la cr&#233;ation mon&#233;taire. Cela peut s'imposer dans l'urgence, mais l'exemple des deux guerres mondiales montre que le risque est que cela devienne violemment inflationniste ; or tout le monde souffre gravement de l'inflation, notamment les plus faibles. Le financement des d&#233;ficits publics par la banque centrale, ou la distribution de monnaie dans le public, n'est pas une solution en r&#233;gime permanent : soit cela se substitue &#224; l'action des &#233;tablissements financiers, qui quoi qu'on pr&#233;tende ont largement financ&#233; l'&#233;conomie - voire trop si on en juge par l'endettement g&#233;n&#233;ral ; et on d&#233;bouche non seulement sur une &#233;conomie largement &#233;tatis&#233;e, mais sur une cr&#233;ation de monnaie dont la contrepartie r&#233;elle est al&#233;atoire. Soit il s'y ajoute, et la cr&#233;ation de monnaie sera manifestement excessive. Les ma&#238;tres chr&#233;tiens, notamment &#224; l'&#233;poque scolastique, vitup&#233;raient &#233;nergiquement les princes qui adult&#233;raient les monnaies, car ils reconnaissaient dans la stabilit&#233; et la fiabilit&#233; de la monnaie une composante essentielle du bien commun, en tant que pilier de la confiance mutuelle. La monnaie n'est pas un outil dont on joue, c'est une r&#233;f&#233;rence commune qui ne doit pas &#234;tre remise en cause. On peut certes d&#233;battre des avantages et inconv&#233;nients possibles d'une inflation faible et contr&#244;l&#233;e, encore que le principe en soit inqui&#233;tant, mais les m&#233;faits d'une inflation forte sont indubitables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste cependant qu'en l'occurrence nous ne sommes pas en r&#233;gime de croisi&#232;re. A nouveau, l'ampleur des d&#233;penses publiques d&#233;ploy&#233;es, et leur financement par l'emprunt, ne sont pas en soi critiquables. La question qui se posera sera celle de leur poids ult&#233;rieur, d'autant qu'elles s'ajoutent &#224; une dette accumul&#233;e consid&#233;rable. Le stock de dette ainsi accumul&#233; pose un probl&#232;me consid&#233;rable. Or contrairement &#224; ce que certains pensent, cette dette est r&#233;elle, juridiquement exigible. Ces cr&#233;ances sur l'Etat ne sont pas principalement d&#233;tenues par les banques, comme on le croit ici ou l&#224;, mais par des institutions d'&#233;pargne, outre les &#233;trangers. Les r&#233;pudier serait un d&#233;sastre financier et ruinerait beaucoup de gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la tentation de mon&#233;tiser les cr&#233;ances existantes, notamment celles d&#233;j&#224; d&#233;tenues par la banque centrale (la BCE). Mais celle-ci ne d&#233;tenait qu'environ 20% de la dette de l'Etat fran&#231;ais avant la crise actuelle, sans doute une peu plus ensuite. Leur annulation ne cr&#233;erait pas d'effet massif sur les march&#233;s puisque ces cr&#233;ances sont d&#233;j&#224; achet&#233;es. Mais on enverrait un signal tr&#232;s inqui&#233;tant, pour une fraction limit&#233;e de la dette : le niveau de dette resterait historiquement &#233;lev&#233;. Si on voulait vraiment r&#233;duire celle-ci, il faudrait une op&#233;ration beaucoup plus vaste. Il faudrait ensuite non pas annuler les dettes, ce qui mettrait la banque centrale en perte et terrifierait l'opinion, mais les transformer en cr&#233;ances perp&#233;tuelles. Cela poserait de tr&#232;s gros probl&#232;mes juridiques et politiques ; car le financement des Etats par les banques centrales est exclu par les trait&#233;s europ&#233;ens. En outre, politiquement, il est tr&#232;s improbable que les pays de l'Europe du Nord, Pays Bas et Allemagne en t&#234;te, y consentiraient, d'autant que leur endettement est bien plus faible. Et le risque inflationniste deviendrait consid&#233;rable, voire de fuite devant la monnaie. Cela ne se ferait donc qu'en derni&#232;re extr&#233;mit&#233;, avec des risques collectifs tr&#232;s importants, car &#224; nouveau la fiabilit&#233; de la monnaie est un des piliers de la vie commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, ensuite, en r&#233;gime de croisi&#232;re, on n'&#233;chapperait pas &#224; l'assainissement des d&#233;ficits publics, et donc &#224; une r&#233;forme en profondeur de la d&#233;pense publique. Mais celle-ci suppose comme pr&#233;alable un large accord dans la population. Ce qui nous rappelle qu'au-del&#224; des questions d'argent, la crise aura frapp&#233; la soci&#233;t&#233; bien au-del&#224; des seuls d&#233;ficits publics.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Restaurer ou reb&#226;tir le tissu &#233;conomique et social&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tissu social et &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre effet imm&#233;diat de la crise sera &#233;videmment la remont&#233;e du ch&#244;mage, et l'affaiblissement relatif de nos entreprises. Nous n'avons pas su r&#233;duire le ch&#244;mage en France autant que dans d'autres pays, mais la remont&#233;e qui s'annonce va consid&#233;rablement aggraver la situation. Outre la solidarit&#233; avec tous ceux qui se voient tomber au bord de la route, il faudra ici encore un effort puissant, avec une participation publique, pour revitaliser notre appareil productif, notamment industriel, en lien avec le point pr&#233;c&#233;dent. Cela rel&#232;ve non seulement de notre int&#233;r&#234;t bien compris, mais d'un principe de solidarit&#233;. Cela se combine avec d'autres consid&#233;rations, certaines issues de la crise comme la question des activit&#233;s strat&#233;giques d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;es ; d'autres qui lui sont ant&#233;rieures, comme celle de l'&#233;cologie sous ses diff&#233;rents aspects, ou le besoin de r&#233;guler et orienter la finance au service de l'&#233;conomie r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est plus sourdement un autre effet, moins relev&#233;, de cette crise qui portera sur le tissu de la soci&#233;t&#233;. C'est l'action destructrice que, malgr&#233; les mesures correctives qui ont &#233;t&#233; prises, la crise aura sur le tissu des entreprises ind&#233;pendantes et des commerces. Rappelons-nous : une des causes du mouvement des gilets jaunes &#233;tait l'appauvrissement du tissu relationnel local, notamment des commerces en centre-ville ou village. Or ils vont &#234;tre frapp&#233;s de plein fouet - hors l'alimentaire et quelques autres. Le grand gagnant, c'est la distribution &#224; distance, les commandes par Internet. Elles ont leur place bien s&#251;r. Mais en un certain sens aussi, elles sont le triomphe de l'individualisme et de la d&#233;sagr&#233;gation du lien social. Paradoxalement, une crise, qui est l'occasion d'une pouss&#233;e de solidarit&#233;, sera ici aussi une occasion d'un repli sur soi encore plus marqu&#233;. Lutter contre cela suppose certes un effort de solidarit&#233;, mais aussi une r&#233;duction de l'emprise &#233;tatique et bureaucratique, qui est souvent &#233;touffante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise a en outre mis en &#233;vidence de grandes vuln&#233;rabilit&#233;s &#233;conomiques, une d&#233;pendance risqu&#233;e &#224; l'&#233;gard de la cha&#238;ne de production, avec apparition de nouveaux probl&#232;mes &#224; chaque instant. Outre la r&#233;vision en profondeur des crit&#232;res de s&#233;curit&#233; &#233;conomique, cela implique sans doute un plus grand souci de la solidarit&#233; g&#233;ographique et territoriale, rejoignant les pr&#233;occupations pr&#233;c&#233;dentes et celles &#233;cologiques pour produire et consommer localement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin et sans doute surtout, la crise nous a rappel&#233; l'importance litt&#233;ralement vitale de certains m&#233;tiers jug&#233;s parfois de haut ou en tout cas insuffisamment bien trait&#233;s en regard de leur importance r&#233;elle dans la cha&#238;ne des d&#233;pendances et des solidarit&#233;s. Cela inclut &#224; la fois la reconnaissance morale et sociale, et une r&#233;mun&#233;ration ad&#233;quate. Un cas embl&#233;matique est celui des infirmi&#232;res, nettement moins bien pay&#233;es qu'en Allemagne, alors que les d&#233;penses de sant&#233; sont comparables et les r&#233;sultats meilleurs chez eux. Dans un autre ordre d'id&#233;e, la crise a rappel&#233;, il en &#233;tait besoin, l'importance du r&#244;le de la famille en g&#233;n&#233;ral, des parents aupr&#232;s de leurs enfants en particulier ; quant &#224; la conciliation vie familiale-vie professionnelle, elle a montr&#233; toutes ses limites&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les p&#233;riph&#233;ries&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de ces acteurs indispensables de la vie commune, il convient de ne pas n&#233;gliger la solidarit&#233; avec les p&#233;riph&#233;ries du syst&#232;me, au sens large de ce terme, ch&#232;res au pape Fran&#231;ois. Cela vise naturellement les pauvres et les exclus, d'autant que le confinement les touche particuli&#232;rement. Mais cela vise aussi les pays plus pauvres, bien moins &#224; m&#234;me de lutter contre le fl&#233;au et gravement affect&#233;s par la r&#233;duction mondiale de l'activit&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est un autre groupe qui se range de plus en plus dans cette cat&#233;gorie de p&#233;riph&#233;rie, c'est celui des personnes &#226;g&#233;es. Ce n'est pas toujours ou principalement, &#224; nouveau, en termes de moyens mat&#233;riels affect&#233;s ou disponibles que la question se pose, mais certainement en termes de souci humain. On avait assist&#233; &#224; la mont&#233;e en puissance de la revendication sinistre en faveur de l'euthanasie ; on a constat&#233; pendant la crise le nombre extraordinairement &#233;lev&#233; des morts dans les EHPAD, donc de personnes qui n'ont pas eu acc&#232;s &#224; l'h&#244;pital ; sans parler de la disparition des visites et de la rupture du lien familial, y compris au moment de la mort. L&#224; aussi, le besoin de solidarit&#233; devrait se faire sentir de fa&#231;on plus intense qu'auparavant, et il d&#233;pend plus des priorit&#233;s personnelles ou collectives que des sommes &#224; y affecter. Dans ce contexte on se saurait trop insister sur le r&#244;le d&#233;cisif de la famille et des solidarit&#233;s familiales, qu'on a pu encore mesurer dans cette crise car ce fut pour la plupart d'entre nous le lieu dans lequel l'&#233;preuve a pu &#234;tre v&#233;cue et partag&#233;e. Le d&#233;bat public actuel ne met pas en &#233;vidence une prise de conscience accrue de ce facteur majeur pour la vie r&#233;elle de nos contemporains : rappelons que dans les estimations les plus mod&#233;r&#233;es, le travail familial (non r&#233;mun&#233;r&#233;) repr&#233;senterait plus du tiers du PIB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Changer de mod&#232;le ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a not&#233;, la crise n'a pas fait dispara&#238;tre les probl&#233;matiques ant&#233;rieurement pr&#233;sentes, &#224; commencer par l'&#233;cologie. Elle a m&#234;me accentu&#233; certaines pr&#233;occupations, ainsi le d&#233;sir de produire et consommer localement, tant en termes de solidarit&#233;, de s&#233;curit&#233;, que de moindre impact environnemental. Comme on l'a not&#233; aussi, elle a mis en &#233;vidence le double besoin de solidarit&#233; et de subsidiarit&#233;, donc de plus grande initiative, de moindre pression bureaucratique, mais dans le sens d'une action plus orient&#233;e vers le souci de la chose commune, du bien commun, y compris au sein de l'entreprise. Elle a aussi mis en &#233;vidence la n&#233;cessit&#233; de consid&#233;rations moins obnubil&#233;es par la seule dimension mat&#233;rielle et a fortiori par l'argent. Bien des signes indiquent que la croissance, mesur&#233;e m&#233;caniquement, va se trouver au moins partiellement remise en cause, ne serait-ce que par le passage du r&#233;el au virtuel, l'extension du t&#233;l&#233;travail et des r&#233;unions familiales (de familles dispers&#233;es) sur &#233;crans ; car on roulera moins, on volera moins, on usera moins de mat&#233;riel, on consommera moins d'&#233;nergie, etc. Plus qu'une d&#233;croissance &#224; technologie constante, les mutations en cours ne seront pas n&#233;cessairement un recul, mais une avanc&#233;e vers un monde nouveau, plus &#233;cologique, sans pour autant reprendre les th&#232;mes le plus simplificateurs de l'&#233;cologie politique. De telles r&#233;flexions retrouvent les orientations de base de la Doctrine sociale, concern&#233;es par l'&#234;tre plus que par l'avoir, dans la ligne dessin&#233;e par Laudato Si.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces soucis majeurs ne seront f&#233;conds que s'ils tiennent compte de trois faits essentiels. L'un, d&#233;j&#224; relev&#233; &#224; plusieurs reprises, que le besoin premier n'est pas d'une augmentation brute de la d&#233;pense collective, mais d'une r&#233;orientation des priorit&#233;s et des m&#233;thodes, donc dans une large mesure de la culture collective, qui ne peut s'effectuer par des d&#233;cisions autoritaires et incomprises. Un deuxi&#232;me, li&#233; au pr&#233;c&#233;dent, est que le changement ne sera r&#233;el et f&#233;cond que s'il s'accompagne d'une transformation int&#233;rieure. Le pape Fran&#231;ois parle ici d'une conversion &#233;cologique, ce qui dans son discours va bien plus loin que ce qu'on entend par l&#224; habituellement, mais inclut l'ensemble de notre rapport au monde, &#224; l'homme et &#224; la soci&#233;t&#233;. Un troisi&#232;me enfin, qui est qu'on ne saurait s'illusionner sur la possibilit&#233; de sortir de la crise exclusivement par une recentrage local de la production, ou ce qu'on appelle l'&#233;conomie verte, aussi d&#233;sirables soient-elles par ailleurs : ce qui fait vivre nos compatriotes dans la r&#233;alit&#233; est une &#233;conomie complexe, &#233;volu&#233;e, diversifi&#233;e, n&#233;cessairement ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive donc, si l'effort de renouvellement de la pens&#233;e et de l'action doit &#234;tre consid&#233;rable, il ne faut pas se bercer de l'illusion que l'homme va sortir radicalement transform&#233; de cette crise, encore moins qu'une recette magique sera disponible ou que les contraintes dispara&#238;tront, que ce soit par le mirage d'une &#233;conomie verte qui sortirait de la crise, ou par celui d'un effort public massif dont on a vu les erreurs conceptuelles. La modification du regard qui nous est demand&#233;e suppose un effort patient et lucide, attach&#233; aux r&#233;alit&#233;s autant qu'aux id&#233;aux, et plus exigeante avec soi-m&#234;me qu'avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, cette crise peut &#234;tre le point de d&#233;part de deux &#233;volutions oppos&#233;es. L'une consisterait &#224; continuer comme avant, sur une trajectoire risqu&#233;e et d&#233;s&#233;quilibr&#233;e, mais dans un contexte aggrav&#233;, avec tout ce que cela entra&#238;ne sur la dur&#233;e de risques croissants financiers, sociaux, et donc politiques. L'autre serait un effort personnel et collectif, d&#233;bouchant sur ce dernier plan sur une forme de sursaut associant Etat et forces vives, r&#233;solument solidaire et subsidiaire, mais impliquant des choix &#233;nergiques, et donc des priorit&#233;s. En particulier, il faut en quelque sorte d&#233;finir un nouveau pacte entre la soci&#233;t&#233; et l'Etat : d&#233;finissant ses actions prioritaires sur le long terme (et donc en &#233;cologie aussi), mais sans planche &#224; billet ; prot&#233;geant ses secteurs clefs et remisant une certaine id&#233;ologie ou pratique mondialiste na&#239;ve, mais sans fermeture ni repli ; lib&#233;rant l'initiative, mais cultivant le d&#233;vouement &#224; la chose publique et au bien commun. La pense chr&#233;tienne en mati&#232;re &#233;conomique et sociale, exprim&#233;e dans la Doctrine sociale de l'Eglise, peut contribuer puissamment &#224; orienter cet effort dans un sens plus proche des r&#233;alit&#233;s humaines profondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point est essentiel. Notre appartenance &#224; une soci&#233;t&#233; est une forme de contrat moral pour le meilleur et pour le pire. Elle suppose de notre part un d&#233;vouement &#224; la chose commune, source de confiance mutuelle ; ce qui en outre est plus efficace, car cela facilite les d&#233;cisions &#233;nergiques et rapides. Il est donc urgent de cultiver ce d&#233;vouement au bien commun. Qu'il ne faut pas confondre avec le culte de l'Etat, malgr&#233; l'importance de son r&#244;le ; mais qui d&#233;pend de chacun de nous, l&#224; o&#249; nous sommes, et de notre capacit&#233; d'initiative au service de ce bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note r&#233;dig&#233;e sous ma direction, avec &lt;br class='autobr' /&gt;
Jacques BICHOT&lt;br class='autobr' /&gt;
Robert LEBLANC&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Didier LECAILLON&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Yves NAUDET&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'entreprise et ses propri&#233;taires </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/L-entreprise-et-ses-proprietaires.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement &#233;thique chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Investissement responsable</dc:subject>
		<dc:subject>L'entreprise et ses propri&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Parties prenantes de l'entreprise</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans la perspective de la pens&#233;e classique, et pour la Doctrine sociale de l'Eglise, l'entreprise est une forme de communaut&#233;, et ne se r&#233;duit pas au r&#244;le de pur actif financier entre les mains de ses actionnaires. Elle a une raison d'&#234;tre, qui s'inscrit dans la perspective du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors, qui assume la responsabilit&#233; correspondante ? En droit, la r&#233;ponse est claire : ce sont ses propri&#233;taires. Mais dans le cas d'une soci&#233;t&#233; commerciale, ces propri&#233;taires, ce sont les actionnaires. Et dans la conception &#233;conomique courante, ils ne regardent que leurs int&#233;r&#234;ts. D'o&#249; un dilemme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains en d&#233;duisent que l'entreprise n'a en fait pas de propri&#233;taire, et qu'il faut l'organiser autrement. Mais cela heurte la r&#233;alit&#233; juridique et &#233;conomique. Que faut-il en penser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-politique-et-economie-.html" rel="directory"&gt;Religion et &#233;conomie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Parties-prenantes-de-l-entreprise-+.html" rel="tag"&gt;Parties prenantes de l'entreprise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'actionnaire et ses devoirs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la perspective de la pens&#233;e classique, et pour la Doctrine sociale de l'Eglise, l'entreprise est une communaut&#233; partielle, et ne se r&#233;duit pas au r&#244;le de pur instrument entre les mains de ses actionnaires. Elle a une raison d'&#234;tre, qui s'inscrit dans la perspective du bien commun. En outre, elle a une personnalit&#233; propre et constitue une entit&#233; originale, comportant de nombreuses parties prenantes au-del&#224; des actionnaires (salari&#233;s d'abord, fournisseurs, clients, communaut&#233;s locales ou nationales etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la Doctrine sociale de l'Eglise d&#233;fend la propri&#233;t&#233; priv&#233;e comme plongement et fruit de l'action de l'homme dans la mati&#232;re et par l&#224; dans la vie &#233;conomie, et moyen indispensable de sa libert&#233; et de sa pleine r&#233;alisation dans son travail et son esprit d'entreprise. Mais en m&#234;me temps, elle subordonne cette propri&#233;t&#233; &#224; ce qu'elle appelle destination universelle des biens. Le propri&#233;taire est libre et responsable, mais il doit utiliser ses biens au service du bien commun. Il est d&#232;s lors essentiel de d&#233;terminer &#224; qui appartiennent les entreprises, et donc qui en est responsable. Or la tr&#232;s grande majorit&#233; des entreprises sont organis&#233;es en soci&#233;t&#233;s commerciales ; et dans ce cas la r&#233;ponse naturelle, celle que donne nos syst&#232;mes de droit, est simple : les actionnaires sont juridiquement les propri&#233;taires de la soci&#233;t&#233;, et donc de l'entreprise qui n'a pas d'existence l&#233;gale en dehors de cette soci&#233;t&#233; ; ils peuvent d&#232;s lors d&#233;terminer l'orientation et le sort de l'entreprise, y compris la vendre. Ces actionnaires ont d&#232;s lors une responsabilit&#233; &#233;thique et sociale, qui est de g&#233;rer ce bien dans le sens du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette situation fait l'objet de critiques nombreuses. Et notamment, dans la conception &#233;conomique courante, ces actionnaires sont cens&#233;s ne regarder que leurs int&#233;r&#234;ts. Comme sortir de ce dilemme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entreprise et soci&#233;t&#233; commerciale : la critique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re ligne de critique consiste &#224; contester l'id&#233;e m&#234;me de la propri&#233;t&#233; de l'entreprise par les actionnaires. Ce courant d'id&#233;es est tr&#232;s pr&#233;sent au sein de l'Eglise ; ainsi avec Olivier Favereau et Baudouin Roger, qui travaillent ce sujet publi&#233; sous les auspices des Bernardins et ont expos&#233; leurs id&#233;es dans un livre r&#233;cent. Ils posent une distinction majeure entre &#8216;l'entreprise' (dont ils disent qu'actuellement elle n'est pas reconnue juridiquement) et la soci&#233;t&#233; commerciale. Les actionnaires ne seraient propri&#233;taires que de la seconde. Le fonctionnement des firmes aurait ainsi un biais anti-d&#233;mocratique, car la soci&#233;t&#233; (commerciale) pilote seule une &#8216;entreprise' dont le p&#233;rim&#232;tre ou les perspectives sont plus larges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point de critique essentiel est la financiarisation. On sait que dans le monde anglosaxon, au moins jusqu'&#224; r&#233;cemment, les administrateurs sont suppos&#233;s prendre essentiellement en compte les int&#233;r&#234;ts financiers des actionnaires (c'est un peu moins net ailleurs, y compris en droit fran&#231;ais). Ce qu'on appelle la &#171; th&#233;orie de l'agence &#187; vise &#224; aligner le plus possible l'action des administrateurs et des dirigeants sur les vues ou int&#233;r&#234;ts des actionnaires. D'o&#249; des dispositifs comme les stock-options, ou l'indexation des parts variables de r&#233;mun&#233;ration sur les cours de bourse etc. Le risque est alors que les entreprises soient comprises comme des actifs g&#233;r&#233;s du seul point de vue financier. La critique vise particuli&#232;rement le cas des entreprises cot&#233;es en bourse, notamment si l'actionnariat est dispers&#233; et volatil. On sait &#233;videmment que le risque n'est pas th&#233;orique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, on reconna&#238;t l'utilit&#233; de l'appel au march&#233; pour la fourniture de capital. Et le fait est que par sa liquidit&#233;, le march&#233; donne acc&#232;s &#224; des masses de capitaux impossibles &#224; obtenir sans lui. Mais poursuivent les critiques, d'une part le capital ne provient que partiellement du march&#233;. D'autre part et surtout, le march&#233; devient le moyen de tourner la caract&#233;ristique principale de l'actionnariat : l'engagement &#224; risque dans l'entreprise sur la longue dur&#233;e, puisque les actionnaires peuvent vendre leurs titres &#224; tout moment. En un sens donc, le march&#233; boursier est devenu trop souvent le lieu du refus de l'engagement. D'o&#249; son court-termisme et la d&#233;formation que cela imprime au fonctionnement des entreprises, obs&#233;d&#233;es par le seul r&#233;sultat financier observ&#233; instantan&#233;ment. En outre &#233;videmment, dans ce contexte, toute id&#233;e de responsabilit&#233; sociale des entreprises sera rejet&#233;e si elle est co&#251;teuse pour les actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la remise en question du principe m&#234;me de l'actionnaire propri&#233;taire, ou du moins la volont&#233; de restreindre ses droits comme tel, consid&#233;rant que les actionnaires sont propri&#233;taires de la soci&#233;t&#233; commerciale, et pas de l'entreprise. On y ajoute alors l'id&#233;e qu'il faut assurer une meilleure repr&#233;sentation des parties prenantes, dans le cadre juridiquement reconnu de &#8216;l'entreprise' ; et modifier le rapport des pouvoirs en son sein : le conseil d'administration doit refl&#233;ter son caract&#232;re collectif, et notamment s'ouvrir aux salari&#233;s et autres parties prenantes. L'id&#233;e est au fond que l'entreprise est une sorte de collectivit&#233;, qui soit s'inspirer du droit public Dans la voie pr&#233;conis&#233;e par ce courant, le chef d'entreprise serait choisi par l'ensemble des parties prenantes et ressemblerait au chef de l'ex&#233;cutif dans une constitution d&#233;mocratique. Au minimum, il faudrait une cod&#233;termination &#224; l'allemande. Certains encore, comme Swann Bommier et s&#339;ur C&#233;cile Renouard , vont encore plus loin, et veulent consid&#233;rer l'entreprise comme des &#8216;communs', &#224; g&#233;rer collectivement comme autrefois les p&#226;turages ou les zones de p&#234;che. Comme personne morale, elle n'est alors d&#233;tenue par personne, mais d&#233;finie par l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les mod&#232;les multiples d'entreprise&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire de ces analyses ? Curieusement, pour des chr&#233;tiens, catholiques de surcro&#238;t, elles ne se placent pas dans le cadre de la probl&#233;matique de la propri&#233;t&#233; au sens de la Doctrine sociale, ce qui aurait conduit &#224; rechercher et &#224; d&#233;finir les devoirs du propri&#233;taire. C'est d'autant plus curieux que dans la r&#233;alit&#233;, le propri&#233;taire d'une soci&#233;t&#233; anonyme &#233;tant sans le moindre doute l'actionnaire, il en a donc la pleine responsabilit&#233; morale pour la DSE, et derri&#232;re elle, &#233;videmment, celle de l'entreprise. La Doctrine sociale parle d'ailleurs r&#233;guli&#232;rement des &#8216;propri&#233;taires' de l'entreprise, visant par-l&#224; les actionnaires. Ce sont ces propri&#233;taires qui choisissent les dirigeants, la strat&#233;gie, l'activit&#233;, et peuvent la r&#233;orienter, la vendre etc. On peut contester ce mode d'organisation, et notamment les priorit&#233;s des actionnaires, ou leur comportement, mais pas pr&#233;tendre qu'il y a une entit&#233; en d&#233;sh&#233;rence juridique, appel&#233;e entreprise. Sachant bien s&#251;r que rien n'emp&#234;che que l'entreprise soit organis&#233;e autrement qu'elle ne l'est aujourd'hui, pour prendre en compte d'autres dimensions ou d'autres priorit&#233;s. Du moment qu'elle trouve les investisseurs&#8230;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;marche de nos amis consiste en d&#233;finitive &#224; consid&#233;rer que l'entreprise est en soi une r&#233;alit&#233; d&#233;passant la volont&#233; de ceux qui en sont &#224; l'origine, et qu'elle a un certain caract&#232;re public. Effectivement, on ne se demande pas qui est propri&#233;taire d'une commune. Mais justement, une commune n'est pas une entreprise, qui est une forme d'association ou de soci&#233;t&#233; &#224; but limit&#233;, cr&#233;&#233;e par un acte juridique de ceux qu'on appelle propri&#233;taires. On ne peut pas acheter ou vendre une commune, ni en modifier radicalement la raison d'&#234;tre, les orientations et la strat&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, l'entreprise au sens large est tr&#232;s loin de reposer sur un concept univoque ; il y en a de nombreux mod&#232;les possibles ; Beno&#238;t XVI l'a montr&#233; dans &lt;i&gt;Caritas in veritate&lt;/i&gt;. Dans chaque mod&#232;le, des r&#232;gles particuli&#232;res d&#233;terminent comment se prennent les d&#233;cisions et donc l'activit&#233; commune, ainsi que l'utilisation des biens dont dispose l'entreprise. Cela peut aller bien au-del&#224; de la seule soci&#233;t&#233; commerciale. Elles peuvent &#234;tre par exemple de pures associations, ou des mutuelles ou coop&#233;ratives. Elles peuvent &#234;tre aussi sous contr&#244;le public, ce qui les met alors sous l'autorit&#233; du pouvoir politique. Mais dans tous ces cas, association comme coop&#233;rative, se pose la question de l'origine du capital. Sans capital, une entreprise reste limit&#233;e, en supposant m&#234;me qu'elle puisse se former. Et le moyen le plus puissant qu'on a imagin&#233; pour trouver ce capital, et de loin, c'est, jusqu'&#224; pr&#233;sent au moins, la soci&#233;t&#233; commerciale. En outre bien s&#251;r, il faut que l'entreprise fonctionne, et pour cela que les d&#233;cisions soient prises, par des gens qui sont responsabilit&#233;s. Le cadre actuel est sur ce plan clair et fonctionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les parties prenantes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons en outre que dans tous les cas r&#233;els, les fameuses parties prenantes, qui sont &#224; la base de la critique, restent en g&#233;n&#233;ral ext&#233;rieures &#224; l'entreprise (sauf si leur association est pr&#233;vue d&#232;s le d&#233;part &#8211; comme les coop&#233;ratives). C'est &#233;vident des clients (sauf coop&#233;ratives de consommateurs) ; des fournisseurs ; ou des communaut&#233;s o&#249; l'entreprise op&#232;re. Certes, dans la perspective de la DSE, l'entreprise a aussi une responsabilit&#233; &#224; leur &#233;gard. Mais on peut douter de l'int&#233;r&#234;t ou du sens de donner un pouvoir de d&#233;cision dans l'entreprise &#224; ces parties prenantes externes, sauf mod&#232;le tr&#232;s particulier. Si cas par cas, une participation aux d&#233;cisions sous une forme quelconque peut avoir un sens, ce ne peut &#234;tre une r&#232;gle ou un principe g&#233;n&#233;ral. Il faut donc distinguer ce qu'on appelle les parties prenantes, qui ont droit &#224; consid&#233;ration et cas par cas voix au chapitre, et les propri&#233;taires quels qu'ils soient, qui sont les responsables ultimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dira-t-on, et les salari&#233;s ? Ne sont-ils pas eux aussi parties prenantes et m&#234;me constitutives de l'entreprise ? Certes, et combien ! Mais en r&#233;alit&#233;, dans tous ces mod&#232;les d'entreprise (sauf les coop&#233;ratives ouvri&#232;res), il y a essentiellement des salari&#233;s purs, qui n'ont de relations avec l'entreprise que par leur contrat de travail. De tels salari&#233;s sont dans la position juridique d'un cr&#233;ancier : s'ils font leur travail, ils ont droit &#224; un salaire, que l'entreprise marche ou pas. Bien s&#251;r, comme tout cr&#233;ancier ils prennent un certain risque, mais il est en droit plus r&#233;duit que s'ils &#233;taient actionnaires, et diff&#233;rent. Et ils ont l'option de partir quand ils veulent (cela suppose qu'il y ait du travail par ailleurs, mais cela ne d&#233;pend pas de l'entreprise). En outre, il est bon qu'il y ait de tels salari&#233;s, y compris dans leur propre int&#233;r&#234;t : il para&#238;t en effet difficile de g&#233;n&#233;raliser le mod&#232;le de l'associ&#233; &#224; toute la main-d'&#339;uvre ; les travailleurs y perdraient en effet beaucoup en ins&#233;curit&#233; et en absence de mobilit&#233;, sans avoir pour autant un pouvoir significativement accru. En cas de faillite il est important que leurs droits prennent la forme de cr&#233;ances privil&#233;gi&#233;es. En m&#234;me temps, d'un point de vue chr&#233;tien, il est ind&#233;niable que la relation de l'entreprise avec le salari&#233; ne peut se r&#233;duire au contrat de travail, car l'entreprise, quelle que soit sa forme, est aussi une forme de communaut&#233;, m&#234;me imparfaite. Le salari&#233; a donc aussi son mot &#224; dire, et la doctrine chr&#233;tienne insiste sur ce point : c'est le principe de participation. Il y a plusieurs mod&#232;les possibles, &#224; commencer par la participation au conseil d'administration. Mais sauf mod&#232;les sp&#233;cifiques, il n'en est pas propri&#233;taire, c'est-&#224;-dire responsable ultime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, le souci des critiques est au fond le refus d'une conception strictement financi&#232;re, excluant toute prise en compte des parties prenantes, dans une conception &#233;troite de la propri&#233;t&#233;. Ce souci est l&#233;gitime ; mais la r&#233;ponse n'est pas une distinction artificielle entre entreprise et soci&#233;t&#233; ; elle est soit dans une conception plus large et responsable de la propri&#233;t&#233; et de son exercice ; soit dans la recherche d'un mode d'organisation diff&#233;rent de la soci&#233;t&#233; en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas des soci&#233;t&#233;s commerciales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, quelle est la l&#233;gitimit&#233; de la soci&#233;t&#233; commerciale ? Initialement, elle provient de l'initiative d'une personne, ou d'un groupe de personnes (ou d'une famille) qui s'associent, en mettant en commun dans une entit&#233; juridique nouvelle ayant la personnalit&#233; morale, des biens (du capital), et &#233;ventuellement leur travail (notamment entrepreneurial), tout en assumant les risques correspondants. Il est d&#232;s lors juste et l&#233;gitime qu'ils puissent en &#234;tre les propri&#233;taires, et qu'ils soient propri&#233;taires du fruit de ce travail. M&#234;me si rien ne les emp&#234;che (si l'&#233;tat du droit l'a pr&#233;vu) d'organiser diff&#233;remment la propri&#233;t&#233; en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soi, le cas d'un actionnaire financier n'est pas diff&#233;rent. Il a apport&#233; du capital (ou rachet&#233; celui d'un autre), et le sort de cet investissement est li&#233; au r&#233;sultat de l'entreprise - sinon c'est une cr&#233;ance. Ce qui veut dire qu'il n'est r&#233;mun&#233;r&#233; que s'il y a un r&#233;sultat positif (profit), et que ce capital peut dispara&#238;tre, si l'actif net de l'entreprise devient n&#233;gatif. En outre, l'apport de fonds propres est un mode de financement consid&#233;rablement moins risqu&#233; pour l'entreprise et bien plus vertueux que la dette, puisque solidaire de son sort. Il n'est donc pas choquant que celui qui prend au premier rang les risques directement li&#233;s &#224; l'entreprise soit celui qui prend les d&#233;cisions, en assume les profits et les pertes, et en soit le propri&#233;taire. Le mod&#232;le de la soci&#233;t&#233; commerciale (par actions) est donc l&#233;gitime, m&#234;me s'il n'est pas le seul. L'Eglise n'y a d'ailleurs jamais object&#233; ; mais elle lui a constamment rappel&#233; ses devoirs. Reste la question de l'actionnaire d'une soci&#233;t&#233; cot&#233;e, qui a la possibilit&#233; de vendre son action &#224; tout moment. Le lien risque alors d'&#234;tre beaucoup plus l&#226;che. On peut rappeler cependant d'abord qu'il doit pour cela trouver un acheteur qui se substitue &#224; lui. En d'autres termes, en cas de vente du titre, le risque de l'investisseur subsiste enti&#232;rement, et donc les droits correspondants, mais c'est quelqu'un d'autre qui l'assume. Cela dit, on le sait, le fait est que cela peut donner lieu &#224; de multiples exc&#232;s, par court-termisme, financiarisation etc., et les actionnaires sont souvent fugitifs, ne se sentant aucune responsabilit&#233; envers l'entreprise. On ne peut donc se satisfaire sur ce plan de la situation actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, s'agissant des relations entre l'entreprise et ses propri&#233;taires, le pragmatisme et la diversit&#233; sont de mise. La diversit&#233; des situations est telle qu'il n'y a pas de r&#232;gle unique pouvant r&#233;gir les rapports des actionnaires et des dirigeants, ou l'action des uns et des autres. Ce qui nous renvoie &#224; deux questions essentielles : l'une est celle de la culture d'entreprise, de son mod&#232;le, avec notamment l'enjeu de son objet social, de sa raison d'&#234;tre, et des moyens de les faire pr&#233;valoir autant que faire se peut. L'autre, celle de la culture collective, et &#224; nouveau, tout particuli&#232;rement, celle des propri&#233;taires, donc des actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, reconna&#238;tre que le propri&#233;taire d'une entreprise constitu&#233;e en soci&#233;t&#233; commerciale au sens courant du terme est bien l'actionnaire ne doit pas conduire &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; &#224; ignorer ce fait de base que pr&#233;cis&#233;ment ledit propri&#233;taire, m&#234;me s'il n'y en a qu'un, a organis&#233; une personne morale distincte de lui. Il n'a d'ailleurs en droit pas la possibilit&#233; de s'approprier les actifs de l'entreprise (c'est-&#224;-dire de la soci&#233;t&#233;). Cet acte fondateur implique pour lui de reconna&#238;tre que l'objet de cette entreprise ne se confond pas directement avec ses propres int&#233;r&#234;ts. Dans l'optique de la Doctrine sociale, cela conduit &#224; reconna&#238;tre les liens humains et les engagements que cette constitution implique : ils ne modifient pas dans leur principe les devoirs du propri&#233;taire tels qu'ils existent en g&#233;n&#233;ral (et notamment la destination universelle des biens), mais ils conduisent &#224; une application sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voies d'action possibles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on faire alors ? On l'a dit, il est toujours possible, et souvent int&#233;ressant, de travailler d'autres modes d'organisation possibles. Mais la grande majorit&#233; des entreprises restera sans doute organis&#233;e sur une mod&#232;le du type actuel Commet agir alors ? Une premi&#232;re question totalement centrale est &#233;videmment celle des priorit&#233;s des investisseurs eux-m&#234;mes : c'est &#233;videmment un point essentiel. Je l'ai abord&#233; notamment en d&#233;cembre 2019 dans une conf&#233;rence intitul&#233;e &#171; Quelles sont les orientations de la Doctrine Sociale de l'Eglise pour l'investissement financier ? &#187; ; vid&#233;o et textes sur &lt;a href=&#034;http://www.pierredelauzun.com/Conference-Quelles-sont-les.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.pierredelauzun.com/Confe...&lt;/a&gt;. Il va de soi que plus il y aura des investisseurs ayant une conception &#233;thique de leur r&#244;le, meilleur sera sur ce plan le r&#233;sultat ; et il n'y a pas besoin qu'il y ait une majorit&#233;, car le march&#233; y est tr&#232;s sensible. Le d&#233;veloppement de l'investissement &#233;thique est sur ce plan encourageant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il restera les autres investisseurs. Des mesures d'ordre r&#233;glementaire peuvent aider ici sensiblement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re famille de mesures vise &#224; favoriser la d&#233;tention &#224; long terme. Certes, il serait difficile et illogique, de contraindre directement l'ensemble des investisseurs &#224; se passer de toute liquidit&#233;. Mais plusieurs moyens sont disponibles pour les inciter &#224; d&#233;tenir les titres sur une certaine dur&#233;e : par exemple, en donnant des droits de vote diff&#233;renci&#233;s selon la dur&#233;e de d&#233;tention, soit apr&#232;s coup, soit par un engagement pris &#224; l'avance. Le professeur Colin Mayer propose de fa&#231;on int&#233;ressante qu'un investisseur qui s'est engag&#233; sur cinq ans ait cinq fois plus de droits de vote que celui engag&#233; sur un an, et qu'il n'y ait pas de droit de vote pour celui qui n'est engag&#233; sur rien. On peut aussi utiliser la fiscalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me famille de r&#233;flexion consiste &#224; d&#233;courager certaines OPA jug&#233;es nocives, soit par des dispositifs externes (intervention des pouvoirs publics ; pression de l'environnement de l'entreprise - &#224; l'allemande, etc.), soit par des m&#233;canismes financiers : ainsi les &#8216;poison pills' am&#233;ricaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une troisi&#232;me famille de r&#233;flexion vise &#224; structurer l'actionnariat en favorisant un noyau dur et stable, par exemple la famille fondatrice, ou les fondateurs en g&#233;n&#233;ral, ou des actionnaires li&#233;es par un pacte (par des droits de vote accrus, des pouvoirs de veto etc.), ou par des fondations d&#233;di&#233;es comme on va le voir. De leur c&#244;t&#233;, Olivier Favereau et Baudouin Roger recommandent &#224; juste titre la mise en place d'un nouvel investisseur public, avec des moyens cons&#233;quents - ressemblant &#233;ventuellement aux fonds souverains de certains pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une quatri&#232;me famille de r&#233;flexion consiste &#224; pr&#233;ciser la &#8216;raison d'&#234;tre' de l'entreprise, qui dans l'optique de la DSE doit aller au-del&#224; de l'int&#233;r&#234;t p&#233;cuniaire des actionnaires. C'est ce que propose la Loi &#8216;Pacte' fran&#231;aise. Dans l'optique chr&#233;tienne, elle devrait s'ins&#233;rer dans une pr&#233;occupation de bien commun. Bien entendu, la question se pose du respect ult&#233;rieur de cette &#171; charte fondatrice &#187;. Outre diverses m&#233;thodes juridiques (majorit&#233; renforc&#233;e pour changer la raison d'&#234;tre, etc.), une proposition int&#233;ressante de Colin Mayer est d'utiliser des fondations : un conseil de mandataires (&#8216;trustees') serait charg&#233; de veiller au respect par les dirigeants (et les actionnaires) de cet objet social, selon des modalit&#233;s librement d&#233;termin&#233;es par les parties int&#233;ress&#233;es. Soit avec des droits sp&#233;cifiques, soit en &#233;tant un actionnaire particulier. Il y en a plusieurs exemples (dont le groupe Tata en Inde).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, bien s&#251;r, &#224; un niveau plus simple, rien n'emp&#234;che de diversifier les avis au conseil d'administration : on conna&#238;t par exemple les mod&#232;les de gouvernance qui y int&#232;grent des repr&#233;sentants du personnel, en Allemagne surtout, mais aussi en France. Et rien n'emp&#234;che en outre que l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale nomme aussi des administrateurs de sensibilit&#233;s diverses, proches des parties prenantes. Cela n'enl&#232;ve rien &#224; la responsabilit&#233; ultime desdits actionnaires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mariage chr&#233;tien et &#233;conomie</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Mariage-chretien-et-economie.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Mariage-chretien-et-economie.html</guid>
		<dc:date>2019-10-15T15:41:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Mariage et &#233;conomie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On peut &#234;tre surpris de voir &#233;voquer la dimension &#233;conomique du mariage chr&#233;tien. Pourtant non seulement elle est incontournable, mais elle &#233;claire le r&#244;le unique du mariage et par l&#224; de la famille, y compris dans la constitution de la soci&#233;t&#233;, et donc dans l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moralit&#233; : si on veut pr&#233;server la r&#233;alit&#233; et l'apport propre de la famille, c'est elle qu'il faut voir comme unit&#233; de base, &#224; la fois hors du champ &#233;conomique, et dans ce champ. C'est elle qui doit &#234;tre au centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru en Octobre 2019 dans la Revue Libert&#233; politique&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-politique-et-economie-.html" rel="directory"&gt;Religion et &#233;conomie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Mariage-et-economie-+.html" rel="tag"&gt;Mariage et &#233;conomie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On peut &#234;tre surpris de voir &#233;voquer la dimension &#233;conomique du mariage chr&#233;tien. Pourtant non seulement elle est incontournable, mais elle &#233;claire le r&#244;le unique du mariage et par l&#224; de la famille, y compris dans la constitution de la soci&#233;t&#233;, et donc dans l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moralit&#233; : si on veut pr&#233;server la r&#233;alit&#233; et l'apport propre de la famille, c'est elle qu'il faut voir comme unit&#233; de base, &#224; la fois hors du champ &#233;conomique, et dans ce champ. C'est elle qui doit &#234;tre au centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru en Octobre 2019 dans la Revue Libert&#233; politique, dossier&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.libertepolitique.com/La-revue/La-revue-Liberte-Politique/Les-defis-du-couple-et-du-mariage-aujourd-hui&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.libertepolitique.com/La-...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MARIAGE CHRETIEN ET ECONOMIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#234;tre surpris de voir &#233;voquer la dimension &#233;conomique du mariage chr&#233;tien. Pourtant non seulement elle est incontournable, mais elle &#233;claire le r&#244;le unique du mariage et par l&#224; de la famille, y compris dans la constitution de la soci&#233;t&#233;. Rappelons d'abord bri&#232;vement les principes pos&#233;s par l'enseignement de l'Eglise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rappel des principes catholiques sur le mariage et la famille&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mariage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Cat&#233;chisme de l'Eglise catholique (CEC) est apparemment peu disert que la dimension &#233;conomique du mariage et de la famille. Mais les principes qu'il pose ont des cons&#233;quences &#233;conomiques importantes. Ces points sont plus d&#233;velopp&#233;s par le Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise, notamment au chapitre V (N&#176; 215 sqq.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le CEC note au N&#176; 1604 que le mariage est fond&#233; sur l'amour des conjoints, et que cet amour est &#171; destin&#233; &#224; &#234;tre f&#233;cond et &#224; se r&#233;aliser dans l'&#339;uvre commune de la garde de la cr&#233;ation &#187;. Qui dit amour dit don mutuel, et ceci englobe &#233;videmment les biens mat&#233;riels. Et comme on voit au 1607, cela d&#233;bouche sur &#171; la belle vocation de l'homme et de la femme d'&#234;tre f&#233;conds, de se multiplier et de soumettre la terre (cf. Gn 1, 28) &#187; : &#034;Et Dieu les b&#233;nit et il leur dit : Soyez f&#233;conds, multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la&#034;, donc une dimension &#233;conomique. Mais le CEC ajoute aussit&#244;t que les effets du p&#233;ch&#233; sont l&#224; (N&#176; 1609) : &#171; les peines qui suivent le p&#233;ch&#233;, les douleurs de l'enfantement (cf. Gn 3, 16), le travail &#034;&#224; la sueur de ton front&#034; (Gn 3, 19), constituent aussi des rem&#232;des qui limitent les m&#233;faits du p&#233;ch&#233;. Apr&#232;s la chute, le mariage aide &#224; vaincre le repliement sur soi-m&#234;me, l'&#233;go&#239;sme, la qu&#234;te du propre plaisir, et &#224; s'ouvrir &#224; l'autre, &#224; l'aide mutuelle, au don de soi. &#187; Le travail est donc de fait mis au centre de la vie familiale ; il est peine et rem&#232;de &#224; la fois. Notons qu'en bonne logique le travail ainsi compris devrait inclure a priori celui qui est fait au sein la famille, comme celui qui est fait au dehors, m&#234;me si ce n'est pas pr&#233;cis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on sait, cet amour conjugal (N&#176; 1643) &#171; exige l'indissolubilit&#233; et la fid&#233;lit&#233; dans la donation r&#233;ciproque d&#233;finitive ; et il s'ouvre sur la f&#233;condit&#233; &#187; D'o&#249; (N&#176;1644) &#171; l'unit&#233; et l'indissolubilit&#233; de leur communaut&#233; de personnes qui englobe toute leur vie &#187; dans un &#171; don mutuel total &#187;. L'insistance sur le don, &#224; nouveau, comprend dans une large mesure une dimension &#233;conomique. De m&#234;me l'ouverture &#224; la f&#233;condit&#233;, au N&#176; 1652 : &#171; c'est par sa nature m&#234;me que l'institution du mariage et l'amour conjugal sont ordonn&#233;s &#224; la procr&#233;ation et &#224; l'&#233;ducation qui, tel un sommet, en constituent le couronnement (GS 48, &#167; 1) &#187;. En outre (N&#176; 1653) &#171; la f&#233;condit&#233; de l'amour conjugal s'&#233;tend aux fruits de la vie morale, spirituelle et surnaturelle que les parents transmettent &#224; leurs enfants par l'&#233;ducation. Les parents sont les principaux et premiers &#233;ducateurs de leurs enfants. &#187; Et (N&#176; 1657) &#171; le foyer est ainsi la premi&#232;re &#233;cole de vie chr&#233;tienne et &#034;une &#233;cole d'enrichissement humain&#034; (GS 52, &#167; 1). &#187; Il y a donc une t&#226;che majeure pour le couple, et a fortiori le couple chr&#233;tien : l'&#233;ducation des enfants. T&#226;che dont la dimension &#233;conomique est &#233;vidente : outre son co&#251;t direct, et le besoin de ressources ext&#233;rieures que cela implique, elle comporte surtout un travail. Education au sens large qui est d'abord de la responsabilit&#233; des parents, avant de voir l'Etat intervenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sumons ces &#233;l&#233;ments &#233;conomiques : un principe de base, le don mutuel, sans limite dans le temps, qui s'exerce dans le cadre de la famille que le couple instaure ; et un travail compris comme essentiel et indispensable, pour assurer la vie de la famille et pour &#233;lever et &#233;duquer les enfants. Inutile de souligner ici la valeur inestimable de cette &#233;ducation pour la soci&#233;t&#233;, et donc pour l'&#233;conomie aussi. Le tout, d&#233;j&#224; pr&#233;sent dans le mariage naturel, se trouve &#233;lev&#233; dans le mariage chr&#233;tien comme &#8216;valeur' fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en outre souligner ici avec Stefano et Vera Zamagni , que la famille chr&#233;tienne ainsi comprise n'est en aucune fa&#231;on fond&#233;e sur le contrat contrairement &#224; la conception pr&#233;valant dans le droit actuel depuis la R&#233;volution. Il ne s'agit en effet pas d'&#233;changer mais de donner, en cr&#233;ant une relation humaine qui est un but en elle-m&#234;me, dans un engagement mutuel respectueux de chacun et ouvert &#224; la procr&#233;ation. Mais si cela l'inscrit sur un plan distinct de l'&#233;conomie marchande, cela comporte une dimension &#233;conomique au sens large, en elle-m&#234;me et par son interaction avec l'&#233;conomie marchande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Famille et &#233;conomie dans le Compendium&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famille a besoin de la soci&#233;t&#233; pour vivre et jouer son r&#244;le, et en m&#234;me temps lui apporte une contribution irrempla&#231;able. Le Compendium d&#233;veloppe le r&#244;le social et par l&#224; &#233;conomique de la famille dans le IV (La famille, protagoniste de la vie sociale, N&#176; 246 sqq.). Cela vise d&#233;j&#224; la solidarit&#233; et le droit &#224; agir dans la soci&#233;t&#233;. Mais surtout dit le N&#176; 248 &#171; le rapport qui existe entre la famille et la vie &#233;conomique est particuli&#232;rement significatif. D'une part, en effet, l'&#8216;&#233;conomie' est n&#233;e du travail domestique : la maison a longtemps &#233;t&#233; et continue d'&#234;tre - dans de nombreux endroits - une unit&#233; de production et un centre de vie. D'autre part, le dynamisme de la vie &#233;conomique se d&#233;veloppe gr&#226;ce &#224; l'initiative des personnes et se r&#233;alise, en cercles concentriques, dans des r&#233;seaux toujours plus vastes de production et d'&#233;change de biens et de services, qui touchent toujours davantage les familles. La famille doit donc &#234;tre consid&#233;r&#233;e, &#224; bon droit, comme un acteur essentiel de la vie &#233;conomique, orient&#233;e non pas par la logique du march&#233;, mais par celle du partage et de la solidarit&#233; entre les g&#233;n&#233;rations &#187;. Notons ces points essentiels : d'un c&#244;t&#233; on souligne le r&#244;le essentiel de la famille dans l'&#233;conomie au sens large, mais d'une autre c&#244;t&#233; on oppose la logique du don qui r&#233;git la famille, &#224; la logique du march&#233;, tout en soulignant leur interaction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Compendium ajoute au N&#176; 249 qu'&#171; un rapport tout &#224; fait particulier lie la famille et le travail : &#8216;La famille constitue l'un des termes de r&#233;f&#233;rence les plus importants, selon lesquels doit se former l'ordre social et &#233;thique du travail humain'. Ce rapport s'enracine dans la relation qui existe entre la personne et son droit de poss&#233;der le fruit de son travail et concerne le particulier non seulement comme individu, mais aussi comme membre d'une famille, con&#231;ue comme &#8216;soci&#233;t&#233; domestique' &#187;. Il ajoute que &#171; le travail est essentiel dans la mesure o&#249; il repr&#233;sente la condition qui rend possible la fondation d'une famille, dont les moyens de subsistance s'acqui&#232;rent par le travail. Le travail conditionne aussi le processus de d&#233;veloppement des personnes, car une famille frapp&#233;e par le ch&#244;mage risque de ne pas r&#233;aliser pleinement ses finalit&#233;s &#187;. En outre, &#171; l'apport que la famille peut offrir &#224; la r&#233;alit&#233; du travail est pr&#233;cieux et, par bien des aspects, irrempla&#231;able. Il s'agit d'une contribution qui s'exprime &#224; la fois en termes &#233;conomiques et par le biais des grandes ressources de solidarit&#233; que poss&#232;de la famille et qui constituent un important soutien pour ceux qui, en son sein, se trouvent sans travail ou sont &#224; la recherche d'un emploi. Surtout, et plus radicalement, c'est une contribution qui se r&#233;alise par l'&#233;ducation au sens du travail et en offrant orientations et soutien face aux choix professionnels. &#187; Nouvelle contribution de la famille &#224; l'&#233;conomie : la gratuit&#233; qu'elle assure entre ses membres et la solidarit&#233; qui en r&#233;sulte permettent le fonctionnement de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors (au N&#176; 250) la famille doit &#234;tre aid&#233;e : &#171; pour prot&#233;ger ce rapport entre famille et travail, un &#233;l&#233;ment &#224; appr&#233;cier et &#224; sauvegarder est le salaire familial, &#224; savoir un salaire suffisant pour entretenir la famille et la faire vivre dignement... Il existe plusieurs fa&#231;ons de rendre concret le salaire familial. Certaines mesures sociales importantes concourent &#224; le d&#233;terminer, telles que les allocutions familiales et autres contributions pour les personnes &#224; charge, ainsi que la r&#233;mun&#233;ration du travail au foyer d'un des deux parents. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin (N&#176; 251) on &#233;voque tr&#232;s bri&#232;vement le travail fait au sein de la famille, celui de la femme, et le besoin d'une compensation &#233;conomique : &#171; dans le rapport entre la famille et le travail, une attention sp&#233;ciale doit &#234;tre r&#233;serv&#233;e au travail de la femme dans le cadre de la famille, c'est-&#224;-dire tout le soin qu'elle lui consacre, qui engage aussi les responsabilit&#233;s de l'homme comme mari et comme p&#232;re. Ce travail, &#224; commencer par celui de la m&#232;re, pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il vise le service de la qualit&#233; de la vie et s'y consacre, constitue un type d'activit&#233; &#233;minemment personnel et personnalisant, qui doit &#234;tre socialement reconnu et valoris&#233;, notamment par une compensation &#233;conomique au moins &#233;gale &#224; celle d'autres travaux. En m&#234;me temps, il faut &#233;liminer tous les obstacles qui emp&#234;chent les &#233;poux d'exercer librement leur responsabilit&#233; de procr&#233;ation et, en particulier, ceux qui contraignent la femme &#224; ne pas accomplir pleinement ses fonctions maternelles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui conduit enfin le Compendium (N&#176; 252 sqq.) &#224; souligner plus g&#233;n&#233;ralement les devoirs de la soci&#233;t&#233; envers la famille. Point essentiel, qui part du mariage (252) : &#171; le point de d&#233;part pour un rapport correct et constructif entre la famille et la soci&#233;t&#233; est la reconnaissance de la subjectivit&#233; et de la priorit&#233; sociale de la famille. Leur rapport intime impose &#224; &#8216;la soci&#233;t&#233; de ne jamais manquer &#224; son devoir fondamental de respecter et de promouvoir la famille' &#187;. &#171; Cela requiert que l'action politique et l&#233;gislative sauvegarde les valeurs de la famille, depuis la promotion de l'intimit&#233; et de la vie familiale en commun, jusqu'au respect de la vie naissante et &#224; la libert&#233; effective de choix dans l'&#233;ducation des enfants. La soci&#233;t&#233; et l'&#201;tat ne peuvent donc ni absorber, ni substituer, ni r&#233;duire la dimension sociale de la famille ; ils doivent plut&#244;t l'honorer, la reconna&#238;tre, la respecter et l'encourager selon le principe de subsidiarit&#233; &#187;. Et au 253 &#171; tout cela requiert la mise en &#339;uvre de politiques familiales authentiques et efficaces avec des interventions pr&#233;cises capables de faire face aux besoins qui d&#233;rivent des droits de la famille en tant que telle. En ce sens, la condition n&#233;cessaire, essentielle et incontournable est la reconnaissance - qui comporte la protection, la mise en valeur et la promotion - de l'identit&#233; de la famille, soci&#233;t&#233; naturelle fond&#233;e sur le mariage. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; encore (N&#176; 254) la famille doit &#234;tre reconnue comme la cellule de base de la soci&#233;t&#233;, plus que l'individu : &#171; la reconnaissance, par les institutions civiles et par l'&#201;tat, de la priorit&#233; de la famille sur toute autre communaut&#233; et sur la r&#233;alit&#233; m&#234;me de l'&#201;tat, comporte le d&#233;passement des conceptions purement individualistes et l'adoption de la dimension familiale en tant que perspective culturelle et politique, incontournable dans la prise en consid&#233;ration des personnes [...] Cette perspective permet d'&#233;laborer des crit&#232;res normatifs pour une solution correcte des diff&#233;rents probl&#232;mes sociaux, car les personnes ne doivent pas seulement &#234;tre consid&#233;r&#233;es individuellement, mais aussi en relation avec les cellules familiales dans lesquelles elles sont ins&#233;r&#233;es, en tenant d&#251;ment compte de leurs valeurs et exigences sp&#233;cifiques. &#187; Demande qui s'adresse &#233;videmment aussi &#224; la dimension &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;veloppement possible de cette conception : la reconnaissance du travail domestique et du r&#244;le du don&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous l'angle qui nous pr&#233;occupe ici, on constate donc dans la Doctrine l'importance de la pr&#233;occupation pour les trois questions &#233;troitement li&#233;es de la famille, du travail, et du don. Mais on notera d'un autre c&#244;t&#233; la faiblesse des consid&#233;rations croisant ces trois pr&#233;occupations : on y &#233;voque notamment tr&#232;s rapidement le travail effectu&#233; au sein de la famille. L'articulation avec la vie sociale est en effet centr&#233;e sur les besoins de la famille exprim&#233;s &#224; l'&#233;gard de l'ext&#233;rieur. Education, sant&#233;, vie mat&#233;rielle des enfants sont dit-on de la responsabilit&#233; premi&#232;re de la famille, et la soci&#233;t&#233; doit l'aider, dans le respect du principe de subsidiarit&#233;. Par exemple les &#233;coles dites priv&#233;es rendent un service public, mais sont un droit, et en cons&#233;quence les familles qui y recourent ont un droit &#224; &#234;tre &#233;conomiquement aid&#233;es. On entre alors dans le champ &#233;conomique ; mais c'est pour aider la famille, pas pour l'analyser en elle-m&#234;me sous cet angle. De m&#234;me pour l'aide m&#233;dicale ou mat&#233;rielle aux familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, s'il est not&#233; que dans la perspective d'une &#233;conomie de libre initiative, la famille est un lieu d'initiative &#233;conomique, on rappelle que sa logique est tout &#224; fait diff&#233;rente de celle de l'&#233;conomie marchande. Et cette logique de la famille est premi&#232;re : on ne r&#233;int&#232;gre pas la famille dans l'&#233;conomie, on subordonne celle-ci &#224; la famille. Ce qui implique notamment, qu'&#224; c&#244;t&#233; de l'insistance sur le r&#244;le de la gratuit&#233; et du don au sein de la famille, le Compendium r&#233;clame des prestations financi&#232;res de la part des employeurs et de la soci&#233;t&#233;. Le fait de base sous-jacent est que l'&#233;conomie et le march&#233; ne pourraient exister sans la famille. Il est donc logique en r&#233;ciproque que celle-ci re&#231;oive &#233;conomiquement ce dont elle a besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme on voit, la dimension &#233;conomique appara&#238;t comme besoin de la famille, exprim&#233; &#224; l'&#233;gard de la soci&#233;t&#233;, d'o&#249; l'aide qui doit lui venir, de l'ext&#233;rieur, y compris l'&#233;ventuel salaire familial ; mais pas dans le r&#244;le &#233;conomique de la famille prise en elle-m&#234;me (sauf &#224; souligner que sa logique propre doit &#234;tre pr&#233;serv&#233;e). Son fonctionnement interne, notamment le travail qui y est effectu&#233;, n'est envisag&#233; sous l'angle &#233;conomique qu'assez bri&#232;vement, sous l'angle sp&#233;cifique du travail de la femme ; dans ce cas pr&#233;cis une &#8216;compensation &#233;conomique' est envisag&#233;e, mais non pr&#233;cis&#233;e. Ce point est important : le travail domestique est &#224; peine mentionn&#233;, alors m&#234;me que par ailleurs la Doctrine sociale parle abondamment du travail, mais (hors cet exemple) c'est toujours du travail r&#233;mun&#233;r&#233; (N&#176; 256 sqq.). Elle voit dans le travail une dimension essentielle de l'accomplissement de l'homme, avec principalement en vue le travail dans l'&#233;conomie, &#224; l'ext&#233;rieur. Pourtant, m&#234;me si le point n'est pas d&#233;velopp&#233; comme tel dans les textes, il est manifeste que logiquement cette conception du travail doit s'appliquer int&#233;gralement aussi au travail domestique, car lui aussi doit &#234;tre vu comme lieu et moyen (partiel) de la plein r&#233;alisation de la personne humaine. On peut en d&#233;duire que tant la communaut&#233; familiale que la soci&#233;t&#233; devraient pleinement reconna&#238;tre la dignit&#233; essentielle, cr&#233;atrice, du travail ainsi accompli au sein de la famille, peut-&#234;tre plus encore que tout autre, et le besoin d'une r&#233;ciprocit&#233; ad&#233;quate. D'autant que le travail domestique n'est pas un loisir, qui d&#233;pend du seul arbitraire de l'individu ; c'est une t&#226;che socialement essentielle ; et que la soci&#233;t&#233; ne le reconna&#238;t pas &#224; sa juste valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre ordre d'id&#233;e, on pourrait ajouter que la famille, lieu par excellence du don, peut et doit jouer un r&#244;le important dans les d&#233;veloppements attendus par Beno&#238;t XVI dans Caritas in veritate sur le r&#244;le selon lui essentiel du don dans la totalit&#233; des activit&#233;s collectives, m&#234;me &#233;conomiques. Ainsi au N&#176; 36 : &#171; le grand d&#233;fi qui se pr&#233;sente &#224; nous [&#8230;] est celui de montrer, au niveau de la pens&#233;e comme des comportements, que [&#8230;] dans les relations marchandes le principe de gratuit&#233; et la logique du don, comme expression de la fraternit&#233;, peuvent et doivent trouver leur place &#224; l'int&#233;rieur de l'activit&#233; &#233;conomique normale. &#187; Et notamment (au 37) &#171; qu'il faut donner forme et organisation aux activit&#233;s &#233;conomiques qui, sans nier le profit, entendent aller au-del&#224; de la logique de l'&#233;change des &#233;quivalents et du profit comme but en soi. &#187; Or c'est justement ce que fait la famille. Notons pourtant que le pape ne la liste pas parmi les entit&#233;s fond&#233;es sur le principe du don mais ayant un r&#244;le &#233;conomique. C'est pourtant &#233;videmment ce qu'elle fait. En revanche le pape ouvre un espace au r&#244;le du don dans l'&#233;conomie m&#234;me, et &#224; la f&#233;condation mutuelle entre organisations, qu'elles soient fond&#233;es sur le march&#233;, sur le pouvoir d'Etat, ou sur le don. Ce qui int&#233;resse directement la famille. Perspective qui conduit &#224; r&#233;fl&#233;chir sur l'apport possible de la famille, cette entit&#233; &#233;conomique majeure bas&#233;e sur le don, au fonctionnement m&#234;me du reste de l'&#233;conomie, par f&#233;condation mutuelle. Apr&#232;s tout, autrefois, les unit&#233;s de production et les unit&#233;s familiales n'&#233;taient pas nettement distinctes. Que dire d'une entreprise qui reconna&#238;trait que ses collaborateurs sont d'abord des membres de famille plus que des individus porteurs d'une force de travail ? Et qui organiserait les carri&#232;res, f&#233;minines notamment (mais pas seulement), ou la programmation du travail, en int&#233;grant ce principe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Synth&#232;se sur la Doctrine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, ce qui appara&#238;t ici dans l'enseignement de l'Eglise est une double s&#233;rie d'id&#233;es. D'un c&#244;t&#233;, la famille se r&#233;v&#232;le comme une unit&#233; communautaire profond&#233;ment originale, vitale pour la soci&#233;t&#233;, notamment pour la formation des enfants et l'avenir de tous, donc prioritaire. Par ailleurs, elle n'est pas fond&#233;e sur le calcul &#233;conomique, tout au contraire, mais sur la gratuit&#233;, le don et l'amour, qui d&#233;coule du mariage. Cela implique des devoirs envers elle de la part de la soci&#233;t&#233;, appel&#233;s &#224; se traduire en termes &#233;conomiques : de la part des employeurs, qui doivent int&#233;grer la vie familiale de leurs collaborateurs (voire leur r&#233;mun&#233;ration) comme un &#233;l&#233;ment essentiel ; et de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble, par la fourniture de prestations &#233;conomiques &#224; la famille (sant&#233;, r&#233;mun&#233;ration compl&#233;mentaire, appui &#224; la libert&#233; scolaire, voire salaire familial etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, le fait est que la famille est aussi le lieu de r&#233;alisation d'un vrai travail. Si on suit la logique de la Doctrine, ce travail plus encore que tout autre a lui aussi comme tel une dignit&#233; majeure et devrait &#234;tre reconnu &#224; ce titre, d&#233;j&#224; &#224; l'int&#233;rieur de la famille m&#234;me, et par la soci&#233;t&#233; ensuite. Mais cette extension n'est pas faite de fa&#231;on explicite par la Doctrine, sauf tr&#232;s bri&#232;vement dans le cas des femmes. On peut ajouter que dans la logique de la Doctrine (m&#234;me si elle ne le dit pas non plus explicitement) ce travail comprend lui aussi une dimension majeure d'entrepreneuriat et de cr&#233;ativit&#233;, et un r&#244;le essentiel dans la r&#233;alisation de la personne concern&#233;e. Et m&#234;me poursuivre dans la ligne de Beno&#238;t XVI en soulignant que la famille &#233;tant le lieu principal d'affirmation et de mise en &#339;uvre du principe de gratuit&#233;, elle est logiquement et m&#234;me par excellence une de ces r&#233;alit&#233;s du secteur non-marchand dont on peut attendre une influence b&#233;n&#233;fique sur l'&#233;conomie, par fertilisation crois&#233;e au titre de la gratuit&#233; et du don. Voil&#224; un point o&#249; la Doctrine sociale devrait &#234;tre d&#233;velopp&#233;e et &#233;toff&#233;e ; mais elle contient d&#233;j&#224; les principes permettant cette &#233;laboration. Inutile bien s&#251;r, en revanche, de souligner l'ampleur du changement du regard, et des priorit&#233;s dans la soci&#233;t&#233;, que cela implique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant la question sous l'angle de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; Le travail domestique et sa signification en &#233;conomie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On sait que la science &#233;conomique fait une redoutable impasse sur le travail domestique, le travail fait au sein de la famille, impasse qui peut para&#238;tre anodine au niveau des manuels universitaires, mais qui impacte gravement notre perception de la r&#233;alit&#233; et nos choix. Communaut&#233; de base de la soci&#233;t&#233;, la famille assure gratuitement des prestations vitales pour cette soci&#233;t&#233;, m&#234;me consid&#233;r&#233;es sous l'angle &#233;conomique le plus concret : outre la solidarit&#233; et les services mutuels de ses membres, elle est le lieu de la naissance et de l'&#233;ducation des enfants, donc, en termes mat&#233;riels, de la reproduction de la soci&#233;t&#233;, de la production du facteur &#233;conomiquement le plus important, l'homme ; c'est donc l'endroit o&#249; se fait l'investissement le plus vital pour elle. Or ce travail essentiel n'est comptabilis&#233; nulle part, et donc non consid&#233;r&#233;. L'impasse va m&#234;me plus loin, car &#224; bien des points de vue l'unit&#233; de base &#233;conomique r&#233;elle n'est pas l'individu, mais la famille, comme le notait le Compendium ; les gens prennent en effet leurs d&#233;cisions de d&#233;pense et d'investissement dans ce cadre. C'est donc l&#224; que la science &#233;conomique devrait examiner leur comportement, mais elle ne le fait que tr&#232;s rarement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait aussi que le temps pass&#233; &#224; &#233;duquer des enfants est compt&#233; pour z&#233;ro - on ne compte que les d&#233;penses ext&#233;rieures qu'ils occasionnent, nourriture, logement et autres, au m&#234;me niveau que des animaux de compagnie. Si on rempla&#231;ait tous les enfants par des chats, on ne changerait pas grand-chose &#233;conomiquement. Pourtant &#224; terme on d&#233;truirait l'&#233;conomie, puisqu'il n'y aurait plus personne. Mais aucun indicateur ne le dira. Pourquoi cette impasse ? Parce que toutes les mesures d'activit&#233; &#233;conomique sont bas&#233;es exclusivement sur ce qui fait l'objet d'un paiement en argent. Toutes les transactions marchandes bien s&#251;r, mais aussi tout ce qui est li&#233; &#224; la puissance publique, imp&#244;ts et prestations. En revanche, ce qui est donn&#233; ou &#233;chang&#233; sans dimension mon&#233;taire n'est ni enregistr&#233; ni analys&#233; ; tout se passe comme si cela n'existait pas. Or comme on l'a dit, c'est vital, non seulement pour la vie commune en g&#233;n&#233;ral, mais pour la vie &#233;conomique elle-m&#234;me, m&#234;me prise au sens &#233;troit. Il y a donc une vraie faille dans l'analyse, et donc dans la r&#233;alit&#233; des d&#233;cisions. Une des cons&#233;quences de ceci est par exemple le fait que la d&#233;gradation collective qu'implique l'effondrement actuel de la natalit&#233; dans les pays avanc&#233;s, l'absent&#233;isme des parents, ou le rel&#226;chement de leur souci &#233;ducatif, n'est enregistr&#233;e nulle part. Pire, cela permet l'augmentation du PNB, si les parents en profitent pour d&#233;penser plus ailleurs, ou pour gagner plus. Les statistiques actuelles diront qu'il y a un progr&#232;s, alors qu'en termes de prestations r&#233;elles, il y aura r&#233;gression, &#233;ventuellement mortelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord bien s&#251;r une question de mesure &#233;conom&#233;trique. Il y a ensuite la question de la revalorisation des prestations : faut-il verser par exemple un salaire aux m&#232;res de famille ? Cela aurait l'avantage de souligner leur apport r&#233;el, qui est massif. En m&#234;me temps, la question va bien au-del&#224;. Car ce salaire, ou toute allocation familiale, ne sera jamais &#224; la hauteur de la contribution, car celle-ci est gratuite et unique. En fait il faut donc distinguer trois questions : celle de la prise en compte statistique du travail domestique ; celle de son &#233;ventuelle r&#233;mun&#233;ration sur le plan &#233;conomique ; et celle encore plus essentielle du changement n&#233;cessaire du regard sur l'activit&#233; domestique et par l&#224; sur l'activit&#233; humaine en g&#233;n&#233;ral, et notamment sur le r&#244;le de la gratuit&#233;. Dit autrement, refl&#233;ter comptablement ou p&#233;cuniairement la r&#233;alit&#233; de ce travail serait un progr&#232;s appr&#233;ciable, mais ne nous dispenserait pas d'une modification radicale du regard, qui doit nous conduire &#224; remettre cette communaut&#233; vitale qu'est la famille au centre de l'attention, y compris des &#233;conomistes. Tout en continuant &#224; la voir d'abord comme une communaut&#233; de don gratuit. Sans ce don, pas de soci&#233;t&#233;, pas d'&#233;conomie .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mesure du travail domestique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste qu'il y a un int&#233;r&#234;t r&#233;el &#224; tenter une mesure du travail domestique par des m&#233;thodes inspir&#233;es de l'&#233;conomie classique, comme l'ont tent&#233; de nombreux travaux. Les m&#233;thodes varient mais reposent pour l'essentiel sur des enqu&#234;tes, permettant d'&#233;valuer le temps pass&#233; &#224; diverses t&#226;ches domestiques : m&#233;nage, cuisine, enfants, bricolage, tris divers ou autres. Cela suppose de les d&#233;finir en les distinguant du travail r&#233;mun&#233;r&#233;, mais aussi du loisir pur. Ce temps est alors multipli&#233; par une &#233;valuation de co&#251;t horaire. Naturellement le r&#233;sultat varie de fa&#231;on importante selon la m&#233;thode utilis&#233;e. Notons que par d&#233;finition aucune de ces mesures ne fait r&#233;f&#233;rence au r&#233;sultat obtenu (ou &#224; l'importance sociale de l'activit&#233; concern&#233;e), c'est-&#224;-dire &#224; la valeur r&#233;elle de la production. Dans l'exemple le plus &#233;vident, celui de l'&#233;ducation des enfants, par de telles m&#233;thodes on ne mesure pas son impact sur les personnes concern&#233;es, futurs adultes, et par l&#224; sur la vie future de la soci&#233;t&#233;, m&#234;me limit&#233;e au seul angle &#233;conomique. On est donc par construction dans l'approximation. En outre on change ce faisant la nature de l'objet mesur&#233;. Une heure pass&#233;e avec la m&#232;re ou le p&#232;re ne se mesure pas comme une heure &#224; la cr&#232;che ou m&#234;me une heure avec la nounou. Il appara&#238;t au minimum qu'il faut en d&#233;duire que ces mesures ne sont qu'un indicateur partiel, selon les crit&#232;res de l'&#233;conomie mon&#233;taire, et non de l'&#233;conomie dans son ensemble, comprise comme production en g&#233;n&#233;ral. Cela n'en livre pas moins des r&#233;sultats int&#233;ressants. Pour faire simple, selon les m&#233;thodes, la production domestique est &#233;valu&#233;e &#224; 33 % du PIB au minimum, parfois plus de 50%. Et ce travail est majoritairement r&#233;alis&#233; par les femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons les principales conclusions qu'on peut en tirer. La premi&#232;re est l'importance massive du travail domestique mesur&#233; selon les crit&#232;res de l'&#233;conomie mon&#233;taire, m&#234;me dans les hypoth&#232;ses les plus basses. Cela justifie de traiter cette activit&#233; comme un fait &#233;conomique majeur. La deuxi&#232;me est la mise en &#233;vidence du dilemme &#224; la fois scientifique et politique pos&#233; par l'absence de prise en compte de ces activit&#233;s dans le raisonnement collectif sur la production et consommation des &#233;l&#233;ments mat&#233;riels du bien-&#234;tre. La troisi&#232;me, connue de tous intuitivement, est le r&#244;le pr&#233;pond&#233;rant des femmes dans cette activit&#233;. Notons que d&#232;s lors toute une partie de la litt&#233;rature s'efforce d'&#233;tudier comment r&#233;duire ce travail domestique, qui est per&#231;u comme un handicap pour les femmes et pour leur accomplissement dans leur vie professionnelle (ext&#233;rieure) du fait de la double t&#226;che. Pourtant, s'il y a un int&#233;r&#234;t &#233;vident &#224; r&#233;duire la part routini&#232;re de ce travail domestique, notamment en poursuivant le d&#233;veloppement d'&#233;quipements, ou la fourniture de services ext&#233;rieurs, il en est diff&#233;remment des services personnels comme le temps pass&#233; pour les enfants, ou le soin des personnes &#226;g&#233;es, qui para&#238;t qualitativement irrempla&#231;able.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, ce travail qui est donc consid&#233;rable compar&#233; avec les activit&#233;s &#233;conomiques, marchandes ou publiques, n'a par d&#233;finition pas de compensation mon&#233;taire directe - m&#234;me s'il peut avoir des compensations indirectes et partielles (prestations &#8216;sociales', cong&#233; parental, avantages &#233;ventuels en mati&#232;re de retraites etc.). Mais ces derni&#232;res sont acquises m&#234;me si les parents utilisent des services marchands pour assurer une partie de la t&#226;che. C'est d'ailleurs en un sens coh&#233;rent, car ce qui caract&#233;rise ce travail est pr&#233;cis&#233;ment d'&#234;tre le fruit d'un don, qui par d&#233;finition n'est pas fait en vue d'un paiement ou d'une prestation. Dans cette optique, les importantes difficult&#233;s m&#233;thodologiques des mesures qu'on vient d'&#233;voquer sont par elles-m&#234;mes porteuses d'une message : nous ne mesurons actuellement bien en &#233;conomie que ce qui fait l'objet d'un paiement (transactions marchandes), ou d'une contrepartie mon&#233;taire fix&#233;e par la loi (imp&#244;ts et cotisations, prestations sociales). Mais le reste n'en existe pas moins, tout en restant de nature diff&#233;rente, car il y a bien une diff&#233;rence importante entre ce qui fait l'objet d'une contrepartie mon&#233;taire et ce qui ne le fait pas. Il s'en d&#233;duit aussi que l'&#233;conomie limit&#233;e &#224; ce qui est mon&#233;taire n'est qu'une partie de l'&#233;conomie, elle-m&#234;me partie de la r&#233;alit&#233; humaine et sociale. Ce qui rejoint le message th&#233;ologique &#233;voqu&#233; en premi&#232;re partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Signification de cette question&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; son importance &#233;vidente, je n'&#233;laborerai pas ici la question tr&#232;s vaste du niveau souhaitable des compensations envisageables au r&#244;le de la famille (allocations familiales, prise en charge dans la retraite du fait que ce sont les enfants qui en r&#233;partition payent les retraites des autres, fiscalit&#233; tenant compte du service rendu par la famille &#224; la soci&#233;t&#233; y compris dans l'&#233;ducation des enfants ou les soins aux personnes &#226;g&#233;es etc.). A un niveau moins directement mon&#233;taire mais concret, je plaiderai pour l'instauration de cours d'&#233;conomie domestique dans les coll&#232;ges et lyc&#233;es : outre les notions pratiques que cela implique, cela s'int&#232;gre dans un contexte d'actualit&#233; avec l'&#233;cologie (car elle doit se traduire par un accroissement appr&#233;ciable du travail domestique, depuis le tri jusqu'&#224; la r&#233;flexion sur la consommation), la di&#233;t&#233;tique, ou la m&#233;decine pr&#233;ventive et curative, y compris infantile. En outre cela contribuerait activement &#224; rehausser le sens du travail domestique. Mais il me para&#238;t important de souligner la signification profonde du travail ainsi effectu&#233; dans la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, tout d'abord, une grande partie de la litt&#233;rature privil&#233;gie &#224; ce sujet la question de l'&#233;galit&#233; entre hommes et femmes. Dans cette optique on tend presque in&#233;vitablement &#224; ne pas se concentrer sur le travail domestique pris en lui-m&#234;me, mais sur la division du travail au sein du couple. Question &#233;videmment importante, mais qui n'&#233;puise pas le sujet. Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; le travail domestique serait &#233;galement r&#233;parti entre les deux sexes, on aurait &#233;limin&#233; la relation entre sexes, mais on n'aurait pas trait&#233; la question du travail domestique. Or une partie essentielle du travail humain est n&#233;cessairement domestique, soit parce qu'il ne peut &#234;tre assur&#233; autrement, soit parce qu'il est bien mieux assur&#233; par ce moyen. En outre, disons-le clairement, le r&#244;le des deux sexes ne peut y &#234;tre le m&#234;me ; et les personnes r&#233;elles en sont convaincues, les femmes en premier lieu. D&#232;s lors, une politique visant &#224; r&#233;aliser une &#233;galit&#233; absolue, si elle &#233;tait impos&#233;e, d&#233;boucherait sur un r&#233;sultat global moins bon (enfants moins bien &#233;lev&#233;s, foyers moins accueillants, divorces etc.). Mais il en r&#233;sulte inversement que dans nos soci&#233;t&#233;s o&#249; la dimension mon&#233;taire est pr&#233;pond&#233;rante, les femmes sont moins bien reconnues, moins bien trait&#233;es, alors m&#234;me que leur apport est litt&#233;ralement vital. Nous percevons ici une corr&#233;lation entre la pr&#233;dominance des consid&#233;rations mon&#233;taires dans la soci&#233;t&#233; et le statut des femmes. Dit autrement, la mon&#233;tarisation de la soci&#233;t&#233; telle que nous la vivons p&#233;nalise d'abord les femmes. Mais la solution ne para&#238;t pas non plus &#234;tre dans une mon&#233;tarisation universelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale que la mon&#233;tarisation d'une relation en change souvent la nature. S'agissant du travail domestique, il en est de m&#234;me, et l'exemple des enfants est ici le plus &#233;vident. Une substitution partielle par des services marchands ou publics peut parfois ne pas poser de probl&#232;me technique (garde partielle des enfants, achat de plats tout pr&#233;par&#233;s, personnel de maison etc.). Mais personne n'envisage de confier enti&#232;rement ses enfants &#224; des prestataires ext&#233;rieurs et ne pas passer de temps avec eux ; et personne ne pr&#233;tend que cela revient au m&#234;me. De m&#234;me, personne ne met sur le m&#234;me plan la vie en commun d'une famille avec les prestations d'un h&#244;tel ou d'un restaurant. Que la m&#232;re de famille fasse la cuisine et le m&#233;nage, ou recoure &#224; des prestataires (en assurant elle-m&#234;me un travail r&#233;mun&#233;r&#233; ailleurs), a un effet diff&#233;rent en termes &#233;conom&#233;triques car le PNB sera plus grand dans le deuxi&#232;me cas, mais pas n&#233;cessairement la qualit&#233; du r&#233;sultat, tout au contraire. Mais comme on voit les rapports sociaux changeront : &#224; qualit&#233; de repas semblable, manger en famille, ou consommer chacun de son c&#244;t&#233; change la nature de la soci&#233;t&#233; o&#249; on vit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point essentiel ici est qu'une partie appr&#233;ciable de la prestation re&#231;ue au sein de la famille ne vaut que parce qu'elle n'est pas mon&#233;taire, en clair, parce que c'est un don. Cela nous rappelle qu'on ne peut traiter la distinction entre le don et le secteur mon&#233;taire en termes purs et simples de faisabilit&#233;. Ce sont des domaines diff&#233;rents, le don faisant un trio avec le secteur marchand et le secteur &#233;tatique : on retrouve ici Beno&#238;t XVI. Mais alors on ne r&#233;soudra pas le probl&#232;me en r&#233;sorbant le don que repr&#233;sente le travail familial dans le secteur marchand, ni m&#234;me en le compensant par des prestations sociales, m&#234;me si c'est justifi&#233; et indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de l'unit&#233; pertinente&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, la question de l'unit&#233; pertinente pour l'analyse des faits humains et sociaux est sous-jacente aux r&#233;flexions qui pr&#233;c&#232;dent. Les analyses &#233;conomiques actuelles sont sous-tendues par une conception individualiste, les relations entre individus se r&#233;solvant ensuite dans des transactions mon&#233;taires (commerciale ou publique). La perspective change si pr&#233;cis&#233;ment on cesse de voir l'unit&#233; pertinente dans le seul individu, et qu'on la d&#233;place au moins partiellement dans la famille. Car alors la r&#233;flexion qu'on vient de faire se retrouve, de fa&#231;on multipli&#233;e : comme le rapport humain y est radicalement diff&#233;rent, recentrer l'attention sur la famille aboutit aussi &#224; recentrer en partie l'attention sur le don, lui-m&#234;me fond&#233; sur l'amour, la famille &#233;tant, par le mariage, la seule communaut&#233; humaine fond&#233;e sur l'amour. Or apr&#232;s tout la famille et les autres communaut&#233;s sont intervenues avant les march&#233;s (et l'Etat). La famille est par l&#224; une source d'abondance dans un monde de raret&#233;. Car en son sein il n'y a pas lieu de commercer pour obtenir un b&#233;n&#233;fice mutuel. Les ressources restent rares, mais la distribution se fait selon les besoins, non selon la capacit&#233; &#224; payer. Ce qui peut appara&#238;tre id&#233;aliste, mais le fait est que les familles font cela tous les jours, m&#234;me si aucune ne r&#233;alise cet objectif pleinement. Et ce faisant elles produisent un bien rare et pr&#233;cieux : des enfants &#233;duqu&#233;s. Et elles ont par l&#224; une contribution essentielle &#224; la vie &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement, si on veut pr&#233;server la r&#233;alit&#233; et l'apport propre de la famille, c'est elle qu'il faut voir comme unit&#233; de base, &#224; la fois de fa&#231;on non &#233;conomique, et dans le champ de l'&#233;conomie - mais en changeant tr&#232;s profond&#233;ment le sens de ce terme. Bien entendu, cela ne fait pas dispara&#238;tre la question des rapports au sein de la famille, et notamment du r&#244;le respectif de la femme et de l'homme. Mais cela la met dans une lumi&#232;re toute diff&#233;rente. Dans une telle perspective, en coh&#233;rence avec l'enseignement th&#233;ologique de la premi&#232;re partie, c'est la famille qui est remise au centre, et plus largement la perspective d'un rapport entre les personnes fond&#233; sur la gratuit&#233; et le don mutuel et centr&#233; sur leur plein d&#233;veloppement, au sein d'une soci&#233;t&#233; int&#233;grant d'autres dimensions que la seule &#233;conomie mon&#233;taire. Une telle perspective ne remet pas en soi en cause le calcul &#233;conomique bas&#233; sur les dimensions mon&#233;taires, mais il le relativise dans une sph&#232;re bien d&#233;termin&#233;e de l'activit&#233; humaine, qui a ses lois et ses r&#232;gles l&#233;gitimes, mais qui n'est qu'une partie du tout. D'o&#249; un changement radical du regard, qui d&#233;coule directement de la conception chr&#233;tienne du mariage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Interview sur le nouveau catholicisme social</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Interview-sur-le-nouveau-catholicisme-social.html</link>
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		<dc:date>2019-03-20T16:53:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Dette publique</dc:subject>
		<dc:subject>Euro</dc:subject>
		<dc:subject>Nation et mondialisation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le nouveau catholicisme social, l'&#233;conomie et la soci&#233;t&#233;, la mondialisation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit tour d'horizon &#224; l'occasion d'une interview dans la revue Permanence (nouvelle formule) d'Ichtus.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-politique-et-economie-.html" rel="directory"&gt;Religion et &#233;conomie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Dette-publique-+.html" rel="tag"&gt;Dette publique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Euro-+.html" rel="tag"&gt;Euro&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Nation-et-mondialisation-+.html" rel="tag"&gt;Nation et mondialisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le nouveau catholicisme social ambitionne de contribuer &#224; retisser les solidarit&#233;s et le lien social. Pensez-vous que ce soit accessible ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est concevable, mais il faut avoir conscience des difficult&#233;s. La crise des Gilets jaunes manifeste une formidable d&#233;fiance &#224; l'&#233;gard des &#233;lites et des classes dirigeantes. Nous voyons par ailleurs un refus de l'id&#233;e que naissent au sein de ce mouvement des leaders ou un programme clairement &#233;tabli. Cette m&#233;fiance est cons&#233;cutive &#224; des ann&#233;es de destruction du lien social. C'est une ph&#233;nom&#232;ne in&#233;dit et la r&#233;paration d''un lien n'est pas si facile. La premi&#232;re &#233;tape est l'&#233;coute et le dialogue. Il faut ensuite une r&#233;flexion approfondie sur les moyens de reconstruire ce lien social. Cela suppose un effort pour sortir des sch&#233;mas binaires, de la logique actuelle de confrontation. Les catholiques qui voudront agir pourront jouer un r&#244;le b&#233;n&#233;fique s'ils d&#233;montrent une bonne volont&#233; et une capacit&#233; plus grande &#224; &#339;uvrer sans ambition politicienne. Ils pourront alors gagner leur cr&#233;dibilit&#233;. Mais cela suppose d'y &#234;tre pr&#233;par&#233;, ce qui n'est pas spontan&#233; au vu de la sociologie des catholiques. Il faut &#234;tre capable de jouer un r&#244;le de liant, d'interm&#233;diaire, en quelque sorte de tiers-parti. Il ne s'agit pas ici d'une neutralit&#233;, comme si on restait en haut de la montagne sans participer, mais d'avoir un r&#244;le aupr&#232;s de la partie de notre pays qui se sent la plus rejet&#233;e. Et il s'agit bien s&#251;r de b&#226;tir des propositions concr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que peuvent apporter les catholiques et la doctrine sociale de l'Eglise concr&#232;tement, sur le terrain ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La DSE ne donne pas de r&#233;ponses toutes faites. Elle donne des principes, des modes de r&#233;flexion et des priorit&#233;s qui conduisent &#224; se positionner dans un certain sens. On identifie les questions puis on les traite &#224; cette lumi&#232;re, on fait un diagnostic juste avant d'&#233;laborer des r&#233;ponses. La DSE pr&#233;sente un int&#233;r&#234;t uniquement dans la mesure o&#249; les la&#239;cs s'en saisissent et la traduisent au plan pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par exemple, quel principe de la DSE peut aujourd'hui trouver une traduction concr&#232;te ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons la destination universelle des biens. Dans la DSE, la propri&#233;t&#233; est reconnue mais trouve son sens dans la mesure o&#249; elle sert le bien commun. Oui, il y a la propri&#233;t&#233;, mais pour le bien de tous, pas seulement celui du propri&#233;taire. Le bien commun, c'est aussi la gestion des biens mat&#233;riels. Nous avons donc besoin d'une r&#233;flexion sur l'usage de l'argent, sur les investissements. Chaque investissement traduit un choix politique fort et donne un sens &#224; l'action collective. Cela vaut pour l'argent que chacun est pr&#234;t &#224; investir, mais aussi pour l'argent public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A cet &#233;gard, on constate aujourd'hui une d&#233;sertification des territoires, avec un besoin de services publics dans la France p&#233;riph&#233;rique, mais cela a un co&#251;t&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;videmment une dimension importante de solidarit&#233; qu'il faut maintenir ou red&#233;ployer. Un livre a eu du succ&#232;s apr&#232;s la guerre : &#171; Paris, le d&#233;sert fran&#231;ais &#187;. Depuis, la tendance s'est malheureusement accentu&#233;e. Il y a Paris et les grandes m&#233;tropoles d'un c&#244;t&#233; ; le reste du territoire de l'autre c&#244;t&#233;. Au plan g&#233;ographique, il y a eu une excroissance des m&#233;tropoles et de la capitale ; et au plan politique un renforcement du pouvoir central. Les pays d&#233;centralis&#233;s comme l'Allemagne ne connaissent pas ce ph&#233;nom&#232;ne. Notre d&#233;centralisation, dans les ann&#233;es 1980, n'a pas &#233;t&#233; une v&#233;ritable d&#233;centralisation. Au contraire, nous sommes culturellement sur la pente inverse : les lieux de pouvoir s'&#233;loignent de l'&#233;chelon le plus local. Cela dit, je ne pense pas que l'on puisse maintenir une vie locale uniquement &#224; coup de subventions par le haut. Nous avons besoin d'une prise en main locale. Et c'est &#224; ce niveau que nous devons trouver de nouveaux moyens d'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel lien peut-on faire entre cette crise sociale et les grandes affaires macro-&#233;conomiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons clairement que toute une partie de la population ne se retrouve pas dans le syst&#232;me global, dans ce que l'on appelle la mondialisation. Il y a un rejet tant du discours mondialiste que de ses cons&#233;quences pour la situation r&#233;elle des gens. Pour en sortir, il faut retrouver une vision politique. Mais pour cela, encore faut-il avoir une capacit&#233; politique. Or une expression politique, un pouvoir politique reposent d'abord sur une communaut&#233;. Quelle est la communaut&#233; pertinente ? On dit souvent : le niveau europ&#233;en. Mais le niveau europ&#233;en ne peut &#234;tre politique en lui-m&#234;me, car il n'y a pas de peuple europ&#233;en, donc pas de communaut&#233; politique europ&#233;enne. L'Europe peut &#234;tre un lieu de coop&#233;ration entre des communaut&#233;s dot&#233;es d'une volont&#233; politique. Cela commence donc par retrouver le politique au niveau des communaut&#233;s nationales. Je ne parle pas d'une communaut&#233; nationale qui se ferme, mais d'une communaut&#233; qui poursuit un objectif collectif et soit capable de coop&#233;rer avec les autres pays europ&#233;ens. R&#233;soudre les grandes questions macro-&#233;conomiques et recr&#233;er du lien social, cela va bien au-del&#224; du politique, mais cela suppose une action politique. Aujourd'hui, nous ne pouvons agir parce que des r&#232;gles nous sont impos&#233;es au niveau europ&#233;en. Or, sur toutes ces grandes questions, nous voyons bien que la capacit&#233; d'action au niveau europ&#233;en est faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a un Parlement europ&#233;en&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Parlement europ&#233;en, les d&#233;put&#233;s votent sur des abstractions techniques sans faire le lien entre ce qui est vot&#233; et ce que vit la population. S'ajoutent &#224; cela des dimensions id&#233;ologiques et technocratiques tr&#232;s pesantes. Si nous prenons le cas de la libre-concurrence, nous voyons bien qu'il y a un probl&#232;me. La concurrence n'est pas mauvaise en soi, mais elle peut aboutir &#224; de mauvais r&#233;sultats. Nous avons choisi l'ouverture des fronti&#232;res, au sein de l'Europe, mais aussi dans une large mesure envers l'ext&#233;rieur. Il est positif d'&#233;changer avec les autres pays du monde, mais il est en m&#234;me temps na&#239;f de le faire de fa&#231;on indiscrimin&#233;e, surtout quand on compare avec la politique commerciale suivie par d'autres comme la Chine et les Etats-Unis. Au niveau plan&#233;taire, la cohabitation de pays comme les n&#244;tres, visant &#224; un degr&#233; &#233;lev&#233; de solidarit&#233;, avec d'autres pays construits sur des bases sociales tr&#232;s diff&#233;rentes ne va pas de soi. Cela suppose une volont&#233; politique, qui ne peut s'exprimer d'abord qu'au niveau national, et ensuite dans un cadre europ&#233;en pour agir avec les autres pays du continent. Cette Europe-l&#224; serait tr&#232;s diff&#233;rente de celle qui est actuellement &#224; l'&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pensez-vous que le probl&#232;me de l'UE renforce le sentiment de dissolution du politique ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un facteur majeur. Les Fran&#231;ais ne connaissent pas forc&#233;ment tr&#232;s bien les m&#233;canismes europ&#233;ens parce qu'ils sont complexes, mais ils peuvent les sentir. Ils voient bien que la plus grande partie de notre l&#233;gislation, en mati&#232;re &#233;conomique et financi&#232;re, est fabriqu&#233;e au niveau europ&#233;en et que cela leur &#233;chappe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le poids de la dette participe-t-il au ph&#233;nom&#232;ne de soumission du politique au financier ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais il faut pr&#233;ciser que les Etats se sont li&#233;s eux-m&#234;mes les mains en recourant de mani&#232;re d&#233;raisonnable &#224; la dette. Ce qui a conduit au surendettement, c'est l'absence de ma&#238;trise des d&#233;penses publiques. Notre pays compte parmi les plus fiscalis&#233;s et nous nous montrons incapables, malgr&#233; ces fortes recettes fiscales, de contr&#244;ler nos d&#233;penses. Cette dette est la source de futurs probl&#232;mes. Les taux d'int&#233;r&#234;t actuels sont anormalement bas. Le jour o&#249; ils vont remonter, la dette p&#232;sera tr&#232;s lourdement. C'est une situation inqui&#233;tante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment r&#233;soudre le probl&#232;me de la dette ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit violemment, soit progressivement. Progressivement, c'est ce qu'a fait l'Angleterre au XIXe si&#232;cle avec l'&#233;norme dette accumul&#233;e apr&#232;s la guerre napol&#233;onienne. Cela consiste &#224; mieux ma&#238;triser les d&#233;penses publiques pour r&#233;sorber petit &#224; petit la dette. La m&#233;thode violente, c'est l'inflation, la monnaie qui fond. Cette voie nous est ferm&#233;e avec l'euro. Mais m&#234;me si on est en dehors, c'est une voie dangereuse et particuli&#232;rement pr&#233;judiciable pour la partie la plus fragile de la population. Une autre m&#233;thode violente est de faire d&#233;faut vis-&#224;-vis de nos cr&#233;anciers. C'est une voie presque r&#233;volutionnaire, qui nous isolerait du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles seraient les implications d'une sortie de l'Euro ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sortir de l'euro est difficile, pas tant techniquement que politiquement. En effet, cela concerne l'argent que les gens ont dans leur poche, qui vaudra 20 % ou 30 % de moins. Techniquement, c'est r&#233;alisable d'autant que la quasi-totalit&#233; de la dette publique fran&#231;aise est libell&#233;e en monnaie nationale fran&#231;aise, qui est aujourd'hui l'euro. L&#233;galement, il est possible de transformer cette dette en francs. Mais ensuite contrairement &#224; ce qui est dit ici ou l&#224;, nous serions oblig&#233;s d'avoir des exc&#233;dents budg&#233;taires et commerciaux, parce que cela nous couperait la possibilit&#233; de nous endetter encore en devises. La sortie de l'Euro imposerait une politique beaucoup plus rigoureuse, une politique d'aust&#233;rit&#233; volontariste. Au contraire, l'Euro facilite trop l'endettement parce que les taux d'int&#233;r&#234;ts y sont tr&#232;s bas. Avec ou sans l'Euro, nous avons besoin de nous ressaisir collectivement et de faire des choix forts, notamment sur l'orientation de la d&#233;pense publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment voyez-vous ce que l'on appelle la financiarisation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aujourd'hui une pr&#233;dominance du seul crit&#232;re financier dans notre syst&#232;me &#233;conomique. La profitabilit&#233; est importante en &#233;conomie, mais elle ne doit pas &#234;tre le seul horizon. Une partie de la finance est devenue court-termiste, avec le profit imm&#233;diat &#224; l'esprit. La finance est pourtant capable de penser les choses sur le long-terme. Par exemple, Amazon et d'autres ont mis de longues ann&#233;es avant d'&#234;tre rentables mais ont &#233;t&#233; financ&#233;es. Cela signifie que les financiers sont aussi capables de patience. Mais globalement, la finance est aujourd'hui mal orient&#233;e. Il y a besoin d'agir au niveau des financiers et des entreprises, mais aussi des r&#232;gles publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y avait jadis aux Etats-Unis des lois antitrust. Aujourd'hui, le gigantisme semble sans limite&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La volont&#233; anti-trust a d&#233;sormais compl&#232;tement disparu aux Etats-Unis. Les seuls qui s'en pr&#233;occupent encore sont &#224; la Commission de Bruxelles. Nous le voyons avec l'affaire Alstom-Siemens. J'ai de la sympathie pour l'id&#233;e que l'on refuse de laisser se cr&#233;er des entreprises qui seront trop grandes et &#233;craseront tout. Cependant, si nous faisons cela, cela implique une protection de nos march&#233;s vis-&#224;-vis de ceux qui laissent se d&#233;velopper des g&#233;ants, comme les Etats-Unis ou la Chine. Or, nous voulons emp&#234;cher le gigantisme chez nous en Europe, mais sans nous prot&#233;ger. La protection n'est pas la fermeture, c'est un moyen d'&#234;tre ouvert aux &#233;changes sans nous trouver en position de faiblesse vis-&#224;-vis de ceux qui n'ont pas les m&#234;mes r&#232;gles. C'est une question de coh&#233;rence. De ce point de vue, il faudrait un consensus europ&#233;en et une certaine coh&#233;rence fiscale, plut&#244;t que le dogme d'un march&#233; unique totalement ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Permanence n&#176; 576 &lt;i&gt;du 1er trimestre 2019.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le chr&#233;tien et la d&#233;mographie </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Le-chretien-et-la-demographie.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Le-chretien-et-la-demographie.html</guid>
		<dc:date>2017-11-10T10:28:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;mographie</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et d&#233;mographie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La question de la d&#233;mographie est bien d&#233;licate dans le contexte chr&#233;tien. Surtout aujourd'hui. Il y a m&#234;me un dilemme catholique entre l'id&#233;e coutumi&#232;re de la libert&#233; de la famille et l'id&#233;e g&#233;n&#233;rale de limite, qui revient en force. Le fait est simplement arithm&#233;tique : si la libert&#233; de la famille inclut la libre d&#233;termination du nombre d'enfants qu'elle engendre, et que de fait ces familles optaient pour un nombre d&#233;passant le seuil de renouvellement, la population cro&#238;trait ind&#233;finiment. Et se poserait alors un probl&#232;me de limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probl&#232;me &#233;lud&#233; par la plupart des chr&#233;tiens, malgr&#233; l'int&#233;r&#234;t pour l'id&#233;e de limite, &#224; commencer par &lt;i&gt;Laudato Si&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans L'Incorrect N&#176; 3 Novembre 2017.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-politique-et-economie-.html" rel="directory"&gt;Religion et &#233;conomie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Demographie-257-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;mographie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Christianisme-et-demographie-+.html" rel="tag"&gt;Christianisme et d&#233;mographie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le chr&#233;tien et la d&#233;mographie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question de la d&#233;mographie est bien d&#233;licate dans le contexte chr&#233;tien. Surtout aujourd'hui. Il y a m&#234;me un dilemme catholique entre l'id&#233;e coutumi&#232;re de la libert&#233; de la famille et l'id&#233;e g&#233;n&#233;rale de limite, qui revient en force. Le fait est tout simple et largement arithm&#233;tique : si la libert&#233; de la famille inclut la libre d&#233;termination du nombre d'enfants qu'elle engendre, et que de fait ces familles optaient pour un nombre d&#233;passant le seuil de renouvellement, la population cro&#238;trait ind&#233;finiment. Et se poserait alors un probl&#232;me de limite. En un sens Malthus l'avait vu, mais il consid&#233;rait que la limite serait celle de la nourriture. L'exp&#233;rience l'a d&#233;menti &#8211; au moins pour l'heure. Mais de nouvelles limites apparaissent. La pollution, l'empreinte humaine sur notre &#233;cologie. On peut en d&#233;battre. Mais il y a &#224; coup s&#251;r au moins une limite ultime, l'espace physique. Si en effet la population humaine croissait ind&#233;finiment, mettons jusqu'&#224; des dizaines ou centaines de milliards d'hommes, la Terre serait invivable. M&#234;me si on arrivait &#224; nourrir tout ce beau monde. Cas extr&#234;me dira-t-on : oui, mais qui prouve quelque chose ; qu'il faut s'arr&#234;ter &#224; quelque part. Dit autrement, au moins dans un cas il peut y avoir un moment o&#249; on ne pourrait pas laisser les gens prolif&#233;rer &#224; leur guise s'ils en avaient envie&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande encyclique des limites, &lt;i&gt;Laudato Si&lt;/i&gt;, qui d&#233;veloppe avec force cette notion &#224; propos de l'&#233;cologie, &#233;lude tranquillement la question. Elle r&#233;affirme les principes catholiques sur la famille et nie toute contradiction entre les deux positions. La raret&#233; y est expliqu&#233;e exclusivement par l'absence de solidarit&#233;. C'est ce que nous dit le N&#176; 50 : &#171; au lieu de r&#233;soudre les probl&#232;mes des pauvres et de penser &#224; un monde diff&#233;rent, certains se contentent seulement de proposer une r&#233;duction de la natalit&#233;&#8230;Mais &#8216;s'il est vrai que la r&#233;partition in&#233;gale de la population et des ressources disponibles cr&#233;e des obstacles au d&#233;veloppement et &#224; l'utilisation durable de l'environnement, il faut reconna&#238;tre que la croissance d&#233;mographique est pleinement compatible avec un d&#233;veloppement int&#233;gral et solidaire'. Accuser l'augmentation de la population et non le consum&#233;risme extr&#234;me et s&#233;lectif de certains est une fa&#231;on de ne pas affronter les probl&#232;mes... En outre, nous savons qu'on gaspille approximativement un tiers des aliments qui sont produits, et &#8216;que lorsque l'on jette de la nourriture, c'est comme si l'on volait la nourriture &#224; la table du pauvre'. &#187; Pas faux en soi. Mais cela ne traite pas le probl&#232;me ultime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche pour la plupart des &#233;cologistes, pour une fois d'accord avec les &#233;conomistes, une des premi&#232;res conclusions qui se tire de l'id&#233;e de la raret&#233; des ressources naturelles est la n&#233;cessit&#233; de limiter s&#233;v&#232;rement la croissance d&#233;mographique de l'humanit&#233;. Non sans une certaine coh&#233;rence. Alors, le malthusianisme peut-il &#234;tre baptis&#233; ? Ou est-ce une simple question de juste usage des ressources et de solidarit&#233; ? L'encyclique ne r&#233;pond pas &#224; la question. Pas plus que la revue Limites qui dans son num&#233;ro 1 titrait &#171; d&#233;croissez et multipliez-vous ! &#187; mais sans nous dire comment concilier ces deux objectifs, sauf &#224; nouveau par la r&#233;duction du gaspillage et par le partage. Or ni l'un ni l'autre ne r&#233;pondent &#224; la question irr&#233;ductible des limites physiques. Accuser les m&#233;chants lib&#233;raux ne suffit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car &#224; nouveau, au moins en principe c'est une vraie question. Bien s&#251;r en pratique ce qu'on constate dans la plupart des pays hors Afrique, c'est la baisse de la natalit&#233; (ce qu'on appelle transition d&#233;mographique). Un ph&#233;nom&#232;ne puissant et m&#234;me inqui&#233;tant car si on prolongeait la tendance ind&#233;finiment, cette fois le risque serait la disparition de l'humanit&#233; et non la surpopulation. Ou alors une mar&#233;e africaine. Et donc les familles chr&#233;tiennes dans nos pays ont parfaitement raison de faire beaucoup d'enfants. Mais la question th&#233;orique subsiste. Nous ne voulons ni de la prolif&#233;ration absolue, ni bien s&#251;r de l'extinction. Il nous faut donc une certaine mod&#233;ration, variable selon la situation pr&#233;valant dans la soci&#233;t&#233; o&#249; on se trouve. Ce qui veut dire que si la prolif&#233;ration menace, un autocontr&#244;le s'impose ; et si c'est l'extinction qui s'annonce, un encouragement aux naissances. Ce qui veut dire qu'au moins dans ces cas les familles n'ont pas &#224; se d&#233;terminer sans aucune forme de regard pour la situation ambiante. Tout en gardant la discipline des m&#233;thodes naturelles. On n'a pas fini de creuser la question des limites&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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