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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Le progr&#232;s humain suppose une forme de confiance, et par l&#224; d'autorit&#233;</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Le-progres-humain-suppose-une-forme-de-confiance-et-par-la-d-autorite.html</link>
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		<dc:date>2024-07-23T16:13:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Autorit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Confiance et autorit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Faut-il tout comprendre pour adh&#233;rer et donner sa confiance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est clair avec la foi. En fait, r&#233;guli&#232;rement dans nos vies, nous rencontrons des affirmations ou des enseignements qui ne nous sont pas compr&#233;hensibles en l'&#233;tat, mais qui peuvent et doivent &#234;tre pour nous des &#233;l&#233;ments vitaux de progr&#232;s. C'est &#233;vident dans toute l'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela met en &#233;vidence qu'un facteur majeur du progr&#232;s humain, personnel ou collectif, est un &#233;l&#233;ment d'autorit&#233; - bien compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Faut-il tout comprendre pour adh&#233;rer et donner sa confiance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;vangile para&#238;t montrer le contraire. Celui de saint Jean, admirablement analys&#233; par dom Guillerand (&lt;i&gt;Ma&#238;tre, o&#249; demeurez-vous ?&lt;/i&gt;) d&#233;crit notamment l'hostilit&#233; montante des &#8216;Juifs' contre J&#233;sus, et le dilemme qui se pose alors aux disciples. Or dans ce contexte heurt&#233;, ce qui frappe est le langage sans concession de J&#233;sus : il pose clairement la question d'un choix absolu &#224; faire entre l'adh&#233;sion &#224; sa personne et son message, ou le refus ; et il le fait avec des affirmations qui paraissent faites pour d&#233;router et rebuter les Juifs en question. Ainsi quand il parle sans plus d'explication de manger son corps et boire son sang pour &#234;tre sauv&#233;, ou quand il s'affirme de fait comme Dieu (&#8216;avant qu'Abraham fut, je suis'), dans un monde o&#249; c'&#233;tait impensable. Le seul &#233;l&#233;ment d'argumentation qu'il propose se r&#233;f&#232;re &#224; ses miracles et &#224; son absence de p&#233;ch&#233; ; mais cela ne suffit pas pour faire adh&#233;rer aux propositions pr&#233;c&#233;dentes. C'est qu'il faut pour cela la foi, l'adh&#233;sion &#224; sa personne, la confiance plac&#233;e en lui, bien au-del&#224; du contenu imm&#233;diat de ses paroles, et malgr&#233; l'incompr&#233;hension qu'elles suscitent. Une foi qui demandait d'ailleurs &#224; ces disciples bien plus que ce qu'elle demandera par la suite, apr&#232;s la r&#233;surrection.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La foi implique une adh&#233;sion de confiance qui est hors de port&#233;e de ceux qui n'ont pas cette gr&#226;ce. Une des cons&#233;quences de ce fait est que le chemin qui peut &#234;tre fait par des croyants avec des non-croyants, tout en &#233;tant justifi&#233;, est n&#233;cessairement partiel et atteint &#224; un moment sa limite. Dans les affaires de la cit&#233;, cela s'arr&#234;te &#224; ce qui peut &#234;tre atteint (dans le meilleur des cas) par la raison naturelle. Cela n'implique pas de taire sa foi, au risque de l'incompr&#233;hension : la manifester donne en effet une chance &#224; l'interlocuteur d'&#234;tre touch&#233; par elle. Mais du point de vue de la vie sociale, cela limite la possibilit&#233; d'action ou d'influence de la foi sur la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, ce qui apparait ici avec la foi retrouve un fait humain plus large. R&#233;guli&#232;rement dans nos vies, nous rencontrons des affirmations ou des enseignements qui ne nous sont pas compr&#233;hensibles en l'&#233;tat, mais qui peuvent et doivent &#234;tre pour nous des &#233;l&#233;ments vitaux de progr&#232;s. Dans la majorit&#233; des cas, ils seront compris par la suite, mais il faut dans un premier temps les int&#233;grer sans les comprendre. C'est &#233;vident dans le cas des jeunes enfants ; mais cela vaut aussi pour la suite du processus &#233;ducatif. Dans cette perspective, la p&#233;dagogie post-soixante-huitarde fond&#233;e sur l'id&#233;e de l'individu apprenant est une erreur anthropologique majeure : pr&#233;cis&#233;ment, l'individu qui apprend ne sait pas, et n'est en g&#233;n&#233;ral pas en mesure d'appr&#233;cier ; il a besoin d'un ma&#238;tre. Certes, chaque fois qu'il pourra comprendre, il faudra recourir &#224; sa raison ; et au bout du processus, il faudra en g&#233;n&#233;ral qu'il comprenne le pourquoi de ce qu'on lui aura enseign&#233;. Mais ce peut &#234;tre tr&#232;s long, et le terme peut &#234;tre tardif dans sa vie. La p&#233;dagogie confuc&#233;enne traditionnelle, qui fait une large place &#224; la m&#233;moire, au fait d'apprendre par c&#339;ur des sentences ou des po&#232;mes, avait bien compris cela elle aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela met enfin en &#233;vidence qu'un facteur majeur du progr&#232;s humain, personnel ou collectif, est un &#233;l&#233;ment d'autorit&#233;. Car le fait qu'on &#233;coute quelqu'un et lui fait confiance pour montrer le chemin, en fonction de ce qu'il est, est caract&#233;ristique de ce qu'on appelle &#8216;faire autorit&#233;'. D'o&#249; le besoin essentiel de donner une juste place &#224; l'autorit&#233;. Ce qui s'av&#232;re diam&#233;tralement oppos&#233; &#224; l'id&#233;ologie des Lumi&#232;res, qui veut que chacun porte &#224; tout moment ses jugements, id&#233;alement sur la base de la raison, dans les limites de ce qu'il peut comprendre. Ce qui, en d&#233;finitive, se r&#233;v&#232;le justement &#234;tre un comportement assez peu conforme &#224; la raison, si elle est bien comprise. Bien entendu, une telle autorit&#233; doit avoir montr&#233;, par l'exp&#233;rience ou tout autre motif, qu'elle est raisonnablement fiable ; et &#224; terme suffisamment long, qu'elle soit jug&#233;e sur ses fruits. Bien entendu aussi, les abus sont possibles et bien connus. Bien entendu encore, cela n'implique pas le droit &#224; imposer des vues par la violence. Mais cela n'enl&#232;ve rien &#224; ce qu'on doit raisonnablement admettre : bien comprise, l'autorit&#233; fond&#233;e sur la confiance est un &#233;l&#233;ment indispensable et m&#234;me vital du progr&#232;s personnel et collectif.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Relativisme et d&#233;tournements d'identit&#233;s</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Relativisme-et-detournements-d-identites.html</link>
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		<dc:date>2022-08-10T13:50:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Sens des mots</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On constate une tendance nouvelle et &#233;trange de l'individualisme de nos jours. Elle consiste non pas &#224; refuser les identit&#233;s collectives pour affirmer sa personnalit&#233;, mais &#224; pr&#233;tendre toujours relever de ces identit&#233;s, &#224; s'en r&#233;clamer m&#234;me, tout en les comprenant ou red&#233;finissant de fa&#231;on contradictoire avec ce qu'elles signifient. Ainsi ces suppos&#233;s catholiques qui ne croient pas ce que croit l'Eglise, ces m&#226;les qui pr&#233;tendent &#234;tre reconnus comme des femmes normales etc&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ruine tout dialogue collectif, toute pens&#233;e claire, les mots se vidant de leur sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On constate une tendance nouvelle et &#233;trange de l'individualisme de nos jours, consistant non pas &#224; refuser les identit&#233;s collectives pour affirmer sa personnalit&#233;, mais &#224; pr&#233;tendre toujours relever de ces identit&#233;s, &#224; s'en r&#233;clamer m&#234;me, tout en les comprenant ou red&#233;finissant de fa&#231;on contradictoire avec ce qu'elles signifient. Prenons le champ religieux, et notamment les catholiques. Autrefois celui qui n'&#233;tait pas d'accord avec ce qui est consid&#233;r&#233; un point central par l'Eglise en d&#233;duisait que si elle se trompait avec autorit&#233; sur un point essentiel, elle ne pouvait &#234;tre ce qu'elle pr&#233;tendait &#234;tre, l'Eglise fond&#233;e par le Christ et, entre autres, gardienne de son enseignement. D&#232;s lors, ils en sortaient, soit pour rejoindre un autre groupe religieux, soit pour cesser de pratiquer, soit pour affirmer leur propre voie. Or maintenant vous voyez des personnages nombreux et loquaces, tr&#232;s actifs sur les m&#233;dias et r&#233;seaux sociaux, qui critiquent vertement ce que l'Eglise affirme, souvent depuis toujours et sur des points essentiels, mais ne s'en d&#233;clarent pas moins catholiques, continuent &#224; fr&#233;quenter leur &#233;glise, voire communient all&#233;grement etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de bien des progressistes durs au sein du catholicisme est ici significatif : leur foi chr&#233;tienne peut &#234;tre vive, mais leurs id&#233;es sont souvent objectivement en contradiction avec ce que l'Eglise enseigne comme point essentiel de la foi. Aux &#233;poques ant&#233;rieures, prenant conscience de ce d&#233;calage, et en supposant qu'ils maintenaient leur point de vue, ils auraient trouv&#233; &#233;vident de refuser l'expression de &#8216;catholique' pour se d&#233;crire eux-m&#234;mes. L&#224; c'est le contraire : ils s'offusquent quand on leur fait remarquer la contradiction. Ils tiennent &#224; &#234;tre qualifi&#233;s de catholiques, mais en donnant &#224; ce terme un autre sens. Le cas est bien plus rare avec les conservateurs &#8211; qui peuvent poser d'autres probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette attitude est tr&#232;s &#233;trange. On est tent&#233; de la rapprocher d'un ph&#233;nom&#232;ne apparemment diff&#233;rent, celui des transgenres. Voil&#224; des gens qui sont biologiquement des hommes ou des femmes, qui savent que c'est un fait mat&#233;riel qu'ils ne peuvent modifier, mais parce qu'ils se sentent en eux-m&#234;mes du sexe oppos&#233;, non seulement ils veulent vivre selon les usages de ce sexe auquel ils s'identifient, mais veulent imposer &#224; la soci&#233;t&#233;, et dans le droit, l'id&#233;e qu'ils sont effectivement et pleinement de ce sexe, y compris lorsqu'ils n'ont subi aucune transformation physique. Etrangement cet homme exige donc d'&#234;tre consid&#233;r&#233; comme une femme &#8216;normale' ; il revendique une normalit&#233; contredite par le sens des mots. Comme ils ont r&#233;ussi &#224; imposer ce point de vue l&#233;galement, il en r&#233;sulte des situations aberrantes : des hommes suppos&#233;s devenus femmes qui f&#233;condent une femme suppos&#233;e devenue homme, laquelle accouche ensuite. Ou des sportifs en fait homme qui gagnent des comp&#233;titions f&#233;minines. Ce qui est diff&#233;rent de la situation o&#249; un homme peut se sentir femme au fond de lui-m&#234;me, mais sait et reconna&#238;t que biologiquement il est un homme : il reste coh&#233;rent dans l'usage des mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux cas, l'&#233;tranget&#233; est non pas dans le fait qu'on affirme &#234;tre autre chose que ce que les autres pensent, mais qu'on pr&#233;tende s'arroger une d&#233;nomination collective manifestement pas faite pour d&#233;crire ce qu'on pense &#234;tre. La nouveaut&#233; est cette appropriation ou arraisonnement &#233;trange d'un mot de la communaut&#233; qui ne d&#233;signe pas ce &#224; quoi on veut l'utiliser. Cela peut s'expliquer parfois par des raisons tierces (profiter de l'appareil de l'Eglise par exemple, plut&#244;t que de s'isoler ; ou r&#233;cup&#233;rer une appellation jug&#233;e porteuse politiquement) mais cela ne peut pas rendre compte du ph&#233;nom&#232;ne comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mieux comprendre l'enjeu, prenons un autre exemple : un m&#233;diocre joueur de piano qui revendiquerait d'&#234;tre consid&#233;r&#233; un virtuose, alors qu'il ne l'est pas. Il peut &#233;ventuellement sinc&#232;rement sentir en lui un virtuose. Personnellement je chante faux mais je sens r&#233;ellement en moi le chant tel qu'il devrait &#234;tre &#8211; sauf que ce n'est pas ce qui sort. Mais objectivement si les mots gardent leur sens, les autres lui refuseront cette appellation. Virtuose est un mot qui perd son sens si quelqu'un peut le revendiquer sans en &#234;tre un. Alors pourquoi pas &#8216;femme' ou &#8216;catholique' ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'est-ce pas en un sens le point extr&#234;me du relativisme ambiant : l'abandon de ce minimum qui nous reste en commun avec nos semblables : des mots qui ont au moins en gros le m&#234;me sens ? Car si catholique peut d&#233;signer quelqu'un qui affirme les choses les plus vari&#233;es en mati&#232;re religieuse, ou femme un individu qui biologiquement ne l'est pas, ou virtuose n'importe quel individu qui touche un piano, ces mots deviennent tellement &#233;lastiques qu'ils perdent leur fonction, ce ne sont plus des outils de langage et par l&#224; de communication ; ils deviennent de pures &#233;tiquettes subjectives. D'o&#249; ce qu'un auteur avis&#233; avait appel&#233; &#8216;dissoci&#233;t&#233;' : le contraire d'une soci&#233;t&#233;, puisqu'on ne peut plus v&#233;ritablement se parler, les mots n'ayant pas le m&#234;me sens, ou &#233;tant vid&#233;s de sens. Tactique &#233;galement utilis&#233;e dans un autre contexte par des pouvoirs totalitaires (voir Orwell). Inversement, on dit de Confucius qu'il aurait r&#233;pondu &#224; qui lui demandait ce qu'il ferait en premier s'il &#233;tait empereur, qu'il corrigerait le sens des d&#233;nominations, c'est-&#224;-dire redonnerait aux mots leur sens. Du fait des pr&#233;tentions irrationnelles de ces groupes, nous n'avons potentiellement plus de langue commune. C'est bien un de nos probl&#232;mes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Philosophie de la foi </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Philosophie-de-la-foi.html</link>
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		<dc:date>2015-09-17T13:04:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Pluralisme et v&#233;rit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Philosophie de la foi</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La foi catholique est une exp&#233;rience qui pr&#233;tend &#224; la v&#233;rit&#233;. Elle peut donc &#234;tre examin&#233;e rationnellement. Mais pour l'appr&#233;cier comme v&#233;rit&#233;, il faut se placer de son point de vue, sans perdre pour autant l'exigence rationnelle. Il ne s'agit pas ici de preuves de l'existence de Dieu, mais de l'exp&#233;rience de foi elle-m&#234;me. Elle se pr&#233;sente comme une v&#233;rit&#233; bas&#233;e sur une exp&#233;rience diff&#233;rente, qui ne peut &#234;tre d&#233;montr&#233;e, un rapport &#224; des r&#233;alit&#233;s non connues par nos autres moyens de connaissance. Sa source, c'est d'abord ce que Dieu nous a fait conna&#238;tre Lui-m&#234;me : ce qu'on appelle R&#233;v&#233;lation. La foi propose donc une connaissance qui est en m&#234;me temps relation, accessible &#224; notre raison m&#234;me si son objet la d&#233;passe. Et il n'y a aucun motif de ne pas admettre cette forme de connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est source de v&#233;rit&#233;s propres, que la raison peut comprendre et analyser. Elle peut donc apporter beaucoup &#224; la pens&#233;e rationnelle, surtout si celle-ci en vient &#224; ne plus croire en elle-m&#234;me. La foi est alors contre toute attente le plus s&#251;r fondement de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Editions Arjalas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recension sur Famille chr&#233;tienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.famillechretienne.fr/livres/sciences-humaines/philosophie/philosophie-de-la-foi-195179&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.famillechretienne.fr/liv...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extraits de ce nouveau livre...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Philosophie-.html" rel="directory"&gt;Philosophie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Philosophie-de-la-foi-288-+.html" rel="tag"&gt;Philosophie de la foi&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Arjalas Editions &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recension sur Famille chr&#233;tienne&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.famillechretienne.fr/livres/sciences-humaines/philosophie/philosophie-de-la-foi-195179&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.famillechretienne.fr/liv...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disponible &#224; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;a href=&#034;http://www.amazon.fr/Philosophie-foi-Pierre-Lauzun/dp/1515214095/ref=asap_bc?ie=UTF8&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.amazon.fr/Philosophie-fo...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;INTRODUCTION&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Foi et raison s'opposent diam&#233;tralement : une id&#233;e r&#233;pandue &#224; notre &#233;poque, une &#233;vidence pour la plupart des Europ&#233;ens. Pour le vrai croyant le monde n'a pleinement son sens que pour celui qui croit. Mais il est bien souvent intimid&#233;, et admet inconsid&#233;r&#233;ment que sa foi n'est pas rationnelle. Il en vient alors &#224; rel&#233;guer le message r&#233;v&#233;l&#233; dans un au-del&#224; ineffable, quasiment po&#233;tique, objet d'&#233;motions ou d'ex&#233;g&#232;ses narratives, stimulant pour l'action, mais incapable de fournir mati&#232;re &#224; une pens&#233;e rationnelle. Le r&#233;sultat est que l'incroyant est confirm&#233; dans son id&#233;e et classe tout cela dans le mythe sans trop y regarder.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; cette attitude est une mutilation, contre laquelle crie l'exp&#233;rience des si&#232;cles. En exp&#233;diant ainsi la foi, l'incroyant (et souvent m&#234;me le croyant) rate un point essentiel, car il ne comprend pas ce qui est un fait essentiel de l'exp&#233;rience humaine. La foi religieuse, ce fait intens&#233;ment mobilisateur, est par nature une exp&#233;rience qui pr&#233;tend &#224; la v&#233;rit&#233;, et qui donc peut &#234;tre examin&#233;e rationnellement comme telle. Mais pour appr&#233;cier cette la v&#233;rit&#233; et r&#233;fl&#233;chir &#224; sa nature, il faut tenter de voir ce qu'elle signifie en se pla&#231;ant de son point de vue, de l'int&#233;rieur, sans perdre pour autant l'exigence rationnelle. M&#234;me si en d&#233;finitive on ne croit pas. Comment faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cisons tout de suite qu'il ne s'agit pas ici des motifs rationnels de l'existence de Dieu car c'est une question distincte de celle de la foi. Je les ai &#233;voqu&#233;s dans un autre livre , montrant comment la r&#233;flexion rationnelle peut nous mener &#224; Dieu. Pas un Dieu bouche-trou de nos insuffisances, mais la r&#233;ponse indispensable &#224; l'interrogation de la pens&#233;e. Car, disais-je alors, notre raison, merveilleusement positive mais incapable de se fonder elle-m&#234;me, n'a d'acc&#232;s &#224; une perspective coh&#233;rente et fondatrice de sens qu'en reconnaissant qu'il existe un Etre autre, existant par lui-m&#234;me, et &#224; l'origine de toute r&#233;alit&#233;, y compris du sens. Et qu'un tel Etre ne peut qu'avoir parl&#233; &#224; l'homme, par une forme ou une autre de R&#233;v&#233;lation. Ce qui m&#232;ne &#224; la possibilit&#233; de la foi, mais sans la donner. Mais en tout cas si on peut de droit parvenir &#224; Dieu par la raison, et qu'on admet qu'Il nous a parl&#233;, les deux termes de foi et de raison ne s'opposent pas, tout au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le propos du pr&#233;sent livre est diff&#233;rent ; il s'inscrit tr&#232;s naturellement &#224; cette suite, mais c'est de la foi qu'il traite. Or, conclure rationnellement que Dieu existe et avoir la foi sont deux choses tr&#232;s diff&#233;rentes. La foi elle-m&#234;me se positionne comme conviction de v&#233;rit&#233;, mais bas&#233;e sur une exp&#233;rience d'un type diff&#233;rent, qui ne peut &#234;tre d&#233;montr&#233;e. Face &#224; un tel ph&#233;nom&#232;ne, on peut op&#233;rer de deux fa&#231;ons. On peut rester par principe en dehors, et de l&#224; tenter d'analyser le ph&#233;nom&#232;ne ou faire des hypoth&#232;ses pour l'expliquer. Mais ce faisant on se fermera la voie de la compr&#233;hension de ce que le croyant dit vivre en v&#233;rit&#233;. Ou alors on se placera au moins un instant de raison du point de vue de qui a la foi. Un tel positionnement, au moins temporaire, est indispensable pour prendre pleinement la mesure de ce qu'est ce ph&#233;nom&#232;ne et de ce qu'il signifie, m&#234;me si ensuite on peut refuser de le consid&#233;rer comme vrai. C'est &#224; mon sens le seul moyen de vraiment comprendre de quoi il s'agit. Etant entendu que, d'un point de vue philosophique, qui est celui que nous prenons ici, cela ne doit pas entra&#238;ner abandon de la raison critique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vise pas ici le contenu de la foi (son message explicite) : la r&#233;flexion peut bien s&#251;r le prendre aussi pour objet ; mais sans r&#233;flexion sur ce qu'est la foi elle-m&#234;me comme telle, elle ne pourra appr&#233;hender vraiment cet objet. Une comparaison peut &#234;tre faite ici avec un op&#233;ra dont on ne conna&#238;trait que le texte : il peut se lire, se comprendre, et se comparer avec un texte de th&#233;&#226;tre ; mais sans la musique on ne per&#231;oit qu'une partie limit&#233;e de l'&#339;uvre, et pas la plus importante. Il en est de m&#234;me d'un philosophe qui examinerait le seul contenu intellectuel de la foi : c'est l&#233;gitime, voire n&#233;cessaire, mais il faut savoir que ce faisant on ne prend pas v&#233;ritablement en compte ce qui en fait l'essentiel. Pour mieux comprendre un op&#233;ra &#224; partir de son seul texte il doit au minimum admettre qu'il y a une musique, m&#234;me s'il ne peut pas l'entendre. De m&#234;me le philosophe examinant le contenu explicite d'une foi religieuse. Ceci dit, de m&#234;me qu'un lecteur peut tenter valablement d'ins&#233;rer un op&#233;ra dans la suite des productions litt&#233;raires d'une &#233;poque, et m&#234;me tenter sur la base de ce qu'en disent ceux qui l'ont entendu, de comprendre ce qu'il v&#233;hicule, en tout cas de tester la l&#233;gitimit&#233; de cette audition pour ceux qui y ont acc&#232;s, un philosophe peut tenter de comprendre la l&#233;gitimit&#233; de la foi, le contenu qu'elle exprime, et les le&#231;ons qu'il peut en tirer dans le champ philosophique, sous r&#233;serve d'un respect appropri&#233; du t&#233;moignage de ceux qui ont cette exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette ligne ma d&#233;marche sera double. Je poserai en premier lieu la question du sens de la foi, plac&#233;e sous l'&#339;il de la raison. On l'a dit, une sp&#233;cificit&#233; de la foi est qu'elle ne peut &#234;tre le fruit d'une d&#233;monstration. Par nature c'est un rapport &#224; des r&#233;alit&#233;s qui ne sont pas connues directement, en tout cas pas par nos moyens normaux de connaissance, qui passent par nos sens. D&#232;s lors la raison naturelle &#224; elle seule ne peut cr&#233;er ce rapport - m&#234;me si elle peut contribuer &#224; y conduire. En m&#234;me temps se pose la question de savoir en quoi croire - ou plut&#244;t en qui. Pour cela il faut en conna&#238;tre quelque chose, mais c'est plus que ce que notre raison peut obtenir. C'est donc quelque chose que cet Autre, Dieu, nous a fait conna&#238;tre Lui-m&#234;me : tel est l'objet de la R&#233;v&#233;lation. Mais comme on voit alors, la foi suppose une connaissance qui est en m&#234;me temps relation. Cette connaissance s'exprime - imparfaitement - dans des termes humains, qui sont d&#232;s lors accessibles &#224; notre raison, m&#234;me si leur objet la d&#233;passe infiniment. Ce soubassement de la foi peut faire l'objet d'une interrogation rationnelle, qui n'a pas de raison d'&#233;chapper &#224; l'investigation philosophique. D'un autre c&#244;t&#233;, philosophiquement il n'y a aucun raison a priori de ne pas admettre la possibilit&#233; de cette forme de connaissance que dit donner la foi ; et si on examine cette pr&#233;tention, il est rationnellement licite et m&#234;me n&#233;cessaire de partir de ce que dit cette foi, pour en examiner la coh&#233;rence et les objections possibles. Et d&#232;s lors, si la R&#233;v&#233;lation pr&#233;tend &#234;tre source de savoir au sens large, ce savoir peut &#234;tre &#233;clair&#233; par la raison, m&#234;me si elle ne peut rendre compte de la source. Plus largement, il est l&#233;gitime que la raison se pose la question de la v&#233;racit&#233; de la religion. A condition bien s&#251;r qu'elle sache reconna&#238;tre qu'elle doit pour cela s'adapter &#224; la sp&#233;cificit&#233; de son objet, qui, s'il a un sens, la d&#233;passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je compl&#233;terai cette analyse en &#233;voquant les autres religions, notamment indiennes, et leur articulation avec la raison et la d&#233;marche philosophique. Leurs fondements sont tr&#232;s diff&#233;rents de ceux du christianisme. L&#224; aussi appara&#238;tra la relation particuli&#232;re qu'entretient ce dernier avec la raison et la philosophie. A soi seul ce fait est mati&#232;re &#224; r&#233;flexion pour ceux &#224; qui la raison importe encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme de cette analyse , il appara&#238;t que la R&#233;v&#233;lation et la Foi sont &#224; prendre au s&#233;rieux comme fondement possible d'une connaissance v&#233;ritable, rationnellement acceptable, mais d&#233;passant les moyens de d&#233;couverte propres de la raison. Elles ne se limitent donc pas &#224; fournir la base d'une vie de pratiques liturgiques, d'exp&#233;riences affectives ou de conduites morales : ce sont des sources sp&#233;cifiques d'enseignement pour la pens&#233;e rationnelle, des sources de v&#233;rit&#233;s propres, que la raison peut comprendre et analyser, mais qu'elle n'aurait souvent pas pu d&#233;couvrir par elle-m&#234;me. V&#233;rit&#233;s qui pour le croyant nourrissent alors notre rapport personnel et intime avec Dieu, sans cesser d'&#234;tre des v&#233;rit&#233;s, analysables comme telles. La raison peut comprendre leur articulation et en reconna&#238;tre le sens. Et donc elle peut s'en enrichir dans sa d&#233;marche propre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces diff&#233;rents points seront l'objet de la deuxi&#232;me partie de notre examen, qui examinera ce que la foi peut apporter &#224; la philosophie. Notre enqu&#234;te montrera notamment que c'est la foi elle-m&#234;me qui se r&#233;v&#232;le le plus s&#251;r fondement de la raison. Car la raison critique ne parvient pas &#224; se fonder elle-m&#234;me de fa&#231;on indiscutable, et la modernit&#233; ultime, postmoderne surtout, en souffre particuli&#232;rement. La raison peut d&#233;couvrir alors que la foi chr&#233;tienne, qu'elle a voulu soumettre &#224; une critique radicale, est son soutien ultime.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Plan&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;INTRODUCTION&lt;/strong&gt;	6&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;PREMIERE PARTIE	&lt;br class='autobr' /&gt;
QU'EST-CE QUE LA FOI ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CHAPITRE 1 : POURQUOI LA FOI ?&lt;/i&gt;	9&lt;br class='autobr' /&gt;
COMPRENDRE CE QU'EST L'EXPERIENCE DE LA FOI	9&lt;br class='autobr' /&gt;
ALLER A DIEU PAR LE RAISONNEMENT ?	12&lt;br class='autobr' /&gt;
IL FAUT QUE DIEU SE REVELE	17&lt;br class='autobr' /&gt;
LA FOI DEMANDE DE FAIRE UN SAUT, ET IL PEUT ETRE RATIONNEL DE LE FAIRE	21&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CHAPITRE 2 : CROYANCE ET FOI : DEUX REALITES BIEN DIFFERENTES&lt;/i&gt;	23&lt;br class='autobr' /&gt;
LA FOI, UN APPEL SPECIFIQUE	23&lt;br class='autobr' /&gt;
LA FOI N'EST PAS LA CROYANCE ORDINAIRE	24&lt;br class='autobr' /&gt;
LA FOI VA BIEN AU-DELA DE LA CONNAISSANCE	30&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CHAPITRES 3 LA FOI SOURCE DE CONNAISSANCE&lt;/i&gt;	33&lt;br class='autobr' /&gt;
LA FOI COMME RENCONTRE, LA FOI COMME MESSAGE	33&lt;br class='autobr' /&gt;
LA FOI, UN ORDRE DE CONNAISSANCE SPECIFIQUE	37&lt;br class='autobr' /&gt;
UNE CONNAISSANCE QUI NAIT ET SE DEVELOPPE DANS LE TEMPS	40&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CHAPITRE 4 : LEGITIMITE EPISTEMOLOGIQUE DE LA FOI&lt;/i&gt;	42&lt;br class='autobr' /&gt;
POSITION DE LA QUESTION	42&lt;br class='autobr' /&gt;
PEUT-ON CONSIDERER LA FOI COMME UNE CROYANCE DE BASE LEGITIME ?	45&lt;br class='autobr' /&gt;
EXPLORER PRAGMATIQUEMENT LES CROYANCES RELIGIEUSES ?	50&lt;br class='autobr' /&gt;
FOI ET REVELATION SOUS LE REGARD DE LA RAISON	53&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CHAPITRE 5 : LES RELIGIONS D'ASIE : PEUT-ON PARLER DE FOI ?&lt;/i&gt;	58&lt;br class='autobr' /&gt;
L'HINDOUISME	58&lt;br class='autobr' /&gt;
LE BOUDDHISME	61&lt;br class='autobr' /&gt;
SPECIFICITE DE LA FOI CHRETIENNE	68&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;DEUXIEME PARTIE	&lt;br class='autobr' /&gt;
FOI ET PHILOSOPHIE&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CHAPITRE 6 : FOI ET PHILOSOPHIE&lt;/i&gt;	70&lt;br class='autobr' /&gt;
PAS DE FOI SANS UNE BONNE PHILOSOPHIE	70&lt;br class='autobr' /&gt;
LE TEXTE DE REFERENCE : FIDES ET RATIO DE JEAN-PAUL II	73&lt;br class='autobr' /&gt;
DES CONFLITS ENTRE FOI ET RAISON ?	77&lt;br class='autobr' /&gt;
C'EST LA FOI QUI SOUTIENT LA RAISON	79&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CHAPITRE 7 : DES PHILOSOPHIES CHRETIENNES&lt;/i&gt;	84&lt;br class='autobr' /&gt;
LE CHOIX D'UNE BONNE PHILOSOPHIE	84&lt;br class='autobr' /&gt;
L'IDEE DE PHILOSOPHIE CHRETIENNE	85&lt;br class='autobr' /&gt;
LA RECHERCHE DU SENS ET LE BESOIN DE METAPHYSIQUE	88&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CHAPITRE 8 : DEFENSE DE LA BONNE METAPHYSIQUE&lt;/i&gt;	91&lt;br class='autobr' /&gt;
LA METAPHYSIQUE, UNE IDOLATRIE ?	91&lt;br class='autobr' /&gt;
IL EST LEGITIME D'ALLER A DIEU PAR LA PHILOSOPHIE	94&lt;br class='autobr' /&gt;
LE CONCEPT PHILOSOPHIQUE EST-IL REDUCTEUR PAR NATURE ?	101&lt;br class='autobr' /&gt;
LA PENSEE FAIBLE ET LE REFUGE DANS LA PRATIQUE	104&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CHAPITRE 9 PENSER LE TEMPS ET L'HISTOIRE, EN S'INSPIRANT DE LA FOI&lt;/i&gt;	109&lt;br class='autobr' /&gt;
LE TEMPS ET L'HISTOIRE, CHAMPS DE DIALOGUE ENTRE FOI ET PHILOSOPHIE	109&lt;br class='autobr' /&gt;
LA VERITE DANS L'HISTOIRE OU LA TRADITION BIEN COMPRISE	112&lt;br class='autobr' /&gt;
POUR UNE TRADITION DE VERITE EN PHILOSOPHIE	115&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;COURTE BIBLIOGRAPHIE&lt;/i&gt;	119&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Editions Arjalas&lt;/strong&gt; Voir &lt;a href=&#034;http://www.amazon.fr/Philosophie-foi-Pierre-Lauzun/dp/1515214095/ref=asap_bc?ie=UTF8&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.amazon.fr/Philosophie-fo...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le temps, la finance et l'&#233;ternit&#233;</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Le-temps-la-finance-et-l-eternite.html</link>
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		<dc:date>2015-06-10T13:09:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>March&#233; financier</dc:subject>
		<dc:subject>Temps et &#233;ternit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ins&#233;r&#233; dans le flux du temps, l'homme se trouve en permanence confront&#233; &#224; l'&#233;nigme de l'incertitude sur l'avenir, et &#224; la n&#233;cessit&#233; cependant de prendre des d&#233;cisions. Ce qui l'inscrit dans le temps et son &#233;nigme. Le futur est pour nous inconnu, en fait n'existe pas encore, et c'est cependant en fonction de lui que nous d&#233;cidons aujourd'hui. Nous avons donc un besoin vital d'une r&#233;flexion philosophique, et m&#234;me spirituelle, sur le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;clairage vaut aussi pour la d&#233;cision financi&#232;re &#8211; c'en est m&#234;me un point d'application privil&#233;gi&#233;. Ce n'est bien s&#251;r pas pour suivre la th&#233;orie financi&#232;re dominante, convaincue de l'efficience absolue des march&#233;s, dans son illusion &#233;trange de maitriser le futur et d'incarner la rationalit&#233;. Mais c'est bien plut&#244;t par l'inscription de tout instant de notre vie, de toute d&#233;cision, y compris financi&#232;re, dans la perspective de cette construction &#224; valeur &#233;ternelle qu'est notre destin&#233;e, et notre histoire au fil du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Relativisme-+.html" rel="tag"&gt;Relativisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le temps, la finance et l'&#233;ternit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ins&#233;r&#233; dans le flux du temps, l'homme se trouve en permanence confront&#233; &#224; l'&#233;nigme de l'incertitude sur l'avenir, et &#224; la n&#233;cessit&#233; cependant de prendre des d&#233;cisions. Parler de d&#233;cision implique l'avenir, qui n'existe pas encore, et nous inscrit donc imm&#233;diatement dans le temps. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t de l'&#233;clairage donn&#233; par une r&#233;flexion philosophique et m&#234;me spirituelle sur le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Arri&#232;re-plan philosophique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question se pose pour moi de fa&#231;on abrupte : le temps ne prend son sens que par rapport &#224; l'&#233;ternit&#233;. Le philosophe anglais McTaggart avait pos&#233; comme suit le dilemme qui s'offre &#224; la pens&#233;e rationnelle, entre deux conceptions irr&#233;ductibles du temps : le temps v&#233;cu du moment, seul r&#233;el pour nous, mais isol&#233; entre un pass&#233; r&#233;volu et un avenir non pr&#233;sent ; et le temps lin&#233;aire de la datation, objectif mais impersonnel. A un extr&#234;me, on a le temps subjectif, l'imm&#233;diatet&#233; du pr&#233;sent, ind&#233;niablement seule r&#233;alit&#233; v&#233;cue directement par nous, donc en un sens la seule r&#233;elle - mais fuyant &#224; chaque instant, entre un pass&#233; d&#233;sormais insaisissable et un futur encore irr&#233;el (&#8216;temps A'). A l'autre bout, on a le temps objectif : une &#233;chelle de mesure, o&#249; pass&#233;, pr&#233;sent et futur sont sur un m&#234;me plan : la seule scientifique, mais dont les donn&#233;es de base, pass&#233; et futur, n'existent pas aujourd'hui (&#8216;temps B'). Les penseurs anglo-saxons d&#233;battent de savoir laquelle est la bonne, celle qui d&#233;crit vraiment la r&#233;alit&#233;. Or ces deux conceptions sont incompatibles et irr&#233;conciliables si on les prend telles quelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A mon sens ce dilemme ne peut &#234;tre lev&#233; qu'en acceptant un autre regard, hors du temps, celui de l'&#233;ternit&#233; : Dieu. Dans la conception classique, thomiste, l'&#233;ternit&#233; est hors du temps en cela qu'elle ne lui est pas soumise : elle le transcende et l'englobe tout entier. Hors du temps, elle voit et saisit l'ensemble du temps : donc toute l'&#233;chelle du temps B, ordonn&#233;e selon sa place dans la succession, pass&#233; et futur compris. Mais elle le voit et saisit avec la r&#233;alit&#233; de notre pr&#233;sent, du temps A. Et donc les deux dimensions sont saisies ensemble et int&#233;gr&#233;es dans une vision globale. Pour qui reconna&#238;t l'existence de Dieu, la question du temps est donc tr&#232;s diff&#233;rente de ce qu'elle est pour qui la refuse. Il dispose d'un regard, m&#234;me lointain et imparfait, sur cet arri&#232;re-plan immense qui donne sa profondeur au temps. Un tel parti choque bien des esprits modernes, qui refusent a priori l'id&#233;e d'&#233;ternit&#233;, et celle de Dieu. Mais pour celui qui, de fa&#231;on rationnelle, reconna&#238;t l'&#233;ternit&#233; de Dieu, il en est diff&#233;remment. Sa r&#233;flexion int&#232;gre ce qu'il sait &#234;tre une r&#233;alit&#233; essentielle : l'existence, &#224; la source de notre monde, d'un Esprit infini, &#233;chappant au temps dont Il est le cr&#233;ateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre cet Esprit &#233;ternel a un dessein sur nous ; sa premi&#232;re expression est notre existence m&#234;me et son d&#233;roulement dans le temps, dont il voit et le d&#233;but et la fin et l'instant pr&#233;sent. Ce qui est pour moi l'imm&#233;diat du pr&#233;sent l'est aussi pour Lui. Mais mon futur (et mon pass&#233;) est tout aussi imm&#233;diat pour lui. Il sait donc ce que je vais devenir, les cons&#233;quences de mes actes ; mieux : Il les voit. Sur cette base s'&#233;claire l'&#233;nigme de notre destin&#233;e, de notre histoire. Certes elle est impr&#233;visible pour nous, qui vivons dans notre pr&#233;sent fugitif, munis de notre libert&#233;, d'autant que la libert&#233; des autres la rend encore plus radicalement impr&#233;visible. Ce qui d'ailleurs invalide toute pr&#233;tention de toute forme de sciences humaines &#224; la pr&#233;vision (certaine). Mais cette destin&#233;e est connue de Dieu dans sa totalit&#233; ; en outre, Il l'ordonne &#224; un but : l'offre qu'Il nous fait d'un Bien supr&#234;me, qui lui donne son sens, et qui se construit dans le temps par nos actes. Notre temporalit&#233; est donc (pour nous) l'espace de d&#233;ploiement de notre personnalit&#233; en devenir, o&#249; en un sens nous ignorons qui nous sommes, car nous ignorons qui nous serons demain &#8211; mais o&#249; en m&#234;me temps nous sommes plac&#233;s sous le regard aimant de l'&#233;ternit&#233; divine, qui seule nous conna&#238;t dans notre visage &#233;ternel, nous accompagne, nous oriente, et nous redonne sans cesse nos chances jusqu'au terme de notre vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas de la d&#233;cision financi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision d'ensemble (que j'ai d&#233;velopp&#233;e dans Temps Histoire Eternit&#233;) peut nous donner un &#233;clairage concret, y compris dans des champs apparemment tr&#232;s &#233;loign&#233;es des perspectives philosophiques ou religieuses : les questions d'argent, la finance. Voyons comment. Quand des biens ou des services sont dans le champ de d&#233;cision de quelqu'un, qu'il n'utilise pas lui-m&#234;me, il les propose &#224; des personnes ou entit&#233;s qu'il ne contr&#244;le pas. Soit sans attente d'un retour stipul&#233; &#224; l'avance : c'est le don ; soit dans l'attente d'un retour pr&#233;cis : c'est ce qu'on appelle une transaction. Dans ce dernier cas, notre agent cherchera les opportunit&#233;s &#224; sa port&#233;e, pour d&#233;cider cas par cas avec chaque contrepartie qu'est-ce qui est &#233;chang&#233; contre quoi. Economiquement, il aura int&#233;r&#234;t &#224; &#233;largir le plus possible le champ consid&#233;r&#233;, et &#224; &#234;tre libre des modalit&#233;s de la transaction. On reconna&#238;t l&#224; ce qu'on appelle le march&#233;, qui fonctionnera d'autant mieux que la confrontation sera large et transparente. D'o&#249; la notion de march&#233; organis&#233; (qu'on appelle Bourse) ; sachant que dans de nombreux cas le march&#233; reste imparfait. Une institution, la monnaie, permet en outre de disposer d'un instrument universel d'&#233;change et de calcul, puisqu'on peut ainsi comparer toutes les opportunit&#233;s possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci vaut aussi pour les biens de production, et en particulier pour le capital ; dans ce cas, le calcul porte sur le flux de biens futurs qu'on esp&#232;re tirer du fait qu'on a mis &#224; la disposition d'un autre une somme d'argent qu'on n'utilise pas soi-m&#234;me. Ce qu'on appelle finance affecte alors cet argent &#233;pargn&#233; &#224; des usages possibles, des investissements, ou une consommation anticip&#233;e. Du point de vue de l'investisseur, elle arbitre donc entre les investissements possibles, les diff&#233;rents projets en lice. Elle choisit de financer ceux qui pr&#233;sentent le meilleur r&#233;sultat (au sens large) pour un certain risque qu'on accepte d'assumer. Il n'est en effet pas question de n'assumer aucun risque, car le retour de l'argent (remboursement avec int&#233;r&#234;ts, profits, revente etc.) se situe dans l'avenir et la capacit&#233; de la contrepartie ou du projet &#224; tenir son engagement ou ses promesses n'est pas garantie. Les projets les plus profitables sont d'ailleurs normalement plus risqu&#233;s ; sinon ils auraient &#233;t&#233; arbitr&#233;s : l'afflux d'argent aurait fait monter le prix d'entr&#233;e et d&#232;s lors r&#233;duit leur rentabilit&#233;. Mais refuser l'id&#233;e du risque, c'est on l'a dit la certitude de l'immobilisme et donc en d&#233;finitive un risque plus important encore, puisqu'on cesse alors de pr&#233;parer l'avenir. Il ne s'agit pas non plus de jouer &#224; la roulette : l'investissement responsable est d'abord un inversement soigneusement &#233;tudi&#233; et soupes&#233;. La finance a donc essentiellement &#224; voir avec l'avenir, et avec un avenir &#224; risque. Mais la d&#233;cision se prend au pr&#233;sent. Le march&#233; financier est un outil aidant ou souvent permettant seul ce choix, par la possibilit&#233; qu'il offre de confrontation syst&#233;matique des projets en concurrence. M&#234;me si ce n'est ni un passage oblig&#233;, ni bien s&#251;r une panac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne m'&#233;tendrai pas ici sur les limites bien connues ou non de ce syst&#232;me ou de ces m&#233;canismes, mais sur leur signification pour notre propos. Ce qui caract&#233;rise cette pratique collective en regard de la question du temps, c'est d'abord le chiffrage ; on ne saisit les biens &#233;chang&#233;s que sous un angle, qui est leur chiffrage mon&#233;taire. En outre, dans le cas de la finance, comme il s'agit de biens de production (actions) ou de cr&#233;ances sur l'avenir (dette) il s'agit toujours d'&#233;v&#233;nements futurs, au moins en partie al&#233;atoires. Le prix d'une action est au fond un essai d'&#233;valuation chiffr&#233;e synth&#233;tique de la valeur pour nous maintenant d'un flux futur al&#233;atoire d'argent futur. En outre ce prix est d&#233;fini par comp&#233;tition entre les &#233;valuations en pr&#233;sence ; si la demande des autres est forte (s'ils sont optimistes sur la valeur actuelle de ce flux futur) ils payeront plus cher le titre et donc cela me contraindra moi dans mes d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons donc ici de fa&#231;on tr&#232;s sch&#233;matis&#233;e, et r&#233;duite &#224; une seule dimension du fait de la limitation &#224; la perspective mon&#233;taire, les deux temps A et B de McTaggart. D'un c&#244;t&#233;, mon &#233;valuation prend comme r&#233;f&#233;rence le temps B lin&#233;aire : elle tente d'&#233;valuer un flux futur de ressources &#233;tal&#233;e selon cette &#233;chelle de temps (un temps qui n'existe pas encore). Mais d'un autre c&#244;t&#233; elle le ram&#232;ne au pr&#233;sent (temps A) en synth&#233;tisant cet ensemble futur dans un chiffre qui seul sera imm&#233;diatement op&#233;rationnel : c'est le prix que j'aurai &#224; payer (si je suis acheteur) ou que je recevrai (si je suis vendeur). Et cette synth&#232;se se fait par confrontation de toutes les opinions disponibles (et pr&#233;f&#233;rences) &#224; l'&#233;gard de ce futur. En m&#234;me temps cela comporte ce qu'on appelle un coefficient d'actualisation, c'est-&#224;-dire une &#233;valuation de la valeur actuelle d'un argent futur par le seul fait qu'il est futur ; comme on suppose chez les acteurs une pr&#233;f&#233;rence pour le pr&#233;sent, cet argent futur vaut en g&#233;n&#233;ral moins aujourd'hui qu'il ne vaudra alors.&lt;br class='autobr' /&gt;
La tentation du d&#233;miurge : Mammon dieu de l'argent&lt;br class='autobr' /&gt;
Que peut-on attendre d'un tel march&#233; ? On peut rester pragmatiste et n'y voir que la confrontation &#224; un moment donn&#233; d'un ensemble d'ordres d'achats et de ventes, offrant le plus large choix aux uns et aux autres. C'est l'attitude la plus raisonnable. Mais la th&#233;orie financi&#232;re a &#233;t&#233; beaucoup plus ambitieuse, &#224; travers sa th&#233;orie des march&#233;s efficients. Selon cette conception, dominante en finance jusqu'&#224; la crise et encore largement depuis, le march&#233; confronte de la fa&#231;on la plus efficace l'ensemble des informations disponibles &#224; un moment donn&#233; et donne donc de fa&#231;on synth&#233;tique la meilleure image possible de l'avenir. D&#232;s lors ce r&#233;sultat peut et doit avoir valeur de guidage pour l'action et toute d&#233;cision en mati&#232;re &#233;conomique doit en bonne logique prendre comme &#233;talon ces valorisations. Toute la comptabilit&#233; en r&#233;sulte alors, tout le calcul financier et toute prise de d&#233;cision. Et en particulier il n'est plus besoin de r&#233;fl&#233;chir en termes de responsabilit&#233;, encore moins de long terme : tout est synth&#233;tis&#233; dans le prix. Lequel fait en revanche l'impasse sur les valeurs et priorit&#233;s non mon&#233;taires, suppos&#233;es relever du seul choix priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, le march&#233; ainsi con&#231;u, bien au-del&#224; de son r&#244;le pratique, prend alors une fonction d&#233;miurgique : non seulement c'est un crit&#232;re universel, mais c'est un crit&#232;re chiffr&#233;, op&#233;rationnel pour int&#233;grer l'avenir dans notre pr&#233;sent. Nous soup&#231;onnons alors que la fonction d'int&#233;gration des deux facettes A et B du temps, qui n'est en soi possible que dans l'Eternit&#233; de Dieu, est dans une certaine mesure revendiqu&#233;e ainsi par une autre r&#233;alit&#233; : l'argent. Rappelons ici les tr&#232;s dures paroles de l'Evangile sur le fait qu'on ne peut pas servir deux ma&#238;tres : Dieu et l'argent : cela implique de poser ces deux termes en alternative. De fait, rappelons-le, et comme son grand th&#233;oricien Georg Simmel l'a bien montr&#233;, l'argent est le moyen synth&#233;tique d'&#233;valuer et de se procurer, de fa&#231;on humainement suppos&#233;e neutre, l'ensemble des biens mat&#233;riels possibles (ou des services trait&#233;s comme des biens mat&#233;riels). Dans la conception &#233;conomique ambiante, l'utilisation de l'argent d&#233;pend des seules pr&#233;f&#233;rences de chacun, dont on n'examine pas le bien-fond&#233; ou la moralit&#233;. L'argent est donc le signe synth&#233;tique, pratiquement utilisable, de tout ce que nous pouvons nous procurer sur le march&#233; sans faire appel &#224; quoi que ce soit d'autre, valeur morale, amiti&#233;, liens humains etc. On le voit alors : en un sens, le march&#233; ainsi &#233;lev&#233; au r&#244;le de d&#233;miurge &#233;tend le r&#244;le synth&#233;tique de l'argent &#224; la synth&#232;se du temps, et en fait le miroir inverse de l'Eternit&#233;. On comprend alors la v&#233;h&#233;mence de ceux qui d&#233;noncent la financiarisation de la soci&#233;t&#233; : cela revient &#224; d&#233;noncer une r&#233;duction dramatique de l'humain au nom d'un parti d&#233;miurgique prom&#233;th&#233;en, qui ne vise rien de moins que la ma&#238;trise du temps. Ambition d&#233;mentielle s'il en est, mais logique dans la perspective de nos soci&#233;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perspective&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est en m&#234;me temps manifeste de ce qui pr&#233;c&#232;de que ce n'est pas la finance comme telle qui p&#232;che : on ne reproche pas &#224; un outil ce qu'en fait un artisan mal intentionn&#233;. Le march&#233; financier, ramen&#233; &#224; de justes proportions, a un r&#244;le pratique : il permet &#224; l'argent &#233;pargn&#233; de s'investir ou de se red&#233;ployer, et d'op&#233;rer une confrontation indispensable. L&#224; n'est pas la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous int&#233;resse est d'&#233;clairer le positionnement r&#233;el de la prise de d&#233;cision, si, contrairement &#224; la vision d&#233;miurgique et r&#233;ductrice que nous avons &#233;voqu&#233;e, on cherche &#224; situer le processus de d&#233;cision &#233;conomique et financier dans le contexte de la r&#233;alit&#233;, avec toutes ces dimensions. On rappellera d'abord le fait que le seul temps r&#233;el pour nous est le pr&#233;sent, mais qu'il va dispara&#238;tre l'instant d'apr&#232;s. Ensuite que nous projetons notre d&#233;cision sur un futur qui n'existe pas &#224; ce stade, mais qui existera, envers lequel notre responsabilit&#233; est engag&#233;e, mais que nous ne pouvons conna&#238;tre d'un vrai savoir, car nous faisons seulement des hypoth&#232;ses. Enfin que ces d&#233;cisions que nous prenons au fond sans bien savoir, malgr&#233; le soin que nous y mettons, sont tout sauf anecdotiques ou fugitives. D'abord parce que leur cumul constitue notre avenir collectif : &#224; soi seul cela justifierait que nous y mettions le plus grand soin. Y compris si nous ne sommes pas croyants. Ensuite, pour celui qui reconna&#238;t l'existence de Dieu, et de l'Eternit&#233;, pour une raison plus profonde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car si l'ensemble de ce qui a &#233;t&#233;, est et sera, comme de ce qui est v&#233;cu &#224; chaque instant, prend son sens dans l'Eternit&#233; de Dieu, chacune de ces d&#233;cisions est en un sens &#233;ternellement pr&#233;sente. Elle a donc sa valeur en elle-m&#234;me, absolue &#224; sa fa&#231;on, comme acte pos&#233; un jour par un &#234;tre humain, mais vu &#233;ternellement par Dieu. Et donc elle s'inscrit dans une tapisserie que nous verrons un jour, mais que Dieu voit &#8216;d&#233;j&#224;' si on peut dire, et &#224; laquelle Lui-m&#234;me travaille activement par ce qu'on appelle la Providence. Appara&#238;t alors ce qui fait la valeur essentielle de tout acte, de toute d&#233;cision quelle qu'elle soit : ins&#233;r&#233;e certes dans le temps du pr&#233;sent et orient&#233;e vers l'avenir, elle n'a vraiment tout son sens que sous l'angle de l'&#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons alors &#224; notre d&#233;cision financi&#232;re. Elle prend dans ce contexte un relief tout &#224; fait diff&#233;rent. Je serai pour toujours cette personne qui ayant aujourd'hui de l'argent &#224; placer, pos&#233;e dans son pr&#233;sent et apportant sa pierre &#224; une histoire qu'elle devine en construction, se pose des questions sur l'utilisation optimale de cet argent. Mais d&#232;s lors ma d&#233;cision se prendra autrement que ne le serait la d&#233;cision de l'incroyant. Non seulement je ne m'illusionnerai pas sur le pouvoir pr&#233;dictif des march&#233;s, ou sur ma connaissance de l'avenir, mais je prendrai ma d&#233;cision en tentant d'ins&#233;rer mon acte dans la perspective de ce que Dieu attend de moi dans sa Providence ; cela commence par le souci de la soci&#233;t&#233; humaine, de ce qu'elle est aujourd'hui et de ce qu'elle sera demain - y compris en termes &#233;cologiques ou de g&#233;n&#233;rations futures. Non que j'ai &#224; les prendre tout seul en charge, &#233;videmment, puisque je ne suis qu'un point mouvant du temps parmi des millions d'autres. Mais l&#224; o&#249; je suis, je poserai mes actes, y compris financiers, &#224; cette lumi&#232;re et j'int&#233;grerai ces actes dans l'ensemble de mes responsabilit&#233;s envers Dieu et envers les hommes, avec vocation &#224; l'&#233;ternit&#233;. Ce qui leur donne une toute autre signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur la base d'une conf&#233;rence donn&#233;e &#224; l'Ecole des Mines le 2 juin 2015.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Eloge de la tradition</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Eloge-de-la-tradition.html</link>
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		<dc:date>2012-12-23T14:14:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Tradition</dc:subject>
		<dc:subject>Tradition et communaut&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralisme et v&#233;rit&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il n'y a pas de progr&#232;s possible sans tradition. Car la tradition vivante n'est pas la perp&#233;tuation d'un stock immuable, c'est la transmission d'une exp&#233;rience v&#233;cue du vrai et du bien. Mais ce progr&#232;s n'est en rien garanti et les d&#233;rapages toujours possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre soci&#233;t&#233;, elle, a syst&#233;matis&#233; ces d&#233;rapages. Son id&#233;al latent est que chacun d&#233;finisse le bien comme il l'entend, sans admettre de r&#233;f&#233;rence objective du bien, et sans tirer les le&#231;ons de l'exp&#233;rience collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais croire par exemple qu'en laissant chaque individu r&#233;inventer la famille au gr&#233; de ses exp&#233;riences &#233;motionnelles, donc sans v&#233;ritable consid&#233;ration des enfants et de leur sort futur, et sans aucune vision sur la dur&#233;e de ce que peut donner le mod&#232;le familial en question, est irrationnel et irresponsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Pluralisme-et-verite-+.html" rel="tag"&gt;Pluralisme et v&#233;rit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La tradition vivante (la seule qui m&#233;rite attention) n'est pas la perp&#233;tuation d'un stock immuable tel quel, ni la r&#233;p&#233;tition d'un &#233;v&#233;nement fondateur &#224; r&#233;activer en permanence dans un &#233;ternel pr&#233;sent. C'est la transmission d'un ensemble de r&#233;f&#233;rences observ&#233;es et v&#233;cues, d'un rapport possible au monde, fond&#233; en v&#233;rit&#233; et fondateur de r&#233;f&#233;rences communes &#233;motionnellement puissantes parce que bas&#233;es sur la r&#233;alit&#233; de notre nature. Comprise ainsi, il n'y a pas de progr&#232;s possible sans tradition. Mais ce progr&#232;s n'est en rien garanti et les d&#233;rapages toujours possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre soci&#233;t&#233; a fait mieux, elle a syst&#233;matis&#233; ces d&#233;rapages, en mettant au centre de sa conception du monde un paradigme central, selon lequel la seule bonne chose est que chacun d&#233;finisse le bien comme il l'entend, sans admettre de r&#233;f&#233;rence objective (ce qu'on appelle la loi naturelle), et sans tirer les le&#231;ons de l'exp&#233;rience des si&#232;cles. On fait donc en mati&#232;re de valeurs essentielles, et de m&#339;urs, ce qu'on ne fait pas nulle part ailleurs. Mais croire par exemple qu'en laissant chaque individu r&#233;inventer la famille au gr&#233; de ses propres exp&#233;riences &#233;motionnelles, a priori immatures, sans consid&#233;ration de principe des enfants et de leur sort futur, et sans aucune vision sur la dur&#233;e de ce que peut donner le mod&#232;le familial en question, est irrationnel et irresponsable.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Point de d&#233;part : la signification de l'histoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quel est le sens l&#233;gitime de l'id&#233;e de &lt;i&gt;tradition&lt;/i&gt; ? On l'oppose bien souvent &#224; la libert&#233; ou &#224; la cr&#233;ativit&#233;. Mais rien n'est plus simpliste. Bien s&#251;r une vie raisonnable et vertueuse suppose la libert&#233;, et son fruit la cr&#233;ativit&#233;, car seule la libert&#233; permet d'agir en tant que personne responsable, conform&#233;ment &#224; ce qu'on reconna&#238;t comme bien. Ce qui par construction implique que l'histoire soit ouverte et le jeu de la soci&#233;t&#233; impr&#233;visible Mais l'id&#233;e r&#233;pandue &#224; notre &#233;poque est tr&#232;s diff&#233;rente. Elle va bien au-del&#224; de l'id&#233;e de l'agir libre et responsable : c'est que l'homme et la soci&#233;t&#233; sont de pures constructions sociales, et que la &#8216;libert&#233;' de l'homme doit &#234;tre maximale, sans contrainte ni limite autre que ce qu'il d&#233;cide. Le devenir humain excluant toute norme fond&#233;e ou reconnue &#224; l'avance, chacun fait ses choix et l'histoire enregistre. Il y a bien s&#251;r ici un saut logique : car que la libert&#233; soit un bien indispensable n'implique en rien qu'il n'y ait pas de r&#233;alit&#233; naturelle, de r&#233;f&#233;rence objective rendant seule possible la construction de la personne et de la soci&#233;t&#233;. Le contraire est m&#234;me &#233;vident, comme le montrent des faits de base comme l'existence d'un bien et d'un mal objectif (tuer est mal, la famille est en soi une bonne chose). Cela implique encore moins que tout soit possible, surtout au niveau collectif, qui est le plus al&#233;atoire de tous, car le choix d&#233;sordonn&#233; de chacun peut d&#233;boucher &#224; ce niveau sur des &#233;volutions dramatiques. Et d&#232;s lors la v&#233;ritable libert&#233; ne saurait &#234;tre dans l'exp&#233;rimentation capricieuse et anarchique, mais dans la connaissance v&#233;cue de ce qui est vrai et bon, car cela seul nous permet d'avancer vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette modernit&#233; se voit fond&#233;e sur une r&#233;volution permanente, impliquant une d&#233;valorisation syst&#233;matique du pass&#233;. Mais ce faisant on confond deux niveaux. L'un est le sens m&#234;me de l'histoire, la perception d'une diff&#233;rence cumulative intrins&#232;que entre le pass&#233; et le futur : indiscutable, elle existait d&#232;s le Moyen Age chr&#233;tien et caract&#233;rise en un sens l'Occident. L'autre est la survalorisation du pr&#233;sent ou de l'avenir et le m&#233;pris du pass&#233; ; eux sont purement modernes et se relient au refus de toute r&#233;f&#233;rence objective, notamment h&#233;rit&#233;e. On a d&#232;s lors &#233;limin&#233; la tradition comme source de r&#233;f&#233;rence, et c'est l&#224; qu'est la v&#233;ritable nouveaut&#233; sociale. Et du coup on se permet d'exp&#233;rimenter sans frein ni responsabilit&#233;, comme de nos jours avec l'euthanasie, le &#8216;mariage' homosexuel, ou les tripotages g&#233;n&#233;tiques. Tout ceci est coh&#233;rent avec le refus de toute norme sup&#233;rieure, de toute r&#233;f&#233;rence au vrai et au bien, reconnus comme d&#233;sirables et normatifs par eux-m&#234;mes, comme de toute r&#233;alit&#233; morale naturelle objectivement constatable. Car &#233;videmment si on admet de telles r&#233;f&#233;rences, ce qui para&#238;t difficile &#224; &#233;viter si on croit un tant soit peu &#224; un progr&#232;s possible qui soit un vrai progr&#232;s, on comprend qu'on ne peut tout r&#233;inventer &#224; chaque instant et que de telles r&#233;f&#233;rences doivent &#234;tre l'objectif d'une recherche commune &#233;tal&#233;e au cours des si&#232;cles et s'approfondissant &#224; chaque g&#233;n&#233;ration. Pr&#233;cis&#233;ment ce qu'on appelle tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On cite pour expliquer les motifs de cette attitude, le progr&#232;s &#233;conomique ou technique ; ou bien, en politique, ce qu'on pense &#234;tre la clef d&#233;finitive du progr&#232;s : la d&#233;mocratie, les droits de l'homme etc. Mais justement pour qu'il y ait eu un certain progr&#232;s dans ces domaines il a fallu que soit &#224; l'&#339;uvre un crit&#232;re de choix, de s&#233;lection, donc une r&#233;f&#233;rence au vrai et au bien. En outre, s'il y a encore aujourd'hui un progressisme convaincu de l'automaticit&#233; du progr&#232;s sans r&#233;f&#233;rence objective, par son simple jeu, il est moins dominant. Bien des &#233;cologistes sont m&#234;me convaincus &#224; leur fa&#231;on que le pass&#233; lointain &#233;tait meilleur que notre avenir. Il y a donc, &#224; c&#244;t&#233; de la foi na&#239;ve en la sup&#233;riorit&#233; des m&#233;canismes relativistes et d'un libre-arbitre sans contr&#244;le, un doute profond, qui peut permettre d'esp&#233;rer une ouverture &#224; des options alternatives. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t de la reconstruction d'une appr&#233;ciation saine du &lt;i&gt;sens positif de la tradition, ins&#233;r&#233; dans une vision orient&#233;e vers l'avenir, parce que fond&#233;e sur des r&#233;f&#233;rences &#224; valeur permanente, objective, mais en approfondissement constant&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pas de tradition l&#233;gitime sans r&#233;f&#233;rence au vrai et au bien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;laboration de la juste compr&#233;hension du vrai et du bien est en effet &#224; comprendre comme un travail collectif &#233;tendu sur plusieurs g&#233;n&#233;rations. La tradition ainsi comprise n'est pas un mod&#232;le immuable, alors m&#234;me que les principes auxquels elle se r&#233;f&#232;re sont reconnus permanents. C'est le fruit collectif de la soci&#233;t&#233;, y compris des plus humbles, car, comme le rel&#232;ve Chesterton, rien dans la d&#233;mocratie ne s'oppose &#224; la tradition (sauf bien s&#251;r dans la mythologie de notre &#233;poque). Quand on critique la tradition, en fait on en appelle &#224; une minorit&#233; qui se dit &#233;clair&#233;e, et on la dresse contre une foule, la foule obscure de nos anc&#234;tres. Attitude qui n'a rien de d&#233;mocratique. Mais bien s&#251;r, par ailleurs, une tradition qui ne serait que r&#233;p&#233;tition aveugle ne saurait survivre. La &lt;i&gt;tradition vivante&lt;/i&gt; (la seule qui m&#233;rite attention et int&#233;r&#234;t) n'est pas la perp&#233;tuation d'un stock immuable, ni la r&#233;p&#233;tition d'un &#233;v&#233;nement fondateur &#224; r&#233;activer en permanence dans un &#233;ternel pr&#233;sent. &lt;i&gt;C'est la transmission d'un ensemble de r&#233;f&#233;rences observ&#233;es et v&#233;cues, propos&#233;es comme visions d'un rapport possible au monde, fond&#233; en v&#233;rit&#233; et fondateur de r&#233;f&#233;rences communes, &#233;motionnellement puissantes autant qu'elles sont bas&#233;es sur l'exp&#233;rience&lt;/i&gt;. Le v&#233;cu est ici essentiel, et donc cette dimension centrale de toute tradition qui est la transmission de personne &#224; personne. Une tradition est la transmission d'une connaissance dont on s'est p&#233;n&#233;tr&#233;, c'est-&#224;-dire finalement d'une chose v&#233;cue. Ce n'est donc pas simplement un concept ou un syst&#232;me explicatif, mais c'est toujours une exp&#233;rience &#224; vivre ; ou au minimum, ce qui nous &#233;claire sur ce que nous vivons, c'est-&#224;-dire nous le fait vivre de fa&#231;on plus pleine et plus consciente. &lt;i&gt;La tradition est dans cette optique fondamentalement orient&#233;e vers le futur&lt;/i&gt; : si elle rend hommage au pass&#233; en en tirant les enseignements, c'est que cela doit &#234;tre transmis aux g&#233;n&#233;rations futures. Comprise ainsi, doit-elle &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme vertueuse ? Evidemment ; car elle est un &#233;l&#233;ment essentiel de la vie de l'homme, qui non seulement a des exp&#233;riences personnelles, mais les a avec d'autres et par d'autres ; il re&#231;oit d'autres l'essentiel de ce qui le constitue, et notamment de ses pr&#233;d&#233;cesseurs sur terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tradition peut-elle &#234;tre l&#233;gitimement remise en question ? Le cas o&#249; la question se pose est celui o&#249; le flux de nouvelles informations, exp&#233;riences nouvelles, ou d&#233;couvertes dans le savoir para&#238;t remettre en question une tradition ant&#233;rieurement existante. Mais &#224; vrai dire, si la tradition en question portait sur un &#233;l&#233;ment d'exp&#233;rience r&#233;elle, v&#233;cue positivement, logiquement la solution optimale ne devrait pas consister dans son abolition. Tout au plus dans son int&#233;gration dans un contexte nouveau plus large. Du fait m&#234;me que la tradition transmet un v&#233;cu s&#233;lectionn&#233; pour son sens, sa v&#233;rit&#233; et sa signification, par nature elle ne devrait pas &#234;tre remise en cause en tant que telle, dans ses limites. Naturellement dans la pratique il peut en &#234;tre diff&#233;remment, car il y a des traditions erron&#233;es : fond&#233;es au d&#233;part sur un &#233;l&#233;ment de v&#233;rit&#233;, mais enkyst&#233;es dans l'erreur ou alli&#233;es avec elle. Ceci dit, m&#234;me en cas d'erreur av&#233;r&#233;e, il faudrait sauver ce que la vision ant&#233;rieure contenait d'humainement significatif. Ce qui montre l'erreur profonde des suppos&#233;es Lumi&#232;res du XVIIIe si&#232;cle : elles ont tent&#233; d'abolir le flux d'exp&#233;riences ant&#233;rieures au nom de principes suppos&#233;s complets et d&#233;finitifs, alors qu'il aurait fallu tenter d'en garder le v&#233;cu et l'exp&#233;rience positives. A nouveau, il faut voir le processus de transmission d'id&#233;es par la tradition, coupl&#233; avec leur renouvellement/enrichissement, comme la combinaison du souci de la permanence du concept vrai, avec la recherche constante de la cr&#233;ation-innovation &#8211; car l'histoire est transmission et jaillissement. La tradition vivante de la civilisation est le lieu dans lequel ce qui a &#233;t&#233; vu reconnu comme vrai en soi est transmis et enrichi par un processus irr&#233;versible d'immersion - cr&#233;ation dans le temps. Comprise ainsi une tradition est donc fondamentalement un d&#233;veloppement. On peut m&#234;me dire &lt;i&gt;qu'il n'y a pas de progr&#232;s possible sans tradition&lt;/i&gt;, puisque le progr&#232;s suppose une accumulation qualitative et quantitative, ce qui implique de transmettre ce qui a &#233;t&#233; exp&#233;riment&#233; et reconnu bon. Loin d'exclure l'innovation, elle en constitue le support, puisqu'une innovation ne vaut que si elle peut devenir tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle conception du travail collectif de la soci&#233;t&#233; est &#233;videmment incompatible avec la notion de R&#233;volution avec un grand R, prise dans son sens fort de volont&#233; utopique de changement radical de l'ensemble de la soci&#233;t&#233;, &#224; partir d'un jeu a priori de concepts. Le d&#233;fi de la transmission est une des d&#233;fis majeurs que nous avons &#224; affronter et aujourd'hui plus que jamais. En revanche bien s&#251;r c'est compatible avec une r&#233;volution (avec un petit r), comprise comme simple changement de r&#233;gime, notamment politique. Si en effet ces derni&#232;res peuvent (parfois) &#234;tre n&#233;cessaires, les premi&#232;res se sont r&#233;v&#233;l&#233;es constamment st&#233;riles et dangereuses. Tous les mythes r&#233;volutionnaires se ressemblent dans leur sottise essentielle, car ils supposent tous qu'on puisse r&#233;sumer dans un jeu de concepts l'ensemble du fonctionnement d'une soci&#233;t&#233;, avec ses multiples communaut&#233;s chacune dot&#233;e de son h&#233;ritage propre ; et qu'on puisse utiliser tel ou tel pouvoir pour mettre en &#339;uvre les th&#233;ories qu'on b&#226;tit l&#224;-dessus, le tout sans dommage pour les personnes, les communaut&#233;s ou les r&#233;f&#233;rences collectives qui les sous-tendent - alors m&#234;me que, ce faisant, ce pouvoir se d&#233;cha&#238;ne dans la violence et se d&#233;barrasse des contre-pouvoirs qui le limitaient.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tradition et progr&#232;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est ind&#233;niable que le temps &#233;tablit une diff&#233;rence de nature entre ce qui est avant et ce qui est apr&#232;s, au b&#233;n&#233;fice du second car il profite a priori de l'exp&#233;rience du premier. Mais cela ne justifie pas la pr&#233;tention de l'&#233;poque moderne qui se juge intrins&#232;quement sup&#233;rieure &#224; toutes celles qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e. Car cette sup&#233;riorit&#233; pour &#234;tre r&#233;elle supposerait deux choses. D'une part que l'exp&#233;rience des &#233;poques pr&#233;c&#233;dentes ait &#233;t&#233; r&#233;ellement int&#233;gr&#233;e, c'est-&#224;-dire qu'on ait &#233;cout&#233; et assimil&#233; ce qu'ont pu nous dire nos pr&#233;d&#233;cesseurs. Il faut au minimum pour cela une vertu de m&#233;moire et une &#233;coute attentive des t&#233;moignages ant&#233;rieurs ; et donc un sens intense de l'histoire et de la tradition bien comprise. Ce qui comme on sait ne caract&#233;rise pas notre &#233;poque. &lt;i&gt;Paradoxalement toute pr&#233;tention &#224; la sup&#233;riorit&#233; suppose de valoriser pleinement les &#233;poques ant&#233;rieures, afin de s'appuyer sur elles.&lt;/i&gt; Qui affirme la possibilit&#233; de recommencer &#224; z&#233;ro reconna&#238;t par l&#224; le m&#234;me droit &#224; ses successeurs et exclut qu'une quelconque sup&#233;riorit&#233; puisse lui &#234;tre reconnue, ainsi qu'&#224; son temps. D'autre part, il faut que cette exp&#233;rience puisse &#234;tre int&#233;gr&#233;e r&#233;ellement, c'est-&#224;-dire qu'on ne se borne pas &#224; enregistrer le t&#233;moignage et &#224; le juger, mais qu'on soit autant que possible &#224; m&#234;me de saisir le sens humain de l'exp&#233;rience particuli&#232;re qu'ont v&#233;cue nos anc&#234;tres, comme exp&#233;rience particuli&#232;re d'&#233;poque, et en m&#234;me temps exp&#233;rience universelle. Ce qui pr&#233;suppose l'universalit&#233; de l'humain et la communicabilit&#233; des exp&#233;riences. En revanche l'historicisme qui d&#233;value les &#233;poques ant&#233;rieures en les consid&#233;rant incapables de communiquer avec la n&#244;tre d&#233;value par le m&#234;me fait sa propre pr&#233;tention &#224; la sup&#233;riorit&#233;, et se contredit donc. Dans le pass&#233;, des hommes ont v&#233;cu r&#233;ellement les exp&#233;riences qu'ils ont v&#233;cues. Il est impossible de les revivre telles quelles. Mais parce que l'humain est universel, il est possible d'assumer ce qu'ils nous ont transmis de t&#233;moignage vrai et pens&#233; de ce v&#233;cu, notamment &#224; travers la culture. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t de la tradition. En r&#233;sum&#233; la tradition bien comprise est le mariage de deux &#233;l&#233;ments. D'un c&#244;t&#233;, la transmission d'une notion de ce qui est essentiel et donc par nature hors du temps, ou plus exactement de ce que nos pr&#233;d&#233;cesseurs en ont per&#231;u, m&#234;me si c'est in&#233;vitablement avec leurs limites. Et de l'autre, l'enrichissement progressif, cumulatif parce que r&#233;v&#233;rencieux et d&#233;vou&#233;, des progr&#232;s successifs que l'histoire nous permet d'enregistrer, sous l'&#233;clairage de ces r&#233;f&#233;rences objectives. Le tout transmis de fa&#231;on vivante, dans le cadre d'une &#233;ducation de la personnalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, il y a donc en principe la possibilit&#233; d'un progr&#232;s historique r&#233;sultant de la fl&#232;che du temps et de l'accumulation des exp&#233;riences et savoirs qui en r&#233;sultent. Il peut &#233;venuellement permettre d'affiner les exigences morales. On doit cependant ajouter que le seul progr&#232;s r&#233;sultant de l'accumulation d'exp&#233;riences dans le temps (sauf catastrophe), est quantitatif ou notionnel. Je veux dire par l&#224; &lt;i&gt;qu'il n'y a pas de progr&#232;s perceptible dans la sagesse&lt;/i&gt; (l'harmonie globale, personnelle ou collective), ni en termes de qualit&#233; ni d'intensit&#233;. Car cela, chaque g&#233;n&#233;ration doit le conqu&#233;rir pour elle-m&#234;me, parce que ce ne peut &#234;tre transmis tel quel par les mots et les id&#233;es ; cela doit &#234;tre v&#233;cu. On retrouve ici la limite de tout langage : on peut transmettre une id&#233;e mais pas faire percevoir &#224; l'autre la pl&#233;nitude de la chose ; on peut tout au plus la montrer. Et la fid&#233;lit&#233; est alors le meilleur garant de cette transmission, si l'on veut que cet h&#233;ritage soit bien v&#233;cu, car cela suppose le respect de principes justes et un cadre humainement &#233;ducatif et formateur ; donc qui guide la personne vers ce qu'elle ne conna&#238;t pas au d&#233;part (et qui ne peut donc r&#233;sulter de son choix). C'est l&#224; l'apport le plus important d'une tradition vivante.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le risque de d&#233;rapage&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais ce processus de progr&#232;s relatif peut &#234;tre remis en cause par de multiples facteurs. D'abord l'humanit&#233; est libre, y compris de faire de mauvais choix, et donc il est concevable voire in&#233;vitable qu'elle se lance &#224; l'occasion dans une impasse. Ensuite il est possible qu'un progr&#232;s relatif dans un certain sens conduise &#224; une erreur massive sous un autre angle, ou &#224; l'occultation de choses tr&#232;s importantes, ant&#233;rieurement acquises. Le cas &#233;vident de d&#233;viation est justement ce paradigme central de la modernit&#233;, qui met en seule priorit&#233; la pluralit&#233; libre des voies, consid&#233;r&#233;e comme seul bien en soi, et la suppos&#233;e d&#233;finition libre par chacun des valeurs qui comptent pour lui. Bien s&#251;r il y a un bien relatif dans la tol&#233;rance, et un autre dans la libert&#233; ou l'autonomie. Mais &lt;i&gt;afficher un tel primat absolu de neutralit&#233; exclut la recherche s&#233;lective qui est &#224; la base de toute tradition vivante, et par l&#224; de tout progr&#232;s&lt;/i&gt;. Le paradigme moderne qui ne voit de progr&#232;s que dans l'&#233;largissement de la marge de jeu imm&#233;diate de jeu de chacun est contradictoire avec le v&#233;ritable progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A notre &#233;poque moins qu'&#224; tout autre le progr&#232;s n'est donc pas garanti. L'innovation, en soi positive parce qu'apportant une exp&#233;rience nouvelle, peut avoir un effet globalement pervers si ce qui est ainsi explor&#233; d&#233;s&#233;quilibre notre horizon de vie et de valeurs et aboutit &#224; l&#233;guer &#224; la g&#233;n&#233;ration qui suit un bilan qui sera peut-&#234;tre quantitativement plus complexe (du moins pendant un certain temps) mais qualitativement appauvri et d&#233;s&#233;quilibr&#233;. On le voit dans le cas de la famille : laisser chaque individu bricoler le mod&#232;le familial qui lui convient n'a de sens que si l'on consid&#232;re tout mod&#232;le familial comme arbitraire, ce qui est contraire &#224; l'exp&#233;rience des civilisations (et au bon sens comme &#224; toute r&#233;flexion sur la loi naturelle). Croire qu'en laissant chaque individu r&#233;inventer la famille au gr&#233; de ses propres exp&#233;riences &#233;motionnelles, a priori immatures, sans consid&#233;ration des enfants et de leur sort futur, et sans aucune vision sur la dur&#233;e de ce que peut donner le mod&#232;le familial en question, est irrationnel et irresponsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Texte reprenant et adaptant des passages de mon &lt;i&gt;Temps Histoire Eternit&#233;&lt;/i&gt; Parole et Silence 2006).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(modifi&#233; le 2 janvier 2013)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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