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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Saint Thomas d'Aquin et la monnaie </title>
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		<dc:date>2025-11-02T14:33:50Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Monnaie</dc:subject>
		<dc:subject>Condamnation de l'usure</dc:subject>
		<dc:subject>Saint Thomas d'Aquin</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Les myst&#232;res de l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent st&#233;rile</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Saint Thomas d'Aquin a apport&#233; sa pierre de fa&#231;on significative dans l'immense effort accompli par la scolastique dans ce que nous appelons Moyen Age, posant les bases de ce qui sera plus tard l'&#233;conomie politique, mais en gardant une inscription &#233;thique qui sera abandonn&#233;e par celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela vise essentiellement deux grands sujets impliquant directement une r&#233;flexion sur la monnaie : la justice des &#233;changes (et du juste prix) ; et le taux d'int&#233;r&#234;t ou usure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pure convention sociale permettant l'&#233;change, l'argent est un pur instrument. Il n'est pas par lui-m&#234;me productif ; il ne l'est que dans son association avec du travail humain au sens large, dans le cadre d'une activit&#233; productrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire ici les points principaux de mon intervention au colloque Aquinomix &#171; La pens&#233;e &#233;conomique de Thomas d'Aquin : une approche interdisciplinaire &#187; ; Paris 11-13 septembre 2025.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/cash-1169650_640.webp?1787417295' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='109' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;SAINT THOMAS D'AQUIN ET LA MONNAIE
&lt;p&gt;En perspective &#233;conomique&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Intervention au colloque Aquinomix&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La pens&#233;e &#233;conomique de Thomas d'Aquin : une approche interdisciplinaire/Thoma&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous utiliserons ici les passages de saint Thomas qui visent des sujets que nous classons de nos jours comme &#233;conomiques, en nous concentrant sur la question de l'argent ou monnaie.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le texte est ici all&#233;g&#233;, notamment des mentions pr&#233;cises de sources et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; On sait que m&#234;me si cette cat&#233;gorie n'existait pas comme telle du temps de Thomas, et que l'&#233;tat d'avancement de l'&#233;conomie &#233;tait &#233;loign&#233; du n&#244;tre, il a apport&#233; sa pierre de fa&#231;on significative dans l'immense effort alors accompli par la scolastique, posant les bases de ce qui sera plus tard l'&#233;conomie politique, mais en gardant une inscription &#233;thique qui sera abandonn&#233;e dans celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre des notions g&#233;n&#233;rales ayant une dimension &#233;conomique (les biens, la propri&#233;t&#233;), cela vise essentiellement deux grands sujets impliquant directement une r&#233;flexion sur la monnaie : la justice des &#233;changes (et du juste prix) ; et le taux d'int&#233;r&#234;t ou usure. Ces analyses ont un objectif fondamentalement normatif, mais elles ont le m&#233;rite d'&#233;tudier les faits &#233;conomiques sous-jacents, avant de se prononcer sur le plan moral. J'ai abord&#233; par ailleurs ces points dans un article de la Revue thomiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tome CXX 2020 n&#176;4.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sur lequel je m'appuierai pour examiner le r&#244;le particulier et central que joue l'argent dans cette r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'aborderons donc pas le cadre plus g&#233;n&#233;ral dans lequel cela s'inscrit, au titre notamment de la question g&#233;n&#233;rale du d&#233;sir humain, de ce qu'on peut appeler la vie bonne, ordonn&#233;e &#224; notre bonheur et &#224; notre finalit&#233;. Je n'aborderai pas non plus la question plus g&#233;n&#233;rale du juste emploi de nos moyens mat&#233;riels, que Thomas traite en d&#233;tail et de fa&#231;on f&#233;conde &#224; propos du don et de l'aum&#244;ne ; en effet, c'est une question qui ne porte pas directement sur l'argent comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Consid&#233;rations pr&#233;alables &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit trois consid&#233;rations pr&#233;alables sont n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce qu'un bien ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re porte sur ce qu'on peut appeler un bien. Comme on sait, saint Thomas distingue trois sortes de biens : le bien &#8216;honn&#234;te' (qui est aim&#233; en lui-m&#234;me et pour lui-m&#234;me), le bien &#8216;d&#233;lectable', et le bien &#8216;utile'. Ce dernier nous concerne directement ici : c'est un bien recherch&#233; en vue d'un autre bien, de fa&#231;on instrumentale. On y trouve tous les biens n&#233;cessaires &#224; notre vie mat&#233;rielle, qui rel&#232;vent de l'analyse &#233;conomique ; or la vie mat&#233;rielle n'est pas notre fin ultime. Et donc les biens utiles doivent rester instrumentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est a fortiori le cas avec l'argent, lequel est repr&#233;sentatif de tous les biens, du moins en tant qu'on peut se les procurer &#233;conomiquement. D'une certaine fa&#231;on m&#234;me, c'est un instrument au second degr&#233; : un instrument d'instruments. En effet, il peut se substituer dans notre regard aux diff&#233;rents biens utiles, en les d&#233;tachant plus encore de leur finalit&#233; r&#233;elle, qui est en dehors d'eux-m&#234;mes. Cette universalit&#233; de possibilit&#233;s qu'il offre fait comprendre la fascination qu'il exerce &#224; qui regarde les choses dans une perspective purement instrumentale, car il peut finir par &#234;tre per&#231;u comme d&#233;sirable en lui-m&#234;me, par excellence : c'est en effet le moyen absolu pour acc&#233;der &#224; tout ce qui est r&#233;ductible &#224; une dimension &#233;conomique. C'est donc en g&#233;n&#233;ral &#224; travers lui que se court le risque d'un renversement radical des finalit&#233;s, comme les Evangiles le soulignent &#224; plusieurs reprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce que le pouvoir sur un bien, ou propri&#233;t&#233; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second point porte sur la propri&#233;t&#233;. Une angle majeur de l'analyse de Thomas est celui de la justice, qui implique qu'on rende &#224; chacun son d&#251;. Mais pour cela, il faut qu'il y ait un d&#251;. En mati&#232;re &#233;conomique, qu'il y ait un d&#251; suppose dans bien des cas ce qu'on appelle la propri&#233;t&#233;, puisque c'est par la propri&#233;t&#233; que quelqu'un acquiert un droit particulier sur un objet. Comme on sait, pour Thomas, la distribution de la propri&#233;t&#233; ne rel&#232;ve pas directement du droit naturel, mais d'un accord entre les hommes (humanum condictum), qui rel&#232;ve du droit positif et qui est une cr&#233;ation de la raison humaine. Et elle s'inscrit dans un cadre qui est celui de l'utilit&#233; commune ; c'est ce qu'on appellera plus tard la destination universelle des biens, pilier de la Doctrine sociale de l'Eglise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine fa&#231;on donc, la destination universelle des biens ne peut se r&#233;aliser que dans la propri&#233;t&#233;, qui confie &#224; chaque homme un certain nombre de biens ; mais l'usage en est subordonn&#233; au bien commun. Nous sommes donc en un sens &#224; nouveau dans le registre instrumental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce que l'argent ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des moyens majeurs d'exercice de la propri&#233;t&#233; est la possibilit&#233; de changer le propri&#233;taire, c'est-&#224;-dire soit de donner des biens, soit de les &#233;changer - et donc d'acheter et de vendre, ce qui correspond en g&#233;n&#233;ral &#224; ce qu'on appelle un march&#233; (on y reviendra). Mais cet &#233;change implique normalement l'usage de l'argent, par lequel presque exclusivement (hors le cas marginal du troc, et les dons) s'exerce la possibilit&#233; de changer la propri&#233;t&#233; d'un bien contre celle d'un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on sait, classiquement la monnaie a une triple fonction : comme &#233;talon de mesure pour fixer les prix des biens &#233;changeables ; comme moyen de paiement pour cet &#233;change ; et comme r&#233;serve de valeur, pour garder de mani&#232;re disponible de quoi faire une d&#233;pense ult&#233;rieurement. Ces trois fonctions ne sont pas distingu&#233;es explicitement comme telles par saint Thomas. Mais elles apparaissent clairement dans son analyse, et notamment les deux premi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons quelques donn&#233;es sur la monnaie, qui se d&#233;duisent de son r&#244;le. Elle doit &#234;tre &#233;changeable contre tout ce qui peut &#234;tre c&#233;d&#233; ou acquis, raisonnablement stable dans le temps, et disponible de fa&#231;on commode pour &#234;tre stock&#233;e ou pour payer. Son r&#244;le est alors majeur, puisqu'il structure toute la vie &#233;conomique. Mais inversement cela veut dire aussi qu'elle a ses limites : elle ne dit rien sur les objets qu'elle permet de vendre ou d'acheter, en dehors du prix. Elle ne dit rien non plus de la relation qui peut ou pourrait exister entre les personnes qui &#233;changent ; elle se limite &#224; un chiffre. Cette neutralit&#233; est son principal avantage, puisque cela la rend en principe utilisable face &#224; n'importe quel bien. Mais c'est aussi sa limite : elle peut conduire &#224; oublier un ensemble de consid&#233;rations humaines essentielles, que par construction elle ne prend pas en compte, notamment les relations entre personnes. Sur cette base, les politiques comme les moralistes ont critiqu&#233; &#224; juste titre les limites de l'argent et de la monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une certaine fa&#231;on, ceci appara&#238;t en sous-jacent des analyses de saint Thomas que nous allons &#233;voquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;changes commerciaux et le juste prix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Thomas examine en d&#233;tail deux cat&#233;gories d'&#233;changes volontaires : les achats et ventes d'un c&#244;t&#233;, et le pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t. Ce faisant, il ne consacre pas la m&#234;me attention &#224; d'autres op&#233;rations de la vie &#233;conomique (pourtant importantes de son temps aussi), notamment parce qu'il voit moins s'y poser la question d'un jugement moral. Mais on les verra appara&#238;tre ici ou l&#224; dans les analyses qui suivent. Ainsi l'investissement en fonds propres, ou la location d'un immeuble, qui tous deux comportent une dimension mon&#233;taire &#233;vidente. De son point de vue, ils ne paraissent pas soulever de probl&#232;me &#233;thique dans leur principe. La question du contrat de travail ne para&#238;t pas non plus faire l'objet de d&#233;veloppement sp&#233;cifique chez lui, malgr&#233; la nature particuli&#232;re du travail, dont on pourrait s'interroger sur l'appr&#233;ciation &#224; porter sur le fait qu'en un sens on l'&#233;change contre de l'argent. Mais &#224; vrai dire les &#233;vangiles &#233;voquent aussi, sans les critiquer comme tels, des cas d'embauche &#224; leur contrepartie mon&#233;taire. On l'&#233;voquera aussi &#224; l'occasion ci-apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Un juste prix objectif, r&#233;sultant de la confrontation des besoins, et mesur&#233; par la monnaie &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse du juste prix a &#233;t&#233; souvent mal comprise. Prenons ici la Somme th&#233;ologique, qui l'examine dans un contexte moral. Saint Thomas pose en premier lieu (q 77 a. 1) la question du prix : peut-on vendre quelque chose plus que cela ne vaut ? Comme on sait sa r&#233;ponse est n&#233;gative, notamment au motif que l'Evangile nous dit de ne pas faire &#224; quelqu'un ce que nous ne voudrions pas qu'il nous fasse ; or personne ne veut payer quelque chose plus que cela ne vaut. Ce qui implique qu'il est reconnu que ce que quelque chose vaut, dans le cadre d'une transaction, est son prix, au sens de la quantit&#233; de monnaie qu'il faut donner pour l'obtenir. On retrouve ici les deux premi&#232;res fonctions de la monnaie (pr&#233;ciser une valeur et permettre de payer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'il y a un prix qui sert de r&#233;f&#233;rence, c'est qu'il est ext&#233;rieur aux parties. Le crit&#232;re purement subjectif n'est donc pas suffisamment pertinent pour lui, comme le montrent ses commentaires sauf cas. On notera en outre que Thomas ne pr&#233;voit pas que ce prix soit fix&#233; par la loi. Sinon la question ne se poserait normalement pas (la loi imposerait la r&#233;ponse), et d'ailleurs il mentionne la diff&#233;rence entre ce qu'il pr&#233;conise et la loi civile. Le cadre du raisonnement est implicitement que la transaction est libre : le prix est assum&#233; par les deux parties.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'article 2 ensuite est &#233;voqu&#233;e la question des d&#233;fauts des produits &#233;chang&#233;s. Comme on peut s'y attendre, la fraude est condamn&#233;e. On notera en particulier sa remarque selon laquelle le prix ne se r&#233;f&#232;re pas &#224; la nature des choses, mais &#224; la mani&#232;re dont ces choses sont utilis&#233;es par les hommes, &#224; leurs besoins, ce que de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale acheteurs et vendeurs sont suppos&#233;s en &#233;tat de juger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui est symptomatique est l'analyse qu'il fait du cas d'une diff&#233;rence de prix &#224; deux endroits. C'est l'exemple d'un marchand de bl&#233; qui va vendre l&#224; o&#249; les prix sont &#233;lev&#233;s suit &#224; une disette ; or il sait que d'autres vendeurs vont venir en nombre et donc faire baisser le prix. S'il donne cette information, le prix baissera et il vendra moins cher. Mais contrairement &#224; un d&#233;faut, qui est l&#224; objectivement d&#232;s maintenant ( et qu'on a le devoir moral de r&#233;v&#233;ler, sauf si le vice est &#233;vident), dans l'exemple qu'il cite, c'est &#224; l'avenir qu'on peut s'attendre &#224; une baisse de prix, laquelle reste donc al&#233;atoire. Cela veut dire que notre vendeur peut licitement vendre au prix qu'il trouve dans l'endroit concern&#233; ; il n'est pas oblig&#233; d'&#233;voquer un changement possible de ce prix dans l'avenir. M&#234;me si naturellement il e&#251;t &#233;t&#233; plus &#8216;vertueux' de le dire, ou de baisser un peu son prix. Ce que l'on voit donc ici est que le prix en question est un prix local, d&#233;rivant des conditions locales, et qu'il est fluctuant. On retrouve clairement ce qu'on appellera plus tard un effet de l'offre et la demande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le juste prix ne se r&#233;f&#232;re donc ni &#224; une caract&#233;ristique intrins&#232;que de la chose, ni aux particularit&#233;s de l'acheteur ou du vendeur, ni de leur relation, sauf exception. Il r&#233;sulte de la confrontation large des besoins humains d'un c&#244;t&#233; et des ressources disponibles &#224; un moment donn&#233; dans un endroit donn&#233;. Dans ce texte, il n'est ni fix&#233; par une autorit&#233;, ni donn&#233; par un expert. Ce prix trouv&#233; est donc a priori un genre de prix de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Compl&#233;ment&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ne veut pas dire que le juste prix co&#239;ncide exactement avec le prix de march&#233; au sens habituel aujourd'hui. D'une part, il ne se r&#233;sume pas &#224; un accord entre acheteur et vendeur, puisque le prix de r&#233;f&#233;rence a un caract&#232;re objectif : dans l'exemple pr&#233;c&#233;dent, il est &#233;tabli implicitement sur un &#8216;march&#233;' large, ouvert, o&#249; tous participent, et o&#249;, en outre, tous sont l&#224; pour rechercher la justice. Le prix se d&#233;gage alors de ce qu'on peut appeler un processus commun de confrontation des besoins (indigentia). Un tel prix est un fait social, et il est par nature fluctuant. D'o&#249; ce fait remarquable : une norme de justice prend ici comme &#233;talon un fait social fluctuant, qui r&#233;sulte de l'interaction des relations humaines, du moins si elles sont de bonne foi. Et l'outil pour assurer un d&#233;bouch&#233; &#224; cette interaction, c'est la monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve dans les commentaires sur l'Ethique d'Aristote une r&#233;flexion compl&#233;mentaire de saint Thomas, qui &#233;claire notamment la r&#233;ponse parfois donn&#233;e par certains &#224; la question du juste prix, consistant &#224; baser le prix sur le travail incorpor&#233;. Il prend le cas d'un &#233;change concret, celui d'une maison ou de nourriture contre des chaussures ; il explique qu'il n'y aura pas d'&#233;change si le ma&#231;on ou l'agriculteur ne re&#231;oivent pas suffisamment de chaussures pour que leur travail et leurs d&#233;penses d&#233;passent ceux du cordonnier. L'exemple est exprim&#233; de fa&#231;on tr&#232;s condens&#233;e. Mais on aurait tort de voir l&#224; une th&#233;orie de la valeur travail, au sens de Ricardo ou de Marx. En r&#233;alit&#233;, il dit simplement que le ma&#231;on ou l'agriculteur doivent recevoir assez de chaussures pour que cela couvre le travail et les d&#233;penses incorpor&#233;s dans leur propre prestation. Sans quoi on n'aura pas d'&#233;change, ce qui est du bon sens ; mais cela ne dit pas comment on mesure cette comparaison. Et d'ailleurs il parle &#224; la fois du travail et des d&#233;penses, or celles-ci ne sont pas du travail. Surtout, il ajoute ensuite que ce qui mesure tout selon la v&#233;rit&#233; des choses est le besoin (indigentia) : tout &#233;change se rapporte au besoin humain ; on n'appr&#233;cie pas les choses selon la dignit&#233; de leur nature, mais selon le besoin des hommes. Ainsi une souris est situ&#233;e plus haut dans la hi&#233;rarchie des &#234;tres qu'une perle, car c'est un &#234;tre anim&#233; ; mais &#233;conomiquement elle vaut beaucoup moins. Il note enfin et surtout que la monnaie a &#233;t&#233; justement &#233;tablie selon une convention entre les hommes afin de permettre l'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;veloppe ensuite ces points et indique notamment qu'une des raisons d'&#234;tre de la monnaie est de conserver la valeur, en pr&#233;vision d'un besoin &#224; venir. Nous retrouvons ici la troisi&#232;me fonction de la monnaie, qui est la conservation de la valeur en vue d'une utilisation future. Il reconna&#238;t qu'il est possible que l'argent ne maintienne pas la valeur initiale ; mais, dit-il, il doit &#234;tre institu&#233; pour mieux maintenir sa valeur que tout autre instrument. On parvient &#224; une unicit&#233; de mesure op&#233;rationnelle en prenant comme crit&#232;re le besoin (ou d&#233;sir), et on le mesure gr&#226;ce &#224; cet instrument qu'est la monnaie, &#233;tabli pour permettre cette forme de relation entre les hommes, de fa&#231;on commune. Comme on le voit, tant la monnaie elle-m&#234;me, que le march&#233; au sens large, sont des institutions humaines, conventionnelles, mais elles donnent un fondement ad&#233;quat &#224; la vertu de justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons incidemment que cette conception de la monnaie comme convention sociale ne fait aucun allusion au r&#244;le de l'or ou de l'argent comme fondement de cette monnaie (contrairement aux usages de son &#233;poque). Cela rappelle de fa&#231;on surprenante la r&#233;alit&#233; de la monnaie actuelle, cr&#233;&#233;e dans une large mesure par le syst&#232;me bancaire et plac&#233;e sous le contr&#244;le discr&#233;tionnaire de la banque centrale, mais sans lien avec une base ext&#233;rieure comme autrefois l'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, le point de d&#233;part est donc l'utilit&#233; et le besoin, dans un monde o&#249; la d&#233;tention des biens est personnelle (propri&#233;t&#233;). D'o&#249; l'&#233;change. Mais celui-ci suppose une mesure : l'outil en est la monnaie, et la base l'utilit&#233; et le besoin. Or ceux-ci sont &#8216;subjectifs' et variables tant dans le temps que selon les personnes. Et donc le prix aussi. Mais il n'est pas pour autant arbitraire et bilat&#233;ral : il fait habituellement l'objet d'une confrontation au sein de la soci&#233;t&#233; ; ce &#224; quoi s'ajoute le r&#244;le du marchand . Les prix r&#233;els de l'&#233;poque &#233;taient d'ailleurs loin d'&#234;tre stables. Comme on voit, saint Thomas constate des faits sociaux : la confrontation des besoins ou d&#233;sirs, qui s'op&#232;re par cet outil conventionnel qu'est la monnaie, qui n'est que cela. Et c'est sur cette r&#233;alit&#233; concr&#232;te que s'exerce le jugement moral. On constate alors le prix pratiqu&#233; en un lieu et &#224; un moment ; on ne p&#232;che pas contre la justice si on le prend comme r&#233;f&#233;rence. Mais cela n'&#233;rige pas le prix du &#8216;march&#233;' local en absolu moral. Cela ne veut pas dire non plus qu'il y a confrontation sauvage de choix arbitraires, car la recherche de la justice est toujours pr&#233;sente. Le juste prix est la version &#233;pur&#233;e et normalis&#233;e d'une confrontation qui est en fait celle du march&#233;, si celui-ci fonctionne convenablement. Il est d'ailleurs notable que dans un autre document&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De emptione et venditione ad tempus (Lettre &#224; Jacques &#233;v&#234;que de Viterbe).&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;Thomas parle de prix trouv&#233; sur le march&#233; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monnaie est donc une convention sociale permettant d'exercer la vertu de justice dans une pratique bien d&#233;termin&#233;e, celle de l'&#233;change commercial, o&#249; n'intervient aucune autre relation humaine particuli&#232;re. Il serait moralement hors de question que quelqu'un utilise le pouvoir que lui donne la monnaie qu'il d&#233;tient pour extraire un avantage maximal du jeu social. Malgr&#233; la similitude possible des m&#233;canismes, on est loin de la base anthropologique individualiste et relativiste qui sera plus tard celle de l'&#233;conomie politique. Et donc l'argent n'a pas le m&#234;me sens. C'est un outil collectif permettant une certaine justice dans des &#233;changes libres, eux-m&#234;mes bas&#233;s sur la confrontation honn&#234;te des besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le taux d'int&#233;r&#234;t ou usure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'usure (c'est-&#224;-dire, dans ce contexte, du taux d'int&#233;r&#234;t) est plus complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'analyse de Thomas&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fond de la position de saint Thomas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elle se trouve notamment au IIa-IIae, q. 78 de la Somme Th&#233;ologique : De (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est qu'en demandant un int&#233;r&#234;t &#224; l'occasion d'un pr&#234;t, on vend ce qui n'existe pas, ou, ce qui revient au m&#234;me, on vend deux fois la m&#234;me chose. Il distingue ici les produits consomm&#233;s, comme du pain ou du vin, et les produits utilisables sans consommation, comme une maison. Dans le premier cas, l'objet et sa consommation se confondent. Il en d&#233;duit que si on vend du pain, on ne peut vendre s&#233;par&#233;ment le pain et l'usage du pain. En revanche, dans le cas de la location d'une maison, on reste propri&#233;taire, mais on conc&#232;de l'usage de la maison &#224; quelqu'un ; il est alors possible de distinguer le prix de la maison et son loyer. Ce qui est pertinent pour notre propos, est l'application qu'il fait de ce raisonnement au cas de l'argent. L'argent, dit-il, a &#233;t&#233; fait pour faciliter les transactions, et son usage r&#233;side dans sa consommation. Comme pour le pain, on ne peut donc pas facturer s&#233;par&#233;ment l'argent et l'usage de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;veloppe ces points dans l'a. 2. Il examine pour les r&#233;futer plusieurs arguments donn&#233;s pour justifier l'int&#233;r&#234;t, comme de compenser la privation que subit le pr&#234;teur, ou la comparaison avec le gain l&#233;gitime d'un commer&#231;ant, ou le fait que si un gage est donn&#233; en garantie du pr&#234;t il peut produire un surplus, ou encore la n&#233;cessit&#233; de tenir compte de fluctuations de prix qui peuvent se produire &#224; l'occasion d'un pr&#234;t. Or, alors m&#234;me qu'il examine ces objections avec soin, montrant par l&#224; une connaissance de ces r&#233;alit&#233;s, il les r&#233;fute en bloc. Certes, il accepte qu'il y ait compensation d'un dommage effectif r&#233;sultant du pr&#234;t, mais &#224; condition qu'il ne consiste pas dans le seul fait que le pr&#234;teur cesse de gagner de l'argent avec cet argent. Ce qui para&#238;t refuser &#224; l'avance ce qu'on appellera apr&#232;s lui &#8216;&lt;i&gt;lucrum cessans&lt;/i&gt;', et que la scolastique consid&#233;rera en g&#233;n&#233;ral licite : le manque &#224; gagner du commer&#231;ant qui, ayant pr&#234;t&#233;, ne dispose plus de cet argent pour gagner sa vie. Pour saint Thomas, l'incertitude sur ce gain exclut qu'on le prenne en compte et le fasse payer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens inverse, il distingue clairement le pr&#234;t de l'investissement en capital, qu'il consid&#232;re licite et qui, lui, peut &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233;. En effet, dans le premier cas, dit-il, il y a transfert de propri&#233;t&#233; sous r&#233;serve de restitution, et consommation par l'emprunteur. Dans le second, il y a toujours propri&#233;t&#233; quoique sous une forme diverse (par exemple des parts d'une soci&#233;t&#233;) et solidarit&#233; avec l'op&#233;rateur : on reste donc propri&#233;taire de ce qu'on investit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; L'article 4 examine si on peut accepter de l'argent pr&#234;t&#233; avec usure. On est tent&#233; de r&#233;pondre que non, car cela participe du p&#233;ch&#233; de l'usurier. Sa r&#233;ponse est en revanche de consid&#233;rer que seul l'usurier commet un p&#233;ch&#233;. A nouveau, pour lui l'emprunteur est presque par d&#233;finition quelqu'un dans le besoin, sans possibilit&#233; alternative ; ce qui peut justifier pour lui (mais pas pour le pr&#234;teur) d'accepter l'usure. Dans le De Malo, de m&#234;me, il r&#233;fute l'argument de la libert&#233; de l'emprunteur en consid&#233;rant qu'il subit toujours une violence, tout comme celui qui doit payer un prix abusif, et m&#234;me une contrainte. Inversement, dans la lettre &#224; l'&#233;v&#234;que de Viterbe, il consid&#232;re que le marchand qui accepte de payer des int&#233;r&#234;ts en vue de son commerce p&#232;che, car dit-il il a donn&#233; une occasion de p&#233;ch&#233; &#224; l'usurier. Car en l'esp&#232;ce l'a priori de saint Thomas selon lequel l'emprunteur est sous la contrainte, ne se v&#233;rifie plus : le d&#233;sir de d&#233;velopper ses affaires n'est pas suffisant en regard du &#8216;p&#233;ch&#233;' sous-jacent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re pr&#233;cision est donn&#233;e par le Commentaire sur les Sentences&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In III Sent., dist. 37, q. 1, a. 6.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, r&#233;pondant &#224; une objection fond&#233;e sur la comparaison de l'usure et du bail. Dans sa r&#233;ponse, saint Thomas s'appuie &#224; nouveau sur la distinction entre propri&#233;t&#233; et usage. Mais il ajoute une pr&#233;cision int&#233;ressante pour notre propos : c'est que, dit-il, les biens ont tous une utilit&#233; propre, sauf l'argent qui ne sert qu'&#224; mesurer l'utilit&#233; des autres choses. Il est d&#232;s lors, dit-il, inique d'utiliser une mesure diff&#233;rente selon qu'on pr&#234;te ou qu'on rend. En outre, le pr&#234;teur n'a pas &#224; profiter de l'usage que l'emprunteur fait de l'argent, puisque la propri&#233;t&#233; en a &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Examen de la question &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, l'argumentation de Thomas se base essentiellement sur des raisonnements , et plus pr&#233;cis&#233;ment sur une analyse du r&#244;le de l'argent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A c&#244;t&#233; notamment des textes bien connus de la loi mosa&#239;que, mais qu'il (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme il a &#233;t&#233; not&#233; dans la partie pr&#233;c&#233;dente, il voit l'argent comme une convention sociale permettant l'&#233;change sur la base d'une mesure de l'utilit&#233; des choses. Il s'y ajoute ici une autre id&#233;e : que cet argent est consomm&#233; lorsqu'il est d&#233;pens&#233;. Combin&#233; avec l'affirmation selon laquelle on ne peut vendre s&#233;par&#233;ment un bien consommable et son usage, cela fonde pour lui la condamnation de l'int&#233;r&#234;t ou usure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argumentation de saint Thomas portait sur la nature m&#234;me de l'op&#233;ration de pr&#234;t ; elle assez rarement critiqu&#233;e directement par les commentateurs classiques. Le P. Labourdette par exemple valide la distinction de Thomas : pour lui, si on utilise de l'argent, on le d&#233;pense et donc on le consomme (comme du vin qu'on boit), contrairement &#224; une maison lou&#233;e. Or dit-il &#171; la consommation de la chose c'est sa destruction &#187;. Il ajoute que le pr&#234;t d'argent est un pr&#234;t de consommation : quand je pr&#234;te l'argent, je le c&#232;de, il y a transfert de propri&#233;t&#233;, et je ne peux pas en s&#233;parer son utilisation ; il ne sert qu'&#224; &#233;changer et ne fructifie pas. Il rappelle que le capitaliste souligne la productivit&#233; de l'argent ; mais il consid&#232;re cette assertion &#171; d&#233;bile &#187;, car l'argent, dit-il, n'a pas de productivit&#233; intrins&#232;que ; il ne sert que pour l'&#233;change et la d&#233;pense ; la productivit&#233; &#233;ventuelle r&#233;sulte des choses qu'il a permis d'acheter et du travail fait par ou sur elles. De m&#234;me le P. Spicq. Pour lui aussi, &#171; le travail est le titre lucratif essentiel &#187; ; l'argent n'est pas par lui-m&#234;me productif. S'il y a des gains, ils r&#233;sultent exclusivement de l'activit&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment l'analyser ? Le raisonnement propos&#233; repose en d&#233;finitive sur trois affirmations, diff&#233;rentes de la perception actuelle. La premi&#232;re, que dans une op&#233;ration de pr&#234;t il y a transfert de propri&#233;t&#233; pur et simple, &#224; la suite de quoi l'argent est consomm&#233; comme du pain. La deuxi&#232;me, que lorsqu'un pr&#234;t porte sur un produit qui est consomm&#233;, on n'est tenu qu'&#224; rendre ce produit tel quel, m&#234;me si du temps s'est &#233;coul&#233;. Ce qui implique qu'on estime qu'un pr&#234;t n'est jamais un service rendu, qui pourrait &#234;tre factur&#233; s&#233;par&#233;ment. La troisi&#232;me, que l'argent n'a aucune dimension productive, laquelle justifierait une r&#233;mun&#233;ration si elle existait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier argument est celui de la consommation. Mais si on pr&#234;te un pain pour &#234;tre mang&#233;, il dispara&#238;t effectivement. Si on pr&#234;te de l'argent, l'emprunteur dispose de l'argent, qui ne dispara&#238;t pas, et qu'il utilise &#224; son gr&#233; ; cet argent n'est donc pas consomm&#233;. Rappelons en outre que saint Thomas consid&#232;re souhaitable que l'argent conserve sa valeur dans le temps : ce n'est donc pas un pur signe qui dispara&#238;t dans la transaction. En outre, le pr&#234;teur perd la propri&#233;t&#233; de cet argent, mais il ne perd pas toute propri&#233;t&#233;, tant s'en faut : en effet, il obtient en &#233;change ce qu'on appelle une cr&#233;ance sur le d&#233;biteur, laquelle est un actif, pouvant &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un &#233;quivalent de l'argent : il est d'ailleurs notable que notre monnaie actuelle est &#224; bien des points de vue une forme de cr&#233;dit. On peut ajouter que si l'argent &#233;tait consomm&#233; dans un pr&#234;t, il le serait aussi dans un investissement, dont pourtant saint Thomas consid&#232;re la r&#233;mun&#233;ration licite. Dans les deux cas, l'investisseur se dessaisit de son argent, que l'emprunteur utilise comme il veut, mais c'est en &#233;change d'un titre, que ce soit une action ou une cr&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, au-del&#224;, la comparaison m&#234;me qu'utilise saint Thomas (avec un pain et avec un immeuble) montre qu'&#224; la base de son analyse se trouve le sous-jacent de la transaction : le pain ou l'immeuble. Or l'argent se situe sur un autre plan, qui n'est ni l'un ni l'autre : il n'est pas &#224; proprement parler consomm&#233; comme le dit &#224; tort saint Thomas ; mais il n'est pas non plus &#171; utilis&#233; &#187;, car en lui-m&#234;me il n'est pas directement utilisable. On l'a dit, c'est un signe permanent mais existant par lui-m&#234;me dans la soci&#233;t&#233; et donc objectiv&#233;. Il y a donc un aspect justifi&#233; dans le fait de le consid&#233;rer &#224; part des autres biens : il ne sert et n'a de sens que relativement &#224; ce qu'il permet d'acqu&#233;rir. Cela peut &#233;clairer le refus de saint Thomas de le consid&#233;rer productif ; en effet il ne l'est pas en lui-m&#234;me ; il ne l'est qu'en permettant d'acqu&#233;rir des moyens de production, eux-m&#234;mes utilis&#233;s en association avec du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut ensuite, sur le deuxi&#232;me point, contester l'id&#233;e que dans un pr&#234;t (mutuum) on doive rendre la chose ou son &#233;quivalent, ni plus ni moins. Cela suppose en effet en justice une &#233;quivalence totale entre la possession d'un bien aujourd'hui ou &#224; l'avenir. Mais, pr&#233;cis&#233;ment, cela ne va pas de soi : si une banque pr&#234;te &#224; un jeune couple de quoi s'acheter un r&#233;frig&#233;rateur, le jeune couple verra un bienfait entre le fait d'avoir l'appareil tout de suite et celui d'attendre d'avoir &#233;pargn&#233; 2 ou 3 ans avant de pouvoir en jouir. Dit autrement, un pr&#234;t est vraiment un service ; il apporte &#224; quelqu'un des ressources rares dont il ne dispose pas, et dont il a besoin. On ne voit pas au nom de quoi on ne pourrait pas facturer ce service, et a fortiori bien s&#251;r du fait que le pr&#234;teur se d&#233;fait d'un argent dont il pourrait avoir un autre usage profitable, par exemple en investissant (ce que d&#233;crit tr&#232;s bien la parabole des talents). L'exception qui va de soi est celle du n&#233;cessiteux, qui est celle pr&#233;vue dans les textes bibliques, et que saint Thomas avait en t&#234;te, car comme on l'a vu, il consid&#232;re que l'emprunteur est habituellement dans un besoin pressant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, sur le troisi&#232;me point, il est juste de dire &#224; nouveau que l'argent tout seul n'est pas productif, et que seul le travail humain (au sens large, y compris celui de l'entrepreneur et du marchand) permet de le faire fructifier. Mais il serait pour autant erron&#233; de nier la contribution du capital dans cette production. Un ouvrier sans machine ni outil produit massivement moins qu'un ouvrier avec machine. En d'autres termes, l'argent, mesure de l'&#233;change, est aussi moyen de paiement et donc aussi par-l&#224; moyen d'investir, c'est-&#224;-dire d'acqu&#233;rir des outils de production, qui contribuent &#224; la production et dont l'usage est d&#232;s lors l&#233;gitimement r&#233;mun&#233;r&#233;. D'ailleurs le pr&#234;teur aurait pu investir dans une part de soci&#233;t&#233; immobili&#232;re et en retirer un loyer (reconnu licite par Thomas), ce qui ne pr&#233;sente pas plus de risque qu'un pr&#234;t d'argent, et souvent moins. Il est notable que saint Thomas admet que la loi civile puisse autoriser le pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t, non seulement par tol&#233;rance, mais parce que cette autorisation peut &#234;tre source d'un certain bien : mais comment serait-ce possible, si c'&#233;tait fondamentalement injuste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait objecter que le paiement d'int&#233;r&#234;ts ne se justifie alors que dans le cas du pr&#234;t &#224; une activit&#233; productive. Mais le r&#244;le de l'&#233;pargne, c'est de permettre l'investissement. Si on distrait une partie de cette &#233;pargne pour pr&#234;ter &#224; un couple de quoi s'acheter un r&#233;frig&#233;rateur, on perd ce que l'investissement aurait produit en pr&#234;tant &#224; d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Remarques compl&#233;mentaires&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Saint Thomas se situe relativement au d&#233;but de l'analyse &#233;conomique des Scolastiques. De ce fait on ne trouve pas ou peu chez lui certains th&#232;mes qui prendront de l'importance par la suite. Ainsi l'id&#233;e qu'avec l'int&#233;r&#234;t on pr&#233;tend vendre du temps, m&#234;me si une de ses remarques incidentes montre une certaine sensibilit&#233; &#224; la valeur du temps. Il ne d&#233;veloppe pas non plus l'id&#233;e, populaire ensuite, que bien utiliser l'argent, c'est le faire circuler de fa&#231;on utile ou cr&#233;ative ; m&#234;me s'il souligne par ailleurs la contribution du commerce au bien commun et la l&#233;gitimit&#233; de l'investissement en capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, pour notre propos, il n'&#233;voque pas, ou pour les r&#233;futer au moins implicitement, les notions reprises du droit romain qui ont permis ensuite de l&#233;gitimer des paiements visant &#224; d&#233;dommager le pr&#234;teur de ce qu'il aurait pu gagner avec l'argent pr&#234;t&#233; (&lt;i&gt;lucrum cessans&lt;/i&gt;), ou &#224; indemniser le risque pris (&lt;i&gt;periculum sortis&lt;/i&gt;). Sa condamnation est radicale. Cela dit, le d&#233;veloppement ult&#233;rieur de ces notions diverses laissera intacte son argumentation centrale, et cela jusqu'au XVIIIe si&#232;cle, m&#234;me si on le temp&#233;rera par ces notions et que dans la pratique la possibilit&#233; d'un int&#233;r&#234;t ait &#233;t&#233; largement mise en &#339;uvre. La prise en compte de ces facteurs, notamment le &lt;i&gt;lucrum cessans&lt;/i&gt;, a en effet conduit &#224; multiplier les cas o&#249;, au moins un commer&#231;ant pr&#234;teur subissait un manque &#224; gagner du fait qu'il soustrayait pour cela de l'argent de son activit&#233; ; ce qui a &#233;t&#233; une &#233;tape majeure dans la voie de l'acceptation d'un certain taux d'int&#233;r&#234;t. Il y aura donc ult&#233;rieurement une rupture sur ce point par rapport &#224; sa pens&#233;e. C'est a fortiori le cas dans nos &#233;conomies o&#249; il est possible &#224; tout instant d'investir dans une activit&#233; &#233;conomique cens&#233;ment productive et d'&#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233; ; par cons&#233;quent, celui qui pr&#234;te renonce par construction &#224; un tel produit. Cela dit, il y a l&#224; justement une piste pour rendre compte de la divergence : &#224; notre &#233;poque, on peut montrer, au moment de la conclusion du pr&#234;t, le gain possible par un placement alternatif. Mais le marchand m&#233;di&#233;val, lui, devait expliquer qu'il aurait pu gagner de l'argent par telle ou telle op&#233;ration hypoth&#233;tique, et a priori risqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le&#231;ons &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que l'analyse de saint Thomas doit &#234;tre inscrite dans le contexte de son temps : l'usure, comprise notamment comme l'exploitation du besoin de personnes pauvres, repr&#233;sentait alors un risque majeur pour la soci&#233;t&#233;, un vrai fl&#233;au social ; et on pouvait percevoir que tout emprunteur agissait sous la contrainte d'un besoin pressant. Par ailleurs, compar&#233; &#224; la suite, il y avait relativement peu d'investissements productifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, il convient de rappeler le risque plus g&#233;n&#233;ral repr&#233;sent&#233; par l'argent, relev&#233; par les &#201;vangiles : le fait d'&#234;tre recherch&#233; activement, parce qu'il est repr&#233;sentatif de tout ce qui peut &#234;tre achet&#233;, ce qui le constitue en support par excellence de la d&#233;rive idol&#226;trique, de l'avidit&#233; appliqu&#233;e &#224; des biens qui ne devraient &#234;tre qu'instrumentaux. Remarque qui rencontre celle d'Aristote sur la chr&#233;matistique, o&#249; la volont&#233; d'accumuler ne rencontre aucune limite naturelle. Sa neutralit&#233; m&#234;me accentue paradoxalement ce risque, puisqu'il peut couper la personne de la relation aux choses qu'en un sens il repr&#233;sente, et par l&#224; de leur signification, dans la soci&#233;t&#233;, et pour les autres personnes. Il peut en outre y avoir rencontre entre ces d&#233;rives d'ordre moral avec une certaine pratique du maniement d'argent, de ce que nous appelons finance. Cela &#233;claire aussi les choix radicaux et abrupts de Thomas. Le paradoxe est en d&#233;finitive de voir ce pur outil prendre, du fait de son usage tr&#232;s large, sinon universel, une r&#244;le de synth&#233;tisation de toutes les tentations mat&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient donc de corriger son analyse en prenant en compte le fait que, parce que justement l'argent est une convention sociale permettant l'&#233;change, il ne dispara&#238;t pas dans l'op&#233;ration de pr&#234;t puis son utilisation ; il n'est pas consomm&#233; et il peut repr&#233;senter, aussi, l'acc&#232;s &#224; des biens de production. Le fait de le pr&#234;ter, c'est-&#224;-dire de l'affecter &#224; quelqu'un qui en demande l'usage, est un service v&#233;ritable rendu par le pr&#234;teur, qui en outre subit de ce fait, au moins implicitement, une perte de revenu potentiel. Une r&#233;mun&#233;ration &#233;quitable (&#224; un juste prix) peut donc &#234;tre tout &#224; fait licite moralement, en justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne fait pas dispara&#238;tre ce qui a &#233;t&#233; reconnu de la nature de l'argent : convention sociale permettant l'&#233;change, il n'est pas par lui-m&#234;me productif ; il ne l'est que dans son association avec du travail humain au sens large (r&#244;le de l'entrepreneur compris), dans le cadre d'une activit&#233; productrice. Et de fait, cette r&#233;alit&#233; est moins imm&#233;diatement perceptible dans le cr&#233;dit r&#233;mun&#233;r&#233;, o&#249; on peut avoir particuli&#232;rement l'impression fausse que l'argent est productif par lui-m&#234;me. Il est donc essentiel &#224; la fois d'utiliser activement l'argent (la th&#233;saurisation &#233;tant, en perspective morale, le plus mauvais usage qu'on puisse en faire, comme le rappelle l'Evangile dans Luc 16, 9 : &#171; faites-vous des amis avec le Mammon d'iniquit&#233; &#187;) et en m&#234;me temps de le r&#233;ins&#233;rer dans le tissu des rapports humains et de nos responsabilit&#233;s &#224; cet &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons enfin que l'une des caract&#233;ristiques de l'int&#233;r&#234;t sur un pr&#234;t est d'&#234;tre exigible en justice, contrairement &#224; la r&#233;mun&#233;ration du capital investi en fonds propres ; cette derni&#232;re suppose qu'il y ait effectivement un profit (et donc une valeur ajout&#233;e), et une d&#233;cision (non obligatoire en soi) de versement de ce que nous appelons dividende. En ce sens, un pr&#234;teur est bien moins solidaire de l'emprunteur qu'un associ&#233;. En outre, du fait qu'il est exigible selon des modalit&#233;s stipul&#233;es &#224; l'avance, en g&#233;n&#233;ral ind&#233;pendantes des circonstances, le cr&#233;dit pr&#233;sente une rigidit&#233; dont l'histoire des crises financi&#232;res montre qu'il est la source de risques majeurs. Quand donc saint Thomas accepte comme licite l'investissement en fonds propres, qui est une forme d'association, mais exprime sa r&#233;serve pour le cr&#233;dit, en dehors du cr&#233;dit amical et sans paiement d'int&#233;r&#234;ts destin&#233; &#224; quelqu'un dans le besoin, il per&#231;oit une r&#233;alit&#233; importante, que notre &#233;poque, ivre de cr&#233;dit et de dette, devrait m&#233;diter. Le cr&#233;dit est utile, mais &#224; dose mod&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La pens&#233;e &#233;conomique de Thomas d'Aquin : une approche interdisciplinaire/Thomas Aquinas' economic thought : an interdisciplinary approach &#187; ; Paris 11-13 septembre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le texte est ici all&#233;g&#233;, notamment des mentions pr&#233;cises de sources et de certains d&#233;veloppements.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tome CXX 2020 n&#176;4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;De emptione et venditione ad tempus&lt;/i&gt; (Lettre &#224; Jacques &#233;v&#234;que de Viterbe).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elle se trouve notamment au IIa-IIae, q. 78 de la Somme Th&#233;ologique : &lt;i&gt;De peccato usurae, quod committitur in mutuis&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;In III Sent., dist.&lt;/i&gt; 37, q. 1, a. 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A c&#244;t&#233; notamment des textes bien connus de la loi mosa&#239;que, mais qu'il utilise tr&#232;s peu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mensuram bonam et l'investissement dans une perspective de foi</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Mensuram-bonam-et-l-investissement-dans-une-perspective-de-foi.html</link>
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		<dc:date>2022-12-29T15:57:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement &#233;thique</dc:subject>
		<dc:subject>Investissement &#233;thique chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Investissement responsable et Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Voil&#224; un document important du Vatican, le premier sur le sujet, salu&#233; comme tel par les grands m&#233;dia, Wall Street Journal et Figaro en t&#234;te. On conna&#238;t le long travail de d&#233;veloppement que le Magist&#232;re universel accomplit dans l'&#233;dification de la Doctrine sociale de l'Eglise ou DSE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est un domaine o&#249; la DSE restait peu diserte, malgr&#233; plusieurs pages bien senties, c'est la finance. Or c'est par un paradoxe apparent sous le pape Fran&#231;ois qu'un effort particulier a &#233;t&#233; fait en ce domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici Mensuram Bonam, qui traite de l'investissement financier dans la perspective de la foi catholique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon commentaire pour La Nef. Et une tribune parue dans Les Echos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Questions-financieres-.html" rel="directory"&gt;Religion , finance, argent&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-ethique-+.html" rel="tag"&gt;Investissement &#233;thique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-ethique-chretien-+.html" rel="tag"&gt;Investissement &#233;thique chr&#233;tien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-responsable-et-Eglise-+.html" rel="tag"&gt;Investissement responsable et Eglise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-l-argent-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et l'argent&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voil&#224; un document important du Vatican, le premier sur le sujet, salu&#233; comme tel par les grands m&#233;dia, Wall Street Journal et Figaro en t&#234;te. On conna&#238;t le long travail de d&#233;veloppement que le Magist&#232;re universel accomplit dans l'&#233;dification de la Doctrine sociale de l'Eglise ou DSE. Le pape Fran&#231;ois y a contribu&#233; notamment avec &lt;i&gt;Laudato Si&lt;/i&gt; dont on conna&#238;t le retentissement &#8211; m&#234;me si &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; appelle une appr&#233;ciation plus nuanc&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est un domaine o&#249; la DSE restait peu diserte, malgr&#233; plusieurs pages bien senties, c'est la finance. Or c'est par un paradoxe apparent avec le pape Fran&#231;ois que, sous l'&#233;gide du cardinal Turkson (1), un effort particulier a &#233;t&#233; fait en ce domaine, notamment avec &lt;i&gt;Oeconomicae et pecuniariae quaestiones&lt;/i&gt; (2018) ou OPQ, traitant de la finance en g&#233;n&#233;ral en collaboration avec la Congr&#233;gation pour la Doctrine de la Foi. Et voici &lt;i&gt;Mensuram Bonam&lt;/i&gt;, qui traite de l'investissement financier dans la perspective de la foi catholique. Visant plus particuli&#232;rement les institutions d'Eglise qui ont des fonds &#224; g&#233;rer, afin de les aider dans la recherche de la strat&#233;gie la plus coh&#233;rente avec leur foi, il s'adresse aussi &#224; tous les catholiques - et plus incidemment &#224; toute personne. Mais on notera que ce nouveau texte, qui &#233;tait pr&#233;vu pour para&#238;tre sous l'&#233;gide du dicast&#232;re, sort finalement comme document de l'Acad&#233;mie Pontificale des sciences sociales, dont le cardinal est devenu chancelier. Ce n'est donc plus un texte magist&#233;riel mais le lancement d'une r&#233;flexion et action collectives. Mais si plusieurs conf&#233;rences &#233;piscopales avaient abord&#233; la question, c'est le premier document venant du Vatican &#224; en traiter. Sans doute perfectible, c'est donc une &#233;tape importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait le d&#233;veloppement consid&#233;rable que prend l'investissement &#233;thique ou socialement responsable dans la gestion de fonds. Au-del&#224; m&#234;me de ce domaine d&#233;j&#224; majeur, que l'Eglise se devait d'aborder, le texte la conduit &#224; prendre position de mani&#232;re plus pr&#233;cise sur deux sujets. L'un est la vie &#233;conomique, et particuli&#232;rement celle des entreprises, puisque la plupart de ces investissements sont faits dans des entreprises, dont on appr&#233;cie l'action sous l'angle de la pr&#233;occupation morale ou &#233;thique, qui sont d&#232;s lors clairement reconnus dans son principe. L'autre est l'usage m&#234;me de l'argent, puisque l&#224; encore il s'agit de faire un bon usage de notre argent, ce qui confirme que ce bon usage existe. C'est l&#224; un point majeur, qu'il convenait de pr&#233;ciser. On parle encore bien trop peu d'argent dans le milieu catholique, du moins dans la p&#233;riode moderne, ce qui contraste d'ailleurs avec la franchise des &#233;poques anciennes. Et trop souvent c'est pas des anath&#232;mes peu constructifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aper&#231;u du texte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte comprend plusieurs parties, avec un pr&#233;ambule th&#233;ologique et un rappel de la Doctrine sociale de l'Eglise, et ensuite un d&#233;veloppement sur les m&#233;thodes utilisables pour orienter l'investissement dans la perspective catholique, compl&#233;t&#233; par un r&#233;pertoire fourni de crit&#232;res d'exclusion ou de r&#233;flexion possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, le texte fait r&#233;f&#233;rence aux principes pos&#233;s dans la Doctrine sociale de l'Eglise (DSE), selon le &lt;i&gt;Compendium&lt;/i&gt; de la DSE : la personne et sa dignit&#233; (droits de l'homme compris), le bien commun, la subsidiarit&#233; et la participation, la destination universelle des biens de la terre, en y ajoutant la durabilit&#233; et le souci de la cr&#233;ation, &#224; la suite de Beno&#238;t XVI et du pape Fran&#231;ois. Le texte d&#233;crit ensuite la vari&#233;t&#233; des voies qui peuvent &#234;tre suivies : gestion directe des actifs, gestion collective (SICAV), investissement d'impact ou plus cibl&#233;s etc. Il insiste en d&#233;tails sur la n&#233;cessit&#233; d'un engagement actif dans le dialogue avec les entreprises comme avec les professionnels de la finance ; ainsi que sur la coop&#233;ration entre catholiques sur ces diff&#233;rents sujets. Quant au choix des m&#233;thodes de s&#233;lection, il admet plusieurs voies : l'investissement &#224; impact (&lt;i&gt;impact investing&lt;/i&gt;), ou le choix des meilleurs dans leur cat&#233;gorie (&lt;i&gt;best in class&lt;/i&gt;), &#233;valu&#233;s selon une s&#233;rie de crit&#232;res et notamment les rapports de l'entreprise consid&#233;r&#233;e avec ses parties prenantes. Le terme dominant dans la litt&#233;rature profane sur le sujet, ESG (environnement, social, gouvernance), est &#233;voqu&#233; plut&#244;t positivement, mais sans &#234;tre mis au rang de r&#233;f&#233;rence, la perspective de l'Eglise &#233;tant plus large et parfois diff&#233;rente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des d&#233;veloppements appr&#233;ciables sont allou&#233;s &#224; l'approche par exclusion, favorite dans le monde anglosaxon - tout en admettant la complexit&#233; de la question dans le cas des entreprises &#224; activit&#233;s multiples. Si dans certains cas l'exclusion demand&#233;e est totale comme pour l'avortement, dans d'autres la r&#233;daction est moins nette et laisse un place appr&#233;ciable &#224; l'interpr&#233;tation. Mais l'annexe qui les pr&#233;cise est quelque peu condens&#233;e et parfois exp&#233;ditive. On peut comprendre par exemple que l'alcool (y compris le vin de la messe), l'armement et le nucl&#233;aire sont &#224; &#233;viter &#8211; ce qui est pour le moins contestable sous cette forme abrupte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques r&#233;flexions imm&#233;diates&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut souligner plusieurs dimensions de ce texte qui manifestent un choix qui n'allait pas de soi dans le contexte de la Doctrine sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est l'intitul&#233; m&#234;me : il parle de mesures bas&#233;es sur la foi (&#171; &lt;i&gt;faith-based measures&lt;/i&gt; &#187;), ce qui n'est pas en g&#233;n&#233;ral le cas des textes relevant de la DSE, qui se r&#233;f&#232;rent bien entendu &#224; la foi, mais &#233;galement &#224; la loi naturelle ou de la raison, plus parlants pour les non-catholiques. M&#234;me s'il souligne qu'il peut et doit aussi aider les non croyants. C'est une diff&#233;rence d'approche avec OPQ, qui se r&#233;f&#232;re plus explicitement &#224; la loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second est la diversit&#233; m&#234;me des approches consid&#233;r&#233;es possibles : il s'agit dans une mesure importante plus d'aider les choix qu'effectuent sous leur responsabilit&#233; les institutions g&#233;rant des fonds, que de les canaliser vers une m&#233;thode ou un choix particuliers. Ce qui peut surprendre l&#224; aussi, au vu des enjeux ; mais peut s'expliquer par la diversit&#233; l&#233;gitime des points de vue, qui rel&#232;ve de la responsabilit&#233; prudentielle des investisseurs. Mais cela a un inconv&#233;nient : il ne sera d&#232;s lors pas imm&#233;diat pour les personnes concern&#233;es d'en tirer des conclusions pratiques. Un autre risque est que certains prendront l'annexe sur l'exclusion comme r&#233;f&#233;rence principale, alors que ce n'est qu'une liste de points de r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, l'appel est tr&#232;s ferme sur le besoin m&#234;me d'une telle r&#233;flexion. La raison en est rappel&#233;e d&#232;s la pr&#233;face : le devoir que la Bible souligne d'un responsabilit&#233; morale dans le gestion de nos biens, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#233;tant subordonn&#233;e &#224; la destination universelle des biens et donc du bien commun. L'activit&#233; d'investissement entre alors dans le cadre des &#339;uvres qui ont un lien indissoluble avec la foi. Sachant que comme il est rappel&#233;, le souci moral, et notamment l'imp&#233;ratif du bien commun, ne s'opposent pas aux exigences d'une bonne gestion, et notamment de veiller &#224; une rentabilit&#233; raisonnable des actifs investis. En ce sens le texte reconna&#238;t la l&#233;gitimit&#233; en soi d'un investissement financier, s'il est r&#233;alis&#233; dans l'esprit et avec les orientations voulues. Ce qui est int&#233;ressant sous le r&#232;gne du pape Fran&#231;ois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, avec ses limites ind&#233;niables, ce document est &#224; la fois un texte prudent, et une &#233;tape importante par le sujet m&#234;me qui est abord&#233;, la reconnaissance de la possibilit&#233; d'une &#233;conomie et finance &#233;thique en contexte de march&#233;, et le rappel de l'imp&#233;ratif moral que cela comporte notamment pour le catholique. Saluons-le donc, mettons-le en &#339;uvre, et enrichissons la r&#233;flexion : nous ne sommes qu'au d&#233;but du processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Pr&#233;fet du Dicast&#232;re pour le service du d&#233;veloppement humain int&#233;gral jusqu'&#224; fin 2021, devenu ensuite chancelier de l'Acad&#233;mie Pontificale des sciences sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; la Nef &lt;i&gt;janvier 2023&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte fran&#231;ais&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pass.va/content/dam/casinapioiv/pass/pdf-volumi/other-publications/mb_fra_nov_2022.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pass.va/content/dam/cas...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte anglais&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pass.va/en/events/2022/mensuram_bonam.html)&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pass.va/en/events/2022/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tribune des Echos&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-le-vatican-livre-sa-vision-de-linvestissement-ethique-1894690&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.lesechos.fr/idees-debat...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le temps du march&#233; et le regard de l'&#233;ternit&#233; </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Le-temps-du-marche-et-le-regard-de-l-eternite.html</link>
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		<dc:date>2022-08-04T15:01:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Finance un regard chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>March&#233; financier</dc:subject>
		<dc:subject>Temps et &#233;ternit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Je propose ici une r&#233;flexion de nature quasi philosophique sur le r&#244;le du march&#233; et notamment du march&#233; financier comme tentative de chiffrage de l'avenir et donc de saisie de cet avenir dans le pr&#233;sent. Ceci &#224; la lumi&#232;re d'une analyse philosophique du temps, qui &#224; mon sens ne peut se comprendre que dans la perspective de l'&#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On verra que cela met en &#233;vidence, sous un angle nouveau, la rivalit&#233; entre Dieu et l'argent devenu idole, au c&#339;ur des questions que pose notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je propose ici une r&#233;flexion de nature quasi philosophique sur le r&#244;le du march&#233; et notamment du march&#233; financier comme tentative de chiffrage de l'avenir et donc de saisie de cet avenir dans le pr&#233;sent. Ceci &#224; la lumi&#232;re d'une analyse philosophique du temps, qui &#224; mon sens ne peut se comprendre que dans la perspective de l'&#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On verra que cela met en &#233;vidence, sous un angle nouveau, la rivalit&#233; entre Dieu et l'Argent devenu idole, au c&#339;ur des questions que pose notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Arri&#232;re-plan philosophique : le Temps et l'Eternit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord les notions philosophiques de base dont nous aurons besoin par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me situe dans une conception du temps pour qui il ne prend son sens que par rapport &#224; l'&#233;ternit&#233;. Le philosophe McTaggart avait pos&#233; comme suit le dilemme qui s'offre &#224; la pens&#233;e rationnelle entre deux conceptions irr&#233;ductibles du temps : le temps A, le v&#233;cu du moment, seul r&#233;el pour nous, mais isol&#233; entre un pass&#233; r&#233;volu et un avenir non pr&#233;sent ; et le temps B, celui lin&#233;aire de la datation sur une &#233;chelle de temps, objectif mais impersonnel. A un extr&#234;me, on a le temps subjectif, l'imm&#233;diatet&#233; du pr&#233;sent, seule r&#233;alit&#233; v&#233;cue directement, mais fuyant &#224; chaque instant, entre un pass&#233; d&#233;sormais insaisissable et un futur encore irr&#233;el. A l'autre bout, on a le temps objectif : une &#233;chelle de mesure, o&#249; pass&#233;, pr&#233;sent et futur sont sur une m&#234;me ligne. Les penseurs anglo-saxons d&#233;battent de savoir laquelle est la plus juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai montr&#233; dans Temps Histoire Eternit&#233;, ces dilemmes ne peuvent &#234;tre lev&#233;s qu'en acceptant un autre regard, hors du temps : celui o&#249; se situe l'&#233;ternit&#233; de Dieu. L'&#233;ternit&#233;, comme on sait, est hors du temps en cela qu'elle ne lui est pas soumise ; mais elle n'est pas &#233;trang&#232;re au temps. En effet, hors du temps, elle saisit l'ensemble du temps : elle saisit toute l'&#233;chelle du temps B, ordonn&#233;e selon sa place dans la succession, pass&#233; et futur compris ; mais elle le saisit avec la r&#233;alit&#233; du pr&#233;sent, du temps A. A qui reconna&#238;t l'existence de Dieu, la question du temps est donc tr&#232;s diff&#233;rente de ce qu'elle est pour le non-croyant. Le croyant dispose d'un regard, m&#234;me lointain et th&#233;orique, sur cet arri&#232;re-plan immense qui donne sa profondeur au temps. Un tel parti choque l'esprit moderne. Mais pour celui qui, de fa&#231;on rationnelle, reconna&#238;t l'&#233;ternit&#233; de Dieu, il en est diff&#233;remment. Sa r&#233;flexion int&#232;gre ce qu'il sait &#234;tre une r&#233;alit&#233; essentielle : l'existence, &#224; la source de notre monde, d'un Esprit infini, &#233;chappant au temps, qui a un dessein sur nous dont la premi&#232;re expression est notre existence m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je le montre encore dans ce m&#234;me livre, sur cette base s'&#233;claire mieux l'&#233;nigme de notre destin&#233;e, de notre histoire : elle est impr&#233;visible pour nous, qui vivons dans notre pr&#233;sent fugitif, mais munis de notre libert&#233;, ce qui notamment invalide toute pr&#233;tention des sciences humaines &#224; la pr&#233;vision certaine. Mais elle est connue de Dieu dans sa totalit&#233;, lequel l'ordonne &#224; l'offre d'un Bien supr&#234;me qui lui donne son sens. Cette temporalit&#233; est donc pour nous un espace de d&#233;ploiement pour notre personnalit&#233; en devenir, o&#249; en un sens nous ignorons qui nous sommes, car nous ignorons qui nous serons demain &#8211; mais o&#249; en m&#234;me temps nous sommes plac&#233;s sous le regard aimant de l'&#233;ternit&#233; divine qui seule nous conna&#238;t dans notre visage &#233;ternel et nous accompagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour brutal au r&#233;el : la d&#233;cision financi&#232;re, rappel des faits&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ins&#233;r&#233; dans le flux du temps, l'homme se trouve en permanence confront&#233; &#224; l'&#233;nigme de l'incertitude sur l'avenir, et &#224; la n&#233;cessit&#233; cependant de prendre des d&#233;cisions. Nous allons prendre un cas particulier de ces d&#233;cisions, la d&#233;cision &#233;conomique en &#233;conomie d&#233;centralis&#233;e, et m&#234;me sous un angle encore plus sp&#233;cifique, celui de la finance. La particularit&#233; de l'&#233;conomie est de se tourner vers les biens mat&#233;riels et de chercher au mieux comment les produire, les faire circuler (les &#233;changer) et les proposer &#224; la consommation. Quand des biens ou des services sont dans le champ de d&#233;cision de quelqu'un, hors cas d'autarcie il se tourne vers l'ext&#233;rieur, ce qui veut dire qu'il va proposer des biens dont il dispose &#224; des personnes ou entit&#233;s qu'il ne contr&#244;le pas. Soit sans attente d'un retour stipul&#233; &#224; l'avance (c'est le don) ; soit dans l'attente d'un retour pr&#233;cis&#233; et convenu : c'est ce qu'on appelle une transaction. Dans ce dernier cas, notre agent, s'il le peut, se tournera vers l'ensemble des opportunit&#233;s mat&#233;riellement &#224; sa port&#233;e, pour d&#233;cider cas par cas avec chaque contrepartie quelle pourrait &#234;tre la nature de la transaction : qu'est-ce qui est &#233;chang&#233; contre quoi. Si on se limite &#224; l'aspect &#233;troitement &#233;conomique, il aura int&#233;r&#234;t &#224; &#233;largir le plus possible le champ consid&#233;r&#233;, et &#224; &#234;tre libre des modalit&#233;s de la transaction. On reconna&#238;t ainsi ce qu'on appelle le march&#233;. Et ce dernier fonctionnera d'autant mieux que la confrontation sera large et transparente. D'o&#249; la notion de march&#233; organis&#233; (ce qu'on appelle Bourse) ; sachant que dans de nombreux cas le march&#233; reste imparfait, voire purement bilat&#233;ral. Une institution, la monnaie, permet en outre de disposer d'un instrument universel &#224; la fois d'&#233;change et de calcul, puisqu'on peut ainsi comparer toutes les opportunit&#233;s possibles. Naturellement ceci vaut aussi pour les biens de production et en particulier pour le capital ; dans ce cas, le calcul porte sur le flux de biens futurs qu'on esp&#232;re tirer du fait qu'on a mis &#224; la disposition d'un autre une somme d'argent qu'on n'utilise pas soi-m&#234;me directement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quoi sert alors la finance ? Elle affecte de l'argent disponible qui n'est pas consomm&#233; et qui est donc &#233;pargn&#233; (ou mobilis&#233; d'office, comme l'imp&#244;t) &#224; des usages possibles, notamment des investissements, occasionnellement &#224; une consommation anticip&#233;e. Du point de vue de l'investisseur, elle arbitre alors entre les investissements possibles, les diff&#233;rents projets en lice. Face &#224; cette diversit&#233;, il s'agit de choisir et de financer ceux qui pr&#233;sentent le meilleur r&#233;sultat (au sens large, multicrit&#232;res, et notamment au sens financier : un retour sous forme mon&#233;taire) pour un certain risque qu'on accepte d'assumer. Il n'est en effet pas question de n'assumer aucun risque, car le retour de l'argent (remboursement avec int&#233;r&#234;ts, profits, revente etc.) se situe dans l'avenir et la capacit&#233; de la contrepartie ou du projet &#224; tenir son engagement ou ses promesses n'est pas garantie. Les projets les plus profitables sont d'ailleurs normalement plus risqu&#233;s ; sinon ils auraient &#233;t&#233; arbitr&#233;s : l'afflux d'argent aurait fait monter le prix d'entr&#233;e et d&#232;s lors r&#233;duit leur rentabilit&#233;. Refuser l'id&#233;e du risque, c'est on l'a dit la certitude de l'immobilisme et donc en d&#233;finitive un risque plus important encore, puisqu'on cesse alors de pr&#233;parer l'avenir. Mais il ne s'agit pas non plus de jouer &#224; la roulette : l'investissement responsable est d'abord un inversement soigneusement &#233;tudi&#233; et soupes&#233;. Les choix varient ensuite selon la mission qu'a chacun, c'est-&#224;-dire le type d'argent qu'il est charg&#233; de g&#233;rer et les engagements qu'il a pris, ou ses devoirs : celui qui devra utiliser tr&#232;s vite l'argent prendra &#233;videmment moins de risques et n'immobilisera pas cet argent. Le march&#233; financier est un outil aidant ou souvent permettant seul ce choix, par la possibilit&#233; qu'il offre de confrontation syst&#233;matique des projets en concurrence, et d'arbitrage entre les diff&#233;rentes options. Mais ce n'est ni un passage oblig&#233;, ni une r&#233;f&#233;rence obligatoire, ni bien s&#251;r une panac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Analyse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne m'&#233;tendrai pas ici sur les limites bien connues ou non de ce syst&#232;me ou de ces m&#233;canismes, mais sur leur signification pour notre propos. Ce qui caract&#233;rise cette pratique collective en regard de la question du temps, c'est d'abord le chiffrage ; on ne saisit les biens &#233;chang&#233;s que sous un angle, qui est leur chiffrage mon&#233;taire. En outre, dans le cas de la finance, comme il s'agit de biens de production (actions) ou de cr&#233;ances sur l'avenir (dette) il s'agit toujours d'&#233;v&#233;nements futurs, au moins en partie al&#233;atoires. Le prix d'une action est en fait un essai d'&#233;valuation chiffr&#233;e synth&#233;tique de la valeur qu'a pour nous maintenant d'un flux al&#233;atoire d'argent futur. En outre, ce prix est d&#233;fini par comp&#233;tition entre les &#233;valuations en pr&#233;sence ; si la demande des autres est forte (s'ils sont optimistes sur la valeur actuelle de ce flux futur) ils payeront plus cher le titre et donc cela me contraindra moi dans mes d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons donc ici de fa&#231;on tr&#232;s sch&#233;matis&#233; (du fait de la r&#233;duction qu'implique la limitation &#224; la perspective mon&#233;taire) les deux temps A et B de McTaggart. D'un c&#244;t&#233;, mon &#233;valuation prend comme r&#233;f&#233;rence le temps B lin&#233;aire : elle tente d'&#233;valuer un flux futur de ressources &#233;tal&#233; selon cette &#233;chelle de temps. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, elle le ram&#232;ne au pr&#233;sent (temps A) en synth&#233;tisant cet ensemble futur dans un seul chiffre qui seul sera imm&#233;diatement op&#233;rationnel : c'est le prix que j'aurai &#224; payer (si je suis acheteur) ou que je recevrai (si je suis vendeur). En m&#234;me temps, cela comporte &#224; la fois un coefficient d'incertitude (lui-m&#234;me fluctuant), et ce qu'on appelle un coefficient d'actualisation, c'est-&#224;-dire une &#233;valuation de la valeur actuelle d'un argent futur corrig&#233;e par le seul fait qu'il est futur ; comme on suppose chez les acteurs une pr&#233;f&#233;rence pour le pr&#233;sent, cet argent futur vaut moins aujourd'hui qu'il ne vaudra alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on attendre d'un tel march&#233; ? Une attitude prudente est celle du pragmatisme : on y voit simplement la confrontation &#224; un moment donn&#233; d'un ensemble d'ordres d'achats et de ventes, offrant le plus large choix aux uns et aux autres. Mais la th&#233;orie financi&#232;re a vu cela de fa&#231;on beaucoup plus ambitieuse, &#224; travers sa th&#233;orie des march&#233;s efficients. Selon cette conception, dominante en finance au moins jusqu'&#224; la crise de 2009, le march&#233; permet de la fa&#231;on la plus efficace qui soit la confrontation de l'ensemble des informations disponibles &#224; un moment donn&#233; et donne donc de fa&#231;on synth&#233;tique la meilleure image possible de l'avenir. Cela implique que ce r&#233;sultat puisse avoir valeur de guidage pour l'action : toute d&#233;cision en mati&#232;re &#233;conomique doit alors en bonne logique prendre comme &#233;talonnage cet ensemble de valorisations. Et en particulier il n'est plus besoin de r&#233;fl&#233;chir en termes de responsabilit&#233;, encore moins envers le long terme : tout est synth&#233;tis&#233; dans le prix. Lequel fait en revanche l'impasse sur les valeurs et priorit&#233;s non mon&#233;taires, suppos&#233;es relever du seul choix priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit donc, le march&#233;, bien au-del&#224; de son r&#244;le pratique et l&#233;gitime, prend alors une fonction d&#233;miurgique : non seulement il est suppos&#233; produire un crit&#232;re universel, mais c'est un crit&#232;re chiffr&#233;, op&#233;rationnel, afin d'int&#233;grer l'avenir dans notre pr&#233;sent. Nous soup&#231;onnons alors que la fonction d'int&#233;gration des deux facettes du temps, qui n'est en soi possible que dans l'Eternit&#233; de Dieu, est dans une certaine mesure revendiqu&#233;e ainsi par une autre r&#233;alit&#233; : l'argent. Rappelons ici les tr&#232;s dures paroles de l'Evangile sur le fait qu'on ne peut pas servir deux ma&#238;tres : Dieu et l'argent. Ces deux termes sont donc de ce fait pos&#233;s en alternative. Or l'argent rappelons-le est comme Simmel l'a bien montr&#233; le moyen synth&#233;tique d'&#233;valuer et de se procurer de fa&#231;on humainement neutre l'ensemble des biens mat&#233;riels possibles (ou des services trait&#233;s comme des biens mat&#233;riels). Dans la conception &#233;conomique ambiante, l'utilisation de l'argent d&#233;pend des seules pr&#233;f&#233;rences de chacun, dont on n'examine pas le bien-fond&#233; ou la moralit&#233;. L'argent est donc en un sens le signe synth&#233;tique, pratiquement utilisable, de tout ce que nous pouvons nous procurer sur le march&#233; sans faire appel &#224; quoi que ce soit d'autre, valeur morale, amiti&#233;, liens humains etc. On le voit : en un sens, le march&#233; ainsi &#233;lev&#233; au r&#244;le de d&#233;miurge &#233;tend le r&#244;le synth&#233;tique de l'argent &#224; la synth&#232;se du temps, et en fait le miroir inverse de l'Eternit&#233;. On comprend alors la v&#233;h&#233;mence de ceux qui d&#233;noncent la financiarisation de la soci&#233;t&#233; : cela revient &#224; d&#233;noncer une r&#233;duction dramatique de l'humain au nom d'un parti d&#233;miurgique prom&#233;th&#233;en qui ne vise rien de moins que la ma&#238;trise du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perspective&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, comme on peut sen douter par mes autres &#233;crits, je ne pense pas que cela soit la finance comme telle qui soit &#224; condamner : on ne reproche pas &#224; un outil ce qu'en fait un artisan mal intentionn&#233;. Mais cela &#233;claire le positionnement r&#233;el de la prise de d&#233;cision. Si, contrairement &#224; la vision d&#233;miurgique et r&#233;ductrice que nous avons &#233;voqu&#233;e, on cherche &#224; situer le processus de d&#233;cision &#233;conomique, y compris financier, dans le contexte de la r&#233;alit&#233; avec toutes ses dimensions, on est conduit &#224; prendre en compte plusieurs choses. D'abord, le fait que le seul temps r&#233;el pour nous est le pr&#233;sent, mais qu'il va dispara&#238;tre l'instant d'apr&#232;s. Ensuite, que nous projetons notre d&#233;cision sur un futur qui n'existe pas &#224; ce stade mais qui existera et envers lequel notre responsabilit&#233; est engag&#233;e, mais que nous ne pouvons pas conna&#238;tre d'un vrai savoir, car nous faisons seulement des hypoth&#232;ses. Enfin, que ces d&#233;cisions que nous prenons au fond sans bien savoir, malgr&#233; le soin que nous y mettons, sont tout sauf anecdotiques ou fugitives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, bien s&#251;r, parce que leur cumul constitue notre avenir collectif, ce qui est d&#233;j&#224; une responsabilit&#233; majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est ensuite aussi pour une raison plus profonde. Car si l'ensemble prend son sens dans l'Eternit&#233; de Dieu, chacune de ces d&#233;cisions est en un sens &#233;ternellement pr&#233;sente ; elle a donc sa valeur en elle-m&#234;me comme acte pos&#233; un jour par un &#234;tre humain ; et elle s'inscrit dans une tapisserie que nous verrons un jour, mais que Dieu voit &#8216;d&#233;j&#224;' si on peut dire (hors du temps), et &#224; laquelle Lui-m&#234;me travaille activement par ce qu'on appelle la Providence. Appara&#238;t alors ce qui fait la valeur essentielle de cet acte, de cette d&#233;cision quelle qu'elle soit : ins&#233;r&#233;e certes dans le temps du pr&#233;sent et orient&#233;e vers l'avenir, elle n'a vraiment tout son sens que sous l'angle de l'&#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons &#224; notre d&#233;cision financi&#232;re. Elle va prendre dans ce contexte un relief tout &#224; fait diff&#233;rent. Je serai toujours (de tout temps) cette personne qui ayant de l'argent &#224; placer, pos&#233;e dans son pr&#233;sent et apportant sa pierre &#224; une histoire qu'elle devine en construction, se pose des questions sur l'utilisation optimale de cet argent. Mais ma d&#233;cision se prendra autrement. Non seulement je ne m'illusionnerai pas sur le pouvoir pr&#233;dictif des march&#233;s, ou ma connaissance de l'avenir, mais je prendrai ma d&#233;cision en tentant d'ins&#233;rer mon acte dans l'ensemble de ce que Dieu attend de moi dans sa Providence ; et cela commence par le souci de la soci&#233;t&#233; humaine, de ce qu'elle est aujourd'hui et de ce qu'elle sera demain, y compris en termes &#233;cologiques ou de g&#233;n&#233;rations futures. Non que j'ai &#224; prendre tout seul en charge, puisque je ne suis qu'un point mouvant du temps, mais l&#224; o&#249; je suis, je poserai mes actes, y compris financiers, &#224; cette lumi&#232;re ; j'int&#233;grerai ces actes dans l'ensemble de mes responsabilit&#233;s envers Dieu et envers les hommes. Sous l'angle de l'&#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les myst&#232;res de l'argent</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Les-mysteres-de-l-argent.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Les-mysteres-de-l-argent.html</guid>
		<dc:date>2020-09-04T14:08:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent st&#233;rile</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'argent est &#233;videmment utile et m&#234;me indispensable. Toute &#233;conomie suppose un instrument commun de mesure. il n'en reste pas moins &#224; sa fa&#231;on un myst&#232;re : pure convention sociale, il ne repose sur rien de tangible et cependant gouverne l'&#233;conomie, et fascine les humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;La Nef&lt;/i&gt; septembre 2020 n&#176;328.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'argent est &#233;videmment utile et m&#234;me indispensable. Toute &#233;conomie mais surtout une &#233;conomie d'initiative et d'&#233;changes suppose un instrument commun de mesure : l'argent. Sa caract&#233;ristique est qu'il peut &#234;tre &#233;chang&#233; contre tout ce qui peut &#234;tre propos&#233; sur un march&#233;, ce qui suppose une forme de neutralit&#233;, et qu'il se pr&#233;sente comme un pur moyen. Mais du fait m&#234;me de cette abstraction, c'est une convention sociale absolue : il faut qu'il soit reconnu par tous, mais en m&#234;me temps il n'y a par lui-m&#234;me aucun titre. La foi dans la valeur de l'argent repose en grande partie sur l'autorit&#233; de l'Etat. Mais il reste qu'en soi il n'a aucune valeur, aucun usage direct, surtout aujourd'hui o&#249; il n'a plus rien &#224; voir avec un m&#233;tal pr&#233;cieux ; et il peut se r&#233;duire &#224; rien si la confiance s'effondre. Et pourtant, premier paradoxe, il joue un r&#244;le central dans la soci&#233;t&#233;, du fait que tous croient en sa capacit&#233; d'&#233;change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georg Simmel en d&#233;duit que l'argent est un instrument de lib&#233;ration, car son l'absence de d&#233;termination implique une absence de contrainte. Quand vous avez de l'argent, rien en lui ne vous prescrit un mode d'emploi. Mais on objectera qu'il est par l&#224; m&#234;me aussi facteur de d&#233;shumanisation, car il &#233;limine toute sp&#233;cification autre que la valeur &#233;conomique. Il ne dit rien sur les relations entre les hommes, sauf le fait qu'il a est reconnu et &#233;chang&#233; contre tout ; mais inversement cela peut r&#233;duire ces relations &#224; la seule dimension mat&#233;rielle ; la prostitution en est un exemple &#233;vident. De m&#234;me, les diff&#233;rences qualitatives entre les objets sont ramen&#233;es par lui &#224; une seule caract&#233;ristique, le prix. Ce qui est utile dans la pratique &#233;conomique, mais n'a de sens que l&#224;, et ne devrait pas conditionner le reste de notre vie et notre relation aux &#234;tres et aux choses. La neutralit&#233; de l'argent devrait m&#234;me entra&#238;ner une indiff&#233;rence &#233;motionnelle totale. Mais comme on sait, en r&#233;alit&#233;, on aboutit tr&#232;s souvent &#224; l'inverse. Voie d'acc&#232;s &#224; tout ce qui est d&#233;sirable, l'argent peut devenir fascinant. Il devient alors une tentation supr&#234;me, &#224; la fois tentation de tout et tentation du n&#233;ant ; car ce qu'il promet est r&#233;duit par lui &#224; sa dimension la plus mat&#233;rielle et la plus limit&#233;e : un chiffre. Deuxi&#232;me s&#233;rie de paradoxes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas surprenant de voir les Evangiles dresser face &#224; face Dieu et l'Argent. C'est la puissance tentatrice de Mammon, l'argent personnifi&#233;. Mais ces m&#234;mes &#233;vangiles insistent aussi sur le besoin imp&#233;ratif de l'utiliser. D'un c&#244;t&#233;, &#171; il est plus facile &#224; un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'&#224; un riche de rentrer au royaume des cieux &#187;. D'un autre c&#244;t&#233;, &#171; Ma&#238;tre, tu m'avais confi&#233; cinq talents ; voici cinq autres que j'ai gagn&#233;s &#187;. Certes, &#171; nul ne peut servir deux ma&#238;tres, Dieu et l'Argent &#187;, mais malgr&#233; la fascination exerc&#233;e par l'argent, il faut l'utiliser, &#224; bon escient. D'o&#249; le conseil final de la parabole de l'intendant infid&#232;le : &#171; faites-vous des amis avec le &#8216;Mammon d'iniquit&#233;', afin qu'au jour o&#249; il viendra &#224; manquer, ceux-ci vous accueillent dans les tentes &#233;ternelles &#187;. Mais apr&#232;s tout cet argent est en lui-m&#234;me inerte, ce n'est pas une personne : c'est l'homme qui par ses choix pervers lui donne ce r&#244;le et ce pouvoir corrupteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question prend un relief particulier dans une soci&#233;t&#233; mat&#233;rialiste et relativiste comme la n&#244;tre, et de ce fait fond&#233;e sur de pures r&#232;gles du jeu. En effet, gr&#226;ce &#224; sa neutralit&#233; et sa commodit&#233;, l'argent fournit le moyen de traduire concr&#232;tement les relations sociales dans un tel contexte. Car s'il n'y a pas de valeur commune positive, si le seul absolu est la relativit&#233; des choses et une libert&#233; n&#233;gative, l'argent est le moyen pratique de fonctionner. C'est lui qui permet d'arbitrer entre les d&#233;sirs des uns et des autres, par le march&#233; ou par l'imp&#244;t. Il ne n&#233;cessite pas d'accord sur un discours, mais sur un chiffre, et il accomplit ce qu'il promet. Mais ce faisant il se substitue au lien social, et est alors aussi facteur d'&#233;clatement de la soci&#233;t&#233;. Certes, de nombreux champs restent encore en dehors de cette emprise en temps normal, &#224; commencer par la famille ; mais cela m&#234;me se r&#233;duit : maintenant par la PMA et la GPA, ce sont les enfants qu'on ach&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, &#224; nouveau et en m&#234;me temps, cet argent a une utilit&#233; centrale dans la vie &#233;conomique. Il joue un r&#244;le clef dans les &#233;changes, donc dans tout le fonctionnement collectif, &#224; travers ses trois fonctions d'&#233;valuation (par le jeu des prix) ; de paiement (si j'accepte de l'argent en &#233;change d'un bien, c'est que je sais que je pourrai &#224; mon tour l'utiliser) ; et de conservation de la valeur &#233;conomique dans le temps (donc d'&#233;pargne). On peut donc m&#233;priser l'argent, mais on n'a pas le droit de le laisser perdre sa valeur, au risque de nuire gravement &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on est donc claire : les choses de ce monde ont une emprise consid&#233;rable sur nous. Nous croyons en faire les instruments de notre bon plaisir, mais ce sont elles qui nous asservissent. Et tout particuli&#232;rement l'argent, apparemment pure abstraction, mais qui les r&#233;sume. Il faut donc une conversion profonde pour y &#233;chapper, et se recentrer sur les seules r&#233;alit&#233;s essentielles. Et en particulier ne voir l'argent que comme un moyen. Mais un moyen indispensable pour la plupart de nos actions pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; du march&#233; et de l'Etat, il existe justement une autre utilisation significative et tr&#232;s diff&#233;rente de l'argent : le don. L'argent n'y sert directement &#224; aucune mesure, aucun &#233;change, aucune th&#233;saurisation. Le don n'est pas comme tel li&#233; &#224; l'argent, et dans sa nature profonde il lui &#233;chappe. Mais une grande partie des dons sont faits au moyen de l'argent. Le don est donc l'exemple par excellence d'un r&#244;le non r&#233;ducteur de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors du don, tout cela ne condamne pas l'argent et son r&#244;le, mais cela suppose de le mettre dans une position de serviteur et non de ma&#238;tre. Notamment dans nos soci&#233;t&#233;s o&#249; il glisse dangereusement vers ce second r&#244;le. Mais pour cela il faut avoir des r&#233;f&#233;rences claires et explicites. La question du bon usage de l'argent pose d'abord le probl&#232;me de notre lib&#233;ration &#224; l'&#233;gard de cette fascination, et de la restauration des liens avec tout ce qui nous entoure, et avec Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour approfondir, voir mon livre &lt;i&gt;L'argent : Ma&#238;tre ou serviteur&lt;/i&gt;, Mame, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;La Nef&lt;/i&gt; septembre 2020 n&#176;328.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'argent et son myst&#232;re</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/L-argent-et-son-mystere.html</link>
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		<dc:date>2020-02-06T15:18:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et la richesse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'argent et les catholiques : on n'a pas fini de gloser. Pour les uns, ces empot&#233;s de catholiques sont incapables de comprendre l'argent. Pour d'autres, l'argent est au c&#339;ur de l'horreur &#233;conomique. D'autres enfin louvoient entre compromissions habiles et bons sentiments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela manque un point essentiel, et en m&#234;me temps r&#233;v&#232;le une r&#233;alit&#233; profonde : l'argent est un sujet majeur pour le chr&#233;tien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans La Nef (F&#233;vrier2020)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-la-richesse-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et la richesse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(Paru dans &lt;i&gt;La Nef&lt;/i&gt; F&#233;vrier 2020)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argent et les catholiques : on n'a pas fini de gloser sur ce th&#232;me. Pour les uns, ces empot&#233;s de catholiques sont consubstantiellement incapables de comprendre et d'admettre les r&#233;alit&#233;s &#233;l&#233;mentaires de notre &#233;conomie, &#224; commencer par l'argent. Pour d'autres au contraire, l'argent est au c&#339;ur de l'horreur &#233;conomique ; d&#232;s qu'on parle d'argent il faut se signer et conspuer la corruption ambiante, et le r&#232;gne du Malin qu'il incarne. D'autres enfin louvoient : oui il en faut, mais on doit pouvoir s'en tirer par des compromissions habiles et des bons sentiments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela manque un point essentiel, et en m&#234;me temps r&#233;v&#232;le une r&#233;alit&#233; profonde : l'argent est un sujet majeur pour le chr&#233;tien. Parce que les Evangiles lui consacrent une place importante, nous demandant m&#234;me de choisir entre Mammon (l'argent personnifi&#233;), et Dieu. Parce qu'aussi ils &#233;vitent le manich&#233;isme : oui l'argent est une tentation majeure, et m&#234;me au plan mat&#233;riel la personnification de la tentation (sachant qu'il y a aussi des tentations spirituelles plus radicales, comme l'orgueil : ce qui a perdu Lucifer n'est pas l'argent). En m&#234;me temps, choisir Dieu contre Mammon non seulement n'implique pas de donner &#224; ce dernier un statut m&#233;taphysique qu'il n'a pas, car ce n'est qu'un outil ; mais il nous est enjoint de l'utiliser activement pour &#234;tre sauv&#233;, activement et r&#233;solument (&#171; faites-vous des amis avec le Mammon d'iniquit&#233; &#187;). Et intelligemment en plus : les enfants de lumi&#232;re devraient m&#234;me, nous dit le Christ, s'inspirer sur ce plan de l'habilet&#233; des enfants des t&#233;n&#232;bres. Eh oui : les &#233;vangiles ne sont pas un manuel pour troupier basique, ils demandent une certaine r&#233;flexion. Ou plut&#244;t, un effort de discernement pour ceux, la plupart d'entre nous, qui n'ont pas d'embl&#233;e l'innocence des enfants de Dieu. Oui l'argent est &#224; la fois &#224; utiliser, et dangereux. Il faut donc se d&#233;tacher de l'attraction qui est la sienne, et cependant en faire usage, car il est au c&#339;ur du rapport social - sans &#233;videmment lui donner son sens, mais comme outil in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi ce r&#244;le &#233;tonnant pour un simple outil ? Il y a ici comme un myst&#232;re de l'argent : simple convention sociale, sans valeur intrins&#232;que, il est pourtant capable de synth&#233;tiser toutes nos tentations de corruption personnelle ou sociale. Myst&#232;re ou leurre, que le chr&#233;tien doit affronter avec d&#233;termination, comme le lui demande son Ma&#238;tre ; dans son principe comme dans son utilisation active. Car dans toute soci&#233;t&#233;, et dans la n&#244;tre plus que dans tout autre, on n'&#233;chappe pas &#224; des interrogations fondamentales sur notre rapport &#224; l'argent. Comment d'abord le gagner sans se perdre ? Entre &#224; un bout le mercenaire qui vend son &#226;me, et &#224; l'autre l'entrepreneur qui (comme Pie XI nous le rappelait) exerce la noble vertu de magnificence en cr&#233;ant des emplois et d&#233;ployant sa richesse ? Comment ensuite le d&#233;penser intelligemment, au travers des signaux que tout acte d'achat envoie &#224; la soci&#233;t&#233; ? Comment enfin investir de fa&#231;on b&#233;n&#233;fique, en canalisant l'argent dans le bon sens ? Comment enfin le donner, l'acte &#233;vang&#233;lique par excellence ? C'est ce que j'ai voulu abord&#233; franchement et syst&#233;matiquement dans ce petit livre r&#233;cemment paru L'argent maitre ou serviteur, chez Mame.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore faut-il bien s&#251;r sortir de sa zone de confort, et ne pas aborder le sujet &#224; travers des clich&#233;s simplistes. Non, la r&#233;ponse n'est pas simple et imm&#233;diate ; elle ne tient pas dans la formule na&#239;ve et erron&#233;e &#171; l'argent mauvais maitre, bon serviteur &#187;. Mais inversement, on aurait tort de croire que l'argent nous impose in&#233;vitablement sa loi, sinon le Christ ne nous aurait pas demand&#233; de l'utiliser activement et intelligemment. Et le d&#233;tachement &#224; l'&#233;gard de l'argent que toute la tradition chr&#233;tienne nous demande ne suppose pas un h&#233;ro&#239;sme proche de la folie. Les franciscains qui au Moyen Age ont invent&#233; l'&#233;conomie politique ne poss&#233;daient rien en propre : ils ont pourtant &#233;t&#233; jug&#233; par les marchands du temps les plus s&#251;rs guides dans la conduite morale de leurs affaires, commerciales et financi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, c'est justement parce que l'argent joue dans les existences contemporaines un r&#244;le encore plus massif et central qu'autrefois, que les chr&#233;tiens, et plus encore les catholiques, doivent s'emparer activement du sujet. Sans inhibition mais sans superficialit&#233;, activement et r&#233;solument. Pour leur salut comme pour notre avenir commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.laprocure.com/argent-maitre-serviteur-pierre-lauzun/9782728926572.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.laprocure.com/argent-ma...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.amazon.fr/Largent-ma&#238;tre-serviteur-Pierre-Lauzun/dp/2728926573/ref=sr_1_9?qid=1568994977&amp;refinements=p_27%3APierre+de+Lauzun&amp;s=books&amp;sr=1-9&amp;text=Pierre+de+Lauzun&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.amazon.fr/Largent-ma&#238;t...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Conf&#233;rence &#171; Quelles sont les orientations de la Doctrine Sociale de l'Eglise pour l'investissement financier ? &#187;</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Conference-Quelles-sont-les-orientations-de-la-Doctrine-Sociale-de-l-Eglise.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Conference-Quelles-sont-les-orientations-de-la-Doctrine-Sociale-de-l-Eglise.html</guid>
		<dc:date>2019-12-06T16:36:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement &#233;thique chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Investissement responsable et Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Doctrine sociale de l'Eglise DSE</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Conf&#233;rence PROCLERO du mardi 3 d&#233;cembre 2019. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les r&#233;f&#233;rences pour la suivre en vid&#233;o &lt;br class='autobr' /&gt;
https://www.youtube.com/watch?v=VIL... &lt;br class='autobr' /&gt;
ou &lt;br class='autobr' /&gt;
https://fr.investing.com/news/stock... &lt;br class='autobr' /&gt;
En pi&#232;ce jointe le texte :&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Questions-financieres-.html" rel="directory"&gt;Religion , finance, argent&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-ethique-chretien-+.html" rel="tag"&gt;Investissement &#233;thique chr&#233;tien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-responsable-et-Eglise-+.html" rel="tag"&gt;Investissement responsable et Eglise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-l-argent-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et l'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Doctrine-sociale-de-l-Eglise-DSE-+.html" rel="tag"&gt;Doctrine sociale de l'Eglise DSE&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Conf&#233;rence PROCLERO du mardi 3 d&#233;cembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;f&#233;rences pour la suivre en vid&#233;o&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=VIL-DU9A-cw&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=VIL...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;ou&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.investing.com/news/stock-market-news/conference-proclero-avec-pierre-de-lauzun-meeschaert-1927697&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.investing.com/news/stock...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En pi&#232;ce jointe le texte :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="https://www.pierredelauzun.fr/IMG/zip/orientations_dse_investissement_financier.docx.zip" length="84188" type="application/zip" />
		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'argent et sa fascination</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/L-argent-et-sa-fascination.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/L-argent-et-sa-fascination.html</guid>
		<dc:date>2019-11-12T16:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et la richesse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il y a un myst&#232;re de l'argent. Voil&#224; quelque chose qui n'a pas de valeur en soi, qui est m&#234;me une pure convention sociale, et qui non seulement domine nos soci&#233;t&#233;s, mais fascine beaucoup d'entre nous. En m&#234;me temps, on ne peut pas s'en passer. Comment le remettre &#224; sa juste place ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tribune parue sur Aleteia.&lt;br class='autobr' /&gt;
Suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de mon dernier livre : L'Argent, ma&#238;tre ou serviteur ? Chez Mame.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Questions-financieres-.html" rel="directory"&gt;Religion , finance, argent&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-l-argent-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et l'argent&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-la-richesse-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et la richesse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tribune parue sur Aleteia :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.aleteia.org/2019/11/11/pourquoi-largent-fascine-t-il-autant/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.aleteia.org/2019/11/11/p...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un myst&#232;re de l'argent. Voil&#224; quelque chose qui n'a pas de valeur en soi, qui est m&#234;me une pure convention sociale, et qui non seulement domine nos soci&#233;t&#233;s, mais fascine beaucoup d'entre nous. En m&#234;me temps, on ne peut pas s'en passer. Comment alors le remettre &#224; sa juste place ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Evangiles parlent beaucoup de l'argent. Et pas seulement en mal. Dans la parabole des talents (Mt 25, 14-30), le ma&#238;tre s'en prend vertement au serviteur qui n'a pas su faire fructifier l'argent qui lui avait &#233;t&#233; confi&#233;. L'argent ne doit pas dormir ! J&#233;sus va encore plus loin dans la parabole de l'intendant malhonn&#234;te (Lc 16, 1-8) : pour s'assurer une vie apr&#232;s son renvoi, ce dernier vole encore plus son ma&#238;tre, et pourtant celui-ci fait l'&#233;loge de ses ruses : pas de sa malhonn&#234;tet&#233;, mais de son intelligence dans ces affaires d'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant c'est le m&#234;me texte qui met face &#224; face Dieu et l'Argent : &#171; nul ne peut servir deux ma&#238;tres, Dieu et l'Argent, car il aimera l'un et pas l'autre, il m&#233;prisera l'un et pas l'autre &#187; (Mt 6, 24). Plus largement, en face de l'argent p&#233;rissable et de toute la r&#233;alit&#233; mat&#233;rielle qu'il r&#233;sume, J&#233;sus en appelle &#224; l'infini de la vie &#233;ternelle, qui est imp&#233;rissable. C'est en vue de cette richesse-l&#224; que tous nos efforts doivent se d&#233;ployer, sans se laisser fasciner par celle de ce monde : &#171; malheur &#224; vous les riches car vous avez votre consolation &#187; (Lc 6, 24). En d&#233;finitive, il faut utiliser l'argent, mais &#224; bon escient. C'est le conseil final de la parabole de l'intendant malhonn&#234;te : &#171; faites-vous des amis avec le malhonn&#234;te argent, afin qu'au jour o&#249; il viendra &#224; manquer, ceux-ci vous accueillent dans les tentes &#233;ternelles &#187; (Lc 16, 9). L'argent n'est qu'un moyen. Notamment pour la vie &#233;ternelle, qui commence avec la charit&#233;. Mais si on se laisse prendre par lui, si on se laisse fasciner, on peut perdre l'essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui donne un tel pouvoir &#224; l'argent ? L'argent est l'instrument commun de mesure des &#233;changes. Il a &#233;t&#233; con&#231;u pour &#234;tre la repr&#233;sentation universelle, neutre, de toute valeur &#233;conomique. Mais rien ne le fonde, surtout depuis qu'il n'a plus de lien avec les m&#233;taux pr&#233;cieux ; il n'a aucune valeur intrins&#232;que. C'est une pure convention sociale, qui pourrait se r&#233;duire &#224; rien en un instant. Mais comment une pure convention peut-elle avoir un tel r&#244;le dans la soci&#233;t&#233; ? Comment quelque chose qui est suppos&#233; tirer sa valeur de sa neutralit&#233; peut-il &#234;tre aussi d&#233;sir&#233;, aussi fascinant ? Parce qu'il para&#238;t donner acc&#232;s &#224; tout ? Par ailleurs, surtout &#224; notre &#233;poque, il permet &#224; certains de se sentir libres parce que d&#233;gag&#233;s du poids des relations humaines : je paye, donc je suis quitte. Mais pour d'autres, au contraire, c'est un facteur majeur de d&#233;shumanisation, r&#233;duisant tout &#224; sa valeur &#233;conomique. Comment le m&#234;me instrument peut-il ainsi produire des effets per&#231;us de fa&#231;on si oppos&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse est dans ce choix radical : Dieu ou Mammon. En position centrale, apte &#224; &#233;valuer tout ce qui existe et &#224; y donner acc&#232;s, l'argent peut se dresser face &#224; Dieu. Mais alors que Dieu est pl&#233;nitude d'Etre et d'Amour, c'est par son ind&#233;termination, donc son n&#233;ant, que l'argent occupe une place centrale. Il peut susciter le mirage d'une libert&#233; totale, en figure inverse de l'humilit&#233; de l'homme devant son Cr&#233;ateur. Nous avons donc l&#224; d'une certaine fa&#231;on un choix essentiel entre &#202;tre et n&#233;ant. Le myst&#232;re de l'argent, c'est au fond le paradoxe de voir cet instrument sans valeur intrins&#232;que exercer sur les hommes un pouvoir de fascination qui le met en vis-&#224;-vis de Dieu. D'o&#249; l'avertissement &#233;vang&#233;lique : ne le choisissez pas comme votre ma&#238;tre, mais utilisez-le pour pr&#233;parer la vie en Dieu, la vie &#233;ternelle. Prendre conscience de ce r&#244;le subordonn&#233; et &#233;ph&#233;m&#232;re de l'argent, c'est pr&#233;parer notre lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est particuli&#232;rement aigue aujourd'hui. Dans nos soci&#233;t&#233;s relativistes, sans valeur commune, sans absolu, c'est l'argent qui permet souvent seul d'arbitrer entre les d&#233;sirs des uns et des autres. D'o&#249; son r&#244;le d&#233;sormais central. Car si dans une soci&#233;t&#233; on pense que le seul absolu est la relativit&#233; des choses, le d&#233;bat public ne porte plus sur la valeur r&#233;elle des &#234;tres, mais on a quand m&#234;me besoin d'un instrument commun d'&#233;valuation. C'est l'argent qui le fournit. Pas besoin d'aller au fond des choses, pas besoin de relation humaine, souvent m&#234;me pas de se parler : un chiffre suffit, le prix. A sa fa&#231;on, il se substitue au lien social. Gr&#226;ce &#224; lui, on peut dans les faits proc&#233;der au d&#233;passement des valeurs sociales et morales, au profit de la pr&#233;tendue libert&#233; individuelle devenue un absolu. Mais si comme dit le message &#233;vang&#233;lique le lien entre les hommes est un reflet de l'Amour divin, choisir l'argent ainsi compris, c'est d&#233;truire ce lien, et par l&#224; l'image de Dieu, et la personne elle-m&#234;me. C'est opter pour le n&#233;ant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, selon la le&#231;on &#233;vang&#233;lique, l'argent n'est pas condamnable en soi, mais il faut le mettre &#224; sa place. Ce qui suppose d'abord de se lib&#233;rer de cette fascination et de restaurer nos justes liens avec ce qui nous entoure. Cet argent, il faut donc l'utiliser, le mobiliser car il est inutile sinon ; il est fait pour circuler. En un sens encore, il n'existe qu'en s'effa&#231;ant aussit&#244;t, parce qu'on le fait servir. Notamment en donnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces questions, et d'autres, sont &#233;voqu&#233;es dans mon dernier livre : L'Argent, ma&#238;tre ou serviteur ? Chez Mame.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Eglise et le monde de la finance : Entretien avec la revue Carmel</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement responsable et Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Evangile et argent</dc:subject>
		<dc:subject>Usure</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et la richesse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le chr&#233;tien, l'argent et la finance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interview parue dans la Revue Carmel N&#176; 172 septembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-l-argent-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et l'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Christianisme-et-economie-+.html" rel="tag"&gt;Christianisme et &#233;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Evangile-et-argent-+.html" rel="tag"&gt;Evangile et argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Usure-et-taux-d-interet-+.html" rel="tag"&gt;Usure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-la-richesse-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et la richesse&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Revue Carmel N&#176; 172 septembre 2019. pp. 73 sqq.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.editionsducarmel.fr/librairie-chretienne,gerer-l-argent-n-172,carmel,revues,1240.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.editionsducarmel.fr/libr...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire aussi sur ce sujet Pierre de Lauzun &lt;i&gt;L'argent ma&#238;tre ou serviteur&lt;/i&gt; , qui vient de para&#238;tre chez Mame : &lt;a href=&#034;http://www.pierredelauzun.com/L-Argent-Maitre-ou-Serviteur.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.pierredelauzun.com/L-Arg...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Texte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En th&#233;ologie, le terme &#171; &#233;conomie &#187; est utilis&#233; pour parler du dessein de salut, des &#339;uvres de Dieu ad extra. Au sens commun, il d&#233;signe, g&#233;n&#233;ralement, la gestion de l'argent. Comment articuler ces deux sens ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous pouvez commencer par l'&#233;tymologie d'&#233;conomie qui signifie : &#171; loi de la maison &#187;. L'&#233;conomie, c'&#233;tait ce qui r&#233;glait la mani&#232;re dont fonctionnait la famille. Dans la notion de famille, vous retrouvez &#224; la fois la notion mat&#233;rielle qui a donn&#233; le sens moderne d'&#233;conomie et la notion de &#171; comment je r&#233;gule une communaut&#233; pour la faire parvenir &#224; sa perfection &#187;. Cependant la diff&#233;rence radicale, c'est que dans la famille, le traitement des biens mat&#233;riels est fond&#233; sur la gratuit&#233;. &#192; partir du moment o&#249; l'on entre dans ce qu'on appelle aujourd'hui &#233;conomie, on sort de la gratuit&#233; et on entre dans un domaine d'&#233;changes et de calculs. Et la question devient : &#171; comment cette &#233;conomie, au sens moderne, peut-elle s'inscrire dans un plan providentiel ? &#187; Ce qui pose d'autres questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, &#171; comment se fait-il que c'est dans le monde culturellement chr&#233;tien que s'est faite la d&#233;couverte de ce que nous appelons l'&#233;conomie ? &#187; Je pense que les qualit&#233;s et la vision du monde que le christianisme, &#233;ventuellement s&#233;cularis&#233;, apporte, donne une r&#233;ponse. C'est-&#224;-dire l'id&#233;e qu'il y a une histoire, l'id&#233;e que demain peut &#234;tre meilleur qu'hier, l'id&#233;e que le travail, y compris manuel, est en soi une bonne chose, l'id&#233;e que la rationalit&#233; n'est pas incompatible avec la foi. Toutes ces id&#233;es-l&#224; ont dot&#233; les pays occidentaux de ce qui a permis le d&#233;collage de l'&#233;conomie. &#201;tant entendu qu'il s'est fait en &#233;tant accompagn&#233; par la s&#233;cularisation, c'est-&#224;-dire, la perte progressive du lien avec cette matrice originelle. Donc d'un point de vue providentiel, il se passe quelque chose de tout &#224; fait &#233;trange, c'est-&#224;-dire, un don de Dieu, prodigieux, mais qui s'est accompagn&#233; d'un recul progressif du lien et de la gratitude envers Dieu. Ce que j'illustre par le fameux cantique de Mo&#239;se dans le Deut&#233;ronome o&#249; Dieu se plaint de son peuple. Nous avons re&#231;u des dons tout &#224; fait prodigieux, que nous d&#233;veloppons comme les isra&#233;lites qui travaillaient leur terre &#224; l'&#233;poque, mais avec plus de lien et de gratitude envers Dieu que nous&#8230; m&#234;me lorsqu'ils se tournaient vers les autres dieux. Nous jouons un jeu dangereux. Nous croyons pouvoir nous attribuer nos succ&#232;s &#233;conomiques et nous croyons pouvoir les r&#233;guler tout seuls.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or il est manifeste que l'&#233;conomie a besoin d'une base &#233;thique pour fonctionner. Si celle-ci se corrode, c'est dangereux d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, mais c'est dangereux pour l'&#233;conomie elle-m&#234;me. Une &#233;conomie o&#249; la confiance mutuelle se r&#233;duit fonctionne moins bien, par d&#233;finition. Une &#233;conomie qui a des crises est une &#233;conomie qui, &#224; un moment donn&#233;, dissout le lien social et finit par se d&#233;truire l'&#233;conomie. Nous vivons dangereusement comme les Isra&#233;lites, dans la Bible, vivaient dangereusement en allant sur les montagnes adorer on ne sait qui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelles seraient les pistes pour que le monde &#233;conomique s&#233;cularis&#233; retrouve la source chr&#233;tienne qui l'a rendu possible ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse est la r&#233;ponse biblique, c'est-&#224;-dire : &#171; revenez &#224; moi &#187;. C'est la r&#233;ponse la plus naturelle. Elle doit s'accompagner aussi d'une &#233;vang&#233;lisation par intervention dans le domaine &#233;conomique et financier. Ce n'est pas &#224; un hasard si la p&#233;riode que nous vivons est celle du d&#233;veloppement de la Doctrine sociale de l'&#201;glise, depuis 1891. Elle n'est pas radicalement nouvelle dans l'histoire de l'Eglise mais elle est nouvelle dans cette expression particuli&#232;re, en s'appelant ainsi et en se pr&#233;sentant comme une doctrine sp&#233;cifique dont le statut est interm&#233;diaire. Jean-Paul II l'a pr&#233;sent&#233;e comme une branche de la th&#233;ologie morale, ce qui veut dire qu'elle est porteuse d'un message &#233;vang&#233;lique. Simultan&#233;ment elle traite de sujets largement mondains en faisant implicitement ou explicitement r&#233;f&#233;rence &#224; la loi naturelle. D'ailleurs le message est pr&#233;sent&#233; comme ne s'adressant pas sp&#233;cifiquement aux catholiques, mais &#224; tous les hommes de bonne volont&#233;. La Doctrine sociale, donc, clairement est &#224; cheval sur les deux registres. &#192; la fois, elle dit des choses qui peuvent conduire les gens qui les entendent au Christ, et des choses qu'ils peuvent comprendre sans avoir la foi. Avec un &#233;l&#233;ment de base qui est l'importance de l'&#233;thique et de la morale. Ce qu'elle dit, c'est qu'on ne peut pas penser l'&#233;conomie sans la morale. Ce qui est le contraire de ce que disent les manuels d'&#233;conomie qui disent plut&#244;t : &#171; vous avez vos pr&#233;f&#233;rences, je m'en fiche. Mon travail comme &#233;conomiste, c'est de voir ce que signifie le jeu de ces pr&#233;f&#233;rences dans l'activit&#233; &#233;conomique de production et d'&#233;changes. Je consid&#232;re ces pr&#233;f&#233;rences comme des donn&#233;es. &#187; Or dans l'activit&#233; humaine, il n'y a pas cette s&#233;paration. Les pr&#233;f&#233;rences comportent un jugement de valeur, de bien ou de mal. Dans le comportement du producteur, dans la vie collective d'une entreprise, il y a une dimension &#233;thique. Quand la r&#233;flexion &#233;conomique a commenc&#233; &#224; na&#238;tre, c'est-&#224;-dire au Moyen-&#226;ge, les scolastiques l'ins&#233;raient dans la morale. Dans la Somme de th&#233;ologie de saint Thomas, il en est question dans l'&#233;tude des vertus morales, et cela a continu&#233; ainsi jusqu'au XVIIIe si&#232;cle. Adam Smith, consid&#233;r&#233; comme le fondateur de l'&#233;conomie politique moderne, est interm&#233;diaire. Il a encore un souci moral, mais il donne des instruments intellectuels qui conduisent &#224; son d&#233;passement. Dans son fameux apologue, le boulanger fait du bon pain non pour faire du bien mais pour faire de l'argent. Il peut &#234;tre amoral mais en m&#234;me temps rendre service. Mais dans l'id&#233;e de Smith, il y a encore l'id&#233;e d'une Providence qui tire un bien d'un mal. Apr&#232;s lui, on en est venu &#224; se dire : &#171; m&#233;thodologiquement, je me fiche des consid&#233;rations morales ou &#233;thiques du boulanger, je regarde pourquoi il fabrique et comment il vend. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Puisque Dieu tire un bien d'un mal, comme le dit Saint Augustin, n'en est-on pas venu, en &#233;vacuant Dieu du champ de l'&#233;conomie, &#224; l&#233;gitimer le mal par le bien qui pourrait en sortir ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est l&#224; o&#249; Smith a franchi un pas en consid&#233;rant comme normal qu'il y ait un mal si ce mal est canalis&#233;. Dans sa pens&#233;e, il y avait la Providence. Mais dans la mani&#232;re dont il l'a pens&#233;e, elle s'est transform&#233;e en un simple m&#233;canisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans le discours du monde de la finance, la notion de Providence ne demeure-t-elle pas pr&#233;sente, comme si le march&#233; se r&#233;gulait lui-m&#234;me d'une mani&#232;re magique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, cette id&#233;e du &#8216;march&#233; efficient' a pr&#233;domin&#233; en finance et dans la science &#233;conomique, avant la crise de 2008. Elle a moins de force maintenant. Mais lorsque vous travaillez sur un march&#233;, vous savez que cela ne tient pas debout, puisque les prix fluctuent en permanence. Le prix sur le march&#233; ne peut pas &#234;tre la somme aussi pr&#233;cise qu'on le dit de l'ensemble des informations disponibles. C'est manifestement faux. Donc celui qui y croit fait un acte de foi, mais dans un m&#233;canisme, et non dans un &#234;tre m&#233;taphysiquement diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet &#233;trange acte de foi n'explique-t-il pas l'alternative que J&#233;sus propose entre le service de Dieu et de l'argent ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par certain c&#244;t&#233;, il y a un ph&#233;nom&#232;ne de miroir d&#233;form&#233; entre Dieu et l'argent. Contrairement &#224; toute autre marchandise ou bien mat&#233;riel, l'argent est neutre, il est omnivalent (on peut l'&#233;changer contre tout), il a une esp&#232;ce d'universalit&#233; qui lui permet de jouer un r&#244;le de r&#233;gulation g&#233;n&#233;rale unique. Et il le fait en &#233;tant extr&#234;mement abstrait, parce que n'importe quel autre bien, m&#234;me l'or, peut avoir une utilisation ; il peut avoir un attrait, on peut aimer sa couleur, son apparence, etc. L'argent monnaie n'est lui rien. Il est une abstraction absolue. Il est compatible avec absolument tout. Du coup, il est en un sens comparable avec Dieu, mais en &#233;tant un n&#233;ant, se pr&#233;tendant jouer un r&#244;le analogue &#224; Dieu - puisque par lui-m&#234;me il n'est rien, c'est une convention sociale totale qui joue de fait, dans l'esprit des gens, un r&#244;le d&#233;miurgique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Devant cette puissance fascinante de l'argent, ne peut-on pas penser que les exhortations de la Doctrine sociale de l'&#201;glise rel&#232;vent de l'utopie ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Doctrine sociale remet les choses &#224; leur place. J&#233;sus ne d&#233;nonce pas l'argent comme &#224; &#233;liminer puisqu'il dit : &#171; Faites-vous des amis avec le mammon d'iniquit&#233;. &#187; Il dit donc &#171; utilisez-le &#187;. Il dit m&#234;me : Vous &#234;tes beaucoup moins malins que les m&#233;chants dans l'utilisation de l'argent, donc prenez-en de la graine, soyez intelligents comme eux mais dans le bon sens. Sans &#234;tre, &#233;videmment, les serviteurs de ce moyen mais en faisant de ce moyen un serviteur. D'o&#249; la fameuse phrase : vous ne pouvez pas servir deux ma&#238;tres. J&#233;sus pense &#224; l'argent dans son r&#244;le propre, mais aussi dans son r&#244;le indirect, car comme il est l'acc&#232;s &#224; tout, il r&#233;unit l'ensemble des tentations, en tous cas une grande partie des tentations possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajoute que dans une &#233;poque relativiste, l'argent joue un r&#244;le beaucoup plus important. Quand vous avez des personnes qui interagissent et qui n'ont pas de valeurs communes, de r&#233;f&#233;rences communes ou qui n'arrivent pas &#224; en trouver, et qui ne cherchent pas &#224; y arriver parce qu'ils ne pensent pas qu'il y a la possibilit&#233; d'arriver &#224; un accord sur le bien, le moyen commode de se mettre d'accord, c'est la transaction. Si vous faites un accord au moyen de l'argent, vous n'&#234;tes pas oblig&#233;s d'avoir d'accord sur le fond. Il suffit que vous ayez quelque chose &#224; faire ensemble en y mettant un prix. Et donc l'argent devient un r&#233;gulateur beaucoup plus universel. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Quel conseil donner &#224; un chr&#233;tien pour g&#233;rer l'argent ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est fondamental, c'est de r&#233;fl&#233;chir &#224; son r&#244;le et de voir comment l'utiliser. Le meilleur exercice qui est recommand&#233; par les &#201;vangiles, c'est le don. Un d&#233;veloppement r&#233;cent de la Doctrine sociale, dans Caritas in veritate de Beno&#238;t XVI, insiste sur le r&#244;le du don non pas simplement dans une sph&#232;re propre et sp&#233;cifique qu'on appelle dans le vocabulaire courant la charit&#233;, mais aussi dans le tiers secteur (social, associatif, etc.) et m&#234;me dans l'&#233;conomie marchande. Ce qui, quand on y r&#233;fl&#233;chit, est &#233;vident. Une entreprise, par exemple, fonctionne parce que des gens travaillent ensemble. Ils ne sont pas l&#224; en permanence &#224; calculer. Ils s'aident. Si on calcule en permanence, on devient fou. Quand quelqu'un invite un client potentiel au restaurant, il lui donne quelque chose. C'est &#224; un niveau m&#233;diocre et calculateur, mais il y a quand m&#234;me un don. L'autre prend un repas, mais il ne s'engage &#224; rien. Le don existe donc &#224; un niveau tr&#232;s &#233;l&#233;mentaire mais il peut exister &#224; un niveau plus noble. On peut faire des dons gratuits, non seulement dans le domaine fondamental o&#249; le don r&#233;git toute la vie collective qui est la famille, mais aussi autour de soi, et mat&#233;riellement en donnant de l'argent. Je rappelle le chiffre biblique de la d&#238;me. Un sp&#233;cialiste du droit canonique m'a dit que ce n'&#233;tait nulle part &#233;crit dans le code de droit canonique, ce qui est parfaitement vrai. Mais je ne le prends pas comme une prescription canonique, mais comme l'id&#233;e f&#233;conde de reprendre ce chiffre et de se dire : &#171; il faut quand m&#234;me que je fasse &#231;a. Au minimum. Si je peux faire plus, c'est tant mieux. &#187; Aujourd'hui la question de la fiscalit&#233; complique la r&#233;flexion, mais au moins, que ce qu'on donne soit &#224; 10% de son revenu net au minimum. C'est, je pense, une r&#233;f&#233;rence utile. Un groupe de dirigeants &#233;conomiques qui s'appelle : &#171; Changer par le don &#187; recommande d'ailleurs hautement ces 10%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, il faut aller au-del&#224; et r&#233;fl&#233;chir sur l'argent dont on dispose et sur ce qu'on doit en faire. Il y a des chapitres tr&#232;s int&#233;ressants de saint Thomas d'Aquin, l&#224;-dessus, notamment sur l'aum&#244;ne. Pour regarder ce qu'on doit donner, il faut regarder, en sens inverse, ce que l'on doit d&#233;penser et pour quoi. Saint Thomas dit ici, en quelque sorte : &#171; cela d&#233;pend de votre &#233;tat de vie, de votre condition sociale, mais une fois que vous avez fait ce que vous avez &#224; faire (famille, r&#244;le social, etc.) et que vous avez donn&#233; la d&#238;me en question, demandez-vous ce que vous allez faire de l'argent qui vous est confi&#233; par Dieu. &#187; &#201;videmment, la question a plus d'urgence chez quelqu'un qui a plus d'argent : il est plus exig&#233; de lui. Dans le cas de la fameuse veuve qui mettait une obole, cela n'&#233;tait pas exig&#233;. D'ailleurs le Christ l'admirait pour ce geste. En revanche, pour le riche d'&#224; c&#244;t&#233;, il lui est demand&#233; plus strictement : &#171; Qu'as-tu fait de ton argent ? &#187; D'o&#249; l'&#233;pisode du riche avec Lazare, le pauvre qui &#233;tait son voisin. Mais au-del&#224; d'aider le pauvre qui est &#224; c&#244;t&#233;, le riche peut se demander &#224; quoi il est appel&#233;. C'est une forme de vocation, au sens le plus noble du terme : &#224; quoi Dieu l'appelle. L'un va &#234;tre appel&#233; &#224; donner sa fortune. Par exemple, le jeune homme riche. &#192; un autre, cela ne serait pas demand&#233; parce qu'il s'appelle Joseph d'Arimathie et qu'on a besoin de sa condition sociale pour qu'il puisse r&#233;cup&#233;rer le corps du Christ aupr&#232;s de Pilate. S'il lui avait &#233;t&#233; tout demand&#233;, il n'aurait pas pu faire cela. Donc il &#233;tait appel&#233; &#224; autre chose qu'&#224; abandonner sa position. Un troisi&#232;me sera appel&#233; &#224; la vertu de magnificence. Pour saint Thomas et &#224; sa suite Pie XI, rel&#232;ve de la vertu de magnificence, non seulement celui qui est tr&#232;s g&#233;n&#233;reux, mais aussi celui qui investit courageusement dans de grandes entreprises industrielles ou commerciales en cr&#233;ant beaucoup d'emplois et en produisant des choses utiles pour la communaut&#233;. Quelqu'un peut &#234;tre appel&#233; &#224; cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc plusieurs utilisations possibles de la fortune ou de l'argent, sur lesquelles on doit r&#233;fl&#233;chir. C'est une question pour chacun, y compris dans sa pri&#232;re : &#171; &#224; quoi suis-je appel&#233;, moi ? &#187;. Il y a des gens qui le savent tr&#232;s vite dans leur vie et des gens qui ne le savent que tard, pas n&#233;cessairement de fa&#231;on coupable, mais parce que le cours de leur vie a &#233;t&#233; inattendu. Elle a pris son sens d'une mani&#232;re qu'ils n'avaient pas n&#233;cessairement vue au d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Y a-t-il des mod&#232;les de saintet&#233; &#233;conomique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le du travailleur c'est saint Joseph. Mais si on cherche quelqu'un qui a &#233;t&#233; proactif dans ce domaine sp&#233;cifique de l'&#233;conomie, on d&#233;couvre que le premier la&#239;c canonis&#233; qui n'est ni un martyr, ni un prince, est un marchand et financier, &#224; Cr&#233;mone, au moment o&#249; l'Italie inventait l'&#233;conomie moderne et la finance. Ce personnage qui s'appelait Uomobono (homme bon, tout un programme !) &#233;tait un marchand qui r&#233;ussissait bien, qui savait gagner de l'argent. Mais en m&#234;me temps, c'&#233;tait un homme tr&#232;s g&#233;n&#233;reux (ce qui &#233;nervait sa femme !), et il donnait beaucoup. Il avait une image d'honn&#234;tet&#233; et de correction dans son milieu professionnel. Il est mort pauvre parce qu'il avait donn&#233; le gros de ses biens, et le peuple de Cr&#233;mone a demand&#233; au pape, le grand pape Innocent III, de le canoniser tout de suite. Ce qui &#224; l'&#233;poque n'&#233;tait pas fr&#233;quent. Et Innocent III, le m&#234;me pape qui a su accueillir saint Fran&#231;ois d'Assise et donc la pauvret&#233;, a canonis&#233; le premier marchand, le premier la&#239;c non-prince, non-martyr. Je n'ai pas trouv&#233; d'&#233;quivalent qui soit aussi clairement engag&#233; dans la vie &#233;conomique et dont on voit bien que la saintet&#233; a un lien avec cette vie &#233;conomique. D'autres pouvaient &#234;tre actifs dans la vie &#233;conomique, mais leur vertu n'&#233;tait pas l&#224; sp&#233;cifiquement. Il serait int&#233;ressant de voir s'il y a quelqu'un d'autre. On m'a cit&#233; le nom d'un Argentin dont la cause est examin&#233;e &#224; Rome. C'est une probl&#233;matique importante. Si l'on admet que cet &#233;tat de vie, engag&#233; dans l'&#233;conomie, est licite et collectivement utile, il doit &#234;tre possible de s'y sanctifier. Il doit y avoir non seulement des gens qui le font de fait, mais aussi des gens qui soient propos&#233;s comme mod&#232;le et qui passent le stade de la canonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment expliquez-vous le passage de la condamnation de l'usure par l'&#201;glise, &#224; son acceptation ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot latin m&#233;di&#233;val d'usure d&#233;signait le taux d'int&#233;r&#234;t, quel que soit le niveau. Aujourd'hui l'usure, c'est le taux d'int&#233;r&#234;t tr&#232;s excessif. Tout le monde est d'accord, et a toujours &#233;t&#233; d'accord, pour dire que le taux d'int&#233;r&#234;t excessif au sens de l'usure moderne est condamnable. La question, c'est le taux d'int&#233;r&#234;t tout court, m&#234;me quand il est faible ; or il a &#233;t&#233; effectivement condamn&#233;, et de fa&#231;on beaucoup plus &#233;nergique &#224; partir du XIIe si&#232;cle. On consid&#233;rait qu'on ne pouvait pas percevoir un int&#233;r&#234;t d'un pr&#234;t. En revanche on acceptait parfaitement qu'on re&#231;oive ce que nous appelons aujourd'hui des dividendes, mettre de l'argent dans une op&#233;ration en fonds propres, donc en prenant un risque avec un entrepreneur pour parler en langage moderne ; c'&#233;tait totalement licite et cela n'a jamais pos&#233; de probl&#232;me. C'est tout &#224; fait clair d&#232;s les origines et notamment chez saint Thomas. Quand on condamnait l'usure, c'est-&#224;-dire l'int&#233;r&#234;t sur un pr&#234;t, c'est parce qu'on pensait que cela impliquait l'id&#233;e fausse que l'argent &#233;tait f&#233;cond par lui-m&#234;me. En outre, on consid&#233;rait que l'argent &#233;tait consomm&#233; dans l'acte de pr&#234;t. D&#232;s lors, il n'y avait pas de raison de le r&#233;tribuer, l'&#233;quit&#233; voulant qu'on rende ce que l'on avait pr&#234;t&#233; mais pas plus. Il y avait des fondements bibliques &#224; cette position, mais faibles ; ainsi dans la loi mosa&#239;que, qui d'ailleurs ne l'interdisait qu'entre juifs mais pas avec les gentils, et visait le cas de pr&#234;ts &#224; des mis&#233;reux : ce n'&#233;tait pas un acte intrins&#232;quement immoral en dehors de ce contexte. Ajoutons que la loi mosa&#239;que n'est pas retenue comme normative pour nous, du moins telle quelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, c'est plut&#244;t par des raisonnements qu'on condamnait l'int&#233;r&#234;t sur pr&#234;t, et ce sont des raisonnements contestables sur le plan &#233;conomique. Tr&#232;s vite d'ailleurs on s'est aper&#231;u qu'il y avait un probl&#232;me. Et donc on a mis des accommodations en faisant intervenir d'autres consid&#233;rations. La plus importante, pour notre propos, c'est ce qu'on appelle le lucrum cessans, c'est-&#224;-dire le gain qui s'arr&#234;te. On consid&#233;rait qu'un marchand qui soustrait de son capital, n&#233;cessaire &#224; son activit&#233; professionnelle, une certaine somme pour la pr&#234;ter, du coup perd une part du gain que son activit&#233; lui permet d'obtenir. Notons que dans cet exemple ce n'est pas l'argent tout seul qui produit, puisque c'est de l'argent associ&#233; &#224; du travail, et du travail entrepreneurial. Mais ind&#233;niablement s'il avait moins de capital, le marchand ou artisan produisait moins. Il ne pouvait avoir le m&#234;me volume d'activit&#233; que si son capital restait intact. Donc il subissait une perte, et il y avait une justice &#224; le compenser. Mais du coup, sans vouloir le reconna&#238;tre, on acceptait qu'il y ait une certaine f&#233;condit&#233; de l'argent, non pas tout seul, ce qu'on reprochait au pr&#234;t avec int&#233;r&#234;t, mais associ&#233; &#224; du travail humain. D&#232;s lors, on a accept&#233; cette compensation et donc de fait un certain int&#233;r&#234;t dans le cas de quelqu'un qui a une activit&#233; commerciale, bien que certains consid&#233;raient qu'il fallait pour cela que l'on ait prouv&#233; que cet argent fonctionnait d&#233;j&#224; avant. Il y avait aussi le damnum emergens c'est-&#224;-dire un tort qui apparaissait du fait que l'on avait souffert du manque de cet argent, d'o&#249; une compensation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on voit, des compensations &#233;taient pr&#233;vues pour le pr&#234;teur commercial, mais cela ne d&#233;bouchait pas sur la prise de conscience du fait que l'argent pouvait &#234;tre repr&#233;sentatif d'un facteur de production qui, associ&#233; au travail, et notamment au travail de l'entrepreneur, avait r&#233;ellement une contribution positive. L'entrepreneur qui a moins d'argent &#224; sa disposition produira moins, avec le m&#234;me talent et la m&#234;me vertu, que s'il a de l'argent, y compris de l'argent pr&#234;t&#233; et pas simplement de l'argent mis en capital. Et donc, il y avait une insuffisance du raisonnement &#233;conomique. Mais je pense qu'il y avait aussi une intuition profond&#233;ment juste dans l'id&#233;e que ce n'est pas l'argent par lui-m&#234;me, tout seul, qui produit, mais que c'est le travail humain, y compris celui de l'entrepreneur, qui est cr&#233;atif, &#233;tant entendu que l'argent y contribue n&#233;anmoins, d'une mani&#232;re qui peut justifier une r&#233;mun&#233;ration, si &#233;videmment elle reste raisonnable. Le dernier texte du magist&#232;re qui a maintenu la doctrine classique avec tous les correctifs qu'on a vus, est une encyclique de 1748, de Beno&#238;t XIV. Dans la pratique, cela ne g&#234;nait pas beaucoup le commerce. Cela avait m&#234;me le gros avantage de r&#233;duire de mani&#232;re non n&#233;gligeable l'usure au sens moderne, c'est-&#224;-dire l'exploitation du besoin des pauvres&#8230; drame que d'autres civilisations ont connu d'une mani&#232;re beaucoup plus grave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;glise a commenc&#233; ensuite &#224; affiner sa doctrine avec des textes du XIXe si&#232;cle, des r&#233;ponses du Saint Office, qui sont moins visibles mais ont autorit&#233;, puis avec les deux codes de droit canonique, qui recommandent aux congr&#233;gations de faire fructifier leurs biens, et acceptent un certain int&#233;r&#234;t l&#233;gal, au moins implicitement. Cela dit, l'&#201;glise n'a pas fait de retour pour expliquer comment elle met en coh&#233;rence la pratique et l'enseignement actuels avec les raisonnements du pass&#233; pour discerner, dans ces derniers, entre ce qui &#233;tait vrai parce que situ&#233; fondamentalement dans le domaine &#233;thique et ce qui &#233;tait conjoncturel, c'est-&#224;-dire reposait sur une analyse &#233;conomique, qui d&#233;pendait de la science &#233;conomique du moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le lecteur de la revue Carmel peut donc placer son argent en bourse sans &#234;tre faute ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne l'a jamais &#233;t&#233;, car s'il est en bourse et qu'il ach&#232;te des actions, des parts, cela a toujours &#233;t&#233; licite. En revanche il peut &#234;tre illicite d'agioter, c'est-&#224;-dire de sp&#233;culer d'une mani&#232;re parasitaire. Et la r&#233;flexion m&#233;di&#233;vale sur le juste prix, &#224; mon avis insuffisamment reprise aujourd'hui, garde sa valeur. Dans cette conception, le juste prix est d&#233;sirable en soi, car si le prix est juste je ne vole pas l'autre et il ne me vole pas. Mais quel est ce juste prix ? Quand on regarde les textes, c'est un prix qui se d&#233;duit de l'interaction sociale, donc un prix de march&#233;. Mais cela ne veut pas dire que n'importe quel prix de march&#233; est un juste prix. Il y a des march&#233;s qui fonctionnent mal, des march&#233;s opaques, des march&#233;s manipul&#233;s. Dans les conditions o&#249; il fonctionne de mani&#232;re claire, transparente et ouverte, il d&#233;gage un juste prix. Ce qui veut dire qu'il y a une r&#233;flexion morale &#224; avoir sur le bon fonctionnement du march&#233;. &#192; la lumi&#232;re des r&#233;flexions m&#233;di&#233;vales, c'est un march&#233; o&#249; d'une part des r&#232;gles permettent cette transparence, cette confrontation, cette absence de domination par l'un ou par l'autre, et o&#249; d'autre part, id&#233;alement, les acteurs y participent non pas pour faire le maximum d'argent possible par leurs op&#233;rations, mais pour d&#233;gager socialement le meilleur prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je prends un exemple concret. Quand vous &#234;tes un op&#233;rateur sur un march&#233; financier et que vous pensez qu'il y a une bulle, c'est-&#224;-dire que les prix montent trop haut par rapport au prix qui vous para&#238;t correct, si vous allez vite, vous pouvez avoir de fait int&#233;r&#234;t &#224; acheter la valeur en question et &#224; revendre ensuite &#224; un prix plus &#233;lev&#233;. Mais quand vous faites cela, vous envoyez un signal d'achat, et donc vous contribuez &#224; faire encore monter le prix, et donc d'une certaine fa&#231;on votre pr&#233;vision est auto-r&#233;alis&#233;e. Mais du point de vue de l'analyse du juste prix m&#233;di&#233;val, ce que vous faites n'est pas bien. Vous pouvez gagner de l'argent si vous &#234;tes malin et que vous sortez assez vite avant que la bulle n'&#233;clate et que les prix ne baissent, mais vous avez vol&#233; les autres et vous avez envoy&#233; un mauvais signal au march&#233;. En revanche si vous consid&#233;rez que le prix est trop bas et que vous achetez, l&#224; vous contribuez &#224; faire &#233;voluer le prix vers un prix plus juste en envoyant un signal d'achat qui aide &#224; faire monter le prix vers un niveau &#224; votre avis plus juste, ce qui veut dire que ceux qui vendront &#224; ce prix obtiendront une contrepartie &#224; leur bien qui est plus &#233;quitable par rapport &#224; sa valeur r&#233;elle. C'est une consid&#233;ration qui ne domine pas actuellement sur les march&#233;s, mais qui doit exister chez un op&#233;rateur qui se veut chr&#233;tien. Il peut faire ses petites op&#233;rations, mais il doit se dire aussi qu'il contribue &#224; un processus collectif d'&#233;valuation qui a un sens et qu'il y a sa part de responsabilit&#233;. On peut et doit d'ailleurs &#233;tendre cette notion du juste prix au-del&#224; du march&#233; financier, par exemple avec le commerce &#233;quitable : il s'agit de donner sa juste r&#233;mun&#233;ration &#224; un producteur, par exemple de caf&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sans entrer dans une utopie, un perfectionnement de la conduite financi&#232;re est-il envisageable pour l'avenir ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Envisageable, oui, et en principe tout &#224; fait n&#233;cessaire. Le christianisme n'enseigne pas une utopie mais demande d'agir dans le sens du bien, c'est-&#224;-dire, de construire le Royaume, non pas au sens o&#249; il se r&#233;alisera sur terre, mais en cela qu'il se cr&#233;e myst&#233;rieusement et progressivement et qu'&#224; sa fa&#231;on il est d&#233;j&#224; l&#224; du fait m&#234;me du Bien qui irrigue notre monde. Lorsque je fais du bien l&#224; o&#249; je suis, par exemple si je suis industriel et que je fais des produits meilleurs, moins chers, tout en traitant bien mes collaborateurs, je fais &#224; mon niveau advenir le Royaume ; mais je ne suis pas dans une utopie parce que je sais que mon industrie restera imparfaite, et le monde &#233;conomique de m&#234;me. Je contribue alors &#224; cr&#233;er quelque chose qui rel&#232;ve d'une r&#233;alit&#233; d'un tout ordre que l'&#233;conomie, mais qui ne sera r&#233;ellement explicite et exclusif qu'&#224; la fin des temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce qu'enseigne la Doctrine sociale est-il suffisamment attractif pour qu'&#224; l'inverse d'Adam Smith les gens puissent avoir int&#233;r&#234;t &#224; la mettre en pratique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; maintenant nous avons eu deux handicaps. Le premier, c'est que la Doctrine sociale est comme on dit le secret le mieux gard&#233; de l'&#201;glise. Elle est peu r&#233;pandue ! Jamais un cur&#233; n'en parle en chaire. Il y a l&#224; une d&#233;faillance, mais qui peut &#233;voluer, comme on le voit par exemple avec les Entrepreneurs et dirigeants chr&#233;tiens (EDC). Il y a cinq ou six ans, ils ne s'en pr&#233;occupaient pas. Maintenant, elle est au centre du mouvement. Le deuxi&#232;me d&#233;faut, c'est qu'elle est un acte du magist&#232;re, c'est-&#224;-dire de pr&#233;lats qui ne sont pas &#233;conomistes ou financiers, et qui restent n&#233;cessairement &#224; un niveau de r&#233;flexion relativement abstrait. Donc, elle a besoin d'un compl&#233;ment de pratique et de doctrine, qui soit le fait de la&#239;cs. Elle en a besoin th&#233;oriquement en amont, mais aussi en aval. Car s'il n'y a pas cette &#233;laboration, forc&#233;ment, elle restera dans son langage un peu &#233;tranger &#224; ce monde-l&#224; et pas imm&#233;diatement compr&#233;hensible ni ais&#233;ment utilisable. Il faut un travail interm&#233;diaire pour traduire les principes et les id&#233;es d'une fa&#231;on qui soit en rapport avec ce que les gens vivent dans leur m&#233;tier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quel mod&#232;le, qui existe aujourd'hui, proposeriez-vous comme application f&#233;conde de la doctrine sociale ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a des formes d'entreprises qui cherchent &#224; int&#233;grer ces valeurs, dans le tiers secteur, comme les Focolari, les coop&#233;ratives Mondragon, et d'autres gens qui visent &#224; s'inspirer de ce genre de choses. Cela peut &#234;tre vrai de patrons. Prenez les patrons chr&#233;tiens qu'on appelait paternalistes au XIXe si&#232;cle : ils ont apport&#233; beaucoup de bien, l&#224; o&#249; les populations ouvri&#232;res &#233;taient horriblement maltrait&#233;es &#224; l'&#233;poque. En Ard&#232;che, il y une cit&#233; ouvri&#232;re cr&#233;&#233;e par Lafarge au XIXe si&#232;cle, avec une &#233;cole, une &#233;glise au centre du village, et les ouvriers pouvaient y vivre de fa&#231;on d&#233;cente. C'est une action de patrons qui consid&#233;raient qu'ils avaient &#224; prendre en charge plus que la fabrication du ciment. Ils fabriquaient du ciment mais ils se souciaient aussi des gens qui fabriquaient le ciment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre ordre d'id&#233;es, vous avez aujourd'hui, les fonds de partage et les fonds qui visent &#224; &#234;tre g&#233;r&#233;s de fa&#231;on &#233;thique. C'est une question majeure car l'argent investi oriente l'&#233;conomie dans un sens ou un autre. D&#233;j&#224;, le simple souci de l'environnement est b&#233;n&#233;fique dans son principe. Mais si vous regardez la Doctrine sociale, vous allez plus loin parce que, en plus de la dimension environnementale, il y a aussi les dimensions sociales, soci&#233;tales, et en outre la qualit&#233; des produits, le juste prix, le souci des fournisseurs, des clients, des communaut&#233;s, etc. La question s'adresse &#224; la fois aux entreprises, et aux investisseurs qui doivent regarder dans quoi ils investissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un travail important est actuellement fait dans le nouveau dicast&#232;re pour le service du le d&#233;veloppement humain int&#233;gral, qui est l'ancien Conseil justice et paix &#233;largi, notamment sur la question financi&#232;re. Il y a eu un texte l'ann&#233;e derni&#232;re &#338;conomicae et pecuniari&#230; qu&#230;stiones, premier texte sur la finance qui d&#233;passe deux pages ; il y en a un, en gestation, sur l'investissement &#233;thique dans la perspective catholique ; et un autre sur l'&#233;thique de l'investisseur. Il y a donc tout un travail qui est fait. Autrement dit, l'&#201;glise qui, sur la finance, avait dit peu de choses sp&#233;cifiques, depuis tr&#232;s peu de temps produit des textes int&#233;ressants et &#233;labor&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Voyez-vous un lien entre la communion des saints et le march&#233; financier ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons un ph&#233;nom&#232;ne extraordinaire : les &#201;vangiles parlent abondamment de la vie &#233;conomique et financi&#232;re, en utilisant un raisonnement financier ou &#233;conomique pour parler de choses qui d&#233;passent ce niveau, mais afin de les exposer. Aucune autre religion ne le fait, aucun texte religieux, ni l'Ancien Testament, ni les autres textes du Nouveau Testament. Seuls les &#201;vangiles partent de raisonnements &#233;conomiques. C'est extraordinaire. La parabole du tr&#233;sor cach&#233;, c'est un arbitrage financier, puisque le prix du champ n'y incorpore pas l'information sur sa valeur r&#233;elle, information que le march&#233; n'a pas puisque le prix ne serait pas du tout le m&#234;me. Un arbitrage consiste en effet &#224; acheter quelque chose de pas cher parce qu'on pense que cela vaut beaucoup plus cher. Ce qui est int&#233;ressant, c'est que m&#234;me si la parabole est dite par le Christ pour parler de la vie &#233;ternelle, il utilise un tel raisonnement financier pour se faire comprendre, parce que c'est une &#233;vidence pour les gens qui &#233;coutent. En un sens, il valide le raisonnement puisqu'il l'utilise comme base, mais il le d&#233;passe en le g&#233;n&#233;ralisant. Au fond, il nous dit en effet : &#171; vous avez int&#233;r&#234;t &#224; investir, oui, mais investissez en regardant bien la valeur des choses. Or il y a une valeur infinie qui est la vie &#233;ternelle ; donc forc&#233;ment, c'est elle qui l'emporte sur toutes les r&#233;alit&#233;s terrestres. &#187; L'utilisation du vocabulaire de l'investissement est constante, mais pas pour en rester l&#224; : c'est pour nous dire que quand on a tout bien calcul&#233;, on int&#232;gre la valeur infinie de la vie &#233;ternelle, et alors on laisse tomber le calcul, et on donne sans calculer. Non pas en rejetant le calcul, mais parce que dans le calcul, un facteur infini est entr&#233; en ligne de compte. C'est un excellent calcul, mais ce ne doit plus &#234;tre un calcul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On gagnerait donc en vie spirituelle &#224; mieux comprendre la vie &#233;conomique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, ce mod&#232;le a servi au Christ pour expliquer des choses qui d&#233;passait infiniment ce niveau. Il n'a pas beaucoup utilis&#233; l'imagerie agricole et tr&#232;s peu l'imagerie politique. En revanche l'&#233;conomique oui. C'est un des facteurs qui a fait que l'&#233;conomie s'est d&#233;velopp&#233;e dans le monde chr&#233;tien. Il y avait cette tension entre des pr&#233;dicateurs tonnant contre l'argent ou l'usure&#8230; et ceux qui savaient que cela fait partie de la vie normale de l'homme et que les &#201;vangiles en parlent constamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;N'aurait-on pas int&#233;r&#234;t &#224; davantage orienter l'intercession de l'&#201;glise dans ces domaines-l&#224; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais il faut bien savoir quoi demander dans nos pri&#232;res ; et pour &#234;tre pr&#233;cis, il faut entrer davantage dans la doctrine. Mieux conna&#238;tre la doctrine permet de davantage participer &#224; son d&#233;veloppement par la pri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce serait une contribution que la pri&#232;re du Carmel pourrait apporter ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, et peut-&#234;tre notamment des carm&#233;lites ! J'ai eu une exp&#233;rience amusante dans les monast&#232;res. La r&#233;action des femmes est souvent plus pointue. Les moines ne se sentent pas autant concern&#233;s qu'elles. Il y a une sensibilit&#233; f&#233;minine particuli&#232;re &#224; ces sujets. Dans les comit&#233;s et commissions de la F&#233;d&#233;ration bancaire fran&#231;aise, les plus f&#233;minis&#233;es sont les commissions comptables. C'est int&#233;ressant. Les femmes ont, de fa&#231;on assez r&#233;pandue, le sens de ces r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques et notamment comptables, pour voir o&#249; est la vraie r&#233;alit&#233;. C'est le sens f&#233;minin du r&#233;el. Dans beaucoup de m&#233;nages, c'est la femme qui tient les comptes. Ce n'est pas vrai partout, on ne peut pas g&#233;n&#233;raliser, mais il y a une propension, un talent plus particuli&#232;rement r&#233;pandu. Par ailleurs, le champ de la pri&#232;re est beaucoup plus vaste que celui de l'application pratique et directe. Un industriel pense d'abord aux implications pour son entreprise. Celui qui prie a le souci de tout. En pensant aux questions &#233;conomiques et sociales dans leur pri&#232;re, les religieux, m&#234;me contemplatifs, contribuent beaucoup &#224; am&#233;liorer la soci&#233;t&#233;, m&#234;me d'un point de vue temporel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;conomie est donc bien inscrite dans le dessein de Dieu !&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. Le fait de base, dans l'&#233;conomie, c'est de faire le contraire de l'id&#233;e dominante actuelle, c'est-&#224;-dire non pas de l'isoler comme un champ autonome, en consid&#233;rant le reste comme donn&#233; sans s'en pr&#233;occuper, et notamment les priorit&#233;s morales ; mais au contraire en consid&#233;rant qu'elle est intrins&#232;quement incompl&#232;te, c'est-&#224;-dire qu'elle n'a de sens qu'ins&#233;r&#233;e dans un ensemble beaucoup plus vaste, qui est moral, social, politique et au-del&#224; encore, religieux. C'est une id&#233;e qui n'est pas famili&#232;re &#224; notre &#233;poque mais qui est en soi &#233;vidente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aujourd'hui encore une g&#234;ne &#224; parler de l'argent chez les catholiques, mais il faut en parler. Il faut l'int&#233;grer dans notre r&#233;flexion morale. Si J&#233;sus nous dit qu'il faut nous faire des amis avec de l'argent malhonn&#234;te, c'est qu'il faut agir en ce sens. Il faut donc sortir de la pure culpabilisation envers l'argent. Au lieu de prendre un whisky pour oublier qu'on a de l'argent, il vaut mieux se demander ce que l'on va en faire de bon ! Dans la culpabilisation, il y un ressort qui est bon, puisque l'on per&#231;oit le devoir de se servir de cet argent pour le bien, mais ce ressort est alors retourn&#233; contre la personne elle-m&#234;me, ce qui ne sert &#224; rien. Il faut d&#233;passer ce stade : il y a l&#224; un champ gigantesque &#224; &#233;vang&#233;liser.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;OEconomicae et pecuniariae quaestiones&#034; : &#233;dition pr&#233;fac&#233;e</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/OEconomicae-et-pecuniariae-quaestiones-edition-prefacee.html</link>
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		<dc:date>2018-06-10T13:27:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Finance un regard chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>March&#233; financier</dc:subject>
		<dc:subject>Morale et finance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le texte majeur du Vatican sur la finance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Edition du texte par Art&#232;ge avec ma pr&#233;face&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sentation...&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Questions-financieres-.html" rel="directory"&gt;Religion , finance, argent&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-l-argent-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et l'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Finance-un-regard-chretien-+.html" rel="tag"&gt;Finance un regard chr&#233;tien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Marche-financier-+.html" rel="tag"&gt;March&#233; financier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Morale-et-finance-+.html" rel="tag"&gt;Morale et finance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le texte est &#233;dit&#233; par Art&#232;ge, avec ma pr&#233;face&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sentation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La doctrine sociale de l'&#201;glise est une boussole pour le chr&#233;tien engag&#233; dans la vie du monde. March&#233;s boursiers, flux financiers, endettement, mondialisation ... autant de probl&#233;matiques qui semblent bouleverser le monde du travail et de l'entreprise et soulever des questions &#233;thiques nouvelles.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le texte de la Congr&#233;gation pour la Doctrine de la Foi, sans d&#233;tours, avec &#233;quilibre, analyse ces r&#233;alit&#233;s et propose des solutions &#233;thiques afin que la dignit&#233; et le bien commun restent au coeur des pr&#233;occupations des acteurs de ce vaste domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant-propos de Pierre de Lauzun, d&#233;l&#233;gu&#233; g&#233;n&#233;ral de l'Association fran&#231;aise des march&#233;s financiers et essayiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editionsartege.fr/livre/fiche/sur-les-questions-economiques-et-financieres-9791033607755&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.editionsartege.fr/livre...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'enseignement de l'Eglise et l'investissement &#233;thique</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/L-enseignement-de-l-Eglise-et-l-investissement-ethique.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/L-enseignement-de-l-Eglise-et-l-investissement-ethique.html</guid>
		<dc:date>2017-06-14T08:37:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement &#233;thique</dc:subject>
		<dc:subject>Investissement &#233;thique chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Investissement responsable et Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Finance un regard chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Investissement responsable</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&#171; Comment la Doctrine Sociale de L'Eglise est-elle une opportunit&#233; pour faire &#233;voluer la responsabilit&#233; sociale de l'entreprise et mettre en lumi&#232;re de nouveaux crit&#232;res pour une &#233;valuation &#233;thique de l'entreprise ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conf&#233;rence Pro Clero du 13 juin 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte et enregistrement video ci-joint.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Questions-financieres-.html" rel="directory"&gt;Religion , finance, argent&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-ethique-+.html" rel="tag"&gt;Investissement &#233;thique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-ethique-chretien-+.html" rel="tag"&gt;Investissement &#233;thique chr&#233;tien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-responsable-et-Eglise-+.html" rel="tag"&gt;Investissement responsable et Eglise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-l-argent-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et l'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Finance-un-regard-chretien-+.html" rel="tag"&gt;Finance un regard chr&#233;tien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Investissement-responsable-+.html" rel="tag"&gt;Investissement responsable&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Comment la Doctrine Sociale de L'Eglise est-elle une opportunit&#233; pour faire &#233;voluer la responsabilit&#233; sociale de l'entreprise et mettre en lumi&#232;re de nouveaux crit&#232;res pour une &#233;valuation &#233;thique de l'entreprise ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conf&#233;rence Pro Clero du 13 juin 2017.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vid&#233;o &lt;a href=&#034;http://proclero.com/revivez-la-conference-proclero-du-13-juin-2017/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://proclero.com/revivez-la-conf...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Texte ci-joint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Plan&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ENSEIGNEMENT CHRETIEN, L'INVESTISSEMENT ET L'ENTREPRISE	&lt;br class='autobr' /&gt; LE FONDEMENT EVANGELIQUE : LA RECONNAISSANCE DE L'ECONOMIE	&lt;br class='autobr' /&gt; LE FONDEMENT EVANGELIQUE : LA MISE EN PERSPECTIVE.	&lt;br class='autobr' /&gt; DEVELOPPEMENTS MEDIEVAUX	&lt;br class='autobr' /&gt;
LA DOCTRINE SOCIALE ET SON ENSEIGNEMENT ECONOMIQUE	&lt;br class='autobr' /&gt; FONDEMENTS	&lt;br class='autobr' /&gt; LE TRAVAIL	&lt;br class='autobr' /&gt; L'ENTREPRISE	&lt;br class='autobr' /&gt; AUTRES DIMENSIONS	&lt;br class='autobr' /&gt;
LA DSE ET L'INVESTISSEUR&lt;br class='autobr' /&gt; LES TEXTES DE LA DSE SUR LA FINANCE	&lt;br class='autobr' /&gt; QUE FAIRE ?	&lt;br class='autobr' /&gt;
RSE ET ISR VUS PAR LA DSE	&lt;br class='autobr' /&gt; QU'EST-CE QU'UN INVESTISSEMENT ETHIQUE AU SENS DE LA DSE ?	&lt;br class='autobr' /&gt; L'ENRICHISSEMENT DES CRITERES	&lt;br class='autobr' /&gt; CONSEQUENCES PRATIQUES&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que j'envisage ici, c'est l'&#233;valuation &#233;thique de l'entreprise, et notamment le point de vue de l'investisseur qui cherche comment faire le meilleur usage possible de son argent, ce qui le conduit non seulement &#224; privil&#233;gier l'investissement en actions, solidaire avec l'entreprise, mais aussi un investissement choisi et r&#233;fl&#233;chi, choisissant ses partenaires et contribuant &#224; les faire &#233;voluer dans le bon sens. Ce qui implique de disposer d'une capacit&#233; &#224; analyser ce que doit &#234;tre la responsabilit&#233; sociale de l'entreprise ainsi que de crit&#232;res permettant sur cette base de faire des choix. Le christianisme a contrairement &#224; une id&#233;e re&#231;ue beaucoup &#224; dire sur ce sujet, d'une fa&#231;on propre &#224; parler &#233;galement au non-chr&#233;tien de bonne volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite texte joint...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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