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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Moralisme perverti et judiciarisation</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Moralisme-perverti-et-judiciarisation.html</link>
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		<dc:date>2026-08-22T14:47:49Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;On assiste &#224; la multiplication de faits troublants, dont le rapprochement confirme l'ampleur du changement du regard sur la moralit&#233; et le contr&#244;le social qui affecte nos soci&#233;t&#233;s. Cela touche tous les pays dits occidentaux, anglo-saxons en premier lieu. Mais ce qu'il para&#238;t int&#233;ressant de souligner est la mani&#232;re de proc&#233;der. Rien &#224; voir avec les pr&#233;fets &#224; l'ancienne, fa&#231;on Napol&#233;on III, agissant directement comme repr&#233;sentants du pouvoir, ou un syst&#232;me totalitaire assumant d'&#234;tre tel : on a ici des autorit&#233;s suppos&#233;es ind&#233;pendantes, comme l'Arcom, agissant en fonction d'une mission suppos&#233;e de moralisation publique. Ou encore des entreprises, r&#233;seaux sociaux ou banques, cens&#233;es appliquer une &#8216;d&#233;ontologie' ou une &#8216;&#233;thique' qu'ils ont le devoir d'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ph&#233;nom&#232;ne entre en r&#233;sonnance avec un autre, de plus grande ampleur et plus inqui&#233;tant, qui est la judiciarisation d'un ensemble de pr&#233;occupations personnelles ou collectives. Ce n'est plus le parti ou le pouvoir qui d&#233;cident - qui restent tous deux politiques ; mais le juge, qui en principe ne l'est pas &#8211; et cela au nom d'une suppos&#233;e morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre cette &#8216;morale' n'est pas la morale, mais une suppos&#233;e moralit&#233; &#224; base relativiste, fond&#233;e sur le culte f&#233;tichique de l'autonomie de la personne, y compris dans la d&#233;finition par chacun de ses propres r&#232;gles et valeurs, m&#234;me quand elle est paradoxale. Ainsi lorsqu'on vous oblige &#224; consid&#233;rer comme femme un individu dont l'&#233;vidence de vos yeux vous montre que c'est un homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la morale c'est la recherche du bien, et notamment du bien commun. Ce n'est donc pas l'id&#233;e de moralisation qui doit &#234;tre rejet&#233;e, mais son d&#233;voiement radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Principes-politiques-.html" rel="directory"&gt;Sociologie et vie commune&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un moralisme envahissant et pervers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste &#224; la multiplication de faits troublants, dont le rapprochement confirme l'ampleur du changement du regard sur la moralit&#233; et le contr&#244;le social qui affecte nos soci&#233;t&#233;s. Cela touche tous les pays dits occidentaux, anglo-saxons en premier lieu. Des exemples fran&#231;ais r&#233;cents vont de l'acharnement de l'Arcom contre les cha&#238;nes ne respectant pas la doxa officielle, &#224; la fermeture arbitraire de comptes sur les r&#233;seaux sociaux et de comptes bancaires, sans explication m&#234;me pr&#233;texte. Ce qui est vis&#233; alors est plut&#244;t ce qu'on appelle g&#233;n&#233;riquement l'extr&#234;me-droite, d&#233;cid&#233;ment partout pr&#233;sente. Le c&#244;t&#233; lutte politique saute aux yeux. Mais ce qu'il para&#238;t int&#233;ressant de souligner est la mani&#232;re de proc&#233;der et l'argument donn&#233;. Rien &#224; voir en effet avec les pr&#233;fets &#224; l'ancienne, fa&#231;on Napol&#233;on III, agissant directement comme repr&#233;sentants du pouvoir : on a ici des autorit&#233;s suppos&#233;es ind&#233;pendantes, agissant en fonction d'une mission suppos&#233;e de moralisation publique. Ou encore des entreprises, r&#233;seaux sociaux ou banques, cens&#233;es appliquer une &#8216;d&#233;ontologie' ou une &#8216;&#233;thique' qu'ils ont le devoir d'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, en soi, qu'une entreprise se reconnaisse une obligation morale, sous le nom de responsabilit&#233; sociale (RSE) est dans son principe une bonne chose, car de quoi parle la morale sinon de la recherche du bien, et qu'esp&#233;rer de mieux que des organisations puissantes cherchent le bien ? Certes, on s'attendrait naturellement &#224; ce que ce bien soit d'abord cherch&#233; dans leur mission propre : offrir des biens et services r&#233;ellement bons et utiles, &#224; un prix convenable, en respectant l'environnement et traitant bien ses collaborateurs, ses clients et ses fournisseurs. Le bon sens &#224; l'ancienne y verrait une priorit&#233;, avant de se pr&#233;occuper des m&#339;urs sexuelles des collaborateurs, ou de lutter contre l'affreuse extr&#234;me-droite. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, ces pr&#233;occupations ont pour elles le double avantage de ne rien co&#251;ter, car sans effet sur le business, et de donner un brevet politiquement correct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La judiciarisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ph&#233;nom&#232;ne entre en r&#233;sonnance avec un autre, de plus grande ampleur et plus inqui&#233;tant, qui est la judiciarisation d'un ensemble de pr&#233;occupations personnelles ou collectives. Ainsi le d&#233;lit d'entrave dans le cas de l'avortement, ou lorsqu'on vous oblige &#224; consid&#233;rer comme femme, avec des pronoms f&#233;minins, un individu dont l'&#233;vidence de vos yeux vous montre que c'est un homme. Ce peut &#234;tre du fait de la loi ; c'est plus souvent la d&#233;marche propre des juges, qui se sont arrog&#233; depuis 40 ans des pouvoirs exorbitants, soi-disant pour v&#233;rifier la conformit&#233; de textes de lois ou de r&#232;glements &#224; la constitution (on vise en r&#233;alit&#233; des d&#233;clarations de droits mises en pr&#233;ambule, qui n'&#233;taient d'ailleurs pas faites pour cela), et en pratique &#224; poser un jugement sur des textes pourtant d&#233;cid&#233;s par des autorit&#233;s l&#233;gitimes. Ce faisant, ils se substituent de fait &#224; la d&#233;cision politique m&#234;me suppos&#233;e &#8216;d&#233;mocratique', par appr&#233;ciation sur la base de principes &#224; pr&#233;tention moralisante. De m&#234;me pour le juge constitutionnel, comme on l'a revu tout r&#233;cemment (euthanasie, r&#233;seaux sociaux). Ce n'est plus le parti ou le pouvoir qui d&#233;cide - qui restent tous deux politiques ; mais le juge, qui en principe ne l'est pas. Au-del&#224; des questions de personnes, cela joue d&#233;sormais aussi un r&#244;le majeur dans bien d'autres domaines, par exemple le blocage judiciaire de grands travaux collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de diff&#233;rences &#233;videntes, ce ph&#233;nom&#232;ne a une affinit&#233; importante avec le premier. Dans les deux cas, on juge selon un syst&#232;me de r&#233;f&#233;rences d&#233;sormais dominant et se pr&#233;sentant comme moralisant. Dans les deux cas, le d&#233;cideur n'est pas habilit&#233; politiquement. Ce qui est coh&#233;rent avec le moralisme, car ce qui est mis en avant n'est plus apparemment une question de pouvoir, mais l'application d'un sch&#233;ma suppos&#233; moral, qui est en r&#233;alit&#233; id&#233;ologique, et n'a pas de compte &#224; rendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nouvelle &lt;i&gt;morale&lt;/i&gt;, nouvelles m&#233;thodes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que cette &#8216;morale' n'est pas la morale de nos p&#232;res encore vant&#233;e par Jules Ferry, mais une moralit&#233; &#224; base relativiste, fond&#233;e sur le culte f&#233;tichique de l'autonomie de la personne et prenant la place de l'h&#233;t&#233;ronomie de la loi naturelle. En r&#233;alit&#233; d'ailleurs, ce n'est pas m&#234;me l'autonomie qui est vis&#233;e, mais le culte d'une autod&#233;termination absolue, y compris dans la d&#233;finition par chacun de ses propres r&#232;gles et valeurs, m&#234;me quand elle est paradoxale. Rappelons &#224; nouveau le cas de la transition de genre : je n'ai pas le droit de dire l'&#233;vidence (que ce monsieur n'est pas une femme), car ce qui compte est ce qu'il dit de lui-m&#234;me : il s'identifie comme femme, et donc toute la soci&#233;t&#233; est tenue de le suivre. Ce n'est pas la question du respect de la personne (principe en soi moral) qui est ici en jeu, mais le suppos&#233; respect d&#251; comme un absolu &#224; toute expression arbitraire de cette personne. En outre, non seulement cette suppos&#233;e morale est une fausse morale, mais elle intervient dans un contexte politique et culturel constructiviste : comme dans la tradition r&#233;volutionnaire, on voit fondamentalement la soci&#233;t&#233; comme quelque chose qui peut et doit &#234;tre remodel&#233; &#224; partir de principes pos&#233;s a priori. Aucune h&#233;sitation donc &#224; imposer cette id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref donc, on a le croisement de trois &#233;l&#233;ments : une nouvelle pseudo-moralit&#233; de l'autod&#233;termination, un constructivisme social &#224; base id&#233;ologique, et une judiciarisation ou proc&#233;duralit&#233;. Ces trois &#233;l&#233;ments se combinent de fa&#231;on coh&#233;rente : s'il s'agit en effet de reconstruire la soci&#233;t&#233; &#224; partir de principes abstraits qui affirment qu'il n'y a pas de vrai ou de bien en soi en dehors de l'autod&#233;finition de chacun, la prise de d&#233;cision sort du champ de la responsabilit&#233; politique au sens traditionnel, et devient la mise en &#339;uvre d'un programme id&#233;ologique dont le seul but est pr&#233;cis&#233;ment cette autonomisation de l'individu. Quoi de plus logique alors que d'en faire un jeu de principes s'appliquant &#224; tout le monde, sous le contr&#244;le de corps sp&#233;cialis&#233;s dont les autorit&#233;s dites ind&#233;pendantes et les tribunaux sont l'expression naturelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens inverse, un juriste am&#233;ricain comme Adrian Vermeule a rappel&#233; dans un livre r&#233;cent, Common Good Constitutionalism (Recovering the Classical Legal Tradition), ce que peut &#234;tre une interpr&#233;tation juridique de la loi (en l'esp&#232;ce de la constitution am&#233;ricaine) selon la tradition classique, appliqu&#233;e &#224; la recherche de ce que peut &#234;tre le bien objectif, le bien commun, et cela d&#232;s la d&#233;finition m&#234;me des droits. Les droits sont en effet une expression de la justice, qui attribue &#224; chacun ce qui lui est d&#251; : ce qu'on reconna&#238;t lui &#234;tre objectivement d&#251;. On n'a pas &#224; reconna&#238;tre un droit sur la base de ce que proclame arbitrairement un individu, mais au vu de ce qui lui est r&#233;ellement d&#251; par la soci&#233;t&#233;. Pour ce faire, on ne cherche pas &#224; reconstruire la soci&#233;t&#233; &#224; partir d'un corpus d'id&#233;es abstraites ; on la prend &#224; la lumi&#232;re de son exp&#233;rience historique et de la v&#233;rit&#233; des faits, et on d&#233;cide en conscience de ce qui va dans le sens du bien commun, reconnu comme s'imposant objectivement comme bien, &#224; rechercher avec prudence et humilit&#233;. Qu'un homme se prenne pour une femme est alors identifi&#233; comme son probl&#232;me personnel ; la soci&#233;t&#233; peut parfois avoir &#224; l'aider, mais pas &#224; le suivre dans son fantasme, encore moins l'imposer &#224; tous. De m&#234;me, un d&#233;bat politique doit &#234;tre libre, car c'est dans sa logique m&#234;me, sauf pour ce qui n'a pas de pertinence pour ce d&#233;bat (comme les insultes personnelles). Un &#233;quipement est &#224; appr&#233;cier en fonction de ce qu'il apporte au bien commun. Un migrant clandestin est &#224; respecter mais n'a aucun droit &#224; imposer son s&#233;jour sur place. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contraste avec ce qu'est devenue la pratique judiciaire se r&#233;v&#232;le alors impressionnant. Ce n'est donc pas l'id&#233;e de moralisation qui doit &#234;tre rejet&#233;e, mais son d&#233;voiement radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A para&#238;tre dans &lt;/i&gt; Politique magazine&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'Eglise et la doctrine de la guerre juste : la tentation de l'abandon</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Un-tentation-nouvelle-affecte-l-Eglise-la.html</link>
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		<dc:date>2026-07-23T08:25:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un tentation nouvelle affecte l'Eglise : la remise en cause de la doctrine traditionnelle de la guerre juste. Il y a un r&#233;flexe &#233;motionnel, devant l'association de ces deux termes, guerre et juste. Et une confusion, entre la doctrine catholique de la guerre juste et le fait que pratiquement tous ceux qui m&#232;nent des guerres pr&#233;tendent qu'elles sont justes. Mais certainement pas en invoquant la doctrine catholique sur le sujet !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remettre en question cette doctrine serait une lourde erreur. Un d&#233;veloppement de la r&#233;flexion serait sans doute utile. Mais &#224; condition de garder &#224; l'esprit que l'extr&#234;me prudence de la doctrine traditionnelle, loin d'&#234;tre un blanc-seing donn&#233; aux agresseurs, est au contraire un puissant garde-fou. Bien rares sont les guerres qu'elle reconna&#238;t justes. Elle est donc un moyen de tenir compte de la r&#233;alit&#233; des relations internationales, des cas o&#249; la lutte est in&#233;vitable, tout en s'opposant &#224; la tr&#232;s grande majorit&#233; des guerres r&#233;elles. Il serait donc tr&#232;s dommage de l'abandonner ou de l'affaiblir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-et-politique-.html" rel="directory"&gt;Religion et politique &lt;/a&gt;

/ 
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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Magistere-catholique-+.html" rel="tag"&gt;Magist&#232;re catholique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'encyclique du pape L&#233;on XIV &lt;i&gt;Magnifica Humanitas&lt;/i&gt; (MH) couvre de nombreux sujets ; son message central concerne l'Intelligence artificielle ou IA. Mais parmi les autres sujets abord&#233;s, il en est un qui revient d&#233;sormais r&#233;guli&#232;rement dans les r&#233;flexions au sein dans l'Eglise, non sans une certaine h&#233;sitation : celui de la guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une doctrine traditionnelle rappel&#233;e par le Cat&#233;chisme au N&#176; 2309 : &#171; Il faut consid&#233;rer avec rigueur les strictes conditions d'une l&#233;gitime d&#233;fense par la force militaire. La gravit&#233; d'une telle d&#233;cision la soumet &#224; des conditions rigoureuses de l&#233;gitimit&#233; morale. Il faut &#224; la fois que le dommage inflig&#233; par l'agresseur &#224; la nation ou &#224; la communaut&#233; des nations soit durable, grave et certain ; que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient r&#233;v&#233;l&#233;s impraticables ou inefficaces ; que soient r&#233;unies les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s ; et que l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer. La puissance des moyens modernes de destruction p&#232;se tr&#232;s lourdement dans l'appr&#233;ciation de cette condition. Ce sont les &#233;l&#233;ments traditionnels &#233;num&#233;r&#233;s dans la doctrine dite de la &#8216;guerre juste'. L'appr&#233;ciation de ces conditions de l&#233;gitimit&#233; morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le pape Fran&#231;ois, sans modifier pour autant le Cat&#233;chisme, avait &#233;mis dans &lt;i&gt;Fratelli tutti &lt;/i&gt; au N&#176; 258 l'id&#233;e que cette doctrine &#233;tait d&#233;pass&#233;e, notamment au vu des risques pos&#233;s par le nucl&#233;aire : &#171; Nous ne pouvons donc plus penser &#224; la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l'utilit&#233; hypoth&#233;tique qu'on lui attribue. Face &#224; cette r&#233;alit&#233;, il est tr&#232;s difficile aujourd'hui de d&#233;fendre les crit&#232;res rationnels, m&#251;ris en d'autres temps, pour parler d'une possible &#8216;guerre juste' &#187;. Et dans MH le pape L&#233;on XIV cite en note son pr&#233;d&#233;cesseur qui disait encore : &#171; De fait, ces derni&#232;res d&#233;cennies, toutes les guerres ont &#233;t&#233; pr&#233;tendument justifi&#233;es &#187;. Et : s'agissant de &#171; la possibilit&#233; d'une l&#233;gitime d&#233;fense par la force militaire &#187;, &#171; on tombe facilement dans une interpr&#233;tation trop large de ce droit &#233;ventuel. On veut ainsi justifier indument m&#234;me des attaques &#8216;pr&#233;ventives' ou des actions guerri&#232;res qui difficilement n'entra&#238;nent pas &#8216;des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer' &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet devait initialement &#234;tre examin&#233; par les cardinaux dans leur r&#233;union de juin 2026 mais rien n'en est ressorti. Le cardinal Fernandez s'y est exprim&#233;, soulignant des d&#233;veloppements pr&#233;occupants comme la violence des op&#233;rations au Moyen Orient et &#224; Gaza, s'inqui&#233;tant en outre de la notion de guerre pr&#233;ventive, de la d&#233;valorisation de l'adversaire, d'une certaine culture de la guerre etc. Il a paru aussi &#233;voquer une possible manipulation de la doctrine sociale de l'&#201;glise, qui serait utilis&#233;e pour donner une base th&#233;orique &#224; des guerres injustes : &#171; au lieu de mettre fin aux guerres, elle contribue &#224; les justifier &#187;.Ce point para&#238;t surtout trouver un &#233;cho chez le pape L&#233;on, qui dit dans MH au N&#176; 192 : &#171; Aujourd'hui plus que jamais, il est important de r&#233;affirmer le d&#233;passement de la th&#233;orie de la &#8216;guerre juste' trop souvent invoqu&#233;e pour justifier n'importe quelle guerre, sous r&#233;serve du droit &#224; la l&#233;gitime d&#233;fense dans son sens le plus strict &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la peine de mort, serait-ce une nouvelle tentation de renverser une doctrine pourtant constante dans l'histoire de l'Eglise ? Quel en est le sens et l'enjeu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La guerre juste : probl&#233;matique de la question &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardons d'abord le fond. Je l'ai abord&#233; dans un livre paru en 2024 chez Boleine : &lt;i&gt;La guerre juste&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-guerre-juste.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-gu...&lt;/a&gt;. Peut-on parler de guerre juste ? Pour certains, la guerre &#233;tant fondamentalement mauvaise ne peut &#234;tre juste : c'est ce qui para&#238;t sous-jacent chez bien des interventions eccl&#233;siastiques. Surtout, il y a la crainte qu'admettre qu'il y a des guerres justes ouvre la porte &#224; la justification de toutes sortes de guerres. Pourtant dans la r&#233;alit&#233; on ne peut pas toujours &#233;viter la guerre : il arrive qu'on vous l'impose. Faudrait-il alors se laisser faire et laisser les agresseurs faire la loi ? La l&#233;gitime d&#233;fense est un cas &#233;vident de guerre qu'on ne peut pas ne pas mener. Il y a donc au moins un cas de guerre qu'on peut justifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit que la question est d&#233;pass&#233;e avec les armes nucl&#233;aires. Mais l'exp&#233;rience des cinquante derni&#232;res ann&#233;es montre de tr&#232;s nombreuses guerres, toutes en de&#231;&#224; du conflit nucl&#233;aire. Les Etats sont souverains, et il n'y a pas d'autorit&#233; mondiale qui arbitre entre leurs diff&#233;rends. Cela n'implique pas qu'il n'existe pas des r&#232;gles morales, ant&#233;rieures et sup&#233;rieures &#224; leur souverainet&#233; ; mais en l'absence d'un Etat universel, la consid&#233;ration du bien commun leur incombe d'abord. Il ne s'agit alors pas d'invoquer une id&#233;ologie pour justifier n'importe quoi, mais de r&#233;fl&#233;chir sur les donn&#233;es mat&#233;rielles et morales d'une situation. Et pour cela la r&#233;flexion sur la guerre juste garde son sens. Certes, l'horreur que suscite la guerre prend dans nos soci&#233;t&#233;s techniquement &#233;volu&#233;es une tout autre ampleur. Mais en r&#233;alit&#233;, loin de les encourager, les questions que pose la doctrine de la guerre juste sont propres &#224; mod&#233;rer les ardeurs agressives ou &#233;motionnelles, les classements en blanc et noir, que nos soci&#233;t&#233;s affectionnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; en est-on ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette lumi&#232;re, les termes employ&#233;s ci-dessus par L&#233;on XIV peuvent surprendre : &#171; r&#233;affirmer le d&#233;passement de la th&#233;orie de la &#8216;guerre juste' trop souvent invoqu&#233;e pour justifier n'importe quelle guerre &#187;, &#171; sous r&#233;serve du droit &#224; la l&#233;gitime d&#233;fense dans son sens le plus strict &#187;. Cette formulation un peu rapide suscite notamment deux remarques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est que si la plupart des bellig&#233;rants disent que leur guerre est juste, cela n'a rien &#224; voir avec la doctrine catholique traditionnelle de la guerre juste : depuis fort longtemps, personne n'a invoqu&#233; celle-ci pour justifier sa guerre. Et &#224; raison, car il y a fort peu de cas de guerre r&#233;cente qu'elle pourrait justifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde remarque porte sur la &#171; l&#233;gitime d&#233;fense dans son sens le plus strict &#187;. Comme le rappelle le Cat&#233;chisme, c'est le motif central pour qualifier une guerre de juste. Mais en r&#233;alit&#233; il ne suffit pas &#224; lui seul : la l&#233;gitime d&#233;fense n'est pas un concept simple. Il faut d'abord prendre en compte les crit&#232;res &#233;voqu&#233;s ci-dessus, qui m&#234;me en cas de l&#233;gitime d&#233;fense restreignent sensiblement le champ des possibilit&#233;s, notamment au vu des consid&#233;rations sur les chances de succ&#232;s et la certitude raisonnable que les inconv&#233;nients ne l'emportent pas sur les r&#233;sultats attendus. Prenons le Kowe&#239;t envahi par Saddam Hussein : il &#233;tait en l&#233;gitime d&#233;fense. Mais s'il &#233;tait rest&#233; seul, quelles &#233;taient les chances de succ&#232;s de sa d&#233;fense ? D'un autre c&#244;t&#233;, si on prend les Etats-Unis et leurs alli&#233;s, qui sont venus &#224; son secours, en quoi &#233;taient-ils en l&#233;gitime d&#233;fense ? Ou alors on &#233;tend l'application de ce terme, au-del&#224; du &#171; sens strict &#187;. Mais alors on &#233;largit massivement le champ d'application. Cela pourrait aller alors jusqu'&#224; la guerre pr&#233;ventive &#8211; quand par exemple un pays hostile dit vouloir vous d&#233;truire et est en train de se doter de l'arme nucl&#233;aire : c'est ce que nous dit Isra&#235;l &#224; propos de l'Iran. A tort ou &#224; raison bien s&#251;r, et les chances de succ&#232;s ou de ne pas tomber dans une situation pire sont en l'occurrence bien faibles. Mais on mesure que la question est d&#233;licate et ne se r&#233;sout pas par quelques formules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question m&#233;rite donc en r&#233;alit&#233; un examen approfondi. Un d&#233;veloppement de la r&#233;flexion sur la notion de &#171; guerre juste &#187; serait sans doute utile. Mais &#224; condition de garder &#224; l'esprit que l'extr&#234;me prudence de la doctrine traditionnelle, loin d'&#234;tre un blanc-seing donn&#233; aux agresseurs, est au contraire un puissant garde-fou conceptuel. Il serait tr&#232;s dommage de l'abandonner ou de l'affaiblir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A para&#238;tre dans &lt;/i&gt; Politique Magazine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>R&#233;ins&#233;rer l'argent dans la r&#233;alit&#233; humaine </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Reinserer-l-argent-dans-la-realite-humaine.html</link>
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		<dc:date>2026-07-06T16:07:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Condamnation de l'usure</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Les myst&#232;res de l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et bien commun</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les consid&#233;rations qui suivent trouvent leur origine dans des r&#233;flexions sur l'argent issues de la tradition chr&#233;tienne. Elles portent d'abord sur l'insertion de l'usage de l'argent dans le tissu des relations sociales, en questionnant le mod&#232;le implicite qui fait abstraction des liens r&#233;unissant les personnes concern&#233;es et de leurs objectifs. Ce qui conduit &#224; questionner la notion de fongibilit&#233; de l'argent, non &#233;videmment dans sa possibilit&#233; effective, mais dans sa signification. Car en r&#233;alit&#233; l'argent n'est pas fongible du point de vue des utilisateurs ; c'est un instrument de confrontation de d&#233;sirs ou de projets, qui ne prennent leur sens qu'en contexte humain et social, entre autres sur le march&#233;. Ce dernier de son c&#244;t&#233; n'est pas un m&#233;canisme abstrait, mais un fait social, dont la bonne marche importe au bien commun, et l'argent un outil &#224; cette fin. On ne peut donc pas consid&#233;rer cette interaction sans prise en compte tant de ses modalit&#233;s que de sa signification pour les int&#233;ress&#233;s et pour la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, dans l'activit&#233; financi&#232;re, l'argent n'est f&#233;cond qu'associ&#233; au travail, et donc dans une forme de relation humaine &#8211; ce qui donne un sens &#224; l'ancienne pr&#233;vention &#224; l'&#233;gard du paiement d'int&#233;r&#234;ts - malgr&#233; ses limites. Par ailleurs, cet usage dans l'activit&#233; financi&#232;re conduit &#224; interroger le rapport entre l'argent (les march&#233;s de l'argent), et l'avenir, donc la temporalit&#233;. L'avenir &#233;tant en soi impr&#233;visible, donner un r&#244;le d&#233;miurgique aux march&#233;s comme voulait le faire la th&#233;orie des march&#233;s efficients est sans doute illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, le bon fonctionnement des march&#233;s doit donc &#234;tre appr&#233;ci&#233; comme un fait social : un mode de confrontation entre des projets humains autonomes, confrontation dont il faut rechercher le meilleur r&#233;sultat possible dans la perspective du bien commun. Utiliser cet outil au mieux signifiera alors faciliter l'interaction des d&#233;cisions, mais en les r&#233;ins&#233;rant dans le contexte humain auquel elles servent : en prenant par exemple en compte, pour le march&#233; des actions, de l'impact des transactions sur l'horizon temporel des entreprises. Et ne pas f&#233;tichiser le r&#233;sultat de ces transactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-L-argent-+.html" rel="tag"&gt;L'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Les-mysteres-de-l-argent-199-+.html" rel="tag"&gt;Les myst&#232;res de l'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Economie-et-bien-commun-+.html" rel="tag"&gt;Economie et bien commun&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/woman-3373913_640.jpg?1787417305' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;REINSERER L'ARGENT DANS LA REALITE HUMAINE
&lt;p&gt;Pr&#233;sentation&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'id&#233;e d'ensemble&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les consid&#233;rations qui suivent trouvent leur origine dans des r&#233;flexions sur l'argent issues de la tradition chr&#233;tienne, ou analogues. Elles sont consid&#233;r&#233;es ici selon leur apport possible au d&#233;bat collectif sur l'&#233;conomie, dans la perspective du bien commun, sans r&#233;f&#233;rence directe &#224; la dimension religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles portent d'abord sur l'insertion de l'usage de l'argent dans le tissu des relations sociales, en questionnant le mod&#232;le implicite qui fait abstraction des liens r&#233;unissant les personnes concern&#233;es, et de leurs objectifs. Ce qui conduit &#224; questionner la notion de fongibilit&#233; de l'argent, non &#233;videmment dans sa possibilit&#233; effective, mais dans sa signification. Car en r&#233;alit&#233; l'argent n'est pas fongible du point de vue des utilisateurs ; c'est un instrument de confrontation de d&#233;sirs ou de projets, qui ne prennent leur sens qu'en contexte humain et social, entre autres sur le march&#233;. Ce dernier de son c&#244;t&#233; n'est pas un m&#233;canisme abstrait, mais un fait social, dont la bonne marche importe au bien commun, et l'argent un outil &#224; cette fin. On ne peut donc pas consid&#233;rer cette interaction sans prise en compte tant de ses modalit&#233;s que de sa signification pour les int&#233;ress&#233;s et pour la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, dans l'activit&#233; financi&#232;re, l'argent n'est f&#233;cond qu'associ&#233; au travail, et donc dans une forme de relation humaine &#8211; ce qui donne un sens &#224; l'ancienne pr&#233;vention &#224; l'&#233;gard du paiement d'int&#233;r&#234;ts (malgr&#233; ses limites). Par ailleurs, cet usage dans l'activit&#233; financi&#232;re conduit &#224; interroger le rapport entre l'argent (les march&#233;s de l'argent), et l'avenir, donc la temporalit&#233;. L'avenir &#233;tant en soi impr&#233;visible, donner un r&#244;le d&#233;miurgique aux march&#233;s comme voulait le faire la th&#233;orie des march&#233;s efficients est sans doute illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, le bon fonctionnement des march&#233;s doit donc &#234;tre appr&#233;ci&#233; comme un fait social : un mode de confrontation entre des projets humains autonomes, confrontation dont il faut rechercher le meilleur r&#233;sultat possible dans la perspective du bien commun. Utiliser cet outil au mieux signifiera alors faciliter l'interaction des d&#233;cisions, mais en les r&#233;ins&#233;rant dans le contexte humain auquel elles servent : en prenant par exemple en compte, pour le march&#233; des actions, de l'impact des transactions sur l'horizon temporel des entreprises. Et ne pas f&#233;tichiser le r&#233;sultat de ces transactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'insertion sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georg Simmel, dans un ouvrage classique , voyait dans l'argent une capacit&#233; &#224; &#234;tre une repr&#233;sentation universelle, formellement neutre, de toute valeur &#233;conomique. Il est normalement stable dans le temps et ais&#233;ment disponible pour n'importe quelle transaction ou pour stocker de la valeur. Dans un monde h&#233;t&#233;rog&#232;ne et tendanciellement relativiste, il repr&#233;sente donc une forme de stabilit&#233; &#224; travers la possibilit&#233; permanente qu'il offre de mesure commune et par l&#224; d'interaction concr&#232;te. Cela implique qu'il soit d&#233;tach&#233; de toute relation aux objets qu'il mesure, et de toute valeur &#8216;intrins&#232;que' : c'est un pur moyen. Et il ne pr&#233;d&#233;termine en rien son utilisation, au contraire de tout autre actif. D'une certaine fa&#231;on donc, il donne la possible d'une forme d'objectivation et peut devenir par-l&#224; cas par cas moyen de lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais justement, comme la monnaie est &#233;changeable contre tout, du moins tout ce qui peut &#234;tre c&#233;d&#233; ou acquis, elle a ses limites : elle ne dit rien sur les objets qu'elle permet de vendre ou d'acheter, en dehors de leur prix. Et a fortiori, elle ne dit rien non plus sur la relation qui existe ou pourrait exister entre les personnes qui &#233;changent. Cela souligne bien son caract&#232;re essentiellement instrumental. De ce fait, se concentrer sur la seule dimension mon&#233;taire pr&#233;sente un risque majeur : celui d'oublier des consid&#233;rations humaines essentielles, et notamment les relations entre personnes et dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurence Fontaine, analysant le passage de l'&#233;conomie ancienne &#224; l'&#233;conomie moderne, y voit pr&#233;cis&#233;ment un potentiel de lib&#233;ration. D&#233;crivant les anciennes relations de dette comme largement interpersonnelles et inscrites dans le tissu social, elle discerne avec le XVIIIe si&#232;cle une &#233;volution vers l'objectivation des relations et de l'information. Elle note que &#171; dans ce contexte, les analyses de Simmel sur l'argent qui lib&#232;re des liens personnels sont particuli&#232;rement pertinentes, car l'&#233;change mon&#233;taire met effectivement en &#233;quivalence les choses &#233;chang&#233;es ind&#233;pendamment des liens personnels&#8230; Si &#8216;le march&#233; anonyme des mod&#232;les n&#233;o-classiques n'existe pas dans la vie &#233;conomique', il existe cependant comme une fiction sociale qui structure une nouvelle &#233;conomie politique : la fiction des relations marchandes impersonnelles et &#233;galitaires rend possible l'existence d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique. &#187; Ce qui s'oppose au mod&#232;le relationnel ant&#233;rieur, qui impr&#233;gnait la soci&#233;t&#233; du Moyen Age et de la Renaissance, et dans laquelle le christianisme jouait un r&#244;le important. Mod&#232;le qui s'oppose au mode impersonnel caract&#233;ristique de la soci&#233;t&#233; moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce nouveau rapport peut &#234;tre alors facteur de d&#233;shumanisation et d'asservissement, puisque pr&#233;cis&#233;ment il ne prend pas en compte l'ensemble des relations pr&#233;sentes ou possibles, ainsi que toute sp&#233;cificit&#233; autre que refl&#233;t&#233;e dans la valeur &#233;conomique marchande. De m&#234;me, il r&#233;duit &#224; une mesure commune mat&#233;rielle toutes les diff&#233;rences qualitatives. Cette mesure commune, objective, est utile pour appr&#233;cier la dimension proprement mat&#233;rielle, &#233;conomique en un sens, de tout choix, mais seulement cette dimension, qui n'est pas la seule ni souvent m&#234;me la principale. Le risque de l'absolutiser est d'autant plus grand qu'il propose une forme d'universalit&#233;, un moyen de tout faire passer &#224; travers son prisme. Dans une soci&#233;t&#233; divis&#233;e et relativiste, il reste parfois le seul moyen de r&#233;soudre une question par une transaction, m&#234;me si par ailleurs on n'est d'accord sur rien. Simmel note m&#234;me que &#171; l'argent, moyen absolu et donc lieu de rencontre d'innombrables s&#233;ries t&#233;l&#233;ologiques, a des rapports significatifs, psychologiquement, avec l'id&#233;e de Dieu &#187; ; comme lui, dit-il, il est la co&#239;ncidence ou le centre commun de tous les oppos&#233;s .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne donne aucun forme d'unit&#233; ou de convergence &#224; la soci&#233;t&#233; ; l'argent peut alors aussi &#234;tre un facteur d'&#233;clatement de celle-ci : r&#233;ducteur de tout lien, source d'in&#233;galit&#233;s mal ressenties, d'autant qu'il n'a pas de fondement dans des liens humains ou dans des valeurs objectives. En perspective chr&#233;tienne, cela rappelle le propos &#233;vang&#233;lique sur le fait qu'on ne peut servir deux ma&#238;tres, Dieu et Mammon (l'argent personnifi&#233; contre le Bien par excellence, qui est amour). Pourtant le m&#234;me texte ne recommande pas de l'&#233;liminer, mais de l'utiliser intelligemment dans le sens du bien, et notamment en faveur de son prochain.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'usage de l'argent : le&#231;ons de la tradition chr&#233;tienne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour aller plus loin, reprenons plusieurs r&#233;flexions issues de la tradition chr&#233;tienne. On peut par exemple trouver chez saint Thomas d'Aquin, autorit&#233; majeure en contexte catholique, les &#233;l&#233;ments d'une conception plus ou moins implicite de l'&#233;conomie et de la monnaie , qui inspirera toute la tradition catholique jusqu'&#224; r&#233;cemment. On &#233;voquera notamment son analyse du juste prix et du taux d'int&#233;r&#234;t ou usure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;changes commerciaux et le juste prix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son analyse du juste prix a &#233;t&#233; souvent mal comprise. Le motif est moral : ne pas vendre quelque chose plus que cela ne vaut. Ce qui suppose d'avoir une notion de prix de r&#233;f&#233;rence, socialement &#233;tabli. Pour faire bref, ce prix est un prix d&#233;rivant des conditions locales ; il est fluctuant et se d&#233;gage par un processus commun de confrontation des besoins &lt;i&gt;(indigentia&lt;/i&gt;). Thomas ne pr&#233;voit donc pas que ce prix soit fix&#233; par la loi. Il ne se r&#233;f&#232;re pas non plus &#224; la nature des choses, mais &#224; la mani&#232;re dont ces choses sont utilis&#233;es par les hommes, &#224; leurs besoins. On retrouve assez clairement ce qu'on appellera plus tard un effet de l'offre et de la demande. Mais cela ne veut pas dire que ce juste prix co&#239;ncide toujours avec le prix de march&#233; au sens habituel aujourd'hui. En particulier, il ne se r&#233;sume pas &#224; un pur accord entre acheteur et vendeur, puisqu'il a un caract&#232;re objectif : il est &#233;tabli implicitement sur un &#8216;march&#233;' large, ouvert, o&#249; tous participent, et o&#249;, en outre, tous sont l&#224; pour rechercher la justice. Il r&#233;sulte en d&#233;finitive de la confrontation large et honn&#234;te des besoins humains et des ressources disponibles &#224; un moment donn&#233; dans un endroit donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parvient &#224; cette mesure gr&#226;ce &#224; cet instrument qu'est la monnaie, &#233;tabli &#224; cet effet selon une convention entre les hommes. Tant la monnaie elle-m&#234;me, que le march&#233; au sens large, sont donc pour lui des institutions humaines, conventionnelles ; mais elles donnent un fondement ad&#233;quat pour l'exercice de la vertu de justice dans notre monde. Il est &#224; noter que cette conception de la monnaie comme pure convention sociale ne fait aucun allusion &#224; l'or ou &#224; l'argent m&#233;taux (contrairement &#224; son &#233;poque). Cela rappelle de fa&#231;on &#233;tonnante la monnaie actuelle, cr&#233;&#233;e dans une large mesure par le syst&#232;me bancaire, mais plac&#233;e sous le contr&#244;le de la banque centrale et sans lien avec une base ext&#233;rieure comme l'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le taux d'int&#233;r&#234;t ou usure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'usure (c'est-&#224;-dire, dans ce contexte, du taux d'int&#233;r&#234;t) est plus complexe : sa prohibition, qui est la position de Thomas, choque notre logique ; mais il est possible de titrer de cette controverse des conclusions int&#233;ressantes. En simplifiant, sa th&#232;se est qu'en demandant un int&#233;r&#234;t &#224; l'occasion d'un pr&#234;t, on vend deux fois la m&#234;me chose : on facture s&#233;par&#233;ment la d&#233;tention de l'argent et son usage (&#224; la diff&#233;rence d'une maison, qu'on peut louer). En sens inverse, il distingue clairement le pr&#234;t de l'investissement en capital, qui, lui, peut &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233;, car il n'est pas consomm&#233; dans la transaction : la propri&#233;t&#233; subsiste. Comme on le voit, l'argumentation se base sur une analyse du r&#244;le de l'argent, diff&#233;rente de la perception actuelle et en partie contestable. Mais ce peut &#234;tre un point de d&#233;part pour des r&#233;flexions f&#233;condes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'abord dit que l'argent est consomm&#233;. Mais si on pr&#234;te un pain pour &#234;tre mang&#233;, il dispara&#238;t ; tandis que si on pr&#234;te de l'argent, il subsiste et continue &#224; jouer son r&#244;le d'outil pour l'&#233;change ; en outre, le pr&#234;teur obtient en retour une cr&#233;ance sur le d&#233;biteur. Cela dit, m&#234;me si l'argent n'est pas &#224; proprement parler consomm&#233;, il n'est pas non plus directement utilisable - hors transaction, contrairement aux autres biens. On l'a dit, c'est un outil, un pur signe dans la soci&#233;t&#233;, purement instrumental. Il y a donc un aspect justifi&#233; dans le fait de le consid&#233;rer &#224; part des autres biens : il ne sert et n'a de sens que relativement &#224; ce qu'il permet d'acqu&#233;rir. Ce qui veut dire concr&#232;tement qu'on doit toujours l'utiliser en ayant d'abord en vue la r&#233;alit&#233; sous-jacente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me affirmation est que l'argent n'a aucune dimension productive, qui justifierait une r&#233;mun&#233;ration. Or il est exact que l'argent &#224; soi seul n'est pas productif ; seul le travail humain au sens large (entreprenariat et direction g&#233;n&#233;rale compris) permet de le faire fructifier. Mais il serait erron&#233; de nier la contribution du capital dans cette production. Un ouvrier sans machine ni outil produit massivement moins qu'un ouvrier avec machine. En d'autres termes, l'argent est aussi moyen d'acqu&#233;rir des outils qui contribuent &#224; la production et dont l'usage est d&#232;s lors l&#233;gitimement r&#233;mun&#233;r&#233;. Mais si une r&#233;mun&#233;ration peut &#234;tre moralement licite, on ne doit pas oublier en m&#234;me temps que cet argent n'est productif qu'ins&#233;r&#233; dans le tissu des relations humaines, en association avec le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que l'une des caract&#233;ristiques d'un pr&#234;t est d'&#234;tre exigible en justice, contrairement au capital investi en fonds propres. En ce sens, un pr&#234;teur est bien moins solidaire de l'emprunteur qu'un associ&#233; de l'entreprise. En outre, du fait qu'il est exigible selon des modalit&#233;s stipul&#233;es &#224; l'avance, en g&#233;n&#233;ral ind&#233;pendantes des circonstances, le cr&#233;dit pr&#233;sente une rigidit&#233; dont l'histoire des crises financi&#232;res montre qu'il est la source de risques majeurs. Quand donc Thomas accepte comme licite l'investissement en fonds propres, mais exprime sa r&#233;serve pour le cr&#233;dit comme op&#233;ration &#233;conomique, il per&#231;oit plus ou moins confus&#233;ment une r&#233;alit&#233; importante, que notre &#233;poque, ivre de cr&#233;dit et de dette, devrait m&#233;diter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Synth&#232;se&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que l'analyse de saint Thomas doit &#234;tre inscrite dans le contexte de son temps : l'usure au sens actuel &#233;tait alors un vrai fl&#233;au social. En outre, il convient de rappeler le risque plus g&#233;n&#233;ral repr&#233;sent&#233; par l'argent, relev&#233; par les &#201;vangiles : le fait d'&#234;tre repr&#233;sentatif de tout ce qui peut &#234;tre achet&#233;, ce qui peut en faire le support par excellence d'une d&#233;rive : l'avidit&#233; &#224; l'&#233;gard de ce qui ne devrait &#234;tre qu'instrumental. Remarque qui rencontre celle d'Aristote sur la chr&#233;matistique, o&#249; la volont&#233; d'accumuler ne rencontre aucune limite naturelle. On l'a dit, sa neutralit&#233; m&#234;me accentue ce risque, et donc, au lieu de servir d'outil dans la relation entre des personnes, il devient un objectif en lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il convient donc de corriger l'analyse de Thomas sur l'int&#233;r&#234;t, cela ne fait pas dispara&#238;tre ce qu'il a reconnu de la nature de l'argent : convention sociale permettant l'&#233;change, il n'est pas par lui-m&#234;me productif ; il ne l'est que dans son association avec du travail humain au sens large. Cette r&#233;alit&#233; est moins imm&#233;diatement perceptible dans le cr&#233;dit r&#233;mun&#233;r&#233;, o&#249; on peut avoir tout particuli&#232;rement l'impression fausse que l'argent est productif par lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le&#231;ons &#224; en tirer &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de tout ceci deux &#233;l&#233;ments. D'abord, la neutralit&#233; de la monnaie, qui est un pur instrument. Mais cela ne veut pas dire que tout ce qui est possible et l&#233;gal, et qui se r&#233;sout par une op&#233;ration mon&#233;taire est moralement juste. La r&#233;f&#233;rence commune dans ce qui pr&#233;c&#232;de est l'id&#233;e de justice, vertu morale r&#233;gissant les rapports sociaux. La monnaie est un outil &#224; utiliser dans cette perspective, mais qui ne donne pas en elle-m&#234;me la r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela implique de regarder autrement les pratiques sociales. C'est d'abord la transaction commerciale et plus particuli&#232;rement le march&#233; : son bon fonctionnement est un enjeu collectif majeur. C'est ce que d&#233;veloppe le pape Beno&#238;t XVI dans son encyclique Caritas in veritate, au N&#176; 35 : &#171; lorsqu'il est fond&#233; sur une confiance r&#233;ciproque et g&#233;n&#233;rale, le march&#233; est l'institution &#233;conomique qui permet aux personnes de se rencontrer, en tant qu'agents &#233;conomiques, utilisant le contrat pour r&#233;gler leurs relations et &#233;changeant des biens et des services fongibles entre eux pour satisfaire leurs besoins et leurs d&#233;sirs. &#187; Mais &#171; abandonn&#233; au seul principe de l'&#233;quivalence de valeur des biens &#233;chang&#233;s, le march&#233; n'arrive pas &#224; produire la coh&#233;sion sociale dont il a pourtant besoin pour bien fonctionner. Sans formes internes de solidarit&#233; et de confiance r&#233;ciproque, le march&#233; ne peut pleinement remplir sa fonction &#233;conomique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, au N&#176; 36 &#171; Le march&#233; n'est pas de soi, et ne doit donc pas devenir, le lieu de la domination du fort sur le faible. La soci&#233;t&#233; ne doit pas se prot&#233;ger du march&#233;, comme si le d&#233;veloppement de ce dernier comportait ipso facto l'extinction des relations authentiquement humaines. Il est certainement vrai que le march&#233; peut &#234;tre orient&#233; de fa&#231;on n&#233;gative, non parce que c'est l&#224; sa nature, mais parce qu'une certaine id&#233;ologie peut l'orienter en ce sens. Il ne faut pas oublier que le march&#233; n'existe pas &#224; l'&#233;tat pur. Il tire sa forme des configurations culturelles qui le caract&#233;risent et l'orientent. En effet, l'&#233;conomie et la finance, en tant qu'instruments, peuvent &#234;tre mal utilis&#233;es quand celui qui les g&#232;re n'a comme point de r&#233;f&#233;rence que des int&#233;r&#234;ts &#233;go&#239;stes. Ainsi peut-on arriver &#224; transformer des instruments bons en eux-m&#234;mes en instruments nuisibles. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne doit donc jamais perdre de vue la double insertion du march&#233; dans le contexte des relations sociales et humaines : d'un c&#244;t&#233; sa d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des priorit&#233;s des personnes, l'enjeu de son mode d'organisation, et de l'autre sa n&#233;cessaire r&#233;insertion dans le champ de la soci&#233;t&#233;, et notamment des pr&#233;occupations de justice distributive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une telle perspective, on peut voir diff&#233;remment la fongibilit&#233; de l'argent. C'en est une propri&#233;t&#233; bien r&#233;elle, mais ce n'est pas une r&#232;gle d'emploi, une n&#233;cessit&#233; logique, ce qui conduirait &#224; reconna&#238;tre a priori une libert&#233; totale dans son utilisation, sous r&#233;serve du respect de lois elles-m&#234;mes con&#231;ues d'abord pour faciliter cette libert&#233;. Il rel&#232;ve certes de l'autonomie des personnes de prendre leurs responsabilit&#233;s (cons&#233;quence de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e), mais, sous l'angle de l'&#233;thique, elles sont cens&#233;es le faire dans la perspective du bien, et notamment du bien commun, celui de la communaut&#233; (laquelle a d'ailleurs institu&#233; ce m&#234;me argent). Dans cette logique, deux personnes qui font une transaction ne sont pas deux monades qui se rencontrent et qui par hasard auraient cet instrument commun qu'est l'argent, mais deux membres de la communaut&#233; dont chaque acte s'ins&#232;re dans cette communaut&#233; et contribue &#224; la b&#226;tir en utilisant les outils communs, dont la monnaie. M&#234;me si chacun a son r&#244;le et sa vocation propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, dans cette perspective, on peut avoir &#224; reconsid&#233;rer l'organisation m&#234;me de l'activit&#233; financi&#232;re et du march&#233;. Ce qui facilite la recherche commune du juste prix et l'orientation de l'&#233;pargne dans le sens du bien commun va dans le bon sens ; la pure sp&#233;culation au mauvais sens du terme, c'est-&#224;-dire le parasitage de la fonction normale du march&#233;, est contestable. On en est alors conduit par exemple &#224; contester des pratiques comme le trading haute fr&#233;quence, l'achat de CDS hors couverture, voire la cotation en continu ou m&#234;me le r&#244;le devenu pr&#233;pond&#233;rant de la gestion passive : non seulement ils ne contribuent pas au r&#244;le positif du march&#233; ainsi compris, mais ils le perturbent ou le parasitent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Insertion dans l'horizon de temps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Encore au-del&#224; de ces consid&#233;rations, se pose la question centrale de la perspective temporelle. Ins&#233;r&#233; dans le flux du temps, l'homme se trouve en permanence confront&#233; &#224; l'incertitude sur l'avenir, et &#224; la n&#233;cessit&#233; cependant de prendre des d&#233;cisions. Sans entrer dans le d&#233;tail, la r&#233;flexion philosophique met en &#233;vidence deux conceptions irr&#233;ductibles du temps : le temps v&#233;cu du moment, le seul r&#233;el pour nous, mais isol&#233; entre un pass&#233; r&#233;volu et un avenir non pr&#233;sent (temps A des philosophes) ; et le temps lin&#233;aire de la datation, objectif mais impersonnel, o&#249; pass&#233;, pr&#233;sent et futur sont en quelque sorte sur une m&#234;me ligne : elle est la seule scientifique, mais ses donn&#233;es de base, pass&#233; et futur, n'existent pas aujourd'hui (temps B des philosophes). Ces deux conceptions sont incompatibles et irr&#233;conciliables si on les prend telles quelles . Or la finance a justement &#224; traiter cette question du temps : prendre dans le pr&#233;sent une d&#233;cision fond&#233;e sur une avenir inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;cision financi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas des biens de production, et en particulier du capital, le calcul porte en principe sur le flux de biens futurs qu'on esp&#232;re tirer du fait qu'on a mis &#224; la disposition d'un autre une somme d'argent. Ce qu'on appelle finance affecte alors cet argent &#233;pargn&#233; &#224; des usages possibles, et notamment des investissements. Elle st cens&#233;e choisir ceux qui pr&#233;sentent le meilleur r&#233;sultat (au sens large) pour un certain risque qu'on accepte d'assumer. La finance a donc essentiellement &#224; voir avec l'avenir, et avec un avenir &#224; risque. Mais la d&#233;cision se prend au pr&#233;sent, notamment &#224; travers le march&#233; financier. Nous retrouvons donc ici de fa&#231;on tr&#232;s sch&#233;matis&#233;e, et r&#233;duite &#224; une seule dimension mon&#233;taire, les deux notions du temps. D'un c&#244;t&#233;, l'&#233;valuation prend comme r&#233;f&#233;rence le temps lin&#233;aire : elle tente d'&#233;valuer un flux de ressources &#233;tal&#233; sur cette &#233;chelle de temps, et qui n'existe pas encore. D'un autre c&#244;t&#233;, elle le ram&#232;ne au pr&#233;sent en synth&#233;tisant cet ensemble de fa&#231;on actualis&#233;e dans un chiffre op&#233;rationnel : le prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La tentation du d&#233;miurge : Mammon dieu de l'argent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on alors attendre du march&#233; financier ? On peut pragmatiquement y voir la simple confrontation &#224; un moment donn&#233; d'un ensemble d'ordres d'achats et de ventes, offrant le plus large choix aux uns et aux autres. C'est &#224; mon sens l'attitude la plus raisonnable. Mais, on l'a rappel&#233;, la th&#233;orie financi&#232;re a &#233;t&#233; plus ambitieuse, &#224; travers la th&#233;orie des march&#233;s efficients. Selon cette conception, longtemps dominante, le march&#233; confronte de la fa&#231;on la plus efficace l'ensemble des informations disponibles &#224; un moment donn&#233; et donne donc de fa&#231;on synth&#233;tique la meilleure image possible de l'avenir. D&#232;s lors, ce r&#233;sultat peut et doit avoir valeur de guidage pour toute d&#233;cision &#233;conomique, qui doit en bonne logique prendre comme &#233;talon ces valorisations. Toute la comptabilit&#233; en r&#233;sulte alors, et tout le calcul financier. Et en particulier, on peut de ce fait en d&#233;duire pratiquement qu'il n'est plus besoin de r&#233;fl&#233;chir en termes de responsabilit&#233;, encore moins de long terme : tout est synth&#233;tis&#233; dans le prix. Lequel fait en revanche l'impasse sur les valeurs et priorit&#233;s non mon&#233;taires, suppos&#233;es relever du seul choix priv&#233;. Le march&#233; ainsi compris, bien au-del&#224; de son r&#244;le pratique, prend alors une fonction d&#233;miurgique : un crit&#232;re chiffr&#233;, op&#233;rationnel, int&#232;gre l'avenir dans le pr&#233;sent &#224; travers l'argent. On comprend alors la v&#233;h&#233;mence de ceux qui d&#233;noncent la financiarisation de la soci&#233;t&#233; : cela revient &#224; d&#233;noncer une r&#233;duction dramatique de l'humain, au nom d'un parti d&#233;miurgique prom&#233;th&#233;en, illusoire, qui ne vise rien de moins qu'&#224; la ma&#238;trise du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perspective&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est en m&#234;me temps manifeste de ce qui pr&#233;c&#232;de que ce n'est pas la finance comme telle qui pose probl&#232;me : on ne reproche pas &#224; un outil ce qu'en fait un artisan mal intentionn&#233;. Le march&#233; financier, ramen&#233; &#224; de justes proportions, a un r&#244;le pratique : il permet &#224; l'argent &#233;pargn&#233; de s'investir ou de se red&#233;ployer, et d'op&#233;rer une confrontation indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que doit alors &#234;tre le positionnement &#224; prendre, si, contrairement &#224; la vision d&#233;miurgique et r&#233;ductrice ainsi &#233;voqu&#233;e, on cherche &#224; situer le processus de d&#233;cision &#233;conomique et financier dans la r&#233;alit&#233; dans toutes ces dimensions ? On rappellera d'abord le fait que le seul temps r&#233;el pour nous est le pr&#233;sent, mais qu'il va dispara&#238;tre l'instant d'apr&#232;s. Ensuite que nous projetons notre d&#233;cision sur un futur qui n'existe pas &#224; ce stade, mais qui existera, envers lequel notre responsabilit&#233; est engag&#233;e, mais que nous ne pouvons conna&#238;tre d'un vrai savoir, car nous faisons seulement des hypoth&#232;ses. Enfin, que ces d&#233;cisions que nous prenons, au fond sans tout &#224; fait savoir malgr&#233; le soin que nous y mettons, sont tout sauf anecdotiques ou fugitives, parce que leur cumul conditionne fortement notre avenir collectif : &#224; soi seul cela justifierait que nous y mettions le plus grand soin. Y compris si nous ne sommes pas croyants, en perspective &#233;thique : l'esprit humain est capable de sortir de lui-m&#234;me et de voir ce que signifient ses actes dans une perspective large, notamment en assumant ses responsabilit&#233;s &#224; l'&#233;gard de l'avenir et de la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, cela plaide puissamment en faveur de l'investissement &#233;thique, notamment mais pas uniquement en perspective &#233;cologique. De fa&#231;on analogue et li&#233;e, cela conduit &#224; donner une importance centrale &#224; la perspective temporelle, y compris celle des entreprises dans lesquelles on investit : la vie de l'entreprise s'appr&#233;cie sur la dur&#233;e, souvent longue. Cela vaut pour l'investisseur, mais cela devrait aussi inspirer le droit et les statuts de l'entreprise. Par exemple en supprimant les droits de vote en cas de d&#233;tention sur courte dur&#233;e, ou de gestion passive. Ou encore en modifiant de fa&#231;on radicale la r&#233;mun&#233;ration des dirigeants, notamment en excluant les r&#233;f&#233;rences au court terme, et celles fluctuantes ou manipulables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le constate, un certain d&#233;centrement du regard, puisant dans des sagesses au d&#233;part non &#233;conomiques, ne manque pas d'int&#233;r&#234;t pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans la&lt;/i&gt; Revue d'Economie financi&#232;re &lt;i&gt;N&#176; 162, 2e trimestre 2026&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.aefr.eu/fr/numero/162/ethique-et-finance&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.aefr.eu/fr/numero/162/e...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L&#233;on XIV et les migrants : inflexions et continuit&#233;s</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Leon-XIV-et-les-migrants-inflexions-et-continuites.html</link>
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		<dc:date>2026-06-27T13:54:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;on XIV</dc:subject>
		<dc:subject>Migrations</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs L&#233;on XIV s'est beaucoup exprim&#233; sur les migrants. Le sujet est important en lui-m&#234;me, mais &#233;galement r&#233;v&#233;lateur de la personnalit&#233; propre du nouveau pontife.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une continuit&#233; affective avec le pape Fran&#231;ois, mais aussi un net recentrage : insistance sur la dimension spirituelle et sur la personnalit&#233; culturelle des pays d'accueil, et rappel clair de leur droit &#224; r&#233;guler la migration, ainsi que sur le devoir de permettre aux gens de rester chez eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps, persiste le besoin de prendre plus encore en compte certaines r&#233;alit&#233;s : le besoin d'une certaine assimilation sans laquelle il ne peut y avoir de communaut&#233; ; la pr&#233;pond&#233;rance des migrants &#233;conomiques par rapport aux vrais r&#233;fugi&#233;s ; la difficult&#233; &#224; faire dispara&#238;tre la motivation &#233;conomique au d&#233;part ; et le fait que s'il y a r&#233;gulation des migrations, il y aura toujours in&#233;vitablement des clandestins. Les r&#233;ponses ne sont ni simples ni sans douleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Religion-et-politique-.html" rel="directory"&gt;Religion et politique &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Leon-XIV-59-+.html" rel="tag"&gt;L&#233;on XIV&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Migrations-+.html" rel="tag"&gt;Migrations&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs L&#233;on XIV s'est beaucoup exprim&#233; sur les migrants. Le sujet est important en lui-m&#234;me, mais &#233;galement r&#233;v&#233;lateur de la personnalit&#233; propre du nouveau pontife.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les textes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des migrants est une de celles o&#249; s'expriment tout particuli&#232;rement la continuit&#233; avec le pape Fran&#231;ois , mais aussi une r&#233;&#233;quilibrage de l'appr&#233;ciation. Passons rapidement sur l'exaltation de la figure du migrant symbole d'esp&#233;rance et de la &#171; dimension p&#232;lerine &#187; de l'&#201;glise ; il est rapproch&#233; de la Sainte Famille, &#171; qui a d&#251; &#233;migrer en &#201;gypte pour prot&#233;ger la vie de l'Enfant J&#233;sus &#187;, laquelle &#171; reste pour tous les temps le mod&#232;le et la protection de chaque famille r&#233;fugi&#233;e, de tout migrant et de toute personne contrainte &#224; quitter sa terre par peur, pers&#233;cution ou besoin &#187; . Le pape insiste notamment sur l'importance absolue de l'accueil, qui concerne chacun bien au-del&#224; du niveau politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est ici un point important et nouveau : cet accueil comporte de fa&#231;on imp&#233;rative l'&#233;vang&#233;lisation . &#171; Je voudrais demander aux catholiques quelque chose de plus : que l'int&#233;gration ne soit pas r&#233;duite &#224; une t&#226;che sociale, aussi n&#233;cessaire soit-elle. Celui qui arrive dans nos paroisses a besoin de pain, de toit, de langue, de travail et de protection. Cependant il doit trouver une communaut&#233; capable d'offrir, par le t&#233;moignage de la vie et de la parole, des chemins pour conna&#238;tre J&#233;sus-Christ, en respectant toujours la conscience et la libert&#233; de chaque personne. &#187;. On retrouve le souci permanent du pape L&#233;on de recentrer sur la foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan plus proprement politique, il introduit un point important, l'identit&#233; culturelle du pays d'accueil : &#171; je tiens &#233;galement &#224; souligner l'importance d'int&#233;grer de mani&#232;re constructive les nouveaux arrivants aux valeurs et aux traditions de la soci&#233;t&#233; italienne, afin que le don r&#233;ciproque qui se r&#233;alise lors de cette rencontre entre les peuples soit v&#233;ritablement enrichissant et b&#233;n&#233;fique pour tous. A cet &#233;gard, je souligne combien il est pr&#233;cieux pour chacun d'entre nous d'aimer et de transmettre sa propre histoire et sa propre culture, avec ses signes et ses expressions : plus nous reconnaissons et nous aimons sereinement qui nous sommes, plus il est facile de rencontrer et d'int&#233;grer l'autre sans peur et avec un c&#339;ur ouvert. A ce propos, on observe aujourd'hui une certaine tendance &#224; ne pas assez appr&#233;cier, &#224; diff&#233;rents niveaux, les mod&#232;les et les valeurs qui se sont d&#233;velopp&#233;s au fil des si&#232;cles et qui marquent notre identit&#233; culturelle, allant parfois jusqu'&#224; tenter d'en effacer l'importance historique et humaine. [&#8230;]. Avoir &#224; c&#339;ur la m&#233;moire de ceux qui nous ont pr&#233;c&#233;d&#233;s, pr&#233;server les traditions qui ont fait de nous ce que nous sommes, est important pour regarder le pr&#233;sent et l'avenir avec conscience, s&#233;r&#233;nit&#233;, responsabilit&#233; et sens de la perspective &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inversement &#171; int&#233;grer ne signifie pas effacer l'histoire de celui qui arrive ni exiger qu'il abandonne tout ce qui fait partie de sa m&#233;moire. Cela ne signifie pas non plus cr&#233;er des mondes parall&#232;les ferm&#233;s les uns aux autres, o&#249; les gens vivent ensemble sans vraiment se rencontrer. L'int&#233;gration est un chemin r&#233;ciproque : celui qui arrive apprend &#224; habiter une terre nouvelle, et celui qui re&#231;oit apprend &#224; agrandir sa maison, sans jamais diluer son identit&#233; ni fermer son c&#339;ur &#224; l'alt&#233;rit&#233;. Chers fr&#232;res migrants, il vous revient une part noble et n&#233;cessaire de ce chemin : vous ouvrir avec confiance &#224; la communaut&#233; qui vous accueille, apprendre sa langue, respecter ses lois, conna&#238;tre ses coutumes, participer &#224; la vie commune et offrir avec gratitude vos dons &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, &#171; les &#201;tats ont le droit et le devoir de prot&#233;ger leurs fronti&#232;res, mais cela doit &#234;tre contrebalanc&#233; par l'obligation morale d'offrir un refuge. &#187;. Ce qu'il a ensuite pr&#233;cis&#233; : &#171; Personnellement, je crois qu'un &#201;tat a le droit d'&#233;tablir des r&#232;gles &#224; ses fronti&#232;res. Je ne dis pas que tout le monde doit entrer sans ordre, cr&#233;ant parfois, l&#224; o&#249; ils vont, des situations plus injustes que celles qu'ils ont laiss&#233;es derri&#232;re eux. Mais [&#8230;] que faisons-nous dans les pays les plus riches pour changer la situation dans les pays les plus pauvres ? &#187;. D&#232;s lors , d'un c&#244;t&#233; &#171; la dignit&#233; humaine exige des voies l&#233;gales et s&#251;res, le secours et l'assistance, la coop&#233;ration r&#233;elle contre les trafiquants, la protection effective des victimes, des processus s&#233;rieux d'accueil et d'int&#233;gration, et des politiques qui permettent &#224; chaque personne de vivre dignement sur sa propre terre &#187;. De l'autre, &#171; s'il existe un droit de chercher refuge lorsque la vie est menac&#233;e, il existe aussi le droit de ne pas avoir &#224; migrer : le droit de rester chez soi sans faim, sans guerre, sans pers&#233;cution, sans violence &#187;. Ces points sont repris dans &lt;i&gt;Magnifica Humanitas&lt;/i&gt; (MH).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Point sur la situation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne de la migration est reconnu comme un drame, qui n'est pas in&#233;vitable et encore moins positif en soi. Aucune perspective non plus de mise en place d'une soci&#233;t&#233; multiculturelle. S'il est question d'int&#233;gration plus que d'assimilation, les migrants sont tenus de s'int&#233;grer, d'une mani&#232;re qui respecte l'identit&#233; du pays d'accueil et ne constitue pas de grumeau communautariste. De m&#234;me, est reconnu le droit du pays d'accueil de r&#233;guler les migrations. Cela dit, un double appel est lanc&#233; : aux pays d'accueil et &#224; ses habitants, pour organiser autant que faire se peut l'accueil lorsqu'il y a lieu, dans le respect des personnes ; et &#224; tous, pour permettre aux personnes de ne pas partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restent toutefois plusieurs points sur lesquels la r&#233;flexion reste quelque peu inaboutie. Le premier est la possibilit&#233; m&#234;me de faire vivre une soci&#233;t&#233; multiculturelle. On comprend que le pays d'accueil doit maintenir avec soin sa culture propre ; mais alors, si on veut &#233;viter une cohabitation communautariste ou une juxtaposition, un degr&#233; r&#233;el d'assimilation des nouveaux venus est indispensable pour constituer une vraie communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me point, sur ce qui motive le d&#233;part. MH &#233;voque &#171; tous ceux qui sont contraints de se d&#233;placer en raison de la pauvret&#233;, de la violence, du changement climatique ou des catastrophes environnementales &#187;. La distinction n'est toujours pas faite entre le r&#233;fugi&#233;, menac&#233; personnellement, et le migrant &#233;conomique, qui cherche une vie meilleure. Ce dernier cas vise l'&#233;crasante majorit&#233; des personnes concern&#233;es, qui payent pour cela souvent assez cher : ce ne sont alors pas les plus pauvres. Ce d&#233;sir est l&#233;gitime en soi, mais il ne conf&#232;re pas de droit : c'est une question de possibilit&#233; concr&#232;te et d'avantage mutuel. Quant &#224; la force majeure, elle justifie qu'on fasse en sorte que la victime trouve un refuge, mais cela ne lui donne pas de droit &#224; s'installer dans le pays de son choix parce qu'il le juge attractif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me point, le concept de droit &#224; ne pas migrer. C'est une vraie question ; mais le vocabulaire est flou. Il est certes d&#233;sirable de faire en sorte que les gens n'aient pas &#224; migrer ; mais comment parler d'un droit, lorsque la revendication n'est opposable &#224; personne ? Qui fera respecter un tel droit ? D'autant que sur le plan pratique, il faudrait une formidable acc&#233;l&#233;ration du d&#233;veloppement chez les pays de d&#233;part pour rendre la migration peu attractive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier point, si le droit du pays d'accueil &#224; r&#233;guler la migration est reconnu, les cons&#233;quences n'en sont pas &#233;voqu&#233;es. Or qui dit r&#233;gulation dit entr&#233;e des uns et fermeture aux autres. Et &#233;ventuellement expulsions. Mais alors, on ne peut pas esp&#233;rer supprimer la voie clandestine : les exclus y tenteront in&#233;vitablement leur chance &#224; la mani&#232;re actuelle, et les drames de la mer subsisteront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc on doit saluer le recentrage apport&#233;, il reste encore quelques pas &#224; franchir pour v&#233;ritablement prendre en compte certaines r&#233;alit&#233;s, qui sont loin de permettre des r&#233;ponses simples et sans douleur. R&#233;ponses qui, il est vrai, exigent humanit&#233; et spiritualit&#233; comme le demande le pape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A para&#238;tre sur &lt;/i&gt; Politique Magazine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Trumpisme et le populisme : que ferait Aristote ? </title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Trumpisme-et-le-populisme-que-ferait-Aristote.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Trump</dc:subject>
		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Alternative politique</dc:subject>
		<dc:subject>Populisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nos soci&#233;t&#233;s ne vont pas bien sur de multiples plans, et doivent donc changer de cap en profondeur. Ceux qui sont attach&#233;s &#224; ce qu'on appelle pens&#233;e conservatrice au sens large, et plus profond&#233;ment &#224; la pens&#233;e politique classique, le savent depuis longtemps. Mais sur le plan concret, ce qui remet en cause aujourd'hui le syst&#232;me existant, c'est quelque chose d'assez diff&#233;rent, malgr&#233; certaines affinit&#233;s r&#233;elles : c'est ce qu'on appelle populisme. Trump est un exemple particuli&#232;rement d&#233;monstratif des questions que cela pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car les amalgames sont faciles, surtout &#224; notre &#233;poque o&#249; pr&#233;domine un mode de pens&#233;e binaire, et o&#249; la dialectique domine le d&#233;bat public. Le besoin de rupture qu'impose la situation et la d&#233;rive de nos soci&#233;t&#233;s conduit &#224; des actions souvent contestables et/ou condamn&#233;es &#224; l'&#233;chec, qui peuvent compromettre la transition vers la vraie transformation, porteuse d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de Trump le confirme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Idees-politiques-.html" rel="directory"&gt;Id&#233;es politiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Trump-+.html" rel="tag"&gt;Trump&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Conservatisme-+.html" rel="tag"&gt;Conservatisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Alternative-politique-+.html" rel="tag"&gt;Alternative politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Populisme-+.html" rel="tag"&gt;Populisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/aristotle-6381362_640.jpg?1787417293' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nos soci&#233;t&#233;s ne vont pas bien sur de multiples plans, et doivent donc changer de cap en profondeur. Ceux qui sont attach&#233;s &#224; ce qu'on appelle pens&#233;e conservatrice au sens large, et plus profond&#233;ment &#224; la pens&#233;e politique classique, le savent depuis longtemps. Mais sur le plan concret, ce qui remet en cause aujourd'hui le syst&#232;me existant, c'est quelque chose d'assez diff&#233;rent, malgr&#233; certaines affinit&#233;s r&#233;elles : c'est ce qu'on appelle populisme. Trump est un exemple particuli&#232;rement d&#233;monstratif des questions que cela pose.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un style violent et des id&#233;es peu claires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me pos&#233; par Trump, c'est non seulement un style particulier, exceptionnellement abrasif, et donc source de conflits plus que de paix ou de recherche commun du bien commun. Ce sont aussi et surtout des th&#232;mes ou des id&#233;es mises en avant, et des actions, qui se concilient mal avec une vision conservatrice au sens large, et encore moins avec la pens&#233;e classique, celle d'Aristote ou de saint Thomas. Le refus pur et simple d'une politique moralisante, comme pr&#233;tendait l'&#234;tre la politique am&#233;ricaine auparavant, d&#233;bouche notamment chez lui sur le refus de l'id&#233;e m&#234;me de r&#233;f&#233;rence au vrai et au bien, au profit du primat affich&#233; de l'int&#233;r&#234;t national non qualifi&#233;. Et ses options &#233;conomiques et sociales manquent &#224; l'&#233;vidence de clart&#233; et de coh&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, le choc produit par le trumpisme et les r&#233;actions n&#233;gatives que cela suscite, de fa&#231;on souvent l&#233;gitime, peuvent conduire &#224; des effets pr&#233;occupants pour qui est attach&#233; &#224; cette vision conservatrice au sens large et &#224; la pens&#233;e classique. Car les amalgames sont faciles, surtout &#224; notre &#233;poque o&#249; pr&#233;domine un mode de pens&#233;e binaire, et o&#249; la dialectique qui domine le d&#233;bat public utilise syst&#233;matiquement ce classement : on met dans la colonne du mal des gens ou des comportements inacceptables et on y assimile tout ce qu'on veut combattre. Vous n'&#234;tes pas de gauche et refusez la doxa dominante, donc vous &#234;tes fasciste, raciste, sexiste etc. Vous ne faite pas chorus avec toutes les condamnations du trumpisme, et donc vous &#234;tes un populiste revanchard et cynique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet est &#233;videment accentu&#233; dans le cas pr&#233;cis de Trump par son style personnel et son agressivit&#233; extravagante. Mais la question se pose bien au-del&#224; : c'est celle de ce qu'on appelle populisme au sens large. Et au-del&#224;, celle des choix concrets qu'impose l'histoire, notamment &#224; des &#233;poques de transition entre deux mondes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Besoin de rupture et dangers de l'amalgame&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans une telle situation de transition, un r&#233;gime politique vit sur des principes et r&#233;f&#233;rences contestables qu'il faut remplacer par d'autres ; et une partie appr&#233;ciable de la population souffre de cette &#233;tat de fait - en fait la majorit&#233;, et &#224; terme le pays en g&#233;n&#233;ral. Cette population est alors conduite &#224; remettre en cause les &#233;lites en place. Mais si la bonne r&#233;volution mentale ne s'est pas faite, ou pas assez, avec adoption de r&#233;f&#233;rences porteuses d'avenir, la r&#233;volte n'a pas de cadre autre que de revendications de base, ou de slogans. C'est alors dans le cadre de ce qu'on appelle populisme. Dans ce cas, le renversement de paradigme pouvant conduire &#224; une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur des principes diff&#233;rents n'est pas encore l&#224;. De fait aujourd'hui encore les id&#233;es dominantes restent celles qui inspirent nos soci&#233;t&#233;s depuis deux si&#232;cles, &#224; travers leurs multiples avatars - m&#234;me si cette domination donne des signes de faiblesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soi, ce qui est &#224; la base de ce populisme peut donc &#234;tre tout &#224; fait justifi&#233;. Mais il vient de la p&#233;riph&#233;rie. Et donc d'une part il ne s'appuie pas sur une conception politique alternative &#233;labor&#233;e. Et d'autre part il n'est pas pass&#233; par le filtre du savoir dont disposent les gens en place. S'y ajoute le fait que dans sa lutte pour parvenir au pouvoir, ce populisme doit passer &#224; travers les obstacles du r&#233;gime en place. D'o&#249; in&#233;vitablement un c&#244;t&#233; grossier et simpliste. Ensuite, pour gouverner il se heurte &#224; l'hostilit&#233; des structures, alors m&#234;me qu'il sait assez mal comment discerner ce qu'il a &#224; faire concr&#232;tement. D'o&#249; une vuln&#233;rabilit&#233; aux critiques, et un risque &#233;lev&#233; d'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, et c'est l&#224; notre point, ces limites finissent par toucher aussi leurs compagnons de route et plus largement tous ceux auxquels on les assimile, dans le cadre dialectique d&#233;crit ci-dessus, et notamment tous les critiques du r&#233;gime en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement, le besoin de rupture qu'impose la situation et la d&#233;rive de nos soci&#233;t&#233;s conduit &#224; des actions souvent contestables et/ou condamn&#233;es &#224; l'&#233;chec, qui peuvent compromettre la transition vers la vraie transformation, porteuse d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas Trump en est une bonne illustration, et cela m&#234;me en faisant la part de sa personnalit&#233; et de son comportement sp&#233;cifique. Il a en effet r&#233;uni sous son nom une coalition h&#233;t&#233;rog&#232;ne : MAGA isolationnistes, conservateurs traditionnels, chr&#233;tiens, libertariens, etc. sans parler des magnats de la Silicon Valley. Ce qui les r&#233;unit est un ennemi commun : la gauche woke pour simplifier, avec son effarante emprise ant&#233;rieure sur la vie publique et intellectuelle am&#233;ricaine. Et c'est Trump qui en est le liant, et qui donc est l'arbitre ultime de ses choix. Tout ce beau monde est donc embarqu&#233; avec lui, avec tous les risques correspondant. Cela n'emp&#234;che pas cette action d'avoir plusieurs dimensions tout &#224; fait utiles et positives. Mais le sch&#233;ma d'ensemble est passablement al&#233;atoire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que faire alors ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une telle situation est un fait. Elle ne saurait justifier l'inaction. Mais il n'y a &#233;videmment pas de solution miracle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que tout ce qui concerne le travail en profondeur, l'&#233;laboration d'un corpus d'id&#233;es, et leur diffusion, garde tout son sens. Corr&#233;lativement, le maintien d'une analyse critique, relevant les bons c&#244;t&#233;s ou m&#234;me l'utilit&#233; &#233;ventuelle du populisme tout en en critiquant les limites et les risques, continuer &#224; rester une besoin incontournable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste le fait m&#234;me du tour que prend le combat politique, le fait que les coups de boutoir qui &#233;branlent le r&#233;gime se font en dominante sous le signe du populisme, avec les limites qu'on a &#233;voqu&#233;es. On ne peut pas ne pas appuyer certaines de ces secousses ; et on ne doit en m&#234;me temps pas lui donner de blanc-seing. L'exercice &#224; conduire rel&#232;ve donc par certains c&#244;t&#233;s du pilotage &#224; vue, combin&#233; avec la fermet&#233; sur les principes essentiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, en prenant du recul, cela n'a rien de nouveau, ni d'exceptionnel. Une certaine clart&#233; sur les id&#233;es et principes politiques ne donne en g&#233;n&#233;ral pas pour autant un guide pratique s&#251;r pour l'action, car les situations r&#233;elles sont in&#233;vitablement opaques et embrouill&#233;es. Seuls ceux qui croient en un grand r&#233;cit progressiste, en un sens de l'histoire, s'imaginent qu'il y a un fil d'Ariane s&#251;r menant &#224; une soci&#233;t&#233; meilleure. Un Maurras s'&#233;tait battu avant 1914 pour l'id&#233;e que la monarchie &#233;tait le plus s&#251;r garant de la libert&#233; nationale ; il a tr&#232;s loyalement d&#233;fendu l'union sacr&#233;e en 14-18. Mais il a vu, juste apr&#232;s, s'effondrer la plus grande partie des monarchies europ&#233;ennes ; puis &#224; terme plus lointain, l'id&#233;e d&#233;mocratique r&#233;gner en ma&#238;tre sur le continent. Avait-il tort sur l'union sacr&#233;e en 14-18 ? Non sans doute. Mais le choix responsable dans une situation donn&#233;e est une chose, le r&#233;sultat en est une autre. Il y a trop de variables dans l'&#233;quation pour qu'on puisse agir &#224; coup s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e politique classique n'a jamais envisag&#233; quoi que ce soit de ce type. Elle sait que le politique est le royaume de l'inachev&#233; et de l'imparfait. Aristote avait d&#233;velopp&#233; une pens&#233;e extraordinairement puissante et novatrice. Peut-on dire que son &#233;l&#232;ve Alexandre l'a mise en &#339;uvre ? Et d'ailleurs, qu'aurait pens&#233; Aristote de Trump ? La r&#233;ponse est dans la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A para&#238;tre dans &lt;/i&gt; Politique magazine&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> La violence politique dans la France d'aujourd'hui</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-violence-politique-dans-la-France-d-aujourd-hui.html</link>
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		<dc:date>2026-05-10T15:56:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Violence politique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'inqui&#233;tude sur la mont&#233;e de la violence politique dans la France d'aujourd'hui a pris un tour nouveau avec la mort de Quentin Deranque. L'adversaire est alors consid&#233;r&#233; comme indigne de vivre du seul fait de son positionnement politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'il y a une violence end&#233;mique &#224; l'extr&#234;me droite, elle y reste sporadique et le fait de groupuscules rejet&#233;s par les dirigeants politiques class&#233;s de ce c&#244;t&#233;. En revanche un climat de violence potentielle est entretenu &#224; gauche par l'id&#233;ologie dominante et sa dialectique : on divise le monde en bons et m&#233;chants, et cela permet de d&#233;valoriser un adversaire en le mettant dans la colonne du mal, o&#249; on le regroupe avec des personnages infr&#233;quentables, cens&#233;ment fascistes ou nazis. La conclusion est qu'ils ne m&#233;ritent aucune forme de respect. Les Insoumis y excellent, comme toue la mouvance woke et l'&#233;cologisme radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combin&#233; avec la baisse g&#233;n&#233;rale du respect envers les institutions et avec l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; croissante de la population, cela laisse mal augurer de la paix civile &#224; l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/-Vie-politique-francaise-.html" rel="directory"&gt;Chronique de la vie politique fran&#231;aise&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Violence-politique-+.html" rel="tag"&gt;Violence politique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une mont&#233;e pr&#233;occupante mais encore contenue &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inqui&#233;tude sur la mont&#233;e de la violence politique dans la France d'aujourd'hui a pris un tour nouveau avec la mort de Quentin Deranque le 14 f&#233;vrier dernier. Il ne s'agissait en effet plus d'une bagarre ayant mal tourn&#233;, mais de l'acharnement d'une meute contre un homme tomb&#233; &#224; terre. L'adversaire est alors consid&#233;r&#233; comme indigne de vivre du seul fait de son positionnement politique. Qu'on ait d&#233;couvert ensuite des textes choquants de la victime n'y change rien. Plus largement, les enqu&#234;tes paraissent confirmer une r&#233;elle croissance de la violence politique dans la p&#233;riode r&#233;cente, encore en &#233;vidence avec les municipales. La longue suite de manifestations des Gilets jaunes avait &#233;t&#233; elle aussi &#233;maill&#233;e de violences prenant un tour in&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition en varie selon les cas, allant de la violence physique (ou de la mort) &#224; une pression plus ou moins marqu&#233;e. Certes, les cas de brutalit&#233; extr&#234;me restent encore limit&#233;es, morts notamment. Si on en croit les &#233;tudes disponibles ici ou l&#224;, elles paraissent mettre plus fr&#233;quemment en cause les extr&#233;mismes de droite, mais de fa&#231;on sporadique du fait de petits groupes diss&#233;min&#233;s sur le territoire : un risque r&#233;el mais bien d&#233;limit&#233;. En revanche, l'extr&#234;me gauche se signale par la fr&#233;quence de la violence dans la vie politique elle-m&#234;me. Depuis des ann&#233;es, on a vu r&#233;guli&#232;rement des manifestations d&#233;g&#233;n&#233;rer du fait de black-blocks ou d'antifas, d&#233;truisant ou pillant magasins ou mobilier urbain. S'y est ajout&#233;e une vague additionnelle &#224; motivation ou pr&#233;texte &#233;cologique. Longtemps end&#233;mique &#224; Notre Dame des Landes, elle a pass&#233; un palier nouveau avec les bassines de Sainte-Soline ou l'autoroute Toulouse-Castres. Plus les menaces de troubles, visant &#224; emp&#234;cher une personnalit&#233;, m&#234;me de gauche, de parler, notamment &#224; l'universit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on la compare avec bien des &#233;pisodes de notre histoire, cette mont&#233;e incontestable de la violence ne frappe cependant pas par son ampleur et sa radicalit&#233;. Mais elle pr&#233;sente plusieurs traits originaux et pr&#233;occupants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une dissym&#233;trie significative entre droite et gauche&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, les politiques, m&#233;dias ou plus g&#233;n&#233;ralement tous ceux qui prennent la parole, condamnent la violence politique dans son principe, et n'en font pas le moyen d'une action politique l&#233;gitime. Toutefois, une dissym&#233;trie appara&#238;t ici : alors que le RN affiche une condamnation sans appel de tels actes et de tout propos paraissant l'approuver, le discours des Insoumis est consid&#233;rablement plus agressif, et de plus en plus, en commen&#231;ant par Jean-Luc M&#233;lanchon. Le soutien apport&#233; &#224; l'antifa Rapha&#235;l Arnaud, fondateur de la Jeune garde impliqu&#233;e &#224; Lyon, t&#233;moigne de cette attitude. Et certains intellectuels proches du courant vont loin dans la mise en cause de leurs adversaires. Pour ne prendre qu'un exemple, un Geoffroy de Lagasnerie remet en cause le principe de la d&#233;mocratie, justifiant le pouvoir exerc&#233; par des minorit&#233;s &#171; avanc&#233;es &#187; sur des majorit&#233;s suppos&#233;es conservatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la diff&#233;rence de strat&#233;gie verbale, d&#233;diabolisation d'un c&#244;t&#233; et provocation de l'autre, cette dissym&#233;trie est r&#233;v&#233;latrice d'une dissym&#233;trie plus large, depuis longtemps manifeste dans le discours politique, selon laquelle aucun accord politique n'est possible avec ce qu'on qualifie d'extr&#234;me-droite, alors que cela reste licite avec l'extr&#234;me-gauche, m&#234;me apr&#232;s les &#233;v&#233;nements r&#233;cents. Cette dissym&#233;trie refl&#232;te le maintien de l'h&#233;g&#233;monie du discours de gauche, qu'on peut dater pour simplifier de 1945. Mais la th&#233;matique est largement reprise au centre ou m&#234;me &#224; droite. Cela permet d'utiliser un vieux ressort dialectique, selon la strat&#233;gie ancienne de l'antifascisme : on divise le monde en bons et m&#233;chants, et cela permet de d&#233;valoriser un adversaire en le mettant dans la colonne du mal, o&#249; on le regroupe avec des personnages infr&#233;quentables, cens&#233;ment fascistes ou nazis. La conclusion est qu'ils ne m&#233;ritent aucune forme de respect ni droit &#224; la parole ; cela peut conduire &#224; justifier l'exercice de la violence &#224; leur &#233;gard. Y compris d&#233;sormais la r&#233;pression judiciaire, notamment au nom de l'antiracisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu on peut aussi rep&#233;rer une d&#233;shumanisation de l'adversaire dans certaines sous-cultures de ce qu'on appelle extr&#234;me-droite, d&#233;bouchant sur des violences. Mais c'est sporadique et reste le fait de groupuscules marginalis&#233;s, et ils sont reni&#233;s par ceux qui sont suppos&#233;s &#234;tre repr&#233;sentatifs de ce bord politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Signification nouvelle de cette violence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si une telle situation, une telle dissym&#233;trie, remonte &#224; longtemps, les modalit&#233;s qu'elle prend sont nouvelles. A gauche, le r&#244;le central &#233;tait autrefois celui du Parti communiste, li&#233; certes &#224; une tradition d'une grande violence, mais en m&#234;me temps disciplin&#233;. Aujourd'hui dominent d'un c&#244;t&#233; la n&#233;buleuse des Insoumis, qui rel&#232;ve d'un tradition anarcho-gauchiste, et de l'autre un &#233;cologisme contestataire, anarchisant et &#224; pr&#233;tention moralisante. On peut ajouter &#224; cela la th&#233;matique soci&#233;tale, notamment la th&#233;orie du genre, avec son potentiel disruptif. Plus largement, &#224; la base du wokisme ou de ce qu'on appelle l'intersectionnalit&#233; se trouve une perception de la soci&#233;t&#233; comme divis&#233;e en groupes irr&#233;ductibles, dont certains sont des victimes de ladite soci&#233;t&#233;, ce qui leur donne un droit &#224; la revanche, et disqualifie a priori la parole des autres. La pr&#233;tention moralisante et la suppos&#233;e urgence sont alors mis en avant pour justifier une action directe, &#233;ventuellement brutale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre pays, selon un sondage YouGov pour The Economist de septembre 2025, 20 % des Am&#233;ricains politiquement &#224; gauche pensent que la violence politique peut &#234;tre justifi&#233;e, contre 7 % des Am&#233;ricains politiquement &#224; droite ou au centre. Ce chiffre monte &#224; pr&#232;s de 30% pour les Am&#233;ricains de gauche &#226;g&#233;s entre 18 et 39 ans (source Wikip&#233;dia).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoutent deux faits nouveaux majeurs. L'un est la croissance d'une forme de dissidence d'une partie du pays &#224; l'&#233;gard des institutions, et donc de l'id&#233;e m&#234;me d'ordre. M&#234;me, comme on l'a vu avec les municipales, s'il s'agit d'&#233;lus locaux : les exigences et le m&#233;pris &#224; leur &#233;gard croissent simultan&#233;ment. L'autre fait nouveau est l'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; croissante du pays du fait des migrations. Certes, le terrorisme islamiste reste marginal, m&#234;me si le sens de la solidarit&#233; musulmane est fort chez bien des musulmans. Mais les &#233;meutes de banlieues sont r&#233;v&#233;latrices d'une violence latente ; et le fait est qu'au moins un parti, les Insoumis, joue agressivement la carte ethnique, remettant en cause les r&#233;f&#233;rences communes de la communaut&#233; nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; droit, le renouveau des id&#233;es conservatrices reste limit&#233;. Une partie croissante de la population adh&#232;re &#224; l'id&#233;e qu'il y a un exc&#232;s de migrants, mais cela n'implique pas en soi d&#233;shumanisation de ces migrants. Les groupes violents restent &#224; ce stade minoritaires, contrairement au discours de bien des m&#233;dias. Sur le plan politique, l'absence de reprise du discours violent, et la domination du RN, parti centralis&#233;, rendent improbable un d&#233;bordement significatif. Reste que la vigilance &#224; l'&#233;gard des activistes est, de ce c&#244;t&#233; aussi, plus que jamais un imp&#233;ratif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perspectives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la question : sommes-nous sur le point de basculer dans un r&#233;gime g&#233;n&#233;ral d'affrontements politiques violents ? Une r&#233;ponse claire ne peut &#234;tre donn&#233;e ; historiquement, il n'a jamais &#233;t&#233; ais&#233; de pr&#233;voir des troubles, &#224; commencer par 1789. Ce qui peut &#234;tre reconnu de fa&#231;on peu contestable est d'une part la mont&#233;e d'antagonismes de plus en plus irr&#233;ductibles, conduisant &#224; d&#233;moniser l'adversaire. Et d'autre part, le fait que le degr&#233; d'h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de la population va encore s'accentuer avec l'immigration, s'ajoutant &#224; la d&#233;composition des r&#233;f&#233;rences communes. Ce sont les ingr&#233;dients d'une mont&#233;e sensible de la violence. Cela dit, l'histoire montre que la pr&#233;sence d'ingr&#233;dients ne suffit pas pour d&#233;clencher un processus r&#233;el d'affrontements. D'autres facteurs jouent un r&#244;le important, comme la situation socio-&#233;conomique, notamment une &#233;ventuelle crise, ou une pouss&#233;e terroriste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui importera alors est dans quelle mesure un certain sens de la communaut&#233; aura pu &#234;tre restaur&#233;, malgr&#233; les d&#233;rives disruptives. Mais &#224; terme, dans une soci&#233;t&#233; multiculturelle et multiethnique, en outre travaill&#233;e par des syst&#232;me de valeurs incompatibles, le risque de violences peut devenir incontr&#244;lable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur La Nef, mai 2026&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>G&#233;ostrat&#233;gie et bien commun</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Bien commun</dc:subject>
		<dc:subject>Relations internationales</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie</dc:subject>

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&lt;p&gt;Une interview dans l'Incorrect &#224; propos de mon livre r&#233;cent : Ni r&#232;gle de la loi, ni loi de la jungle, G&#233;ostrat&#233;gie et bien commun chez Boleine. &lt;br class='autobr' /&gt;
Voir aussi &lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce que la g&#233;ostrat&#233;gie, et quel rapport entretient-elle avec le bien commun ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Parler de g&#233;ostrat&#233;gie dans le cadre de la g&#233;opolitique, c'est mettre l'accent sur la dimension strat&#233;gique. Qui dit pens&#233;e strat&#233;gique dit opposition de deux volont&#233;s ou plus, luttant pour l'emporter - &#233;ventuellement par la destruction ou au moins (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Relations-internationales-+.html" rel="tag"&gt;Relations internationales&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Ideologie-+.html" rel="tag"&gt;Id&#233;ologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/ni-regne-de-la-loi-ni-loi-de-la-jungle--2.jpg?1787417301' class='spip_logo spip_logo_right' width='95' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une interview dans l'Incorrect &#224; propos de mon livre r&#233;cent : Ni r&#232;gle de la loi, ni loi de la jungle, G&#233;ostrat&#233;gie et bien commun chez Boleine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://lincorrect.org/pierre-de-lauzun-on-ne-peut-considerer-la-guerre-en-iran-comme-une-guerre-juste/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://lincorrect.org/pierre-de-la...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir aussi &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Ni-regne-de-la-loi-ni-loi-de-la-jungle-Geopolitique-et-bien-commun.html&#034; class=&#034;spip_url&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Ni-re...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Qu'est-ce que la g&#233;ostrat&#233;gie, et quel rapport entretient-elle avec le bien commun ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parler de g&#233;ostrat&#233;gie dans le cadre de la g&#233;opolitique, c'est mettre l'accent sur la dimension strat&#233;gique. Qui dit pens&#233;e strat&#233;gique dit opposition de deux volont&#233;s ou plus, luttant pour l'emporter - &#233;ventuellement par la destruction ou au moins la neutralisation de forces adverses. Une telle opposition est la cons&#233;quence presque in&#233;vitable de la multiplicit&#233; des pouvoirs en pr&#233;sence, chacun g&#233;rant sa position par rapport aux autres sans conna&#238;tre le fonds de sa pens&#233;e, et au risque d'&#234;tre domin&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; une difficult&#233; majeure dans la recherche du bien commun. Alors que, dans le cas d'une autorit&#233; commune (notamment un pouvoir politique jug&#233; l&#233;gitime), on tente de r&#233;soudre la question en confiant un r&#244;le ultime de recherche du bien commun &#224; cette autorit&#233;, ici, c'est par d&#233;finition impossible, puisqu'en g&#233;n&#233;ral, elle n'existe pas ou n'a pas de force. Ce sont donc les acteurs eux-m&#234;mes qui vont devoir chercher ce bien, au moins un certain bien, tout en tenant compte de l'incertitude cr&#233;&#233;e par la volont&#233; contraire qui leur fait face et qui peut &#234;tre gravement dangereuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous montrez que la g&#233;ostrat&#233;gie se caract&#233;rise par son aspect paradoxal et impr&#233;visible. Pourquoi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat de la confrontation de deux volont&#233;s humaines, raisonnablement intelligentes, mais poursuivant des buts oppos&#233;s, ignorantes de la pens&#233;e intime de l'autre, est intrins&#232;quement impr&#233;visible. D'o&#249; la nature paradoxale de la strat&#233;gie. S'y ajoute par ailleurs une impr&#233;visibilit&#233; pratique due &#224; l'&#233;volution des &#233;v&#233;nements, car, dans la majorit&#233; des cas la conduite des op&#233;rations, r&#233;sultat en partie de d&#233;cisions de l'adversaire, entra&#238;ne bien au-del&#224; de ce qu'on voudrait, ou voulait au d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette impr&#233;visibilit&#233; intrins&#232;que est un scandale intellectuel ; car c'est le cas principal, dans l'ensemble des relations humaines, o&#249; l'exercice de la rationalit&#233; ne conduit intrins&#232;quement pas &#224; une connaissance, et donc &#224; une pr&#233;vision possible. Cette impr&#233;visibilit&#233; atteint un degr&#233; extr&#234;me dans le cas des op&#233;rations militaires, puisque la destruction r&#233;ciproque y est l'&#233;l&#233;ment central. Mais elle se retrouve &#233;videmment dans de multiples occasions de la vie humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En quoi l'id&#233;ologie est-elle un obstacle &#224; la recherche du bien commun en mati&#232;re g&#233;ostrat&#233;gique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on appelle id&#233;ologie un syst&#232;me de pens&#233;e qui pr&#233;tend donner a priori une r&#233;ponse sur la bonne solution &#224; apporter, cela pr&#233;sente en mati&#232;re g&#233;opolitique un double inconv&#233;nient. D'une part elle suppose par d&#233;finition une simplification relative de situations complexes et court ce faisant le risque de conduire &#224; des solutions soit inefficaces, soit inadapt&#233;es. C'est particuli&#232;rement vrai en mati&#232;re de g&#233;ostrat&#233;gie puisque l'ind&#233;termination sur le r&#233;sultat possible ou souhaitable y est &#224; son comble. D'autre part, elle donne trop souvent &#224; ceux qui y adh&#232;rent un degr&#233; &#233;lev&#233; de conviction morale (ou d'hypocrisie) qui leur fait non seulement souvent n&#233;gliger la r&#233;alit&#233;, mais aussi user de violence pour imposer des solutions jug&#233;es bonnes a priori.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Plus qu'&#224; un choc des civilisations, nous assisterions &#224; des conflits id&#233;ologiques dites-vous. Pourquoi ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs civilisations au sens large, et malgr&#233; la mondialisation et en r&#233;alit&#233; la sp&#233;cificit&#233; des diff&#233;rentes cultures s'affirme avec le d&#233;veloppement &#233;conomique et politique. Mais cela ne signifie pas que les rapports entre puissances se d&#233;finissent d'abord par les civilisations auxquels elles sont cens&#233;es appartenir. A l'int&#233;rieur d'une m&#234;me &#171; civilisation &#187; (notion d'ailleurs pas si d&#233;finie que cela) il peut y avoir des antagonismes intenses, et inversement des pays de cultures diverses peuvent avoir des rapports confiants ou des alliances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;ologies sont en revanche un facteur important de conflit, y compris d'ailleurs une id&#233;ologie du conflit de civilisations. Mais le facteur essentiel reste la notion m&#234;me de puissance et leur rivalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans le cadre d'un conflit, comment bien agir quand l'ennemi se fiche pour sa part de la paix et du bien commun mondial (pensons aux islamistes) ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans toute situation de conflit, la r&#233;alit&#233; du conflit des strat&#233;gies rend par d&#233;finition difficile la recherche du bien commun et notamment de la paix, m&#234;me si les adversaires sont, autant qu'on peut l'&#234;tre en ce monde, un tant soit peu soucieux de la recherche du bien. A fortiori si l'ennemi exclut clairement une telle recherche et toute paix autre que de pure domination de sa part. Prenons le cas d'Hitler : le passage &#224; la lutte arm&#233;e est alors difficilement &#233;vitable. Mais cela n'emp&#234;che pas une certaine flexibilit&#233;, par exemple pour jouer l'&#233;mergence chez l'adversaire d'un pouvoir orient&#233; diff&#233;remment (coup d'&#233;tat, jeu des factions etc.). Il est notamment dangereux pour le bien commun, hors cas extr&#234;mes comme le nazisme, de viser a priori la capitulation de l'adversaire comme le seul objectif possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas des islamistes est complexe car il en existe de multiples vari&#233;t&#233;s. Si Daech para&#238;t relever d'un approche r&#233;solument confrontationnelle, dans d'autres cas on peut avoir &#224; parier sur une &#233;volution des r&#233;gimes concern&#233;s : toute l'histoire de l'Islam est faite de cet amollissement de pouvoirs &#224; l'origine implacablement guerriers et violents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Votre ouvrage pr&#233;c&#233;dent s'int&#233;ressait &#224; la guerre juste. Comment, &#224; travers ce prisme, analysez-vous le conflit en Iran ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les crit&#232;res de la guerre juste, il y a entre autres la l&#233;gitimit&#233; du but et l'id&#233;e raisonnable qu'on peut obtenir par la guerre un r&#233;sultat meilleur, qui ne peut &#234;tre obtenu autrement ; plus l'usage de moyens strictement proportionn&#233;s. Or en l'esp&#232;ce la recherche d'un renversement du r&#233;gime ne respecte pas ces crit&#232;res : on ne change pas un r&#233;gime politique enracin&#233; par des bombardements. L'affaiblissement de l'Iran non plus : outre que le r&#233;gime pourrait en sortir renforc&#233;, les cons&#233;quences indirectes sont disproportionn&#233;es et contreproductives (par exemple la confirmation du pouvoir de l'Iran &#224; perturber le trafic dans le d&#233;troit d'Ormuz). Le seul objectif d&#233;fendable est la neutralisation de l'effort de l'Iran pour acqu&#233;rir l'arme nucl&#233;aire. Cela pourrait justifier des frappes chirurgicales comme en juin 2025, mais pas la guerre en cours, qui &#224; ce stade ne para&#238;t pas faire avancer la question du nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Suite &#224; la multiplication des interventions am&#233;ricaines, beaucoup se sont &#233;mu des violations r&#233;p&#233;t&#233;es du droit international. Que peut encore celui-ci pour le bien commun mondial ? L'ONU est-elle en &#233;tat de mort c&#233;r&#233;brale, pour paraphraser Emmanuel Macron ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a beaucoup exag&#233;r&#233;, en Europe notamment, le r&#244;le du droit international ou de l'ONU depuis 1945 : il y a eu d'innombrables guerres et conflits et tr&#232;s peu ont &#233;t&#233; &#233;vit&#233;s ou canalis&#233;s par l'usage du droit. Mais il ne faut pas tomber dans le d&#233;faut inverse, comme cela para&#238;t &#234;tre le cas de Donald Trump, qui consiste &#224; consid&#233;rer que toute r&#233;f&#233;rence de ce type est sans valeur par rapport au pur jeu des int&#233;r&#234;ts. Disposer de balises comportementales communes orient&#233;es dans le sens de la paix et du bon voisinage est en soi bon ; m&#234;me si cela n'a rien &#224; voir avec la situation interne &#224; un pays, o&#249; la loi dispose en principe du monopole de la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le pape L&#233;on XIV multiplie les appels &#224; la paix. Qu'en pensez-vous ? Plus largement, quel r&#244;le le Vatican peut-il jouer dans la recherche du bien commun mondial ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le pape multiplie les appels &#224; la paix est pour le moins une &#233;vidence. Cela retrouve une tradition ancienne dans l'Eglise, &#224; commencer par la Paix de Dieu au Moyen Age, pour continuer avec les appels poignants de Beno&#238;t XV face au carnage de 14-18. C'est notamment le cas avec la guerre d'Iran, dont j'ai rappel&#233; qu'on ne pouvait &#224; la consid&#233;rer comme une guerre juste. On notera cependant que le pape L&#233;on en reste &#224; une condamnation g&#233;n&#233;rale et absolue de toute guerre, sans appuyer son raisonnement sur une analyse de situation que la th&#233;orie de la guerre juste permettrai plus clairement, et notamment du probl&#232;me pos&#233; par le nucl&#233;aire iranien. Un discours plus ajust&#233; aurait permis &#224; mon sens un meilleur &#233;change sinon avec Trump, au moins avec Vance. Ce qui n'excuse pas leurs propos, notamment ceux de Trump.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'Eglise ait son r&#244;le &#224; jouer dans la recherche de la paix et du bien commun est donc une &#233;vidence. En particulier, m&#234;me si la responsabilit&#233; des affaires de ce monde incombe aux dirigeants la&#239;cs, le rappel de principes moraux, domaine de comp&#233;tence du magist&#232;re, s'accompagne l&#233;gitimement de prises de positions sur des questions concr&#232;tes relevant du politique. Tout en &#233;vitant la tentation d'une approche dite proph&#233;tique si elle ne prend pas assez en compte les r&#233;alit&#233;s en jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de l'Incorrect&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La communaut&#233; nationale : ce qui la menace, ce qu'il faut reb&#226;tir</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/La-communaute-nationale-ce-qui-la-menace-ce-qu-il-faut-rebatir.html</link>
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		<dc:date>2026-04-13T08:57:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Souverainet&#233; nationale</dc:subject>
		<dc:subject>Communaut&#233; politique</dc:subject>
		<dc:subject>Nation</dc:subject>
		<dc:subject>Solidarit&#233; nationale</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La question du r&#244;le de la nation est la question politique majeure d'aujourd'hui. C'est ce que j'&#233;voque dans ce livre, qui vient de para&#238;tre aux Editions du Bien commun. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'un c&#244;t&#233;, elle constitue le cadre de r&#233;f&#233;rence de la quasi-totalit&#233; des pays reconnus sur la plan&#232;te, m&#234;me si on peut souvent contester que ce sont bien des nations. Mais par d'autres c&#244;t&#233;s, elle est remise en cause, du moins dans nos pays : contest&#233;e dans sa nature m&#234;me par le discours de d&#233;construction, elle est jug&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Nation-+.html" rel="tag"&gt;Nation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Solidarite-nationale-+.html" rel="tag"&gt;Solidarit&#233; nationale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/51dgzivm8al__sl1181_.jpg?1787417293' class='spip_logo spip_logo_right' width='102' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question du r&#244;le de la nation est la question politique majeure d'aujourd'hui. C'est ce que j'&#233;voque dans ce livre, qui vient de para&#238;tre aux Editions du Bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, elle constitue le cadre de r&#233;f&#233;rence de la quasi-totalit&#233; des pays reconnus sur la plan&#232;te, m&#234;me si on peut souvent contester que ce sont bien des nations. Mais par d'autres c&#244;t&#233;s, elle est remise en cause, du moins dans nos pays : contest&#233;e dans sa nature m&#234;me par le discours de d&#233;construction, elle est jug&#233;e d&#233;pass&#233;e par ceux qui se situent au niveau europ&#233;en, ou se veulent cosmopolites. Ou par ceux qui parient sur la mont&#233;e des empires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nation a pourtant toujours de nos jours quatre r&#244;les essentiels, qu'elle est seule &#224; offrir. D'abord, fonder une communaut&#233; politique, c'est-&#224;-dire un niveau &#233;lev&#233; de confiance mutuelle et d'identification, permettant un niveau tout aussi &#233;lev&#233; de coop&#233;ration et d'action commune. Ensuite, fournir ce qui est n&#233;cessaire pour cela et en soi inestimable : un patrimoine commun, et notamment une langue et une culture. Puis, assurer la d&#233;fense en commun de cette population, notamment militairement : cette question est revenue brutalement au c&#339;ur de l'actualit&#233;. Enfin, pourvoir &#224; une forme de solidarit&#233;, qui va bien au-del&#224; de la s&#233;curit&#233; sociale, en offrant autant que possible &#224; chacun une vraie place dans cette communaut&#233;. Pour la grande majorit&#233; des gens, leur qualit&#233; de vie, y compris &#233;conomiquement, d&#233;pend en effet largement de leur appartenance nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de tout cela ne se con&#231;oit actuellement hors du cadre national. Et tout cela se relie directement au fait que la nation est une communaut&#233;. Son r&#244;le &#224; ce titre est donc irrempla&#231;able. Dans les soci&#233;t&#233;s modernes, l'horizon r&#233;el des personnes et leur cadre de d&#233;pendance sont bien plus grands que dans les communaut&#233;s locales d'autrefois ; ils supposent un niveau large d'identification, de communication et de solidarit&#233;. C'est la nation qui joue ce r&#244;le. Mais au-del&#224;, il n'y a rien d'organis&#233; et de concret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'avenir, la question est de savoir dans quelle mesure l'imbrication croissante de l'humanit&#233;, et notamment la mondialisation, att&#233;nuent ou renforcent cette r&#233;alit&#233;. Il est &#233;videmment improbable (sauf catastrophe majeure) que cela se fasse par retour &#224; des entit&#233;s plus petites, malgr&#233; certaines utopies. Mais l'&#233;volution pourrait conduire au renouveau de formations politiques plus vastes et pluri-nationales. Donc en r&#233;alit&#233; d'empires au sens large, et une Europe f&#233;d&#233;rale serait elle aussi une forme d'empire. Mais cela ferait perdre cet &#233;l&#233;ment essentiel qui caract&#233;rise la nation, qui est d'&#234;tre une communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire alors ? Il y a bien s&#251;r des politiques &#224; mener, sur la longue dur&#233;e : d&#233;fense, &#233;ducation, recherche scientifique, migrations etc. Elles sont d'une tr&#232;s grande importance en soi. Il y a besoin plus fondamentalement d'un ensemble de r&#233;f&#233;rences collectives permettant la vie politique commune. Mais tout cela suppose au pr&#233;alable une ambition : celle de faire vivre une communaut&#233;. Ces politiques diverses ne parviendront en effet &#224; rien si la nation n'offre pas la base ad&#233;quate, c'est-&#224;-dire une communaut&#233; vivante, solidaire et forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une communaut&#233;, ce sont des personnes qui, sur la base de r&#233;f&#233;rences communes majeures, culturelles, historiques et institutionnelles, se reconnaissent comme on l'a dit un degr&#233; &#233;lev&#233; de solidarit&#233; : financi&#232;re certes, mais aussi humaine voire existentielle, impliquant l'acceptation &#233;ventuelle de sacrifices pour la cause commune. Sur cette base peut alors se construire une volont&#233; commune propre, et sa traduction concr&#232;te dans ce qu'on appelle souverainet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, &#224; son tour, une telle volont&#233; ne suffit pas s'il n'y a pas les bases concr&#232;tes permettant &#224; cette communaut&#233; d'exister. Or trois d'entre elles sont essentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord que ce peuple existe, ce qui veut dire se prolonge dans de nouvelles g&#233;n&#233;rations, pour l'essentiel au sein de familles faisant r&#233;ellement partie de la communaut&#233; : c'est la question de la d&#233;mographie et de la natalit&#233;. Sans natalit&#233; suffisante, il n'y a pas d'avenir &#224; une communaut&#233; humaine. Question br&#251;lante aujourd'hui, avec l'effondrement de la natalit&#233; dans la plupart des pays hors Afrique, ph&#233;nom&#232;ne largement li&#233; &#224; un individualisme de plus en plus pathologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela suppose ensuite une volont&#233; de se d&#233;fendre, et donc un esprit de combat, qui ne va pas sans un esprit de sacrifice. Il faut donc que la communaut&#233; nationale produise suffisamment de membres anim&#233;s par cet esprit. A d&#233;faut, elle sera incapable de se maintenir sur la dur&#233;e, non seulement face &#224; des menaces ext&#233;rieures, mais aussi sur le plan interne, face &#224; des factions utilisant la violence pour imposer leur loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux questions sont vitales, mais peu &#233;voqu&#233;es dans le d&#233;bat public, et encore moins en liaison avec la souverainet&#233;. Enfin, d'une fa&#231;on qui est, elle, plus souvent &#233;voqu&#233;e, mais rarement sous le bon angle, cela suppose une vue commune des bases &#233;conomiques et sociales de cette souverainet&#233; et de cette solidarit&#233;. Non pas un programme de revendications &#233;galitaires, mais un cadre permettant de donner aux membres de la communaut&#233; une vraie possibilit&#233; d'appartenance et de valorisation, o&#249; en un mot chacun trouve sa place. Et &#224; l'ensemble, les moyens de son autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour illustrer le r&#244;le crucial de ces dimensions par rapport aux autres politiques &#224; mener, il n'y a pas de politique de d&#233;fense possible sans base &#233;conomique et sans des gens qui acceptent de se battre et de se sacrifier ; pas d'&#233;ducation sans enfants, sans p&#233;dagogie et sans moyens ; pas de ma&#238;trise des migrations sans d&#233;mographie ni volont&#233; de se d&#233;fendre, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es dominantes, mais aussi les pratiques d&#233;sormais spontan&#233;es de la plupart des gens, n'int&#232;grent plus assez ces r&#233;alit&#233;s, quand elles ne vont pas dans la direction contraire. Or elles sont pourtant au fond assez &#233;videntes. Retrouver ce sens de la communaut&#233; nationale est donc la priorit&#233; absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A para&#238;tre sur &lt;/i&gt; Politique Magazine&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ni r&#232;gne de la loi, ni loi de la jungle : G&#233;ostrat&#233;gie et bien commun</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Ni-regne-de-la-loi-ni-loi-de-la-jungle-Geopolitique-et-bien-commun.html</link>
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		<dc:date>2026-03-21T17:08:34Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>G&#233;opolitique</dc:subject>
		<dc:subject>Monde fragment&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Bien commun</dc:subject>
		<dc:subject>Relations internationales</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;C'est le titre d'un livre que je viens de publier aux &#233;ditions Boleine. Comment dans le contexte actuel peut se situer une ligne politique et strat&#233;gique r&#233;aliste, sans abandonner pour autant l'id&#233;e que si on choisit une politique, c'est en vue d'un certain bien, un bien en d&#233;finitive commun ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le r&#233;alisme nous conduit &#224; reconna&#238;tre qu'aujourd'hui, plus que jamais, la sc&#232;ne internationale est compos&#233;e de multiples acteurs ou puissances, au-dessus desquels il n'est pas de pouvoir r&#233;gulateur. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/ni-regne-de-la-loi-ni-loi-de-la-jungle-.jpg?1787417301' class='spip_logo spip_logo_right' width='95' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est le titre d'un livre que je viens de publier aux &#233;ditions Boleine. Comment dans le contexte actuel peut se situer une ligne politique et strat&#233;gique r&#233;aliste, sans abandonner pour autant l'id&#233;e que si on choisit une politique, c'est en vue d'un certain bien, un bien en d&#233;finitive commun ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;alisme nous conduit &#224; reconna&#238;tre qu'aujourd'hui, plus que jamais, la sc&#232;ne internationale est compos&#233;e de multiples acteurs ou puissances, au-dessus desquels il n'est pas de pouvoir r&#233;gulateur. Leurs rapports sont en g&#233;n&#233;ral relativement paisibles, mais &#224; l'occasion l'un ou l'autre recourt &#224; la force pour imposer ses vues. Face &#224; cela, il n'est en g&#233;n&#233;ral pas d'autre solution que de mettre une force en face. C'est l&#224; qu'intervient la pens&#233;e strat&#233;gique. Elle porte sur l'opposition de deux volont&#233;s, luttant pour l'emporter, &#233;ventuellement par la destruction des forces adverses. Mais le r&#233;sultat de la confrontation de ces volont&#233;s raisonnablement intelligentes, poursuivant des buts oppos&#233;s, est intrins&#232;quement impr&#233;visible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce scandale intellectuel s'ajoute un scandale &#233;thique : comment rechercher le bien lorsque, d'une part, on ne sait r&#233;ellement pas ce qui va r&#233;sulter de notre action, et o&#249; d'autre part on n'avance qu'en occasionnant un certain mal, chez l'autre comme chez soi ? On ne r&#233;pondra pas &#224; cette question en parachutant d'en-haut et abstraitement des jugements moraux a priori. Il faut analyser la logique m&#234;me de la strat&#233;gie, examiner les conditions effectives de son exercice dans le monde r&#233;el, et regarder enfin si on peut discerner des lignes de conduite moralement satisfaisantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre monde est en pleine mutation, avec des puissances en ascension et d'autres en recul, et de moins en moins r&#233;gul&#233;. Evaluer le potentiel des uns et des autres est changeant et incertain. Compter sur le droit est sympathique mais peu fiable. Se fier &#224; ses forces est souvent trompeur. Une conduite &#233;thique reste possible. Mais elle devra se fonder sur une analyse r&#233;aliste, et sur la recherche cas par cas du plus grand bien qui appara&#238;t alors possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; le plan de ce livre, qui part de la logique paradoxale de la strat&#233;gie, et poursuit sur la probl&#233;matique particuli&#232;re de notre monde &#224; la fois multipolaire et aux acteurs tr&#232;s in&#233;gaux, tant militairement qu'&#233;conomiquement. Il &#233;voque ensuite les pistes de solutions trompeuses ou partielles comme le pi&#232;ge de l'id&#233;ologie, notamment occidentale, ou l'id&#233;e r&#233;ductrice des conflits de civilisations. Il pose alors la question de la recherche du bien commun dans un mode divis&#233; et en lutte, o&#249; le recours au droit et &#224; l'ONU s'av&#232;re d'efficacit&#233; bien limit&#233;e, sans parler de l'utopie d'une g&#233;n&#233;ralisation de la d&#233;mocratie &#224; l'occidentale. Il se confirme alors que le souci de ce bien commun est en d&#233;finitive de la responsabilit&#233; de chacun des acteurs, essentiellement &#233;tatiques, selon un jugement moral &#233;duqu&#233;, cas par cas, fond&#233; sur des principes, mais tenant compte de r&#233;alit&#233;s de forces aux multiples facettes, constamment changeantes. Le v&#233;ritable bien est &#224; ce prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce sujet mon interview sur TV Libert&#233;s&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Construire une pens&#233;e strat&#233;gique avec l'irruption de Trump ! Le Zoom - Pierre de Lauzun - TVL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=jqQxpiQZ_Cw&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=jqQ...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Relations transatlantiques : le tournant majeur n'est pas celui qu'on croit</title>
		<link>https://www.pierredelauzun.fr/Relations-transatlantiques-le-tournant-majeur-n-est-pas-celui-qu-on-croit.html</link>
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		<dc:date>2026-02-21T17:00:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Trump</dc:subject>
		<dc:subject>Etats-Unis</dc:subject>
		<dc:subject>Id&#233;ologie occidentale</dc:subject>
		<dc:subject>Syst&#232;me international</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Avec la pr&#233;sidence Trump, la divergence entre Europe et Etats-Unis occupe la sc&#232;ne avec fracas : Groenland, Ukraine. C&#244;t&#233; Europ&#233;en, de graves accusations sont port&#233;es, de rupture du lien transatlantique, de remise en cause de l'alliance Parall&#232;lement on constate un effet de pouss&#233;e f&#233;d&#233;raliste en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mesurer la signification de ces &#233;v&#233;nements, il faut prendre du recul et d&#233;passer les aspects conjoncturels ; parmi ceux-ci, la personnalit&#233; m&#234;me de Donald Trump &#8211; or il n'est pas &#233;ternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait de base est que les relations transatlantiques sont &#224; un vrai tournant. Pas la divergence id&#233;ologique, m&#234;me si elle n'est pas n&#233;gligeable. Mais l'&#233;volution g&#233;opolitique, avec la marginalisation relative de l'Europe. Pour la France, elle n'est pas la r&#233;ponse principale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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/ 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Trump-+.html" rel="tag"&gt;Trump&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Etats-Unis-+.html" rel="tag"&gt;Etats-Unis&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Ideologie-occidentale-+.html" rel="tag"&gt;Id&#233;ologie occidentale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Systeme-international-+.html" rel="tag"&gt;Syst&#232;me international&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://www.pierredelauzun.fr/+-Europe-379-+.html" rel="tag"&gt;Europe&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.pierredelauzun.fr/IMG/logo/wikiimages-earth-11048_1280.jpg?1787417305' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='75' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis le d&#233;but de la pr&#233;sidence Trump, la divergence entre Europe et Etats-Unis occupe la sc&#232;ne avec fracas ; les questions du Groenland et dans une moindre mesure de l'Ukraine en t&#233;moignent actuellement. C&#244;t&#233; Europ&#233;en, de graves accusations sont port&#233;es, de rupture du lien transatlantique, de remise en cause de l'alliance et potentiellement de la r&#233;alit&#233; de l'OTAN. Parall&#232;lement on constate un effet de pouss&#233;e f&#233;d&#233;raliste en Europe. Qu'en est-il r&#233;ellement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Id&#233;ologie et g&#233;opolitique : la grande divergence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour mesurer la signification de ces &#233;v&#233;nements, il faut prendre du recul et d&#233;passer les aspects conjoncturels ; parmi ceux-ci, le plus important est la personnalit&#233; m&#234;me de Donald Trump. Elle est &#233;videmment tr&#232;s importante pour d&#233;terminer le flux des &#233;v&#233;nements pendant les 4 ann&#233;es de son mandat ; mais ce qui est d'embl&#233;e certain est qu'il ne sera plus l&#224; dans 3 ans ; il pourrait m&#234;me &#234;tre significativement affaibli dans moins d'un an, si les mid-terms lui sont d&#233;favorables. Or son successeur, m&#234;me proche politiquement, a peu de chance d'avoir le m&#234;me temp&#233;rament et mode de comportement, et peut-&#234;tre pas le m&#234;me ascendant sur la coalition h&#233;t&#233;roclite qu'il dirige. Voyons donc plut&#244;t les &#233;l&#233;ments structurels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier fait de base, celui qui frappe le plus l'Europe officielle, est la dualit&#233; id&#233;ologique, entre lib&#233;raux ou sociaux-d&#233;mocrates d'un c&#244;t&#233;, et populistes, conservateurs ou nationalistes de l'autre. Actuellement, dans leur perception, cela co&#239;ncide pour l'essentiel avec l'opposition entre eux et l'Am&#233;rique de Trump. Mais en r&#233;alit&#233;, ces deux courants sont pr&#233;sents des deux c&#244;t&#233;s ; c'est un &#233;l&#233;ment commun sp&#233;cifique &#224; ce qu'on appellera pour simplifier le monde occidental. Toute r&#233;flexion sur l'avenir conduit d&#232;s lors &#224; se poser deux questions : quelle peut &#234;tre l'&#233;volution de cette opposition et de ces deux camps, des deux c&#244;t&#233;s de l'Atlantique ? Qu'est-ce que cela entra&#238;ne pour l'Europe d'un c&#244;t&#233;, ses relations avec les Etats-Unis de l'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre &#233;l&#233;ment essentiel, d'arri&#232;re-plan, est bien s&#251;r la configuration g&#233;opolitique et son &#233;volution possible. L&#224;, la divergence entre les Am&#233;ricains et les Europ&#233;ens est beaucoup plus significative, et intrins&#232;que. Le fait de base est &#233;videmment la mont&#233;e de la Chine, et par l&#224; la priorit&#233; am&#233;ricaine de plus en plus affirm&#233;e &#224; la confrontation avec elle et plus g&#233;n&#233;ralement aux questions asiatiques et indopacifiques, dans lesquelles le r&#244;le possible des Europ&#233;ens est faible et p&#233;riph&#233;rique &#8211; m&#234;me s'ils peuvent en &#234;tre affect&#233;s. Cela vise aussi la recomposition des relations mondiales, notamment l'&#233;volution de la mondialisation, d&#233;sormais muscl&#233;e et quelque peu mercantiliste, avec le r&#244;le d&#233;sormais reconnu strat&#233;gique des mati&#232;res premi&#232;res, et celui du transport maritime. Ce &#224; quoi s'ajoute le d&#233;calage de puissance, d'avance technologique (IA et autres), et de richesse mat&#233;rielle de plus en plus marqu&#233; entre Am&#233;ricains et Europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que m&#234;me une Am&#233;rique qui serait id&#233;ologiquement proche des Europ&#233;ens ne pourrait pas ne pas &#234;tre fondamentalement concentr&#233;e d'abord sur ces questions vitales, ne voyant alors potentiellement dans l'Europe, malgr&#233; les souvenirs ou l'origine commune, et ce qui y reste de richesse et de puissance, qu'un suppl&#233;tif utile mais faible, strat&#233;giquement limit&#233; &#224; un r&#244;le finalement local sur un bout de l'Eurasie. On dira que c'est caricatur&#233;, et il est vrai que ce stade n'est pas encore atteint ; mais c'est vers cela que l'on va.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sc&#233;narios possibles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de la confrontation de ces deux s&#233;ries de donn&#233;es que le retour pur et simple aux relations transatlantiques du pass&#233; est improbable. La divergence est latente depuis plusieurs ann&#233;es, comme le &#171; pivot &#187; d'Obama vers l'Asie en t&#233;moigne. Mais cette r&#233;alit&#233; &#233;tait encore d&#233;guis&#233;e sous Biden : la brutalit&#233; de Trump a d&#233;chir&#233; le voile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette divergence ira de soi si on prend un sc&#233;nario, cr&#233;dible, o&#249; Trump subsiste trois ans, mais surtout est remplac&#233; par un proche, J. D. Vance ou un autre, et que c&#244;t&#233; europ&#233;en les dominantes actuelles se maintiennent. Ce dont on r&#234;ve c&#244;t&#233; Europe est une acc&#233;l&#233;ration de la construction europ&#233;enne dans un sens f&#233;d&#233;ral, avec priorit&#233; &#224; la d&#233;fense. Mais en r&#233;alit&#233;, il est improbable que cela d&#233;bouche sur quoi que ce soit de concret dans un horizon pr&#233;visible. Sans m&#234;me rappeler qu'il n'y a pas de peuple europ&#233;en ou de nation europ&#233;enne, sans quoi on ne voit pas comment une arm&#233;e europ&#233;enne v&#233;ritable serait possible, il n'est pas faisable dans un d&#233;lai de 10 &#224; 20 ans de construire une arm&#233;e europ&#233;enne cr&#233;dible capable, sans appui am&#233;ricain, de se mesurer &#224; la Russie. Or d'ici l&#224;, les besoins sont l&#224; ; et la menace russe est en outre d&#233;crite par le syst&#232;me comme terrifiante et imminente. Il en r&#233;sulte que pour nombre de pays europ&#233;ens, &#224; commencer &#233;videmment par les Baltes et les Polonais, la protection vient d'abord et essentiellement des Etats-Unis. D'o&#249; aussi les achats massifs de F-35 des uns et des autres. Mais bien entendu, cette priorit&#233; &#224; la survie imm&#233;diate rend encore plus difficile la construction d'une d&#233;fense europ&#233;enne autonome et cr&#233;dible. L'irritation caus&#233;e par les agissements de Trump (Groenland, droits de douane) ne saurait renverser ces faits de base, d'autant qu'il n'est pas &#233;ternel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela resterait encore plus vrai dans un sc&#233;nario o&#249; on suppose en revanche qu'aux Etats-Unis les d&#233;mocrates reviennent aux affaires en 2028. Comme on peut le penser, cela rendrait le besoin d'autonomisation des Europ&#233;ens moins pressant, et la tentation sera forte de chercher &#224; faire revivre la fraternit&#233; id&#233;ologique transatlantique, dont l'Europe officielle garde la nostalgie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre sc&#233;nario encore, actuellement peu plausible mais concevable, la minorit&#233; qu'on appellera pour simplifier populiste ou de droite dure devient majoritaire en Europe. Mais il n'est pas s&#251;r que cela changerait massivement ces conclusions. En bonne logique, il serait en effet surprenant de voir les politiques de ces tendances se battre pour une int&#233;gration f&#233;d&#233;raliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A fortiori, si l'Europe &#233;tait divis&#233;e, et sans majorit&#233; politique, on voit mal une grande ambition se mettre en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas donc, la probabilit&#233; n'est pas &#224; l'&#233;dification d'un d&#233;fense europ&#233;enne cr&#233;dible, mais &#224; un compromis plus ou moins boiteux entre des vell&#233;it&#233;s au mieux partielles, et le maintien d'une importante d&#233;pendance de l'Europe par rapport aux Etats-Unis, qui eux, au contraire, auront de plus en plus l'&#339;il tourn&#233; ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire alors&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, les impr&#233;cations cens&#233;ment moralisantes de go&#251;t europ&#233;en ne servent pas &#224; grand-chose. Et le risque majeur pour un pays comme la France est de voir les moyens subsistants de son autonomie inutilement g&#226;ch&#233;s dans une tentative de f&#233;d&#233;ralisme militaire sans espoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que les relations transatlantiques sont &#224; un vrai tournant, mais ce n'est pas celui qu'y voit l'Europe officielle. Au-del&#224; m&#234;me de l'idiosyncrasie de M. Trump, le fait de base n'est pas la divergence id&#233;ologique, m&#234;me si elle n'est pas n&#233;gligeable, car depuis maintenant un certain temps, et de plus en plus, l'id&#233;ologie occidentale de ces derni&#232;res ann&#233;es n'est pas la r&#233;ponse aux questions du jour, notamment g&#233;opolitiques ; et elle passe mal dans le reste du monde. C'est l'&#233;volution g&#233;opolitique, et le fait que face &#224; ces questions nouvelles, l'Europe elle-m&#234;me, comme construction, n'est pas une r&#233;ponse &#8211; m&#234;me si en soi la coop&#233;ration europ&#233;enne est une bonne chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule puissance nucl&#233;aire en Europe, seule puissance ayant gard&#233; une certaine cr&#233;dibilit&#233; et une certaine exp&#233;rience malgr&#233; son format militaire miniaturis&#233;, poss&#233;dant un domaine maritime immense, c'est la France elle-m&#234;me qui est la r&#233;ponse essentielle &#224; la question de sa d&#233;fense.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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