<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://www.pierredelauzun.fr/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
	<link>https://pierredelauzun.fr/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://www.pierredelauzun.fr/spip.php?id_rubrique=5&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;ins&#233;rer l'argent dans la r&#233;alit&#233; humaine </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Reinserer-l-argent-dans-la-realite-humaine.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Reinserer-l-argent-dans-la-realite-humaine.html</guid>
		<dc:date>2026-07-06T16:07:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Condamnation de l'usure</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Les myst&#232;res de l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et bien commun</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les consid&#233;rations qui suivent trouvent leur origine dans des r&#233;flexions sur l'argent issues de la tradition chr&#233;tienne. Elles portent d'abord sur l'insertion de l'usage de l'argent dans le tissu des relations sociales, en questionnant le mod&#232;le implicite qui fait abstraction des liens r&#233;unissant les personnes concern&#233;es et de leurs objectifs. Ce qui conduit &#224; questionner la notion de fongibilit&#233; de l'argent, non &#233;videmment dans sa possibilit&#233; effective, mais dans sa signification. Car en r&#233;alit&#233; l'argent n'est pas fongible du point de vue des utilisateurs ; c'est un instrument de confrontation de d&#233;sirs ou de projets, qui ne prennent leur sens qu'en contexte humain et social, entre autres sur le march&#233;. Ce dernier de son c&#244;t&#233; n'est pas un m&#233;canisme abstrait, mais un fait social, dont la bonne marche importe au bien commun, et l'argent un outil &#224; cette fin. On ne peut donc pas consid&#233;rer cette interaction sans prise en compte tant de ses modalit&#233;s que de sa signification pour les int&#233;ress&#233;s et pour la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, dans l'activit&#233; financi&#232;re, l'argent n'est f&#233;cond qu'associ&#233; au travail, et donc dans une forme de relation humaine &#8211; ce qui donne un sens &#224; l'ancienne pr&#233;vention &#224; l'&#233;gard du paiement d'int&#233;r&#234;ts - malgr&#233; ses limites. Par ailleurs, cet usage dans l'activit&#233; financi&#232;re conduit &#224; interroger le rapport entre l'argent (les march&#233;s de l'argent), et l'avenir, donc la temporalit&#233;. L'avenir &#233;tant en soi impr&#233;visible, donner un r&#244;le d&#233;miurgique aux march&#233;s comme voulait le faire la th&#233;orie des march&#233;s efficients est sans doute illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, le bon fonctionnement des march&#233;s doit donc &#234;tre appr&#233;ci&#233; comme un fait social : un mode de confrontation entre des projets humains autonomes, confrontation dont il faut rechercher le meilleur r&#233;sultat possible dans la perspective du bien commun. Utiliser cet outil au mieux signifiera alors faciliter l'interaction des d&#233;cisions, mais en les r&#233;ins&#233;rant dans le contexte humain auquel elles servent : en prenant par exemple en compte, pour le march&#233; des actions, de l'impact des transactions sur l'horizon temporel des entreprises. Et ne pas f&#233;tichiser le r&#233;sultat de ces transactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Finance-12-.html" rel="directory"&gt;Finance et monnaie &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Le-chretien-et-l-argent-+.html" rel="tag"&gt;Le chr&#233;tien et l'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Condamnation-de-l-usure-+.html" rel="tag"&gt;Condamnation de l'usure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-L-argent-+.html" rel="tag"&gt;L'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Les-mysteres-de-l-argent-199-+.html" rel="tag"&gt;Les myst&#232;res de l'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Economie-et-bien-commun-+.html" rel="tag"&gt;Economie et bien commun&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/woman-3373913_640.jpg?1787417305' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;REINSERER L'ARGENT DANS LA REALITE HUMAINE
&lt;p&gt;Pr&#233;sentation&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'id&#233;e d'ensemble&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les consid&#233;rations qui suivent trouvent leur origine dans des r&#233;flexions sur l'argent issues de la tradition chr&#233;tienne, ou analogues. Elles sont consid&#233;r&#233;es ici selon leur apport possible au d&#233;bat collectif sur l'&#233;conomie, dans la perspective du bien commun, sans r&#233;f&#233;rence directe &#224; la dimension religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles portent d'abord sur l'insertion de l'usage de l'argent dans le tissu des relations sociales, en questionnant le mod&#232;le implicite qui fait abstraction des liens r&#233;unissant les personnes concern&#233;es, et de leurs objectifs. Ce qui conduit &#224; questionner la notion de fongibilit&#233; de l'argent, non &#233;videmment dans sa possibilit&#233; effective, mais dans sa signification. Car en r&#233;alit&#233; l'argent n'est pas fongible du point de vue des utilisateurs ; c'est un instrument de confrontation de d&#233;sirs ou de projets, qui ne prennent leur sens qu'en contexte humain et social, entre autres sur le march&#233;. Ce dernier de son c&#244;t&#233; n'est pas un m&#233;canisme abstrait, mais un fait social, dont la bonne marche importe au bien commun, et l'argent un outil &#224; cette fin. On ne peut donc pas consid&#233;rer cette interaction sans prise en compte tant de ses modalit&#233;s que de sa signification pour les int&#233;ress&#233;s et pour la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, dans l'activit&#233; financi&#232;re, l'argent n'est f&#233;cond qu'associ&#233; au travail, et donc dans une forme de relation humaine &#8211; ce qui donne un sens &#224; l'ancienne pr&#233;vention &#224; l'&#233;gard du paiement d'int&#233;r&#234;ts (malgr&#233; ses limites). Par ailleurs, cet usage dans l'activit&#233; financi&#232;re conduit &#224; interroger le rapport entre l'argent (les march&#233;s de l'argent), et l'avenir, donc la temporalit&#233;. L'avenir &#233;tant en soi impr&#233;visible, donner un r&#244;le d&#233;miurgique aux march&#233;s comme voulait le faire la th&#233;orie des march&#233;s efficients est sans doute illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, le bon fonctionnement des march&#233;s doit donc &#234;tre appr&#233;ci&#233; comme un fait social : un mode de confrontation entre des projets humains autonomes, confrontation dont il faut rechercher le meilleur r&#233;sultat possible dans la perspective du bien commun. Utiliser cet outil au mieux signifiera alors faciliter l'interaction des d&#233;cisions, mais en les r&#233;ins&#233;rant dans le contexte humain auquel elles servent : en prenant par exemple en compte, pour le march&#233; des actions, de l'impact des transactions sur l'horizon temporel des entreprises. Et ne pas f&#233;tichiser le r&#233;sultat de ces transactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'insertion sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georg Simmel, dans un ouvrage classique , voyait dans l'argent une capacit&#233; &#224; &#234;tre une repr&#233;sentation universelle, formellement neutre, de toute valeur &#233;conomique. Il est normalement stable dans le temps et ais&#233;ment disponible pour n'importe quelle transaction ou pour stocker de la valeur. Dans un monde h&#233;t&#233;rog&#232;ne et tendanciellement relativiste, il repr&#233;sente donc une forme de stabilit&#233; &#224; travers la possibilit&#233; permanente qu'il offre de mesure commune et par l&#224; d'interaction concr&#232;te. Cela implique qu'il soit d&#233;tach&#233; de toute relation aux objets qu'il mesure, et de toute valeur &#8216;intrins&#232;que' : c'est un pur moyen. Et il ne pr&#233;d&#233;termine en rien son utilisation, au contraire de tout autre actif. D'une certaine fa&#231;on donc, il donne la possible d'une forme d'objectivation et peut devenir par-l&#224; cas par cas moyen de lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais justement, comme la monnaie est &#233;changeable contre tout, du moins tout ce qui peut &#234;tre c&#233;d&#233; ou acquis, elle a ses limites : elle ne dit rien sur les objets qu'elle permet de vendre ou d'acheter, en dehors de leur prix. Et a fortiori, elle ne dit rien non plus sur la relation qui existe ou pourrait exister entre les personnes qui &#233;changent. Cela souligne bien son caract&#232;re essentiellement instrumental. De ce fait, se concentrer sur la seule dimension mon&#233;taire pr&#233;sente un risque majeur : celui d'oublier des consid&#233;rations humaines essentielles, et notamment les relations entre personnes et dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurence Fontaine, analysant le passage de l'&#233;conomie ancienne &#224; l'&#233;conomie moderne, y voit pr&#233;cis&#233;ment un potentiel de lib&#233;ration. D&#233;crivant les anciennes relations de dette comme largement interpersonnelles et inscrites dans le tissu social, elle discerne avec le XVIIIe si&#232;cle une &#233;volution vers l'objectivation des relations et de l'information. Elle note que &#171; dans ce contexte, les analyses de Simmel sur l'argent qui lib&#232;re des liens personnels sont particuli&#232;rement pertinentes, car l'&#233;change mon&#233;taire met effectivement en &#233;quivalence les choses &#233;chang&#233;es ind&#233;pendamment des liens personnels&#8230; Si &#8216;le march&#233; anonyme des mod&#232;les n&#233;o-classiques n'existe pas dans la vie &#233;conomique', il existe cependant comme une fiction sociale qui structure une nouvelle &#233;conomie politique : la fiction des relations marchandes impersonnelles et &#233;galitaires rend possible l'existence d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique. &#187; Ce qui s'oppose au mod&#232;le relationnel ant&#233;rieur, qui impr&#233;gnait la soci&#233;t&#233; du Moyen Age et de la Renaissance, et dans laquelle le christianisme jouait un r&#244;le important. Mod&#232;le qui s'oppose au mode impersonnel caract&#233;ristique de la soci&#233;t&#233; moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce nouveau rapport peut &#234;tre alors facteur de d&#233;shumanisation et d'asservissement, puisque pr&#233;cis&#233;ment il ne prend pas en compte l'ensemble des relations pr&#233;sentes ou possibles, ainsi que toute sp&#233;cificit&#233; autre que refl&#233;t&#233;e dans la valeur &#233;conomique marchande. De m&#234;me, il r&#233;duit &#224; une mesure commune mat&#233;rielle toutes les diff&#233;rences qualitatives. Cette mesure commune, objective, est utile pour appr&#233;cier la dimension proprement mat&#233;rielle, &#233;conomique en un sens, de tout choix, mais seulement cette dimension, qui n'est pas la seule ni souvent m&#234;me la principale. Le risque de l'absolutiser est d'autant plus grand qu'il propose une forme d'universalit&#233;, un moyen de tout faire passer &#224; travers son prisme. Dans une soci&#233;t&#233; divis&#233;e et relativiste, il reste parfois le seul moyen de r&#233;soudre une question par une transaction, m&#234;me si par ailleurs on n'est d'accord sur rien. Simmel note m&#234;me que &#171; l'argent, moyen absolu et donc lieu de rencontre d'innombrables s&#233;ries t&#233;l&#233;ologiques, a des rapports significatifs, psychologiquement, avec l'id&#233;e de Dieu &#187; ; comme lui, dit-il, il est la co&#239;ncidence ou le centre commun de tous les oppos&#233;s .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne donne aucun forme d'unit&#233; ou de convergence &#224; la soci&#233;t&#233; ; l'argent peut alors aussi &#234;tre un facteur d'&#233;clatement de celle-ci : r&#233;ducteur de tout lien, source d'in&#233;galit&#233;s mal ressenties, d'autant qu'il n'a pas de fondement dans des liens humains ou dans des valeurs objectives. En perspective chr&#233;tienne, cela rappelle le propos &#233;vang&#233;lique sur le fait qu'on ne peut servir deux ma&#238;tres, Dieu et Mammon (l'argent personnifi&#233; contre le Bien par excellence, qui est amour). Pourtant le m&#234;me texte ne recommande pas de l'&#233;liminer, mais de l'utiliser intelligemment dans le sens du bien, et notamment en faveur de son prochain.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'usage de l'argent : le&#231;ons de la tradition chr&#233;tienne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour aller plus loin, reprenons plusieurs r&#233;flexions issues de la tradition chr&#233;tienne. On peut par exemple trouver chez saint Thomas d'Aquin, autorit&#233; majeure en contexte catholique, les &#233;l&#233;ments d'une conception plus ou moins implicite de l'&#233;conomie et de la monnaie , qui inspirera toute la tradition catholique jusqu'&#224; r&#233;cemment. On &#233;voquera notamment son analyse du juste prix et du taux d'int&#233;r&#234;t ou usure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;changes commerciaux et le juste prix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son analyse du juste prix a &#233;t&#233; souvent mal comprise. Le motif est moral : ne pas vendre quelque chose plus que cela ne vaut. Ce qui suppose d'avoir une notion de prix de r&#233;f&#233;rence, socialement &#233;tabli. Pour faire bref, ce prix est un prix d&#233;rivant des conditions locales ; il est fluctuant et se d&#233;gage par un processus commun de confrontation des besoins &lt;i&gt;(indigentia&lt;/i&gt;). Thomas ne pr&#233;voit donc pas que ce prix soit fix&#233; par la loi. Il ne se r&#233;f&#232;re pas non plus &#224; la nature des choses, mais &#224; la mani&#232;re dont ces choses sont utilis&#233;es par les hommes, &#224; leurs besoins. On retrouve assez clairement ce qu'on appellera plus tard un effet de l'offre et de la demande. Mais cela ne veut pas dire que ce juste prix co&#239;ncide toujours avec le prix de march&#233; au sens habituel aujourd'hui. En particulier, il ne se r&#233;sume pas &#224; un pur accord entre acheteur et vendeur, puisqu'il a un caract&#232;re objectif : il est &#233;tabli implicitement sur un &#8216;march&#233;' large, ouvert, o&#249; tous participent, et o&#249;, en outre, tous sont l&#224; pour rechercher la justice. Il r&#233;sulte en d&#233;finitive de la confrontation large et honn&#234;te des besoins humains et des ressources disponibles &#224; un moment donn&#233; dans un endroit donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parvient &#224; cette mesure gr&#226;ce &#224; cet instrument qu'est la monnaie, &#233;tabli &#224; cet effet selon une convention entre les hommes. Tant la monnaie elle-m&#234;me, que le march&#233; au sens large, sont donc pour lui des institutions humaines, conventionnelles ; mais elles donnent un fondement ad&#233;quat pour l'exercice de la vertu de justice dans notre monde. Il est &#224; noter que cette conception de la monnaie comme pure convention sociale ne fait aucun allusion &#224; l'or ou &#224; l'argent m&#233;taux (contrairement &#224; son &#233;poque). Cela rappelle de fa&#231;on &#233;tonnante la monnaie actuelle, cr&#233;&#233;e dans une large mesure par le syst&#232;me bancaire, mais plac&#233;e sous le contr&#244;le de la banque centrale et sans lien avec une base ext&#233;rieure comme l'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le taux d'int&#233;r&#234;t ou usure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'usure (c'est-&#224;-dire, dans ce contexte, du taux d'int&#233;r&#234;t) est plus complexe : sa prohibition, qui est la position de Thomas, choque notre logique ; mais il est possible de titrer de cette controverse des conclusions int&#233;ressantes. En simplifiant, sa th&#232;se est qu'en demandant un int&#233;r&#234;t &#224; l'occasion d'un pr&#234;t, on vend deux fois la m&#234;me chose : on facture s&#233;par&#233;ment la d&#233;tention de l'argent et son usage (&#224; la diff&#233;rence d'une maison, qu'on peut louer). En sens inverse, il distingue clairement le pr&#234;t de l'investissement en capital, qui, lui, peut &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233;, car il n'est pas consomm&#233; dans la transaction : la propri&#233;t&#233; subsiste. Comme on le voit, l'argumentation se base sur une analyse du r&#244;le de l'argent, diff&#233;rente de la perception actuelle et en partie contestable. Mais ce peut &#234;tre un point de d&#233;part pour des r&#233;flexions f&#233;condes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'abord dit que l'argent est consomm&#233;. Mais si on pr&#234;te un pain pour &#234;tre mang&#233;, il dispara&#238;t ; tandis que si on pr&#234;te de l'argent, il subsiste et continue &#224; jouer son r&#244;le d'outil pour l'&#233;change ; en outre, le pr&#234;teur obtient en retour une cr&#233;ance sur le d&#233;biteur. Cela dit, m&#234;me si l'argent n'est pas &#224; proprement parler consomm&#233;, il n'est pas non plus directement utilisable - hors transaction, contrairement aux autres biens. On l'a dit, c'est un outil, un pur signe dans la soci&#233;t&#233;, purement instrumental. Il y a donc un aspect justifi&#233; dans le fait de le consid&#233;rer &#224; part des autres biens : il ne sert et n'a de sens que relativement &#224; ce qu'il permet d'acqu&#233;rir. Ce qui veut dire concr&#232;tement qu'on doit toujours l'utiliser en ayant d'abord en vue la r&#233;alit&#233; sous-jacente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me affirmation est que l'argent n'a aucune dimension productive, qui justifierait une r&#233;mun&#233;ration. Or il est exact que l'argent &#224; soi seul n'est pas productif ; seul le travail humain au sens large (entreprenariat et direction g&#233;n&#233;rale compris) permet de le faire fructifier. Mais il serait erron&#233; de nier la contribution du capital dans cette production. Un ouvrier sans machine ni outil produit massivement moins qu'un ouvrier avec machine. En d'autres termes, l'argent est aussi moyen d'acqu&#233;rir des outils qui contribuent &#224; la production et dont l'usage est d&#232;s lors l&#233;gitimement r&#233;mun&#233;r&#233;. Mais si une r&#233;mun&#233;ration peut &#234;tre moralement licite, on ne doit pas oublier en m&#234;me temps que cet argent n'est productif qu'ins&#233;r&#233; dans le tissu des relations humaines, en association avec le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que l'une des caract&#233;ristiques d'un pr&#234;t est d'&#234;tre exigible en justice, contrairement au capital investi en fonds propres. En ce sens, un pr&#234;teur est bien moins solidaire de l'emprunteur qu'un associ&#233; de l'entreprise. En outre, du fait qu'il est exigible selon des modalit&#233;s stipul&#233;es &#224; l'avance, en g&#233;n&#233;ral ind&#233;pendantes des circonstances, le cr&#233;dit pr&#233;sente une rigidit&#233; dont l'histoire des crises financi&#232;res montre qu'il est la source de risques majeurs. Quand donc Thomas accepte comme licite l'investissement en fonds propres, mais exprime sa r&#233;serve pour le cr&#233;dit comme op&#233;ration &#233;conomique, il per&#231;oit plus ou moins confus&#233;ment une r&#233;alit&#233; importante, que notre &#233;poque, ivre de cr&#233;dit et de dette, devrait m&#233;diter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Synth&#232;se&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que l'analyse de saint Thomas doit &#234;tre inscrite dans le contexte de son temps : l'usure au sens actuel &#233;tait alors un vrai fl&#233;au social. En outre, il convient de rappeler le risque plus g&#233;n&#233;ral repr&#233;sent&#233; par l'argent, relev&#233; par les &#201;vangiles : le fait d'&#234;tre repr&#233;sentatif de tout ce qui peut &#234;tre achet&#233;, ce qui peut en faire le support par excellence d'une d&#233;rive : l'avidit&#233; &#224; l'&#233;gard de ce qui ne devrait &#234;tre qu'instrumental. Remarque qui rencontre celle d'Aristote sur la chr&#233;matistique, o&#249; la volont&#233; d'accumuler ne rencontre aucune limite naturelle. On l'a dit, sa neutralit&#233; m&#234;me accentue ce risque, et donc, au lieu de servir d'outil dans la relation entre des personnes, il devient un objectif en lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il convient donc de corriger l'analyse de Thomas sur l'int&#233;r&#234;t, cela ne fait pas dispara&#238;tre ce qu'il a reconnu de la nature de l'argent : convention sociale permettant l'&#233;change, il n'est pas par lui-m&#234;me productif ; il ne l'est que dans son association avec du travail humain au sens large. Cette r&#233;alit&#233; est moins imm&#233;diatement perceptible dans le cr&#233;dit r&#233;mun&#233;r&#233;, o&#249; on peut avoir tout particuli&#232;rement l'impression fausse que l'argent est productif par lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le&#231;ons &#224; en tirer &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de tout ceci deux &#233;l&#233;ments. D'abord, la neutralit&#233; de la monnaie, qui est un pur instrument. Mais cela ne veut pas dire que tout ce qui est possible et l&#233;gal, et qui se r&#233;sout par une op&#233;ration mon&#233;taire est moralement juste. La r&#233;f&#233;rence commune dans ce qui pr&#233;c&#232;de est l'id&#233;e de justice, vertu morale r&#233;gissant les rapports sociaux. La monnaie est un outil &#224; utiliser dans cette perspective, mais qui ne donne pas en elle-m&#234;me la r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela implique de regarder autrement les pratiques sociales. C'est d'abord la transaction commerciale et plus particuli&#232;rement le march&#233; : son bon fonctionnement est un enjeu collectif majeur. C'est ce que d&#233;veloppe le pape Beno&#238;t XVI dans son encyclique Caritas in veritate, au N&#176; 35 : &#171; lorsqu'il est fond&#233; sur une confiance r&#233;ciproque et g&#233;n&#233;rale, le march&#233; est l'institution &#233;conomique qui permet aux personnes de se rencontrer, en tant qu'agents &#233;conomiques, utilisant le contrat pour r&#233;gler leurs relations et &#233;changeant des biens et des services fongibles entre eux pour satisfaire leurs besoins et leurs d&#233;sirs. &#187; Mais &#171; abandonn&#233; au seul principe de l'&#233;quivalence de valeur des biens &#233;chang&#233;s, le march&#233; n'arrive pas &#224; produire la coh&#233;sion sociale dont il a pourtant besoin pour bien fonctionner. Sans formes internes de solidarit&#233; et de confiance r&#233;ciproque, le march&#233; ne peut pleinement remplir sa fonction &#233;conomique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, au N&#176; 36 &#171; Le march&#233; n'est pas de soi, et ne doit donc pas devenir, le lieu de la domination du fort sur le faible. La soci&#233;t&#233; ne doit pas se prot&#233;ger du march&#233;, comme si le d&#233;veloppement de ce dernier comportait ipso facto l'extinction des relations authentiquement humaines. Il est certainement vrai que le march&#233; peut &#234;tre orient&#233; de fa&#231;on n&#233;gative, non parce que c'est l&#224; sa nature, mais parce qu'une certaine id&#233;ologie peut l'orienter en ce sens. Il ne faut pas oublier que le march&#233; n'existe pas &#224; l'&#233;tat pur. Il tire sa forme des configurations culturelles qui le caract&#233;risent et l'orientent. En effet, l'&#233;conomie et la finance, en tant qu'instruments, peuvent &#234;tre mal utilis&#233;es quand celui qui les g&#232;re n'a comme point de r&#233;f&#233;rence que des int&#233;r&#234;ts &#233;go&#239;stes. Ainsi peut-on arriver &#224; transformer des instruments bons en eux-m&#234;mes en instruments nuisibles. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne doit donc jamais perdre de vue la double insertion du march&#233; dans le contexte des relations sociales et humaines : d'un c&#244;t&#233; sa d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des priorit&#233;s des personnes, l'enjeu de son mode d'organisation, et de l'autre sa n&#233;cessaire r&#233;insertion dans le champ de la soci&#233;t&#233;, et notamment des pr&#233;occupations de justice distributive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une telle perspective, on peut voir diff&#233;remment la fongibilit&#233; de l'argent. C'en est une propri&#233;t&#233; bien r&#233;elle, mais ce n'est pas une r&#232;gle d'emploi, une n&#233;cessit&#233; logique, ce qui conduirait &#224; reconna&#238;tre a priori une libert&#233; totale dans son utilisation, sous r&#233;serve du respect de lois elles-m&#234;mes con&#231;ues d'abord pour faciliter cette libert&#233;. Il rel&#232;ve certes de l'autonomie des personnes de prendre leurs responsabilit&#233;s (cons&#233;quence de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e), mais, sous l'angle de l'&#233;thique, elles sont cens&#233;es le faire dans la perspective du bien, et notamment du bien commun, celui de la communaut&#233; (laquelle a d'ailleurs institu&#233; ce m&#234;me argent). Dans cette logique, deux personnes qui font une transaction ne sont pas deux monades qui se rencontrent et qui par hasard auraient cet instrument commun qu'est l'argent, mais deux membres de la communaut&#233; dont chaque acte s'ins&#232;re dans cette communaut&#233; et contribue &#224; la b&#226;tir en utilisant les outils communs, dont la monnaie. M&#234;me si chacun a son r&#244;le et sa vocation propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, dans cette perspective, on peut avoir &#224; reconsid&#233;rer l'organisation m&#234;me de l'activit&#233; financi&#232;re et du march&#233;. Ce qui facilite la recherche commune du juste prix et l'orientation de l'&#233;pargne dans le sens du bien commun va dans le bon sens ; la pure sp&#233;culation au mauvais sens du terme, c'est-&#224;-dire le parasitage de la fonction normale du march&#233;, est contestable. On en est alors conduit par exemple &#224; contester des pratiques comme le trading haute fr&#233;quence, l'achat de CDS hors couverture, voire la cotation en continu ou m&#234;me le r&#244;le devenu pr&#233;pond&#233;rant de la gestion passive : non seulement ils ne contribuent pas au r&#244;le positif du march&#233; ainsi compris, mais ils le perturbent ou le parasitent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Insertion dans l'horizon de temps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Encore au-del&#224; de ces consid&#233;rations, se pose la question centrale de la perspective temporelle. Ins&#233;r&#233; dans le flux du temps, l'homme se trouve en permanence confront&#233; &#224; l'incertitude sur l'avenir, et &#224; la n&#233;cessit&#233; cependant de prendre des d&#233;cisions. Sans entrer dans le d&#233;tail, la r&#233;flexion philosophique met en &#233;vidence deux conceptions irr&#233;ductibles du temps : le temps v&#233;cu du moment, le seul r&#233;el pour nous, mais isol&#233; entre un pass&#233; r&#233;volu et un avenir non pr&#233;sent (temps A des philosophes) ; et le temps lin&#233;aire de la datation, objectif mais impersonnel, o&#249; pass&#233;, pr&#233;sent et futur sont en quelque sorte sur une m&#234;me ligne : elle est la seule scientifique, mais ses donn&#233;es de base, pass&#233; et futur, n'existent pas aujourd'hui (temps B des philosophes). Ces deux conceptions sont incompatibles et irr&#233;conciliables si on les prend telles quelles . Or la finance a justement &#224; traiter cette question du temps : prendre dans le pr&#233;sent une d&#233;cision fond&#233;e sur une avenir inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;cision financi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas des biens de production, et en particulier du capital, le calcul porte en principe sur le flux de biens futurs qu'on esp&#232;re tirer du fait qu'on a mis &#224; la disposition d'un autre une somme d'argent. Ce qu'on appelle finance affecte alors cet argent &#233;pargn&#233; &#224; des usages possibles, et notamment des investissements. Elle st cens&#233;e choisir ceux qui pr&#233;sentent le meilleur r&#233;sultat (au sens large) pour un certain risque qu'on accepte d'assumer. La finance a donc essentiellement &#224; voir avec l'avenir, et avec un avenir &#224; risque. Mais la d&#233;cision se prend au pr&#233;sent, notamment &#224; travers le march&#233; financier. Nous retrouvons donc ici de fa&#231;on tr&#232;s sch&#233;matis&#233;e, et r&#233;duite &#224; une seule dimension mon&#233;taire, les deux notions du temps. D'un c&#244;t&#233;, l'&#233;valuation prend comme r&#233;f&#233;rence le temps lin&#233;aire : elle tente d'&#233;valuer un flux de ressources &#233;tal&#233; sur cette &#233;chelle de temps, et qui n'existe pas encore. D'un autre c&#244;t&#233;, elle le ram&#232;ne au pr&#233;sent en synth&#233;tisant cet ensemble de fa&#231;on actualis&#233;e dans un chiffre op&#233;rationnel : le prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La tentation du d&#233;miurge : Mammon dieu de l'argent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on alors attendre du march&#233; financier ? On peut pragmatiquement y voir la simple confrontation &#224; un moment donn&#233; d'un ensemble d'ordres d'achats et de ventes, offrant le plus large choix aux uns et aux autres. C'est &#224; mon sens l'attitude la plus raisonnable. Mais, on l'a rappel&#233;, la th&#233;orie financi&#232;re a &#233;t&#233; plus ambitieuse, &#224; travers la th&#233;orie des march&#233;s efficients. Selon cette conception, longtemps dominante, le march&#233; confronte de la fa&#231;on la plus efficace l'ensemble des informations disponibles &#224; un moment donn&#233; et donne donc de fa&#231;on synth&#233;tique la meilleure image possible de l'avenir. D&#232;s lors, ce r&#233;sultat peut et doit avoir valeur de guidage pour toute d&#233;cision &#233;conomique, qui doit en bonne logique prendre comme &#233;talon ces valorisations. Toute la comptabilit&#233; en r&#233;sulte alors, et tout le calcul financier. Et en particulier, on peut de ce fait en d&#233;duire pratiquement qu'il n'est plus besoin de r&#233;fl&#233;chir en termes de responsabilit&#233;, encore moins de long terme : tout est synth&#233;tis&#233; dans le prix. Lequel fait en revanche l'impasse sur les valeurs et priorit&#233;s non mon&#233;taires, suppos&#233;es relever du seul choix priv&#233;. Le march&#233; ainsi compris, bien au-del&#224; de son r&#244;le pratique, prend alors une fonction d&#233;miurgique : un crit&#232;re chiffr&#233;, op&#233;rationnel, int&#232;gre l'avenir dans le pr&#233;sent &#224; travers l'argent. On comprend alors la v&#233;h&#233;mence de ceux qui d&#233;noncent la financiarisation de la soci&#233;t&#233; : cela revient &#224; d&#233;noncer une r&#233;duction dramatique de l'humain, au nom d'un parti d&#233;miurgique prom&#233;th&#233;en, illusoire, qui ne vise rien de moins qu'&#224; la ma&#238;trise du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perspective&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est en m&#234;me temps manifeste de ce qui pr&#233;c&#232;de que ce n'est pas la finance comme telle qui pose probl&#232;me : on ne reproche pas &#224; un outil ce qu'en fait un artisan mal intentionn&#233;. Le march&#233; financier, ramen&#233; &#224; de justes proportions, a un r&#244;le pratique : il permet &#224; l'argent &#233;pargn&#233; de s'investir ou de se red&#233;ployer, et d'op&#233;rer une confrontation indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que doit alors &#234;tre le positionnement &#224; prendre, si, contrairement &#224; la vision d&#233;miurgique et r&#233;ductrice ainsi &#233;voqu&#233;e, on cherche &#224; situer le processus de d&#233;cision &#233;conomique et financier dans la r&#233;alit&#233; dans toutes ces dimensions ? On rappellera d'abord le fait que le seul temps r&#233;el pour nous est le pr&#233;sent, mais qu'il va dispara&#238;tre l'instant d'apr&#232;s. Ensuite que nous projetons notre d&#233;cision sur un futur qui n'existe pas &#224; ce stade, mais qui existera, envers lequel notre responsabilit&#233; est engag&#233;e, mais que nous ne pouvons conna&#238;tre d'un vrai savoir, car nous faisons seulement des hypoth&#232;ses. Enfin, que ces d&#233;cisions que nous prenons, au fond sans tout &#224; fait savoir malgr&#233; le soin que nous y mettons, sont tout sauf anecdotiques ou fugitives, parce que leur cumul conditionne fortement notre avenir collectif : &#224; soi seul cela justifierait que nous y mettions le plus grand soin. Y compris si nous ne sommes pas croyants, en perspective &#233;thique : l'esprit humain est capable de sortir de lui-m&#234;me et de voir ce que signifient ses actes dans une perspective large, notamment en assumant ses responsabilit&#233;s &#224; l'&#233;gard de l'avenir et de la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, cela plaide puissamment en faveur de l'investissement &#233;thique, notamment mais pas uniquement en perspective &#233;cologique. De fa&#231;on analogue et li&#233;e, cela conduit &#224; donner une importance centrale &#224; la perspective temporelle, y compris celle des entreprises dans lesquelles on investit : la vie de l'entreprise s'appr&#233;cie sur la dur&#233;e, souvent longue. Cela vaut pour l'investisseur, mais cela devrait aussi inspirer le droit et les statuts de l'entreprise. Par exemple en supprimant les droits de vote en cas de d&#233;tention sur courte dur&#233;e, ou de gestion passive. Ou encore en modifiant de fa&#231;on radicale la r&#233;mun&#233;ration des dirigeants, notamment en excluant les r&#233;f&#233;rences au court terme, et celles fluctuantes ou manipulables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le constate, un certain d&#233;centrement du regard, puisant dans des sagesses au d&#233;part non &#233;conomiques, ne manque pas d'int&#233;r&#234;t pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans la&lt;/i&gt; Revue d'Economie financi&#232;re &lt;i&gt;N&#176; 162, 2e trimestre 2026&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.aefr.eu/fr/numero/162/ethique-et-finance&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.aefr.eu/fr/numero/162/e...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Transmettre : le cas des tr&#232;s grandes fortunes</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Transmettre-le-cas-des-tres-grandes-fortunes.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Transmettre-le-cas-des-tres-grandes-fortunes.html</guid>
		<dc:date>2026-02-07T15:58:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Fortune</dc:subject>
		<dc:subject>Tr&#232;s riches</dc:subject>
		<dc:subject>H&#233;ritage</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On a beaucoup d&#233;battu r&#233;cemment le cas des tr&#232;s grandes fortunes. Faut-il les r&#233;duire ? Peut-on les transmettre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces questions se posent en termes tr&#232;s diff&#233;rents dans leur cas, car ce qui est d&#233;tenu ou transmis repr&#233;sente non seulement une valeur financi&#232;re appr&#233;ciable, mais conf&#232;re un vrai pouvoir et un r&#244;le dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question pr&#233;alable qui se pose alors est celle de la signification de ces fortunes dans la soci&#233;t&#233; ; cela permet ensuite de s'interroger sur leur d&#233;tention et transmission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Ma communication au colloque de janvier 2026 de l'Association des &#233;conomistes catholiques, consacr&#233; &#224; la Transmission)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Fortune-et-inegalites-.html" rel="directory"&gt;In&#233;galit&#233;s, fortune&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Fortune-+.html" rel="tag"&gt;Fortune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Tres-riches-+.html" rel="tag"&gt;Tr&#232;s riches&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Heritage-+.html" rel="tag"&gt;H&#233;ritage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/load-line-188952_640.jpg?1787417301' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question de la transmission de biens se pose en termes tr&#232;s diff&#233;rents dans le cas des v&#233;ritables fortunes, lorsque ce qui est transmis repr&#233;sente non seulement une valeur financi&#232;re appr&#233;ciable, mais conf&#232;re un vrai pouvoir et un r&#244;le dans la soci&#233;t&#233;. La question pr&#233;alable qui se pose alors est celle de la signification de ces fortunes dans la soci&#233;t&#233; ; cela permet ensuite de s'interroger sur leur transmission. A partir de l&#224;, on &#233;voquera bri&#232;vement la transmission de fortunes plus petites.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les tr&#232;s grandes fortunes : position de la question&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qu'un tr&#232;s riche ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord un fait simple : &#234;tre riche est d'abord une question de pouvoir. Il n'en est pas de m&#234;me pour les autres patrimoines. Selon une d&#233;finition r&#233;cemment propos&#233;e, on dit en France que quelqu'un est &#8216;riche' &#224; partir de 500 000 &#8364; de patrimoine, soit moins de 3 fois le patrimoine m&#233;dian brut qui est de 177 200 &#8364; en France (2022). Mais c'est absurde au vu de la perception spontan&#233;e du mot : on dira plut&#244;t de cette personne qu'elle est ais&#233;e. Un Parisien qui a un bel appartement, un bon revenu, des actifs financiers et une r&#233;sidence secondaire ou deux m&#232;ne une vie a priori bien plus confortable que le Fran&#231;ais moyen, mais son r&#244;le socio&#233;conomique n'est pas structurellement diff&#233;rent. Plus pr&#233;cis&#233;ment, ce qui permet de vivre d'une certaine mani&#232;re est d'abord le revenu, et on peut vivre bien sans patrimoine. Comme on sait d'ailleurs, les in&#233;galit&#233;s de patrimoine sont bien plus fortes que celles de revenu. Le patrimoine peut &#234;tre source de s&#233;curit&#233;, mais cela reste limit&#233; et sans grand effet sur le reste de la soci&#233;t&#233;. Il ne commence &#224; peser que s'il produit un revenu cons&#233;quent : la diff&#233;rence commence donc avec la capacit&#233; &#224; vivre de ses rentes sans manger son capital (20 millions d'euros ?). Mais encore au-del&#224;, le vrai riche est celui dont le patrimoine est suffisant pour lui donner un vrai pouvoir, notamment par ses investissements ; c'est ce qu'on appellera alors une fortune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on regarde les 10 premi&#232;res fortunes mondiales actuelles, on trouve des sommes d&#233;passant les 100 milliards de dollars ; ce sont tous des propri&#233;taires d'entreprises. Ils sont pour la plupart dans la tech : 8 sur 10. La situation par secteur d'activit&#233; est plus diversifi&#233;e si regarde en dessous, dans les 500 premiers mondiaux, o&#249; tous d&#233;passent les 5 milliards. Cela dit, hors les 10 premiers, ils sont loin d'&#234;tre principalement am&#233;ricains, ni m&#234;me occidentaux. En outre, si l'h&#233;ritage y a jou&#233; son r&#244;le, c'est de fa&#231;on plut&#244;t secondaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait objecter que ceci est d&#251; en partie &#224; une conjoncture boursi&#232;re fragile (un effet de bulle), et que cette distribution peut donc &#234;tre remise en cause de fa&#231;on importante. C'est vrai, mais cela ne fait pas dispara&#238;tre la question. M&#234;me &#233;ventuellement corrig&#233;e, l'&#233;volution est incontestablement &#224; l'&#233;tablissement croissant de tr&#232;s grandes fortunes au niveau mondial, et il s'agit pour la grande majorit&#233; de fortunes nouvelles. C'est entre autres un effet massif de la mondialisation, qui a permis et permet une croissance consid&#233;rable des entreprises multinationales, combin&#233;e avec la technologie, qui a fait &#233;merger la majorit&#233; des nouveaux venus, notamment dans les 10 plus riches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon une estimation de la CNUCED, 80 % du commerce mondial est le fait de compagnies transnationales et de leurs cha&#238;nes d'approvisionnement ; il en est probablement de m&#234;me pour au moins 80 % de l'investissement direct. Certaines estimations conduisent &#224; consid&#233;rer que leur valeur ajout&#233;e cumul&#233;e serait de 21 % &#224; 25 % du PIB mondial, et pas loin de la moiti&#233; si on tenait compte en outre de leurs cha&#238;nes d'approvisionnement et de distribution. En regard, pour arriver &#224; une valeur ajout&#233;e comparable, il faut mettre ensemble (en commen&#231;ant par les plus pauvres en termes de revenu par t&#234;te) la grande majorit&#233; des pays. De m&#234;me, ces grandes entreprises cumulent une proportion majoritaire de la capitalisation boursi&#232;re mondiale ; alors que celles de la tr&#232;s grande majorit&#233; des pays les moins dot&#233;s, cumul&#233;es, sont en comparaison n&#233;gligeables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une injustice au d&#233;part ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc des gens tr&#232;s riches, donc puissants, et au niveau mondial cela atteint des sommes consid&#233;rables. Le montant &#233;lev&#233; des chiffres permet &#224; certaines ONG de beaux effets de manche. Selon Oxfam (d&#232;s 2014) pr&#232;s de la moiti&#233; des richesses mondiales est d&#233;tenue par 1 % de la population. Ou encore, la moiti&#233; la moins riche de la population mondiale poss&#232;de la m&#234;me richesse que les 85 personnes les plus riches du monde. Depuis, Oxfam insiste sur l'&#233;volution et explique que depuis 2020 ces 1 % les plus riches ont &#8216;accapar&#233;' 63 % des &#8216;richesses' nouvelles cr&#233;&#233;es (en fait de l'augmentation de valeur des patrimoines, essentiellement boursiers). On peut discuter la m&#233;thodologie suivie sur des points importants, mais pour notre propos ici l'important est ailleurs. Il est &#233;vident que la fortune d&#233;tenue par les tr&#232;s riches est colossalement sup&#233;rieure au patrimoine d&#233;tenu par les plus pauvres sur la plan&#232;te ; et il est clair que dans la p&#233;riode r&#233;cente, la hausse substantielle des march&#233;s financiers et immobiliers a massivement profit&#233; &#224; ceux qui d&#233;tenaient de la fortune, et &#233;videmment pas aux d&#233;munis d'Afrique ou d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, l'argumentation en termes d'accaparement n'est pas tr&#232;s logique. Les fondateurs des GAFAM ou de leurs &#233;quivalents n'ont rien vol&#233; directement &#224; qui que ce soit (hors comportements non-concurrentiels). Quand on explique qu'environ 65 milliardaires poss&#232;dent autant qu'un milliard de personnes, cela n'a donc pas de sens direct : certes, ce milliard de personnes, en grande partie africain ou sud-asiatique, ne poss&#232;de rien, ou des terrains et objets sans valeur marchande appr&#233;ciable ; mais d'un autre c&#244;t&#233; les Musk, Gates, Bezos ou autres ne leur ont rien pris ; ils ont cr&#233;&#233; des entreprises qui se sont appr&#233;ci&#233;es en Bourse parce que leur potentiel de gain s'est av&#233;r&#233; &#233;norme &#8211; et aussi parce que ce sont des monopoles naturels. Cette situation pose un gros probl&#232;me en termes de pouvoir, comme on le reverra, et par ailleurs les d&#233;tenteurs de ces fortunes ont une responsabilit&#233; majeure envers la soci&#233;t&#233;. Mais dans ces cas il n'y a pas de lien direct et g&#233;n&#233;ral entre leur richesse et la pauvret&#233; des autres &#233;voqu&#233;s ici. Ce n'est donc pas un angle pertinent pour appr&#233;cier la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;tention des grands patrimoines &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs il est une question pr&#233;alable essentielle &#224; poser &#224; propos de tels patrimoines, qui est celle de la propri&#233;t&#233; des actifs &#233;conomiques. Sauf &#224; les donner pour l'essentiel &#224; l'Etat, ils sont propri&#233;t&#233; de quelqu'un. Dans cette situation, la tendance &#224; une forte in&#233;galit&#233; est in&#233;vitable, m&#234;me si on peut tenter de la corriger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on faire disparaitre cette in&#233;galit&#233; ? Si on regarde les faits en perspective historique, la question appara&#238;t difficile. Un panorama historique a &#233;t&#233; dress&#233; par Walter Scheidel . Il montre qu'au cours de l'histoire les in&#233;galit&#233;s n'ont &#233;t&#233; vraiment r&#233;duites qu'au prix de violences consid&#233;rables et exceptionnelles (grandes guerres, r&#233;volutions radicales etc.) Et encore dans tous les cas leurs effets ont toujours fini par s'&#233;roder. En revanche, Scheidel montre que les autres voies pour &#233;galiser sont d'effet limit&#233; - qu'il s'agisse du d&#233;veloppement &#233;conomique, de la d&#233;mocratisation, ou encore d'une action politique volontariste. L'in&#233;galit&#233; para&#238;t donc &#234;tre un fait quasi permanent, que seule une violence radicale peut r&#233;duire, et pour peu de temps. Plus exactement, cela a pu am&#233;liorer le sort de la majorit&#233;, parfois consid&#233;rablement, mais une forte in&#233;galit&#233; a subsist&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est pourtant que les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes connaissent aujourd'hui encore un niveau d'in&#233;galit&#233; plut&#244;t mod&#233;r&#233; selon les crit&#232;res historiques. Mais outre qu'une in&#233;galit&#233; appr&#233;ciable subsiste, cette situation remonte aux deux guerres mondiales et aux crises de l'&#233;poque, qui ont provoqu&#233; une r&#233;duction, voire une liquidation sans pr&#233;c&#233;dent des avantages de revenus et de fortunes consid&#233;rables qui pr&#233;valaient avant 1914 (par la fiscalit&#233;, et par la ruine directe, due &#224; l'effondrement de la valeur de bien des classes d'actifs). Il en est r&#233;sult&#233; surtout une fiscalit&#233; tr&#232;s &#233;lev&#233;e, justifi&#233;e au d&#233;part par l'effort de guerre ou ses s&#233;quelles, puis r&#233;utilis&#233;e apr&#232;s la guerre pour la redistribution. Mais c'&#233;tait dans le cadre d'&#233;conomies relativement ferm&#233;es. Or comme on sait, cette situation particuli&#232;re n'a pas dur&#233;, du fait de l'ouverture des fronti&#232;res et de la mise en concurrence des capitalismes, m&#234;me si la redistribution a en partie appr&#233;ciable subsist&#233;, et la fiscalit&#233; correspondante. Depuis lors, le sch&#233;ma est soumis &#224; de fortes pressions, et tend &#224; s'&#233;roder ; parall&#232;lement les in&#233;galit&#233;s remontent. Notons en outre que pour la partie la plus pauvre de la population, il y a eu am&#233;lioration tr&#232;s r&#233;elle en termes de revenus et de droits sociaux - mais pas en termes de patrimoine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela montre les limites d'une r&#233;duction frontale et radicale des in&#233;galit&#233;s. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a rien &#224; faire, mais cela pousse &#224; ne pas s'illusionner sur l'utopie d'une &#233;galit&#233; g&#233;n&#233;rale ou m&#234;me relative. Seule une &#233;conomie sovi&#233;tis&#233;e ferait disparaitre ces in&#233;galit&#233;s de fortunes &#8211; mais d'ailleurs pas celles de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cons&#233;quences pour la soci&#233;t&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les responsabilit&#233;s des grandes fortunes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant la question subsiste, et a plusieurs dimensions. Elle l'est d'autant plus que l'&#233;mergence actuellement constat&#233;e de tr&#232;s grandes fortunes n'est historiquement pas si fr&#233;quente &#224; un tel niveau, m&#234;me dans les p&#233;riodes tr&#232;s capitalistes comme le XIXe si&#232;cle. Elle est porteuse d'effets consid&#233;rables, bien au-del&#224; du pur effet d'in&#233;galit&#233;. Il est &#233;vident d&#233;j&#224; que cette concentration de moyens donne un pouvoir &#233;conomique consid&#233;rable aux int&#233;ress&#233;s, comme d'ailleurs elle le donne &#224; un moindre degr&#233; aux dirigeants de tr&#232;s grandes entreprises lorsque la d&#233;tention en est diffuse (actionnariat dispers&#233;). En soi, ce pouvoir ne diff&#232;re pas de tout pouvoir exerc&#233; par un d&#233;tenteur quelconque de moyens financiers en &#233;conomie capitaliste ou de march&#233;. Mais cette observation ne dispense pas d'examiner si dans leur cas ce pouvoir est excessif. Au minimum, par examen des conditions de leur prosp&#233;rit&#233;, par exemple en termes de concurrence : c'est la question que posent notamment les monopole de fait des GAFAM. Ou en analysant leur contribution fiscale aux pays o&#249; les entreprises correspondantes sont actives. Ou m&#234;me en mesurant l'impact de leurs d&#233;cisions sur la vie &#233;conomique et sociale des pays d'implantation. En d'autres termes se pose une question de responsabilit&#233; sociale plus que d'in&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus particuli&#232;rement, le risque naissant de ces fortunes consid&#233;rables (ou de ces tr&#232;s grandes entreprises) peut appara&#238;tre aussi sur le terrain politique, soit par pression directe, soit par financement de la vie politique : c'est ce qu'on observe aux Etats-Unis , o&#249; ce financement n'est pas plafonn&#233;. Notons cependant qu'il s'y est exerc&#233; traditionnellement plut&#244;t au profit des d&#233;mocrates, suppos&#233;s &#234;tre de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre probl&#233;matique li&#233;e aux grandes fortunes et &#224; leur responsabilit&#233; envers la soci&#233;t&#233;, moins soulign&#233;e, est celle du pouvoir social et culturel que donne potentiellement le fait d'&#234;tre pourvu d'une vraie fortune. C'est en un sens la question des &#233;lites, dans sa dimension &#233;conomique. Ce qui sera alors important est la culture de ces &#233;lites : leur syst&#232;me de valeurs et leur action effective. Une approche &#233;thique conduit naturellement &#224; souligner leurs devoirs correspondants, &#224; l'&#233;vidence consid&#233;rables. Historiquement, &#224; c&#244;t&#233; des pouvoirs publics et de l'Eglise, les d&#233;tenteurs de moyens importants ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans le d&#233;veloppement de la civilisation, notamment des arts et lettres, mais aussi de l'&#233;conomie et d'autres causes. Mais ils &#233;taient &#233;duqu&#233;es, et ils avaient dans les soci&#233;t&#233;s de l'&#233;poque une forme d'exigence sociale, d'&#233;thique personnelle, sinon de vanit&#233; bien orient&#233;e, qui leur imposait un devoir qualitatif, dont les effets ont &#233;t&#233; historiquement immenses, et positifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en est plus de m&#234;me maintenant. Trop de ces nouveaux riches n'aspirent qu'&#224; ne plus &#234;tre visibles, ou consid&#232;rent que le niveau de leurs imp&#244;ts les dispense de tout effort au service de la communaut&#233; - ce qui est une aberration profonde. D'autres en revanche utilisent leur argent pour des fondations, parfois de grandes envergure, mais la question se pose alors des objectifs poursuivis par ces fondations. L'enjeu est &#233;norme. D'un c&#244;t&#233;, on ne peut pas dire que la &#171; culture &#187; de ces &#171; &#233;lites &#187; soit particuli&#232;rement impressionnante, pour parler aimablement. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, ils n'ont jamais eu autant de moyens, disposant de sommes immenses leur permettant d'orienter la soci&#233;t&#233; dans un sens ou un autre, soit par leurs investissements, soit par leurs dons, soit par leur activit&#233; (Facebook, Twitter etc.). Certes, il est en soi bon que des riches investissent et donnent. Mais ici les sommes sont exceptionnelles. Or les orientations de leurs d&#233;tenteurs, quand ils en ont, sont principalement domin&#233;es par l'id&#233;ologie de l'&#233;poque, par le politiquement correct, plus que par la recherche du beau et du bien. Pour d'autres (rentiers du p&#233;trole) ce sera en faveur d'une propagande islamiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps, ce n'est a priori pas une autorit&#233; mondiale qui y mettra bon ordre quand le besoin appara&#238;t. Ici encore, s'il y a un niveau de moralit&#233; possible (toute relative, et variable selon les r&#233;alit&#233;s locales), c'est &#224; ce jour encore au niveau national, &#233;ventuellement dans la coop&#233;ration entre nations. Mais encore faut-il en &#234;tre conscient, et agir comme il le faut, car &#224; nouveau les enjeux sont consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La solution des fondations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#233;voquer ici un point sp&#233;cifique mais tr&#232;s important : le r&#244;le des fondations dans la d&#233;tention des grandes fortunes. Comme on le verra, elle a un lien particulier avec la question de l'h&#233;ritage. Elle substitue une forme d'institution priv&#233;e soumise &#224; des r&#232;gles aux choix personnel d'un individu richissime. C'est donc une forme de d&#233;tention priv&#233;e, non &#233;tatique, donc de pouvoir, mais qui n'est pas remise &#224; une personne. Ce peut &#234;tre la meilleure des choses, mais ce peut aussi &#234;tre contestable. Comme on sait, une fondation re&#231;oit une donation d'une personne fortun&#233;e, et la g&#232;re ensuite en fonction de r&#232;gles &#233;tablies &#224; l'avance, dont un conseil compos&#233; de fiduciaires ou &#8216;trustees' v&#233;rifie la mise en &#339;uvre. L'usage de l'argent est donc pr&#233;&#233;tabli, et non arbitraire. Mais cela peut rester un pouvoir consid&#233;rable, m&#234;me si le jugement &#224; porter sur l'action men&#233;e se r&#233;f&#232;rera d&#233;sormais &#224; ces r&#232;gles et non plus au propri&#233;taire initial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc bien en soi (si ces instructions sont bien orient&#233;es) : cela peut en particulier servir de soutien &#224; une charte d'entreprise orient&#233;e vers le bien commun, en rendant une OPA difficile ou impossible. Sous un autre angle, cela peut donner des ressources &#224; une &#339;uvre d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Mais compte tenu de la rigidit&#233; des r&#232;gles d'usage, ce peut aussi &#234;tre un facteur important de blocage de l'&#233;conomie s'il y en a trop, un facteur de rigidit&#233; ou de manque de d&#233;cision voire d'ambition : les trustees n'ont pas la libert&#233; de d&#233;cision de vrais propri&#233;taires. Ce n'est donc pas une panac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les actions possibles &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les propositions des radicaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreuses propositions sont r&#233;guli&#232;rement faites pour r&#233;pondre &#224; cette &#233;volution, notamment de la part d'ONG ou d'&#233;conomistes de gauche. Elles tournent presque toutes autour de l'id&#233;e d'un imp&#244;t mondial sur la fortune, soit annuel (permanent) soit sur les successions, et en g&#233;n&#233;ral les deux. On parle ici d'imp&#244;ts nouveaux sp&#233;cifiques ; &#224; nouveau, cette question doit &#234;tre distingu&#233;e de la question de l'&#233;vasion fiscale des tr&#232;s riches, question importante mais d'un autre ordre. Nous ne pouvons ici les examiner dans le d&#233;tail. Les uns veulent des mesures lourdes (Oxfam, Piketty et autres) : imp&#244;t sur la fortune de 5 %, taxation &#224; 90% des grosses successions etc. Ceci repr&#233;senterait une vraie r&#233;volution, aboutissant &#224; la disparition &#224; terme de tous les patrimoines un tant soit peu significatifs. Mais faire une r&#233;volution pour rapporter un produit que ces auteurs &#233;valuent &#224; 5 % du revenu national n'a pas de sens sur le plan fiscal. Dit autrement, on confisque pour assurer une &#233;galit&#233; absolue et non pas parce qu'on a collectivement un vrai besoin de l'argent. Dans ces conditions, il n'y aurait plus &#224; ce niveau de richesse qu'une propri&#233;t&#233; temporaire, d'autant que les &#8216;outils de travail' seraient pleinement inclus. Logiquement, une telle machinerie de r&#233;duction syst&#233;matique des in&#233;galit&#233;s d&#233;boucherait donc sur une &#233;conomie &#233;tatis&#233;e. D'autres, plus mod&#233;r&#233;s (Abhijit V. Banerjee et Esther Duflo par exemple) &#233;voquent un imp&#244;t sur la fortune qui se situerait &#224; 2% au-dessus de 50 M$ et &#224; 3 % au-dessus du milliard. Mais il ne rapporterait selon leur analyse que 1% du PIB. Cela aurait donc un effet appr&#233;ciable sur les int&#233;ress&#233;s, mais tr&#232;s peu d'int&#233;r&#234;t pour les finances publiques. Ce serait a fortiori le cas de la taxe Zucman.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; On peut faire une remarque analogue pour la proposition d'Oxfam, qui voudrait redistribuer la fortune des milliardaires aux pauvres de la plan&#232;te. En reprenant tels quels leurs chiffres, on les comparera &#224; l'aide publique au d&#233;veloppement soit 204 MM en 2022, 0.36% du PNB. Le chiffre qu'Oxfam en attend repr&#233;sente 3 % environ du PNB. Mais autant une taxation g&#233;n&#233;rale des fortunes &#224; 5 % serait une v&#233;ritable r&#233;volution au sens plein du terme, autant une augmentation de l'aide publique au d&#233;veloppement passant &#224; 3 % du PNB serait en soi faisable techniquement, les ponctions fiscales publiques sur les &#233;conomies &#233;tant d&#233;j&#224; de l'ordre de 30 &#224; 50 % selon les pays. M&#234;me si &#233;videmment c'est parfaitement utopique politiquement, ce calcul montre que la cr&#233;ation d'un imp&#244;t sur la fortune, mondial et massif, et celle d'une r&#233;duction de l'in&#233;galit&#233; en faveur des plus pauvres sont deux questions distinctes. A nouveau, on ne taxe pas au nom de la ressource fiscale, mais uniquement pour des motifs &#233;galitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; donc, toutes les propositions ci-dessus &#233;voqu&#233;es visent uniquement &#224; remettre en question le principe m&#234;me des grandes fortunes plut&#244;t qu'&#224; proposer une solution &#224; la pauvret&#233;. On ne peut plus g&#233;n&#233;ralement pas mettre en face un patrimoine et une d&#233;pense. Et comme chacun sait, ce sont encore moins des mesures r&#233;alistes dans le contexte mondial existant. Par ailleurs, &#224; nouveau, cela ne r&#233;pond pas &#224; la question centrale de la propri&#233;t&#233; des entreprises. Qui en effet d&#233;tiendrait les entreprises ? M&#234;me si on distribuait les titres dans la population, soit chacun voudrait vendre d&#232;s que possible ses titres, mais qui ach&#232;terait ? Soit cette d&#233;tention serait bloqu&#233;e, la propri&#233;t&#233; restant divis&#233;e et de ce fait aux mains des gestionnaires de fond, &#233;tant entendu que le seul actionnaire important serait l'Etat. Outre que cela retirerait &#224; l'effort de chacun une de ses motivations majeures, cela donnerait dans les faits &#224; l'Etat un pouvoir quasi absolu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons en outre que ces propositions sont particuli&#232;rement brutales en mati&#232;re d'h&#233;ritage, comme si une certaine tol&#233;rance (toute relative) subsistait pour les cr&#233;ateurs de ces fortunes &#8211; mais en aucun cas pour leurs h&#233;ritiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, ce qui vient d'&#234;tre dit porte sur les propositions visant &#224; une r&#233;duction marqu&#233;e des in&#233;galit&#233;s et en l'esp&#232;ce des grands fortunes. Tout autre est la consid&#233;ration de la juste participation des plus ais&#233;s, notamment des plus riches, au financement des charges communes par l'imp&#244;t, logiquement plus &#233;lev&#233;e compte tenu de leur capacit&#233; contributive, et indiscutable dans son principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alternatives possibles au niveau politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste cependant la question de la surpuissance des tr&#232;s grandes fortunes. Que peut-on faire, sans aller jusqu'aux mesures &#233;voqu&#233;es &#224; l'instant ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait d&#233;j&#224; imaginer des solutions l&#233;g&#232;rement plus mod&#233;r&#233;es, par exemple si on interdisait les fortunes au-del&#224; d'un certain niveau tr&#232;s &#233;lev&#233;, sous peine d'imp&#244;t. Le surplus serait alors soit donn&#233; ou soit confisqu&#233;. Logiquement cela d&#233;boucherait sur une expansion massive des fondations. Le jugement port&#233; sur la mesure d&#233;pendrait alors du statut de ces fondations. L'avantage serait d'avoir des sommes &#233;normes mises au services d'objectifs cens&#233;s &#234;tre orient&#233;s vers une forme de bien commun. L'inconv&#233;nient serait le gel croissant d'une partie appr&#233;ciable du capital dans des strat&#233;gies rigides. Si cette voie n'&#233;tait pas praticable, resterait la possibilit&#233; d'une diffusion dans le public. Mais l&#224; aussi la majorit&#233; des gens vendrait assez vite leurs titres. Cela reviendrait au fond &#224; favoriser la dispersion du capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, cela pose donc la question du contr&#244;le des grandes entreprises. S'il n'y a pas de grande fortune, ni de fondation, c'est soit un capital dispers&#233;, soit l'Etat. Mais il n'est pas d&#233;montr&#233; que la dispersion du capital soit un net progr&#232;s, tant s'en faut. Remettant le pouvoir soit aux dirigeants d'entreprise, soit plus encore aux soci&#233;t&#233;s de gestion, ne garantit en rien un progr&#232;s dans l'utilisation des moyens &#233;conomiques. L'exp&#233;rience r&#233;cente montre m&#234;me qu'il y a un risque &#233;lev&#233; d'une gestion &#224; beaucoup plus court terme. Y a-t-il un vrai int&#233;r&#234;t &#224; ce que LVMH (d&#233;tenu actuellement par Bernard Arnault et sa famille) ait un capital dispers&#233; ? Y a-t-il un sens &#224; ce qu'elle soit propri&#233;t&#233; de l'Etat (sauf &#224; jouer le basculement en &#233;conomie socialiste) ? Quel est le progr&#232;s en termes de pouvoir ? Implicitement est ainsi pos&#233;e la question de la diff&#233;rence entre un pouvoir dont dispose un particulier et un pouvoir r&#233;sultant d'un processus politique. Qu'est-ce qui garantit que le second est meilleur, dans le cas d'une entreprise ou d'une fortune ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a toutefois des hypoth&#232;ses o&#249; cela peut s'imposer. Par exemple si le pouvoir priv&#233; est &#224; la fois tr&#232;s grand, et exerc&#233; de fa&#231;on nocive. Dans ce cas, on peut par exemple avoir &#224; le fractionner sans pour autant tout remettre &#224; l'Etat. A un niveau encore plus mod&#233;r&#233;, et anormalement n&#233;glig&#233;, il y a la m&#233;thode de l'antitrust : le fait d'obliger au morcellement d'entit&#233;s soit monopolistes, soit trop puissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble en d&#233;finitive qu'au niveau politique la question doive faire l'objet d'un jugement cas par cas. Le point central est que tout d&#233;pend finalement de la mani&#232;re dont le pouvoir qu'on a &#233;voqu&#233; est utilis&#233; par ses d&#233;tenteurs. S'il y a exc&#232;s de pouvoir, ou utilisation vraiment contestable de l'argent, une intervention muscl&#233;e peut se justifier. Sinon, ses avantages ne sont pas &#233;vidents, malgr&#233; les apparences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En perspective chr&#233;tienne, notamment catholique, la question s'&#233;claire d'une notion essentielle, ce qu'on appelle la destination universelle des biens, le fait que toute propri&#233;t&#233; nous est confi&#233;e pour &#234;tre utilis&#233;e au service du bien commun. Et naturellement, cette responsabilit&#233; est d'autant plus grande que la fortune est plus vaste. Autant le pape Pie XI a pu montrer les effets b&#233;n&#233;fiques possibles de la vertu de magnificence, c'est-&#224;-dire l'utilisation g&#233;n&#233;reuse de moyens importants au service du bien commun, autant le riche qui utilise mal les moyens dont il dispose d&#233;tourne-t-il ce pour quoi sa richesse est faite. Qu'il ne s'&#233;tonne pas alors si elle est remise en cause&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les grandes fortunes et l'h&#233;ritage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant de fa&#231;on plus sp&#233;cifiques comme se pose la question de l'h&#233;ritage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La transmission de grandes fortunes &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a vu que si de l'argent est investi dans des actifs, il est d&#233;tenu par quelqu'un, et si ce n'est pas uniquement par des institutions publiques (l'Etat et les autres), il l'est par des personnes, directement ou non. A nouveau, il y a donc naturellement et l&#233;gitimement une fonction de d&#233;tention priv&#233;e d'actifs importants, investies dans des biens de production, et si possible activement g&#233;r&#233;es dans le sens du bien commun. Or ces fortunes ont en partie importante une dimension familiale. Une des raisons de leur constitution est de permettre aux g&#233;n&#233;rations futures de disposer de moyens qui leur permette d'agir et, dans le cas optimal, &#224; leur tour de faire du bien, l&#224; aussi dans le sens du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains estiment cependant qu'il n'est pas juste de faire h&#233;riter ses enfants. Dans le cadre fran&#231;ais, cela explique en partie le niveau relativement &#233;lev&#233; des droits de succession actuels. Mais on ne voit pas le progr&#232;s collectif qui r&#233;sulterait de la disparition de fortunes priv&#233;es au profit du seul Etat, donc on constate chaque jour les limites en mati&#232;re tant de cr&#233;ation &#233;conomique que d'inclusion sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte am&#233;ricain, un courant diff&#233;rent est lui aussi r&#233;ticent &#224; l'&#233;gard de l'h&#233;ritage, mais ce n'est pas pour le donner &#224; l'Etat. Ce peut &#234;tre pour en doter des fondations, qui comme on l'a dit peinent &#234;tre de bonnes institutions pour affecter une certaine fortune &#224; un objectif de bien commun (m&#234;me si le dispositif est parfois d&#233;tourn&#233; et si, comme on l'a dit aussi, il a ses limites). D'autres prennent le probl&#232;me autrement : pour Frank Hann, qui a &#233;crit un livre int&#233;ressant sur le bon usage de son argent , l&#233;guer &#224; ses enfants n'est pas n&#233;cessairement le bon moyen pour contribuer au bien commun. Il pr&#233;f&#232;re que chacun prenne pendant sa vie la responsabilit&#233; de son propre argent, celui qu'il a gagn&#233; lui-m&#234;me. Il propose donc &#224; chacun de se donner un programme, bas&#233; sur son esp&#233;rance de vie, visant &#224; avoir donn&#233; la totalit&#233; de sa richesse non essentielle au moment de sa mort. Il explique en outre que si nous ne sommes pas en &#233;tat d'utiliser au mieux notre richesse, notamment si nous en avons h&#233;rit&#233; et ne savons pas l'utiliser dans le prolongement des g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes, il nous faut transf&#233;rer cette richesse &#224; ceux qui sont mieux &#224; m&#234;me de l'utiliser - et le faire vite, car c'est aujourd'hui que les n&#233;cessiteux en ont besoin. Se d&#233;barrasser de la richesse excessive est, dit-il, une &#233;cole de vertu. Par rapport &#224; l'approche &#233;tatique &#224; la fran&#231;aise, cette conception a l'avantage de laisser l'initiative aux personnes, et de garder la possibilit&#233; de fortunes priv&#233;es, tourn&#233;es vers le bien commun, notamment par le biais de cet outil que sont les fondations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'oblige cependant &#224; aller n&#233;cessairement dans cette direction, sauf appel particulier, analogue &#224; celui du jeune homme riche des &#233;vangiles. Car cette conception m&#233;conna&#238;t la l&#233;gitimit&#233; de la communaut&#233; familiale, ainsi que de la responsabilit&#233; qu'elle peut se reconna&#238;tre et assumer envers certains actifs. En outre, on ne voit pas pourquoi, a priori, la propri&#233;t&#233; qu'une individu a sur des biens ne peut s'&#233;tendre au-del&#224; de sa vie. Enfin, on l'a dit, il faut dans une &#233;conomie d&#233;centralis&#233;e que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e assume la gestion d'actifs importants, si on ne veut pas tout &#233;tatiser. Et on l'a vu, on ne peut pas tout faire par des fondations. D'o&#249; le besoin de fortunes priv&#233;es. Mais sauf constitution rapide dans sa vie d'une fortune appr&#233;ciable, ce qui ne peut &#234;tre tr&#232;s fr&#233;quent, cela suppose parall&#232;lement l'existence de fortunes h&#233;rit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vouloir l&#233;guer &#224; ses enfants (ou d'autres) un patrimoine est donc en soi un objectif l&#233;gitime &#8211; mais &#224; une condition majeure : qu'on les ait &#233;duqu&#233;s pour pouvoir bien l'utiliser. Dit autrement, il y a priorit&#233; au bon usage de la richesse par rapport &#224; sa distribution, et doc &#224; ce que la soci&#233;t&#233; soit organis&#233;e pour canaliser la cuture des puissants. Or cet usage vertueux s'apprend notamment en famille. Mais, naturellement, si la solution familiale ou l'h&#233;ritage a des chances de ne pas donner un r&#233;sultat satisfaisant, il peut &#234;tre bon voire n&#233;cessaire de l&#233;guer &#224; quelqu'un d'autre, si la loi le permet : salari&#233;s, fondations ou autres. Encore faudrait-il que la loi ne l'emp&#234;che pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas plus g&#233;n&#233;ral de la transmission de la fortune&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les remarques ci-dessus valent aussi pour les fortunes de rang inf&#233;rieur : l&#233;gitimit&#233; de la transmission, injustice de la confiscation. L&#224; aussi la question de la formation &#224; un usage vertueux est majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons cependant que se pose ici de fa&#231;on particuli&#232;rement aigu&#235; la question du maintien de l'int&#233;grit&#233; du patrimoine, lorsque celui-ci comporte une entit&#233; &#233;conomique importante et formant un tout. La question n'est alors pas seulement celle des droits de mutations, mais aussi, dans un pays comme la France, de la r&#232;gle du partage presque &#233;gal (hors quotit&#233; disponible) entre les h&#233;ritiers. Si cela oblige &#224; c&#233;der le contr&#244;le de cet actif, ou &#224; le morceler (terres par exemple), cela rompt le lien entre cette famille et l'actif qu'elle a en g&#233;n&#233;ral constitu&#233; et dont elle se sent responsable. Il y aurait donc int&#233;r&#234;t &#224; constituer ce qu'on a appel&#233; un majorat : la possibilit&#233; pour un tel actif (s'il a une valeur &#233;conomique ou culturelle et que la division impliquerait une cession) &#224; &#234;tre transmis enti&#232;rement ou en large part &#224; un h&#233;ritier plut&#244;t qu'aux autres, voire &#224; une personne ext&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Ma communication au colloque de janvier 2026 de l'Association des &#233;conomistes catholiques, consacr&#233; &#224; la Transmission&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qu'est-ce qu'une &#233;conomie juste ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Qu-est-ce-qu-une-economie-juste.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Qu-est-ce-qu-une-economie-juste.html</guid>
		<dc:date>2025-12-19T15:59:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Juste prix</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et bien commun</dc:subject>
		<dc:subject>Participation &#224; la soci&#233;t&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Justice</dc:subject>
		<dc:subject>Economie juste</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Texte de conf&#233;rence &#224; l'Acad&#233;mie d'Etudes et sciences sociales&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'une &#233;conomie juste ? Je prends ici le mot justice au sens propre, comme le fait de rendre &#224; chacun ce qui lui est d&#251;. Une &#233;conomie juste est alors une &#233;conomie qui rend &#224; chacun son d&#251;. Ce sens ne se confond pas avec l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; ou d'une &#233;conomie bonne : la justice en est une composante, mais c'est un angle d'appr&#233;ciation &#224; c&#244;t&#233; d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e qui sera pr&#233;sente dans cette intervention est que l'&#233;conomie n'a de sens qu'ins&#233;r&#233;e dans la soci&#233;t&#233; ; sa justice n'est alors qu'un aspect de la justice d'ensemble au sein de celle-ci. Soci&#233;t&#233; qui est compos&#233;e de personnes formant communaut&#233; : la justice traite du rapport qui est d&#251; entre ces personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une perspective classique, on distingue deux types principaux de justice : la commutative et la distributive. On verra ensuite la question de la justice g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Economie-generale-a-.html" rel="directory"&gt;Economie g&#233;n&#233;rale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Juste-prix-+.html" rel="tag"&gt;Juste prix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Economie-et-bien-commun-+.html" rel="tag"&gt;Economie et bien commun&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Participation-a-la-societe-+.html" rel="tag"&gt;Participation &#224; la soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Justice-+.html" rel="tag"&gt;Justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Economie-juste-+.html" rel="tag"&gt;Economie juste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/legal-5211993_640.jpg?1787417301' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Qu'est-ce qu'une &#233;conomie juste ? Je prends ici le mot justice au sens propre, comme le fait de rendre &#224; chacun ce qui lui est d&#251;. Une &#233;conomie juste est alors une &#233;conomie qui rend &#224; chacun son d&#251;. Ce sens ne se confond pas avec l'id&#233;e d'une soci&#233;t&#233; ou d'une &#233;conomie bonne : la justice en est une composante, mais c'est un angle d'appr&#233;ciation &#224; c&#244;t&#233; d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e qui sera pr&#233;sente dans cette intervention est que l'&#233;conomie n'a de sens qu'ins&#233;r&#233;e dans la soci&#233;t&#233; ; sa justice n'est alors qu'un aspect de la justice d'ensemble au sein de celle-ci. Soci&#233;t&#233; qui est compos&#233;e de personnes formant communaut&#233; : la justice traite du rapport qui est d&#251; entre ces personnes. On se limitera ici &#224; une &#233;conomie de type national, la seule s'appuyant sur une forme de communaut&#233; &#8211; m&#234;me si on ne peut oublier que cette &#233;conomie s'ins&#232;re dans un contexte mondial, peu r&#233;gul&#233; et extr&#234;mement h&#233;t&#233;rog&#232;ne ; on y fera allusion au besoin. On n'&#233;voquera pas non plus, cette fois pour des raisons de format, la justice envers les g&#233;n&#233;rations futures, &#224; travers les questions de l'&#233;cologie ou de la dette ; ni certains sujets &#233;voqu&#233;s dans d'autres conf&#233;rences du m&#234;me cycle, comme la fiscalit&#233; ou les entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une perspective classique, on distingue deux types principaux de justice : la commutative et la distributive. On verra ensuite la question de la justice g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La justice commutative &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La justice commutative vise les rapports d'une personne &#224; une autre. En &#233;conomie, elle r&#233;git les &#233;changes. Elle suppose une soci&#233;t&#233; d'agents autonomes, et donc de propri&#233;t&#233; priv&#233;e. La propri&#233;t&#233; priv&#233;e est d'ailleurs elle-m&#234;me un outil majeur de justice, puisqu'elle donne &#224; la personne humaine le moyen d'agir de fa&#231;on autonome, sous sa responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces personnes sont conduites &#224; interagir dans le cadre d'&#233;changes. La justice commutative vise &#224; ce que ces &#233;changes se fassent dans le respect de chacun et de ses droits. Mais aussi &#224; la recherche d'un optimum collectif, le bien commun, car la justice implique aussi que chacun inscrive son action en mati&#232;re &#233;conomique au service du bien de la soci&#233;t&#233;, sans laquelle ces personnes n'existeraient pas et ne pourraient pour l'essentiel pas agir. Elle suppose donc une &#233;conomie libre, mais dont les march&#233;s sont &#233;quitables et l'action des agents ordonn&#233;e au bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le juste prix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier point d'application de la justice commutative est le juste prix. Le prix est au centre de l'id&#233;e de march&#233;, car par lui se transmet une part d&#233;cisive de l'information &#233;conomique. Qui dit justice dans les transactions dit donc d'abord juste prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les scolastiques &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le juste prix jouait une r&#244;le important dans la scolastique, ainsi chez Thomas d'Aquin et ses successeurs . Analysant le march&#233; dans une perspective morale, il part du principe qu'on ne doit pas faire &#224; quelqu'un ce qu'on ne voudrait pas qu'il nous fasse ; or personne ne veut payer quelque chose plus que cela ne vaut. Ce prix est le prix d'&#233;quilibre localement constat&#233; dans un endroit et &#224; un moment donn&#233;s, qui d&#233;pend notamment de l'offre et de la demande localement. Ce prix ne se r&#233;f&#232;re donc pas &#224; la nature du bien, mais &#224; la mesure dans laquelle il satisfait les besoins de l'homme ; il sera donc l&#233;gitimement mouvant et variable. Il ajoute que la transaction est invalide en cas de violence, de fraude ou d'ignorance - y compris cette violence qu'est l'intensit&#233; du besoin &lt;i&gt;(indigentia&lt;/i&gt;), notamment du c&#244;t&#233; de l'acheteur, car la libert&#233; est alt&#233;r&#233;e si le besoin est trop fort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi cette confrontation appel&#233;e march&#233; est-elle juste ? Personne n'est tenu de faire une transaction : si on ach&#232;te ou on vend, c'est qu'on y a convenance ; sauf &#224; frustrer ou voler les uns ou les autres, le prix doit donc &#234;tre optimal au vu de l'offre et avec la demande de l'ensemble des parties au march&#233;, compris de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale. La confrontation g&#233;n&#233;rale, dans un lieu donn&#233; et &#224; un moment donn&#233;, sous r&#233;serve qu'il s'agisse de personnes de bonne foi, cherchant la justice, sans manipulation, est en justice la meilleure r&#233;f&#233;rence collective. Les march&#233;s r&#233;els sont souvent &#233;loign&#233;s de ce sch&#233;ma ? Certes, mais cela ne retire pas sa valeur au principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le juste prix aujourd'hui&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on en dire aujourd'hui ? Le souci du juste prix a en grande partie disparu, soit qu'on se confie au march&#233; tel qu'il existe de fait, soit qu'on consid&#232;re que des adultes libres peuvent faire n'importe quelles transactions. Mais en terme de justice, on ne peut pas se contenter de dire que le prix r&#233;sulte du jeu du march&#233; ; il faut regarder comment ce march&#233; fonctionne . Comme je le notais dans La finance peut-elle &#234;tre au service de l'homme ? cela suppose un juste comportement des acteurs, qui, &#224; l'int&#233;rieur des r&#232;gles peuvent ou non &#8216;abuser'. D'o&#249; l'importance de valeurs comme la diligence, la loyaut&#233; et l'&#233;quit&#233; dans le respect des int&#233;r&#234;ts de tous et de l'int&#233;grit&#233; du march&#233;. Et l'id&#233;e que le bon fonctionnement du march&#233; est dans l'int&#233;r&#234;t de tous. La justice implique en outre que le produit vendu soit de bonne qualit&#233;, ou au moins, que les d&#233;fauts non visibles imm&#233;diatement soient signal&#233;s ; un produit &#224; obsolescence programm&#233;e est donc contraire &#224; la justice. S'agissant des march&#233;s imparfaits ou bilat&#233;raux, les m&#234;mes consid&#233;rations valent, mais impliquent une vigilance morale particuli&#232;re. L'absence de r&#233;f&#233;rence objective laisse en effet une marge &#224; la n&#233;gociation, en soi l&#233;gitime si on se contr&#244;le assez pour ne pas en abuser. Et donc notamment en se pla&#231;ant aussi du point de vue de la contrepartie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste le cas tr&#232;s fr&#233;quent aujourd'hui de la capacit&#233; de nombreuses firmes de fixer unilat&#233;ralement leurs prix, en dehors m&#234;me des monopoles. Une des d&#233;rives de la soci&#233;t&#233; de consommation est qu'il est de l'int&#233;r&#234;t de ces firmes de diff&#233;rencier leurs produits et de cr&#233;er des effets de marque, au fond artificiels. Sans parler de la propri&#233;t&#233; intellectuelle et ses abus. Les prix pratiqu&#233;s perdent alors leur justification. Les produits dits de luxe sont un exemple caract&#233;ristique. De m&#234;me celui des GAFAM, car ils sont devenus chacun dans son secteur l'&#233;quivalent d'un monopole naturel. Plus largement, en termes de sympt&#244;me, une forte croissance des in&#233;galit&#233;s de revenus d'une cat&#233;gorie ou d'un secteur &#233;conomique signale que quelque chose ne va pas. Il faut alors en examiner les causes, et notamment les causes &#233;conomiques : un disfonctionnement, qui rel&#232;ve de la justice commutative : monopole, exploitation abusive d'un d&#233;faut de march&#233; etc. On en a un exemple avec le gonflement des produits de la finance apr&#232;s la lib&#233;ralisation relative du secteur depuis 30-40 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre ordre d'id&#233;e, le niveau des prix peut varier consid&#233;rablement s'il est influenc&#233; par l'ouverture internationale, qui peut par exemple les casser et mettre les producteurs nationaux hors march&#233;. Ou, dans le cas du march&#233; du travail, par les migrations : la tol&#233;rance d'une immigration massive aboutit &#224; l&#233;ser toute une partie de la population, qui fait partie de la communaut&#233; nationale. Dans tous ces cas, c'est une d&#233;cision politique (ouverture ou contr&#244;le) qui conditionne le march&#233;. Or le juste prix doit s'inscrire dans la perspective du bien commun de la communaut&#233; consid&#233;r&#233;e, et celui-ci n'est pas compatible avec la ruine d'une partie de la population.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extension du concept&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on peut et doit aller au-del&#224; du seul prix mon&#233;taire. Pour Mary Hirschfeld r&#233;fl&#233;chir au juste prix a l'avantage de nous d&#233;tourner de la maximalisation de notre r&#233;sultat mon&#233;taire, et de prendre conscience du service qui nous est rendu par les personnes concern&#233;es, et que nous pouvons leur rendre. C&#244;t&#233; acheteur, cela implique une r&#233;f&#233;rence au niveau de vie de celui qui a fabriqu&#233; le produit, afin qu'il puisse mener une vie d&#233;cente. Des prix peuvent &#234;tre tr&#232;s bas parce que ceux qui produisent sont sous-pay&#233;s : mati&#232;res premi&#232;res, agriculteurs, PME. Le souci du juste prix peut alors conduire &#224; ne pas acheter, ou &#224; payer plus (commerce &#233;quitable). Id&#233;alement, il faudrait donc se livrer &#224; une v&#233;ritable analyse des conditions d'&#233;tablissement du prix de ce qu'on ach&#232;te. Naturellement c'est hors de port&#233;e de la plupart ; mais c'est possible dans une certaine mesure dans la soci&#233;t&#233;. Soit sous forme associative, soit comme service payant. Comme on voit, la justice commutative dans les relations &#233;conomiques au sens de transaction s'&#233;tend au-del&#224; du prix : au juste traitement du partenaire. Cela inclut le fait de livrer les biens vendus de fa&#231;on loyale et transparente, et que ce soient des produits ou des services qui correspondent &#224; ce que l'acheteur peut raisonnablement attendre. On pourrait ajouter : sans tromperie verbale, comme c'est le cas de bien des publicit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, la consid&#233;ration peut aussi conduire &#224; substituer &#224; la relation marchande, &#224; la transaction, un autre type de rapport, lorsqu'elle est inad&#233;quate &#224; son objet. Ce peut &#234;tre un don, un service rendu par une association, parfois une prestation publique. Mais on sort alors de la justice commutative (on &#233;voquera ci-apr&#232;s la question du travail domestique et de la famille).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles consid&#233;rations s'&#233;tendent &#224; un sujet familier en &#233;conomie, les externalit&#233;s : cela vise tout impact positif ou n&#233;gatif non pris en compte dans la comptabilit&#233;, par exemple toute action n&#233;gative sur l'environnement. Il y a collectivement un int&#233;r&#234;t majeur &#224; ce qu'elles soient r&#233;int&#233;gr&#233;es dans les comptes, c'est-&#224;-dire impactent les r&#233;sultats des entreprises et le prix pay&#233; par le consommateur. Car c'est le r&#244;le des prix en &#233;conomie : transmettre une information avec un impact concret et mat&#233;riel. Cela inclut notamment toute la dimension &#233;cologique, question consid&#233;rable qu'on ne peut traiter ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, le souci de la justice commutative est le souci de la pertinence de ce qu'on fait dans tout &#233;change ayant un caract&#232;re &#233;conomique : le fait qu'on rende pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'autre ce qu'on lui doit, en regard de ce qu'il nous doit. Elle incombe &#224; chacun dans les transactions qu'il op&#232;re, et &#224; la soci&#233;t&#233; en ce qui concerne le bon fonctionnement des march&#233;s ; dans les cas o&#249; le march&#233; ne parvient pas &#224; un r&#233;sultat &#233;quitable, il faut alors le redresser ou y suppl&#233;er. La transaction d&#233;passe alors la seule perspective de l'int&#233;r&#234;t mon&#233;taire et refl&#232;te le fonctionnement m&#234;me de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La justice distributive&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le second cas, la justice distributive, on consid&#232;re la relation de la personne &#224; la soci&#233;t&#233;. La question est alors ce qu'il est l&#233;gitime que chacun obtienne dans ce cadre. Cela va donc bien au-del&#224; de ce qu'on appelle aujourd'hui la redistribution. Ce d&#251; est d'autant plus grand que la partie consid&#233;r&#233;e, la personne, a un r&#244;le plus grand dans le tout, selon une r&#232;gle de proportionnalit&#233;, qui d&#233;pend, nous dit Thomas d'Aquin, de l'organisation de la soci&#233;t&#233;. On int&#232;gre alors une dimension sociale et politique plus large, qui peut aller jusqu'au prestige dont quelqu'un jouit dans la soci&#233;t&#233;. Mais pour ce qui est des aspects proprement &#233;conomiques, la question prend deux formes. Des flux : les revenus (r&#233;mun&#233;rations et prestations), et des stocks : les patrimoines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une question pr&#233;alable : la pauvret&#233; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au pr&#233;alable il faut mettre &#224; part la question de la pauvret&#233;. Elle est d'une grande importance pour appr&#233;cier comment la soci&#233;t&#233; traite ses membres. Mais c'est en m&#234;me temps une question sp&#233;cifique. La justice consiste ici &#224; faire en sorte que chaque personne re&#231;oive au minimum ce que toute personne humaine doit recevoir de ce seul fait. En soi donc, la pauvret&#233; est l'indice d'une forme d'injustice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est l&#224; une question distincte de celle des in&#233;galit&#233;s. Dans bien des cas, des m&#233;canismes &#233;conomiques peuvent &#234;tre en cause et leur r&#233;vision peut apporter une r&#233;ponse ; c'est le meilleur moyen de rem&#233;dier &#224; la pauvret&#233;, car ce faisant on donne &#224; la personne la possibilit&#233; de contribuer &#224; son tour. Mais il est aussi possible que des personnes soient r&#233;ellement dans l'impossibilit&#233; d'apporter une contribution &#233;conomiquement suffisante pour justifier une contrepartie &#224; ce titre. Et bien entendu la soci&#233;t&#233; ne doit pas s'en d&#233;sint&#233;resser. Mais ce sera alors par des moyens sortant de la r&#233;flexion &#233;conomique ; m&#234;me si elle peut y avoir sa part, notamment par le don, ou &#224; d&#233;faut par des prestations publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les revenus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelle justice dans les r&#233;mun&#233;rations ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;mun&#233;rations des personnes, dans une soci&#233;t&#233; d&#233;centralis&#233;e, sont d'abord la r&#233;sultante de l'interaction des agents sur un march&#233;. La justice commutative ne s'oppose pas &#224; l'in&#233;galit&#233; des revenus s'ils sont justement acquis, et consid&#233;rera m&#234;me injuste une redistribution fiscale excessive. On objectera que bien des hauts revenus sont le fruit d'un rapport de force ou de circonstances ; c'est vrai (mais pas toujours) ; mais si on remet en cause pour ce motif un revenu &#233;lev&#233;, ce sera parce qu'il n'est pas m&#233;rit&#233;, pas pour des motifs &#233;galitaires. En justice distributive, on cherche &#224; faire autant que possible en sorte que chacun re&#231;oive de la soci&#233;t&#233; ce qu'on estime juste qu'il re&#231;oive (sans cr&#233;er par ailleurs par son intervention un mal plus grand que le bien qu'on veut obtenir) : cela d&#233;pend donc ce qu'il fait pour la soci&#233;t&#233;. L'&#233;galitarisme pur n'est alors pas justifi&#233;, car les r&#244;les et apports des uns et des autres sont diff&#233;rents. Cela donne donc un angle de regard diff&#233;rent mais compl&#233;mentaire de celui de la justice commutative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les patrons par exemple ont une responsabilit&#233; importante et utile ; d&#232;s lors, en justice distributive, il est normal que leur r&#233;mun&#233;ration soit &#233;lev&#233;e. Cela dit, tr&#232;s souvent dans la pratique la prestation ne justifie pas le revenu en question ; ces r&#233;mun&#233;rations parfois tr&#232;s &#233;lev&#233;es sont injustifi&#233;es &#8211; m&#234;me si le march&#233; de ces dirigeants fonctionne et a conduit &#224; de tels niveaux. Il faut en effet pour cela que ce dirigeant ait apport&#233; une valeur ajout&#233;e exceptionnelle &#224; l'entreprise ou &#224; la soci&#233;t&#233;. Dans le contraire, une r&#233;action r&#233;solue s'impose, de la part des actionnaires et des pouvoirs publics. Il faut en particulier d&#233;connecter ces r&#233;mun&#233;rations de crit&#232;res de court terme, et privil&#233;gier les prestations &#224; long terme, consid&#233;r&#233;es selon une vari&#233;t&#233; de crit&#232;res. En outre, on doit pouvoir en r&#233;cup&#233;rer tout ou partie, si on constate ult&#233;rieurement que des erreurs d'appr&#233;ciation ont &#233;t&#233; commises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple, soulign&#233; par S. Zamagni , est celui des limites du processus d'agr&#233;gation des d&#233;cisions individuelles sur un march&#233;. Prenons le cas d'un chanteur ou d'un footballeur qui gagne &#233;norm&#233;ment d'argent. L'achat individuel de places peut &#234;tre justifi&#233; en justice commutative ; mais il ne signifie pas approbation du niveau de revenu du chanteur. En justice distributive, on peut alors consid&#233;rer qu'il y a exc&#232;s, voir exemple pervers pour la soci&#233;t&#233;. Soit pour exiger un geste g&#233;n&#233;reux de l'int&#233;ress&#233;. Soit pour le taxer si c'est r&#233;ellement aberrant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens inverse, on prendra le cas de magistrats ou de militaires, souvent mal pay&#233;s. En justice commutative, on pourrait peut-&#234;tre tol&#233;rer que ces fonctionnaires aient un niveau de salaire modeste, si on parvient &#224; les recruter &#224; ce tarif. Mais en justice distributive, l'importance de leurs responsabilit&#233;s et la gravit&#233; de leur t&#226;che imposent une r&#233;mun&#233;ration exprimant la reconnaissance de ce r&#244;le par la soci&#233;t&#233;. Et donc mieux plac&#233;e dans l'&#233;chelle des revenus. De m&#234;me pour les enseignants &#8211; moyennant r&#233;forme en profondeur du syst&#232;me &#233;ducatif. Mais on pourra citer aussi ici des acteurs comme les soignants ou m&#234;me les &#233;boueurs, dont la crise sanitaire a fait percevoir l'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut enfin citer la question majeure de la reconnaissance du travail accompli au sein des familles, qui est pour l'essentiel gratuit, et vital pour la soci&#233;t&#233;, notamment pour l'&#233;ducation des enfants. La justice distributive impose ici qu'une aide substantielle leur soit apport&#233;e, m&#234;me si cet aide ne sera jamais &#224; la hauteur du service ainsi rendu.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je renvoie ici &#224; plusieurs de mes articles et surtout au livre de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question des in&#233;galit&#233;s, la justice sociale et de la redistribution &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on sait, la question de ce qu'on appelle les in&#233;galit&#233;s fait l'objet de d&#233;bats anim&#233;s dans la soci&#233;t&#233;. Une in&#233;galit&#233; mat&#233;rielle trop forte a plusieurs d&#233;fauts graves, comme on l'a vu, outre le fait &#233;ventuel de mal utiliser les ressources : elle donne un r&#244;le excessif &#224; l'argent ; elle accro&#238;t l'influence des riches dans la soci&#233;t&#233; ; elle accro&#238;t la s&#233;gr&#233;gation spatiale entre riches et pauvres et r&#233;duit la solidarit&#233;. Mais dans nos soci&#233;t&#233;s, ce probl&#232;me est rarement per&#231;u sous l'angle de la v&#233;ritable justice, qu'on vient d'&#233;voquer, car on aplatit l'id&#233;e de justice sur l'&#233;galitarisme. Comme on &#233;vite de toucher &#224; la logique &#233;conomique, on traite en g&#233;n&#233;ral la question dans une perspective qu'on peut appeler social-d&#233;mocrate : pour sch&#233;matiser, on distingue la vie &#233;conomique et la redistribution &#233;tatique, laquelle intervient ensuite par l'imp&#244;t - si elle ne perturbe pas la premi&#232;re. Cela revient &#224; consid&#233;rer la justice comme une correction dans un sens &#233;galitaire du jeu spontan&#233; de la soci&#233;t&#233; ; elle n'est alors pas fond&#233;e sur le r&#244;le de chacun, mais sur la recherche de l'&#233;galit&#233;. Plus on redistribuera, mieux ce sera, sauf &#224; obtenir des r&#233;sultats &#233;conomiques contreproductifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si les &#233;changes ont &#233;t&#233; raisonnablement &#233;quitables et libres, et si le jeu des r&#233;mun&#233;rations est jug&#233; refl&#233;ter le r&#244;le r&#233;el de chacun, ce que quelqu'un a gagn&#233; a &#233;t&#233; gagn&#233;. Une in&#233;galit&#233; ne justifie pas &#224; elle seule la redistribution, qu'il faudrait motiver par un dol ; car il n'est pas juste non plus que des gens soient priv&#233;s de ressources qu'ils ont acquises par leur activit&#233;, et &#224; laquelle ils ont droit. En outre, il n'est pas bon qu'un revenu soit d&#233;coupl&#233; de toute contribution de celui qui le re&#231;oit ; c'est m&#234;me injuste, sauf motif particulier (incapacit&#233; de la personne). Dit autrement, en justice le premier pas est de consid&#233;rer les revenus bruts ; si on les accepte comme justes dans leur principe, il n'y a sous cet angle pas de raison de redistribuer massivement ; sauf en termes de justice distributive comme on l'a vu. La redistribution comprise comme mesure balai introduit une contradiction dans le fonctionnement de la soci&#233;t&#233; : on vous laisse gagner ce que vous pouvez, mais on le confisque ensuite en bonne partie. Sur le plan &#233;conomique en outre, s'il s'agit d'am&#233;liorer la situation mat&#233;rielle des personnes, la question n'est pas d'abord d'enlever aux uns pour le donner aux autres, mais de faire en sorte, si c'est justifi&#233;, que ces derniers aient plus. Ce peut &#234;tre par la croissance &#233;conomique et la cr&#233;ation d'emplois, mais aussi &#233;ventuellement par la r&#233;organisation de l'&#233;conomie, pour favoriser certaines activit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout autre est la question fiscale de la juste r&#233;partition des charges au sein de la soci&#233;t&#233;. Elle conduit naturellement &#224; demander plus &#224; ceux qui ont plus de moyens et b&#233;n&#233;ficient plus du jeu social, notamment du fait que s'ils ont fait fortune, la soci&#233;t&#233; y est pour beaucoup aussi. D'o&#249; un imp&#244;t d'abord simplement proportionnel , et ensuite plus que proportionnel dans certaines limites (bar&#232;me de l'imp&#244;t sur le revenu). Par-l&#224;, on r&#233;duit de fait les fameuses in&#233;galit&#233;s, mais c'est un r&#233;sultat indirect.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive donc, sauf &#224; agir sur les revenus bruts si effectivement ils sont injustes, un objectif purement &#233;galitaire obtenu par une fiscalit&#233; lourde va contre les exigences non seulement de la justice commutative, mais aussi de la justice distributive, la soci&#233;t&#233; reposant sur des r&#244;les et des responsabilit&#233;s diff&#233;rents. En revanche une redistribution &#171; raisonnable &#187;, c'est-&#224;-dire coh&#233;rente avec la libert&#233; des personnes et le bon fonctionnement de la soci&#233;t&#233;, est bienvenue, en termes de justice distributive, dans la mesure o&#249; elle donne &#224; chacun des moyens l'aidant &#224; mieux participer &#224; la communaut&#233; en tant que personne, par les prestations qu'il re&#231;oit, financ&#233;es par des contributions &#224; la mesure des moyens de chacun. M&#234;me si comme on le verra cela ne suffit pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les patrimoines&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Patrimoines et propri&#233;t&#233; priv&#233;e&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas des in&#233;galit&#233;s de patrimoine est diff&#233;rent. D'un c&#244;t&#233;, certains peuvent accumuler des fortunes &#233;normes, qui par leur taille fa&#231;onnent l'image et le fonctionnement de la soci&#233;t&#233;. D'un autre c&#244;t&#233;, les in&#233;galit&#233;s sont en partie h&#233;rit&#233;es : ce n'est alors pas l'int&#233;ress&#233; qui a fourni le service payant qui, une fois &#233;pargn&#233;, s'est accumul&#233; en patrimoine. M&#234;me donc quand ces fortunes sont acquises l&#233;gitimement, on peut s'interroger sur les effets cumulatifs que cela peut entra&#238;ner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question majeure pr&#233;alable est cependant celle de la propri&#233;t&#233; des biens et des actifs &#233;conomiques. Sauf &#224; les faire confisquer pour l'essentiel par l'Etat, ils sont propri&#233;t&#233; de quelqu'un. Mais alors la tendance &#224; une tr&#232;s forte in&#233;galit&#233; est in&#233;vitable, m&#234;me si on peut vouloir la corriger. Les fondateurs des GAFAM (Google Amazon Facebook Apple Microsoft) n'ont par exemple rien vol&#233; &#224; qui que ce soit - hors comportements non-concurrentiels. Quand Oxfam explique que 65 milliardaires poss&#232;dent autant qu'un milliard de personnes, cela n'a pas de sens direct : certes, ce milliard de personnes ne poss&#232;de rien ; mais les Gates, Bezos ou autres ne leur ont rien pris ; ils ont cr&#233;&#233; des entreprises qui se sont appr&#233;ci&#233;es &#233;norm&#233;ment. Cette situation pose un gros probl&#232;me en termes de pouvoir, et ils ont du fait de leur fortune des devoirs immenses. Mais comme tel ce n'est pas &#224; proprement parler injuste. De fa&#231;on plus fondamentale, une soci&#233;t&#233; libre ou d&#233;centralis&#233;e est une soci&#233;t&#233; o&#249; la propri&#233;t&#233; n'est pas pour l'essentiel entre des mains uniques, y compris celles de l'Etat. Les actifs sont n&#233;cessairement d&#233;tenus par quelqu'un, et hors institutions publiques, c'est par des personnes, directement ou non. Il y a donc l&#233;gitimement une fonction de d&#233;tention priv&#233;e d'actifs, si possible g&#233;r&#233;s dans le sens du bien commun. Et cela peut concerner des biens tr&#232;s importants. Inversement, l'alternative &#224; l'in&#233;galit&#233; risque d'&#234;tre l'&#233;tatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre question est celle de l'h&#233;ritage. Mais dans un cadre de libert&#233; et d'autonomie, un propri&#233;taire transmet normalement ses biens librement, y compris &#224; des h&#233;ritiers. Ce faisant, il ne contrevient ni &#224; la justice commutative, ni &#224; la distributive. Il est l&#233;gitime que quelqu'un veuille l&#233;guer sa propri&#233;t&#233;, sinon le terme de propri&#233;t&#233; a peu de sens : avoir un bien veut dire pouvoir en disposer. En outre, ces fortunes ont en partie importante une dimension familiale. Une des raisons de leur constitution est de permettre aux g&#233;n&#233;rations futures de disposer de moyens qui leur permette d'agir &#224; leur tour, dans le sens du bien commun &#8211; sachant que cela suppose qu'on les ait &#233;duqu&#233;s pour cela. Et on ne voit pas le progr&#232;s collectif qui r&#233;sulterait de la disparition syst&#233;matique de fortunes priv&#233;es au profit du seul Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Peut-on envisager le nivellement de ces in&#233;galit&#233;s ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut objecter que cela d&#233;bouche sur des in&#233;galit&#233;s consid&#233;rables, avec un effet d&#233;l&#233;t&#232;re sur la communaut&#233;, rongeant le lien social ; ou surtout s'il y a mauvais usage de cette fortune. D'o&#249; le d&#233;sir de beaucoup de niveler ces diff&#233;rences et surtout leur accumulation, par une forme ou une autre de redistribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, quand on regarde les faits en perspective historique, la question appara&#238;t intraitable. Un panorama historique fouill&#233; a &#233;t&#233; dress&#233; par Walter Scheidel . Il montre qu'au cours de l'histoire les in&#233;galit&#233;s n'ont &#233;t&#233; r&#233;duites de fa&#231;on r&#233;elle et forte qu'&#224; l'occasion de violences consid&#233;rables et exceptionnelles, dans quatre familles : les guerres totales du XXe si&#232;cle ; les r&#233;volutions radicales (notamment communistes) ; un effondrement d'Etat (chute de l'Empire romain) ; et enfin des pand&#233;mies (peste noire). Et encore, dit-il, leurs effets finissent toujours par s'&#233;roder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai qu'apr&#232;s la r&#233;duction consid&#233;rable des in&#233;galit&#233;s apr&#232;s les guerres mondiales, la tendance est &#224; nouveau &#224; leur remont&#233;e, surtout dans les pays anglosaxons ; m&#234;me si d'autres, comme les Scandinaves ou la France, ont sensiblement att&#233;nu&#233; le ph&#233;nom&#232;ne. L'&#233;volution risque d'accentuer ces tendances, avec la mont&#233;e des pays &#233;mergents et le d&#233;veloppement des nouvelles technologies. La premi&#232;re question que cela pose est fiscale : savoir si ces fortunes contribuent &#224; due proportion aux charges communes. On l'a dit, l'imp&#244;t conduit &#224; contenir en partie ces in&#233;galit&#233;s, mais par d&#233;finition il ne les fait pas dispara&#238;tre. Mais vouloir redistribuer bien au-del&#224; de cela revient &#224; entreprendre une transformation en profondeur de la r&#233;alit&#233; sociale, qui comme on l'a dit n'est r&#233;alisable que par des r&#233;volutions aux effets d&#233;sastreux ou des chocs d'une violence comparable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'aurait de sens que si cela permettait de d&#233;boucher sur une soci&#233;t&#233; fonctionnant manifestement mieux. Mais si c'est simplement passer sur la dur&#233;e d'une soci&#233;t&#233; in&#233;galitaire &#224; une autre, l'int&#233;r&#234;t est mince. Et si cela d&#233;bouche sur une soci&#233;t&#233; fortement &#233;tatis&#233;e, cela revient au fond &#224; niveler par le bas, en r&#233;duisant la libert&#233;, et par l&#224; la justice rendue &#224; la personne. Dans la pratique, l'extraordinaire &#233;nergie politique qu'exige un tel bouleversement n'est normalement pas disponible, les avantages &#233;ventuels &#233;tant en outre douteux pour la grande majorit&#233; en regard de l'incertitude et des risques associ&#233;s. L&#224; n'est donc pas la v&#233;ritable justice. Il n'est pas d&#251; &#224; chacun de vivre dans une soci&#233;t&#233; &#233;galitaire ; mais dans une soci&#233;t&#233; qui lui donne son d&#251;, ce qui correspond &#224; son r&#244;le et &#224; son apport. L'&#233;galitarisme ne le permet pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc sous un autre angle qu'il faut envisager la justification d'une &#233;ventuelle intervention : savoir si ces fortunes sont raisonnablement utilis&#233;es dans le sens du bien commun, ce qui pose la question du pouvoir qu'elles conf&#232;rent et de son usage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;In&#233;galit&#233;s et pouvoir&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette probl&#233;matique est beaucoup plus significative. La question de ce que les gens fortun&#233;s apportent &#224; la soci&#233;t&#233; est essentielle, car en justice s'ils ont beaucoup re&#231;u, ils doivent aussi beaucoup apporter. La question se pose &#233;galement en termes de pouvoir sur la soci&#233;t&#233; ; c'est en un sens la question des &#233;lites, dans sa dimension &#233;conomique. Outre le niveau politique, cela vise leur culture : leur syst&#232;me de valeurs et leur action effective. J'ai &#233;voqu&#233; le sujet plus en d&#233;tails dans d'autres livres . Historiquement, &#224; c&#244;t&#233; des pouvoirs publics et de l'Eglise, les gens fortun&#233;s ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans le d&#233;veloppement de la civilisation. Mais ils avaient &#224; l'&#233;poque une forme de devoir social, sinon de vanit&#233; bien orient&#233;e, quels que soient par ailleurs les d&#233;fauts de ces soci&#233;t&#233;s. Or il n'en est plus de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre &#233;poque fait en effet appara&#238;tre un risque bien plus important qu'il y a 30 ans : l'&#233;mergence de fortunes consid&#233;rables donnant un pouvoir sans pr&#233;c&#233;dent. D'o&#249; une classe surpuissante et privil&#233;gi&#233;e de multimilliardaires, issues des nouvelles entreprises apr&#232;s la vague internet, de la rente mini&#232;re et p&#233;troli&#232;re, ou d'autres sources, ainsi de sp&#233;culateurs comme Soros. Une telle &#233;mergence n'est historiquement pas fr&#233;quente &#224; un tel niveau, m&#234;me dans le monde capitaliste. Elle est porteuse d'effets consid&#233;rables. Car ces personnes disposent de moyens leur permettant d'orienter la soci&#233;t&#233; dans un sens ou un autre, par leurs investissements, leurs dons, ou leur activit&#233; (Facebook, Twitter etc.). Certes, on l'a dit, il est en soi bon que des riches investissent et donnent. Mais ici les sommes sont exceptionnelles, et surtout les orientations de leurs d&#233;tenteurs sont domin&#233;es par l'id&#233;ologie de l'&#233;poque, qui n'est pas toujours bonne. Ce danger collectif est consid&#233;rablement sous-estim&#233;. Il peut impliquer une action r&#233;solue des pouvoirs publics soit pour r&#233;guler ce pouvoir, soit pour inciter ces gens dans le sens du bien. Soit dans le cas extr&#234;me pour r&#233;duire directement ce pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, comme on le voit, , la justice distributive va bien au-del&#224; d'une compl&#233;ment &#224; la justice commutative. Mais c'est une question plus complexe, sans formule simple ou solution g&#233;n&#233;rale. Elle implique un jugement de situation. Au fond, ce qui est en jeu est l'image que l'on se fait de la soci&#233;t&#233; concern&#233;e, comme saint Thomas l'avait bien not&#233; : ce qu'elle r&#233;compense ou valorise, et ce qu'elle sanctionne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La justice g&#233;n&#233;rale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces consid&#233;rations nous conduisent &#224; &#233;largir la perspective au-del&#224; des aspects surtout quantitatifs que nous venons d'&#233;voquer ; c'est la question du rapport des personnes &#224; la soci&#233;t&#233; : quelle est leur place, qu'est-ce qu'elles donnent et re&#231;oivent, et quel sens cela prend pour elles. Une soci&#233;t&#233; juste sera id&#233;alement une soci&#233;t&#233; organis&#233;e pour que chacun puisse agir avec justice en vue du bien commun, lequel permet le bien de chacun et en m&#234;me temps d&#233;pend de la juste action de chacun, et o&#249; chacun trouve raisonnablement moyen de s'&#233;panouir. C'est ce qu'on peut appeler justice g&#233;n&#233;rale. Cela conduit &#233;videmment &#224; d&#233;passer la seule perspective &#233;conomique. Mais celle-ci en est une composante essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La recherche de dispositifs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d'abord explorer comment assurer cette justice g&#233;n&#233;rale par des dispositifs. Le premier est le plus familier &#224; tous consiste &#224; viser l'&#233;galit&#233; des chances, afin que seul le m&#233;rite personnel soit cause de l'&#233;tat o&#249; chacun se trouve. Mais on peut aussi chercher directement &#224; favoriser la position de chacun par des mesures sur la propri&#233;t&#233; ou sur le travail. Comme on va le voir, ce peuvent &#234;tre des contributions utiles, mais elles restent partielles, car elles ne touchent pas au c&#339;ur de la pr&#233;occupation qui est &#224; la base de la justice g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'&#233;galit&#233; des chances et ses limites &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re id&#233;e r&#233;pandue est la suivante : ce qui est juste, c'est que chacun ait eu au d&#233;part des chances &#233;gales ; dans ce cas le r&#233;sultat diff&#233;renci&#233; refl&#233;tera les m&#233;rites de chacun. En r&#233;alit&#233;, bien que souvent utile, ce n'est pas un solution g&#233;n&#233;rale .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, comme le notait Hayek lui-m&#234;me, le march&#233; m&#234;me fonctionnant bien n'a rien &#224; voir avec la r&#233;mun&#233;ration du m&#233;rite : son verdict r&#233;sulte du fait qu'on se trouve mieux plac&#233; pour satisfaire les pr&#233;f&#233;rences collectives &#8211; et bien souvent la chance, le hasard ou le rapport de forces sont le facteur d&#233;cisif. Gagner dans cette course peut avoir un sens en justice commutative, mais on est loin du sch&#233;ma o&#249; ce sont les m&#233;rites intrins&#232;ques qui sont r&#233;compens&#233;s. Inversement, il y a un risque &#233;lev&#233; que se constitue une sous-classe permanente de d&#233;favoris&#233;s, peu dou&#233; ou peu dot&#233;s pour la course de vitesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoutent les in&#233;galit&#233;s r&#233;sultant de l'&#233;ducation, donc des familles. On note &#224; ce sujet des diff&#233;rences croissantes, car bien plus qu'autrefois les familles d'en-haut s'occupent plus de leurs enfants et y investissent plus que les autres. Celui qui r&#233;ussit mieux gr&#226;ce &#224; cela n'a pas de m&#233;rite particulier de ce fait. Mais, contrairement &#224; l'id&#233;ologie dominante, en soi il n'est pas mauvais que ces savoirs et cette &#233;ducation soient ainsi transmis au sein des familles ; c'est m&#234;me excellent et socialement b&#233;n&#233;fique. Rompre la transmission serait en r&#233;alit&#233; un appauvrissement collectif. Il faut donc bien s&#251;r aider les moins avantag&#233;s, activement, pour leur permettre de participer au mieux, mais pas d&#233;truire la transmission et l'&#233;ducation l&#224; o&#249; elle existe. Et l'&#233;galit&#233; des chances n'est pas une r&#233;ponse, m&#234;me s'il est l&#233;gitime de la rechercher. Car quels que soient les termes de la comp&#233;tition, les mieux dot&#233;s socialement s'organiseront pour la gagner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce cadre qu'il faut &#233;voquer les m&#233;canismes de quota mis en place en faveur d'une cat&#233;gorie ou d'une autre, jug&#233;e d&#233;favoris&#233;e : quota de femmes, quota raciaux etc. Cette approche a tous les d&#233;fauts de la recherche de l'&#233;galit&#233; des chances, mais elle occasionne en outre, ce qui est per&#231;u in&#233;vitablement comme une injustice par ceux que cela d&#233;savantage, tout en faisant peser un soup&#231;on d'ill&#233;gitimit&#233; pour ceux qu'elle promeut. Sauf cas exceptionnel, pour casser des tendances r&#233;ellement constat&#233;es, et provisoirement, c'est donc une approche &#224; &#233;carter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, il faut viser si possible la possibilit&#233; de d&#233;veloppement, d'autonomie et de responsabilit&#233; de tous pendant la vie active. Et pour cela, il n'est ni n&#233;cessaire ni suffisant que les gens aient eu des chances &#233;gales au d&#233;part, m&#234;me cela peut y contribuer, car la recherche de cet effet peut aussi nuire. Notamment, comme disait R&#246;pke , m&#234;me si elle fonctionnait parfaitement, une telle comp&#233;tition ne ferait que nourrir encore plus le ressentiment : ceux qui se trouveraient en bas y seraient parce qu'ils auraient &#233;chou&#233; dans la course, et la faute reposerait enti&#232;rement sur eux, de fa&#231;on en r&#233;alit&#233; souvent injuste. Dans les r&#233;gimes ant&#233;rieurs, le pauvre pouvait garder sa dignit&#233;, car rien ne prouvait qu'il &#233;tait inf&#233;rieur. En outre, cela &#233;limine la question de ce que doivent les gagnants envers les autres : ils peuvent consid&#233;rer qu'ils ont pleinement m&#233;rit&#233; ce qu'ils ont et ne doivent rien &#224; personne. On l'a vu, le fait qu'on soit parvenu &#224; telle ou telle position peut &#234;tre d&#251; &#224; de multiples causes, r&#233;sultant du fonctionnement de la soci&#233;t&#233;. D&#232;s lors, m&#234;me si le r&#233;sultat obtenu est conforme &#224; la justice commutative et distributive, il ne faut pas voir la soci&#233;t&#233; comme un concours o&#249; un vainqueur gagne et d'autres perdent. Ce qui importe en effet est que chacun y trouve un moyen ou une autre de s'&#233;panouir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, nous dit Sandel, ce qui nous manque est le sens de la communaut&#233;. Celui qui se retrouve avec un r&#233;sultat mat&#233;riellement plus avantageux le doit aussi en partie &#224; la soci&#233;t&#233;, et la justice implique qu'il contribue au bien commun en proportion, et pas seulement fiscalement ; ce qui est en outre essentiel pour donner un sens &#224; sa vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Participation et propri&#233;t&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me angle d'action envisageable est d'agir sur la structure m&#234;me de la propri&#233;t&#233;. Si en effet on veut donner &#224; chacun les moyens de son &#233;panouissement, un acc&#232;s &#224; celle-ci est n&#233;cessaire, ce qui conduit &#224; travailler &#224; la diffusion de la propri&#233;t&#233;. C'est la piste ouverte par le &#8216;distributisme' anglais de H. Belloc et G. K. Chesterton , d'inspiration catholique, recommandant comme alternative au socialisme et au capitalisme la diffusion la plus large possible de la propri&#233;t&#233; des moyens de production &#8211; m&#234;me si leurs id&#233;es ne sont pas toujours tr&#232;s pr&#233;cises. Cela consiste par exemple &#224; favoriser la paysannerie, l'artisanat ou le petit commerce, la petite entreprise et la propri&#233;t&#233; directe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces id&#233;es sont sympathiques et utiles. Mais cela ne r&#233;soudrait que partiellement la question des entreprises un peu grandes. Comme on se voit mal les morceler syst&#233;matiquement, la seule voie possible alors est la d&#233;tention plus diffuse d'actions, notamment dans le personnel. C'est bien en soi. Mais une telle propri&#233;t&#233; est in&#233;vitablement trop divis&#233;e pour assurer un vrai contr&#244;le personnel de ces moyens de production, comme le voudraient les distributistes. Cette voie ne peut donc &#234;tre qu'une voie partielle ; m&#234;me si elle est appr&#233;ciable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Participation de tous, progr&#232;s technique et emploi&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, dans une large mesure, dans nos soci&#233;t&#233;s, participer &#224; la soci&#233;t&#233; signifie avoir un emploi. Ce r&#244;le crucial de l'emploi est dans l'ensemble reconnu dans nos soci&#233;t&#233;s ; on n'insistera donc pas ici sur cette vaste question. Mais ce qui est certain est que la justice l'exige ; et cela peut conduire &#224; utiliser des moyens sortant du cadre &#233;conomique habituel. On peut avoir par exemple &#224; favoriser l'emploi volontariste de personnes qui seraient difficilement recrut&#233;es sinon (handicap&#233;s par exemple). Mais naturellement le souci de l'emploi n'atteint v&#233;ritablement son but que si cela cr&#233;e de vrais emplois, qui donnent une vraie dignit&#233; &#224; ceux qui les occupent. De son c&#244;t&#233;, l'approche en termes de capacit&#233;s (Amartya Sen) vise aussi &#224; donner une r&#233;ponse, de fa&#231;on &#233;videmment bienvenue : on cherche &#224; augmenter les capacit&#233;s de tous de fa&#231;on &#224; pratiquer au mieux &#224; la vie commune. Mais elle ne suffit pas, car d'une part il reste en sous-jacent dans son mod&#232;le une forme de comp&#233;tition m&#233;ritocratique, et d'autre part cela ne cr&#233;e pas n&#233;cessairement les emplois voulus. Quoi qu'il en soit, des emplois abondants, dignes et convenablement r&#233;mun&#233;r&#233;s font beaucoup plus pour la justice (justice g&#233;n&#233;rale) que la redistribution fiscale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, l'emploi salari&#233; classique lui-m&#234;me ne suffit pas : beaucoup de personnes trouveront un sens &#224; leur vie dans d'autres formes d'expression, notamment associative, ou dans le cadre de solidarit&#233;s comme la famille ; le tout supposant une soci&#233;t&#233; moins obs&#233;d&#233;e par la seule activit&#233; &#233;conomique au sens &#233;troit. Et donc un r&#244;le bien plus important de la solidarit&#233; et du don. Dans les soci&#233;t&#233;s ant&#233;rieures, malgr&#233; toutes leurs limites, l'id&#233;e de communaut&#233; &#233;tait centrale ; la situation normale &#233;tait l'insertion, le travail de chacun &#233;tait attendu, mais ne se reliait pas &#224; ce que nous appelons un emploi. Il serait &#224; l'&#233;vidence souhaitable que se reconstituent au moins de fa&#231;on partielle ces solidarit&#233;s, sous une forme adapt&#233;e &#224; notre temps. Mais cette question d&#233;passe l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La participation &#224; la vie commune : un changement du regard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mener une vie qui soit bonne&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, la question centrale en justice g&#233;n&#233;rale est bien : comment assurer mieux la participation de tous &#224; la communaut&#233; et &#224; ses bienfaits, pour pouvoir donner et recevoir ? Un certain recul est ici n&#233;cessaire. Mary Hirschfeld nous rappelle ici que si on se limite &#224; la seule dimension mon&#233;taire, on laisse entendre que le niveau mat&#233;riel seul importe. Or les biens mat&#233;riels sont instrumentaux : ils servent &#224; autre chose qu'&#224; eux-m&#234;mes, et notamment &#224; mener une vie bonne ; et la vie bonne suppose la vie dans la communaut&#233;. Le niveau de vie ne peut y suppl&#233;er. Et on ne r&#233;glera pas cette question uniquement en ponctionnant plus encore les plus riches &#8211; m&#234;me si la question se pose aussi sous cet angle. En outre, ce faisant on ne redonne pas leur dignit&#233; aux professions jug&#233;es plus humbles que d'autres (&#233;boueurs par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La question doit donc &#234;tre &#233;largie. Car au fond, si la question v&#233;ritable est la juste participation de tous &#224; la vie commune, cela inclut de fa&#231;on essentielle la juste reconnaissance de ce r&#244;le, ce qu'on donne comme ce qu'on re&#231;oit ; et c'est ensuite et plus encore celle de la qualit&#233; de cette vie commune, et les perspective d'am&#233;lioration et de r&#233;alisation que chacun y rencontre. Le bien commun est le bien de tous, obtenu en commun, et n&#233;cessaire au plein d&#233;veloppement de chacun. L'oppos&#233; en est l'exclusion, qui ne se limite pas aux plus pauvres. A notre &#233;poque, on est tent&#233; d'exprimer cela dans le langage des droits de l'homme ; mais ce n'est pas d'abord une revendication de droits : c'est la recherche de la participation optimale de tous &#224; la communaut&#233;, dans le cadre de ce bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un sens, on pourrait dire que l'injustice est ce qui prive la personne du bienfait qu'il pourrait retirer de la soci&#233;t&#233; humaine et lui apporter. Et ce qui contribue &#224; la participation ne se limite pas &#224; l'activit&#233; &#233;conomique, mais est aussi d'ordre social et personnel. Cela vise aussi toute personne participant &#224; la soci&#233;t&#233; : l'&#233;boueur ou la femme de message exerce un m&#233;tier digne et estimable, profond&#233;ment utile. Il faut donc lui reconna&#238;tre cette dignit&#233;, tout autant que la personne concern&#233;e doit participer avec la pleine conscience de ce qu'elle apporte. Inversement, l'in&#233;galit&#233; &#233;conomique peut &#234;tre bienvenue, voire n&#233;cessaire, si elle d&#233;veloppe le bien commun, et par l&#224; une forme enrichie de participation. Les gens acceptent la richesse des autres si elle r&#233;sulte d'une vraie cr&#233;ation et apporte quelque chose &#224; la soci&#233;t&#233;. Mais &#233;videmment pas si le gagnant rafle tout, et ne se reconna&#238;t aucun devoir sp&#233;cifique d&#233;coulant de cette position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Apporter &#224; son niveau ce qu'on doit &#224; la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous conduit en d&#233;finitive &#224; rappeler une dimension tout &#224; fait essentielle de la justice g&#233;n&#233;rale, &#233;voqu&#233;e ici ou l&#224; : ce que les personnes apportent &#224; la soci&#233;t&#233;, et pas seulement ce qu'elles re&#231;oivent. On l'a vu : une &#233;conomie juste suppose d'abord des personnes recherchant la justice, et attach&#233;es au bien commun. Et donc agissant en ce sens. Cela vise plus particuli&#232;rement les d&#233;tenteurs de moyens importants, les propri&#233;taires, les entrepreneurs, les dirigeants d'entreprise ; et c'est aussi ce qui inspire la r&#233;flexion sur l'investissement &#233;thique . Mais en r&#233;alit&#233; cela nous touche tous ; cela concerne le regard chacun sur la vie &#233;conomique et sur la soci&#233;t&#233;. La vie &#233;conomique est comme le march&#233; : le r&#233;sultat en d&#233;pend dans une large mesure des priorit&#233;s de ses membres, et de leur comportement au sens large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, cette action suppose aussi en retour une forme ou une autre de soutien public, au moins juridique ou fiscal. Ainsi, si on veut que les entreprises privil&#233;gient le long terme et des orientations &#233;thiques, cela suppose que la loi favorise la d&#233;tention longue des actions et le maintien de certaines orientations une fois prises par les entreprises. Il en est de m&#234;me pour la gratuit&#233; et le don, instrument majeur pour les personnes pour assurer &#224; leur niveau leur part de souci du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, en conclusion, poser la question de la participation de tous &#224; la soci&#233;t&#233; conduit d'abord &#224; changer notre regard en profondeur. Non que la lutte contre les in&#233;galit&#233;s excessives ou pour une plus grande &#233;galit&#233; des chances, n'ait pas son sens ; mais ce n'est pas la r&#233;ponse principale. Celle-ci doit &#234;tre orient&#233;e vers ce que les personnes apportent &#224; la soci&#233;t&#233; et ce qu'elles en en retirent effectivement. L&#224; aussi, cela appelle un grand retournement politique, culturel et mental. Bien s&#251;r un tel retournement ne se commande pas. Mais s'il ne se produit pas, il est illusoire d'attendre de mesures fiscales ou purement financi&#232;res seules une am&#233;lioration v&#233;ritable de nos soci&#233;t&#233;s, de ce que chacun lui apporte et en re&#231;oit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela gouverne le juste traitement des personnes avec qui nous avons un rapport, avec qui nous commer&#231;ons au sens large du terme, comme avec la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re. Mais aussi de la part de celle-ci, dans la reconnaissance du r&#244;le de chacun et sa contribution, comme dans les politiques suivies. Vues sous cet angle, des questions comme de l'ouverture des fronti&#232;res, des migrations, de la r&#233;mun&#233;ration des enseignants et des juges, ou du mark&#233;ting du luxe prennent un tout autre relief. La notion m&#234;me de justice garde plus que jamais sa valeur, mais prend un sens tr&#232;s diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Intervention &#224; l'Acad&#233;mie d'Etudes et sciences sociales, le 11 d&#233;cembre 2025.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je renvoie ici &#224; plusieurs de mes articles et surtout au livre de Jean-Didier Lecaillon &lt;i&gt;La famille au c&#339;ur de l'&#233;conomie&lt;/i&gt;, Salvator, 2024.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Taxer les riches ?</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Taxer-les-riches.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Taxer-les-riches.html</guid>
		<dc:date>2025-09-18T12:21:03Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Fortune</dc:subject>
		<dc:subject>Tr&#232;s riches</dc:subject>
		<dc:subject>Fiscalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Zucman</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La taxe Zucman fait beaucoup parler d'elle. Au motif que les tr&#232;s riches payeraient moins d'imp&#244;ts que les autres, il est propos&#233; de taxer 2 % de leurs actifs. Nous regarderons ici le fondement moral et politique de la question : est-il juste ou &#233;quitable de cr&#233;er un tel imp&#244;t ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Distinguons d'embl&#233;e deux motivations totalement diff&#233;rentes : d'un c&#244;t&#233; le rabotage &#233;galitariste des grandes fortunes, et de l'autre la juste contribution &#224; l'effort fiscal. Le premier fait changer de soci&#233;t&#233;. Le second seul m&#233;rite examen, mais un fiscalit&#233; &#233;quitable doit rentrer dans le principe g&#233;n&#233;ral : on ne taxe que le v&#233;ritable revenu. Si des dispositifs permettent &#224; certains d'y &#233;chapper, il faut les contrer. Mais sauf cas particuliers, on ne taxe pas quelqu'un pour le d&#233;poss&#233;der d'une propri&#233;t&#233; l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Fiscalite-41-.html" rel="directory"&gt;Fiscalit&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Fortune-+.html" rel="tag"&gt;Fortune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Tres-riches-+.html" rel="tag"&gt;Tr&#232;s riches&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Fiscalite-+.html" rel="tag"&gt;Fiscalit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Zucman-+.html" rel="tag"&gt;Zucman&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/shakedown-1340048_640.webp?1787417304' class='spip_logo spip_logo_right' width='138' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La taxe Zucman fait beaucoup parler d'elle. Au motif que les tr&#232;s riches (en l'esp&#232;ce plus de 100 millions d'euros d'actifs) payeraient moins d'imp&#244;ts que les autres et notamment sur le revenu, il est propos&#233; de taxer 2 % (annuels) de la totalit&#233; de leurs actifs, ou au minimum d'exiger un paiement minimal d'imp&#244;ts &#224; cette hauteur. Nous regarderons ici le fondement moral et politique de la question : est-il juste ou &#233;quitable de cr&#233;er un tel imp&#244;t ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Distinguons d'embl&#233;e deux motivations totalement diff&#233;rentes : d'un c&#244;t&#233; le rabotage &#233;galitariste des grandes fortunes, et de l'autre la juste contribution &#224; l'effort fiscal. Ce que Zucman met en avant est le second motif, mais le premier est &#233;videmment pr&#233;sent dans bien des partisans de la taxe. Commen&#231;ons par le second.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La juste contribution &#224; l'effort fiscal&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e est que les tr&#232;s riches contribuent moins que les autres, alors qu'on s'attendrait en &#233;quit&#233; &#224; ce qu'ils contribuent plus, au moins en proportion (on n'&#233;voquera pas ici la question de la progressivit&#233; &#233;ventuelle de l'imp&#244;t).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyant d'abord ce qu'on peut appeler &#233;quit&#233;. Dans son principe, selon la d&#233;claration de droits de 1948 et selon d'ailleurs le bon sens, l'imp&#244;t doit se r&#233;f&#233;rer &#224; la capacit&#233; contributive des personnes concern&#233;es, leurs &#171; facult&#233;s &#187; selon le terme employ&#233;. Or cela peut concerner deux types de ressources au sens large : les revenus et le patrimoine d&#233;tenu. Les revenus sont &#233;videmment concern&#233;s : si une ann&#233;e donn&#233;e vous gagnez quelque chose, cette richesse n'avait pas &#233;t&#233; impos&#233;e auparavant ; elle est disponible pour vous et dans le principe il para&#238;t clair que cela entre dans vos &#171; facult&#233;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est moins imm&#233;diate pour le patrimoine. D'embl&#233;e, qui dit patrimoine &#233;voque des biens qui ont normalement d&#233;j&#224; &#233;t&#233; fiscalis&#233;s, au moins &#224; leur origine. En effet, le patrimoine a trois sources possibles. Soit les biens ont &#233;t&#233; gagn&#233;s et &#233;pargn&#233;s, &#224; partir de revenus qui ont donc &#233;t&#233; impos&#233;s ; soit ils ont &#233;t&#233; h&#233;rit&#233;s, et alors ils ont &#233;t&#233; doublement fiscalis&#233;s : ant&#233;rieurement, et au moment de la succession. Soit encore ils ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s, et ce sont essentiellement des biens de production au sens large (plus des cas particuliers, comme des objets d'art par exemple). Mais alors ou ces biens sont la source de revenus, et alors l'imp&#244;t intervient en principe, ou ils ne produisent rien. Dans ce dernier cas peut-on consid&#233;rer qu'ils sont des ressources ou &#171; facult&#233;s &#187; et qu'on peut les ponctionner ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La doctrine fiscale, et notamment celle du Conseil constitutionnel, consid&#232;re de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale que l'imp&#244;t doit &#234;tre pay&#233; au moyen des revenus. En effet, si les revenus ne permettent pas de le payer, ou si le pr&#233;l&#232;vement porte sur un pourcentage excessif de ceux-ci, l'imp&#244;t aboutit &#224; la confiscation d'une partie de la propri&#233;t&#233;. Or si celle-ci est l&#233;gale, elle ne peut &#234;tre confisqu&#233;e, tout au plus saisie et indemnis&#233;e dans des cas bien pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, cela n'emp&#234;che pas dans son principe que la base d'imposition soit autre que le revenu. Autrefois on utilisait plus largement le patrimoine comme base, car il &#233;tait plus visible (immobilier, terres etc.), alors que les revenus &#233;taient mal connus ; la taxe fonci&#232;re est un r&#233;sidu de cette &#233;poque. Mais encore faut-il qu'il y ait un motif pour taxer ainsi un actif : ainsi, dans le cas de la taxe fonci&#232;re, le lien entre ce foncier et une collectivit&#233; locale. Surtout, pour &#233;viter l'effet confiscation, cela impose de mettre un plafond fonction des revenus. C'est ce qu'on avait avec l'ISF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux familles de questions ont &#233;t&#233; soulev&#233;es &#224; ce propos. La premi&#232;re est celle des plus-values latentes : un actif entr&#233; dans votre patrimoine &#224; un certain prix s'est entretemps appr&#233;ci&#233; et vaut plus. Donc, dira-t-on, vous avez d&#233;sormais plus de ressources qu'auparavant, et ce surplus n'a, lui, jamais &#233;t&#233; impos&#233;. Ce qui est vrai ; mais en m&#234;me temps le bien, lui, n'a pas chang&#233;. Il n'y a donc lieu de l'imposer que s'ils se transforme en ressource effective, c'est-&#224;-dire est vendu, d'o&#249; l'imposition des plus-values. Sinon, ma maison vaut peut-&#234;tre plus cher, mais c'est la m&#234;me. L'entreprise a peut-&#234;tre grossi, ou a un potentiel tel qu'elle s'est appr&#233;ci&#233;e, mais son r&#233;sultat, lui, a pu rester limit&#233;. En outre, si on veut imposer la plus-value latente, cela a le grave inconv&#233;nient de taxer quelque chose d'hypoth&#233;tique : l'estimation n'est pas toujours facile, et les m&#234;mes raisons qui ont conduit &#224; un valorisation estimative sup&#233;rieure peuvent dans l'avenir conduire &#224; l'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan pratique le d&#233;bat en cours l'a montr&#233; : la taxe indiscrimin&#233;e du patrimoine est notamment une menace grave pour les entreprises &#224; fort potentiel mais sans r&#233;sultat ou sans versement de dividende. A nouveau, on ne taxe l&#233;gitimement que sur la base d'un revenu constat&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me question est celle de revenus qui ont &#233;t&#233; dissimul&#233;s, parqu&#233;s, ou requalifi&#233;s de fa&#231;on &#224; &#233;chapper &#224; l'imposition des revenus. Cela veut dire que ce sont bien des revenus, c'est-&#224;-dire de l'argent effectivement gagn&#233; par une entit&#233; qu'un individu d&#233;tient, directement ou non ; mais des revenus qu'il n'a pas per&#231;us lui-m&#234;me. Par exemple des dividendes vers&#233;s par une entreprise productive (et qui ont donc pay&#233; l'IS, par exemple &#224; 25%), mais per&#231;us par une holding qu'il contr&#244;le. S'ils avaient &#233;t&#233; vers&#233;s &#224; la personne, celle-ci aurait pay&#233; dessus ce qu'on appelle la flat tax de 30% (soit un imp&#244;t total de 47.5%). La question est complexe, notamment selon le r&#233;gime fiscal de la holding, mais m&#233;rite examen ; en soi, sans entrer dans la technique, s'il appara&#238;t que la holding sert &#224; cagnotter sans payer l'imp&#244;t (ou bien moins), il y a incontestablement rupture d'&#233;quit&#233; par rapport &#224; celui qui reconna&#238;t avoir per&#231;u un revenu. Un m&#233;canisme correctif est alors justifi&#233;. Mais ce n'est a priori pas par un imp&#244;t g&#233;n&#233;ral sur le patrimoine : d'une part, il faut qu'il y ait un vrai revenu au d&#233;part, donc un dividende vers&#233; par la soci&#233;t&#233; fille, et d'autre part, il faut mettre en &#233;vidence un m&#233;canisme d'&#233;vitement de l'imp&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons enfin qu'une taxe de type Zucman, en regard des graves inconv&#233;nients soulign&#233;s, est d'un rendement comparativement m&#233;diocre. Les 20 milliards d'euros annonc&#233;s, qui seraient sans doute bien inf&#233;rieurs dans la r&#233;alit&#233;, sont &#224; comparer &#224; environ 170 milliards de d&#233;ficit budg&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le rabotage &#233;galitariste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste donc la deuxi&#232;me motivation des partisans d'une telle taxe : le rabotage &#233;galitariste. De fait, un des motifs de ce type de taxe est qu'il y a des fortunes &#233;normes, et qu'elles ont massivement augment&#233; depuis 30 ans et notamment r&#233;cemment. J'ai &#233;voqu&#233; cette question dans un autre article &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-question-des-tres-riches.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-qu...&lt;/a&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je rappelais d'abord &#224; ce sujet que ces nouveaux milliardaires n'avaient pas pris cet argent &#224; d'autres : ils avaient fond&#233; (ou h&#233;rit&#233; puis d&#233;velopp&#233;) des entreprises qui avaient pris une valeur &#233;norme, directement reflet de leur succ&#232;s ; sauf irr&#233;gularit&#233;, il n'est donc pas injuste de dire qu'ils l'ont gagn&#233; . Cela dit, le reste de la soci&#233;t&#233; n'est pas non plus pour rien dans ce succ&#232;s : apr&#232;s tout, l'Internet a &#233;t&#233; invent&#233; par l'arm&#233;e am&#233;ricaine&#8230;Il ont donc un devoir envers la collectivit&#233;. Par ailleurs, sauf &#224; &#233;tatiser enti&#232;rement la soci&#233;t&#233;, une partie pr&#233;pond&#233;rante des propri&#233;t&#233;s et notamment des entreprises est d&#233;tenue par des personnes, et in&#233;vitablement de fa&#231;on tr&#232;s in&#233;gale. Leur fortune peut donc &#234;tre consid&#233;r&#233;e potentiellement l&#233;gitime. Mais elle peut poser d'autres probl&#232;mes : d'une part, n'ont-ils pas trop de pouvoir ? D'autre part, quel usage en font-ils, et rendent-ils &#224; la soci&#233;t&#233; les services qu'ils doivent lui rendre ? En un mot, quelle est leur contribution au bien commun ? Selon la r&#233;ponse apport&#233;e, on peut envisager, dans des cas justifi&#233;s, une intervention publique. Mais ce sera pour un motif de cet ordre, pas par un a priori &#233;galitariste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand donc certains, dont Thomas Piketty , proposent de taxer ces fortunes &#224; 5% par an puis de taxer &#224; 90% les grosses successions, le motif est &#233;galitariste ; il vise en fait &#224; faire dispara&#238;tre ces fortunes ou &#224; les pr&#233;cariser. Ce qui veut dire qu'on change de soci&#233;t&#233; pour basculer dans une forme d'&#233;tatisme. Or ce qui est remarquable est que l'effet fiscal, pour les budgets publics et donc potentiellement pour la collectivit&#233;, en serait bien maigre, en regard de l'extr&#234;me brutalit&#233; du syst&#232;me. Cela rapporterait dit-on 5 % du revenu national. Mais le budget public est dix fois plus gros ; et les diff&#233;rences de pression fiscale entre les divers pays d&#233;velopp&#233;s sont bien sup&#233;rieures &#224; ce chiffre : entre 45.6% en France et 40 % en moyenne europ&#233;enne, ou 35% en Grande Bretagne. En supposant m&#234;me qu'on r&#233;cup&#232;re bien ces 5 % par cette r&#233;volution et cette &#233;tatisation massive, ce qui est fort douteux, ce qu'on gagne pourrait donc l'&#234;tre avec un autre syst&#232;me fiscal classique, et sans r&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La motivation n'est donc pas fiscale, elle est politique, et d'une politique de type r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion la question pos&#233;e par la premi&#232;re approche m&#233;rite examen, mais un fiscalit&#233; &#233;quitable doit rentrer dans le principe g&#233;n&#233;ral : on ne taxe que le v&#233;ritable revenu. Si des dispositifs permettent &#224; certains d'y &#233;chapper, il faut les contrer. Mais sauf cas particuliers, on ne taxe pas quelqu'un pour le d&#233;poss&#233;der d'une propri&#233;t&#233; l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma tribune analogue sur Aleteia &lt;a href=&#034;https://fr.aleteia.org/2025/09/19/la-taxe-zucman-est-elle-fiscalement-juste/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.aleteia.org/2025/09/19/l...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passage sur RCF 23 septembre 2025&lt;br class='autobr' /&gt;
A la lumi&#232;re de l'Evangile, que penser de la taxe Zucman ?&lt;br class='autobr' /&gt;
L'Invit&#233; de la Matinale 18 min&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.rcf.fr/articles/actualite/taxe-zucman-que-dit-levangile&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.rcf.fr/articles/actuali...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Faut-il punir les boomers pour la lamentable situation de la France ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Faut-il-punir-les-boomers-pour-la-lamentable-situation-de-la-France.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Faut-il-punir-les-boomers-pour-la-lamentable-situation-de-la-France.html</guid>
		<dc:date>2025-09-05T13:11:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Retraites</dc:subject>
		<dc:subject>Boomers</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Fran&#231;ois Bayrou a mis en cause assez brutalement les boomers le 28 ao&#251;t dernier. D'o&#249; une pol&#233;mique g&#233;n&#233;rale partant dans tous les sens. Mettons &#224; part le sieur Bayrou et regardons de plus pr&#232;s : qu'y a-t-il de vrai et de faux dans cette accusation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On verra alors que m&#234;me si les boomers ont &#233;t&#233; plut&#244;t avantag&#233;s, la responsabilit&#233; dans la d&#233;rive est largement partag&#233;e. Et que l'effort &#224; faire concerne tous, m&#234;me si, sur les retraites, les boomers sont en premi&#232;re ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Economie-generale-a-.html" rel="directory"&gt;Economie g&#233;n&#233;rale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Retraites-+.html" rel="tag"&gt;Retraites&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Boomers-+.html" rel="tag"&gt;Boomers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/baby-boomer-442252_640.jpg?1787417293' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Fran&#231;ois Bayrou a mis en cause assez brutalement les boomers le 28 ao&#251;t dernier : &#171; Qu'une g&#233;n&#233;ration ne pense pas &#224; la g&#233;n&#233;ration suivante, qu'elle lui impose, sans le lui dire, la charge d'avoir &#224; payer pendant des d&#233;cennies, des facilit&#233;s que nous avons rencontr&#233;es aujourd'hui, ce n'est pas normal &#187;. Et il ajout&#233; : &#171; il y a une deuxi&#232;me cat&#233;gorie de population victime, et c'est insupportable, ce sont les plus jeunes. Nous sommes en train d'accepter qu'ils soient r&#233;duits en esclavage en les obligeant, pour des d&#233;cennies, &#224; rembourser les emprunts qui ont &#233;t&#233; d&#233;cid&#233;s, le c&#339;ur l&#233;ger, par les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; une pol&#233;mique g&#233;n&#233;rale partant dans tous les sens, comme toujours &#224; notre &#233;poque. Mettons &#224; part le sieur Bayrou et regardons de plus pr&#232;s : qu'y a-t-il de vrai et de faux dans cette accusation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des motifs r&#233;els de mise en cause&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien des arguments pour accuser les boomers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les boomers, c'est en gros la g&#233;n&#233;ration n&#233;e entre 1945 et 1965, &#233;poque de natalit&#233; relativement forte. Ils ont pass&#233; leur vie active, pour faire large, de 1970-75 &#224; ce jour. Une p&#233;riode diff&#233;rente de ce qu'on a appel&#233; les 30 glorieuses (1945-1975), avec laquelle on la confond souvent ; celle-ci a &#233;t&#233; une p&#233;riode de reconstruction et de croissance forte, &#224; faible endettement, c'est celle du nucl&#233;aire et du TGV. Mais o&#249; les boomers n'&#233;taient pas aux commandes, voire encore &#224; l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan &#233;conomique, la p&#233;riode d'activit&#233; des boomers, &#224; partir de 1975, a &#233;t&#233; aussi celle d'un d&#233;rapage progressif : des d&#233;ficits permanents et un endettement continu, essentiellement dus au financement insuffisant de d&#233;penses courantes, avec parfois l'alibi de crises. Ce fut aussi un p&#233;riode de d&#233;cisions politiques d&#233;lirantes : la retraite &#224; 60 ans, les nationalisations, les 35 heures, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu moins favoris&#233;e dans son emploi et ses perspectives que la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente, celle des boomers a &#233;t&#233; dans l'ensemble plus faste que celle qui la suit. Cette g&#233;n&#233;ration a eu sans doute une charge de travail sup&#233;rieure &#8211; mais elle a moins cotis&#233;. Son niveau de vie a &#233;t&#233; favoris&#233; par l'absence de vraies mesures de redressement. Et elle touche sa retraite au moment o&#249;, compar&#233; aux actifs, le niveau en est particuli&#232;rement &#233;lev&#233;. Enfin, un nombre appr&#233;ciable de ses membres a pu se constituer un patrimoine cons&#233;quent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit donc bien comment peut se b&#226;tir un r&#233;quisitoire : gr&#226;ce &#224; une lente d&#233;rive jamais corrig&#233;e, on leur a financ&#233; par la dette une vie et une fin de vie confortables, sans qu'ils aient &#224; payer cette dette &#224; l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait ajouter &#224; cela la responsabilit&#233; centrale de cette g&#233;n&#233;ration dans la mutation anthropologique de la fin des ann&#233;es 60, symbolis&#233;e par 1968 : la jeunesse de l'&#233;poque, ce sont les boomers. On ne construit plus, on revendique et on jouit. Et le niveau &#233;ducatif s'effondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant ce n'est pas si simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Objections et d&#233;bats&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est facile d'objecter d&#233;j&#224; que ce tableau est trop globalisant. Ce qu'on appelle g&#233;n&#233;ration est loin d'&#234;tre homog&#232;ne, et il faudrait une analyse bien plus fine pour r&#233;ellement comparer les itin&#233;raires de vie et de carri&#232;re des uns et des autres, compar&#233;s avec la situation actuelle. Il y a &#233;videmment des boomers qui vivent mal et ne sont en rien des privil&#233;gi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse que donnent cependant le plus souvent les boomers est : ce n'est pas nous, ce sont les gouvernements qui ont fait n'importe quoi. En soi, il est vrai que les gouvernements de cette longue p&#233;riode ont &#233;t&#233; globalement mauvais et irresponsables, qu'ils soient &#233;tiquet&#233;s &#224; gauche ou &#224; droite. Il est n&#233;anmoins facile de mettre toute la responsabilit&#233; sur ces dirigeants seuls. Outre qu'ils ont &#233;t&#233; &#233;lus par quelqu'un, ils ont eu &#224; g&#233;rer une situation qui &#233;tait fonction de l'&#233;tat de l'opinion. Et les boomers n'ont jamais &#233;t&#233; majoritaires dans l'&#233;lectorat. Il suffit de rappeler les al&#233;as des r&#233;formes successives des retraites, &#224; commencer par celle de Jupp&#233; en 1995, pour mesurer les obstacles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, dans tous ces processus les boomers n'ont pas &#233;t&#233; seuls. Il n'y a pas eu une g&#233;n&#233;ration qui a d&#233;rap&#233;, suivie par une prise de conscience chez celles qui ont suivi. La France active d'aujourd'hui, d&#233;sormais sans boomers, n'est pas mieux g&#233;rable qu'avant. Et les g&#233;n&#233;rations actuelles ne paraissent pas avoir reni&#233; tous les errements de celle d'avant, tant s'en faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc les boomers ont plus largement profit&#233; dans leur ensemble de ces 50 ann&#233;es et restent plut&#244;t avantag&#233;s, la responsabilit&#233; de la d&#233;rive collective est largement partag&#233;e. D&#232;s lors, en pratique, faire le proc&#232;s global de toute une g&#233;n&#233;ration n'a pas beaucoup de sens et risque de ne pas mener tr&#232;s loin. On le voit mieux en &#233;voquant les questions concr&#232;tes qui se posent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'en d&#233;duire aujourd'hui ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, deux questions majeures se posent aujourd'hui au niveau collectif : les retraites et la dette. On pourrait &#233;voquer aussi les patrimoines, mais si c'est en termes d'in&#233;galit&#233;s, cela d&#233;passe et de beaucoup les seuls boomers. Ceux-ci ne sont directement en cause que sous l'angle de l'h&#233;ritage, qui est plus micro&#233;conomique que global : il faudrait certainement faciliter les transmissions aux g&#233;n&#233;rations suivantes, mais cela ne changerait pas radicalement la situation d'ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant des retraites, la question cruciale est : quel est le niveau de retraites qui serait &#224; la fois d&#233;sirable et soutenable ? Jusqu'ici, seule l'Agirc-Arrco a trouv&#233; un &#233;quilibre. Pour le reste, bien au-del&#224; des boomers, il y a eu et il reste un consensus g&#233;n&#233;ral pour r&#233;former au minimum, et donc pas assez. Sans &#233;voquer tout ce sujet complexe, il est manifeste que le niveau actuel de la plupart des retraites doit &#234;tre ajust&#233; (les plus faibles mises &#224; part), notamment en jouant sur l'inflation ; les curseurs d'&#226;ge doivent &#234;tre d&#233;plac&#233;s, les privil&#232;ges d'une partie du secteur public au sens large &#233;limin&#233;s. En outre, il faut revoir certains traitements fiscaux comme l'abattement de 10% au titre de l'imp&#244;t sur le revenu ou les diff&#233;rences entre actifs et retrait&#233;s pour la CSG. Sur tous ces points, les boomers sont les premiers int&#233;ress&#233;s, puisqu'ils ont d&#233;sormais l'&#226;ge de la retraite ; mais il s'agit de mettre en place un syst&#232;me &#233;quitable, pas de les cibler comme tels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dette est une autre question, plus complexe. M&#234;me si elle n'a pas techniquement &#224; &#234;tre rembours&#233;e comme pour un particulier, elle p&#232;se lourdement et p&#232;sera encore plus &#224; l'avenir : ce sont les int&#233;r&#234;ts dus, c'est le besoin de trouver chaque ann&#233;e des refinancements, c'est le fait qu'elle rend tr&#232;s difficiles de nouveaux investissements. Sans parler du risque de crise, qui est &#233;lev&#233;. Il est de fait qu'elle a &#233;t&#233; contract&#233;e &#224; une &#233;poque o&#249; les boomers &#233;taient actifs. Mais, de nouveau, ils n'&#233;taient pas les seuls, loin de l&#224;. Elle est notamment aujourd'hui plus du triple de ce qu'elle &#233;tait en 2000 ; or pendant la p&#233;riode en cause, 2000-2025, les boomers &#233;taient minoritaires et n'avaient en g&#233;n&#233;ral pas de traitement particulier. L'exception, ce sont les retraites, puisque c'est eux qui profitent d'un syst&#232;me, m&#234;me si tous l'ont voulu ; raison de plus pour agir sur ce point. Mais cela ne traitera qu'une partie de la question. En r&#233;alit&#233;, c'est toute la communaut&#233; nationale qui doit fournir un effort pour ne pas laisser ce fardeau aux g&#233;n&#233;rations futures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Distinguons donc deux questions : le jugement historique que l'on peut porter sur une p&#233;riode de l'histoire d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre les mesures concr&#232;tes &#224; prendre. Celles-ci sont urgentes et concernent tous, m&#234;me si les boomers sont plus impact&#233;s. Et donc, aborder le sujet sous l'angle d'un conflit de g&#233;n&#233;rations n'est pas la bonne m&#233;thode : l'urgence, c'est de retrouver d&#232;s que possible les conditions d'un &#233;quilibre. Juste et durable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Peu importe Bayrou : la menace de la dette est bien r&#233;elle.</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Peu-importe-Bayrou-la-menace-de-la-dette-est-bien-reelle.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Peu-importe-Bayrou-la-menace-de-la-dette-est-bien-reelle.html</guid>
		<dc:date>2025-08-29T08:05:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise dette</dc:subject>
		<dc:subject>Crise fran&#231;aise</dc:subject>
		<dc:subject>Dette publique</dc:subject>
		<dc:subject>Euro</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le gouvernement Bayrou aux abois dramatise encore son message sur la menace de la dette fran&#231;aise. Par r&#233;action politiques et journalistes, de plus en plus nombreux, vous expliquent qu'il n'y a pas de probl&#232;me ou qu'il reste interne, purement entre Fran&#231;ais. Mauvaise pioche. &lt;br class='autobr' /&gt;
Que le gouvernement Bayrou ait &#233;chou&#233; est un fait ; qu'Emmanuel Macron ait une &#233;crasante responsabilit&#233;, de m&#234;me. D'o&#249; un crise politique majeure. Mais dire que la dette ne repr&#233;sente pas une menace croissante et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Dette-publique-budget-fiscalite-.html" rel="directory"&gt;Dette publique et crises&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Crise-dette-+.html" rel="tag"&gt;Crise dette&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Crise-francaise-+.html" rel="tag"&gt;Crise fran&#231;aise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Dette-publique-+.html" rel="tag"&gt;Dette publique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Euro-+.html" rel="tag"&gt;Euro&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/deadline-6575676_640.webp?1787417297' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le gouvernement Bayrou aux abois dramatise encore son message sur la menace de la dette fran&#231;aise. Par r&#233;action politiques et journalistes, de plus en plus nombreux, vous expliquent qu'il n'y a pas de probl&#232;me ou qu'il reste interne, purement entre Fran&#231;ais. Mauvaise pioche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le gouvernement Bayrou ait &#233;chou&#233; est un fait ; qu'Emmanuel Macron ait une &#233;crasante responsabilit&#233;, de m&#234;me. D'o&#249; un crise politique majeure. Mais dire que la dette ne repr&#233;sente pas une menace croissante et potentiellement d&#233;vastatrice est un signe de c&#233;cit&#233; grave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ancien secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral du Club de Paris, qui traite justement les questions de dette, j'ai &#233;voqu&#233; la question depuis longtemps (comme bien d'autres) et notamment encore en fin 2024 &lt;a href='https://www.pierredelauzun.fr/Dette publique fran&#231;aise : le sympt&#244;me d'un mal politique - Pierre de Lauzun | Le blog officiel' class=&#034;spip_url&#034;&gt;Dette publique fran&#231;aise : le symp...&lt;/a&gt; et &lt;a href='https://www.pierredelauzun.fr/La dette fran&#231;aise, risque g&#233;opolitique - Pierre de Lauzun | Le blog officiel' class=&#034;spip_url&#034;&gt;La dette fran&#231;aise, risque g&#233;opol...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord fondamentalement, hors crise grave ou guerre, il n'y a aucun sens &#224; financer par la dette des d&#233;penses courantes, comme nous le faisons depuis 50 ans. Les autres aussi, mais nous plus encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite nous nous endettons en grande partie &#224; l'&#233;tranger, bien plus que les autres. Nous nous sommes mis dans la d&#233;pendance des march&#233;s. Et d'autant plus que nous ne contr&#244;lons pas notre monnaie, l'euro, qui est g&#233;r&#233;e au niveau de l'Union europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin parce que l'Etat est en d&#233;ficit m&#234;me avant paiement des int&#233;r&#234;ts et emprunte donc chaque fois plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi alors ce petit jeu continue-t-il ? Parce que nous parvenons &#224; emprunter chaque ann&#233;e plus aupr&#232;s des march&#233;s, d'abord pour payer le d&#233;ficit de l'ann&#233;e, ensuite et surtout pour rembourser les emprunts tombant &#224; &#233;ch&#233;ance cette ann&#233;e-l&#224;. Comment est-ce possible ? Pour deux raisons principales. D'abord &#233;videmment du fait du maintien d'une richesse relative du pays. Ensuite et surtout gr&#226;ce au parapluie europ&#233;en : un avantage apparent, qui se r&#233;v&#232;le &#234;tre en r&#233;alit&#233; une calamit&#233;, puisqu'il aveugle &#224; la fois les Fran&#231;ais et les march&#233;s, comme il l'avait fait avant 2010 notamment pour la Gr&#232;ce. Voir ici &lt;a href='https://www.pierredelauzun.fr/L'Euro ensorceleur - Pierre de Lauzun | Le blog officiel' class=&#034;spip_url&#034;&gt;L'Euro ensorceleur - Pierre de La...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les arbres ne montent pas jusqu'au ciel. Et un enfant de 10 ans comprendrait qu'en demandant chaque ann&#233;e plus sans am&#233;liorer sa situation, un jour la branche cassera. Quand ? On ne sait pas. Les march&#233;s ne sont rationnels au mieux qu'&#224; long terme. Mais sans changement de cap cela arrivera, et ce sera d&#233;vastateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il est triste de voir un chroniqueur de talent des Echos, en g&#233;n&#233;ral mieux inspir&#233;, vous expliquer doctement (le 29 ao&#251;t 2025) que le FMI n'interviendra pas, avec tout ce que cela signifie d'aust&#233;rit&#233;, parce que la France n'a pas de probl&#232;me de balance des paiements courants, contrairement aux pays qui y ont eu recours. Car &#224; c&#244;t&#233; de cette balance, il y a celle des capitaux. Et si la France n'arrive plus &#224; emprunter pour payer les dettes qui tombent &#224; &#233;ch&#233;ance, elle aura un probl&#232;me majeur et devra trouver de l'argent. Soit aupr&#232;s du FMI - avec d'autres, soit sans argent FMI mais avec un programme d'ajustement de type FMI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc l&#224; o&#249; par le pass&#233; le d&#233;s&#233;quilibre venait en g&#233;n&#233;ral de la balance des paiements courants (celle des biens et services) , la France inaugurerait une formule nouvelle, fruit de l'accumulation d&#233;mentielle de dette publique qui caract&#233;rise la plupart des pays, mais o&#249; elle est champion : la crise de solvabilit&#233; pure d'un joueur qui ne sait pas s'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Concurrence fiscale et sociale : quel syst&#232;me international et europ&#233;en veut-on ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Concurrence-fiscale-et-sociale-quel-systeme-international-et-europeen-veut-on.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Concurrence-fiscale-et-sociale-quel-systeme-international-et-europeen-veut-on.html</guid>
		<dc:date>2025-08-27T14:47:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Solidarit&#233; nationale</dc:subject>
		<dc:subject>Paradis fiscaux</dc:subject>
		<dc:subject>Syst&#232;me international</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La diversit&#233; des syst&#232;mes &#233;conomiques et sociaux au sein de la soci&#233;t&#233; internationale pose un probl&#232;me majeur, qui n'est que rarement &#233;voqu&#233; dans toute son ampleur et sa signification. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est d'abord &#233;videmment le cas bien connu des paradis fiscaux et juridictions non coop&#233;ratives, fa&#231;on &#238;les antillaises. Mais la question est plus g&#233;n&#233;rale. D&#233;j&#224; dans le fiscal pur, au sein de l'Europe on a les cas de l'Irlande et du Luxembourg. Le niveau de richesse atteint par ces divers pays est d&#251; en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Fiscalite-41-.html" rel="directory"&gt;Fiscalit&#233;&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Solidarite-nationale-+.html" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; nationale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Paradis-fiscaux-+.html" rel="tag"&gt;Paradis fiscaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Systeme-international-+.html" rel="tag"&gt;Syst&#232;me international&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/business-man-6640060_1280.webp?1787417294' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La diversit&#233; des syst&#232;mes &#233;conomiques et sociaux au sein de la soci&#233;t&#233; internationale pose un probl&#232;me majeur, qui n'est que rarement &#233;voqu&#233; dans toute son ampleur et sa signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'abord &#233;videmment le cas bien connu des paradis fiscaux et juridictions non coop&#233;ratives, fa&#231;on &#238;les antillaises. Mais la question est plus g&#233;n&#233;rale. D&#233;j&#224; dans le fiscal pur, au sein de l'Europe on a les cas de l'Irlande et du Luxembourg. Le niveau de richesse atteint par ces divers pays est d&#251; en partie appr&#233;ciable &#224; une politique fiscale qu'on peut qualifier de pr&#233;datrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tol&#233;rance &#224; l'&#233;gard de telles pratiques est une aberration. Et &#224; un certain stade, c'est la reconnaissance m&#234;me de ces pays et de leurs pratiques qui doit &#234;tre remise en cause, y compris dans leur validit&#233; juridique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ne doit pas emp&#234;cher inversement les pays &#224; fiscalit&#233; d&#233;lirante, comme la France &#224; revoir aussi leur copie, dans l'autre sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les paradis fiscaux &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par les paradis fiscaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'imp&#244;t peut-il &#234;tre dit juste, d&#232;s lors que le syst&#232;me politique et fiscal &#224; l'&#233;chelle mondiale tol&#232;re des paradis fiscaux, abondamment utilis&#233;s par les soci&#233;t&#233;s et les tr&#232;s gros revenus ? La question doit &#234;tre pos&#233;e, car on assiste &#224; de vrais scandales. Je l'avais &#233;voqu&#233;e d&#232;s mars 2013 dans un article publi&#233; sous le titre &#171; Paradis fiscaux : une hypocrisie bien commode &#187; (voir &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Paradis-fiscaux-une-hypocrisie-bien-commode.html&#034; class=&#034;spip_url auto&#034; rel=&#034;nofollow&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Paradis-fiscaux-une-hypocrisie-bien-commode.html&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les paradis fiscaux sont des boucs &#233;missaires bien commodes. D'autant plus commodes qu'on ne prend pas les mesures qui permettraient leur disparition&#8230;. Ce qui frappe c'est l'hypocrisie dont font preuve les Etats qui pr&#233;tendent les d&#233;noncer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'entend-on par paradis fiscaux ? Des pays dont l'activit&#233; principale est d'utiliser une l&#233;gislation extr&#234;mement accommodante, fiscale, juridique et autre, pour qu'on localise chez eux des op&#233;rations qui seraient sinon domicili&#233;es ailleurs. On vise au minimum quelques &#238;les plus ou moins exotiques qui vont d'Antigua, des Bermudes, des Ca&#239;mans ou de Nauru pour ne citer qu'elles, jusqu'&#224; Jersey et Guernesey. Mais le terme peut s'appliquer aussi &#224; quelques Etats moins n&#233;gligeables - dont certains sont au centre de l'Europe quand ils ne sont pas membres de l'Union europ&#233;enne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Comment est-il possible &#224; un pays d'&#234;tre un paradis fiscal ? Bien s&#251;r c'est d'abord par choix. Mais cela n'a d'effet que pour autant que les autres pays reconnaissent la validit&#233; des op&#233;rations qu'il abrite. Aucune entreprise &#233;tablie ailleurs n'effectuerait, directement ou via une filiale, une activit&#233; financi&#232;re ou autre dans un paradis fiscal si la validit&#233; des transactions ainsi domicili&#233;es n'&#233;tait pas reconnue dans son pays d'origine ou les autres pays &#8216;normaux'. On sait fort bien qu'il n'y a en r&#233;alit&#233; aucune activit&#233; bancaire ou financi&#232;re dans ces territoires. Les op&#233;rations qui y sont log&#233;es juridiquement et fiscalement sont enti&#232;rement mont&#233;es et d&#233;cid&#233;es ailleurs : les &#238;les Ca&#239;mans par exemple, o&#249; l'on trouvera tout au plus quelques juristes ou comptables, sont le r&#233;ceptacle d'op&#233;rations initi&#233;es &#224; New York. Si donc les &#201;tats-Unis ne reconnaissaient pas la validit&#233; juridique des op&#233;rations enregistr&#233;es aux &#238;les Ca&#239;mans, elles se videraient du jour au lendemain. L'enjeu est l&#224;... C'est d'abord aux gouvernements des pays industrialis&#233;s de prononcer leur jugement sur la situation de ces pays et cons&#233;quemment d'accepter ou non de reconna&#238;tre la validit&#233; juridique des transactions effectu&#233;es avec ou chez eux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans bien des cas, on peut remettre m&#234;me en cause le statut de pays qu'on a lib&#233;ralement reconnu &#224; des confettis insignifiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tol&#233;rance extraordinaire dont b&#233;n&#233;ficient ces entit&#233;s laisse planer un doute s&#233;rieux sur la volont&#233; des autres pays de vraiment lutter contre ces pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et plus encore quand on connait les facilit&#233;s extraordinaires que cela donne au blanchiment d'argent et aux trafics illicites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question plus g&#233;n&#233;rale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de ces cas extr&#234;mes se pose en mati&#232;re &#233;conomique la question de la cohabitation sur la plan&#232;te de pays dont les r&#233;gimes l&#233;gaux, r&#232;glementaires, sociaux et fiscaux sont tr&#232;s diff&#233;rents, et qui cependant posent le principe de la libre circulation des capitaux et des biens et services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand des pays r&#232;glementent des activit&#233;s, autorisant certaines et interdisant d'autres, normalisant beaucoup d'entre elles, c'est pour certaines raisons. Elles peuvent &#234;tre contestables, mais beaucoup d'entre elles sont justifi&#233;es dans leur principe. Il est alors contradictoire d'admettre l'entr&#233;e de produits ou de services qui ne les respectent pas, soit par nature, soit selon les conditions de leur production. De m&#234;me, le syst&#232;me fiscal et le syst&#232;me social pr&#233;voient une certaine contribution des entreprises ou des personnes &#224; des d&#233;penses communes. Si on se place du point de vue des pays o&#249; ces syst&#232;mes sont en place, il y a une grande contradiction &#224; admettre l'entr&#233;e de produits ou de services qui n'ont pas pay&#233; cette contribution dans les lieux de production et sont donc bien moins chers. Ou qui se localisent dans ces pays pour r&#233;duire leur charge fiscale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple parfaitement caricatural de cette situation est l'Union europ&#233;enne, qui a &#233;rig&#233; en dogme absolu la libre circulation des capitaux, mais n'assure que le degr&#233; minimum d'harmonisation fiscale (surtout sur la TVA, et encore). D'o&#249; une aberration comme l'Irlande, qui a des taux d'imposition sur les soci&#233;t&#233;s extr&#234;mement bas, et attire &#233;norm&#233;ment d'activit&#233;s et de si&#232;ges sociaux, notamment d'entreprises non europ&#233;ennes et en particulier am&#233;ricaines. Gr&#226;ce aux prix de transfert, elles concentrent leurs profits sur ce pays. Une telle situation est un scandale. Et le Luxembourg n'en est pas loin. R&#233;sultat : ces pays ont atteint en peu d'ann&#233;es un niveau de richesse par habitant massivement sup&#233;rieur &#224; celui des autres pays de l'Union. Il ne s'agit pas ici de dire que cela ne s'explique que par leur politique fiscale et autre ; mais il est ind&#233;niable qu'elle y a jou&#233; et joue une r&#244;le important, et parfaitement anormal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple : la pharmacie. Selon les Echos, &#171; L'Irlande est responsable &#224; elle seule de 46 des 82 milliards de dollars de d&#233;ficit commercial des Etats-Unis avec l'Union europ&#233;enne dans le domaine pharmaceutique &#187;. Chaque ann&#233;e au niveau mondial, tous secteurs d'activit&#233; confondus, &#171; les multinationales am&#233;ricaines d&#233;clarent un b&#233;n&#233;fice de 325 milliards de dollars dans sept juridictions &#224; faible fiscalit&#233; (Bermudes, &#238;les Ca&#239;mans, Irlande, Luxembourg, Pays-Bas, Singapour et Suisse) et de seulement 50 milliards dans sept des plus grandes &#233;conomies mondiales (Chine, France, Allemagne, Inde, Italie, Japon et Espagne) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;largir la question au cas de pays adoptant un mode de fonctionnement politique et social anormal, mais qui leur donne un avantage dans la comp&#233;tition internationale. Ainsi en mati&#232;re sociale ou environnementale. Un pays qui maintient sa force de travail dans une situation de mis&#232;re (en regard de son niveau de d&#233;veloppement), ou qui utilise une arm&#233;e de r&#233;serve industrielle, en tout cas une main d'&#339;uvre &#224; sa disposition, n'est pas seulement condamnable du point de vue interne ; c'est aussi un mauvais partenaire pour les autres pays, un sorte de tricheur. Que dire alors d'un Duba&#239; o&#249; l'essentiel de la main d'&#339;uvre est &#233;trang&#232;re et pr&#233;caire ? On peut b&#226;tir l&#224;-dessus une prosp&#233;rit&#233; insolente et attirer des cohortes de milliardaires ; on n'est pas un pays normal. Et il n'y a pas de raison que les autres vous traitent comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous pla&#231;ons ici du point de vue des autres pays, qui subissent ce genre de comportement. Bien entendu dans tous ces cas, il faut s'interroger d'abord sur sa propre r&#233;glementation, et par exemple sur sa pression fiscale. Notamment en France, champion des pr&#233;l&#232;vements dans tout le monde d&#233;velopp&#233; et ailleurs. C'est &#233;videmment une question majeure. Chacun doit commencer par balayer devant sa porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains, qu'on appelle libertariens, hostiles &#224; toute notion d'intervention publique et m&#234;me de solidarit&#233; sous quelque forme que ce soit, font l'apologie de ces pays en rupture de r&#232;gles. Influents aux Etats-Unis et dans certains milieux de la tech, ils voient d'un bon &#339;il une concurrence fiscale et sociale par le bas, pr&#233;alable pour eux d'une atrophie de tout ce qui est public ; et ils r&#234;vent de zones compl&#233;ments franches, sans &#233;tat. Cela tente aussi bien des milliardaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de fait la lourdeur de certains syst&#232;mes publics, leur arbitraire et leur efficacit&#233; douteuse, apporte de l'eau &#224; leur moulin. Mais inversement, sauf &#224; adopter de telles th&#232;ses, cela ne suffit pas pour r&#233;pondre &#224; la question. En effet, dans bien des cas, m&#234;me si on ajuste son propre syst&#232;me, on conclura qu'il faut quand m&#234;me un vrai niveau de solidarit&#233; et d'encadrement, et il est sup&#233;rieur &#224; celui de ces pays aberrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire alors ? Dans certains cas, on peut avoir un int&#233;r&#234;t &#224; maintenir quand m&#234;me un rapport avec de tels pays, si on y trouve son avantage. Mais sinon la question reste. Or c'est une question de fond, qui touche la nature m&#234;me du syst&#232;me &#233;conomique international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux familles de r&#233;ponses peuvent alors &#234;tre explor&#233;es. C'est d'abord la voie si on peut dire l&#233;gale, internationale : une action commune des pays l&#233;s&#233;s, ou une organisation internationale quelle qu'en soit la nature. C'est ensuite la voie bilat&#233;rale ; notamment douani&#232;re ou r&#233;glementaire. Soit pour remettre juridiquement en question la valeur juridique des op&#233;rations qui se d&#233;roulent dans ces pays. Soit pour les taxer, ou mettre des droits de douane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela suppose un pr&#233;alable mental : cesser de consid&#233;rer qu'un pays peut faire ce qui convient &#224; ses int&#233;r&#234;ts sans consid&#233;ration des autres, et qu'il puisse exiger parall&#232;lement d'&#234;tre trait&#233; comme un membre normal et d&#233;cent de la communaut&#233; internationale. Y compris juridiquement. &lt;br class='autobr' /&gt;
*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note&lt;/i&gt; : On s'est plac&#233; ici au niveau politique et non pas &#224; celui des utilisateurs de ces structures. Pour ces derniers, le jugement &#224; porter varie selon les cas, depuis ceux que la concurrence oblige plus ou moins &#224; recourir &#224; ces m&#233;thodes, jusqu'&#224; ceux qui manifestent par-l&#224; de fa&#231;on coupable leur absence de responsabilit&#233; envers les communaut&#233;s o&#249; elles ont leur activit&#233;. En passant par ceux qui s'abritent devant la reconnaissance juridique de ces structures par leur propre gouvernement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les cryptomonnaies, de vraies monnaies ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Les-cryptomonnaies-de-vraies-monnaies.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Les-cryptomonnaies-de-vraies-monnaies.html</guid>
		<dc:date>2025-07-26T09:02:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Cr&#233;ation mon&#233;taire</dc:subject>
		<dc:subject>Monnaie</dc:subject>
		<dc:subject>cryptomonnaie</dc:subject>
		<dc:subject>Bitcoin</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comme le nom l'indique, la pr&#233;tention principale des cryptomonnaies est d'&#234;tre des monnaies, mais &#233;chappant &#224; tout contr&#244;le public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une monnaie a une triple fonction pour une communaut&#233; : &#233;talon de mesure pour les prix des biens &#233;changeables ; moyen de paiement ; et r&#233;serve de valeur. Elle doit donc &#234;tre stable et adapt&#233;e aux besoins de l'&#233;conomie. Les monnaies officielles, malgr&#233; leur limites, assurent cette fonction, avec l'appui des autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme on va le voir, il para&#238;t exclu que les cryptomonnaies puissent jouer ce r&#244;le. Ce sont pour l'essentiel des supports &#224; sp&#233;culation artificielle, d&#233;connect&#233;s de la r&#233;alit&#233; &#233;conomique &#8211; sauf pour effectuer des transactions opaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la blockchain, utilis&#233;e par les cryptomonnaies et qui permet un &#233;change s&#233;curis&#233; hors contr&#244;le public ou priv&#233;, est une autre question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Finance-12-.html" rel="directory"&gt;Finance et monnaie &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Creation-monetaire-+.html" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation mon&#233;taire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Monnaie-+.html" rel="tag"&gt;Monnaie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-cryptomonnaie-+.html" rel="tag"&gt;cryptomonnaie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Bitcoin-+.html" rel="tag"&gt;Bitcoin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/bitcoin-6024249_640_1_.jpg?1787417294' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet article est sur les cryptomonnaies. Pas principalement sur ce qu'on appelle la blockchain. Les cryptomonnaies ont besoin de la blockchain. Mais celle-ci va au-del&#224; des cryptomonnaies : c'est pour simplifier un m&#233;canisme informatique visant &#224; permettre un &#233;change &#233;chappant &#224; tout contr&#244;le public ou priv&#233;, donc anonyme, et pourtant totalement s&#233;curis&#233; ; ce faisant il peut pr&#233;senter un r&#233;el int&#233;r&#234;t pour de nombreuses questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui caract&#233;rise en revanche une cryptomonnaie, comme le nom l'indique, c'est qu'elle se pr&#233;sente comme un support de valeur financi&#232;re, comme un actif, utilisable comme monnaie. Pour porter un jugement sur ce produit et son utilisation, il faut d'abord rappeler ce qu'est une monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que la monnaie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Classiquement on reconna&#238;t &#224; la monnaie une triple fonction : &#233;talon de mesure pour les prix des biens &#233;changeables ; moyen de paiement ; et r&#233;serve de valeur pour garder disponible de quoi faire une d&#233;pense ult&#233;rieurement. La monnaie doit donc &#234;tre raisonnablement stable dans le temps et disponible de fa&#231;on commode pour &#234;tre stock&#233;e ou pour payer. Son r&#244;le est majeur, puisqu'il structure toute la vie &#233;conomique. On comprend alors qu'il en faut une juste quantit&#233;, qui peut varier en proportion des besoins, mais sans alt&#233;rer de fa&#231;on significative sa relation avec les biens &#233;changeables. Si par exemple il y a trop de monnaie, elle perd sa valeur par rapport aux biens, et ne joue pas bien son r&#244;le. Et alors une part importante de la confiance qui est &#224; la base de la soci&#233;t&#233; est remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; une p&#233;riode r&#233;cente, les monnaies &#233;taient d&#233;finies par rapport &#224; un m&#233;tal pr&#233;cieux. Mais de la monnaie pouvait d&#233;j&#224; et peut &#234;tre cr&#233;&#233;e par les banques &#224; partir de la cr&#233;ation de cr&#233;dit, pour financer des transactions qu'elles jugent fiables. En effet, si je consid&#232;re une promesse de paiement comme fiable, je peux accepter de la recevoir en paiement &#224; la place de la monnaie au sens &#233;troit. Mais ces monnaies bancaires se rapportent n&#233;anmoins &#224; la monnaie officielle, qui sert de juge de paix. A l'&#233;poque actuelle, la situation est dans son principe la m&#234;me, &#224; ceci pr&#232;s que la monnaie officielle ne se relie plus &#224; quoi que ce soit : elle est r&#233;gul&#233;e par les banques centrales, qui contr&#244;lent la monnaie en circulation, notamment par leurs interventions sur les march&#233;s de l'argent, qu'on appelle la politique mon&#233;taire. Car d&#232;s que les banques cr&#233;ent trop d'argent cela peut produire de l'inflation, socialement dangereuse. Et si elles en pr&#234;tent trop peu, cela &#233;touffe l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monnaie est-elle toujours publique ? C'est par excellence une institution sociale au sens large : elle ne fonctionne que si un groupe important de gens, qui &#233;changent entre eux, l'accepte et la reconna&#238;t comme telle. En th&#233;orie elle pourrait exister comme fait social sans qu'une autorit&#233; intervienne. En pratique cependant, dans la quasi-totalit&#233; des cas, la monnaie a &#233;t&#233; et reste d&#233;finie par l'autorit&#233; politique qui lui donne son statut. D'abord l'Etat ne peut se d&#233;sint&#233;resser de la monnaie, qui est vitale pour l'&#233;conomie du pays. Une monnaie publique a pour elle le fait que la puissance publique appuie sa reconnaissance : des textes obligent &#224; l'accepter, et les tribunaux n'accordent la protection de la loi que lorsque la cr&#233;ance est libell&#233;e dans une monnaie reconnue. De plus, l'autorit&#233; peut l'imposer pour tous les actes accomplis avec elle, &#224; commencer par le paiement des imp&#244;ts. Une monnaie publique l&#233;gitime et fonctionnant correctement dispose donc d'un avantage &#233;norme, et s'impose de droit ou de fait. Cela dit, des exemples rares existent de refus de la monnaie officielle en faveur d'une monnaie &#233;trang&#232;re (dollar ou autrefois deutschemark), lorsque la monnaie nationale a perdu sa cr&#233;dibilit&#233;. Mais c'est alors en faveur d'un autre monnaie publique, suppos&#233;e solide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de l'absence de base objective des monnaies actuelles, et de la tentation de les utiliser pour des buts politiques, la situation actuelle n'est pas pleinement satisfaisante, loin de l&#224;. Mais elle fonctionne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La nouveaut&#233; des cryptomonnaies&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire alors des cryptomonnaies ? Prenons le bitcoin, mais ce qu'on va en dire est vrai de toutes. Sans entrer dans une analyse pr&#233;cise, pour simplifier c'est le produit d'un processus informatique utilisant la blockchain. La quantit&#233; de bitcoin existante &#224; un moment donn&#233; n'est donc pas reli&#233;e &#224; une activit&#233; &#233;conomique, encore moins g&#233;r&#233;e par une entit&#233; poursuivant un objectif &#233;conomique, social, politique ou autre. Elle r&#233;sulte de l'algorithme d'un c&#244;t&#233;, de l'activit&#233; des utilisateurs de l'autre. Mais la quantit&#233; disponible est pour les usagers un fait brut. Quant &#224; la valeur du bitcoin, qu'on l'exprime dans une des monnaies actuelles ou par rapport &#224; des biens, elle d&#233;pend exclusivement de l'offre et de la demande de bitcoins, et fluctue d&#232;s lors consid&#233;rablement. L'analogue du bitcoin est ici l'or, dont la production est d&#233;coupl&#233;e pour l'essentiel de l'activit&#233; &#233;conomique, et d&#233;pend de r&#233;alit&#233;s mini&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de l'usager, le bitcoin peut &#234;tre utilis&#233;, en principe avec une s&#233;curit&#233; maximale, sans aucun passage par une entit&#233; quelconque, officielle ou priv&#233;e (banque), qui enregistrerait la transaction : il suffit d'avoir les identifiants voulus et de passer un ordre pour payer. C'est &#233;videmment une grande diff&#233;rence avec les monnaies officielles, dont l'usage passe par une banque, elle-m&#234;me supervis&#233;e. Mais il est important de noter que c'est une fonction diff&#233;rente de la pr&#233;c&#233;dente ; en effet, on peut imaginer des passages par la blockchain permettant des paiements directs dans une monnaie officielle ; de tels dispositifs sont m&#234;me activement envisag&#233;s par les banques centrales ; par ailleurs certaines cryptomonnaies sont rattach&#233;es &#224; une monnaie officielle &#224; travers une institution (banque ou autre) : les stablecoins. L'analogue est cette fois les esp&#232;ces, billets et pi&#232;ces &#8211; qui sont libell&#233;es en monnaie centrale mais eux aussi anonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette deuxi&#232;me dimension est la plus cit&#233;e, soit pour critiquer le bitcoin, puisqu'il permet le blanchiment et le financement des activit&#233;s criminelles (comme les esp&#232;ces, mais en plus pratique et plus fluctuant) ; soit pour en faire l'&#233;loge, puisqu'il n'est en principe pas contr&#244;lable par un &#233;tat malveillant : il peut &#234;tre utilis&#233; dans des circonstances dramatiques (guerre etc.), et il permet d'&#233;conomiser sur les frais de transaction. Mais &#224; nouveau, les m&#234;mes remarques pourraient valoir pour un usage de monnaie nationale ou &#233;trang&#232;re &#224; travers la blockchain. Ce n'est donc pas l&#224; ce qui fait la sp&#233;cificit&#233; du bitcoin en tant que tel. D&#232;s lors, on peut voir avec faveur le d&#233;veloppement de syst&#232;mes de paiement par blockchain (comme d'ailleurs de transactions de tout type) sans se prononcer sur le bitcoin lui-m&#234;me (et ses concurrents). Ajoutons que le caract&#232;re anonyme du bitcoin ne permet aucune personnalisation de son usage (y compris social par exemple), contrairement &#224; une monnaie passant par les circuits ouverts, de type bancaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question intrins&#232;que pos&#233;e par le bitcoin est donc autre : c'est le fait de consid&#233;rer comme un actif et par l&#224; une monnaie quelque chose qui est fabriqu&#233; par un programme informatique &#233;chappant &#224; tout pilotage et sans lien avec l'activit&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les cryptomonnaies sont-elles l&#233;gitimement des actifs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique du bitcoin est au d&#233;part libertarienne : elle vise &#224; cr&#233;er un actif totalement ind&#233;pendant dans son volume comme dans son utilisation tant des banques centrales et des gouvernements que des banques commerciales, et donc non soumis aux al&#233;as politiques ou autres, non reli&#233; &#224; l'endettement, ni aux banques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on dire pour autant que ce serait une bonne monnaie ? On l'a dit, la caract&#233;ristique de celle-ci est de permettre &#224; une communaut&#233; &#233;conomique d'effectuer ses transactions, tout en gardant une relation aussi stable que possible avec les biens et services correspondants, et donc en particulier sa valeur dans le temps. Le m&#233;canisme des monnaies actuelles est bas&#233; sur le cr&#233;dit, et se fonde donc sur une part appr&#233;ciable de l'activit&#233; &#233;conomique ; et il est r&#233;gul&#233; activement par une institution, la banque centrale. Il est donc construit en th&#233;orie pour que la relation entre la monnaie et les biens soit stable. Cela dit, l'efficacit&#233; de cette relation d&#233;pend directement de cette r&#233;gulation, qui peut d&#233;vier de deux mani&#232;res : par erreur de la banque centrale ou mauvais diagnostic (comme avec la crise de 2008) ; ou surtout par pression politique (planche &#224; billets, qu'on a vue sur grande &#233;chelle dans les deux guerres mondiales).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, la production de bitcoin ne se relie pas avec la masse des biens et services produits et &#233;chang&#233;s ; c'est de ce point de vue une donn&#233;e ext&#233;rieure. On l'a dit, en cela elle ressemble &#224; l'or (ou l'argent). Il est vrai que ces derniers ont &#233;t&#233; longtemps des r&#233;f&#233;rences mon&#233;taires - m&#234;me si on ne payait pas directement en poids d'or brut, mais dans une monnaie authentifi&#233;e par le souverain, qui elle-m&#234;me se r&#233;f&#233;rait &#224; l'or. Cela dit, il y a deux diff&#233;rences majeures. L'une, que l'or existe de fa&#231;on objective et a aussi un usage non mon&#233;taire important ; utilis&#233; comme monnaie, on le met en relation avec les divers biens et services, ce qui revient &#224; comparer des biens entre eux sur un march&#233; ; alors que le bitcoin en lui-m&#234;me n'est pas un bien. L'autre, corr&#233;lativement, que la valeur du bitcoin se relie exclusivement &#224; ce qu'en pensent ses usagers : ils pourraient pour une raison quelconque s'en d&#233;tourner compl&#232;tement ; ou au contraire, comme c'est actuellement le cas, le rechercher sp&#233;culativement. Il n'y a aucun ressort de rappel dans la r&#233;alit&#233;. D&#232;s lors, la valeur du bitcoin a fluctu&#233; de fa&#231;on consid&#233;rable depuis ses origines et continue &#224; le faire ; c'est une logique de sp&#233;culation, c'est-&#224;-dire d'anticipations auto-entretenues, qui a d&#233;bouch&#233; dans l'ensemble sur une hausse de valeur &#233;norme, avec des p&#233;riodes de chute brutale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'&#233;tat, ceci le rend donc inapte &#224; la fonction de monnaie. Et si on l'utilisait de plus en plus comme moyen de paiement, son prix monterait rapidement puisque la quantit&#233; produite ne suivrait pas. Par ailleurs on voit mal la soci&#233;t&#233; dans son ensemble recourir comme monnaie de large usage et de r&#233;f&#233;rence &#224; un algorithme qui reste parfaitement opaque (et qui n'est en r&#233;alit&#233; pas immunis&#233; contre tous les risques, car aucun algorithme ne l'est). Par ailleurs, ce n'est pas non plus un vrai investissement, puisque ce n'est ni un bien de consommation ni un bien de production. Cela n'a notamment rien &#224; voir avec un titre de cr&#233;ance et encore moins avec les actions d'une entreprise, qui se relient, eux, &#224; une r&#233;alit&#233; : m&#234;me si on peut sp&#233;culer dessus, le rappel de r&#233;alit&#233; y est donc possible et se produit &#224; un moment ou un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, le terme de cryptomonnaie est donc contestable. La fonction sp&#233;culative au mauvais sens du terme y est largement pr&#233;dominante. Hors militants libertariens, elle est peu compatible avec un usage comme monnaie, sauf pour des transactions qui veulent rester opaques et acceptent pour cela un risque important de fluctuation. Nous retrouvons ce fait de base pour appr&#233;cier un fait &#233;conomique : il doit se relier &#224; un bien r&#233;el et &#224; une communaut&#233; humaine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;seaux sociaux : priorit&#233; &#224; la responsabilisation. Ni censure, ni anonymat, ni algorithmes opaques.</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Reseaux-sociaux-priorite-a-la-responsabilisation-Ni-censure-ni-anonymat-ni.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/Reseaux-sociaux-priorite-a-la-responsabilisation-Ni-censure-ni-anonymat-ni.html</guid>
		<dc:date>2025-01-16T17:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Algorithme</dc:subject>
		<dc:subject>Censure</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;seaux sociaux</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Encore stup&#233;faits par la victoire de Trump et l'activisme d'Elon Musk, nos gardiens du temple politiquement correct d&#233;couvrent le ralliement de Mark Zuckerberg et Meta &#224; la m&#233;thode Musk : plus de censure sur les r&#233;seaux sociaux sauf cas tr&#232;s sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, pour la libert&#233; d'expression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle suppose qu'on assume ses responsabilit&#233;s. Du moins si on ne veut pas naviguer dans des &#233;gouts. Ou nourrir une viralit&#233; d&#233;lirante. Ou subir les manipulations opaques des algorithmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc plus de censure (hors ill&#233;galit&#233;s). Mais plus de pseudonymes. Et transparence des algorithmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Sciences-et-techniques-.html" rel="directory"&gt; Technologies, r&#233;seaux sociaux, transhumanisme&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Algorithme-+.html" rel="tag"&gt;Algorithme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Censure-+.html" rel="tag"&gt;Censure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Reseaux-sociaux-+.html" rel="tag"&gt;R&#233;seaux sociaux&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Encore stup&#233;faits par la victoire de Trump et l'activisme d'Elon Musk, nos gardiens du temple politiquement correct d&#233;couvrent le ralliement de Mark Zuckerberg et Meta &#224; la m&#233;thode Musk : pas de censure sur les r&#233;seaux sociaux sauf cas tr&#232;s sp&#233;cifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; d'expression est en soi une bonne cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que la r&#233;alit&#233; des r&#233;seaux sociaux soul&#232;ve de vraies interrogations si on ne veut pas devoir naviguer dans des &#233;gouts, ou subir des d&#233;rives de viralit&#233;. Cela pose en effet deux grandes familles de questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; des utilisateurs, la responsabilit&#233; &#224; l'&#233;gard de ce qu'on &#233;crit et publie. Du c&#244;t&#233; des r&#233;seaux, l'opacit&#233; plus ou moins manipulatrice et int&#233;ress&#233;e de leurs algorithmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les usagers sont responsables de ce qu'ils disent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On souligne &#224; raison la prolif&#233;ration sur les r&#233;seaux sociaux d'informations fausses, de paroles haineuses, ou m&#234;me d'images truqu&#233;es, ce qui devient &#224; la port&#233;e de tout un chacun avec ChatGPT et autres. En soi, il n'y a l&#224; rien de nouveau sous le soleil. Il suffit de rappeler les gravures diffamatoires visant Marie-Antoinette juste avant la R&#233;volution. La grande nouveaut&#233;, outre la facilit&#233; de fabrication de faux, est surtout l'&#233;norme diffusion qu'il est possible d'atteindre, par l'existence m&#234;me du r&#233;seau, et ensuite si on cr&#233;e un effet de viralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par cela qu'ont &#233;t&#233; justifi&#233;es les proc&#233;dures de filtrage ou censure, souvent trait&#233;es sous l'euph&#233;misme de v&#233;rification des faits (fact-checking). Avec le r&#233;sultat d'une part d'une efficacit&#233; douteuse, et d'autre part de tomber sous l'accusation de contr&#244;le id&#233;ologique. Chacun sait que le terme de &#171; discours de haine &#187; vise en pratique prioritairement toute remise en cause un peu vive de l'immigration, de l'islam, ou de l'id&#233;ologie woke, entre autres. Mais censurer la critique de l'immigration sous pr&#233;texte de messages &#8216;haineux' ou &#8216;sulfureux' n'est pas acceptable (sauf violence). Et m&#234;me, Mark Zuckerberg a confirm&#233; qu'il avait re&#231;u des instructions pr&#233;cises de l'administration am&#233;ricaine de filtrer toutes les critiques de la politique de vaccination massive &#224; l'&#233;poque Covid, ou des donn&#233;es sur le fils Biden. Tout cela n'est pas transparent, et franchement inacceptable dans un contexte l&#233;gal o&#249; la libert&#233; d'expression est suppos&#233;e garantie. Et quand le filtrage est fait par Lib&#233;, on ne peut qu'en rire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste inversement que la question existe. N'importe quel abruti peut prendre un pseudonyme et diffuser tout ce qui lui passe par la t&#234;te sans le moindre risque. Or dans la vraie vie, c'est diff&#233;rent. Celui qui &#233;nonce ce genre de chose dans la rue ou au caf&#233; peut avoir une r&#233;action plus ou moins vigoureuse, et peut &#234;tre reconnu. Et celui qui l'&#233;crit est connu soit du public soit au minimum de l'&#233;diteur ou du m&#233;dia. Ce qui est juste. La libert&#233; suppose la responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux choses s'imposent donc. D'un c&#244;t&#233;, l'interdiction des pseudonymes - ou en cas d'utilisation r&#233;guli&#232;re de l'un d'entre eux, l'enregistrement de la personne sous son vrai nom, avec preuve, aupr&#232;s du r&#233;seau. D'o&#249; entre autre l'&#233;limination des robots et faux comptes. D'un autre c&#244;t&#233;, la responsabilit&#233; de celui qui publie sur ses &#233;crits, comme pour une publication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce moment-l&#224;, le besoin de filtrage ne subsiste que pour ce qui est manifestement ill&#233;gal (p&#233;dopornographie, harc&#232;lement, produits illicites, appels au terrorisme, contenus violents etc.). Plus le contr&#244;le par la communaut&#233; des utilisateurs, car cela correspond &#224; ce qui se passe par ailleurs dans la soci&#233;t&#233;. X et Meta se r&#233;clament de cette approche : il faut v&#233;rifier la qualit&#233; de la mise en &#339;uvre, mais le principe en est a priori plus sain qu'une censure id&#233;ologique. Ou que les &#8216;signaleurs de confiance', chers &#224; la r&#232;glementation europ&#233;enne (DSA), et en fait militants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les algorithmes de recommandation des r&#233;seaux sont anormalement opaques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;seaux sociaux pr&#233;sentent ensuite une diff&#233;rence majeure par rapport &#224; tout autre support d'&#233;dition et de communication : les algorithmes par lesquels ils d&#233;cident, dans une opacit&#233; parfaite, de ce qui va &#234;tre pr&#233;sent&#233; au client, du d&#233;roul&#233; des posts, images ou messages, et des publicit&#233;s. Cela vise tous les r&#233;seaux sociaux (Facebook, Instagram, Tiktok et autres), mais aussi &#224; leur fa&#231;on les moteurs de recherche (type Google). En un sens, c'est une n&#233;cessit&#233; : une pr&#233;sentation purement chronologique ou al&#233;atoire ne serait en g&#233;n&#233;ral pas satisfaisante. Mais en r&#233;alit&#233;, les algorithmes de nos r&#233;seaux vont bien au-del&#224; d'un r&#244;le de recommandation qui serait purement affinitaire et bienveillant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point central est que nous avons affaire &#224; des soci&#233;t&#233;s commerciales, qui vivent de publicit&#233; (et de la vente de bases de donn&#233;es, point important mais allant au-del&#224; de notre sujet ici). Qui dit r&#233;mun&#233;ration de la publicit&#233; dit probabilit&#233; que quelqu'un les regardera. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t des r&#233;seaux de maximiser ce regard, ce temps de pr&#233;sence et d'attention. On va donc traiter les posts en calculant la probabilit&#233; qu'ils ont d'attirer l'attention (les crit&#232;res pouvant varier selon les r&#233;seaux : dur&#233;e de visionnage, nombre de &#8216;j'aime' ou de commentaires, inscription dans une tendance, nombre de suiveurs etc.). Outre les cas o&#249; ils sont payants (publicit&#233;s), cela vise la viralit&#233;, au motif que ce qui est beaucoup vu par certains a toutes chances de l'&#234;tre plus encore par d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce syst&#232;me est parfaitement opaque. Et les utilisateurs sont en revanche totalement d&#233;munis par rapport &#224; l'algorithme. Si autrefois vous lisiez une journal marxiste, vous saviez comment ils analysaient les choses, leur grille id&#233;ologique. L&#224; ce n'est pas accessible. Certes, les utilisateurs astucieux s'adaptent et tentent d'influencer les algorithmes, en lui offrant ce qui lui parle le plus, et pour cela on adapte son discours. Ce que trie l'algorithme n'est donc pas une mati&#232;re premi&#232;re neutre : elle est organis&#233;e pour &#234;tre s&#233;lectionn&#233;e par lui. Mais de ce fait, lui doit de son c&#244;t&#233; en permanence s'adapter. Or on ne connait pas plus ces changements que le syst&#232;me de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, les utilisateurs restent et subissent, car l'utilit&#233; du produit (l'usage gratuit du syst&#232;me, l'effet distractif, et surtout le fait de se sentir dans le coup) est bien trop grande - d'autant plus que chaque r&#233;seau social a une sorte de monopole naturel sur son cr&#233;neau. Ce choix se fait sans appr&#233;ciation suffisante de ce que contient r&#233;ellement ce qui est offert. Et surtout l'utilisateur n'a que tr&#232;s peu de moyens de le r&#233;guler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait imaginer que cela implique une certaine individualisation, fonction de ce que le syst&#232;me a pu percevoir des centres d'int&#233;r&#234;t de celui qui regarde. Mais en r&#233;alit&#233;, cela aboutit surtout &#224; faire regrouper ces utilisateurs par classe d'affinit&#233;s. Ces algorithmes replient chacun sur un mod&#232;le statistique moyen, en constituant des petits groupes relativement homog&#232;nes, plut&#244;t consensuels mais mutuellement herm&#233;tiques. Cela joue un r&#244;le ind&#233;niable dans la polarisation des opinions, mais aussi dans leur antagonisation. En m&#234;me temps, ce que le syst&#232;me retient de chacun est en fait une image tr&#232;s r&#233;duite, orient&#233;e en fonction des besoins dudit syst&#232;me. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme dans d'autres domaines comme la mode, la recherche de l'individualit&#233; aboutit &#224; une image tr&#232;s r&#233;ductrice, opaque &#224; l'individualit&#233; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, le syst&#232;me cultive le buzz permanent et donc un mouvement apparent ; d&#232;s lors celui qui passe du temps sur ces r&#233;seaux et y investit affectivement est constamment ballot&#233; en fonction du flux qui lui arrive. Ces algorithmes de r&#233;seaux sociaux r&#233;gissent une bonne partie des interactions entre les personnes dans nos soci&#233;t&#233;s, parfois pendant plusieurs heures par jour. Par l&#224; m&#234;me ils contribuent &#224; fa&#231;onner nos soci&#233;t&#233;s, mais sans aucune forme de responsabilit&#233;, ni de recul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les algorithmes peuvent rendre certains contenus pratiquement invisibles sans les supprimer explicitement, en les rel&#233;guant en bas de la file -ce qui n'est pas imm&#233;diatement perceptible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Transparence et responsabilit&#233; : que faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne condamne pas les r&#233;seaux sociaux dans leur principe. Mais cela conduit &#224; prendre du recul par rapport &#224; leur fonctionnement. Et &#224; rechercher les moyens d'en r&#233;duire l'opacit&#233; et d'instaurer plus de responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, l'opacit&#233; totale de ces algorithmes quasi-monopolistes est anormale. Ils devraient donc publier explicitement et en d&#233;tails la m&#233;thode : ce qui fait qu'un post est privil&#233;gi&#233; dans le d&#233;roul&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite il devrait &#234;tre possible pour l'utilisateur de s&#233;lectionner r&#233;ellement ce qui lui est pr&#233;sent&#233; &#8211; quitte &#224; ce que ce service ne soit pas gratuit. Avec en outre la possibilit&#233; de revisiter les posts plus anciens, comme des articles de journaux qui gardent leur int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les r&#233;seaux devraient &#234;tre responsabilis&#233;s sur les effets de buzz. Cela existe ou a exist&#233; sur les march&#233;s financiers : quand un cours de bourse ou de valeur &#233;volue trop vite de fa&#231;on d&#233;lirante, on arr&#234;te pendant un temps les transactions. De m&#234;me, un buzz suspect devrait conduire &#224; un coupe-feu d'une dur&#233;e raisonnable, r&#233;p&#233;t&#233; si n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il serait souhaitable que des r&#233;seaux alternatifs nouveaux, moins obs&#233;d&#233;s par la publicit&#233; et donc financ&#233;s autrement, offrent une vraie possibilit&#233; de rencontres et d'&#233;changes, bas&#233;s sur des affinit&#233;s reconnues et choisies par les utilisateurs, avec des algorithmes qui soient &#224; leur service et non &#224; celui du buzz et par l&#224; de la maximisation du profit publicitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restera bien s&#251;r toujours l'effet d'addiction et de divertissement sur l'utilisateur. Mais l&#224;, c'est &#224; chacun de se discipliner&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La dette fran&#231;aise, risque g&#233;opolitique</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-dette-francaise-risque-geopolitique.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://www.pierredelauzun.fr/La-dette-francaise-risque-geopolitique.html</guid>
		<dc:date>2024-12-23T17:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise</dc:subject>
		<dc:subject>Dette publique</dc:subject>
		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; pr&#233;c&#233;demment la question de l'endettement public de la France. Voyons comment cela s'inscrit dans le jeu des relations g&#233;opolitiques, et quel est le risque possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'absence de consensus politique et la c&#233;cit&#233; collective &#224; l'&#233;gard de la dette fran&#231;aise ne montrent aucun signe d'am&#233;lioration. Cela ne peut donc pas durer ind&#233;finiment, m&#234;me si on ne sait pas quand la branche cassera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dette est pour l'essentiel libell&#233;e en euros. Mais la France ne contr&#244;le pas sa monnaie, qui est g&#233;r&#233;e en commun par des pays aux int&#233;r&#234;ts et situations financi&#232;res tr&#232;s diff&#233;rents. En cas de crise, la solution ne va donc pas de soi. Et elle impliquerait un grave affaissement, non seulement de la position de la France, mais de l'Europe en g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Dette-publique-budget-fiscalite-.html" rel="directory"&gt;Dette publique et crises&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Crise-+.html" rel="tag"&gt;Crise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Dette-publique-+.html" rel="tag"&gt;Dette publique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Geopolitique-+.html" rel="tag"&gt;G&#233;opolitique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; pr&#233;c&#233;demment la question de l'endettement public, notamment de la France. Sujet maintenant bien familier &#224; tous. Voyons comment cela s'inscrit dans le jeu des relations g&#233;opolitiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des dettes de nature profond&#233;ment nouvelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord qu'il y a eu une expansion g&#233;n&#233;rale de la dette des pays d&#233;velopp&#233;s depuis 40 ans, m&#234;me si les situations varient selon les cas. Mais presque partout il ne s'agissait pas principalement de financer des investissements, mais des d&#233;penses courantes. C'est le signe d'une incapacit&#233; &#224; faire des choix collectifs rationnels. Ce qui n'est jamais de bon augure en termes de puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous cet angle, le facteur majeur est le fait que la plupart de ces pays se financent pour l'essentiel sur les march&#233;s financiers, qui sont volatils et capables de se retourner rapidement. Trop recourir &#224; leurs services comporte donc un risque r&#233;el. Cela dit, dans un premier temps c'est l'inverse qui se produit. En effet il est bien plus facile d'y avoir recours qu'&#224; tout autre source, et beaucoup moins cher. En outre, ils se r&#233;v&#232;lent d'une grande patience, et m&#234;me d'une certaine c&#233;cit&#233; pendant de longues p&#233;riodes. De ce fait, ils n'envoient pas les signaux avertisseurs en temps utile. Mais quand finalement ils per&#231;oivent qu'il y a un probl&#232;me, ils se retournent, et c'est la crise. On l'a vu avec la Gr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des situations tr&#232;s variables&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours en termes de pouvoir, la question est tr&#232;s diff&#233;rente selon la monnaie et les cr&#233;anciers. Les pays endett&#233;s dans une autre monnaie que la leur, principalement les pays en d&#233;veloppement, ont connu r&#233;guli&#232;rement des crises de la dette depuis plus de 40 ans. Et cela s'est traduit par des restructurations humiliantes et co&#251;teuses. Pour une souverainet&#233;, c'est une rude &#233;preuve. A l'inverse, on a les pays endett&#233;s dans leur propre monnaie. On passera sur les d&#233;tails, mais comme ils contr&#244;lent leur monnaie, qui sont d&#233;sormais de pure convention, ils ne peuvent en principe pas avoir de vraie crise des paiements, puisqu'ils pourront toujours faire des dollars, yens, livre ou autres pour payer. Quitte &#224; subir une hyper inflation et une crise des changes : ce serait &#233;videmment un &#233;v&#233;nement majeur, mais cela leur laisserait un contr&#244;le relatif de leurs d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il y a enfin un cas tr&#232;s particulier, celui des pays de l'Union europ&#233;enne. Ils ne sont pas endett&#233;s &#224; proprement parler dans leur monnaie nationale, car l'euro est commun et g&#233;r&#233; par la BCE. Or les d&#233;cisions de celle-ci r&#233;sultent d'un &#233;quilibre entre des positions diverses ; les politiques internes de ces pays sont tr&#232;s diff&#233;rentes et leur niveau d'endettement tr&#232;s variable ; leurs int&#233;r&#234;ts divergent donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A proprement parler, on ne sait donc pas d&#233;terminer &#224; l'avance comment une crise significative se r&#232;glera en zone euro. De plus, en principe, la BCE ne finance pas les Etats ; m&#234;me si en pratique elle l'a fait indirectement, par achats sur le march&#233; secondaire, mais avec des limites. C'est donc une situation sans &#233;quivalent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas de la France&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, la dette de la France est un cas particulier. Sa dette cro&#238;t sans cesse, en valeur absolue et relative, du fait de d&#233;ficits constamment sup&#233;rieurs &#224; la croissance du PNB. Cela fait des ann&#233;es que de nombreuses voix autoris&#233;es avertissent du risque croissant que cela repr&#233;sente. Mais sans &#233;cho r&#233;el, ni des politiques, ni sur les march&#233;s. Ce n'est que tout r&#233;cemment qu'on commence, et encore, ce n'est pas &#224; la mesure du probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les causes, deux principales. D'un c&#244;t&#233;, une incapacit&#233; toute particuli&#232;re &#224; mettre de l'ordre dans ses affaires et &#224; se r&#233;former, qui ne date pas d'hier. D'un autre c&#244;t&#233;, d'une situation favorable sur les march&#233;s, car la France a longtemps &#233;t&#233; per&#231;ue comme un brillant second de l'Allemagne. Or dans le syst&#232;me financier mondial des sommes colossales doivent &#234;tre plac&#233;es, et dans une proportion appr&#233;ciable sans risque ; les professionnels ont donc besoin d'une dette publique jug&#233;e telle. Mais l'Allemagne n'emprunte pas assez et sa p&#233;riph&#233;rie non plus. Restait donc la France, qui en a bien profit&#233; et abus&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, les arbres ne montent pas jusqu'au ciel, et on ne peut continuer &#224; emprunter ind&#233;finiment, de fa&#231;on de plus en plus &#233;lev&#233;e. Cela casse forc&#233;ment un jour, m&#234;me si on ne peut le pr&#233;voir avec pr&#233;cision. Un enfant de 10 ans peut le comprendre. Et quand, en plus, on se r&#233;v&#232;le politiquement ingouvernable, on tente le diable. Surtout si on est en Europe la seule &#224; continuer dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que peut-il se passer maintenant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se placera ici dans l'hypoth&#232;se o&#249; la situation politique ne permet pas de redressement v&#233;ritable &#224; court terme. Dans ce cas, la crise est in&#233;vitable m&#234;me si &#224; nouveau on ne sait pas quand, surtout si comme la France on part d'une image favorable. Bien entendu, une rupture &#233;ventuelle serait pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une p&#233;riode plus ou moins longue de d&#233;gradation, d&#233;j&#224; entam&#233;e, notamment avec hausse du spread (diff&#233;rentiel par rapport &#224; la dette allemande), puis difficult&#233; &#224; lever les capitaux voulus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une hypoth&#232;se concevable mais optimiste, cette d&#233;gradation conduirait &#224; une forme de sursaut, permettant une stabilisation relative, quoiqu'&#224; un tr&#232;s haut niveau de dette, comme en Italie ou en Belgique. Cela resterait une situation risqu&#233;e, mais peut-&#234;tre tenable sur une certaine dur&#233;e, quoique tr&#232;s co&#251;teux ; cela impliquerait aussi qu'on resterait sous la surveillance des march&#233;s. Mais m&#234;me cela supposerait l'arr&#234;t des d&#233;ficits, du moins l'apparition d'un exc&#233;dent primaire du budget, avant service de la dette. Concevable, cette &#233;volution est &#224; ce stade peu probable, au vu de la situation politique fran&#231;aise. Et si cela se faisait en accroissant encore la fiscalit&#233; fran&#231;aise, cela signerait l'&#233;touffement du pays. D&#233;j&#224; d'ailleurs le poids des int&#233;r&#234;ts sera un handicap consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste alors le risque majeur, celui de la crise. On l'a dit, la difficult&#233; des march&#233;s est qu'on ne peut pr&#233;voir avec assurance le moment et les modalit&#233;s d'une crise. Cela d&#233;pend de leur tendance du moment, des histoires qui y circulent (&#8216;stories'), du reste de la situation mondiale etc. Ce n'est donc pas n&#233;cessairement &#224; court terme ; cela peut prendre un temps sensiblement plus long. Mais sauf redressement vigoureux, &#224; un moment donn&#233; il devient impossible de financer les sommes demand&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que la crise en question serait majeure et d&#233;passerait largement le cadre de la France. On l'a vu, elle ne contr&#244;le pas sa monnaie, qui est cog&#233;r&#233;e. En m&#234;me temps, on ne voit pas comment traiter la question sans un volet mon&#233;taire. Il y aura donc ici une question difficile pour ses partenaires dans la BCE, les Allemands en premier lieu. Leur ligne politique exclut en th&#233;orie ce genre d'intervention massive, surtout au profit d'un seul pays, et alors m&#234;me qu'ils se consid&#232;rent, non sans motif de leur point de vue, comme bien mieux g&#233;r&#233;s et plus &#8216;vertueux'. En outre, leurs &#233;lecteurs sont terrifi&#233;s par le spectre, qui est loin d'&#234;tre irr&#233;aliste, d'une forte reprise d'inflation. De plus, les stocks de dettes sont tr&#232;s diff&#233;rents de pays &#224; pays, et donc mon&#233;tiser la dette n'aurait pas du tout le m&#234;me impact partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais restera l'ampleur de la d&#233;flagration. Une action au profit de la France, au vu de son poids en Europe, serait par nature une op&#233;ration &#233;norme, sans pr&#233;c&#233;dent. Outre ce que pourrait faire la BCE, il faudrait jouer sur toute une panoplie : des restructurations de dette, l'action du FMI, peut-&#234;tre d'autres m&#233;canismes &#224; inventer, etc. A cela s'ajouterait surtout ce qu'on appelle une conditionnalit&#233; : une politique de rigueur et d'&#233;conomies, qui dans ces cas est presque n&#233;cessairement grossi&#232;re et brutale &#8211; avec pas mal de casse, non seulement sociale, &#233;videmment, mais aussi par ses effets sur le tissu productif. Compte tenu de ce que l'on sait de la situation sociopolitique fran&#231;aise, cela risque de ne pas &#234;tre &#233;vident du tout et pourrait d&#233;raper gravement. Et d'ailleurs, quel gouvernement assumerait cela ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perspectives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue g&#233;opolitique, une question majeure sera celle de la suite, des effets ult&#233;rieur d'une telle d&#233;rive puis crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France d'abord. On a ici un banc d'essai int&#233;ressant, celui des pays d'Am&#233;rique latine apr&#232;s la crise des ann&#233;es 80. Au Br&#233;sil ou au Mexique, on a eu une stabilisation relative, m&#234;me si on peut en discuter la pertinence. Mais pas en Argentine. Car la culture politique, marqu&#233;e par le p&#233;ronisme, n'a pas v&#233;ritablement chang&#233; (du moins jusqu'&#224; l'exp&#233;rience Milei, en cours). Et le pays a connu crise sur crise, sur tr&#232;s longue dur&#233;e. Dans quelle rubrique la France se situerait-elle ? On craint que ce ne soit pas dans la meilleure case.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe ensuite. Pourquoi la France est-elle un cas, en outre symptomatique ? Il y a bien s&#251;r les causes internes qu'on a cit&#233;es, qui ont jou&#233; un r&#244;le majeur. Mais il y a aussi un lien avec son r&#234;ve europ&#233;en, plus pr&#233;cis&#233;ment avec la mani&#232;re particuli&#232;re dont la classe politique fran&#231;aise a vu l'Europe : elle a gard&#233; en un certain sens des ambitions internationales, bien plus que la plupart des autres pays europ&#233;ens, mais elles les a transf&#233;r&#233;es sur l'Europe. Elle n'a donc pas eu les r&#233;flexes d'un pays ind&#233;pendant, qui sait ne pouvoir compter que sur lui-m&#234;me, et qui d'ailleurs est averti plus t&#244;t de ses errements &#233;ventuels (par des crises de change, par une difficult&#233; &#224; emprunter etc.). Elle a au contraire b&#233;n&#233;fici&#233; d'une monnaie plus forte que ce dont elle est capable, et comme on l'a dit, d'un positionnement avantageux mais artificiel sur les march&#233;s. Et, bien trop introvertie politiquement, elle n'a pas eu non plus le sens de ses responsabilit&#233;s au sein de cette Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or une crise du type de celle qu'on peut craindre remettrait radicalement en cause ce positionnement. Le brillant second deviendrait l'homme malade, pesant sur tous ; ce qui reste &#233;ventuellement de couple franco-allemand serait d&#233;finitivement enterr&#233; ; les ambitions de puissance, s'il en reste, prendraient un coup tr&#232;s rude. On n'est donc pas dans le cas d'une Gr&#232;ce qui serait simplement d&#233;multipli&#233;e par la taille. En supposant m&#234;me que cela n'aboutirait pas &#224; une dislocation des institutions europ&#233;ennes, cela impliquerait un redimensionnement majeur des relations en Europe. Au risque, bien s&#251;r, de voir celle-ci s'affaisser encore un peu plus dans la vuln&#233;rabilit&#233;, l'absence d'ambition et la vassalit&#233; &#224; l'&#233;gard de Washington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma. &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/la-dette-francaise-risque-geopolitique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/la-dette-franc...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
