On assiste à la multiplication de faits troublants, dont le rapprochement confirme l’ampleur du changement du regard sur la moralité et le contrôle social qui affecte nos sociétés. Cela touche tous les pays dits occidentaux, anglo-saxons en premier lieu. Mais ce qu’il paraît intéressant de souligner est la manière de procéder. Rien à voir avec les préfets à l’ancienne, façon Napoléon III, agissant directement comme représentants du pouvoir, ou un système totalitaire assumant d’être tel : on a ici des autorités supposées indépendantes, comme l’Arcom, agissant en fonction d’une mission supposée de moralisation publique. Ou encore des entreprises, réseaux sociaux ou banques, censées appliquer une ‘déontologie’ ou une ‘éthique’ qu’ils ont le devoir d’imposer.
Ce phénomène entre en résonnance avec un autre, de plus grande ampleur et plus inquiétant, qui est la judiciarisation d’un ensemble de préoccupations personnelles ou collectives. Ce n’est plus le parti ou le pouvoir qui décident - qui restent tous deux politiques ; mais le juge, qui en principe ne l’est pas – et cela au nom d’une supposée morale.
En outre cette ‘morale’ n’est pas la morale, mais une supposée moralité à base relativiste, fondée sur le culte fétichique de l’autonomie de la personne, y compris dans la définition par chacun de ses propres règles et valeurs, même quand elle est paradoxale. Ainsi lorsqu’on vous oblige à considérer comme femme un individu dont l’évidence de vos yeux vous montre que c’est un homme.
Mais la morale c’est la recherche du bien, et notamment du bien commun. Ce n’est donc pas l’idée de moralisation qui doit être rejetée, mais son dévoiement radical.
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