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Guide de lecture
dimanche 1er juin 2025, par
Un guide de recherche. La diversité de mes centres d’intérêt peut surprendre : pour ceux qui s’interrogent, un petit guide de lecture ...
LES IDEES DIRECTRICES
Le point de départ est l’idée de vérité, qu’il faut comprendre comme universelle. Car une vérité ou une valeur qui n’a pas de portée universelle, au moins sous un angle partiel, ne mérite pas son nom, et peut-être pas même celui de pensée. Cette vérité (ou ces valeurs) sont présentes, et donc à chercher et discerner, au sein des multiples manifestations de la pensée ou de l’action humaine, en outre en évolution permanente dans le temps et dans l’histoire. Mais en même temps qu’on les y discerne et qu’on les extrait, on doit rechercher comment les intégrer dans une perspective universelle cohérente, qui leur donnera seule leur vérité et leur sens, tout en rejetant ce qu’elles ont d’erroné. D’où deux idées directrices.
La première est celle de la recherche de la bonne articulation entre unicité de la vérité et multiplicité des manifestations. La vérité en soi est une. Sous sa forme absolue, c’est Dieu, qui ne peut être connu que partiellement et indirectement. Dès lors, la vérité se présente en pratique sous une forme relativement plurielle. Mais le contexte auquel nous sommes confrontés aujourd’hui se veut normativement pluraliste, et par là neutre à l’égard de toutes les opinions, mises dogmatiquement sur le même plan ("chacun sa vérité"). On tombe alors dans le relativisme. Ce qui se heurte à l’exigence d’universalité et d’objectivité indispensable pour que soit reconnue véritablement une vérité ou un bien. Il faut donc admettre à la fois la référence ultime à la vérité, une et universelle, et la possibilité de manifestations plurielles et multiples de cette vérité ; d’où une légitime pluralité dans les réalités humaines concrètes et dans les communautés humaines, mais un rôle normatif de la référence à l’idée de vérité objective.
La deuxième idée directrice est la dialectique du temps et de l’éternité. Le temps est un facteur central dans la pluralité et l’hétérogénéité qu’on vient d’évoquer. Il est en outre paradoxal, puisqu’il se présente sous deux visages : le temps présent seul effectivement réel à chaque instant, et le temps succession et déroulement entre passé, présent et avenir. Comme je le montre par ailleurs, seule l’éternité, qui est hors du temps, donne pleinement son sens à ces deux expressions du temps, parce que, comme la vérité, elle renvoie à Dieu et donc à la plénitude de la vérité et de l’universalité. Sur ce point encore, la tendance contemporaine est à la relativisation, notamment par dévaluation de tout ce qui est passé, ignorant ainsi ce processus bienfaisant d’accumulation sélective des expériences et de dégagement de références permanentes, qu’on appelle tradition. Mais cela conduit aussi, contrairement à l’idée reçue, à la dévaluation de fait de l’avenir, qui n’a plus de poids réel pour des gens obsédés par leur présent.
Sur la base de ces idées directrices, je développe mes recherches par une démarche de type rationnel. D’où une première partie, philosophique au sens large, mais qui débouche sans contradiction sur la foi chrétienne. La réflexion s’étend ensuite aux deux champs économique et politique.
L’ASPECT PHILOSOPHIQUE ET RELIGIEUX
La question de la pluralité des philosophies est abordée dans le premier tome de mon Le Ciel et la Forêt (Au-delà du pluralisme) (2000) qui montre que la pluralité des points de vue acceptables ne peut être que restreinte, seul un petit nombre d’approches philosophiques, non contradictoires entre elles, pouvant être retenus. Un fil conducteur est donné par la tradition de pensée classique, réaliste, qui culmine avec le thomisme. La démarche conduit ensuite à la question de l’existence de Dieu, qui seule lui donne sens et répond à ses attentes en les dépassant.
De façon analogue, sous l’angle du temps, Temps Histoire Eternité (2006) montre que la diversité des conceptions du temps, évoquée ci-dessus, ne se comprend elle aussi qu’en référence à l’éternité de Dieu, éclairant ce faisant à la fois notre destinée personnelle et l’Histoire.
Enfin un livre particulier est consacré à la question du mal, principale objection à l’existence de Dieu, qui ne se comprend elle aussi pleinement que dans la perspective du temps et de l’histoire : Dieu, le mal et l’histoire (2022).
La recherche de Dieu conduit à la question de la foi ; mais la foi ne se démontre pas rationnellement. Dans la perspective de démarche rationnelle que je suis, cela implique d’examiner la rationalité de la foi et de son apport à la philosophie, objet de Philosophie de la Foi (2015).
En outre, la foi chrétienne comporte un élément crucial, la Révélation, qui s’est déroulée dans le temps et a conduit ensuite au développement de la doctrine, sous l’autorité du magistère ; elle est par essence inscrite dans l’histoire, et à voir comme expression de l’éternité dans le temps. D’où un autre livre, La révélation chrétienne ou l’éternité dans le temps (2018).
Mais il y a pluralité des religions. La question est abordée dans le tome II de Le Ciel et la Forêt (Le christianisme et les autres religions) (2000), qui montre combien le christianisme, lui-même irréductible à tout syncrétisme, est en revanche lieu de synthèse de l’expérience religieuse de l’humanité, et comme tel seule religion qui peut prétendre être pleinement vraie.
Comme on le voit, à nouveau, la démarche est de type rationnel ou philosophique, même lorsqu’elle s’applique à des données non démontrables comme telles, comme la foi ou la Révélation. Dès lors, dans ces livres comme dans ceux qu’on va évoquer, je ne développe pas les dimensions proprement théologiques, sauf incidemment et dans une perspective particulière ; ni d’ailleurs les questions ecclésiales. Les unes et les autres peuvent l’être en revanche dans des articles écrits sur tel ou tel sujet, notamment sur l’Eglise.
C’est que le vrai débouché de la démarche, une fois obtenues un certain nombre de conclusions sur la foi, c’est la vie de foi elle-même, et donc la spiritualité, la vie intérieure. En outre, celle-ci articule de façon concrète les deux problématiques de la reconnaissance d’un niveau supérieur aimant, et du développement spirituel dans le temps. Elle devrait faire l’objet d’un livre ultérieur – lorsque ce sera suffisamment mûr.
Mais une autre série de questions se pose, celle de la signification de ces conclusions diverses pour orienter la vie commune : économique et politique. Ce sera toujours en donnant une place majeure au souci moral, à l’éthique, tout en gardant la règle d’une approche basée sur la réalité – et non en parachutant des considérations morales sans prise en compte de cette réalité.
L’ASPECT ECONOMIQUE ET FINANCIER
Dans le champ économique, la démarche va donc se poursuivre dans une perspective essentiellement chrétienne, ou au-delà, éthique.
Le livre de base, L’Evangile, les Chrétiens et l’Argent (2004) aborde la question générale de l’économie dans cette perspective , en s’appuyant notamment sur les Evangiles. Il souligne notamment l’affinité particulière de ceux-ci avec l’économie, les Evangiles étant le seul livre religieux de l’humanité donnant une place prépondérante aux exemples et aux raisonnements de type économique, même si son message les dépasse infiniment. Ce qui est développé ensuite à propos de plusieurs réalités économiques, à la lumière de la Doctrine sociale de l’Eglise. Cela souligne entre autres le rôle structurant des deux niveaux : la gestion des affaires de ce monde avec sa logique propre, finie, multiple et apparemment hétérogène ; et la perspective infinie ouverte par la vie éternelle, présente dès ce monde, et qui ouvre sur une unité transcendante.
Un autre livre sur L’Argent, Maitre ou serviteur (2019) reprend et développe cette réflexion, notamment en ce qui concerne la problématique de l’argent et de son mystère, ainsi que les exigences personnelles que cela implique, y compris dans le don.
De façon plus large, L’Economie et le christianisme (2010) prolonge cet éclairage en soulignant le rôle central de l’éthique en économie, ce qui conduit à relativiser la perspective économique en l’insérant dans le contexte plus large des relations humaines au sein de la société. Cela conduit aussi à souligner l’importance de la question du risque, d’où la nécessité d’admettre les limites de notre maîtrise et de trouver notre équilibre et notre boussole intérieure dans la confiance en la Providence. A nouveau donc, la diversité éclatée et partielle du réel, ici celle de l’économie, a besoin d’une perspective extérieure à elle-même pour réellement trouver sa place, une perspective qui la transcende.
Corrélativement, un autre livre, Christianisme et croissance économique (2008), montre le rôle-clef du christianisme dans l’histoire économique, et notamment dans le décollage économique de l’Occident. C’est, dans le champ économique et social, un autre aspect de l’irruption dans le temps du message d’éternité.
Qui dit économie dit regard porté sur les choses à travers l’argent. Déjà abordée ci-dessus, la question de l’argent conduit à une réflexion sur la finance, ce à quoi s’ajoute mon expérience professionnelle dans ce domaine. Elle retrouve plus particulièrement la problématique du temps, car le fondement de la finance est la considération du rôle du temps, l’anticipation du futur notamment, mais aussi le poids éventuel du passé (dettes). D’où la tentation de lui faire jouer un rôle de démiurge, figure inversée de Dieu, ramassant dans le présent le cours du temps en donnant une illusion de maîtrise rationnelle. Un livre sur ce sujet : Finance, un regard chrétien (2013) retrace, toujours à partir des Evangiles, la réflexion et l’expérience chrétiennes en matière financière, mettant en lumière l’incomplétude de la finance et son besoin d’une perspective éthique, alors que la finance actuelle tente d’y échapper. Ce livre a depuis été traduit en anglais.
Cette question est reprise ensuite, sans faire appel à des références explicitement chrétiennes, mais dans la même ligne et toujours en perspective éthique, dans La Finance peut-être être au service de l’homme ? (2015). Ce livre vise à éclairer comment le souci éthique peut et doit habiter la réflexion financière tant au niveau des comportements des acteurs que dans la définition de règles communes et d’actions publiques indispensables, ou même dans le don.
Ce qui est développé ensuite en ce qui concerne l’investissement et la gestion de fonds dans Epargner en vue du bien commun, l’investissement éthique (2024) ; qui va bien au-delà de l’ESG (environnement, social, gouvernance) habituel.
Enfin un petit livre d’inspiration différente porte sur l’Euro, la fin de la monnaie commune ? (2017). Il examine tant le rôle et la signification de la monnaie en général que le cas particulier de l’euro, monnaie contestable dans son principe malgré ses qualités, mais dont il est difficile de sortir.
Ma réflexion sur l’économie à travers ces livres s’inscrit donc pleinement dans le prolongement des fondements éthiques et religieux développés précédemment. Sauf sur l’euro, je ne propose pas de livre d’économie ou de finance pures. En revanche, de nombreux articles évoquent telle ou telle question d’économie ou de finance.
L’ASPECT POLITIQUE
La question politique se présente un peu différemment. La dimension éthique garde son importance, mais l’éclairage que peut apporter le christianisme n’est plus le même. La foi chrétienne, tournée vers Dieu et vers le prochain, éclaire immédiatement les questions de conduite personnelle ; elle débouche assez vite sur les questions économiques, qui impliquent directement les personnes et leur comportement. Mais la politique traite de la vie commune, des interactions complexes de la communauté, qui ne peut pas s’analyser à partir de de la seule conduite personnelle. En outre, ce n’est pas le monde de la vie éternelle. Comme saint Augustin l’avait magistralement montré, il y a donc deux Cités à considérer, le champ du politique n’étant pas celui du Royaume de Dieu. Et d’ailleurs, en contraste complet avec la place de l’économie, les considérations politiques sont très rares dans les Evangiles.
Dans l’optique qui est la nôtre, il faut donc les prendre autrement, en partant d’une analyse des réalités politiques elles-mêmes, toujours sans oublier le souci éthique. La logique de développement de ces livres sera donc différente ; même si elle est accompagnée par ailleurs par de nombreux articles sur des sujets divers, y compris d’actualité.
Ce qui caractérise la réalité politique actuelle, c’est d’abord la question de la démocratie. Elle est abordée dans L’Avenir de la Démocratie (2011), qui met l’accent sur la complexité de l’idée de démocratie, l’histoire tourmentée de son émergence, et sa fragilité. Ce livre souligne notamment qu’à côté du système politique et de l’état de droit, un rôle central a été joué par ce que j’appelle idéologie démocratique. Plus précisément, un paradigme de neutralité, fondé sur le refus de la recherche collective d’une idée commune et objective du bien, et privilégiant les procédures de confrontation de choix individuels supposés arbitraires. Ce paradigme implique fondamentalement le refus de toute transcendance, celle de Dieu ou même celle du vrai et du bien. Emergé à partir du XVIIe siècle, il n’a développé que progressivement ses conséquences, pour déboucher sur le relativisme postmoderne actuel, augurant mal de l’avenir de la démocratie.
Cela conduit en sens inverse à évoquer les voies de sortie possibles. Ce qui fait l’objet d’un autre ouvrage, portant principalement sur la pensée classique, confrontée à la vie politique contemporaine : Pour un grand retournement politique (2019). Ce livre montre lui aussi la nécessité de combiner une référence à une notion objective et universelle du bien, avec la réalité d’une multiplicité de réalisations, notamment au sein de communautés diverses ayant chacune sa spécificité et sa légitimité. Ce qui s’oppose directement au paradigme de neutralité déjà évoqué ; le retournement à opérer est alors majeur, et comme tout changement de paradigme (au sens de Kuhn), il suppose une modification radicale du regard, qu’on ne peut pas programmer. Tant que ce retournement ne se produit pas, on subit donc ce paradigme.
Un deuxième élément structurant de la vie politique est celui des communautés, et parmi celles-ci, dans le monde actuel, un rôle tout particulier est celui de la nation. Les nations et leur destin (2005) montre à la fois leur diversité, enracinée dans une spécificité culturelle et linguistique tout autant qu’historique, et leur rôle vital pour la constitution de la démocratie réelle. Or la démocratie est le plus fragile des deux, d’autant que dans la manière dont on la comprend, on tend à ignorer qu’elle a besoin pour s’incarner d’une nation pourvue d’une histoire et d’une culture.
Un livre en projet évoquera la question du devenir de cette communauté nationale, seule possible mais rongée par le paradigme relativiste, notamment en Europe. L’alternative qu’est l’empire, plus rustique, n’est en effet plus une communauté.
Ces réflexions conduisent à leur tour à la question de la cohabitation des nations au niveau mondial. Un panorama d’ensemble, prospectif, du monde actuel est donné dans Guide de survie dans un monde instable, hétérogène, non régulé (2017), qui aborde notamment les effets multiples de l’absence de référence commune dans notre monde éclaté ; cela sous divers angles, international, militaire, financier, économique, politique et culturel. L’idéologie dominante, occidentale, ne pouvait jouer ce rôle que provisoirement, et sans doute de moins en moins.
Le choc des nations (et empires) conduit à la stratégie et à la géopolitique. Dans une perspective éthique, se pose alors la question du maintien du souci du bien commun dans ce monde divisé : un livre sur le sujet est en préparation. Au préalable, la question de la légitimité possible de la guerre a été abordée dans La Guerre juste (2024).
Comme on l’a dit, ces explorations diverses ne font pas explicitement référence à la foi chrétienne, même si le souci est sous-jacent ; car le fait de base est ici l’autonomie des réalités terrestres, et plus encore à notre époque avec la domination du paradigme relativiste, tendanciellement hostile à la foi.
Reste cependant la nécessaire réflexion sur la place du christianisme, de l’Eglise notamment, dans un tel contexte. Chrétienté et démocratie (2003) traite des rapports heurtés et complexes dans l’histoire entre le christianisme et le politique, notamment démocratique, la démocratie ambiante tendant fâcheusement à reléguer la religion dans un rôle purement privé et subordonné. Un autre livre, en préparation, traitera de la question du rapport des chrétiens avec le politique, notamment dans le contexte actuel.
(Revu et mis à jour août 2025)
Note
Il faudrait idéalement compléter ces recherches en évoquant cette autre pluralité majeure qu’est la diversité des civilisations. Cela concerne notamment la culture chinoise et la japonaise, objets de ma part d’un intérêt particulier. Mais qui ne peut se traduire par des livres, faute de connaissance directe suffisante, et reste au niveau de quelques articles.